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Nouvelle-Calédonie: la ministre des Outre-mer veut dialoguer avec “chaque représentant politique”

La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou entend rencontrer tous les représentants politiques de Nouvelle-Calédonie, dont le principal mouvement indépendantiste FLNKS, lors de son premier déplacement la semaine prochaine sur l’archipel.”Les invitations ont été lancées. Je commence par des échanges en bilatéral. C’est essentiel de pouvoir échanger avec chaque représentant politique”, a-t-elle assuré dans un entretien publié vendredi dans le quotidien Ouest-France. “Ce que je refuse, c’est de faire semblant de les entendre et ensuite d’aller trancher seule à Paris. Sur des questions comme le dégel (du corps électoral, NDLR) ou tout autre sujet institutionnel, rien n’est durable si le chemin n’est pas construit ensemble” a-t-elle poursuivi, affirmant ne pas venir en Nouvelle-Calédonie avec “des solutions clés en main sur l’avenir institutionnel”.Jeudi, le Conseil constitutionnel a validé le report des élections provinciales dans l’archipel du Pacifique, qui doivent se tenir au plus tard le 28 juin 2026, tout en jugeant que ce troisième report devra être le dernier. Le report de ce scrutin, auquel une partie du camp indépendantiste est opposée, doit conduire à la mise en place du fragile accord de Bougival sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.Ce compromis, conclu en région parisienne en juillet entre l’Etat et les forces politiques calédoniennes, prévoit notamment la création d’un “Etat de la Nouvelle-Calédonie” inscrit dans la Constitution française et la reconnaissance d’une nationalité calédonienne.Toujours soutenu par les loyalistes et une partie des indépendantistes, il a depuis été rejeté par le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), dont l’objectif reste l’accession de l’archipel à la “pleine souveraineté”.Le front indépendantiste s’est dit vendredi “prêt à rencontrer la ministre des Outre-mer” mais l’a invitée à “une rupture avec les pratiques du passé”, appelant l’Etat à “un dialogue sincère” en vue d’un “avenir partagé et apaisé”.L’accord de Bougival entend élargir le corps électoral spécifique à ces élections, une question sensible. Actuellement, seuls certains habitants peuvent voter, notamment ceux établis sur le territoire avant 1998 et leurs descendants, ce qui ulcère le camp loyaliste.”L’identité kanak doit être pleinement respectée (…). L’Etat en est le garant et je m’inscris dans cet héritage”, a assuré Mme Moutchou à Ouest-France.”La réponse passe par une politique qui respecte les histoires, qui respecte les attachements, les blessures aussi, qui ne doit pas nier qu’un territoire peut porter plusieurs mémoires. C’est ça la réalité de la Nouvelle-Calédonie”, a-t-elle ajouté.La ministre devait se rendre dans l’archipel du Pacifique dès les premiers jours de novembre mais son déplacement avait été reporté “en raison des échéances budgétaires”. 

