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Martine Aubry, la fin d’un règne au sommet du beffroi de Lille

Martine Aubry, qui a annoncé mettre fin à un quart de siècle à la tête de Lille, ville durablement marquée par son empreinte, est une figure emblématique du PS, ancienne ministre associée aux 35 heures et à la couverture maladie universelle.L’élue de 74 ans, qui souhaite passer la main mi-mars à son premier adjoint, Arnaud Deslandes, un an avant les élections municipales, apparaissait de plus en plus isolée dans son beffroi ces dernières années.”Je ne prends pas ma retraite politique”, a néanmoins assuré l’édile, “je vais continuer à m’exprimer, peut-être plus qu’avant sur le plan national et international, parce qu’aujourd’hui j’étais concentrée sur ma ville”.Depuis son départ de la tête du parti socialiste en 2012, Mme Aubry n’a plus eu de responsabilité nationale, bien qu’elle demeure régulièrement consultée. “Elle a observé l’évolution du PS avec une forme de tristesse et de distance. Mais elle reste une grande ministre, un point cardinal pour la gauche et les socialistes”, selon le sénateur PS Patrick Kanner.Prise sous l’aile du maire de Lille Pierre Mauroy, qui en fait sa première adjointe en 1995 avant de lui céder la place en 2001, l’énarque parisienne a su se bâtir une réputation d’élue locale incontournable, “très impliquée dans ses mandats locaux”, souligne le politologue Pierre Mathiot.Son ancien allié et candidat écologiste Stéphane Baly salue “l’une des rares à ne pas avoir trahi certains idéaux”, “ses valeurs de gauche”, et qui a été “absolument constante politiquement”. Il évoque ses “mandats flamboyants” de 2001 et 2008, marqués par la saga d’événements festifs et culturels Lille3000 et le renouvellement urbain. Elle s’agace contre ceux qui disent qu’elle “n’a pas préparé sa succession”. Mais faute de successeur charismatique, le PS à Lille doit désormais faire face à l’appétit grandissant des écologistes, qui ont failli l’emporter aux dernières municipales en 2020.Ses quatre mandats ont marqué “la métamorphose de Lille. Elle s’est inscrite dans la continuité de Pierre Mauroy, mais elle l’a même dépassé en termes de notoriété (…), tout en maintenant une mixité sociale” au sein de la ville, vante encore Patrick Kanner. Pragmatique, Martine Aubry bâtit dès 2008 une majorité municipale élargie, jusqu’aux centristes, loin de l’orthodoxie socialiste dont elle aime se faire la gardienne.La maire a gardé sa réputation de fonceuse au caractère bien trempé. On la dit “autoritaire”, “cassante”, ne sachant pas “déléguer”, mais aussi “loyale”, “sensible” et “bonne vivante”.”J’ai donné à Lille ce que je suis, mon énergie, mon impatience”, reconnaît-elle jeudi.- “Une boussole” -“Martine Aubry a du caractère, et quand on a du caractère, parfois, on a un mauvais caractère”, estime Pierre Mathiot. “Elle est très exigeante et perfectionniste dans le travail”, et elle a “du mal avec ce qu’elle considère comme de l’amateurisme”.Pour la macroniste Violette Spillebout, son ancienne directrice de cabinet et désormais opposante, “Martine Aubry a eu des talents”, mais elle s’est “enfermée dans son beffroi avec des collaborateurs qui la craignent”.Fille de l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, Martine Aubry est née le 8 août 1950 à Paris. Elle a eu une fille avec son premier mari, et s’est remariée avec l’ancien bâtonnier lillois Jean-Louis Brochen. Elle a été ministre une première fois (1991-1993), avant de devenir l’emblématique numéro deux (1997-2000) du gouvernement de gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin.La réforme des 35 heures, qu’elle porte de bout en bout malgré ses réticences initiales, la création de la couverture maladie universelle (CMU) et des emplois-jeunes lui confèrent une aura au sein de toute la gauche. En 2008, elle emporte la direction du PS à l’arraché face à Ségolène Royal lors d’un congrès à Reims marqué par la désunion, puis contribue à ressouder et à transformer le parti. En 2011, le retrait du favori socialiste Dominique Strauss-Kahn – rattrapé par le scandale du Sofitel à New York où une femme de ménage l’a accusé de viol- lui entrouvre les portes de l’élection présidentielle. Elle se lance dans la bataille mais perd la primaire du PS face à François Hollande.Ces dernières années, lors de la composition d’un gouvernement, son nom a parfois circulé. Mais depuis cet échec, elle n’a plus vraiment cherché à revenir dans le jeu national et s’est concentrée sur ses mandats locaux. Sarah Kerriche Bernard, première secrétaire de la fédération PS du Nord, souligne son influence: “Elle sent la société, nous sommes toujours attentifs à ce qu’elle pense. Elle a toujours été notre boussole et une boussole indique le Nord”.

