AFP Politics

Immigration: Macron veut calmer le jeu avec Alger

Le président français Emmanuel Macron a tenté vendredi de calmer le jeu avec l’Algérie sur les questions migratoires, qui conduisent les deux pays au bord de la rupture, et appelé à “régler” le cas de l’écrivain Boualem Sansal, toujours détenu à Alger, comme gage de “confiance”.Prenant pour la première fois la parole après plusieurs attaques ces dernières semaines de son ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau contre Alger, le chef de l’Etat a appelé les deux capitales à “réengager un travail de fond” sur leurs accords d’immigration.”Nous n’avancerons pas s’il n’y a pas un travail, on ne peut pas se parler par voie de presse, c’est ridicule, ça ne marche jamais comme cela”, a-t-il lancé lors d’une conférence de presse à Porto (Portugal).”Il ne faut pas que (les relations) fassent l’objet de jeux politiques”, a-t-il ajouté, alors que la droite et l’extrême droite françaises se sont emparées du sujet porté par le ministre de l’Intérieur, lui-même candidat à la présidence du parti Les Républicains (LR, droite).Le refus de l’Algérie d’accepter des ressortissants en situation irrégulière renvoyés par Paris, dont l’auteur d’un attentat qui a fait un mort le 22 février à Mulhouse (est de la France), a fini d’envenimer des relations déjà très dégradées depuis la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en juillet 2024.”Rien ne peut prévaloir sur la sécurité de nos compatriotes”, a concédé Emmanuel Macron face à l’émotion suscitée en France par l’attentat de Mulhouse.- “Aucun sens” -“Les accords signés en 1994 (…) de reprise automatique (de) ressortissants, il faut qu’ils soient pleinement respectés”, a-t-il insisté tout en refusant d’en faire un casus belli. “Les statistiques montrent qu’il y a un travail, une coopération qui existe”, a-t-il relevé.Le ministre français de l’Intérieur a fait de ce refus, comme de celui de reprendre un inflenceur algérien qui appelait à la violence en France, un cheval de bataille, alimentant une escalade, par médias interposés, entre les deux pays.Le chef de l’Etat a aussi signifié qu’il n’était pas question de dénoncer les accords de 1968 qui donnent un statut particulier aux Algériens en France, ex-puissance coloniale, en matière de circulation, de séjour et d’emploi et est devenu un chiffon rouge jusque dans le camp présidentiel.”On ne va pas les dénoncer de manière unilatérale, ça n’a aucun sens”, a-t-il martelé alors que ce débat fait rage en France depuis des mois.Le Premier ministre François Bayrou n’avait pour sa part pas exclu mercredi une “dénonciation” de tous accords bilatéraux en matière migratoire s’ils n’étaient pas réexaminés dans un délai d'”un mois, six semaines”, ce qui a été perçu comme un ultimatum à Alger.Emmanuel Macron, fort de sa bonne entente avec le président algérien Abdelmajid Tebboune, en a appelé à son homologue pour apaiser les tensions. “J’ai bien entendu les mots du président Tebboune”, a-t-il pointé.- “Climat délétère” -Ce dernier, dénonçant le “climat délétère” entre l’Algérie et la France, avait jugé début février que les deux pays devraient reprendre le dialogue et appelé Emmanuel Macron à “faire entendre sa voix” en ce sens.Le président français a fait observer au passage qu’il avait déjà évoqué un réexamen des accords de 1968 avec son homologue lors de sa dernière visite à Alger en août 2022.La crise, une des plus graves depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, s’est alourdie avec l’incarcération à la mi-novembre de l’écricain franco-algérien Boualem Sansal, poursuivi pour des déclarations faites en France à un média réputé d’extrême droite et considérées comme portant atteinte à l’intégrité du territoire algérien.Sa “détention arbitraire”, ainsi que “sa situation de santé”, “nous préoccupent beaucoup”, a déclaré Emmanuel Macron.”Je considère que c’est aussi un des éléments qu’il faut régler pour que la confiance soit pleinement rétablie” entre les deux pays”, a-t-il ajouté, dans un registre très mesuré.En janvier, le chef de l’Etat avait estimé que l’Algérie se “déshonore” en ne libérant pas l’écrivain, s’attirant alors une riposte cinglante d’Alger qui avait dénoncé une “immixtion inacceptable dans une affaire intérieure”.

