AFP Politics

Attal actes les “profondes différences” avec Retailleau, et pousse les feux sur le régalien

Le patron de Renaissance Gabriel Attal a martelé samedi dans Le Parisien de “profondes différences” avec les LR de Bruno Retailleau, membres de la même coalition, tout en regrettant que son propre parti ne se soit “jamais emparé” de certains sujets régaliens.Une semaine après l’arrivée de Bruno Retailleau à la tête des Républicains (LR), Gabriel Attal a réfuté toute course derrière celui qui pourrait être un rival à la prochaine présidentielle, soulignant de “profondes différences” avec LR.”LR n’est plus un parti pro-européen. Nous voulons faire progresser les droits des Françaises et des Français, là où avec Bruno Retailleau, LR a choisi la ligne qui s’oppose à la constitutionnalisation de l’IVG, vote contre l’interdiction des thérapies de conversion pour les homosexuels et rejette toute évolution sur la fin de vie”, a-t-il égrené.”Nous n’accepterons jamais la stigmatisation d’une partie des Français pour leur religion comme la phrase +à bas le voile+ (prononcée par le ministre de l’Intérieur lors d’un meeting, NDLR) le laisse craindre”, a-t-il ajouté.L’ancien Premier ministre a également dévoilé de nouvelles propositions sur le régalien, son parti tenant une conférence de presse lundi sur le sujet.Il propose notamment de systématiser les polices municipales dans les villes de plus de 10.000 habitants et de pérenniser la vidéosurveillance associée à des algorithmes de détections.Sur le volet judiciaire, Gabriel Attal soutient la proposition controversée du garde des Sceaux Gérald Darmanin d’une prison de haute sécurité en Guyane et prône la suppression du juge d’application des peines. Une dernière mesure également envisagée par Édouard Philippe, patron d’Horizons, et candidat à la présidentielle. “Il me semble qu’Édouard Philippe n’a pas émis de proposition mais un questionnement (…) nous émettons des propositions”, a piqué M. Attal.Sur l’immigration, il a de nouveau proposé la mise en place de “quotas” votés au Parlement et “un système d’immigration à points”.Le chef de Renaissance s’est aussi livré à une critique tranchante de l’approche régalienne du parti macroniste.”La délinquance et les trafics continuent d’empoisonner la vie de nos concitoyens. Les Français n’ont pas confiance en notre justice et notre immigration n’est pas pilotée. Je reconnais que notre parti ne s’était jamais emparé de ces questions-là. Je le fais désormais sans aucune ambiguïté”, a-t-il déclaré.L’ancien ministre de l’Education a également proposé “la mise en place d’un un barème national de sanctions” pour soutenir “l’autorité” à l’école, et préconisé deux rendez-vous chez un professionnel de la santé mentale avant 18 ans (avant le collège et au lycée).Interrogé sur ses relations réputées froides avec Emmanuel Macron, Gabriel Attal s’est dit “touché” par un récent message d’anniversaire, le 16 mars.