Plus de 15 millions de téléspectateurs pour l’allocution de Macron

Quelque 15,1 millions de téléspectateurs ont regardé mercredi soir l’allocution télévisée du président Emmanuel Macron sur l’ensemble des chaînes qui la diffusaient, selon les chiffres de Médiamétrie jeudi.Cela représente une part d’audience de 71,6% toutes chaînes confondues, ce qui signifie que près des trois-quarts des gens qui étaient devant la télévision à ce moment-là regardaient l’allocution. Elle était diffusée sur TF1, France 2, M6, TMC, LCP et les quatre chaînes info (BFMTV, CNews, LCI et franceinfo).Consacrée à la situation internationale, cette allocution a débuté à 20h00 et a duré un quart d’heure. Le chef de l’Etat y a déclaré qu’il faudrait “des réformes, du choix, du courage”, dans la “nouvelle ère” qui s’esquisse face à un rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie, potentiellement aux dépens de l’Europe et de l’Ukraine.Traditionnellement, les interventions présidentielles les plus suivies sont celles qui prennent la forme d’une allocution exceptionnelle, par opposition aux interviews ou aux conférences de presse.En juin, quelque 15,3 millions de personnes au total avaient regardé l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron dans laquelle il avait annoncé sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale.De même, 13,3 millions de téléspectateurs toutes chaînes confondues avaient regardé l’allocution diffusée en octobre 2023 après l’attaque du Hamas en Israël, et 15,1 millions mi-avril 2023 après la promulgation de la très contestée réforme des retraites.

Chenu (RN): Poutine n’est “pas la menace principale” pour la France

Le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, a assuré jeudi ne pas croire “du tout” à un “scénario” selon lequel Vladimir Poutine serait “aux portes de Paris”, estimant que ce dernier ne constituait “pas la menace principale” pour la France. “C’est une menace parmi d’autres (mais) la première menace sur le sol français, c’est l’islamisme, c’est le terrorisme islamique”, a affirmé sur TF1 le député d’extrême droite, au lendemain d’une allocution d’Emmanuel Macron prévenant solennellement les Français qu’il faudrait “des réformes, du choix, du courage”.Interrogé sur le risque de voir le président russe, après l’Ukraine, s’attaquer à la Moldavie ou la Roumanie, Sébastien Chenu “ne croit pas du tout à ce scénario”. Il a reproché au président français de faire “peur aux Français en nous disant que Vladimir Poutine est aux portes de Paris”. Il “joue sur les peurs. Pourquoi? Pour dire +circulez, il n’y a rien à voir+, on ne parle plus d’immigration, d’insécurité, des finances publiques, du Mercosur (projet d’accord commercial entre l’UE et des pays du sud-américains, contesté par la France, NDRL) qui tue nos agriculteurs”. “On dit aux Français +attendez, c’est bientôt la guerre face à la Russie, ayez peur, faites confiance à votre bon président Macron”, a-t-il grincé. Le député RN a reproché au chef de l’État d'”utiliser le drame de l’Ukraine pour finalement faire avancer un agenda fédéraliste” européen, en mettant en route une défense européenne. “Le budget de la défense française doit être financé par de l’argent français au bénéfice des Français”, a-t-il prévenu, notant des économies possibles sur “par exemple l’Agence européenne de défense”. “Les Français doivent disposer d’une défense nationale propre pour défendre leurs intérêts”, a-t-il insisté. Selon lui, “la France doit avoir une position indépendante et équidistante”, vis-à-vis de la bascule géopolitique en cours, plaidant pour que Paris soit “moteur” dans un processus de paix entre l’Ukraine et la Russie. 