Prison pour les 100 plus gros narcotrafiquants: Darmanin annoncera son choix mercredi

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a indiqué vendredi, après avoir visité la maison centrale de Saint-Maur (Indre), quatrième et dernier établissement pré-sélectionné pour accueillir les 100 plus gros narcotrafiquants de France à partir de juillet, qu’il annoncerait son choix mercredi.”Cette prison de haute sécurité sera choisie, très rapidement, mercredi prochain, pour que, dès le mois de mars, on sorte les détenus qui n’ont rien à voir avec les narco-bandits dangereux” de la prison choisie, a annoncé M. Darmanin.Le ministre a aussi présenté un calendrier prévisionnel d’ici son ouverture prévue le 31 juillet: “un mois, un mois et demi de travaux, notamment de travaux technologiques pour ne pas qu’on communique vers l’extérieur, d’y revoir les services informatiques, et l’intégralité du site”.Cette période devra être utilisée pour “former les agents, faire les recrutements qu’il faut”, renforcer les hôpitaux, “la police et la gendarmerie”, mais aussi “le tribunal et la cour d’appel” de la zone concernée.”Puis, l’arrivée des prisonniers” est prévue “entre mai et juin, pour que le 31 juillet, de façon définitive, cette prison occupe les 100 premiers narcotrafiquants”, a-t-il énoncé.M. Darmanin a aussi précisé qu’il reverrait les syndicats nationaux de l’administration pénitentiaire en amont de ces annonces: “nous allons travailler ensemble”, a-t-il promis.Le ministre doit donc maintenant trancher entre l’établissement de Saint-Maur, la maison centrale d’Arles (Bouches-du-Rhône), le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), et surtout celui ultra-sécurisé de Condé-sur-Sarthe (Orne), pour accueillir cette future prison de haute sécurité spécialisée.C’est dans cette dernière que le narcotrafiquant Mohamed Arma est incarcéré depuis son arrestation en Roumanie samedi. Son cas, après son évasion sanglante qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires, a plusieurs fois été invoqué par M. Darmanin pour justifier la création d’une nouvelle prison destinée aux trafiquants de stupéfiants et fondée sur un nouveau régime carcéral d’isolement inspiré de la lutte anti-mafia en Italie.Cette première prison sera suivie “d’autres plus tard”, “pour que nous ayons quatre établissements d’ici 2027″ afin de placer entre 600 et 700 détenus dans ce nouveau régime”, a réaffirmé vendredi M. Darmanin.

Retraites: la CGT appelle à la mobilisation le 8 mars pour “l’abrogation” de la réforme

La CGT, deuxième centrale syndicale, appelle à la mobilisation “pour gagner l’abrogation de la réforme” des retraites de 2023 le 8 mars, dans un communiqué transmis vendredi au lendemain de la première réunion de concertation entre partenaires sociaux.”Pour la CGT, l’heure est à la construction du rapport de force”, assume la centrale syndicale, dénonçant “le double discours du gouvernement qui fait tout pour empêcher que ces concertations ne puissent déboucher sur l’abrogation de la réforme 2023 des retraites”.Après avoir “inventé un déficit caché”, l’exécutif a “tenté de diviser les syndicats en choisissant ses interlocuteurs” (dont ont été exclus les syndicats Solidaires et la FSU, ainsi que les employeurs de l’économie sociale et solidaire, l’Udes), écrit la centrale.La CGT appelle “à la mobilisation pour gagner l’abrogation de la réforme” en rejoignant les cortèges prévus le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, pour réclamer notamment “l’égalité salariale”, présentée par la centrale comme étant une des solutions de financement du système.Elle appelle également à rejoindre des cortèges le 20 mars “avec les organisations de retraités”.Au-delà de ces deux premières dates, la CGT appelle à “une mobilisation d’ampleur” à terme et invite “toutes les organisations syndicales à se rassembler pour construire le rapport de force”.En janvier, le Premier ministre a demandé aux partenaires sociaux de rediscuter, sans “tabou”, de la dernière réforme toujours décriée, et promis de soumettre au Parlement tout accord, même partiel.La première concertation jeudi entre les partenaires a été marquée par une première crise après que Force ouvrière (FO) a décidé de quitter la table, refusant de participer à une “mascarade où on veut nous faire dire qu’effectivement la seule solution, c’est d’allonger la durée de travail pour les salariés”.Cette première journée de discussions a une nouvelle fois montré les oppositions entre syndicats et patronat sur cette réforme toujours très impopulaire qui porte progressivement l’âge de départ à 64 ans.Jeudi soir, dans un entretien au Figaro, le Premier ministre a surpris tous les partenaires en assurant qu’en “cas de blocage ( …) le référendum est une issue”, sans toutefois préciser la nature de ce blocage (négociations entre partenaires, au Parlement ou dans le pays…).

