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Déport d’Eric Lombard: un casse-tête inédit pour le gouvernement

Le passage d’Eric Lombard de la Caisse des dépôts au ministère de l’Économie a fait naitre son lot d’éventuels conflits d’intérêts, mais les modalités de ses déports ne devraient pas entraver ses marges de manœuvre politiques, assure Bercy.Il s’agissait à la fois d’une équation inédite posée au gouvernement, d’un défi pour l’autorité de prévention des conflits d’intérêts, et d’une éventuelle menace pour l’autonomie politique du ministre.Un décret paru cinq mois après sa prise de fonction a acté dimanche les sujets dont Éric Lombard sera déchargé en formalisant son déport de la gestion d’une partie des activités du “groupe” de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) qu’il a dirigée entre 2017 et 2024. Un délai dans la publication du décret du Premier ministre qui n’est pas imputable à Éric Lombard, selon Jean Maïa, président de la Haute Autorité de transparence de la vie publique (HATVP). Cela traduit “l’absence de leviers” de la HATVP pour contraindre le calendrier de Matignon, analyse pour l’AFP Jean-François Kerléo, professeur de droit public.M. Lombard délègue essentiellement la charge des sujets liés à deux filiales de la Caisse dont il participait aux conseils d’administration: la banque d’investissement publique Bpifrance, détenue à parité par l’État et la CDC, et les sociétés du groupe la Poste, où la Caisse est majoritaire.En pratique, son cabinet assure qu’il avait pris ses distances avec ces entités dès sa prise de fonction le 23 décembre 2024, pour prévenir tout conflit d’intérêts.Car la mobilité d’Eric Lombard, 66 ans, a tout du cas d’école: jamais un haut fonctionnaire n’avait quitté sans transition le fauteuil de directeur général de la Caisse pour celui du ministère de l’Économie. Après un premier avis jugé “insuffisamment précis” par Bercy, la HATVP a rendu une seconde délibération (ce qui n’est pas inédit).Car pour ne pas empêcher Éric Lombard d’entretenir tout lien avec la Caisse, il a fallu discerner, parmi les activités de la CDC, les missions qu’il effectuait sur instruction du ministre de l’Économie de celles où il agissait pour le compte de la Caisse en tant que personnalité morale distincte de l’État.Résultat, il gardera la main sur l’épargne populaire, le livret A, la gestion des organismes de retraite, le financement du logement social, indique Bercy, mais s’abstiendra d’intervenir sur la nomination du directeur général ou la fixation de la subvention que la Caisse acquitte chaque année à l’État. – Rémanence d’intérêt -Pour les activités commerciales de la CDC, le nœud du problème, la HAVTP s’est penchée sur les rémanences d’intérêt et les éventuelles interférences avec l’exercice de son mandat ministériel.Quand Éric Lombard participait à un conseil d’administration de Bpifrance ou la Poste, il incarnait la vision d’un actionnaire (la Caisse) dont la personnalité morale se distingue de l’État, bien qu’elle en soit proche. Il peut arriver que les points de vue de l’État actionnaire et de la Caisse “ne soient pas strictement les mêmes”, exlique Bercy, une ligne de crête que le média l’Informé a illustrée en février. Éric Lombard avait participé fin décembre, peu avant sa nomination, à un conseil d’administration du groupe La Poste pendant lequel il avait réclamé à l’État le versement de plusieurs milliards d’euros correspondant aux pertes cumulées depuis 2017, écrivait le média. Un dossier que le même Éric Lombard aurait pu avoir à trancher quelques jours plus tard, une fois nommé ministre de l’Économie. La raison de son déport de La Poste? “Pas ce dossier spécifiquement”, répond Bercy. Mais “il avait pu prendre des positions sur des sujets, notamment financiers, liés à La Poste” qu’il n’est plus à même de trancher en tant que ministre.Pourtant, les enjeux ne manquent pas alors qu’une “loi postale” est attendue en 2025 avec des débats scrutés vue l’usure de l’activité courrier. “Dans la pratique, ça fonctionne (le déport, NDLR) depuis janvier”, “il y a toujours un décideur”, relativise Bercy.Le ministre devra également s’abstenir d’intervenir sur Bpifrance, un canal privilégié de l’État pour investir dans l’innovation. Mais c’est lui qui avait annoncé le 20 mars le lancement d’un fonds de 450 millions d’euros en faveur de la défense… par Bpifrance. Une décision “à l’initiative” de la banque d’investissement, qu’il a simplement “relayée”, évacue Bercy. 