Congrès PS: Nicolas Mayer-Rossignol, le challenger qui veut changer le PS

Il défend “le changement” contre “le statu quo”, “la clarté” contre “le flou”: à quatre jours du premier tour du congrès du Parti socialiste, le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, entend bien renverser Olivier Faure qui l’avait battu d’une courte tête au congrès de Marseille.Face au premier secrétaire sortant, mais aussi face au troisième candidat, le chef des députés PS Boris Vallaud, Nicolas Mayer-Rossignol a assuré samedi, lors d’un meeting à Paris, qu’il serait “le futur premier secrétaire” du parti. Il a défendu “un socialisme clairement à gauche et clairement républicain” et “un parti du travail et qui travaille”, une formule qui sera “notre feuille de route pour les années à venir”, a-t-il affirmé.Apparu en 2023 sur la scène politique nationale en se présentant contre le premier secrétaire sortant du PS, Nicolas Mayer-Rossignol avait été battu sur le fil, sur un score qu’il n’a jamais reconnu, accusant son adversaire de tricheries.Deux ans après, il a réussi à reprendre les rênes d’une coalition anti-Faure, -même s’il dément cette formule- en fusionnant son courant avec celui de la maire de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy, et celui des députés Philippe Brun et Jérôme Guedj.Une “dream team” (équipe de rêve), selon lui, qui compte aussi la présidente d’Occitanie Carole Delga, le maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) Karim Bouamrane, et le patron des sénateurs Patrick Kanner tous présents au meeting. Mais Nicolas Mayer-Rossignol, 48 ans, a dû batailler pour s’imposer: “On a regardé qui était le plus à même de rassembler. J’ai prouvé ma détermination et mon leadership”, balaye l’élu.Celui qui a annoncé en novembre être atteint d’un cancer de la vessie depuis 2022 – il est en rémission depuis un an avec toujours “une épée de Damoclès au dessus de la tête” – raconte que cette épreuve lui a donné “une envie de vivre et une énergie supplémentaires”.Assurant ne pas être dans la revanche, l’édile résolument anti-LFI, explique que “c’est le dernier moment pour nous pour réorienter la gauche”, en proposant le “changement contre le statu quo” et “la clarté” de la ligne face au “flou” de la direction sortante. Partisan d’une “affirmation socialiste”, celui qui avait refusé la Nupes en 2022 mais soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives 2024, promet de ne faire “aucune alliance” avec La France insoumise. Sans exclure toutefois des désistements républicains au profit de la formation de gauche radicale en cas de risque RN.- Priorité aux municipales -“Qu’est-ce qu’il a produit de nouveau, à part dire +pas LFI?+”, interroge un partisan de Boris Vallaud, regrettant que le courant du Rouennais rejoue “des règlements de comptes déjà réglés” depuis qu’Olivier Faure a pris ses distances avec le parti mélenchoniste. Nicolas Mayer-Rossignol prône la création d’un grand parti socialiste (un “GPS”, sourit-il), avec un objectif de 100.000 adhérents, contre 39.800 actuellement, agrégeant “ceux qui sont au PS et ceux qui sont à l’extérieur”, comme Raphaël Glucksmann, Benoît Hamon ou Bernard Cazeneuve. C’est de là qu’émergera un candidat social-démocrate en vue de 2027, estime-t-il. “Mayer-Rossignol estime qu’il faut un candidat socialiste qui va s’imposer aux autres. Mais le truc de dire +on est la grande gauche de gouvernement+ on a vu ce que ça a donné avec Anne Hidalgo” à la présidentielle de 2022 (1,7%), se désole l’eurodéputé Pierre Jouvet, proche du premier secrétaire sortant.Le maire de Rouen, qui a obtenu le soutien de l’ex-Premier ministre Lionel Jospin, assure qu’il n’a aucune ambition présidentielle. Sa priorité à la tête du parti sera les municipales de 2026, pour lesquelles il prévoit un “plan de bataille” dès sa victoire, a-t-il annoncé lors de son meeting, promettant aussi “un plan de préparation à une éventuelle dissolution” dès le mois de juin.Ce guitariste à ses heures perdues rappelle qu’il est le seul des trois candidats à exercer des responsabilités locales. À la tête de la métropole rouennaise, “l’union de la gauche et le rassemblement, je dois le faire tous les jours”, argumente-t-il. Alors qu’Olivier Faure le juge soutenu par “tous les sociaux-libéraux”, Nicolas Mayer-Rossignol rétorque qu’il “n’a pas de leçons de gauche à recevoir”, relevant qu’il a voté contre le traité européen de 2005 et qu’il n’a lui “jamais travaillé avec François Hollande”.  

En Bretagne, une manifestation maritime et terrestre contre “l’empire Bolloré”