Retraites: Coquerel (LFI) veut bien un référendum, mais sur l’abrogation de la réforme 2023

Le député insoumis Éric Coquerel a pris au mot vendredi le Premier ministre François Bayrou qui a évoqué la possibilité d’un référendum sur les retraites en cas de “blocage” des discussions entre partenaires sociaux, lui suggérant “une seule question”: “devons-nous abroger la réforme Borne ?” de 2023.Si François Bayrou “fait un référendum pour dire +devons-nous abroger la réforme Borne ?+, cette seule question, pourquoi pas? Ça peut être une sortie”, a déclaré sur LCI le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale.”Le Parlement, en réalité, se serait prononcé pour cette solution s’il avait eu le droit de voter”, a-t-il affirmé en référence au passage en force du texte à l’Assemblée nationale via l’utilisation de l’article 49.3 qui engage la responsabilité du gouvernement pour faire passer des projets de loi sans le vote des parlementaires. “On sait que la population est pour, donc si c’est ça la question, oui”, a ajouté Éric Coquerel. Mais selon le député LFI, “ce n’est pas la question” que François Bayrou souhaite poser aux Français. Le Premier ministre veut revenir plutôt sur “le système par répartition sans toucher au partage de la richesse, c’est-à-dire sans toucher à la masse d’argent qui va de plus en plus vers les profits, les dividendes et de moins en moins vers les salaires”, a-t-il avancé. Jeudi, au premier jour des concertations entre les partenaires sociaux sur la réforme des retraites de 2023, le Premier ministre n’a pas exclu de recourir à un référendum “si nous étions un jour en situation de blocage”, dans un entretien au Figaro. Il a toutefois réaffirmé que si les syndicats ne se mettaient pas d’accord “on en restera au système antérieur, défini en 2023”. 

En Nouvelle-Calédonie, Valls pointe “la politique de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan

L’Etat mettra “en œuvre tous les moyens” pour empêcher les “ingérences étrangères”, a assuré vendredi le ministre des Outre-mer Manuel Valls en marge d’un déplacement en Nouvelle-Calédonie, pointant à nouveau  la “politique de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan dans cet archipel français.”L’Azerbaïdjan, en y mettant les moyens, cherche non seulement à influencer le débat politique, à utiliser des moments de crise, comme celui que la Nouvelle-Calédonie a vécu, mais cherche aussi à mener une politique d’ingérence et donc de déstabilisation”, a déclaré le ministre en marge de négociations sur l’avenir institutionnel de l’archipel, à Nouméa. “Réclamer plus de démocratie, plus de protection, avec un pays qui ne pratique pas la démocratie, qui a mené une véritable épuration ethnique dans le Karabakh, montre bien que ses intérêts ne sont pas la protection de je ne sais qui ici, mais bien de nuire à la France”, a-t-il ajouté, après un entretien avec l’ambassadrice de France pour le Pacifique, Véronique Roger-Lacan. La reconquête de toute la région du Karabakh en septembre 2023 par l’armée azerbaïdjanaise, située dans l’ouest de l’Azerbaïdjan, a mis fin à trois décennies de conflit et entraîné la fuite de plus de 100.000 Arméniens qui vivaient dans les zones tenues par des séparatistes.Alors que le ministre conduit des discussions cruciales en Nouvelle-Calédonie sur le futur statut du territoire, des journalistes des territoires ultramarins ont été invités cette semaine à se rendre dans la République du Caucase, afin de “renforcer les liens médiatiques entre l’Azerbaïdjan et les nations affectées par les politiques coloniales françaises”, peut-on lire sur la page Facebook du Groupe Initiative de Bakou (BIG).Créé en juillet 2023, le BIG est une organisation promue par l’Etat azerbaïdjanais très impliquée dans le soutien aux mouvements indépendantistes français. En janvier dernier, la naissance à Nouméa d’un “front international de décolonisation” (FID), regroupant 12 mouvements indépendantistes ultramarins, saluée par l’Azerbaïdjan, avait déjà suscité la polémique. Manuel Valls avait alors déjà dénoncé les “opérations d’ingérence et de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan dans les territoires ultramarins, accusant Bakou de s’attaquer à l'”intégrité” de la France “sans le moindre scrupule”.”La France est très déterminée à lutter contre toutes les ingérences étrangères. Que chacun le comprenne bien: l’opinion, la liberté de parole et de pensée, d’action, de réfléchir sur les questions internationales sont totalement préservées”, a précisé le ministre, en Nouvelle-Calédonie jusqu’à samedi. “En revanche, participer à des forums, à des actions dont le but est de nuire aux intérêts stratégiques de la France, ici comme ailleurs, c’est inacceptable. Et l’État français mettra tous les moyens pour l’empêcher”, a-t-il affirmé.Depuis des mois, Paris accuse Bakou d'”ingérence” et de manipulation sur la Nouvelle-Calédonie et plus généralement sur les outre-mer, dans un contexte de tensions entre les deux pays en raison du soutien de la France à l’Arménie, le rival historique de l’Azerbaïdjan. 