Au procès Mimi Marchand, coup d’éclat de Piotr Pavlenski et décryptage de la presse people

Le procès de la papesse de la presse people Mimi Marchand, soupçonnée d’avoir fait chanter l’animatrice Karine Le Marchand, s’est ouvert lundi devant le tribunal de Paris sur un volet annexe, avec un coup d’éclat de l’artiste russe Piotr Pavlenski aussitôt expulsé de la salle d’audience.Piotr Pavlenski, concerné par cet autre volet, était arrivé en short et imperméable noirs, claquettes en plastique, bracelet électronique bien apparent à la cheville.Quand la présidente déclare l’audience ouverte, il se lève, au milieu du public.”Mesdames et Monsieur, je dois vous dire une chose”, lance d’une voix forte l’homme au crâne rasé et visage émacié. “Mimi Marchand doit être complétement relaxée, il n’y a pas de préjudice, pas d’infraction dans cette affaire qui concerne du porno politique”, poursuit-il pendant que le tribunal et plusieurs policiers lui ordonnent de se taire.En vain: ils finissent par l’attraper par les bras et le traînent hors de la salle. A l’extérieur, il est plaqué au sol par quatre policiers, puis embarqué. Aucune procédure n’a été ouverte à son encontre, a précisé le parquet sollicité par l’AFP.Une scène qui ressemble étrangement à celle qui vaut sa venue ici: dans le volet annexe du procès, des policiers sont jugés notamment pour violation du secret professionnel pour avoir donné en 2020 “l’info” de la possible interpellation “du Russe” au célèbre paparazzo Sébastien Valiela. Les photos de Piotr Pavlenski, plaqué au sol en pleine rue, menotté dans le dos, avaient été vendues 15.000 euros à Paris Match via Michèle – dite Mimi – Marchand et son agence Bestimage, et s’étaient retrouvées en Une du magazine.Dans ce volet, contrairement à ce que semble penser Piotr Pavlenski, Mimi Marchand a bénéficié d’un non-lieu. Pas concernées, Mimi Marchand et Karine Le Marchand ont rapidement quitté le tribunal et reviendront mardi.Piotr Pavlenski, 41 ans, connu pour des performances extrêmes en Russie et réfugié en France depuis 2017, avait été arrêté par les policiers deux jours après la diffusion sur son site “Pornopolitique” de vidéos à caractère sexuel de Benjamin Griveaux, qui avaient précipité la chute du candidat LREM à la mairie de Paris.- “Rien de mal” -L’artiste et activiste avait été condamné à six mois de prison sous bracelet électronique et n’avait pas fait appel, expliquant que son “oeuvre d’art +Pornopolitique+ se terminait avec la condamnation du juge” – pas tout à fait visiblement, vu la séquence du jour.Il n’avait pas souhaité porter plainte pour la diffusion des images de lui menotté – pourtant interdites en France -, se disant “content” que “Mimi Marchand ait organisé et coordonné les journalistes et policiers” pour filmer son interpellation.Le paparazzo Sébastien Valiela, 54 ans, comparait pour recel de violation du secret professionnel. La présidente s’indigne qu’il ne soit pas “choqué” qu’un policier donne des informations sur une affaire en cours à des journalistes – une pratique courante dans les faits. “Je fais rien de mal, je fais mon travail”, se défend-t-il. “J’ai Mimi Marchand qui me dit être dans le bureau de Laurent Nunez” (à l’époque bras droit du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, aujourd’hui préfet de police de Paris, ndlr), et “on m’explique qu’au ministère ils trouvent ça très bien”.La présidente veut connaître l’organisation de son travail, à l’époque principalement pour la presse people via Bestimage.”C’est familial, Mimi est un peu la mère de tout le monde”, décrit le paparazzo connu pour avoir photographié Mazarine Pingeot avec François Mitterrand en 1994 et qui a réalisé les clichés volés de François Hollande et Julie Gayet en 2014. Il détaille les “commandes” des magazines ou les “trucs arrangeants” pour les nombreux amis célèbres de Mimi Marchand : “il y en a qui ont besoin pour une raison X ou Y d’être dans la presse, de passer un message ou de faire croire quelque chose, et on fait des photos qui ont l’air volées”, explique-t-il. Des “fausses paparazzades” qu'”on appelle dans le jargon l’actualité heureuse”.”Et les tromperies ?”, demande la présidente en référence à la “fameuse photo” de M. Hollande. “Votre fait d’armes… c’est pas une commande rassurez-moi ?”. “Le scooter ? Ah non, c’est pas eux qui m’ont appelé”.  