“Kenavo Bolloré !” Environ 300 personnes et une cinquantaine de bateaux ont manifesté samedi à terre et en mer dans le Finistère, fief du milliardaire Vincent Bolloré, accusé par les manifestants de véhiculer des idées d’extrême droite.Une flottille de bateaux devait initialement se diriger vers l’île du Loc’h, appartenant à la famille Bolloré, dans l’archipel des Glénan. Mais l’interdiction édictée par la préfecture maritime les en a dissuadés.Les voiliers et embarcations à moteur ont préféré converger vers le cap Coz, sur la commune de Fouesnant, non loin d’une autre propriété du milliardaire breton, à la pointe de Beg Meil.Drapeaux palestiniens, étendards oranges aux couleurs des Soulèvements de la Terre ou cerf-volant siglé “Kenavo Bolloré” ont envahi cette plage huppée de la côté bretonne.”Siamo tutti antifasciti” (“Nous sommes tous antifascistes”) ou “Tous féministes contre le carbo-fascime”, ont scandé les manifestants entre deux chants en hommage à la lutte centenaire des sardinières de Douarnenez (Finistère).”Bolloré, marionnettiste d’un monde fasciste”, ont affiché les militants sur la plage en lettre géantes, tandis qu’une banderole réclamait “moins de fachos, plus d’oiseaux”.”Le but de l’action est de montrer que Bolloré et ses idées d’extrême-droite n’ont pas leur place dans le Finistère”, a expliqué Marc (prénom d’emprunt), porte-parole des Soulèvement de la Terre.”On ne veut pas de néo-nazi qui garde les îles du Finistère”, a-t-il ajouté, en référence au militant d’ultra-droite Marc de Cacqueray-Valménier, qui aurait été embauché comme gardien de l’île du Loc’h, selon le site d’information lalettre.fr.Ancien responsable du groupuscule d’ultradroite “les Zouaves” dissous en janvier 2022, le militant de 26 ans a été condamné à deux reprises, en janvier 2022 et janvier 2025, à des peines de prison ferme pour violences contre des militants de SOS Racisme et contre un bar de la mouvance antifasciste.”M. Bolloré a racheté des médias pour véhiculer des idées d’extrême-droite et M. de Cacqueray en est le symbole”, a estimé Vincent Esnault, 53 ans, conseiller municipal d’opposition à Fouesnant.”L’empire médiatique Bolloré prône un fascisme décomplexé et diffuse des idées racistes, homophobes”, a abondé Rosalie (prénom d’emprunt), 27 ans, venue de Paris pour participer au week-end de mobilisation.Vendredi, un petit groupe de militantes a débarqué sur l’île du Loc’h pour y afficher des messages féministes, selon des photos diffusées par les organisateurs. “Wokes déterminées à couler Bolloré”, pouvait-on lire sur une des banderoles.

2027: Glucksmann et Ruffin déjà dans la bataille, et en désaccord sur la primaire

Alors que le Parti socialiste se cherche un chef, le leader de Place publique Raphaël Glucksmann et le député ex-LFI François Ruffin entrent déjà dans la bataille de la présidentielle à gauche sur fond de différend autour d’une éventuelle primaire.A quelques jours d’écart, deux des candidats potentiels de la gauche pour 2027, qui se préparent depuis plusieurs mois à cette échéance et comptent parmi les mieux placés dans les sondages, ont dévoilé leur jeu. Le social-démocrate Raphaël Glucksmann, leader du parti Place publique, a affirmé vendredi dans un entretien au Monde qu’il ne participerait pas à une primaire pourtant souhaitée par de nombreuses voix à gauche, mais qu’il juge “mortifère”.  “Je ne participerai pas à un truc d’appareils qui produit une synthèse molle, car ça ne fonctionnera pas”, assure celui qui a fait près de 14% aux européennes sur une liste PS-Place publique. Il se verrait bien, sans l’affirmer encore officiellement, être le candidat de la gauche sociale-démocrate en 2027, persuadé que la dynamique sondagière créera le vote utile autour de lui.Il rejette ainsi l’idée défendue quelques jours plus tôt par le député de la Somme François Ruffin, d’une large primaire de la gauche allant de Philippe Poutou (NPA) à François Hollande, intégrant même Jean-Luc Mélenchon, avec qui il a pourtant rompu avec fracas. François Ruffin se dit sûr de remporter cette primaire, qu’il considère comme nécessaire pour impulser une dynamique au sein de la gauche, et éviter qu’elle ne soit pas au second tour. Leurs sorties, en plein congrès du Parti socialiste, ne sont pas innocentes, alors que le Parti au poing et à la rose risque de se déchirer sur la stratégie à tenir pour 2027, et ne dispose pas à ce stade de candidat présidentiable qui perce dans les sondages.Le premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui se prépare lui aussi à l’échéance présidentielle, plaide pour une plateforme commune de la gauche non-mélenchoniste, de François Ruffin à Raphaël Glucksmann.Mais son opposant direct, le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, refuse l’idée d’une grande primaire de la gauche et prône une “affirmation socialiste”, avec la création  d’un “grand parti socialiste” rassemblant l’arc social-démocrate, d’où sortirait un candidat commun de la gauche.Plusieurs personnalités, dont l’éphémère candidate pour Matignon Lucie Castets, continuent de plaider pour une “primaire des gauches la plus large possible”.- rendez-vous le 2 juillet -Lucie Castets est soutenue par la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, et par une soixantaine de maires de gauche dont Johanna Rolland, maire de Nantes (PS), Eric Piolle, maire de Grenoble (les Ecologistes), et Patrice Bessac, maire de Montreuil (PCF), qui appellent dans une tribune publiée samedi dans Le Nouvel Obs, “à une candidature commune pour 2027 et à un programme de rupture capable de changer concrètement la vie”. Dans cette optique, Lucie Castets a invité tous les responsables de gauche à se retrouver le 2 juillet. François Ruffin s’y rendra, mais Raphaël Glucksmann a déjà décliné l’invitation.”Raphaël espère jouer le duel à gauche avec Jean-Luc Mélenchon” et être le vote utile jusqu’à attirer le bloc central, pense un socialiste, qui prédit cependant que les électeurs du centre “iront plutôt dès le premier tour vers un vote utile face à l’extrême droite” en soutenant l’ex-Premier ministre Edouard Philippe. De son côté, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, reste inamovible et trace sa route en solitaire. Farouchement opposé à l’idée d’une primaire qui “favorise ceux qui clivent le moins”, il cache peu son intention de repartir à la présidentielle pour une quatrième tentative.Avec un socle d’électeurs autour de 10%, et persuadé que sa stratégie visant à attirer les quartiers populaires d’ordinaire éloignés des urnes peut lui permettre de se qualifier au second tour, il fait le pari de rallier ensuite à lui les autres électeurs qui voudront faire barrage à l’extrême droite.