Le gros coup de blues des Verts en Europe

Après avoir décroché durant cinq ans des percées majeures sur le climat, les écologistes européens assistent, un peu désemparés, au détricotage par Bruxelles de certains de leurs acquis. Et redoutent que les années à venir soient rudes.”On est dans l’un des pires scénarios”, soupire la Française Marie Toussaint, qui siège avec les Verts au Parlement européen. “Émotionnellement, on se demande tous comment on tient.”Il y a peu de temps encore, l’Union européenne était marquée par un élan environnemental très fort.Face à la pression des jeunes réclamant des mesures pour protéger la planète lors de manifestations quasi hebdomadaires, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait placé la lutte contre le changement climatique au cœur de son premier mandat (2019-2024). Avec comme point culminant l’adoption du Pacte vert et – symbole fort – l’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves d’ici 2035.En ce début d’année 2025, le contraste est saisissant. – “Choc profond” -En juin dernier, les Verts ont perdu un quart de leurs membres aux élections européennes, lors d’un scrutin marqué par une montée en puissance de la droite et une percée de l’extrême droite à travers le continent. L’hémorragie a été notable en Allemagne et en France, où la liste écologiste menée par Marie Toussaint a failli ne pas atteindre le seuil de 5%, nécessaire pour avoir des députés au Parlement européen.”Le choc a été assez profond”, reconnaît l’eurodéputée de 37 ans. D’autant que la Commission a depuis changé de cap. Face au risque d’une guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump, l’exécutif européen assure ne pas vouloir remettre en cause les grands objectifs du “Green deal”, mais a fait de la compétitivité une priorité. Mercredi, il a annoncé un coup de frein à certains textes environnementaux pour donner un peu d’air aux industriels.”Beaucoup d’entre nous ont été assez sonnés”, affirme la Danoise Kira Peter-Hansen, qui lors de son élection en 2019 était devenue la plus jeune élue à siéger au Parlement européen.”Personnellement, j’ai vraiment réalisé en septembre ou en octobre que le contexte politique avait complètement changé”, confie l’élue, se disant “un peu triste” de n’avoir pas savouré la dynamique verte.Désormais, “la situation politique est différente. En tant qu’élus écologistes, on doit tous se demander si on essaye de sauver les meubles, ou si on rejoint l’opposition”, décrypte-t-elle. A contrecœur, elle a choisi la première option.- “Retour de bâton” – La frustration des Verts est partagée par les ONG environnementales, qui sont elles aussi contraintes d’adopter une posture beaucoup plus défensive qu’il y a cinq ans.”Quand on regarde le paysage politique au Conseil et au Parlement, la perspective d’avoir la moindre proposition législative ambitieuse sur le climat est extrêmement limitée”, souffle John Condon, de ClientEarth.”On a très clairement une forme de retour de bâton qui s’opère sur ces sujets”, note Phuc Nguyen, de l’institut Jacques Delors. Et selon lui, les écologistes n’ont peut-être pas encore touché le fond.Et pour cause: de nombreux industriels ont réclamé que Bruxelles dilue encore davantage ses mesures climatiques, qu’ils trouvent trop contraignantes face à la concurrence féroce de Washington et Pékin. Au Parlement européen, le chef des Patriotes (extrême droite), Jordan Bardella, a lui réclamé la suspension pure et simple du Pacte vert. “Il y a des textes qui sont victimes du backlash anti-écolo”, estime l’eurodéputé centriste Pascal Canfin. “Mais on ne peut pas dire que tout va sauter”, tempère l’élu, membre de la commission environnement au Parlement européen.Contrairement à certains de ses collègues écologistes, son ancienne famille politique, le quinquagénaire assure “ne pas être déprimé”: “Il faut montrer que c’est dans notre intérêt économique de faire cette transition écologique. Et mener la bataille”.