Le maire écologiste Grégory Doucet défend son bilan devant les Lyonnais

Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a lancé lundi une série de débats publics pour “rendre des compte” à ses administrés, assurant œuvrer pour améliorer leur cadre de vie et leur santé face aux doléances récurrentes sur les embouteillages provoqués par les travaux, le “tout cyclisme” et le déclin du petit commerce.”Il y a des nuisances, oui, mais elles étaient nécessaires pour une transformation majeure de la ville (…) dans un contexte de transformation du climat à une vitesse considérable”, a plaidé l’édile de 51 ans, qui briguera un second mandat en 2026.Inconnu en politique avant de ravir la ville en 2020 à la tête d’une coalition EELV-LFI-PS-PCF, Grégory Doucet a inauguré devant 400 personnes une série de neuf “rencontres”, une par arrondissement. Des débats publics qu’il présente comme un “exercice de transparence” sur son bilan, quand l’opposition dénonce une “campagne électorale déguisée”, financée par l'”argent public” à dix mois des municipales.”Non, ce n’est pas une campagne, c’est un exercice de redevabilité (…), le devoir démocratique auquel doit se plier tout élu”, a martelé M. Doucet devant la presse avant d’entrer dans une salle comble majoritairement acquise à sa cause dans le 8e arrondissement, en grande partie composé de quartiers populaires. -“On détruit du bitume”-Ailleurs, le maire pourrait subir de plus rudes apostrophes, notamment de commerçants, riverains et automobilistes en colère. Au diapason de l’opposition macroniste et des droites, ils pestent chaque jour contre l'”insécurité”, les nombreux chantiers et leurs embouteillages, les zones à 30 km/h, à faible émission ou à trafic limité, la piétonnisation d’une partie du centre-ville… et les incivilités de certains cyclistes et trottinettistes.La même petite musique qu’entendue depuis dix ans dans le Paris d’Anne Hidalgo alliée aux Verts et, depuis 2020, dans les autres grandes villes remportées par les écologistes: Bordeaux, Strasbourg et Grenoble, entre autres.”La majorité des chantiers vont bientôt s’achever”, à l’automne, a-t-il promis. “On a hâte, comme vous”, a encore lancé Grégory Doucet, avant de s’enorgueillir des “10.000 arbres plantés”. “On a gagné 14 hectares de nature en cinq ans, le bitume a cessé de progresser et on en détruit même pour des espaces verts”, s’est-il réjoui, chaudement applaudi par le public.La mairie vante une baisse de “11% des particules fines” et “22% de consommation d’énergie en moins” depuis 2020.A ceux qui l’accusent de “tuer” le petit commerce notamment en piétonnisant “à outrance”, il a rétorqué œuvrer “à donner envie aux gens de se déplacer chez leurs commerçants plutôt que de cliquer sur leur ordinateur”, allusion à l’e-commerce qui condamne, à Lyon comme ailleurs, bien des boutiques à baisser le rideau.- Plus de mixité -La mairie souligne aussi la note maximale (AA) de l’agence de notation financière Morningstar DBRS, qui saluait en mars les “solides performances financières” de Lyon, son “endettement très modéré” et sa “gestion budgétaire de qualité”. Mais les débats, très policés, ont surtout tourné lundi soir autour d’une nécessaire augmentation des logements, notamment sociaux, et “plus grande mixité”.Ces rencontres sont lancées alors que la candidature de M. Doucet a pu apparaître fragilisée: d’une part par une garde à vue de 8 heures le 30 avril, dans une enquête sur 24 agents municipaux affectés “illégalement” à des “missions politiques” selon la Chambre Régionale des Comptes. D’autre part par une candidature de plus en plus probable de Jean-Michel Aulas, l’ex-patron du club de foot Olympique lyonnais, en passe de rassembler derrière lui la macronie et LR.M. Doucet affirme qu’il s’agissait bien de “vrais emplois (…) d’agents administratifs”, déjà présents sous la mandature de ses prédécesseurs.Quant à la possible candidature de M. Aulas, 310e fortune de France selon le magazine Challenges, il y a encore loin des urnes à la mairie: dans un récent sondage Elabe-BFM, l’homme d’affaires ne devancerait l’actuel patron de la ville d’une courte tête au premier tour (24% contre 22%) que dans le cas d’une gauche et d’une opposition toutes deux divisées. Dans toutes les autres hypothèses, le maire sortant le précède de 4 à 9 points.

