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Deux motions de censure à l’Assemblée la semaine prochaine, Lecornu dénonce “des postures cyniques”

Deux motions de censure axées sur le Mercosur, l’une déposée par LFI, l’autre par le RN, devraient être débattues en milieu de semaine prochaine à l’Assemblée contre le gouvernement de Sébastien Lecornu qui a dénoncé en retour des “postures cyniques partisanes”.Vendredi matin, La France insoumise a déposé une motion de censure pour protester contre le “piétinement” de la souveraineté populaire et du droit international tant concernant l’accord de libre-échange avec le Mercosur que le Venezuela.”La France humiliée à Bruxelles mais aussi à Washington, voilà le bilan désastreux” d’Emmanuel Macron, estiment les signataires de cette motion, déposée de manière spontanée en vertu de l’article 49.2 de la Constitution et annoncée par la cheffe des députés LFI Mathilde Panot sur X. Malgré le “non” d’Emmanuel Macron au Mercosur, LFI accuse le président d’avoir “laissé ouverte la porte de la capitulation de notre pays face à la Commission européenne” avec cet accord, voyant dans ses tentatives d’obtenir des contreparties des “artifices”. Le Rassemblement national a également annoncé jeudi son intention de déposer une motion de censure sur le Mercosur. Son président Jordan Bardella a estimé que ce “non” était “une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite, “une mise en scène”, et donc “une trahison des agriculteurs”. Ces deux motions de censure n’ont cependant que peu de chances d’aboutir. Certes le patron des Républicains Bruno Retailleau avait lui aussi fait planer le “risque d’une censure” mais uniquement si Emmanuel Macron avait choisi de voter en faveur du texte. Quant au PS, c’est éventuellement sur le budget, en cas d’une “mauvaise copie” soumise à un 49.3 qu’il pourrait se joindre à une censure selon son Premier secrétaire Olivier Faure.Fait inhabituel, Sébastien Lecornu a fustigé sur X ces motions de censure comme des “postures cyniques partisanes”.”La France a une position claire sur le Mercosur : nous voterons contre, sans surprise”, a écrit le Premier ministre, accusant ces formations politiques de “choisir délibérément d’afficher des désaccords politiciens internes” et “d’affaiblir la voix de la France”. Ces motions “retardent encore les discussions budgétaires, déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d’agenda électoral, et envoient un très mauvais signal à l’étranger”, ajoute M. Lecornu.Le Premier ministre juge que “le moment devrait être à la mobilisation au sein de chaque groupe politique au Parlement européen, pour construire une majorité contre cet accord”.Faute d’avoir réussi à bloquer le traité de libre échange au niveau des Etats membres, l’exécutif mise maintenant sur le Parlement européen en espérant qu’une majorité d’eurodéputés votent contre la ratification de l’accord ou décident de saisir la Cour européenne de justice, ce qui retarderait le processus de quelques mois.

