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Municipales à Paris, Lyon, Marseille: contretemps majeur au Sénat pour la réforme du scrutin

La réforme du scrutin municipal pour Paris, Lyon et Marseille a été massivement rejetée mardi au Sénat, un contretemps important pour ses soutiens, en premier lieu le Premier ministre François Bayrou, mis sous pression par ses alliés LR au gouvernement qui demandent l’abandon du texte.La droite y est hostile, l’immense majorité de la gauche aussi, et même le bloc central a reconnu certaines carences: l’article-phare de la proposition de loi d’origine macroniste a connu un sort funeste dans l’hémicycle de la chambre haute du Parlement, avec seulement 97 voix pour son adoption face à 217 oppositions.Adoptée à l’Assemblée nationale, début avril, avec l’appui de l’exécutif, de La France insoumise et du Rassemblement national, la réforme mettrait fin au mode de scrutin mis en place en 1982 dans la loi PLM, en vertu duquel les électeurs à Paris, Lyon et Marseille votent dans chaque arrondissement pour une liste de conseillers, les élus du haut de la liste siégeant au conseil d’arrondissement et au conseil municipal.Dans sa version approuvée par les députés, elle prévoyait à la place d’instaurer deux scrutins, l’un pour élire les conseillers d’arrondissement ou de secteur, l’autre pour élire ceux du conseil municipal, sur une circonscription unique. Avec une ambition: rendre le scrutin “plus lisible”, rapprocher les électeurs du choix de leur maire et faire en sorte “qu’un électeur égale une voix”.- “Le retrait s’impose” -Ce rejet sans équivoque de la chambre haute en première lecture complique la tâche des soutiens du texte, porté par le député de Paris Sylvain Maillard et soutenu par François Bayrou.Le Premier ministre convoquera-t-il une commission mixte paritaire (CMP), réunion de sept sénateurs et sept députés chargés de négocier pour aboutir à un texte commun ?Le ministre des Relations avec le Parlement Patrick Mignola n’a pas voulu le confirmer totalement mardi, estimant que cela relevait d’une “décision collective”. Mais il a tout de même ouvert la porte en indiquant qu’il fallait “respecter la parole de chacune des Assemblées”, refusant de donner une “prééminence” au Sénat.Ces dernières heures, plusieurs membres du camp gouvernemental avaient assuré à l’AFP qu’une CMP était bien envisagée sur ce texte même si le Sénat le rejetait.Mais rien n’assure qu’un accord n’émerge, ce qui pourrait conduire l’exécutif à décider d’enjamber le Sénat en donnant le dernier mot à l’Assemblée nationale. Opération à haut risque, car il faudrait alors assumer de voter un texte avec le RN et LFI… Et contre les précieux alliés de la droite.Mardi, pas une voix n’a manqué au groupe LR pour s’opposer au texte fustigé par le nouveau président de parti Bruno Retailleau et par le patron de la Haute assemblée, Gérard Larcher. La droite est même allée plus loin en mettant la pression sur le gouvernement: “Par notre vote, nous envoyons un signal clair. Le retrait de cette réforme s’impose”, a lancé le vice-président du groupe LR Laurent Somon, qui a par la suite assuré à l’AFP que la droite serait “inflexible” sur sa position en cas de CMP.”Si le gouvernement veut aller au bout sur sa réforme, il va se fragiliser”, martèle la rapporteure (LR) du texte Lauriane Josende. “Ce sera à ses risques et périls”, prévient un autre sénateur LR.- “Sans le Sénat” ? -De plus, François Bayrou avait assuré en février qu’il “n’imagin(ait) pas qu’un texte puisse être adopté sur ce sujet sans qu’il y ait accord de l’Assemblée nationale et du Sénat”. Une déclaration que de nombreux opposants au texte, en premier lieu le président des sénateurs LR Mathieu Darnaud, ont surligné dans leur bloc-notes.Les partisans du texte, eux, n’ont pas jeté l’éponge. Si les sénateurs ne s’ouvrent pas aux discussions, “la seule chose qui est sûre, c’est que la réforme se fera sans le Sénat”, a pointé mardi la sénatrice MoDem Isabelle Florennes. “Nous ne devons pas nous mettre dans cette situation.”Mais dans une chambre qui ne compte aucun Insoumis et seulement une poignée d’élus RN, la balance a très largement penché pour un rejet.D’autant que les socialistes, deuxième groupe du Sénat, ont la même position que la droite, à l’exception de leurs élus marseillais. “Le texte n’est pas excellent, il faut désormais l’améliorer”, a ainsi plaidé sur franceinfo le maire de Marseille Benoit Payan, appelant à corriger “l’anomalie démocratique” qui aboutit à ce que “la voix d’un citoyen dans nos trois plus grandes villes n’est pas la même que celle des autres villes”.A l’inverse, la maire de Paris Anne Hidalgo a salué dans un communiqué une “bonne nouvelle” et appelé le gouvernement “à renoncer à ce projet profondément néfaste pour la démocratie parisienne”.