Médecin et député: sur l’aide à mourir, une double casquette lourde de sens

Ils sont députés, mais ont aussi été médecins, voire exercent encore occasionnellement: lors des débats cette semaine sur l’ouverture d’un droit à l’aide à mourir, cette double casquette s’est pour beaucoup révélée utile, mais aussi parfois lourde à porter.Sur les bancs de l’Assemblée, ils ne sont qu’une dizaine à être à la fois législateur et docteur en médecine. Sans pour autant être tous d’accord: certains sont opposés à l’aide à mourir, d’autres la défendent.Pour eux, la question se pose très concrètement: seraient-ils prêts à prescrire la substance létale à un patient éligible? Voire à réaliser eux-mêmes le geste, comme prévu pour quelqu’un ne pouvant pas “physiquement” se l’administrer?”Oui, je pense que je serais capable de le faire à un adulte qui l’a choisi”, répond la députée écologiste Dominique Voynet, qui a été anesthésiste-réanimatrice.”Je pense que je ne le ferais pas”, estime au contraire la députée MoDem Geneviève Darrieussecq, médecin allergologue, qui entend malgré tout approuver le texte la semaine prochaine s’il respecte certaines “lignes rouges”.Pour le macroniste Michel Lauzzana, la réponse est moins tranchée. “Je suis pour le texte, donc il faut que je sois cohérent”, dit ce médecin généraliste. Mais “je ne le ferais pas de gaieté de cœur”, et “toutes les contraintes qu’on a mises seront pour moi une balise”. Même si peu se sont ouvertement appuyés sur leurs expériences professionnelles dans l’hémicycle, celles-ci ont forgé leurs convictions.Malgré la loi Claeys-Leonetti (2016) permettant une sédation profonde et continue, “dans la pratique, je vois bien qu’il y a encore des besoins”, dit M. Lauzzana.Ce que contestent les opposants au texte.”Quand vous arrivez à l’hôpital et que vous avez très mal, on sait faire”, estime Philippe Juvin (LR), professeur d’anesthésie et de réanimation, devenu urgentiste. “Mon expérience me dicte” que “toutes” les demandes de mort “disparaissent quand on apporte des réponses”. – Serment d’Hippocrate -“On l’entend parfois, +docteur, faites quelque chose+, mais les yeux disent, +donnez-moi encore un peu de temps+”, raconte Joëlle Mélin (RN), qui a exercé une quinzaine d’années en maisons de retraite. “Ca ne peut pas être un soignant” qui administre la dose létale, estime la députée. “On déroge à notre serment d’Hippocrate, c’est totalement impossible.”Ce serment, récité par tout nouveau médecin, contient la phrase: “Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.””Une contradiction” avec l’aide à mourir, convient Mme Darrieussecq, ancienne ministre de la Santé, qui estime que les débats sont pour elle “un peu plus difficiles” que pour les députés non-médecins.Ce serment n’est “pas une bible” et a “déjà évolué souvent”, rétorque M. Lauzzana, qui n’a pas hésité à parfois interpeller ses collègues soignants dans l’hémicycle.Leur présence a aussi pu être avancée comme argument d’autorité: “Un médecin qui cosigne un amendement porté par une ancienne ministre de la Santé, (…) ça mérite d’être étudié!”, a un soir défendu un député macroniste.Pour tenter d’exclure les hôpitaux des lieux d’aide à mourir, Philippe Juvin a lui usé de la première personne: “Quand j’entre en blouse blanche dans une chambre, je ne veux pas que le patient ait un doute” sur “la raison” de cette visite. L’amendement a été rejeté.- “Grosse responsabilité” -Tout au long des discussions, un sujet a toutefois fait consensus: la clause de conscience, que pourra faire valoir tout soignant ne voulant pas procéder à une aide à mourir. “Je veux protéger les soignants et les médecins, à qui on demande beaucoup dans ce texte”, souligne Mme Darrieussecq. A eux d’évaluer, par exemple, le “discernement” d’une personne formulant une demande d’aide à mourir, une des conditions de son éligibilité. “Une très grosse responsabilité”, juge celle qui craint aussi les procédures judiciaires. L’ancienne ministre a défendu l’idée d’un registre de médecins volontaires, sans succès.Pour Mme Voynet, l’aide à mourir devrait être “équitablement partagée” par les médecins pour faciliter l’accès dans les territoires isolés. “Il risque de se passer ce qu’il s’est passé avec l’IVG” au début, compare-t-elle. Si beaucoup de médecins refusent, “ce n’est pas très agréable d’être l’avorteur en chef du coin.””Au moment de voter, je penserai à Paulette Guinchard”, confie Mme Voynet, évoquant cette ancienne ministre “militante du droit à choisir sa mort”. Elle avait eu recours au suicide assisté en Suisse, en 2021. 