Prison pour les plus gros narcotrafiquants: Darmanin dévoile son choix

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin doit dévoiler jeudi soir quelle prison accueillera d’ici à fin juillet les cent narcotrafiquants les plus dangereux, dans un nouveau régime carcéral d’isolement extrêmement strict.Le garde des Sceaux donnera le nom de l’établissement pénitentiaire retenu pour cette future prison de haute sécurité spécialisée au journal télévisé de 20H00 de France 2 jeudi, une annonce repoussée de 24 heures en raison de l’allocution du président Emmanuel Macron mercredi soir.Quatre prisons sont en lice: Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), la maison centrale de Saint-Maur (Indre), le centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe (Sarthe) et la maison centrale d’Arles (Bouches-du-Rhône).M. Darmanin a visité les quatre établissements. Lors de sa dernière visite vendredi à Saint-Maur, il a présenté un calendrier prévisionnel d’ici à son ouverture prévue le 31 juillet: “un mois, un mois et demi de travaux, notamment de travaux technologiques pour ne pas qu’on communique vers l’extérieur”.L’arrivée des prisonniers est prévue “entre mai et juin”, pour une incarcération “de façon définitive” des “100 premiers narcotrafiquants” au 31 juillet.En attendant, le narcotrafiquant Mohamed Amra, qui était l’homme le plus recherché de France et a été arrêté en Roumanie, a été incarcéré dans le centre déjà ultra-sécurisé de Condé-sur-Sarthe après sa remise à la France.Son cas, après son évasion sanglante qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires en mai 2024, a plusieurs fois été invoqué par M. Darmanin pour justifier la création d’une nouvelle prison destinée aux trafiquants de stupéfiants, dont le régime carcéral d’isolement est inspiré de la lutte anti-mafia en Italie.Ce “régime de détention très strict” a fait l’objet d’un amendement à la proposition de loi sur la lutte contre le narcotrafic, qui a été adopté mercredi par la commission des lois de l’Assemblée nationale, s’est félicité le ministre sur X.L’amendement comprend des mesures telles que des fouilles intégrales après tout contact avec l’extérieur, des parloirs équipés d’hygiaphone ou encore un accès limité au téléphone. Les détenus pourraient être affectés dans cette prison sur décision du garde des Sceaux pour une durée de quatre ans, renouvelable.Ces dispositions ont été dénoncées par l’Observatoire international des prisons qui les juge “attentatoires aux droits fondamentaux”.Mercredi, M. Darmanin a reçu les organisations syndicales pénitentiaires et de magistrats à la Chancellerie alors que le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) avait lui décliné l’invitation, déplorant dans une lettre ouverte l’absence de “consultation préalable des organisations représentatives” pour son plan “narcoprison”.edy-pgr-spe-sc/cal/pta

Macron appelle les Français au “courage” face à un “monde de dangers”