Proportionnelle: la droite alimente le procès en immobilisme de Bayrou

En manifestant fermement son opposition à la proportionnelle, facteur à ses yeux d'”impuissance publique”, la droite alimente un procès récurrent en immobilisme de François Bayrou, Premier ministre de plus en plus fragilisé à son poste.Le nouveau patron des Républicains (LR) Bruno Retailleau, a laissé planer lundi la menace d’une démission du gouvernement, refusant de porter au Parlement – en tant que ministre de l’Intérieur chargé de l’organisation des élections – le scrutin proportionnel cher au patron du MoDem depuis des décennies.La situation est “inédite” de refuser une décision du gouvernement auquel on appartient, a relevé le patron du Parti socialiste Olivier Faure sur TF1.Ce mode de scrutin conduirait à une “ingouvernabilité (qui) amènerait finalement à une forme d’impuissance publique”, a fait valoir Bruno Retailleau, même si le patron de la place Beauvau, homme fort du gouvernement, n’envisage pas de quitter son poste sur ce motif selon son entourage, mais veut peser au sein de l’assemblage gouvernemental entre le centre et droite.Une allusion aussi à l’actuel Premier ministre, privé de majorité et régulièrement accusé de rester flou sur sa politique et notamment ses choix budgétaires à venir parce qu’il a “envie de durer” rue de Varenne, commente un ancien ministre. – “Inaction” -“A un moment il faudra le construire le budget. On ne peut pas rester sur un état de lévitation permanent”, cingle un député Renaissance. François Bayrou “pense que l’inaction le protège, je pense qu’elle le vulnérabilise”.Le chef de file des députés LR Laurent Wauquiez s’est interrogé sur la “priorité” donnée par le chef du gouvernement à ce sujet institutionnel alors qu'”on a l’explosion de la dépense publique, des difficultés sur la sécurité et l’immigration”. L’ancien locataire de Matignon, Michel Barnier, censuré en décembre, s’est même permis de conseiller à son successeur de “se concentrer sur les sujets importants” comme la réduction de la dette ou le rétablissement de “l’ordre aux frontières et dans la rue”.Les Français sont d’abord préoccupés par leur “pouvoir d’achat”, avait relevé, de son côté, le patron du Parti communiste Fabien Roussel après son entretien avec François Bayrou, qui consulte les forces politiques sur ce scrutin depuis plus d’un mois.Laurent Wauquiez a redit son opposition à cette réforme lors du petit-déjeuner à Matignon mardi des partenaires du gouvernement, soulignant que le sujet “divisait le socle commun” qui “n’avait pas besoin de ça”, selon un participant.Devant les députés LR, il a souhaité que les groupes politiques soient “associés en amont” aux préparatifs de ce budget cornélien, selon un élu. Les parlementaires seront reçus en juin par Bercy, mais pas par le Premier ministre.Après le coup de semonce sur la proportionnelle, la droite a mis la pression mercredi sur le gouvernement à propos de la réforme du scrutin municipal pour Paris, Lyon, Marseille (“loi PLM”), en demandant son “retrait” après son rejet massif par le Sénat.- “Tripatouillages” -Au sein du bloc central, seul le MoDem, parti de François Bayrou, est favorable à la proportionnelle, de même que le Rassemblement national, La France insoumise et les sociaux-démocrates de Place publique, la petite formation de Raphaël Glucksmann.Des élus de gauche et du centre, dont les députés PS Jérôme Guedj, Renaissance Roland Lescure et MoDem Erwan Balanant, ont publié mardi une tribune dans Le Monde pour soutenir ce mode de scrutin, gage selon eux de renforcement du rôle du Parlement.Mais “une réforme qui se ferait contre les principales forces de soutien au gouvernement pose question”, a mis en garde Aurore Bergé, ministre Renaissance à l’Egalité entre les femmes et les hommes. La porte-parole des députés écologistes Léa Balage El-Mariky, dont le parti sera reçu mardi soir, a regretté que la proportionnelle devienne “un objet de tripatouillages et de chantages politiques”.L’avertissement de la droite s’ajoute à des menaces de censure qui se multiplient, sur le prochain budget ou sur l’issue du conclave en cours entre partenaires sociaux à propos de la réforme des retraites. Olivier Faure a prévenu qu’il appellerait à la censure si le Parlement n’était pas “décisionnaire” et saisi d’un éventuel accord sur les retraites, comme envisagé par M. Bayrou.Une motion de censure déposée par LFI sera déjà examinée à l’Assemblée mercredi après-midi, en réponse au rejet tactique d’une proposition de loi agricole par le bloc central. Mais elle a peu de chances d’aboutir sans les voix du PS et du RN.François Bayrou a promis qu’il ne se “déroberait pas” sur les finances publiques, sans s’avancer sur ses propositions qui restent attendues d’ici le 14 juillet. Or, à cette date l’Assemblée pourrait être fermée, reportant le risque de censure à… l’automne.