Pesticides: l’Assemblée rejette la loi Duplomb, et renvoie le débat à une réunion entre députés et sénateurs

Dans une ambiance crispée, l’Assemblée nationale a rejeté lundi la proposition de loi agricole dite Duplomb, par une manoeuvre tactique du bloc central afin de passer outre le “mur” d’amendements écologistes et insoumis, LFI dénonçant un contournement du Parlement et promettant une “motion de censure”.La loi a été rejetée par 274 voix, et seulement 121 pour, lors d’un vote sans ambiguïté. Mais dans un scénario baroque, ce sont les partisans du texte qui ont approuvé cette “motion de rejet”.”C’est une motion qui rejette l’obstruction” des opposants au texte, a souligné la ministre de l’Agriculture lundi soir sur France 2. La gauche dénonce en retour un “49.3 déguisé”.Par cette tactique, les députés ont renvoyé directement le texte, y compris sa mesure phare sur la réintroduction à titre dérogatoire de certains pesticides néonicotinoïdes, devant une commission mixte paritaire (CMP). Cette instance réunissant à huis clos sept députés et sept sénateurs devra s’accorder sur une version commune, en partant de la version déjà adoptée au Sénat.Dans l’hémicycle, à quelques dizaines de mètres de tracteurs réunis devant l’Assemblée à l’appel des Jeunes Agriculteurs et de la FNSEA, chaque camp a tenu l’autre pour responsable de la situation.”J’aurais aimé un débat constructif”, a assuré le député LR Julien Dive, coiffé de la double casquette singulière de rapporteur du texte et avocat de son rejet. Il a dénoncé “une stratégie d’obstruction massive, assumée, méthodique” pour “asphyxier le texte”, visant les quelque 1.500 amendements écologistes et 800 insoumis (sur près de 3.500 au total).”Vous inventez une nouvelle forme de 49.3, on est en train de marcher sur la tête”, a dénoncé la présidente du groupe LFI Mathilde Panot. Des députés de son groupe ont brandi des feuilles mentionnant des noms et des pathologies attribuées aux pesticides, telles que “Michel, cadre entreprise de semence, lymphome”.Mme Panot a aussi annoncé le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement de François Bayrou, sans garantie à ce stade que le reste de la gauche suive.Pour les écologistes, Delphine Batho a fustigé “un texte obscurantiste”, “visage du trumpisme à la française”. Le chef du groupe PS Boris Vallaud a lui fulminé contre “un déni de démocratie grave”.- Quel texte post-CMP ? -Ce texte suscite “de sérieuses inquiétudes et il ne doit pas servir de cheval de Troie pour affaiblir nos exigences environnementales”, a toutefois souligné à la tribune Sandrine Le Feur, présidente Renaissance de la commission du développement durable.Dans son viseur notamment, la réintroduction, à titre dérogatoire, de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes interdit en France depuis 2018. Ses effets chez l’humain font l’objet d’inquiétudes, même si ces risques restent incertains, par manque d’études d’ampleur.Autorisé ailleurs en Europe, il est notamment réclamé par les producteurs de betteraves ou de noisettes, qui estiment n’avoir aucune autre solution contre les ravageurs. A contrario, les apiculteurs mettent en garde contre “un tueur d’abeilles”.”Je suis très attachée aux pollinisateurs. On en a infiniment besoin”, a souligné la ministre Annie Genevard. “Mais est-ce que vous croyez que toutes les abeilles européennes sont mortes, sauf en France?” (où l’acétamipride était interdit), a lancé la ministre sur France 2.Après le vote, Greenpeace France a dénoncé dans un communiqué “un coup de force anti-démocratique et anti-écologique”.La FNSEA a salué, elle, “la responsabilité des députés”. “Le texte doit désormais être adopté au plus vite”, selon le syndicat agricole, qui a appelé “le gouvernement à annoncer immédiatement la date de la commission mixte paritaire”.En CMP, les parlementaires repartiront de la version du Sénat, donnant un avantage dans la négociation aux membres de la chambre haute. En cas d’accord, la mouture fera cependant encore l’objet d’un vote dans chaque chambre, et son équilibre sera particulièrement scruté à l’Assemblée.Car la version adoptée au Sénat, à l’initiative du LR Laurent Duplomb, contient des sujets clivants, comme le degré d’influence du gouvernement dans le travail de l’agence sanitaire Anses sur les autorisations de pesticides.sac-parl-tsz/jbo/ab

Décarbonation, sargasses, souveraineté: Bayrou à Saint-Nazaire met le cap sur la défense des océans