François Bayrou publie son dossier Bétharram

Le Premier ministre François Bayrou a publié samedi sur un site internet dédié l’ensemble des pièces qu’il avait produites lors de son audition à l’Assemblée nationale sur l’affaire Betharram, affirmant qu’elles prouvent “l’inanité” des accusations qui le visent.François Bayrou avait été entendu pendant plus de cinq heures le 14 mai par les députés de la commission d’enquête sur les violences en milieu scolaire à propos de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram.Le chef du gouvernement avait alors rejeté avec virulence les accusations de mensonge ou d’intervention dans les années 1990 auprès de la justice dans l’affaire des violences physiques et sexuelles dans ce collège-lycée, situé près de sa ville de Pau, où une partie de ses enfants avaient été scolarisés et où son épouse enseignait le catéchisme.Sur le site Bayrou.fr, on peut retrouver le texte de son intervention liminaire devant la commission d’enquête, une chronologie de l’affaire, et une série de documents qui, selon lui, permettent de réfuter six accusations portées contre lui. Parmi elles: “François Bayrou a menti à l’Assemblée nationale” ou “François Bayrou est intervenu auprès de la Justice” ou encore “François Bayrou a bénéficié d’informations privilégiées”.François Bayrou était déjà dans les années 1990 un homme politique influent dans sa région du Béarn. Et il a occupé les fonctions de ministre de l’Éducation nationale de 1993 à 1997.Le leader centriste estime faire l’objet d’attaques politiques de la part notamment de députés de la France insoumise (LFI).A l’issue de son audition très tendue devant la commission, le parlementaire insoumis Paul Vannier avait affirmé que les débats avaient permis de montrer que François Bayrou avait “menti” lorsqu’il avait été interrogé pour la première fois en février à l’Assemblée sur sa connaissance des faits commis à Bétharram.L’établissement catholique, sous contrat avec l’Etat, est aujourd’hui visé par plus de 200 plaintes d’anciens élèves pour des violences physiques et sexuelles.

Aide à mourir: les patients ne seront pas réputés “décédés de mort naturelle”