Tunisien tué dans le Var: un crime “sans doute aussi antimusulman”, dit Retailleau

Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a estimé mardi que le meurtre d’un Tunisien dans le Var était “clairement un crime raciste”, “sans doute aussi antimusulman” et “peut-être aussi un crime terroriste”.”Le racisme, ce n’est pas la France”, a ajouté M. Retailleau à l’Assemblée nationale, en assurant que “la République ne fait aucune différence entre la couleur de la peau, les origines ou bien les croyances”.Ce crime, qui s’est produit samedi, “a été prémédité et il est signé”, a répété M. Retailleau, reprenant des termes déjà employés la veille. Il avait alors parlé lundi soir d’un crime “raciste”.Mardi à l’Assemblée, le ministre a exprimé “une pensée émue” pour les victimes, “celui qui est mort, celui qui est blessé”, ainsi que leurs familles, mais aussi pour “la communauté tunisienne”.Le ressortissant tunisien a été retrouvé à Puget-sur-Argens (Var), le corps criblé de cinq impacts de balles, selon une source proche. Un ressortissant turc a été blessé au moment des faits. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a repris l’enquête, se saisissant pour la première fois d’investigations sur un homicide raciste lié à l’ultradroite.”Je suis très heureux que le Pnat s’en soit saisi”, a affirmé M. Retailleau.”J’espère que la justice sera intraitable et implacable pour ce qui constitue un crime anti-français”, a-t-il ajouté, répétant que “chaque crime raciste est un crime anti-français”.