Nouveau plan contre les sargasses, 90 millions d’euros pour décarboner le secteur maritime: François Bayrou a annoncé une série de mesures lundi pour tenter de répondre aux multiples défis qui se posent aux mers et aux océans français.”Aujourd’hui comme hier, notre avenir (…) se joue au large”, a affirmé le Premier ministre sur le pont du pétrolier ravitailleur de la Marine nationale Jacques Stosskopf, à l’issue d’un comité interministériel de la mer (CIMer) à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).La France, métropolitaine et ultramarine, dispose de la deuxième plus grande surface maritime du monde avec 11 millions de kilomètres carrés de mers et d’océans et 20.000 km de côtes.Face à la menace économique, “avec une concurrence internationale accrue qui fragilise le modèle économique de nos filières maritimes”, à la menace environnementale, “avec une aggravation de la pollution qui met en péril la biodiversité marine” et la menace géopolitique, “avec l’apparition de nouveaux risques”, “nous devons apporter une réponse qui soit claire, efficace et durable”, a relevé le chef du gouvernement.Ce rendez-vous a lieu quelques semaines avant l’accueil par la France, le 9 juin à Nice, de la troisième conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc 3), autour de laquelle le gouvernement a lancé une “Année de la mer”.François Bayrou a annoncé à cette occasion l’affectation de 90 millions d’euros, issus du marché européen des émissions polluantes, à la décarbonation du secteur maritime, qui pourront être mobilisés en 2026 et financeront la modernisation des navires, les infrastructures portuaires et la production de carburants alternatifs.”Réussir la décarbonation de notre flotte, c’est nous assurer de disposer d’une économie maritime compétitive”, a-t-il fait valoir.- Eolien à la Réunion -François Bayrou a auparavant visité des ateliers des Chantiers de l’Atlantique, où le groupe suisse MSC Croisières a récemment confirmé la commande de deux nouveaux navires, ainsi que le chantier du plus grand yacht de luxe à voile, l’Orient Express Corinthian.Il était accompagné par quatre ministres: Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique, Biodiversité, Forêt, Mer et Pêche), Amélie de Montchalin (Comptes publics), Marc Ferracci (Industrie et Énergie) et Philippe Tabarot (Transports).Le gouvernement entend aussi “mobiliser à court terme” les retombées financières des parcs éoliens en mer pour renouveler une flotte de pêche vieillissante. En 2023, Emmanuel Macron avait évoqué une enveloppe de 700 millions d’euros fondée sur la future fiscalité de ces projets.Des “études préalables” vont être lancées pour un éventuel projet d’éolien en mer sur l’île de la Réunion.Toujours pour l’Outremer, le gouvernement va lancer un troisième plan national de lutte contre la prolifération des sargasses, ces algues brunes aux émanations toxiques qui envahissent le littoral des Antilles. Il sera “lancé dans les mois qui viennent” a précisé le Premier ministre et axé notamment sur “le soutien à la collecte et à la destruction de ces algues”, avec le recours accru à des navires appelés “sargator”, capables de collecter seize tonnes d’algues par heure.Afin de prévenir et s’adapter au recul du trait de côte lié au changement climatique, l’exécutif va étudier dans le prochain budget l’idée d’une “contribution ciblée sur les usages liés à l’agrément du littoral”, selon le principe que le “littoral doit financer le littoral”.- Sauveteurs en mer -Contre la pêche illégale, il entend modifier le code rural et de la pêche pour faciliter la destruction par immersion des navires de pêche sans pavillon ni propriétaire, et renforcer le recours à des drones aériens.Pour lutter contre la pollution des plastiques, il va réviser la feuille de route pour la période 2026-2030. Sur le régalien, le gouvernement va lancer une mission parlementaire pour faire évoluer le régime de responsabilité juridique des sauveteurs en mer, parfois mis en cause dans leurs actions bénévoles, et étudier son élargissement à d’autres sauveteurs comme les garde-côtes.Face aux nouvelles menaces géopolitiques et pour garantir la “souveraineté maritime” du pays, le CIMer a validé l’étude d’une “force maritime de complément” à la Marine nationale, et le projet d’améliorer la réquisition des navires de commerce “en temps de crise”. L’interdiction du chalutage dans les aires marines protégées n’était pas au menu du CIMer mais pourrait être abordée lors de la conférence de Nice.A l’occasion de ce déplacement, le cabinet du Premier ministre a rencontré une délégation intersyndicale d’ArcelorMittal, inquiète des suppressions d’emplois envisagées à Basse-Indre, près de Nantes.

La FNSEA gare ses tracteurs à l’Assemblée nationale pour demander “des solutions” pour produire