Depuis le Portugal, Macron exhorte l’Europe à refuser la “vassalisation”

En visite d’Etat pour deux jours au Portugal, Emmanuel Macron a appelé jeudi les Européens à se montrer “plus que jamais unis et forts” et à refuser la “vassalisation heureuse” vis-à-vis des Etats-Unis, au moment où les pourparlers sur l’Ukraine s’accélèrent de part et d’autre de l’Atlantique.Ce voyage officiel au pays des Œillets, le premier d’un chef d’Etat français depuis plus d’un quart de siècle, devait selon l’Elysée “marquer la profondeur et la densité des liens” entre les deux pays.M. Macron a cependant saisi l’occasion pour y marteler son message à l’adresse des Européens, qu’il a appelés à “retrouver (le) goût du risque, de l’ambition et de la puissance”, face à l’imprévisibilité des Etats-Unis de Donald Trump, tant sur la question de l’Ukraine que des droits de douane. “Je vois plein de gens dans notre Europe dire +on va devoir être gentil avec les Américains, ça va passer, il faut courber l’échine+”, a-t-il déclaré en fin de journée lors d’une rencontre dans un incubateur de start-up sur le thème de l’innovation et de l’intelligence artificielle.Mais “la réponse n’est pas dans une soumission” et “je ne suis pas pour la vassalisation heureuse”, a-t-il ajouté.Au contraire, “les Européens peuvent être convaincus d’une chose: il leur faut plus que jamais être unis et forts”, et pour cela “nous devons absolument faire des choix très profonds (…) en matière technologique, industrielle (et) de défense”, avait-t-il affirmé un peu plus tôt depuis l’Assemblée de la République portugaise.- “Combat existentiel” -Pour autant, la visite de Volodymyr Zelensky vendredi à Washington pour y conclure un accord sur l’exploitation de minerais ukrainiens, “est une très bonne chose”, a affirmé le chef d’Etat français, qui a lui-même fait le voyage lundi à la Maison Blanche.”J’ai essayé d’expliquer l’importance” de l’Ukraine et de son “combat existentiel” pour “la souveraineté” et “la sécurité des européens”, a-t-il rappelé. Manière de se poser en chef de file du Vieux continent, entre un entretien mercredi soir avec le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz et un sommet dimanche à Londres à l’invitation du Premier ministre Keir Starmer – reçu à son tour par M. Trump jeudi.Le Premier ministre portugais Luis Montenegro a d’ailleurs félicité son invité “pour son travail remarquable sur la scène internationale, afin de prendre des mesures positives en faveur de la paix en Ukraine”, ainsi que “dans d’autres zones géographiques, afin de stabiliser les conflits”.M. Macron a pour sa part vanté la relation franco-portugaise comme “un des ciments de cette Europe plus forte” qu’il appelle régulièrement de ses vœux.Preuves de cette proximité, près de 2 millions de “luso-descendants” — de nationalité ou d’origine portugaise — vivent dans l’Hexagone, quand dans l’autre sens la France revendique le rang de “premier employeur étranger” au Portugal plus de 100.000 salariés dans 1.200 filiales d’entreprises tricolores.En gage de cette entente cordiale, les deux hommes doivent signer vendredi à Porto une dizaine d’accords, à commencer par un “traité d’amitié et de coopération”. D’autres paraphes sont également prévus dans des domaines allant des sciences au cinéma, en passant par l’armement, afin notamment de confirmer l’engagement du Portugal à acquérir jusqu’à 36 canons Caesar d’ici à 2034.Déjà jeudi, ils ont affirmé leur alignement sur le thème de la préservation des océans, à travers une déclaration soulignant notamment leur engagement commun contre “la pêche illicite” et pour “un moratoire sur l’exploitation des ressources minières des fonds marins”. L’occasion aussi d’un passage de relais avant la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan en juin à Nice, après Lisbonne en 2022

Retraites: grand écart entre syndicat et patronat à l’issue de la première journée de négociation