Paris revendique “le droit” de s’opposer à Washington

Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a revendiqué vendredi “le droit” des Européens “de dire non” à leur allié historique américain lorsque celui-ci agit d’une manière qu’ils jugent inacceptable.Dans son discours annuel devant les ambassadeurs français, Jean-Noël Barrot a souligné ce qu’il a qualifié de “fait marquant” en ce début d’année: la dissonance avec “les États-Unis d’Amérique, un peuple avec lequel nous, Européens et plus encore, nous Français, avons une histoire longue et singulière, forgée dans les guerres et les révolutions communes”.”En quelques mois, la nouvelle administration américaine a décidé, et c’est son droit, de repenser les liens qui nous unissent”, a-t-il pris acte. “C’est aussi notre droit de dire non à un allié historique, tout aussi historique soit-il, lorsque sa proposition n’est pas acceptable et lorsqu’il faut dire non”.Cette semaine, plusieurs pays du Vieux Continent dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie ont publié une déclaration commune de soutien au Groenland et au Danemark, face aux revendications de Donald Trump sur ce territoire rattaché au Danemark.Avant cela, le 3 janvier, Jean-Noël Barrot avait publiquement condamné la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par l’armée américaine, critiquant une opération qui “contrevient” au droit international.Il avait néanmoins également reproché à M. Maduro, au pouvoir depuis 2013, d’avoir porté “une atteinte grave à (la) dignité et (au) droit à l’auto-détermination” des Vénézuéliens.Vendredi, le ministre des Affaires étrangères a en outre réfuté l’analyse selon laquelle l’Europe risque “un effacement civilisationnel”, comme écrit dans la stratégie de sécurité nationale américaine publiée en décembre.”Non, l’Europe n’est pas au bord de l’effacement civilisationnel et les voix présomptueuses qui le prétendent feraient mieux de prendre garde à leur propre effacement”, a rétorqué le ministre français.Pour autant, a-t-il analysé, l’Union européenne est “menacée de l’extérieur par des adversaires qui tentent de détricoter les liens de solidarité qui nous unissent” et “de l’intérieur par la lassitude démocratique”.- “En ordre de bataille” -Pour y remédier, Jean-Noël Barrot a appelé à amplifier la voix de la France, attaquée parce qu’elle dérange “l’internationale réactionnaire” allant “des couloirs du Kremlin au cercle MAGA” (Make America Great Again, ndr) entourant le président américain.”Elle dérange les autocrates et les régimes dits libéraux. Elle dérange les oligarchies corrompues, les révisionnistes et les complotistes de tout bord qui nous ont déclaré la guerre dans le champ des perceptions”, a-t-il poursuivi. Avec un objectif clair “de saper la confiance des Français dans leurs institutions, saper la concorde nationale et saper l’unité européenne”.Jean-Noël Barrot a assuré avoir mis “le Quai d’Orsay en ordre de bataille, avec le soutien du Premier ministre” Sébastien Lecornu pour organiser la riposte, notamment dans le champ informationnel.Le ministre a enfin promis “une coordination nouvelle” entre ministère des Affaires étrangères et ministère de l’Intérieur pour mieux répondre à l’attente des Français en matière d’immigration, un sujet récurrent, en particulier à l’approche des municipales de mars. Un sujet sur lequel Donald Trump attaque régulièrement l’Europe, lui reprochant d’accueillir trop d’immigrés.”Nos compatriotes attendent que nos frontières soient maîtrisées. Oui, nous gagnons à accueillir des travailleurs, des créateurs, des innovateurs étrangers”, a déclaré Jean-Noël Barrot aux ambassadeurs. Mais “lorsqu’une personne ne dispose pas ou qu’elle ne dispose plus du droit de séjourner sur le territoire national, elle doit être reconduite à nos frontières”, a-t-il ajouté.”Le premier niveau de réponse à cette attente légitime” est la résolution des tensions géopolitiques qui font fuir les populations de leurs pays d’origine, a-t-il dit.Il a salué l’adoption au niveau européen du Pacte sur la migration et l’asile qui entrera en vigueur cette année et qui va, selon lui, “changer la donne”. “Mais nous devons aller plus loin encore et nous ne pouvons le faire qu’en lien étroit avec le ministère de l’Intérieur”, a-t-il insisté.

Municipales: le maire écologiste de Bordeaux brigue un nouveau mandat

Le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, s’est lancé officiellement, vendredi, pour briguer un nouveau mandat à la tête de la ville qu’il avait conquise par surprise en 2020 après 73 ans de règne de la droite alliée au centre.”Cela fait des mois qu’on m’interroge, je vous réponds aujourd’hui et vous annonce ma candidature pour la mairie de Bordeaux”, a déclaré devant la presse cet avocat de profession, âgé de 70 ans et élu municipal depuis 1995.Il y a six ans, il l’avait emporté de peu au second tour face au sortant Nicolas Florian (Les Républicains), éphémère dauphin d’Alain Juppé, alors que la droite et le centre s’étaient divisés au premier.Cette fois, après des mois de tergiversations depuis le décès soudain de Nicolas Florian en janvier dernier à l’âge de 55 ans, l’opposition a uni ses forces autour du député Renaissance Thomas Cazenave, derrière lequel la présidente du Parti radical Nathalie Delattre, ex-ministre macroniste comme lui, a fini par s’effacer. Elle devra cependant composer avec l’économiste Philippe Dessertine, qui a maintenu sa candidature au centre-droit.M. Hurmic estime que “le choix du changement qui avait été fait il y a six ans a été honoré”. “La ville est devenue plus vivante, plus solidaire et l’une des mieux préparées, en Europe, au changement climatique”, selon le maire sortant, qui s’enorgueillit de distinctions récemment obtenues par la ville pour la qualité de sa stratégie de transition vers la neutralité carbone. “Nous avons réparé la ville qui a été trop longtemps négligée et nous devons poursuivre avec une équipe qui a fait ses preuves et qui sera enrichie, renouvelée”, a ajouté l’élu vert, soutenu comme en 2020 par le Parti socialiste, le Parti communiste et Génération-s. “Nous vivons en France un moment de fracture démocratique profonde (…) si je me présente, c’est parce que je crois en la capacité des villes à résister, ce sont les villes qui tiennent quand l’État vacille”, a-t-il encore déclaré. Parmi les autres candidats à la mairie de Bordeaux, les 15 et 22 mars, deux femmes sont en lice à l’extrême droite, la députée européenne Julie Rechagneux pour le Rassemblement national et Virginie Bonthoux Tournay pour le parti Reconquête! d’Éric Zemmour, dont elle est la référente départementale en Gironde.Au premier tour, Pierre Hurmic affrontera également la liste de La France insoumise conduite par Nordine Raymond, et quatre autres d’extrême gauche dont une du Nouveau Parti anticapitaliste que pourrait mener l’ancien candidat à l’élection présidentielle Philippe Poutou, conseiller municipal sortant.