Les députés ont supprimé vendredi une disposition du texte relatif au droit à l’aide à mourir, selon laquelle les patients qui y auraient recours seraient ensuite “réputés décédés de mort naturelle” sur leurs certificats de décès.Des amendements de suppression de l’alinéa en cause ont été approuvés à une courte majorité, avec un avis défavorable du rapporteur Stéphane Delautrette (PS), et un avis de sagesse du gouvernement, c’est-à-dire n’orientant pas les députés dans un sens ou l’autre. L’article a été approuvé dans la foulée.La députée Nicole Dubré-Chirat (Renaissance), à l’origine d’un des amendements ayant conduit à introduire cette disposition en commission, a expliqué avoir souhaité “épargner les familles de défunts d’éventuelles difficultés liées aux engagements contractuels souscrits de son vivant”.Mais des députés de divers groupes ont fustigé une disposition “orwellienne” (Dominique Potier, PS), qui “manipule complètement le sens des mots” (Charles Sitzenstuhl, Renaissance), et “travestit la réalité” (Patrick Hetzel, LR).”Vous changez le sens des mots pour imposer une idéologie, quitte à défaire le réel”, a estimé la députée RN Sandrine Dogor-Such, mettant en lien cette écriture avec le refus des promoteurs du texte d’inscrire dans la loi les termes “euthanasie” ou “suicide assisté”.M. Delautrette a de son côté fait valoir que les patients décédés à la suite d’une sédation profonde et continue, comme l’autorise la loi Claeys-Leonetti de 2016, étaient réputés décédés de mort naturelle.Mais M. Sitzenstuhl a rappelé la différence entre les deux procédures, soulignée par la Haute Autorité de Santé, notamment au regard du “critère de résultat”. La sédation profonde et continue est “+poursuivie jusqu’au décès due à l’évolution naturelle de la maladie+. Alors que l’euthanasie (…) provoque la +mort immédiate du patient+”, a-t-il cité.La ministre de la Santé Catherine Vautrin a de son côté rappelé qu’il était précisé plus loin dans le texte que “l’aide à mourir n’était pas un obstacle aux conditions qui sont celles des contrats d’assurance vie”.Elle a suggéré de “profiter de la navette” parlementaire du texte, qui doit ensuite être examiné au Sénat, pour améliorer ce point. Une possibilité serait d’ajouter “deux cases” à la liste des circonstances apparentes de décès, une pour la sédation profonde et continue et une pour l’aide à mourir.- Clause apparente -Dans la soirée, les députés ont largement validé (par 126 voix contre 10) le cadre de la “clause de conscience” permettant à tout médecin de refuser de pratiquer l’aide à mourir, sur le modèle des règles existantes pour l’avortement.Décision qui restera individuelle, malgré les tentatives de la droite d’autoriser une clause collective à l’échelle d’un établissement ou d’un service, Patrick Hetzel évoquant des “services de soins palliatifs hostiles” à l’aide à mourir et son collègue Philippe Juvin le cas des maisons de retraite “tenues par des congrégations religieuses”.Des “amendements dénués d’humanité” dénoncés par la socialiste Sandrine Runel, avec la volonté de “rendre la loi inopérante” selon le centriste Philippe Vigier (Modem), et même un risque de “rupture républicaine” pour Frédéric Valletoux (Horizons).Pas de clause de conscience en revanche pour les pharmaciens qui fourniront le produit létal, demandée par les opposants au texte mais écartée par l’Assemblée plus tôt dans la journée.Les parlementaires ont aussi approuvé le détail de la procédure encadrant l’administration de la substance et ses suites. Un amendement de M. Delautrette a notamment été adopté, précisant que si la présence du professionnel de santé n’est pas obligatoire, il doit être “suffisamment près et en vision directe de la personne”.En complément des différents critères et étapes préalables à ce geste ultime, les députés ont également validé la création d’une “commission de contrôle et d’évaluation”, principalement chargée de tenir le registre des soignants pratiquant l’aide à mourir, et de signaler aux ordres de santé ou à la justice les faits relevant de leurs compétences – manquement à la déontologie d’une part, crimes et délits d’autre part.Moins de 200 amendements restant en discussion, l’examen en première lecture du texte devrait s’achever samedi, avant un vote solennel le 27 mai.

La proportionnelle, “c’est la clarification” et “l’esprit de compromis”, selon Glucksmann