La FNSEA a garé une dizaine de tracteurs devant l’Assemblée nationale lundi afin de faire pression sur les députés qui doivent se pencher sur la loi Duplomb, “essentielle pour qu’enfin on retrouve notre capacité à produire en France”, selon le secrétaire général du premier syndicat agricole français.”Cette proposition de loi pour lever les contraintes au métier d’agriculteur est très importante pour nous (…). Ce qu’on demande, c’est simplement d’exercer un métier dans un environnement européen: marché unique, règle unique. Ça fait 20 ans qu’on se bat là-dessus. Pour une fois qu’une proposition de loi va dans ce sens… Nous n’aurons plus la patience d’attendre”, a déclaré Hervé Lapie à l’AFP.Plus de 150 agriculteurs venus d’Ile-de-France, du Grand-Est et de Provence-Alpes-Côte d’Azur se sont rassemblés dans le calme devant les colonnes du palais Bourbon.Ils seront relayés mardi par certains de leurs collègues du Centre-Val de Loire et mercredi par ceux des Hauts-de-France, si la motion de rejet déposée par le rapporteur du texte pour contourner les milliers d’amendements déposés n’est pas adoptée.Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a estimé devant l’Assemblée qu’il était “normal que les députés puissent échanger des arguments”, mais que la donne avait “changé” avec “les 3.500 amendements déposés”.Des députés Renaissance, MoDem, Horizons et RN sont venus à la rencontre des agriculteurs devant le palais Bourbon. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard, favorable au texte remanié au Sénat avec le concours du gouvernement, est aussi venue leur apporter son soutien, accompagnée du ministre de l’Intérieur et nouveau président des Républicains Bruno Retailleau.”La caricature dont ce texte fait l’objet aujourd’hui est profondément injuste et injustifiée”, a-t-elle déclaré, ajoutant que les agriculteurs étaient “victimes de l’enlisement du débat”.Bruno Retailleau s’est revendiqué “enfant de la ruralité” et a défendu des projets de stockage d’eau. Il a par ailleurs affirmé qu’il était essentiel de renforcer la “souveraineté alimentaire”. “Demain, l’arme alimentaire sera capitale. La souveraineté alimentaire, c’est l’indépendance de la France”, a-t-il ajouté.La loi d’orientation agricole, adoptée en début d’année, “était un “squelette” dans lequel figurait le “pas d’interdiction (de pesticides) sans solution” mais il faut maintenant “du concret (…) dans les cours de ferme”, avait affirmé Arnaud Rousseau dans la matinée.”Sur l’acétamipride, où on est dans le mur, on en a besoin pour quelques productions de manière dérogatoire, dans un temps encadré, le temps que la recherche et l’innovation nous donnent des solutions”, avait-il ajouté.Le retour de ce pesticide de la famille des néonicotinoïdes est un point de crispation majeur de la loi, qui prévoit aussi de faciliter la construction de bâtiments d’élevage intensif et le stockage de l’eau.En interne à la FNSEA, le message est de “ne rien lâcher” plus d’un an après les mobilisations de début 2024 pour obtenir “enfin” les mesures de simplification promises par le gouvernement.Arnaud Rousseau a défendu une approche “pragmatique” sur le stockage de l’eau et les seuils d’élevage pour contrer “l’espèce de délire environnemental qu’on entend, qui consiste à dire que les agriculteurs seraient des pollueurs qui font n’importe quoi”.