Mercosur: face au risque politique, Macron choisit de dire non malgré des concessions “incontestables”

Emmanuel Macron a tranché: malgré les concessions “incontestables” de Bruxelles, la France votera “contre” l’accord commercial avec le Mercosur, un choix qui ne bloquera pas le traité et qui l’expose à un procès en perte d’influence mais qui devrait permettre de sauver le gouvernement.”Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord”, a déclaré jeudi soir le chef de l’Etat dans un communiqué annonçant sa décision, après un appel à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour l’informer.Le président du Rassemblement national Jordan Bardella a estimé que ce “non” était “une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite, “une mise en scène”, et donc “une trahison des agriculteurs”. Il a donc annoncé que le parti d’extrême droite déposerait une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, qui n’a toutefois que peu de chances d’aboutir.Le patron du parti Les Républicains Bruno Retailleau avait lui aussi fait planer le “risque d’une censure” mais uniquement si Emmanuel Macron avait choisi de voter en faveur du texte.Avec une classe politique hostile et des manifestations agitées d’agriculteurs venus en tracteurs à Paris, la pression était forte contre cet accord de libre-échange sur lequel les Vingt-Sept doivent se prononcer vendredi, pour une signature avec le bloc latino-américain prévue la semaine prochaine.Face à cette équation, le président de la République, qui évoque un traité “d’un autre âge” à l’impact limité, a fait le calcul politique qu’il valait mieux aller dans le sens des opposants, pour préserver son Premier ministre et lui éviter de chuter avant même d’avoir réussi à faire adopter un budget pour l’année en cours.Et tant pis si, au fond, et contrairement aux manifestants, il ne juge pas cet accord commercial si néfaste.Début novembre, depuis le Brésil, Emmanuel Macron avait insisté sur les bienfaits du texte pour “notre filière viticole qui est heurtée par les tarifs américains” et pour “beaucoup de secteurs industriels” en quête de “diversification”.Il avait aussi salué le “paquet” de mesures “tout à fait acceptable” proposé par Bruxelles, notamment sur une “clause de sauvegarde” pour protéger les filières agricoles en cas de perturbation du marché. “Je suis plutôt positif mais je reste vigilant”, avait-il lâché, laissant entrevoir un possible feu vert français à terme, si d’autres exigences étaient satisfaites.Ses déclarations avaient toutefois mis le feu aux poudres en France.Le président était donc vite revenu sur la position des mois précédents: un “non très ferme de la France” à l’accord “en l’état”. Et redoublé d’efforts dans son bras de fer pour obtenir plus de garanties de la Commission européenne.Avant Noël, à Bruxelles, grâce au soutien de l’Italie, il avait même réussi à arracher un bref report de la signature qui semblait imminente.- Impuissance -Depuis, l’exécutif français se targue d’avoir engrangé des victoires pour ses agriculteurs, sur le coût des engrais comme sur le futur budget de la politique agricole commune (PAC) pour sécuriser les aides européennes à leur revenu.”C’est le résultat de notre mobilisation déterminée et de mon engagement constant pour nos agriculteurs”, s’est-il félicité cette semaine. Des “avancées incontestables” dont “il faut donner acte à la Commission européenne”, a-t-il abondé jeudi.Mais la France n’a pas réussi, a priori, a réunir une minorité de blocage, et l’accord devrait donc être entériné par l’UE à la majorité qualifiée.De quoi nourrir les accusations d’impuissance d’un chef de l’Etat en fin de règne, voire d’une entente tacite avec les instances européennes, très favorables au Mercosur qui est aussi plébiscité par l’Allemagne et l’Espagne.”Emmanuel Macron a une responsabilité directe si ce traité passe”, puisque “depuis huit ans, il aurait pu et il aurait dû bloquer cet accord”, a affirmé la cheffe des députés La France insoumise Mathilde Panot à l’issue d’une réunion à l’Elysée.Si Emmanuel Macron a un temps espéré que la “pédagogie” permettrait de mettre en avant les avantages du traité et d’en relativiser les méfaits, le débat public est resté totalement défavorable.Jusqu’au bout, le gouvernement a donc dit que “le compte n’y est pas”. Le président a lui préféré jeudi pointer l’équation politique pour justifier son refus.