LFI “passionnément antisémite”: Raphaël Enthoven relaxé du délit d’injure

Qualifier La France insoumise de “passionnément antisémite” n’excède pas les limites de la liberté d’expression et participe du “débat d’intérêt général”, a jugé jeudi le tribunal correctionnel de Paris, qui a relaxé le philosophe Raphaël Enthoven du délit d’injure et débouté le parti mélenchoniste.”La France insoumise est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite”. Le 1er mai 2024, dans un message publié sur X, Raphaël Enthoven s’en était vigoureusement pris au parti de la gauche radicale, en réagissant à l’exfiltration d’un cortège à Saint-Etienne de Raphaël Glucksmann, sous des jets de peinture et de canettes.A cinq semaines des élections européennes, celui qui conduisait la liste Place publique-PS avait alors pointé “des énergumènes” appartenant à La France insoumise comme ses agresseurs, notamment aiguillé par le témoignage d’un militant local, drapeau LFI sur l’épaule, qui avait admis “avoir fait partie de ceux qui ont expulsé” le leader social-démocrate.LFI avait déposé plainte contre le tweet de Raphaël Enthoven en lui réclamant 10.000 euros de dommages et intérêts, relevant deux autres passages qu’elle considérait comme injurieux: “Ils sont tellement cons” et “On n’en peut plus, de ce club de déficients”.Le tribunal a débouté le parti de l’ensemble de ses demandes.Certes, ont noté les magistrats, les propos du philosophe ont “une portée outrageante” à l’égard de LFI et “comportent un caractère injurieux”, d’autant que Raphaël Enthoven jette “le discrédit sur ce mouvement dans son entier, de façon généralisante et essentialisante”.Mais ces messages litigieux s’inscrivent “dans le sillage” d’un “débat d’intérêt général majeur suscité” par ces violences survenues ce 1er mai 2024, “dans lequel une responsabilité dans ce climat de haine et de violence sur fond d’antisémitisme, comme l’a dénoncé Raphaël Glucksmann, a été imputée à La France insoumise”, a considéré le tribunal.Les juges ont encore considéré que ce débat prenait “également sa source dans tout un ensemble de polémiques récurrentes à propos de pratiques et de propos jugés violents, outranciers, complotistes et/ou antisémites de membres” de LFI.Dans un communiqué, diffusé sur X par le coordinateur du parti, Manuel Bompard, La France insoumise s’est dit “sidérée par une telle décision, qui revient à reconnaître un privilège de droit d’injure accordé à certains contre d’autres”.- “Juif Süss” -Lors de l’audience le 23 septembre, Raphaël Enthoven avait fait l’exégèse de chacun de ses mots, écrits “sous la colère”.Antisémites ? “Quand Jean-Luc Mélenchon présente le peuple juif comme déicide”, “j’estime qu’on est antisémite”, avait développé l’essayiste.Le triple candidat malheureux à la présidentielle avait expliqué en 2020 ne pas savoir “si Jésus était sur la croix, mais, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes qui l’y ont mis”.Passionnément ? “Parce qu’ils sont convaincus de ne pas l’être”, “mais on peut être aisément antisémite à l’abri de la loi”, avait encore estimé Raphaël Enthoven, en développant l’idée d’un “antisémitisme d’atmosphère”. Illustré, selon lui, par David Guiraud, député LFI, lorsqu’il évoque les “dragons célestes”, ou par un visuel publié sur les réseaux sociaux par plusieurs personnalités Insoumises ciblant l’animateur Cyril Hanouna “sous les traits du juif Süss”.Jean-Luc Mélenchon avait encore qualifié le député PS Jérôme Guedj – dont il fut autrefois un proche – de “lâche de cette variété humaine que l’on connaît tous, les délateurs”, lui reprochant de “s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions”. “Salopard antisémite”, lui avait répondu l’intéressé.”Ce sont donc toutes ces polémiques antérieures que le message (de Raphaël Enthoven) reprend à son compte, en s’inscrivant ce faisant dans le débat d’intérêt général”, a fait valoir le tribunal correctionnel, en considérant que les propos du philosophe “n’ont pas excédé les limites admissibles de la liberté d’expression”.”La France insoumise est un mouvement antisémite, passionnément antisémite. C’est même le premier parti antisémite de France. Et le dire est un élément du débat. Désormais, c’est ainsi, c’est une opinion. Ce n’est pas un délit”, a réagi Raphaël Enthoven après l’énoncé du jugement de relaxe.”Chaque citoyen a le droit de critiquer un parti politique comme il l’entend”, a ajouté son avocat, Me Richard Malka.L’avocat de LFI, Me Mathieu Davy, a dénoncé auprès de l’AFP une “décision scandaleuse” et indiqué “réfléchir très sérieusement à faire appel”, ce qui n’est possible, pour les parties civiles, que pour demander d’éventuels dommages et intérêts.”Il n’y a pas de justice pour vous, Insoumis!”, a tonné Jean-Luc Mélenchon jeudi soir, lors d’une conférence devant des militants. “Vous devez arrêter de croire que quand vous êtes insultés par le bras armé des puissants, vous avez des droits égaux à ceux des puissants”.Il a promis que le jugement serait envoyé aux plus de 500.000 militants du mouvement, soulignant que “tout est occasion d’éducation politique de masse”.