Le co-président de Place publique Raphaël Glucksmann a défendu vendredi devant François Bayrou un mode de scrutin proportionnel pour les législatives qu’il associe à “la clarification” et à “l’esprit de compromis”.”La proportionnelle, c’est la clarification, c’est l’esprit de compromis, c’est la sincérité face aux électrices et aux électeurs. C’est aussi une représentativité infiniment plus démocratique que le système actuel”, a affirmé M. Glucksmann, après plus d’une heure d’entretien avec le Premier ministre.C’est la première fois que Place publique était reçue pour consultation par un chef de gouvernement.”Ce que nous voulons collectivement, c’est que désormais, il y ait dans chaque parti politique la responsabilité de présenter un cap clair et un programme concret, précis, une identité politique propre” et “ensuite de travailler à des coalitions de gouvernement et des coalitions majoritaires”, a détaillé l’ancien socialiste.Raphaël Glucksmann, qui était accompagné par l’eurodéputée Aurore Lalucq, co-présidente du parti avec lui, et par le député et ancien ministre de la Santé d’Elisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a cité le modèle allemand et penche pour une proportionnelle “régionale”, mais reste “ouvert à la discussion”.”Beaucoup de gens qui sont intéressés par le fait que (la proportionnelle) n’ait pas lieu. Mais si on rate ce moment-là, on aura raté une opportunité de redonner plus de démocratie à la France et la France en a besoin”, a-t-il appuyé.François Bayrou a entamé le 30 avril une série de consultations des forces politiques sur l’élection des députés à la proportionnelle. Un projet de loi pourrait être examiné à l’automne.Le Premier ministre défend une proportionnelle intégrale par département comme en 1986, alors que depuis l’instauration de la Ve République – à l’exception des législatives de cette année-là -, les députés sont élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.Reçus mardi, le Parti socialiste n’a pas encore arrêté sa position sur la proportionnelle, qui n’est “pas la priorité” pour le leader communiste Fabien Roussel, tandis que les députés de La France insoumise défendent une proportionnelle “à un échelon régional”.François Bayrou doit encore recevoir la semaine prochaine le nouveau patron des Républicains Bruno Retailleau. La droite est très opposée à ce mode de scrutin.

Loi “Duplomb”: des ONG crient au “scandale” sanitaire et environnemental

Des ONG de défense de l’environnement et de la santé mais aussi des associations paysannes se sont alarmées vendredi de mesures contenues dans la proposition de loi “Duplomb” sur l’agriculture, criant au “scandale” dans un contexte politique jugé “hostile à la nature”.Pesticides, agrandissement des élevages, assouplissement de certaines obligations environnementales: ce texte venu du Sénat, qui dit vouloir “lever les contraintes” pesant sur les agriculteurs, doit être examiné à l’Assemblée nationale du 26 au 31 mai.”La charge est très lourde (pour les agriculteurs), mais quand on voit ce qui se cache derrière les propos tenus, ça flirte avec le scandale. Et c’est pour ça qu’on va se battre”, a déclaré lors d’une conférence de presse Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO.Avec une dizaine d’autres associations (Aspas, FNH, France Nature Environnement WWF…), celle-ci s’est inquiétée de “défaites” environnementales à l’occasion de la Fête de la Nature (21-25 mai).Cette édition se déroule “dans un contexte politique particulièrement hostile à la nature”, ont-elles jugé dans un communiqué commun, ciblant en particulier la proposition de loi consacrée à l’agriculture.Celle-ci s’apprête “à assouplir les procédures d’autorisation environnementale, à affaiblir l’Office français de la biodiversité (OFB) (…), à réautoriser les néonicotinoïdes +tueurs d’abeilles+ interdits depuis 2018, à faciliter l’implantation de mégabassines qui accaparent les ressources en eau au profit de l’agriculture intensive et à modifier la définition des zones humides pour en diminuer la protection alors qu’elles sont essentielles face aux inondations et sécheresses”, ont-elles listé.Pour Franck Rinchet-Girollet, porte-parole d’Avenir santé environnement, association née à la suite d’un nombre élevé de cancers pédiatriques dans la région de La Rochelle, “cette loi est une fausse réponse à un vrai problème. Au lieu de protéger notre agriculture, elle la renvoie vers le passé. Au lieu de prendre en compte la santé, elle prolonge la dépendance à un modèle toxique”. Un constat partagé par l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), ainsi que par un collectif d’associations paysannes et de défense du bien-être animal, qui ont décidé d’interpeller directement les députés, par des messages ou des courriers.  “Les enjeux liés à la biodiversité, (…) à la santé publique et à l’avenir de l’agriculture ne peuvent être sacrifiés au nom de jeux politiques ou des intérêts des lobbys agrochimiques”, a déclaré Christian Pons, président du syndicat d’apiculteurs, cité dans un communiqué. De leur côté, une demi-douzaine d’associations – dont Greenpeace, Réseau Action Climat et CIWF France, qui promeut des pratiques d’élevage respectueuses du bien-être animal – ont dénoncé dans une lettre ouverte aux députés les assouplissements de la réglementation sur les élevages industriels figurant dans la proposition de loi.  Cette stratégie “fait le jeu des industries agroalimentaires et de l’alimentation animale” mais elle “ne pourra pas, à moyen ou long terme, soutenir l’élevage en France”, alertent ces ONG dans leur lettre. 