L’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo se lance dans la course à la mairie de Paris

La députée européenne Reconquête Sarah Knafo, figure montante de l’extrême droite, s’est lancée mercredi dans la course à la mairie de Paris pour “redresser” une capitale en “déclin”, et exclut de se présenter à la présidentielle de 2027.”Aujourd’hui je suis une Parisienne et je vois la ville que j’aime décliner. Personne ne sera aussi déterminée que moi pour mettre fin à la gabegie” dans la capitale, a déclaré sur TF1 l’élue du parti d’Eric Zemmour, qui devient la sixième candidate aux municipales des 15 et 22 mars à Paris.”Je vois les femmes avoir peur dans la rue, je vois la dette qui explose, je vois les impôts qui augmentent, une ville sale, insalubre”, a énuméré Sarah Knafo, qui promet “un plan d’économies de près de 10 milliards d’euros pour pouvoir enfin baisser les impôts des Parisiens” et “diviser par deux la taxe foncière”.L’eurodéputée, seule élue nationale de son parti, a dit par ailleurs souhaiter “au moins deux référendums par an” si elle était élue.La nouvelle égérie des conservateurs français, 32 ans, se “laisse six ans pour redresser la plus belle capitale du monde”. Excluant ainsi de se présenter à la présidentielle de 2027, pour laquelle elle “espère” que le parti de son compagnon Eric Zemmour “aura un autre candidat”.Sa candidature à l’Hôtel de ville faisant peu de suspense, elle a déjà été testée dans les sondages: le dernier paru en décembre lui prête 7% des intentions de vote au premier tour, ex aequo avec le candidat du RN Thierry Mariani.Selon ce sondage Ipsos, le candidat (PS) Emmanuel Grégoire à la tête d’une union entre socialistes, écologistes et communistes remporterait 32% des suffrages au premier tour, devant la candidate des LR Rachida Dati, soutenue par le MoDem, qui en recueillerait 27%.Pierre-Yves Bournazel, candidat d’Horizons soutenu par Renaissance, est lui crédité de 14% des intentions de vote, et Sophia Chikirou, tête de liste LFI, est donnée à 13%.Quatre listes sont ainsi en mesure de se qualifier au second tour, pouvant donner lieu à une quadrangulaire, selon cette enquête.Une fusion des deux listes d’extrême droite paraît peu probable, Marine Le Pen reprochant à Sarah Knafo d’avoir “toujours combattu” son parti, qu’Eric Zemmour juge “socialiste” comme l’a rappelé, agacé, Thierry Mariani en lançant sa campagne.- “Marchepied à Dati” -Très présente dans les médias de la galaxie Bolloré, la jeune aspirante maire pourrait selon le politologue Benjamin Morel “évider” les voix de Thierry Mariani, au regard des bons scores engrangés par Eric Zemmour dans la capitale à la présidentielle de 2022, où il était arrivé en troisième position avec 8% des voix au global, et plus de 17% dans le 16e arrondissement, bastion de la droite parisienne.”L’électorat parisien n’est pas l’électorat classique du RN, c’est plutôt la vieille extrême droite maurassienne très +zemmouro-compatible+. Il peut y avoir un vote utile aussi à l’extrême-droite, un espace où Sarah Knafo est plus consensuelle”, analyse l’expert pour l’AFP.Avec un score à 10%, la députée européenne serait en capacité de se maintenir au second tour, ce qui serait “un vrai problème pour Rachida Dati”, ajoute le politologue.Cette dernière candidature “s’inscrit dans une stratégie visant à servir de marchepied à Rachida Dati et ouvrir la porte à une alliance assumée entre la droite extrême et l’extrême droite”, a tancé Emmanuel Grégoire dans un communiqué. Mercredi soir, Sarah Knafo s’est dite “prête à travailler” avec Rachida Dati si elle remportait la mairie, comme avec “tous ceux qui partageront mon projet”.”J’espère que les Parisiens me feront confiance à moi parce que je pense vraiment avoir le meilleur programme pour Paris. Ce sera le programme le plus transparent, chiffré, rigoureux, comme j’ai appris à le faire”, a promis l’énarque, passée par la Cour des comptes.”Mais si les Parisiens choisissaient quelqu’un d’autre, je serai tout à fait constructive pour faire gagner les idées qui sont les miennes”, a-t-elle conclu.

