Pas Ă pas, l’IA gĂ©nĂ©rative “souveraine” Albert infuse dans la fonction publique française
Plus d’un an après son lancement, l’intelligence artificielle (IA) gĂ©nĂ©rative Albert, dĂ©veloppĂ©e par l’Etat français, infuse peu Ă peu dans les services publics et se prĂ©pare, malgrĂ© certaines critiques et rĂ©sistances, Ă une gĂ©nĂ©ralisation dès 2025.Jeudi, le ministre de la Fonction publique Laurent Marcangeli doit dĂ©voiler sa feuille de route pour l’IA, quelques jours avant que la France n’accueille un sommet international sur cette technologie (10-11 fĂ©vrier).Dans le 7e arrondissement de Paris, au coeur d’un dĂ©dale de couloirs blancs, la direction interministĂ©rielle du numĂ©rique (Dinum) a mis au point Albert Ă partir de logiciels ouverts pour “ne pas dĂ©pendre de technologies outre-atlantique”, prĂ©cise Ă l’AFP Pierre Pezziardi, conseiller de la Dinum. “La souverainetĂ© est une vraie contrainte”, souligne-t-il. “Dans le moment gĂ©opolitique dans lequel on vit, on veut avoir la capacitĂ© de maĂ®triser nos donnĂ©es”. – Des dĂ©marches en ligne aux douanes -Albert a d’abord Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© auprès de conseillers volontaires des maisons France Services, qui aident les citoyens dans leurs dĂ©marches administratives courantes.”Cela permet aux agents d’interroger une base de connaissance fiable” qui gĂ©nère “des rĂ©ponses avec des sources en lien”, explique Ulrich Tan, chef du Datalab de la Dinum. Au moins 48 maisons France Services sur sept dĂ©partements en disposent. Cette IA est aussi disponible sur la messagerie sĂ©curisĂ©e de l’Etat, Tchap, et permet de gĂ©nĂ©rer des rĂ©ponses automatiques Ă des avis sur la plateforme “Service Public +”.  “L’agent reste responsable de la publication de la rĂ©ponse” qu’il peut amender, insiste M. Tan. “Il y a toujours une supervision humaine”.Albert dĂ©signe plus largement une interface de programmation (API), disponible depuis l’Ă©tĂ© dernier, sur laquelle peuvent se connecter les administrations qui souhaitent dĂ©velopper un nouveau produit d’intelligence artificielle. On leur met Ă disposition “les algorithmes et la puissance de calcul”, dĂ©taille Ulrich Tan, l’idĂ©e Ă©tant “d’abaisser la barrière Ă l’entrĂ©e pour que les administrations puissent s’approprier le plus facilement possible la technologie”.Les services de douanes et la gendarmerie s’en sont saisi mais aussi des agents du ministère de la Culture, comme Lucie Termignon, qui a Ă©laborĂ© Compar:IA, un comparateur de rĂ©ponses gĂ©nĂ©rĂ©es par plusieurs modèles d’IA gĂ©nĂ©rative en français. “C’est un outil qui permet d’objectiver des biais culturels et de donner accès Ă une diversitĂ© de modèles”, dĂ©taille-t-elle Ă l’AFP. – “Travail du clic” -Mais Albert est loin de sĂ©duire tous les services de l’Etat.La direction gĂ©nĂ©rale des Finances publiques refuse de l’utiliser sur les bases de donnĂ©es fiscales et prĂ©fère dĂ©velopper sa propre IA, a confiĂ© Ă l’AFP Benjamin Gandouin, du syndicat Solidaires Finances Publiques. France Travail collabore directement avec la start-up française Mistral et a annoncĂ© mardi un renforcement de ce partenariat pour mettre des robots conversationnels Ă disposition des conseillers.  Certains agents ayant utilisĂ© Albert au sein des maisons France Services ont en effet trouvĂ© que “les rĂ©sultats Ă©taient souvent moins pertinents qu’une recherche Google”, raconte M. Gandouin.   “C’est un outil qui a plutĂ´t Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© du haut vers le bas, sans forcĂ©ment d’information ni mĂŞme de formation vis-Ă -vis des conseillers”, ajoute-t-il. Avec les expĂ©rimentations sur l’IA, “loin de soulager les tâches chronophages, les agents vont devoir traiter des listes d’anomalies extrĂŞmement grandes” avec le risque “d’une intensification des tâches rĂ©pĂ©titives” et de “se retrouver dans des postures de travail du clic”, pointe de son cĂ´tĂ© Alexandre Bataille, de CFDT Fonction publique.Albert atteint près de 65% de pertinence, “ce qui correspond aux performances les plus avancĂ©es des grands modèles de langage”, tempère Yann Ferguson, sociologue du travail Ă l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numĂ©rique (Inria). “Avec cependant une forte volatilitĂ©”, reconnaĂ®t-il. “Parfois, c’est parfait, parfois, ce sont des hallucinations (lorsque l’IA dĂ©raille, NDLR)”, ajoute le chercheur dont les travaux portent notamment sur le dĂ©ploiement de cette technologie dans la fonction publique. Pour lui, la principale crainte des fonctionnaires est l’automatisation forcĂ©e avec pour objectif de rĂ©duire la dĂ©pense publique et donc le nombre d’agents.Mais aussi “la perte de sens” lorsque “l’IA Ă©tait supposĂ©e ĂŞtre notre outil et c’est nous qui sommes l’outil de l’IA”, note-t-il. Pour cet expert, l’Etat n’est cependant ni moins bon ni meilleur que le privĂ© dans le dĂ©ploiement de l’intelligence artificielle gĂ©nĂ©rative. Plus de 25 administrations utilisent aujourd’hui Albert, d’après Ulrich Tan, dont l’objectif pour 2025 est d’ĂŞtre capable de gĂ©rer “le passage Ă l’Ă©chelle sur l’ensemble” des services de l’Etat. Â