Emmanuel Macron a prévenu solennellement les Français, dans une allocution mercredi soir, qu’il faudra “des réformes, du choix, du courage”, dans la “nouvelle ère” qui s’esquisse face à un rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie, potentiellement aux dépens de l’Europe et de l’Ukraine.”Face à ce monde de dangers, rester spectateur serait une folie”, a lancé le chef de l’Etat dans un discours télévisé d’une quinzaine de minutes, à la veille d’un sommet crucial de l’Union européenne (UE) à Bruxelles pour acter un renforcement massif de la défense continentale.Le président avait choisi de s’adresser à son pays afin, selon son entourage, de répondre à “une angoisse très forte chez les Français”.Il a tenté de mettre des mots sur la bascule géopolitique en cours depuis que le président américain Donald Trump a renoué le dialogue avec son homologue russe Vladimir Poutine, décidé à mettre fin à tout prix à la guerre en Ukraine plus de trois ans après le début de l’invasion par la Russie. “L’avenir de l’Europe n’a pas à être tranché à Washington ou à Moscou”, a lancé le président.”Je veux croire que les États-Unis resteront à nos côtés. Mais il nous faut être prêts si tel n’était pas le cas”, a expliqué Emmanuel Macron, décrivant une “menace russe” qui “nous touche” avec une “agressivité” qui “ne semble pas connaître de frontières”.Il s’est réjoui de voir l’UE franchir jeudi à Bruxelles “des pas décisifs” pour investir des centaines de milliards d’euros dans la défense européenne, en prenant des décisions que “la France proposait depuis plusieurs années”.- “Des choix, du courage” -Mais il s’agira aussi d’un effort budgétaire difficile eu égard aux finances publiques très dégradées de la France, a-t-il laissé entendre. Renforcer les armées signifiera faire des “investissements supplémentaires qui sont désormais devenus indispensables”, mais “sans que les impôts ne soient augmentés”, a-t-il promis.”Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage”, a-t-il martelé, appelant la classe politique et les partenaires sociaux à proposer des “solutions de demain” qui “ne pourront être les habitudes d’hier”.”La patrie a besoin de vous et de votre engagement”, a encore dit le chef de l’Etat à ses compatriotes, vantant “la force d’âme d’une nation”.Si “le soutien à l’Ukraine est un impératif”, cela ne peut passer “par de nouveaux sacrifices pour les Français”, a réagi le patron du PS Olivier Faure sur X, et la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier a jugé que “sans augmenter les impôts des plus riches, Emmanuel Macron ne pourra ni financer cet effort de guerre ni le faire accepter à la population”.Le président “veut nous faire peur pour imposer au peuple une nouvelle salve de sacrifices sociaux”, a dénoncé le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard.A la manoeuvre ces dernières semaines, avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, pour organiser l’unité des Européens et tenter de maintenir le dialogue transatlantique, il a annoncé une réunion la semaine prochaine à Paris des “chefs d’état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités” pour garantir une future paix en Ukraine, y compris, “peut-être, par le déploiement de forces européennes”.S’il a confirmé vouloir “ouvrir le débat stratégique sur la protection par notre dissuasion de nos alliés du continent européen”, il a assuré que la décision d’engager l’arme nucléaire “a toujours été et restera entre les mains du président de la République”.- Des tarifs “incompréhensibles” -Juste après son allocution, Emmanuel Macron a reçu à dîner le Premier ministre hongrois Viktor Orban, soutien de Donald Trump et Vladimir Poutine, et l’une des voix les plus dissonantes dans l’UE.Après une altercation spectaculaire entre le président américain et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, vendredi dans le Bureau ovale, et l’annonce, lundi, du gel de l’aide militaire américaine à Kiev, le dialogue semble se réengager.Emmanuel Macron s’est entretenu avec les deux hommes, et mardi soir, dans un discours devant le Congrès américain, le locataire de la Maison Blanche a dit avoir reçu une lettre de Volodymyr Zelensky manifestant sa volonté de négocier “dès que possible” une “paix durable” avec la Russie.Le dirigeant ukrainien avait exprimé cette intention quelques heures auparavant en proposant de commencer par une “trêve dans les airs” et “en mer”, reprenant une option avancée par le président français.La possibilité d’un nouveau déplacement “à court terme” du duo franco-britannique à Washington, avec Volodymyr Zelensky, a même été évoquée mercredi matin par la porte-parole du gouvernement français, mais aussitôt démentie par l’Elysée.Au-delà du dossier ukrainien, Emmanuel Macron a dit qu’il espérait encore “dissuader” Donald Trump de mettre à exécution sa menace de “tarifs douaniers sur les marchandises européennes”, “décision incompréhensible tant pour l’économie américaine que pour la nôtre”.