Sarah Knafo, l’adroite qui s’émancipe

Sortie de l’ombre d’Eric Zemmour, l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo s’est décidée à se lancer dans la course à la mairie de Paris. Une nouvelle étape dans l’ascension de cette passionaria de “l’union des droites”, avant peut-être de jouer un rôle décisif en 2027.Longtemps, elle aura fait mine d’hésiter. Secret de polichinelle: tout l’automne, elle a officiellement attendu que le Parlement accouche d’un budget – en vain.Désormais le temps presse, son heure est venue. Sarah Knafo part en campagne, son nom en haut de la liste, sa tête sur les affiches. Fini les seconds rôles derrière Eric Zemmour à la présidentielle, puis Marion Maréchal aux européennes.A 32 ans, l’étoile montante de l’extrême droite a pris goût à la lumière. Seule élue nationale de son parti, elle affiche son large sourire sur toutes les chaînes info, pour y défendre la suppression des droits de succession, la retraite par capitalisation et la privatisation de l’audiovisuel public.Pendant que son mentor et compagnon sillonne le pays pour dédicacer son dernier livre, c’est encore elle qui multiplie les unes de Valeurs Actuelles et du JDNews, nouveau magazine de l’empire Bolloré.Les médias du milliardaire conservateur breton, déjà fer de lance de l’aventure Zemmour en 2022, orchestrent pareillement le phénomène Knafo. Autant que possible: récemment, Pascal Praud a même dû lui demander de quitter le plateau de CNews, car elle y avait épuisé son temps de parole.Visage avenant d’un libéralisme décomplexé, moins associée aux obsessions identitaires – et aux condamnations – de son conjoint, elle apparaît aujourd’hui mieux placée pour incarner cette “union des droites” dont rêvent aussi ses sponsors.Pas un hasard donc si elle a clos en vedette fin novembre la grand-messe du JDD, où l’avaient précédé Philippe de Villiers et David Lisnard. Pas innocent non plus quand Laurent Wauquiez pousse l’idée d’une primaire “de Darmanin à Knafo” pour désigner un candidat commun en 2027.- “Un culot d’enfer” -Invitée à jouer dans la cour des grands, la nouvelle égérie des conservateurs français peut savourer sa réussite. Celle d’une petite-fille de juifs marocains, née en Seine-Saint-Denis, au parcours d’élite: Sciences Po, ENA, Cour des comptes.Le coeur à droite, encartée à l’UMP et membre du syndicat étudiant UNI, elle laisse le souvenir d’une “bosseuse”, mais aussi d’une “intrigante”, selon un condisciple de l’institut d’études politiques de Paris.”Elle est très cultivée, avec un culot d’enfer”, confirme l’ancien ministre socialiste Hubert Védrine, qu’elle rencontre à l’époque via l’association souverainiste “Critique de la raison européenne”.Un temps engagée aux côtés de l’ex-député sarkozyste Henri Guaino, cette admiratrice de Marie-France Garaud – conseillère de l’ombre de Jacques Chirac – s’est elle aussi révélée dans un rôle de stratège auprès d’Eric Zemmour, ami de longue date de son père.Les débâcles électorales à répétition n’ont pas eu raison de ses ambitions. Un obstacle de taille se dresse toutefois en travers de son chemin: l’incontournable Rassemblement national, qu’elle persiste à qualifier de “socialiste”.”Il faut peut-être arrêter de dire qu’on est un parti de gauche”, s’agace son concurrent Thierry Mariani, contrarié par cette intrusion sur ses plates-bandes dans la capitale. Pour une autre cadre du mouvement, l’affaire est entendue: Sarah Knafo “n’est pas du tout dans un esprit d’union contrairement à ce qu’elle prétend”.Marine Le Pen elle-même lui conserve sa rancune: “Elle nous a toujours combattus” et a même “failli nous empêcher d’être au second tour” en 2022, rappelle la patronne du RN, qui n’a pas depuis “fondamentalement changé d’avis” sur cette jeune rivale impudente.Reléguée à Bruxelles dans le petit groupe des sulfureux Allemands de l’AfD, marginale dans l’Hexagone quand elle revendique ses affinités trumpistes, la prétendante de Reconquête peut encore espérer se rabibocher avec Jordan Bardella.Les deux ont quelques point communs: même banlieue d’origine, même génération, même initiation nationaliste à Saint-Germain-des-Prés, dans les très droitiers bars de la rue des Canettes. Une bonne base pour convoler, à condition d’éviter les noms d’oiseaux.