Le Parlement élève Alfred Dreyfus au grade de général de brigade

Un acte de “réparation” et de “reconnaissance”: le Parlement a entériné une loi élevant Alfred Dreyfus au rang de général de brigade à titre posthume lors d’un ultime vote du Sénat jeudi, malgré quelques réserves à droite et au centre.”La Nation française élève, à titre posthume, Alfred Dreyfus au grade de général de brigade”. Hautement symbolique, la proposition de loi de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal tient en une phrase.”Ce texte permet à la République de reconnaître son erreur, de reconnaître qu’un homme a été humilié”, a souligné le patron des sénateurs socialistes Patrick Kanner. Au Sénat, c’est lui qui a porté ce texte en choisissant d’inscrire l’initiative des députés macronistes à l’ordre du jour de l’espace parlementaire réservé au PS.La proposition a été adoptée à l’unanimité par les sénateurs, après son vote, déjà unanime, à l’Assemblée nationale en juin. Ce vote à l’identique des deux chambres vaut donc adoption définitive au Parlement.”Ce geste est symbolique, mais il est plus qu’un symbole. Il répond à une injustice vieille de plus d’un siècle (…) Il s’agit de rendre à Dreyfus ce qui lui fut inaccessible de son vivant”, a salué Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, au nom du gouvernement.Gabriel Attal a lui évoqué jeudi sur le réseau social X un “geste de réparation et de reconnaissance”. “Nous affirmons une chose simple: la République n’oublie pas. Elle répare et reconnaît ceux qui l’ont servie avec honneur”, a-t-il dit.Cette loi d’élévation, saluée par les descendants du “capitaine Dreyfus”, vient s’ajouter à l’instauration d’une journée nationale de commémoration pour la reconnaissance de son innocence, chaque 12 juillet, annoncée cet été par Emmanuel Macron.- “Double peine” -En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est condamné pour trahison et contraint à l’exil sur l’île du Diable en Guyane, sur la base de fausses accusations alimentées par un antisémitisme très ancré dans la société française de la fin du XIXe siècle.Après une décennie durant laquelle l’affaire connaît un retentissement immense dans le pays et même à l’international, un arrêt de la Cour de cassation l’innocente le 12 juillet 1906, entraînant ipso facto sa réintégration dans l’armée. Dans la foulée, une loi le nomme chef d’escadron, un grade qui omet la prise en compte de ses cinq années d’emprisonnement, qui auraient dû lui permettre de prétendre à un échelon supérieur.Une “injustice” en forme de “double peine”, s’émeut auprès de l’AFP Michel Dreyfus, arrière-petit-fils du “capitaine Dreyfus”, qui souligne le “courage” de son aïeul, qui revint servir pendant la Première Guerre mondiale. Malgré le soutien très large qu’elle a rassemblé, cette proposition de loi a suscité des réserves sur certains bancs, dans un contexte de progression des actes antisémites sur le territoire.Les députés MoDem avaient ainsi craint une “instrumentalisation” de l’affaire à des fins politiques. Ces objections, très minoritaires, ont été partagées au Sénat dans les rangs des Républicains et des centristes.- “Réparer une erreur manifeste” -Le président LR de la commission des Forces armées, Cédric Perrin, s’est notamment dit “profondément gêné” par “l’opportunité” que ce texte représente pour “certaines formations politiques de s’acheter +à bon compte+ une virginité de façade en matière d’antisémitisme”, a-t-il indiqué à l’AFP. Il n’a pas participé au vote jeudi mais avait annoncé vouloir s’abstenir.”On ne répare pas une faute aussi dramatique que celle qui a eu lieu”, a pointé Roger Karoutchi (LR), qui a tout de même voté pour, par “déférence pour la famille”.Emmanuel Macron lui-même avait émis quelques doutes face à l’initiative, en juillet, estimant que “la promotion dans les grades militaires” procédait de “circonstances avérées du temps présent”, et que seul le président de la République était le “garant de l’application de cette règle”. Tout en concédant que le Parlement serait “souverain”.”Nous réparons au contraire une erreur manifeste qu’avait commise le Parlement lui-même en 1906″, rétorque le socialiste Rachid Temal, rapporteur sur ce texte. Pour la famille d’Alfred Dreyfus, cette loi est “une reconnaissance de la valeur du soldat qu’il était, dans la continuité des travaux qui l’ont réhabilité non pas comme victime passive, mais comme héros”, pointe Michel Dreyfus.”C’est un hommage vertueux, nécessaire mais probablement pas suffisant”, appuie Anne-Cécile Lévy, arrière-petite-fille d’Alfred Dreyfus, qui continue d’espérer “une panthéonisation, en reconnaissance de toutes les valeurs qu’il incarne”.Dans la foulée de ce vote, Patrick Kanner et son homologue à l’Assemblée Boris Vallaud ont écrit à Emmanuel Macron pour lui demander de panthéoniser Alfred Dreyfus.