Macron en “ami sûr et fiable” du Vietnam face à Trump et Xi

Emmanuel Macron a présenté lundi la France comme un partenaire “sûr et fiable” du Vietnam, pays vulnérable à la confrontation croissante entre les Etats-Unis et la Chine où il a rodé le discours destiné à séduire les Etats d’Asie du Sud-Est qu’il visite cette semaine.”Avec la France vous avez un ami connu, sûr et fiable (…) et dans la période que nous vivons, ceci seul a beaucoup de valeur”, a déclaré le président français lors d’une rencontre avec To Lam, le secrétaire général du Parti communiste, figure politique la plus influente du Vietnam.Paris défend dans la région sa stratégie dite de la troisième voie, qui repose sur un “ordre fondé sur le droit”, a-t-il insisté, dans un contexte de surenchère douanière américaine qui a fait sauter les garde-fous du commerce mondial.Il espère trouver une oreille attentive auprès des dirigeants vietnamiens, pris en tenaille entre la menace d’une surtaxe de 46% de leurs produits d’exportation à destination des Etats-Unis, et la réticence de la Chine, un allié de longue date, à négocier avec la Maison Blanche.Le passé colonial, souvent douloureux, a créé des ponts entre Paris et Hanoï, mais les échanges commerciaux entre les deux pays demeurent marginaux, en dépit de la forte croissance connue par le Vietnam ces dernières années, grâce à ses exportations, principalement dans le textile et l’électronique.En quête d’accès à cette économie émergente, Emmanuel Macron a annoncé près de neuf milliards d’euros de contrats signés à l’occasion de sa visite lundi et mardi, qui doivent ouvrir une “page encore plus ambitieuse” de l’histoire bilatérale, avec des rapprochements “en matière de défense, d’aéronautique, de ferroviaire”, a-t-il listé.- Avancée dans le nucléaire -Un premier pas a été franchi dans le secteur-clé du nucléaire civil, à un moment où le Vietnam, dépendant des énergies fossiles, cherche à répondre aux besoins croissants de ses 100 millions d’habitants, tout en tenant ses promesses de transition écologique.La compagnie low-cost Vietjet Air a aussi passé commande pour 20 avions gros porteurs Airbus A330-900, alors que CMA CGM va investir 600 millions de dollars en partenariat avec une entreprise locale dans la construction d’un nouveau terminal portuaire en eau profonde à Haïphong.Arrivé dimanche soir à Hanoï avec son épouse Brigitte Macron, Emmanuel Macron poursuit sa tournée jusqu’à vendredi en Indonésie et à Singapour. Il doit notamment échanger mardi matin avec des étudiants vietnamiens, avant de s’envoler dans l’après-midi pour Jakarta.Il a rencontré lundi To Lam, qu’il avait accueilli à Paris en octobre. Les deux hommes ont déjeuné au temple de la Littérature, un monument dédié à Confucius et emblématique de la culture vietnamienne, où ils ont assisté à une représentation de musique et de danse traditionnelles.To Lam est critiqué par les groupes de défense des droits pour avoir orchestré une campagne de répression de grande échelle contre toutes les voix critiques de son pouvoir. Human Rights Watch a recensé plus de 170 prisonniers politiques dans le pays, dont des blogueurs et des militants pour l’environnement.- Poutine a “menti” -Le président français n’a pas évoqué ces sujets publiquement.En defendant aussi la “souveraineté des Etats”, Emmanuel Macron avait également un message à l’endroit de Pékin, dont les revendications territoriales se font de plus en plus offensives dans la région.”Le Vietnam est vraiment sur la première ligne de toutes les tensions qui croissent en mer de Chine méridionale”, glisse un haut responsable de la diplomatie française.Fait rare, Hanoï a vu défiler en 2023 et 2024 les dirigeants américain Joe Biden, chinois Xi Jinping, et russe Vladimir Poutine, tous venus dans l’idée de courtiser cette économie dynamique, mais fragilisée par sa position sur des lignes de failles diplomatiques — un équilibre précaire théorisé par le parti communiste comme étant la “diplomatie du bambou”.Dernièrement, le Vietnam a multiplié les mains tendues envers la Maison Blanche et la famille Trump pour éviter le couperet des 46% de surtaxes douanières qui mettrait à mal son économie, fortement dépendante des exportations.Alors que l’Elysée avait prévenu qu’il mettrait sa tournée à profit pour démontrer que la Russie “déstabilise” aussi l’Asie, Emmanuel Macron a eu un mot pour Vladimir Poutine l’accusant d’avoir “menti” sur sa volonté de faire “la paix”.Il a appelé Donald Trump à “traduire en actes”, et en menace de “sanctions massives”, sa “colère” à l’égard du président russe, que le dirigeant américain a qualifié de “complètement fou” après de nouvelles attaques d’ampleur menée par Moscou contre l’Ukraine.

Taxes douanières américaines: Macron se dit “confiant”, espère un retour aux “tarifs les plus bas possibles”

Le président Emmanuel Macron s’est dit lundi “confiant” au sujet des discussions commerciales entre l’Union européenne et les Etats-Unis, après que son homologue américain Donald Trump a annoncé la prolongation jusqu’au 9 juillet de la pause dans les droits de douane visant l’UE.”Je suis confiant”, a déclaré aux journalistes le dirigeant français, depuis la capitale du Vietnam, Hanoï. “Les discussions avancent bien, il y a eu un bon échange entre le président Trump et la présidente Von der Leyen, et je souhaite qu’on puisse poursuivre sur ce chemin, qui doit nous conduire à revenir à des tarifs les plus bas possibles”, a-t-il développé.”Nous pensons que les déséquilibres commerciaux, quand ils existent, ne se règlent pas par des tarifs”, a-t-il dit. Donald Trump a affirmé vendredi qu’il ne “cherchait pas d’accord” commercial avec l’Union européenne et a menacé d’imposer des droits de douane de 50% sur les importations en provenance des Vingt-Sept dès le 1er juin.La Commission européenne, qui négocie les accords commerciaux au nom de l’UE, avait aussitôt réagi en réclamant du respect de la part de Washington.La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé dimanche avoir eu un “bon appel” avec Donald Trump, qui a confirmé dans la foulée une suspension jusqu’au 9 juillet des tarifs visant l’UE.Le Vietnam est également dans le collimateur de l’administration Trump, qui menace d’imposer une surtaxe de 46% sur ses exportations vietnamiennes à destination du marché américain, si un accord n’est pas trouvé dans les prochaines semaines.