Aide à mourir: le débat sur la fin de vie reprend enfin, le Sénat dévoile ses réticences

Longtemps repoussé en raison de l’instabilité politique, le sensible débat parlementaire sur la fin de vie a repris mercredi en commission au Sénat, où des réticences persistent sur la création d’un dispositif d’aide à mourir, souhaité par l’exécutif mais profondément remanié par les sénateurs.Erigée par Emmanuel Macron comme priorité sociétale du second quinquennat, la loi sur la fin de vie verra-t-elle le jour avant 2027? C’est l’objectif du président de la République et du gouvernement.”Nous irons au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité”, a assuré le chef de l’Etat lors de ses vœux aux Français.Les soubresauts politiques – dissolution, chute des gouvernements Barnier et Bayrou, étirement des débats budgétaires – ont déjà causé plusieurs reports. Le Sénat attend le texte depuis mai, date de son adoption par l’Assemblée nationale en première lecture.La chambre haute en débattra dans l’hémicycle à partir du 20 janvier, avant un vote solennel prévu le 28 janvier. Puis l’Assemblée nationale devrait s’en saisir à nouveau en février.- “Assistance médicale à mourir” -Le débat prend la forme de deux propositions de loi examinées en parallèle: une première plutôt consensuelle sur les soins palliatifs, et une autre, nettement plus sensible, sur la création d’une aide à mourir.C’est autour de ce texte que les débats s’annoncent les plus complexes, surtout dans un Sénat qui penche à droite et est jugé bien plus conservateur que l’Assemblée nationale, particulièrement sur les sujets sociétaux.Dans une tribune publiée dans Le Figaro, 53 personnalités dont de nombreux praticiens et deux anciens ministres, Jean Leonetti et François Braun, ont appelé les sénateurs à un “sursaut” pour s’opposer au texte, dénonçant un “basculement éthique majeur”.La commission des Affaires sociales du Sénat, chargée du travail préliminaire sur ce texte, n’a pas fait ce choix, optant pour une adoption dans une version largement remaniée sous l’impulsion des rapporteurs issus de la droite sénatoriale, majoritaire dans l’hémicycle aux côtés de ses alliés centristes.”Si on rejette le texte au Sénat, on n’existe plus. Or nous avons des choses à dire”, a expliqué à l’AFP le rapporteur Alain Milon (Les Républicains), attaché à “protéger le patient et protéger le professionnel de santé” appelé à pratiquer le futur acte médical.Il a ainsi prôné une transformation du “droit à l’aide à mourir”, dispositif initial, en une “assistance médicale à mourir” encadrée bien plus strictement.Le dispositif prévoirait donc toujours une légalisation très encadrée du suicide assisté et de l’euthanasie – sans que ces mots ne figurent dans le texte -, avec la possibilité pour un malade de recourir à une substance létale, ou de se la faire administrer par un médecin ou un infirmier dans certains cas.- “Le dernier recours” -Mais le périmètre du dispositif est considérablement restreint dans la version sénatoriale: cette “assistance médicale” serait ainsi réservée aux patients dont le “pronostic vital” est “engagé à court terme”, soit une espérance de vie de quelques jours seulement.”Cela doit être le dernier recours”, développe Alain Milon, qui craint des “dérapages considérables” si la formulation de l’Assemblée était maintenue. Les députés vont en effet beaucoup plus loin car ils ouvrent le dispositif aux patients atteints d’une “affection grave et incurable” non seulement en “phase terminale” mais aussi “en phase avancée”, avec potentiellement plusieurs semaines ou mois à vivre.Principal artisan du texte à l’Assemblée, le député MoDem Olivier Falorni s’est réjoui auprès de l’AFP de voir les rapporteurs du Sénat “accepter le principe d’une assistance à mourir”: “Ce n’est pas un tir de barrage comme certains pouvaient le craindre”, a-t-il souligné, regrettant néanmoins une proposition sénatoriale qui rendrait le dispositif “quasiment ineffectif”.Les socialistes ont aussi regretté de voir “dénaturé” le compromis trouvé à l’Assemblée, tandis que les centristes se sont montrés partagés. Certains, comme Olivier Henno (UDI), proposent “un autre chemin” en focalisant le texte sur “l’assistance au suicide” et non l’euthanasie, ce qui laisse présager d’intenses débats à venir dans l’hémicycle.