Présidentielle: Le Pen “annoncera sa décision” après son procès en appel, sans attendre la cassation

Candidate déclarée à la prochaine présidentielle malgré son inéligibilité, Marine Le Pen affirme qu’elle ne se présentera “évidemment pas” si sa peine est confirmée en appel et qu’elle “annoncera donc (sa) décision” dans la foulée, sans attendre une éventuelle cassation.Le Rassemblement national sera fixé sur le nom de sa candidate (ou de son candidat) avant les prochaines vacances d’été. Tel est en tout cas l’agenda fixé par Mme Le Pen dans un entretien au mensuel conservateur Causeur, publié jeudi.Condamnée en première instance – dans l’affaire des assistants parlementaires européens – à une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate, la triple candidate à l’élection présidentielle admet qu’elle ne pourra “évidemment pas” se représenter une quatrième fois si cette peine devait être confirmée en appel.”Je prendrai ma décision de me présenter ou non lors du rendu de l’arrêt de la cour d’appel”, ajoute-t-elle, évacuant l’hypothèse d’un suspense prolongé en cas de pourvoi en cassation. “On ne sait pas quand une telle décision serait rendue et on ne peut pas se lancer dans une campagne présidentielle au dernier moment”, explique-t-elle.Son second procès étant programmé du 13 janvier au 12 février 2026, avec un délibéré attendu quatre mois plus tard, “j’annoncerai donc ma décision cet été”, précise celle qui s’était hissée au second tour en 2017 et en 2022 face à Emmanuel Macron.Un calendrier choisi aussi “pour ne pas hypothéquer la candidature de Jordan Bardella dans le cas où il devrait y aller”, souligne-t-elle, confirmant ainsi le statut de dauphin du jeune président du parti à la flamme.

La cote de confiance de Macron remonte un peu mais reste très faible, selon un sondage

La cote de confiance du président Emmanuel Macron, qui avait atteint un plus bas niveau le mois dernier, est légèrement remontée pour atteindre 16%, niveau qui reste très faible, selon un sondage mensuel Elabe pour Les Echos publié jeudi.Quelque 16% des Français interrogés ont dit lui faire confiance pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays, une hausse de 2 points par rapport au précédent baromètre.La cote de confiance du président avait atteint le mois dernier son plus bas depuis son premier mandat en 2017, selon Elabe.Ce sondage intervient en pleine crise politique, enclenchée par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024.Depuis les législatives qui ont suivi, trois Premiers ministres, Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu se sont succédé, avec pour tous le même défi, faire voter un budget sans se faire censurer.D’après Elabe, 22% des Français interrogés ont dit faire confiance à Sébastien Lecornu.Parmi les autres personnalités politiques, Jordan Bardella, président du RN, reste en tête avec une cote de popularité de 39%, devant Marine Le Pen qui atteint 37%.La cote du président des Républicains (LR) Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur, a baissé de trois points (27%). A gauche, Olivier Faure, patron du PS et au centre des actuels débats budgétaires, a perdu un point pour s’établir à 15%.L’ex-président Nicolas Sarkozy, incarcéré fin octobre à la suite de sa condamnation pour association de malfaiteurs dans le procès libyen, a lui gagné deux points de popularité, à 25%.L’enquête a été réalisée en ligne du 4 au 5 novembre auprès d’un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. La marge d’erreur est comprise entre 1,4 et 3,1 points.