Les positions des syndicats et du patronat sur la réforme des retraites étaient à l’opposé jeudi après la première journée de négociation, FO ayant quitté la table et dénonçant une “mascarade” après une demande d’équilibre financier du gouvernement.François Bayrou a envoyé mercredi soir aux négociateurs une lettre exigeant des partenaires sociaux des mesures pour un retour à l’équilibre financier du système de retraites dès 2030, alors qu’avec la trajectoire actuellement prévue, le déficit devrait être supérieur à 6 milliards d’euros, selon la Cour des Comptes.La précédente demande de l’exécutif consistait seulement à ne pas “dégrader” le déficit du système en modifiant les paramètres de la réforme de 2023, qui prévoit un recul à 64 ans de l’âge de départ auquel les syndicats sont opposés.”Si personne ne se met d’accord, nous l’avons dit, on en restera au système antérieur, défini en 2023″, a estimé François Bayrou dans un entretien au Figaro mis en ligne jeudi soir. Et “si nous étions un jour en situation de blocage (…) le référendum est une issue”, a-t-il ajouté.”Il faut que nous nous interrogions sur une trajectoire, peut-être à 20 ans, pour arriver à un rééquilibrage, avec des méthodes différentes, novatrices”, affirme encore le Premier ministre.Concession au Parti socialiste, la réouverture du dossier des retraites a aidé le gouvernement Bayrou à éviter une censure au parlement, mais le succès de sa démarche paraît déjà compromis.”Nous ne participerons pas à cette mascarade où on veut nous faire dire qu’effectivement la seule solution, c’est d’allonger la durée de travail pour les salariés dans ce pays”, a lancé à la presse le négociateur de FO Michel Beaugas après environ un quart d’heure dans la salle de réunion.- Medef “pessimiste” -Il a dénoncé une “instrumentalisation” des partenaires sociaux, pour leur “faire porter le chapeau” de cet allongement.”La place” du syndicat Force ouvrière “reste évidemment à la table, s’ils souhaitent y revenir”, a affirmé Matignon jeudi soir dans un message à l’AFP.”Je suis pessimiste sur l’issue des discussions”, a déclaré au Monde le président du Medef, Patrick Martin, avant le début des discussions.”Nous voyons mal comment la cible d’un retour à l’équilibre en 2030 pourrait être atteinte si l’on remet en cause la règle des 64 ans”, selon lui.La négociatrice du Medef Diane Milleron-Deperrois a insisté sur le “besoin de trouver cet équilibre financier”, refusant de “charger davantage le coût du travail” par des cotisations supplémentaires.Le vice-président de la CPME Eric Chevée a dit vouloir “étudier la possibilité de faire varier l’âge de départ en fonction de l’espérance de vie”.Medef et CPME souhaitent aussi l’introduction d’une dose de “capitalisation” (un système d’épargne dans lequel chaque retraité cotise pour sa retraite future) en plus du système par répartition qui prévaut aujourd’hui (les cotisations des actifs payent les pensions des retraités actuels).”On ne peut pas dire que le patronat a été ouvert sur quoi que ce soit”, a estimé le secrétaire général adjoint de la CFDT Yvan Ricordeau, qui estime “l’équation financière à 6 milliards d’euros va être difficile mais pas impossible à trouver”.”Evidemment nous ne partons pas avec des points de vue proches entre le patronat et les syndicats de salariés”, a constaté Denis Gravouil, le négociateur de la CGT.- FNSEA et Unsa exclus -“Le Medef n’a pas envie de faire des efforts”, a aussi regretté Pascale Coton pour la CFTC.La CGT avait demandé à la Cour des comptes le coût que représenterait un retour aux 62 ans: c’est 10,4 milliards. “Nous aurons des propositions pour les trouver”, a promis M. Gravouil.Invités à la première réunion, le syndicat agricole FNSEA et le syndicat de salariés Unsa ont appris qu’ils seraient exclus d’une partie des discussions. Furieuse, l’Unsa a dénoncé les pressions du Medef et de certains syndicats de salariés, qui veulent concentrer sur les discussions sur le seul régime général – en excluant celui des fonctionnaires (un bastion de l’Unsa) ou celui des agriculteurs. “Cette décision obère grandement l’espoir de voir enfin le dossier des retraites traité avec justice et équité”, a déclaré  Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’Unsa à l’issue de la réunion.Au cours de 14 séances prévues jusqu’au 28 mai, les négociateurs aborderont notamment les sujets liés à l’âge de départ, aux carrières longues et à l’emploi des seniors, à la pénibilité, à l’égalité femmes/hommes.Le 17 avril leur sera présenté un deuxième rapport de la Cour des Comptes sur les effets de la réforme sur l’emploi et la compétitivité, avant d’aborder les cotisations et la fiscalité ainsi que “les sources alternatives de financement”, selon une proposition de programme obtenue par l’AFP.François Bayrou a promis que si les partenaires sociaux parviennent à un accord pour amender la très impopulaire réforme de 2023, le texte sera soumis au parlement.boc-lby-mdb-ldf/ito/cbn