L’ex-ministre macroniste Clément Beaune nommé Haut-commissaire au plan

L’ex-ministre macroniste Clément Beaune a été nommé mercredi Haut-commissaire au Plan, l’ancien poste de François Bayrou vacant depuis sa nomination à Matignon, a annoncé la porte-parole du gouvernement Sophie Primas, à l’issue du Conseil des ministres.L’ancien ministre des Affaires européennes dirigera une institution chargée des réflexions prospectives du gouvernement et fusionnée avec France Stratégie.La porte-parole a ajouté que l’ex-ministre de la Transition écologique Barbara Pompili avait été nommée de son côté ambassadrice à l’environnement.Enarque et macroniste historique, Clément Beaune, 43 ans, a occupé successivement les fonctions de ministre délégué chargé de l’Europe de 2020 à 2022, puis ministre délégué chargé des Transports de 2022 à 2024.Il appartient à l’aile gauche de la macronie et avait manifesté des désaccords avec la loi sur l’immigration présentée par le gouvernement d’Elisabeth Borne votée au début de l’année 2024. Il n’avait ensuite pas été reconduit dans l’équipe de Gabriel Attal.Lors des élections législatives anticipées de juillet 2024, il avait été battu à Paris par le socialiste Emmanuel Grégoire.Barbara Pompili, 49 ans, avait été ministre de la Transition écologique de 2020 à 2022. Ancienne membre du parti Europe-Ecologie-Les Verts, elle avait été secrétaire d’Etat à la Biodiversité sous les gouvernements de gauche de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, avant d’être réélue aux législatives de 2017 avec le soutien des macronistes.

Prison pour les plus gros narcotrafiquants: Darmanin annoncera son choix jeudi

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin annoncera jeudi soir quelle prison accueillera d’ici à fin juillet les cent narcotrafiquants les plus dangereux, auxquels il veut appliquer un nouveau régime carcéral d’isolement extrêmement strict.Le garde des Sceaux dévoilera son choix pour cette future prison de haute sécurité spécialisée au journal télévisé de 20H00 de France 2 jeudi, une annonce décalée de 24 heures en raison de l’allocution du président Emmanuel Macron mercredi soir sur la situation internationale.Quatre prisons sont en lice: Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), la maison centrale de Saint-Maur (Indre), le centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe (Sarthe) et la maison centrale d’Arles (Bouches-du-Rhône).M. Darmanin a visité les quatre établissements ces dernières semaines. Lors de sa dernière visite vendredi, à la maison centrale de Saint-Maur (Indre), il a présenté un calendrier prévisionnel d’ici à son ouverture prévue le 31 juillet: “un mois, un mois et demi de travaux, notamment de travaux technologiques pour ne pas qu’on communique vers l’extérieur, d’y revoir les services informatiques, et l’intégralité du site”.Cette période devra être utilisée pour “former les agents, faire les recrutements qu’il faut”, renforcer les hôpitaux, “la police et la gendarmerie”, mais aussi “le tribunal et la cour d’appel” de la zone concernée.”Puis, l’arrivée des prisonniers” est prévue “entre mai et juin, pour que le 31 juillet, de façon définitive (…) les 100 premiers narcotrafiquants” soient accueillis.En attendant, le narcotrafiquant Mohamed Amra, qui était l’homme le plus recherché de France et a été arrêté en Roumanie, a été incarcéré dans le centre déjà ultra-sécurisé de Condé-sur-Sarthe après sa remise à la France.Son cas, après son évasion sanglante qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires en mai 2024, a plusieurs fois été invoqué par M. Darmanin pour justifier la création d’une nouvelle prison destinée aux trafiquants de stupéfiants et fondée sur un nouveau régime carcéral d’isolement inspiré de la lutte anti-mafia en Italie.Dans un amendement à la proposition de loi sur la lutte contre le narcotrafic qui vient d’être déposé, le gouvernement propose des mesures telles que des fouilles intégrales après tout contact avec l’extérieur, des parloirs équipés d’hygiaphone ou encore un accès limité au téléphone. Les détenus pourraient y être affectés sur décision du garde des Sceaux pour une durée de quatre ans, renouvelable.Ces dispositions ont été dénoncées par l’Observatoire international des prisons, qui les juge “attentatoires aux droits fondamentaux”.Le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) a décliné une invitation à déjeuner mercredi avec Gérald Darmanin, déplorant dans une lettre ouverte l’absence de “consultation préalable des organisations représentatives” pour son plan “narcoprison”.Le SM avait été invité “avec l’ensemble des organisations syndicales pénitentiaires et de magistrats, sans ordre du jour, ni autre élément de contexte”, écrit dans une lettre ouverte Judith Allenbach, présidente du Syndicat de la magistrature.Et ce, “pour le lendemain de votre présentation du plan +narcoprison+ devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, pour lequel vos services n’ont initié aucune consultation préalable des organisations représentatives”, regrette le syndicat. 