Lecornu ne “sera pas le Premier ministre qui fera une passation avec Bardella”, dit-il aux sénateurs

“Je ne serai pas le Premier ministre qui fera une passation de pouvoir avec Jordan Bardella”, a assuré Sébastien Lecornu aux sénateurs, les avertissant qu’une censure vaudrait dissolution, ont indiqué jeudi à l’AFP plusieurs participants à une réunion à la chambre haute.Le Premier ministre s’est rendu mercredi soir à la conférence des présidents du Sénat, une réunion des présidents de groupes et de commissions censée définir l’ordre du jour parlementaire.Le chef du gouvernement y a longuement pris la parole, selon plusieurs participants, pour défendre sa vision et appeler le Sénat à la “responsabilité” en vue des débats budgétaires, selon l’un d’eux.”S’il y a censure sur le budget alors il y aura démission et donc dissolution”, a notamment prévenu Sébastien Lecornu, selon son entourage, confirmant des propos rapportés par plusieurs participants à cette réunion, l’un d’eux évoquant la “gravité” avec laquelle M. Lecornu s’est exprimé. “Je ne serai pas le Premier ministre qui fera une passation de pouvoir avec Jordan Bardella”, a-t-il également insisté, affirment plusieurs témoins, confirmant une information de Public Sénat.”Il n’y a pas de deal avec le Parti socialiste”, a-t-il également répété selon les mêmes sources. Avant d’assurer: “Je ne veux pas de 49.3, je ne veux pas d’ordonnances” pour faire adopter le budget, des hypothèses relayées autant que dénoncées ces dernières semaines par de nombreux responsables politiques. “Il a confirmé qu’il ne voulait pas non plus de la loi spéciale”, un scénario possible si le budget est rejeté, a insisté un président de groupe qui estime de son côté que le Premier ministre avait voulu “créer un courant de dialogue” avec le Sénat.Cette visite de courtoisie à l’invitation du président du Sénat Gérard Larcher intervient alors que des tensions règnent entre l’exécutif et la majorité sénatoriale, une alliance droite-centristes, qui se plaint depuis plusieurs semaines du manque de transparence du gouvernement, de son absence de “cap” sur le budget et des concessions faites au Parti socialiste.”Il a dit son attachement au bicamérisme”, rapporte un participant. “Comme il n’y a pas d’Insoumis et de RN autour de la table au Sénat, il a insisté sur le fait qu’on était tous des républicains et des démocrates et qu’on n’était pas là pour détruire”, explique-t-il. 

Criant au “délire fiscal”, la droite veut reprendre la main sur le débat budgétaire