“Merci et bravo” : Macron défend son bilan industriel et écologique à Douai

“Bravo”, “Soyez fiers de l’équipe de France”: Emmanuel Macron, déterminé à défendre son bilan à deux ans de la fin de son mandat, a salué mardi le coup d’envoi d’une usine de batteries électriques flambant neuve à Douai (Nord), appelant au passage à ne pas “détricoter” la “politique écologique à la française”.”Soyez fiers de l’équipe de France”, a lancé le chef de l’Etat devant les quelque 600 salariés du site du groupe sino-japonais AESC, sorti de terre en trois ans et qui a tout juste commencé à produire.En 2018, les constructeurs européens jugeaient impossible l’installation d’usines de batteries à leurs portes, a-t-il affirmé. “Nous prouvons le contraire avec AESC à Douai”, a-t-il renchéri. “Il n’y a pas de fatalité, pas de morosité à avoir. Les temps sont durs (..) Mais ce que vous incarnez ici aujourd’hui montre que l’écologie et l’économie, ça peut aller ensemble si on investit, si on a une stratégie de long terme et de la constance”, a-t-il martelé.Les batteries équipent les nouvelles Renault 5 (R5) produites juste à côté, deux symboles du renouveau industriel du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, un territoire parmi les plus pauvres de France où beaucoup reste à faire.La mise au point du chef de l’Etat intervient alors que plusieurs mesures environnementales emblématiques sont attaquées au Parlement.Les députés ont approuvé la semaine dernière la suppression des Zones à faible émission (ZFE) restreignant la circulation des véhicules polluants dans les villes, et un recul du dispositif Zéro artificialisation nette (ZAN) visant à freiner la bétonisation des espaces naturels. “Le discours que j’entends en ce moment (..) m’énerve au plus haut point”, a insisté le chef de l’Etat. “On ne peut pas revenir en arrière et détricoter ça”.- “Démagogie” -La “gigafactory”, qui compte 650 salariés, entend recruter 350 personnes supplémentaires d’ici fin 2025. Elle aura le potentiel d’équiper jusqu’à 200.000 véhicules électriques par an. “Ce lancement marque une étape décisive dans l’engagement d’AESC à faire progresser la réindustrialisation de la France et son leadership dans la transition énergétique mondiale”, a déclaré le président du groupe, Lei Zhang.”Le transfert de technologie doit se faire parce que c’est la Chine qui maîtrise le mieux cette technologie”, a renchéri Emmanuel Macron devant le dirigeant d’AESC.Face à constat, “il faut essayer de sortir du caractère démagogique du quotidien qui consiste à dire +l’écologie c’est forcément mauvais+”, s’est-il aussi emporté en inaugurant un peu plus tard la maison France services de Wallers (Nord), avant de rejoindre Rome pour un dîner avec la cheffe du gouvernement italien Georgia Meloni.Depuis son arrivée à l’Elysée en 2017, 1,3 milliard d’euros ont été engagés dans la valorisation du Bassin minier, un territoire de 1,2 million d’habitants, des transports à la santé, indique la présidence.L’Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier, un vaste plan sur 10 ans signé par l’Etat en 2017, prévoyait la rénovation de 23.000 logements énergivores sur 35 cités minières.- “Ensemble” -A ce jour, 15.500 ont été refaits à neuf et 10.000 sont en chantier, soit plus que “l’objectif fixé” en 2017, s’est félicité le président.Côté industiel, 2.200 emplois ont été créés entre 2022 et 2024, rompant avec des décennies de destructions de postes, grâce notamment à l’émergence d’un pôle de batteries pour voitures électriques dans le nord de la France, indique l’Elysée.Mais si le nombre de demandeurs d’emplois y a chuté de 19% depuis 2017, le taux de pauvreté reste à un niveau de 21%, de six points supérieur à la moyenne nationale.”On ne doit rien lâcher”, a insisté le chef de l’Etat à Wallers, en saluant le “travail collectif” avec des élus de droite comme de gauche dans le Nord.”Ce qu’on a montré depuis huit ans ensemble, c’est qu’on peut y arriver (..) Il faut que tout le monde soit au rendez-vous de la responsabilité”, a-t-il ajouté alors que les forces politiques ont le plus grand mal à s’accorder à l’Assemblée.Le chef de l’Etat, en retrait de la gouvernance du pays après la dissolution de l’Assemblée en juin 2024, est revenu sur le devant de la scène intérieure depuis le début de l’année au point d’éclipser son Premier ministre François Bayrou, privé de majorité.Faute de pouvoir se représenter en 2027, il est aussi prompt à valoriser son bilan alors que la bataille pour sa succession est déjà engagée dans son camp comme à droite.

Le Conseil de Paris rend hommage à l’ancien maire de droite Jean Tiberi

Le Conseil de Paris a observé mardi une minute de silence en hommage à Jean Tiberi, dernier maire de droite de la capitale, dont les obsèques ont eu lieu dans la matinée dans le Ve arrondissement qu’il a dirigé pendant 25 ans.La maire socialiste Anne Hidalgo, présente aux obsèques, a salué devant les conseillers la mémoire de celui qui a pris en 1995 les rênes de Paris, succédant au premier maire de la capitale, le RPR Jacques Chirac, élu président de la République.Jean Tiberi “aurait été très heureux, lui qui était un immense supporter du PSG, de voir le sacre de samedi en Ligue des champions”, a déclaré l’édile.Plusieurs personnalités ont assisté aux obsèques en l’Eglise Saint-Etienne-du Mont (Ve arrondissement), dont la ministre de la Culture Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement, Eric Zemmour, leader de Reconquête!, Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons aux municipales, le sénateur LR Francis Szpiner, également candidat.Jean Tiberi est entré au conseil municipal de la capitale en 1965. Député de Paris pendant plus de quatre décennies, de 1968 à 2012, il fut également le maire du Ve arrondissement durant 25 ans.Candidat dissident de la droite lors des municipales de 2001 face à Philippe Séguin, Jean Tiberi fut battu par le socialiste Bertrand DelanoëSa carrière politique a été éclaboussée par les affaires. Il a été condamné en 2013 à dix mois de prison avec sursis, 10.000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité pour l’inscription de faux électeurs sur les listes de sa mairie du Ve arrondissement de Paris en vue des élections municipales de 1995 et législatives de 1997. Il a été enterré au cimetière du Montparnasse.