Darmanin annonce un “renforcement sans précédent” des moyens contre le crime organisé en Corse

Création d’un pôle spécialisé contre la criminalité organisée à Bastia, arrivée de nouveaux personnels de justice: à Ajaccio, le ministre de la Justice a annoncé jeudi “un renforcement sans précédent” des moyens contre le crime organisé en Corse, dans un discours salué comme “décisif”.A l’appui d’une nouvelle circulaire de politique pénale territoriale “d’ici un mois”, avec pour axes principaux “la lutte contre la drogue et le blanchiment”, Gérald Darmanin a annoncé l’arrivée sous 20 mois de “17 magistrats, 21 greffiers et 12 attachés de justice spécialisés”, un renforcement présenté comme “sans précédent”. S’exprimant devant l’Assemblée de Corse, dans le cadre d’une session dédiée aux “dérives mafieuses” dans l’île de Beauté, le garde des Sceaux a également fait part de son projet de “création d’un pôle spécialisé contre la criminalité organisée basée à Bastia, qui comprendra procureurs et juges du siège.” Selon le ministre, il s’agira d’un pôle spécialisé “comme il n’en existe nulle part ailleurs sur le territoire de la République”.  Enfin, dans une déclaration unanimement saluée par les élus corses, il a annoncé le retrait des condamnés et mis en examen corses du Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait), “afin qu’aucun amalgame avec les terroristes islamistes ne soit au rendez-vous”.Il répondait ainsi à une demande forte du mouvement indépendantiste Core in Fronte.Dans ce qu’il a défini comme “une révolution contre le crime organisé”, le ministre est ensuite revenu sur la proposition de loi contre le narcotrafic adoptée en première lecture au Sénat, en janvier, rappelant son soutien à “la création du Pnaco (procureur national anti-criminalité organisée, ndlr) au 1er janvier 2026”, “l’extension de la confiscation de tous les avoirs criminels” et “la création d’un véritable régime de repenti” élargi aux crimes de sang.- “Les pieds dans le plat” -Saluant “un moment politique majeur”, un “discours important, sans doute décisif”, Gilles Simeoni, président autonomiste du Conseil exécutif de Corse, a demandé “le temps de réfléchir à ces mesures pour en discuter ensemble ensuite”.Face “aux dérives mafieuses” qui gangrènent la Corse, le pouvoir politique autonomiste local devait proposer officiellement 30 mesures concrètes jeudi après-midi. Parmi ces mesures, dévoilées depuis près d’une semaine, ne figurent cependant pas les principales réformes juridiques adoptées au Sénat, à la stupéfaction des deux collectifs anti-mafia insulaires.Dans ce rapport, qui s’apparente surtout à un plaidoyer pour l’autonomie de l’île, Gilles Simeoni, ex-avocat pénaliste, notamment d’Yvan Colonna (condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac en 1998 et décédé en 2022 après avoir été agressé par un codétenu à la prison d’Arles), fait ainsi part de son “désaccord” avec plusieurs mesures inspirées du droit italien et retenues dans la proposition de loi contre le narcotrafic adoptée à l’unanimité par le Sénat.Parmi les principales propositions des élus autonomistes corses, issues de deux ans d’échanges avec associations et collectifs, figurent par contre la création d’une “instance consultative spécifique à la lutte contre les dérives mafieuses” et la volonté de “combattre les clichés positifs associés à la mafia”.Dans une réaction auprès du journal Corse-Matin, Jean-Toussaint Plasenzotti, représentant du collectif anti-mafia “Massimu Susini”, du nom de son neveu, militant nationaliste assassiné en septembre 2019 à Cargèse (Corse-du-Sud), a salué la prise de parole du ministre: “Son discours nous satisfait, il met les pieds dans le plat. Il dit qu’il faut des outils contre cette criminalité singulière qu’est la mafia”.”Quand vous avez des élus territoriaux qui tournent autour du pot et sortent des laïus sur la lutte nationaliste, etc. ça suffit. Aujourd’hui il y a une urgence”, a-t-il insisté, “il faut que les gens prennent leurs responsabilités”. Invité jeudi matin devant l’Assemblée de Corse, l’ancien maire de Palerme, Leoluca Orlando, venu témoigner de son combat contre la mafia en Sicile, s’est lui aussi montré favorable à un durcissement des lois, sur le modèle italien: “On est aux limites de l’Etat du droit. Mais aux limites de la dictature, risque de se trouver la mafia”, a-t-il déclaré.Cette session jeudi intervenait dans un climat très lourd, après le meurtre d’un jeune pompier avant Noël à Ajaccio, puis celui d’une étudiante de 18 ans, vraisemblablement ciblée par erreur, le 15 février à Ponte-Leccia (Haute-Corse), dans une île où le nombre d’homicides rapporté à la population est le plus élevé de France métropolitaine.