Criant au “bal des fous” et au “délire fiscal” au lendemain d’une victoire socialiste sur une augmentation de la CSG sur le capital, plusieurs prétendants de droite à la présidentielle ont voulu jeudi reprendre la main sur le débat budgétaire et défendre une politique favorable aux entreprises. Mercredi soir, les socialistes ont obtenu avec le soutien de macronistes l’adoption d’un amendement – porté à l’identique par les socialistes, les insoumis et les communistes – qui augmente la contribution sociale généralisée sur les revenus du capital. La mesure doit rapporter 2,8 milliards d’euros supplémentaires afin de financer notamment la suspension de la réforme des retraites concédée par le gouvernement en échange de la non-censure immédiate du PS. Mais venant après déjà plusieurs hausses d’impôts adoptées en première lecture ces trois dernières semaines, c’en est trop pour la droite. “Un bal des fous”, a soufflé Xavier Bertrand, président LR de la région des Hauts-de-France sur BFMTV. Un “délire fiscal”, a tancé auprès de l’AFP Edouard Philippe, le président d’Horizons. “Un suicide français”, a déploré le ministre de la Justice Gérald Darmanin dans Les Échos. C’est “un hold-up fiscal en bande organisée, avec une chasse déclarée contre tous ceux qui créent, qui entreprennent et qui embauchent”, a abondé le président des Républicains, Bruno Retailleau, pour qui “on reconduit la vieille illusion socialiste selon laquelle l’impôt est rédempteur”, alors que “ce choc fiscal décourage le travail et appauvrit la France”. Souvent par le biais d’une alliance des voix de la gauche et du Rassemblement national, plusieurs augmentations d’impôts sur les grandes entreprises mais aussi sur les holdings ou la “fortune improductive” ont été adoptées dans le budget de l’Etat. En revanche les augmentations d’impôts sur les hauts revenus, en particulier la taxe Zucman, n’ont pas été retenus. La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a d’ailleurs estimé que l’ensemble des mesures votées par l’Assemblée restaient dans les clous de l’objectif du gouvernement, et plaçaient la France sur une trajectoire de déficit autour de 4,7% du PIB.- Politique de l’offre -Depuis mardi, les députés se penchent sur le projet de budget pour la Sécurité sociale, qui ouvre également la voie à de nouvelles augmentations de prélèvements, dont la CSG sur le capital fait partie. Mais à droite, on tonne que la solution est dans la politique de l’offre, qui consiste à aider les entreprises pour favoriser l’emploi et l’investissement. Plutôt que la politique de la demande pour encourager la consommation.Portée par François Hollande d’abord et instituée à grande échelle par Emmanuel Macron depuis 2017, elle est farouchement défendue par les ténors de la droite et du centre qui reprochent à la gauche et à l’extrême droite de mener le pays à “la catastrophe financière”, selon les termes du président du Sénat Gérard Larcher sur Cnews-Europe 1. Il a promis de supprimer toutes ces hausses lors du passage du texte devant le Sénat.”C’est la politique de l’offre qui fonctionne !”, s’époumonne Gérald Darmanin, pour qui le président du RN Jordan “Bardella est un communiste économique”.”Notre pays a besoin (…) d’un pacte de confiance entre l’État et les entreprises”, insiste Édouard Philippe, candidat déclaré à l’Élysée, qui profite de cette agitation autour de la fiscalité pour proposer la baisse de moitié des impôts de production, contre une baisse équivalente des aides aux entreprises. Un jeu à somme nulle pour l’Etat mais “positif” pour la croissance et les entreprises à qui “on enlève un frein à la compétitivité extrêmement important”, défend-il. Furieuse de la hausse de la CSG sur le capital, la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen a voulu cette fois se démarquer de la gauche, sans épargner les macronistes et LR.”Quand il s’agit de soumettre les grandes multinationales étrangères au respect des règles fiscales qui s’appliquent à nos PME (…), les députés macronistes et LR hurlent à la mort”, a-t-elle regretté. “Mais quand il s’agit de taper durement les petits épargnants, leurs PEL, PEA et leurs assurances-vie en augmentant de 2,8 milliards la CSG, les macronistes soutiennent et applaudissent et les LR se taisent”. 