Chantage à la sextape: le maire de Saint-Etienne incarcéré dans l’Ain

L’ancien maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau, condamné à quatre ans de prison ferme pour chantage à la sextape, a été incarcéré mercredi au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, a-t-on appris de sources concordantes.Maire de Saint-Etienne et président de sa métropole de 2014 à 2025, Gaël Perdriau (ex-LR) a annoncé mercredi matin sur son compte Facebook qu’il allait “entrer en prison, conformément à la décision de justice qui a été rendue, dans le respect des institutions”.Il “a été pris en charge à 10H30” au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse et a “été placé directement à l’isolement, à la demande de la justice qui souhaite que tous les mouvements soient bloqués chaque fois qu’il effectuera un déplacement à l’intérieur de l’établissement, notamment lors des parloirs”, a précisé à l’AFP une source syndicale au sein de l’administration pénitentiaire.Son avocat, Me Jean-Félix Luciani, a indiqué vouloir demander “dès aujourd’hui” sa remise en liberté. Gaël Perdriau “remplit tous les critères” permettant de l’obtenir, a-t-il assuré.Malgré ses protestations d’innocence, l’élu de 53 ans a été condamné le 1er décembre par le tribunal correctionnel de Lyon à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, et cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire.Gaël Perdriau et trois anciens membres de son entourage ont été reconnus coupables d’avoir comploté pour filmer le Premier adjoint Gilles Artigues à son insu dans une chambre d’hôtel en compagnie d’un prostitué, d’avoir utilisé cette vidéo intime pour museler ce rival du maire, et d’avoir financé le piège avec des fonds publics. “Cette décision, je la vis comme une terrible injustice. C’est ainsi qu’elle résonne douloureusement dans mon esprit et dans mon cœur. C’est aussi pour cette raison que j’ai fait appel, avec l’espoir profond que la justice saura entendre ma voix”, écrit Gaël Perdriau mercredi sur Facebook.L’ancien adjoint à l’Éducation Samy Kefi-Jérôme et l’ex-compagnon de ce dernier Gilles Rossary Langlet, condamnés à trois ans de prison ferme, ont eux aussi fait appel. Seul l’ancien directeur de cabinet du maire, Pierre Gauttieri, qui a reçu une peine de deux ans ferme, n’a pas interjeté appel.

Budget: les écologistes absents des discussions à Bercy, la perspective d’un vote s’amenuise encore