L’action du Hamas “légitime du point de vue du droit international”, affirme Rima Hassan

L’eurodéputée LFI Rima Hassan a provoqué des réactions indignées jeudi en assurant que “le Hamas a une action légitime du point de vue du droit international” qui justifie “la lutte armée dans un contexte de colonisation”, tout en reconnaissant que tous les “procédés”, comme les prises d’otages ou les exactions, ne le sont pas.”Le Hamas a une action légitime du point de vue du droit international”, a expliqué sur Sud-Radio l’eurodéputée franco-palestinienne, dont les prises de position sur le Proche-Orient suscitent régulièrement les polémiques. Mais “ce n’est pas parce que les résolutions des Nations Unies sont extrêmement claires sur le droit des peuples colonisés à avoir recours à la lutte armée, que les procédés de la lutte armée justifient tout”, a-t-elle nuancé, rappelant que “le droit à résister à une occupation étrangère” était “parfaitement encadré en droit international”. “Vous n’avez pas le droit de prendre en otage des civils, vous n’avez pas le droit de commettre un certain nombre des exactions telles qu’elles ont été commises” lors des massacres du 7-Octobre 2023 par l’organisation islamiste. “Moi et mon parti avons quand même très souvent rappelé que c’était effectivement des crimes de guerre”, a-t-elle ajouté. Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a assuré avoir “signalé à la procureure de la République de Paris ces propos qui relèvent de l’apologie du terrorisme”.”Les propos de Rima Hassan sont proprement inacceptables. Le Hamas est une organisation terroriste qui piétine le droit international, quand elle tue des otages, quand elle commet des attentats, quand elle propage la haine antisémite et quand elle appelle à la destruction d’un État”, a-t-il estimé sur son compte X.Regrettant que Rima Hassan “porte l’écharpe française”, le président LR de l’Association des maires de France David Lisnard a également annoncé qu’il allait signaler ces propos à la justice.Pour Yonathan Arfi, président du Crif (conseil représentatif des institutions juives de France), “ces propos de propagande d’une organisation terroriste sont une injure à la mémoire de toutes les victimes du 7-Octobre !”, a-t-il estimé sur X.”Vous êtes une honte pour la France et une ennemie de nos valeurs !”, a également réagi la députée Renaissance Prisca Thévenot, sa collègue d’Horizons, Naïma Moutchou, se disant “absolument sidérée”.A gauche, le député socialiste Jérôme Guedj anticipe que “les propos abjects” de l’élue LFI “ne seront pas condamnés par son parti”. “Je confirme ce que je pratique: les socialistes n’ont définitivement plus rien à faire avec eux”, a-t-il déclaré. Au sein du même parti, le maire de Montpellier Michael Delafosse a déploré “des déclarations qui souillent la mémoire des victimes” et sont “mensongères et irresponsables”.Au printemps 2024, Rima Hassan avait été convoquée par la police dans le cadre d’une enquête pour “apologie du terrorisme”.Elle avait alors expliqué que sa convocation était consécutive à une interview accordée en novembre 2023 au média Le Crayon. Dans un extrait, maintenant supprimé, on la voyait dire qu’il est “vrai” que le Hamas mène une action légitime.L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 a entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles israéliennes et incluant les otages morts ou tués en captivité. L’offensive israélienne menée en représailles à Gaza a fait au moins 48.319 morts, en majorité des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l’ONU, et plongé le territoire palestinien dans un désastre humanitaire.