À l’Assemblée, les socialistes obtiennent une victoire sur la CSG sur le capital

Les socialistes ont remporté une victoire mercredi soir dans les débats budgétaires avec l’adoption à l’Assemblée nationale de l’une de leurs propositions phares: une hausse de la CSG sur les revenus du capital, destinée à financer la suspension de la réforme des retraites.Un premier vote défavorable sur une mesure similaire plus tôt dans la soirée avait révélé des tensions à gauche, mais les socialistes ont finalement réussi à rassembler autour de la mesure.Le groupe du parti à la rose n’a pas censuré le gouvernement de Sébastien Lecornu pour tenter de décrocher des victoires budgétaires, et en premier lieu la suspension de la réforme des retraites. Mais reste la question du financement alors que le gouvernement cherche à réduire le déficit en dessous de 5% du PIB. Or après le rejet la semaine dernière des propositions de la gauche de taxer les hauts patrimoines, dont la taxe Zucman, les socialistes pressaient depuis plusieurs jours l’exécutif de soutenir leurs propositions de nouvelle recette dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Mercredi, c’est donc finalement un amendement de Jérôme Guedj (PS) qui a été adopté, avec le soutien d’une bonne partie du camp gouvernemental, pour faire progresser la Contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital, en escomptant aller chercher en 2026 2,8 milliards d’euros supplémentaires.La mesure monte de 9,2% à 10,6% le taux d’une fraction de la CSG, qui porte notamment sur certains revenus de l’immobilier, d’épargne et de placements (produits de contrats d’assurance vie, dividendes, épargne salariale, plans épargne logement), ou des plus-values immobilières et mobilières (ventes d’actions…).Le PS, qui menace de censure en cas d’échec sur les nouvelles recettes fiscales, a reçu un avis favorable mais particulièrement réservé du gouvernement. Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, a appelé à voter pour, surtout pour que l’amendement puisse être rediscuté dans la suite de la navette parlementaire, sans approuver ses modalités.”Ce qui a été voté n’est pas une hausse de la fiscalité alors que nous sommes en première lecture. Ce qui a été voté, c’est la possibilité d’en débattre jusqu’à la fin du processus budgétaire”, a-t-elle insisté. La mesure a été adoptée par 168 voix contre 140. Les voix de nombreux députés macronistes (de Renaissance et du MoDem) se sont jointes à celles de la gauche. Les députés de la droite (LR et Horizons) ont voté contre, tout comme le Rassemblement national. “Vous ne venez pas de décider de taxer le haut patrimoine, vous avez taxé l’assurance-vie, vous avez taxé les PEL”, a regretté le patron des députés LR Laurent Wauquiez. Le député RN Jean-Philippe Tanguy a décrit la mesure comme “le financement des magouilles entre le Parti socialiste et le gouvernement”, estimant qu’elle ne protège pas “l’épargne des classes populaires et moyennes”.- “Magouille de non-censure” -Jerôme Guedj a balayé l’argument, son camp soutenant que la mesure concerne essentiellement les dividendes des actionnaires, et qu’avec un PEL dont la moyenne en France est de 25.000 euros, cette hausse représenterait seulement 50 centimes d’euros par mois. La soirée avait pourtant mal commencé pour les socialistes, avec le rejet d’un amendement similaire. Un épisode illustrant les divisions à gauche entre le PS, LFI et les écologistes. Les Insoumis avaient en effet voté contre ce premier amendement, dénonçant une “magouille de non-censure”, selon la présidente du groupe Mathilde Panot. Une partie des écologistes s’étaient abstenus.Mme Panot avait alors appelé à voter les amendements suivants pour des taux plus importants, ou sans limite dans le temps.”C’est une politique de la terre brûlée, ils ne veulent pas de recettes, ils ne veulent pas de budget pour la France”, avait dénoncé après le premier vote Sandrine Runel (PS), le premier secrétaire Olivier Faure reprochant aux Insoumis de pratiquer le “tout ou rien, et surtout rien”.