Wauquiez juge “très difficile” pour les ministres LR “d’avoir des résultats” avec Macron et Bayrou

Laurent Wauquiez, candidat à la présidence des Républicains, juge qu’il sera “très difficile” pour les ministres de son parti “d’avoir des résultats” dans le gouvernement actuel, prenant l’exemple de son concurrent Bruno Retailleau entravé selon lui dans son action sur l’Algérie par Emmanuel Macron et François Bayrou.Le patron des députés LR s’est dit sur RTL “totalement d’accord avec le discours de fermeté de Bruno Retailleau sur l’Algérie”, mais “on ne lui donne pas les moyens d’avoir des résultats”.M Wauquiez a dénoncé “les choix incompréhensibles” d’Emmanuel Macron qui ne veut pas dénoncer, mais renégocier l’accord de 1968 qui donne un statut particulier aux Algériens en France en matière de circulation, de séjour et d’emploi. “Quand François Bayrou dit +on va faire une évaluation (ndlr, de l’Algérie) pendant deux mois+, on n’a pas besoin d’un conclave pour comprendre que l’Algérie nous humilie”, a-t-il insisté, regrettant que la France “soit dans la soumission et pas suffisamment dans le rapport de forces”. Selon lui, cet exemple justifie sa candidature à la présidence de LR car son rival, Bruno Retailleau, “ne peut pas dire ça” en tant que ministre de l’Intérieur, tenu à la solidarité gouvernementale. “Moi, je peux le dire. Et demain, comme président des Républicains, je pourrai le dire”, a-t-il insisté. Les ministres LR “ont des contraintes, c’est très difficile pour eux d’avoir des résultats. Raison de plus pour avoir une parole de la droite plus libre, plus indépendante, à l’extérieur” du gouvernement, a martelé M. Wauquiez qui veut “refonder la droite sur un projet de rupture avec le macronisme”.

A l’Assemblée, les ministres plaident pour un arsenal contre le narcotrafic devant une gauche inquiète