Congrès PS: Olivier Faure défend l’union de la gauche, les yeux rivés sur 2027

A cinq jours du premier tour du congrès du PS, Olivier Faure met toutes ses forces dans la bataille pour défendre son bilan et l’union de la gauche non mélenchoniste pour 2027, avec en ligne de mire la prochaine présidentielle, où il se pose en potentiel candidat. Le patron des socialistes multiplie, comme ses concurrents Nicolas Mayer-Rossignol et Boris Vallaud, les déplacements dans les fédérations socialistes, alors que le résultat du vote est plus que jamais incertain.Avec pour objectif de défendre sa proposition d’une plateforme commune de la gauche non mélenchoniste, allant de Raphaël Glucksmann à François Ruffin, en vue d’une candidature commune pour 2027, mais sans Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, avec qui il a pris ses distances depuis plusieurs mois.Olivier Faure, qui a pris la tête du PS en 2018 après le champ de ruine laissé par le quinquennat Hollande et a été l’un des initiateurs de l’alliance Nupes en 2022, puis du Nouveau Front populaire en 2024, continue de porter l’idée d’une union large à gauche pour contrer “la vague réactionnaire et identitaire qui monte”.Mais Nicolas Mayer-Rossignol accuse le premier secrétaire, député de Seine-et-Marne, de manquer de clarté sur les alliances à venir avec LFI.De son côté, le camp fauriste se dit “concentré” et “plus organisé” qu’au congrès de Marseille, où le premier secrétaire avait été réélu sur le fil, et affirme ne pas “ressentir de vague de dégagisme”. L’ancien Premier ministre Lionel Jospin, figure de la gauche, a toutefois annoncé vendredi qu’il soutiendrait Nicolas Mayer-Rossignol. Et le chef des députés PS Boris Vallaud, qui a lâché le premier secrétaire pour se lancer lui aussi dans la bataille, en déplorant un parti “divisé”, risque de lui faire perdre des voix. Olivier Faure argumente d’avoir remis le PS “au coeur de la gauche” (le nom de sa motion). Et s’il a fait opérer à son parti un revirement, en refusant de censurer le gouvernement Bayrou sur le budget en début d’année, il n’exclut pas une nouvelle censure prochainement, sur les retraites ou le futur budget.”A un an des municipales, on appelle les militants à faire preuve de continuité, avec ceux qui ont la confiance des autres partenaires à gauche”, souligne l’eurodéputé Pierre Jouvet, jugeant qu'”avoir un leader qui commence à être reconnu et respecté, ça compte”.- “climat de tensions” -Car le patron des socialistes, longtemps sur la réserve, s’est peu à peu installé dans le paysage de gauche. Plus présent dans les médias, il a multiplié les rencontres avec les Français, et vient de sortir un livre, “Je reviens te chercher”, où il se dévoile plus intimement, évoquant notamment son père d’extrême droite. “Ça permet aux militants, et plus largement aux Français de connaître plus en sincérité et en profondeur qui il est”, insiste Pierre Jouvet. Et d’affiner une stature de présidentiable, même si le patron du PS s’en défend.”Il se présidentialise”, confirme le président du Parti radical de gauche Guillaume Lacroix. “Il est persuadé de s’être mis au barycentre de la gauche, en disant +je suis compatible avec l’extrême gauche mais je n’accepte pas tout+, et +je suis compatible avec les sociaux-démocrates, mais je n’accepte pas tout+”.Reste qu’en interne, Olivier Faure est loin de faire l’unanimité: ses détracteurs critiquent une “gestion clanique” du parti, et affirment qu’il n’a “pas d’idéologie, pas de travail, pas de méthode”. “Il a créé un climat de tensions et d’agressivité”, assène la présidente d’Occitanie, Carole Delga. “Quelle est sa position politique, personne ne le sait, c’est en fonction des saisons”, tacle-t-elle encore.Le député Arthur Delaporte, qui a un temps jugé son image “affaiblie”, remarque toutefois que “pendant le NFP Olivier Faure a réussi à incarner l’union plus que pendant la Nupes” et “génère désormais de la fierté militante”. Une socialiste, qui a fait le choix de soutenir Boris Vallaud, assure qu’il est certes “très à l’écoute”, mais “il est arrivé au bout de ce qu’il pouvait faire. Il y a une telle haine anti-Olivier”.