La gauche française cherche à surfer sur la victoire de Mamdani à New York

Des Insoumis à Marine Tondelier, en passant par François Ruffin ou Clémentine Autain, plusieurs potentiels candidats de gauche à la présidentielle tentaient mercredi de surfer sur le succès de Zohran Mamdani à la mairie de New York pour valider leur stratégie de “radicalité” dans leurs propositions.”Cette victoire porte en elle une leçon: seule la gauche de rupture peut battre l’extrême droite”, a rapidement réagi sur X la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot dans une analogie manifeste avec la situation française et la perspective d’un deuxième tour face au RN en 2027.La France insoumise se reconnaît dans cette nouvelle figure de la gauche du Parti démocrate qui s’est opposée aux leaders de son mouvement et a émergé notamment grâce à un programme à destination des classes populaires et des jeunes, ainsi qu’un discours résolument pro-palestinien. “Face à l’establishment médiatique, économique et politique qui a dépensé des dizaines de millions de dollars pour lui barrer la route”, Zohran Mamdani a réussi “à renverser la table avec des propositions radicalement concrètes (gel des loyers, bus gratuits, crèches publiques…) et sans jamais détourner le regard sur le racisme et Gaza”, s’est réjouie l’eurodéputée insoumise Manon Aubry sur le même réseau social.Plusieurs ex-Insoumis candidats possibles à une éventuelle primaire de gauche à la présidentielle ont pour leur part mis en avant son succès en juin lors d’une primaire qui lui avait permis de “renverser l’establishment démocrate”.”Comment a-t-il renversé la table ? Par une primaire. Par la question sociale comme obsession. Par une campagne de terrain. Par un candidat qui se fait reporter”, s’est ainsi félicité François Ruffin qui siège au groupe écologiste et revendique les mêmes méthodes de campagne.”Un candidat élu par une primaire innovante” avec “un profil franchement de gauche”, a renchéri Clémentine Autain, également intéressée par la présidentielle.Au contraire, LFI estime que sa volonté de ne pas participer à une primaire pour 2027 est également renforcée dans la mesure où la primaire démocrate n’a pas empêché Andrew Cuomo, battu par Zohran Mamdani, de se présenter ensuite en candidat indépendant.- Paris comme New York -Une autre candidate à la présidentielle, la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier, s’est également réjouie du succès du candidat résolument anti-Trump, “né en Ouganda, musulman, écologiste et authentiquement de gauche””Dans la bascule fasciste en cours aux Etats-Unis, cette victoire est une source d’espoir incroyable et une inspiration pour la gauche qui ne renonce ni à ses valeurs, ni à gouverner pour changer la vie des gens maintenant”, a jugé celle qui se positionne à mi-distance des Insoumis et des socialistes.Du côté du PS, le N.1 Olivier Faure a dit se sentir “parfaitement en phase” avec le programme de M. Mamdani, notamment dans la défense des services publics qui sont “le patrimoine de ceux qui n’en ont pas”. “Il se revendique comme socialiste, mais à la sauce américaine. Ce n’est pas un insoumis”, a-t-il encore fait valoir mercredi devant l’Association des journalistes parlementaires (AJP).D’autres au PS ont tiré des leçons du succès de M. Mamdani, non pas pour la présidentielle mais pour les… municipales. “Inspirons-nous de cet élan pour ouvrir la voie d’une victoire de la gauche à Paris en 2026 face à aux droites extrêmes et réactionnaires qui tournent le dos aux urgences sociales et climatiques”, a ainsi réagi le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire.Seule voix discordante à gauche, le radical de gauche Guillaume Lacroix.”Inquiet mais pas surpris de voir en France la gauche +Chavez+ et la gauche +Kamala+ réconciliées, en extase et triomphantes ce matin d’avoir gagné New-York cette nuit, depuis leur canapé, grâce à leurs tweets décisifs”, a-t-il ironisé.

Le gouvernement accuse LFI de propager des “fake news” sur “l’interdiction” des découverts bancaires

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a accusé mercredi La France Insoumise de propager des “fake news” en disant que la France va interdire les découverts bancaires dans le cadre d’une directive européenne qui doit entrer en vigueur en novembre 2026.”Nous ne sommes pas en train d’interdire les découverts”, a martelé Maud Bregeon, interviewée sur CNEWS/Europe 1.Les règles d’attribution des découverts bancaires vont être durcies, en application d’une directive européenne, avec pour conséquence possible des difficultés de liquidités pour certains clients.En réaction, La France Insoumise a lancé fin octobre une pétition, qui a recueilli plus de 54.000 signatures, contre “l’interdiction” des découverts bancaires.”Ne commençons pas à relayer les fake news de M. Bompard, de Mme Panot ou de M. Mélenchon”, a répondu Maud Bregeon mercredi.”Ce que fait La France insoumise là est d’une extrême gravité. La France Insoumise s’empare d’un sujet, l’instrumentalise à des fins politiques, fait des tracts, ment aux Français sur un sujet qui touche environ 45% de la population”, a-t-elle insisté.La directive européenne visant à encadrer strictement les découverts bancaires a été adoptée par le Parlement européen, une mesure qui a été ratifiée par une ordonnance signée par Emmanuel Macron en septembre.Jusqu’à présent, chaque banque fixe les conditions de durée, de montant et de taux d’intérêt qui permettent à un client d’avoir un solde débiteur, c’est-à-dire d’être temporairement “dans le rouge”. En contrepartie, le client doit payer à sa banque des intérêts, sources non négligeables de revenus pour un établissement bancaire.Or, à partir du 20 novembre 2026, les banques auront davantage d’impératifs. Elles auront l’obligation de faire une analyse de solvabilité du client – c’est-à-dire étudier sa capacité à rembourser en analysant ses revenus et ses charges – même pour les découverts inférieurs à 200 euros et de moins d’un mois.Si un client est surendetté ou a des revenus que la banque estime trop faibles, le découvert pourra lui être refusé, y compris s’il est d’un montant très limité.