Retailleau précise son dispositif pour “s’attaquer aux écosystèmes islamistes”

Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a dévoilé les contours de l’organisation qu’il souhaite mettre en place pour “s’attaquer aux écosystèmes islamistes”, avec deux chefs de file dédiés, lundi lors d’un déplacement à la préfecture des Hauts-de-Seine. “Cette nouvelle organisation va reposer, un peu à l’image de ce qui a été fait sur le terrorisme, sur un chef de filât en matière de renseignement”, qui sera confié à Bertrand Chamoulaud, directeur national du renseignement territorial, a affirmé le ministre.Le chef de filât est une notion technique du droit des collectivités qui s’apparente ici à celle d’un chef de file. Par ailleurs, la directrice des Libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur, Pascale Léglise, “aura un rôle de parquet administratif” et fournira une “expertise en matière d’entrave administrative”, a-t-il précisé. Bruno Retailleau avait déjà promis mercredi “une meilleure organisation” de l’Etat face à l’islamisme, sujet au coeur d’un rapport ayant fait l’objet de larges fuites dans la presse. Il avait alors promis “un vrai chef de file en matière de renseignement” et un parquet administratif pouvant diligenter des dissolutions.Le ministre de l’Intérieur s’exprimait en préambule d’une réunion de la Cellule de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire (CLIR), avec également autour de la table des représentants de diverses instances — sécurité publique, Urssaf, ARS…”Je souhaite que demain les CLIR puissent s’attaquer aux écosystèmes islamistes”, a martelé M. Retailleau en soulignant que “la lutte contre l’islamisme et contre l’entrisme, ce n’est pas seulement l’affaire du ministère de l’Intérieur” mais “de l’ensemble des ministères et des services de l’État”. Les CLIR ont été créées fin 2019 et la première a été installée à Bobigny en février 2020, “pour diagnostiquer et lutter contre phénomène d’entrisme”, a rappelé le ministre.L’architecture dévoilée lundi “ne saurait se déployer et être efficace si elle ne reposait pas sur une infrastructure territoriale” et ce “exactement comme avec le terrorisme”, a ajouté le ministre.M. Retailleau a estimé “qu’il faudra sans doute durcir” cette organisation “dans des départements qui sont les plus concernés par cet entrisme”.Le ministre s’exprimait devant la presse pour la première fois depuis la publication officielle, vendredi soir, d’un rapport faisant état d’une “menace pour la cohésion nationale” avec le développement d’un islamisme “par le bas”, au niveau des associations et des municipalités, de la part des Frères musulmans.

Pesticides: le gouvernement “prétexte” l’obstruction pour cacher les “désaccords” du bloc central, estime Faure (PS)

Le premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure a regretté lundi que le gouvernement défende à l’Assemblée une motion de rejet sur la loi agricole y voyant un “prétexte” pour dissimuler “de grands désaccords au sein du bloc majoritaire actuel” sur un texte qu’il qualifie de “fuite en avant”. “Il y a de grands désaccords au sein du bloc majoritaire actuel et c’est la raison pour laquelle le gouvernement prend prétexte des amendements pour dire +il y a trop d’amendements, on passe à la suite+”, a estimé le député de Seine-et-Marne sur BFMTV-RMC. Le bloc central a déposé une motion de rejet sur ce texte, pour contrer l’obstruction liée aux près de 3.500 amendements essentiellement déposés par la gauche. Il s’agit d’un mouvement tactique destiné à contourner la masse d’amendements et à permettre au texte de poursuivre son parcours législatif, par le biais d’une commission mixte entre sénateurs et députés.Olivier Faure a dénoncé “une manœuvre de dernière minute” entraînant les députés défendant la proposition de loi à “voter contre leur propre texte pour pouvoir l’envoyer en commission mixte paritaire et, loin des regards, arriver à des compromis entre le Sénat et l’Assemblée, entre la droite et la droite”. Au delà, il a critiqué un texte en forme de “fuite en avant” et de “suicide collectif”. “On est en train de dire aux agriculteurs: +vous avez un problème, on va l’accroître+”, a-t-il observé à propos de la réintroduction à titre dérogatoire de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes interdit en France depuis 2018 mais autorisé en Europe. Plusieurs députés du bloc central sont opposés à cette réintroduction réclamée par la puissante FNSEA. Citant “des études au Japon” et “le directeur scientifique de l’Inrae”, il a expliqué que ce pesticide provoquait “une pollution durable qui est cancérigène et donc qui pose un nombre de problèmes de santé” publique.”Que va-t-on régler en fait? On va avoir davantage de biodiversité qui va disparaître, on aura encore plus de difficultés à vaincre les ravageurs”, a-t-il complété, jugeant “tout ça absolument inepte”.