Les écologistes ont choisi mardi de ne pas se rendre à Bercy pour de nouvelles discussions sur le budget, se disant sans illusions sur l’issue des débats. Une décision qui éloigne encore la perspective d’une adoption du texte à l’Assemblée, et conforte l’hypothèse d’un recours au 49.3.Après l’échec de la commission mixte paritaire (CMP) réunissant députés et sénateurs le 19 décembre, le projet de loi de finances est de retour à l’Assemblée pour une nouvelle lecture. La commission des Finances en débattra jeudi et vendredi, avant que le texte n’arrive dans l’hémicycle à partir du 13 janvier, théoriquement jusqu’au 23 janvier.Bercy avait annoncé lundi avoir invité les représentants des groupes parlementaires de l’Assemblée, hors LFI et RN, pour une réunion de travail destinée à tenter de lever les “points de blocage” sur lesquels ont achoppé les discussions.Mais les communistes puis les écologistes ont fait savoir mardi qu’ils n’y participeraient pas, laissant à gauche seul le PS participer aux discussions, aux côtés des représentants de LR et des groupes macronistes. Mardi soir, la réunion “très constructive”, s’est terminée après “plus de quatre heures d’échanges” qui ont porté “sur les principaux points de friction identifiés lors de la commission mixte paritaire”, selon Bercy. “La volonté de tous les présents de réduire à 5% le déficit” a été réaffirmée, a ajouté Bercy.Avant la tenue de la réunion le président du groupe GDR (communistes et ultra-marins), Stéphane Peu avait souligné ne pas souhaiter “créer l’illusion qu’il y aurait dans notre groupe, ne serait-ce que la plus petite espérance de nous voir nous abstenir ou encore moins voter pour (ce) budget”.Les écologistes ont regretté de leur côté dans un communiqué que le gouvernement n’ait pas fait le choix de “présenter un nouveau budget”, après l’échec de la CMP.”On ne va pas faire du théâtre, aller mettre en scène une discussion dont on sait très bien qu’elle ne peut pas aboutir à un compromis”, a affirmé à l’AFP un porte-parole du groupe, Benjamin Lucas-Lundy, évoquant “deux visions incompatibles” du budget, entre le gouvernement et les écologistes.- “Pacte de non censure” -La position des écologistes dans le débat est particulièrement scrutée, alors qu’ils se sont majoritairement abstenus sur le budget de la Sécurité sociale en décembre, permettant son adoption.Leur abstention est d’autant plus nécessaire sur le budget de l’Etat que les socialistes, après avoir voté pour le budget de la Sécu, promettent cette fois-ci au mieux de s’abstenir.Mais un vote contre des Verts est “plus que probable”, a souligné auprès de l’AFP une autre députée du groupe écologiste, Danielle Simonnet.Dans ces conditions, le recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution revient de façon entêtante dans les discussions.Il permettrait à Sébastien Lecornu de faire adopter sans vote le budget, en échange de l’engagement du seul PS à ne pas le censurer.Le Premier ministre avait renoncé en octobre à faire usage de cette arme constitutionnelle décriée dans l’opinion, à la demande des socialistes.Le PS peut-il revenir sur cette exigence ?On n’a “pas de position de principe sur le 49.3″, a assuré mardi un des porte-parole du groupe PS à l’Assemblée, Romain Eskenazi.”S’il y a un 49.3 (…) il faut qu’il y ait (…) une forme de pacte de non censure” comme cela avait été négocié début 2025 entre le PS et le prédécesseur de M. Lecornu, François Bayrou, a-t-il précisé.Cet outil “ne peut pas être écarté définitivement même si nous ne le demandons pas”, a de son côté estimé sur France 24 le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner.Quant à l’ancien président de la République et désormais député PS, François Hollande, il a de nouveau invité sur franceinfo le gouvernement à se saisir de cet outil, disant ne pas voir “d’autre issue”.Devant la presse, M. Eskenazi a listé les exigences du PS, en matière de justice fiscale, de pouvoir d’achat, de défense des services publics et de transition écologique.Interrogé sur l’utilisation éventuelle par le Premier ministre de l’article 47 de la Constitution, qui permet de faire passer le budget par ordonnance, M. Eskenazi a estimé que ce serait “la pire des solutions”.

Procès du RN: le président du tribunal de Paris met en garde contre une éventuelle “ingérence” américaine

Le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a mis en garde mardi contre une éventuelle “ingérence inacceptable et intolérable” après des menaces de sanctions américaines contre des magistrats qui ont traité le dossier pénal du RN, telles que rapportées par la presse.Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, l’administration Trump aurait envisagé des sanctions contre les juges du tribunal correctionnel de Paris ayant condamné Marine Le Pen en mars dernier.”Si de tels faits étaient avérés ou devaient se réaliser, ils constitueraient une ingérence inacceptable et intolérable dans les affaires internes de notre pays qui devrait provoquer la réprobation des pouvoirs publics”, a prévenu le président du tribunal judiciaire de Paris lors d’un discours à l’occasion de l’installation de nouveaux magistrats.La cheffe de file de l’extrême droite française, ainsi que le Rassemblement national en tant que personne morale et onze autre prévenus doivent être jugés par la cour d’appel de Paris à partir de mardi, soupçonnés d’avoir détourné l’argent du Parlement européen au seul profit du parti.En évoquant le cas du magistrat français de la Cour pénale internationale (CPI) Nicolas Guillou, visé depuis août par des sanctions américaines, Peimane Ghaleh-Marzban a appelé à “nous élever contre la possibilité même que cela puisse être imaginé”.Nicolas Guillou est notamment chargé à la CPI du dossier du mandat d’arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.En mars, Donald Trump avait comparé la condamnation en première instance de Marine Le Pen à quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité à ses propres déboires judiciaires.