Érigée en priorité par le gouvernement, la lutte contre le narcotrafic a commencé à être débattue en commission à l’Assemblée nationale mardi, avec une proposition de loi sur laquelle la gauche a émis de nombreuses réserves, notamment au regard des libertés individuelles.Ce texte transpartisan, adopté à l’unanimité au Sénat début février, entend compléter l’arsenal répressif contre le trafic de drogues et prévoit notamment la création d’un parquet spécialisé.Mais les débats promettent d’être plus mouvementés qu’à la chambre haute, avec quelque 500 amendements déposés par les députés. Tout en reconnaissant le “fléau” du narcotrafic, la députée socialiste Colette Capdevielle a alerté: “Attention aux atteintes aux droits de la défense (…), aux atteintes à la vie privée (…), aux droits fondamentaux.” L’examen en commission des Lois, qui devrait se poursuivre jusqu’à vendredi, a commencé mardi après-midi avec l’audition des ministres de la Justice Gérald Darmanin et de l’Intérieur Bruno Retailleau.Le narcotrafic “est à la fois la cause racine de l’hyper violence qu’on voit partout en France” et “une menace existentielle sur nos institutions”, a déclaré ce dernier. “Le moment est venu de reprendre le contrôle.”Il a mis en avant la nécessité de nouvelles techniques spéciales d’enquêtes. Si le texte “devait ressortir sans aucune mesure qui permettrait que nous puissions lutter à armes égales” en matière de nouvelles technologies, “il n’y aurait aucun texte”, a-t-il alerté.L’une des ces techniques, et l’un des principaux points de crispation, imposerait aux plateformes de messagerie chiffrée (Signal, WhatsApp…) d’autoriser l’accès aux correspondances des trafiquants par les services de renseignement.Plusieurs groupes politiques ont déposé des amendements pour supprimer l’article, dont des députés du groupe macroniste Ensemble pour la République (EPR), dénonçant une “porte dérobée” dangereuse.”Affaiblir le chiffrement ne pénaliserait pas seulement les criminels. Cela exposerait aussi nos citoyens, nos entreprises et nos infrastructures aux cyberattaques”, a mis en garde la ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Clara Chappaz.- Nouveau régime carcéral -La proposition phare du texte, issu d’une commission d’enquête sénatoriale, consiste en la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco). Sur le modèle des parquets financier (PNF) et antiterroriste (Pnat), il serait saisi des crimes les plus graves.Un rapport d’étape rendu mardi à Gérald Darmanin a préconisé qu’il soit implanté à Paris -et non Marseille-, avec une entrée en vigueur “pas avant début 2026”.Les prérogatives de ce parquet pourraient à l’avenir être étendues à la cybercriminalité, pour englober le blanchiment d’argent via cryptomonnaies, a déclaré M. Darmanin mardi.Le gouvernement a par ailleurs déposé un amendement visant à créer dans les prisons des quartiers de lutte contre la criminalité organisée, avec fouilles intégrales après tout contact avec l’extérieur, ou encore accès limité au téléphone. Des détenus pourraient y être placés sur décision du garde des Sceaux.Il s’agit “d’isoler les personnes les plus dangereuses”, entre 600 et 800 détenus, a dit le ministre de la Justice. Un tel régime serait “attentatoire aux droits fondamentaux”, a toutefois mis en garde l’Observatoire international des prisons (OIP).M. Darmanin a annoncé avoir saisi le Conseil d’Etat sur cette question, pour éventuellement modifier le texte en séance.- “Dossier-coffre” -Parmi les autres mesures du texte: la fermeture administrative de commerces soupçonnés d’agir comme “blanchisseuses”, la création d’une procédure “d’injonction pour richesse inexpliquée” pour obliger les suspects à s’expliquer sur leur train de vie, ou encore la possibilité pour les préfets de prononcer des “interdictions de paraître” sur les points de deal.Un article prévoit de rendre possible l’activation à distance d’un appareil électronique (micro, caméra…). Un dispositif censuré par le passé par le Conseil constitutionnel pour atteinte à la vie privée.Autre disposition décriée, la création d’un “procès-verbal distinct”, surnommé “dossier-coffre”, pour ne pas divulguer certaines techniques d’enquête sensibles. Une mesure faisant craindre des atteintes aux droits de la défense.Face à des “organisations professionnelles”, “il faut faire très attention de ne pas livrer des noms” d’informateurs ou d’enquêteurs, a plaidé le ministre de l’Intérieur. “Votre logique est celle d’un élargissement des moyens techniques au mépris du respect des droits”, a rétorqué le député La France insoumise Antoine Léaument.Le texte doit arriver dans l’hémicycle la semaine du 17 mars, avant un vote solennel prévu le 25 mars. 

Mort de Jean-Louis Debré, grand témoin de la Ve République, de l’Assemblée au Conseil constitutionnel

Un nom de famille irrémédiablement lié à la Ve République: Jean-Louis Debré, proche de l’ancien président Jacques Chirac, ex-président de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 80 ans.La famille de l’ancien élu de l’Eure a annoncé le décès mardi matin à LCI, dirigée par l’un de ses fils, le journaliste Guillaume Debré. L’actuelle présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a déploré la perte d’un “immense serviteur de l’État”, évoquant “un amoureux de la République”.L’Assemblée nationale lui a rendu hommage et respecté une minute de silence avant la séance de questions au gouvernement. Le Sénat le fera également.”Jean-Louis Debré a consacré sa vie à une certaine idée de la France”, a réagi sur X le président Emmanuel Macron, saluant “un homme de droit et de droiture”.Le chef du gouvernement, François Bayrou, a souligné son “esprit particulier” et “la profondeur” de son “engagement”.”C’était un personnage truculent et assez unique (…) héritier d’une grande famille politique”, a commenté sur France Inter l’ancien Premier ministre et maire du Havre, Édouard Philippe.Le fils de Michel Debré, rédacteur de la Constitution de la Ve République et premier chef de gouvernement de Charles de Gaulle en 1959, était un proche de Jacques Chirac, dont il fut conseiller dès les années 1970.L’ancien patron des députés LR (ex-UMP, ex-RPR), Christian Jacob, a salué “le fidèle grognard de Jacques Chirac, celui qui aura apporté une réelle contribution à la victoire de 1995”.Docteur en droit sans avoir passé le bac, magistrat instructeur puis député (1986), soutien de Jacques Chirac dans sa guerre interne à droite avec Édouard Balladur, il fut nommé ministre de l’Intérieur de 1995 à la dissolution de l’Assemblée nationale de 1997, marquant l’opinion publique par l’évacuation de sans-papiers occupant l’église Saint-Bernard à Paris.Accédant à la présidence de l’Assemblée nationale après la réélection de Jacques Chirac en 2002, y gagna une image plus consensuelle et fut ensuite nommé à la présidence du Conseil constitutionnel (2007-2016).Ses successeurs lui ont rendu hommage, Laurent Fabius mettant en avant “son attachement au service de la République” et Richard Ferrand “son indépendance d’esprit et son humanité”.Parmi de nombreux ouvrages publiés, Jean-Louis Debré raconta son expérience à la tête de l’institution de la rue de Montpensier. Mais aussi ses rapports parfois tendus avec Nicolas Sarkozy, dont le Conseil constitutionnel a, après sa défaite face à François Hollande en 2012, confirmé le rejet des comptes de campagne.-“Voix singulière” et “humour décapant”-Auteur de livres politiques et de romans policiers, familier des planches de théâtre, Jean-Louis Debré -dont le frère jumeau Bernard Debré, professeur urologue réputé et lui aussi député, est décédé en 2020- fut également, pendant plus de vingt ans, député de la première circonscription de l’Eure (Évreux), où lui a succédé Bruno Le Maire en 2007, détenue depuis juillet 2024 par le Rassemblement national.”Ce grand connaisseur et ce grand serviteur de nos institutions aura marqué de ses convictions gaullistes la vie politique française”, a réagi sur X le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau (LR).Marine Le Pen (RN) a salué sur le même réseau social “un homme de tempérament, connu pour son franc-parler et son attachement aux débats”.Les hommages sont également élogieux à gauche, à l’image de l’ex-président (PS) François Hollande qui a mis en avant un homme “passionné, ardent, fiévreux” dans sa défense de Jacques Chirac et de ses “convictions gaullistes”, mais aussi sa “grande capacité d’indépendance”.”Nos débats passionnants et respectueux dépassaient nos divergences”, a souligné le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel.”Il était de ceux pour qui l’idée républicaine restait un idéal et même davantage qu’une Constitution (…) Sa fidélité à cette attitude nous est léguée comme un exemple”, a réagi sur X le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.Homme de tempérament, connu pour son franc-parler et son attachement aux débats, il fut et demeurera une personnalité du paysage politique et institutionnel.