Macron réfléchit à “un geste nécessaire” sur Dreyfus

Emmanuel Macron réfléchit à “un geste nécessaire qui rappellera l’actualité du combat des dreyfusards”, a indiqué son entourage mardi, sans se prononcer sur une éventuelle panthéonisation au lendemain de l’adoption unanime à l’Assemblée d’une proposition de loi l’élevant Alfred Dreyfus au grade de général de brigade.”Depuis longtemps le président réfléchit à un geste nécessaire qui rappellera l’actualité du combat des dreyfusards et des valeurs du dreyfusisme. La conclusion de cette réflexion ne devrait plus tarder”, a indiqué l’entourage du président à l’AFP, confirmant une information de RTL.Si le chef de l’Etat propose une entrée au Panthéon, c’est “une démarche que l’on soutiendra”, a déclaré sur RTL Michel Dreyfus, arrière-petit-fils du capitaine.L’Assemblée nationale a approuvé à l’unanimité lundi une proposition de loi de Gabriel Attal “élevant Alfred Dreyfus au grade de général de brigade”, un “acte de réparation” visant à parachever sa réhabilitation, 130 ans après sa condamnation.Le texte a été adopté par l’ensemble des 197 députés présents, devant des membres de la famille d’Alfred Dreyfus. Il devrait désormais poursuivre son parcours au Sénat.En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est condamné pour trahison et contraint à l’exil sur l’île du Diable en Guyane, sur la base de fausses accusations alimentées par un antisémitisme très ancré dans la société française de la fin du XIXe siècle.En 1906, un arrêt de la Cour de cassation l’innocente, entraînant ipso facto sa réintégration dans l’armée. Dans la foulée, une loi le nomme chef d’escadron, avec effet le jour de la promulgation de la loi. Une “injustice”, car cela revenait à amputer sa carrière de “cinq années d’avancement”, a souligné le rapporteur du texte à l’Assemblée Charles Sitzenstuhl (Renaissance).

Après les violences en marge du sacre du PSG, Darmanin pointe des condamnations “plus à la hauteur”

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a dit souhaiter mardi, après les violences en marge de la victoire du PSG en Ligue des champions, la suppression du sursis pour “toute agression envers un représentant de l’Etat”, pointant des condamnations “plus à la hauteur”.”A la suite des graves incidents d’ordre public et des désordres répétés de ce week-end, une partie des condamnations pour violences, notamment commises à l’encontre des forces de l’ordre et pour destructions de biens, ne sont plus à la hauteur de la violence que connaît notre pays”, a écrit le ministre sur X.”Il faut que les magistrats (…) puissent juger ces faits en disposant d’une échelle de peines ferme, simple et réellement adaptée à délinquance d’aujourd’hui”, a-t-il ajouté, au lendemain de premières comparutions immédiates en lien avec ces débordements.Trois d’entre elles ont débouché lundi sur des peines d’emprisonnement avec sursis, de deux à huit mois, assorties de 500 euros d’amende, et une vingtaine d’autres doivent avoir lieu mardi, selon le parquet de Paris.La grande fête après la victoire sans appel du PSG face à l’Inter Milan (5-0) samedi soir à Munich a été assombrie par de nombreux incidents et dégradations à Paris et dans le reste de la France.Un mineur de 17 ans a notamment été tué à coups de couteau à Dax, dans le Sud-Ouest, et un jeune homme d’une vingtaine d’années est mort dans la capitale après avoir été percuté à scooter par une voiture.Les forces de l’ordre ont procédé à 563 interpellations dans la nuit de samedi à dimanche à travers le pays et à 79 autres la nuit suivante.- “Sanctions exemplaires” -“Comme je l’ai proposé publiquement, il faut faire évoluer radicalement la loi: supprimer les aménagements de peine obligatoires, supprimer le sursis et mettre en place par la loi une condamnation minimum systématique une fois la culpabilité reconnue”, a demandé Gérald Darmanin mardi.”Par exemple, trois mois de prison ferme (réellement exécutés) minimum pour toute agression envers un représentant de l’Etat ou encore amende très élevée pour toute destruction”, a-t-il développé.Alors que les débordements du week-end ont déclenché une polémique sur la sécurité, la prise de position matinale du ministre de la Justice a fait réagir dans les rangs politiques.”Clairement les Français veulent des sanctions exemplaires et la fin des aménagements de peine contre les casseurs qui ont gâché la fête samedi. Seul espoir que ces violences, ces saccages, NE SE REPRODUIRONT PLUS à l’avenir”, a écrit sur X la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse.”La justice a vocation à regarder chaque dossier et non pas de gérer en fonction de l’émotion collective”, a commenté sur TF1 le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure. “Il s’agit de faire en sorte que la justice soit juste, et qu’elle cherche à comprendre les circonstances”.

Faure accuse Retailleau d’installer un “racisme d’atmosphère”

Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau banalise “un racisme d’atmosphère” en entretenant “un climat de suspicion vis-à-vis des étrangers ou des Français vécus comme étrangers”, a accusé mardi le Premier secrétaire du PS Olivier Faure.Certes, le ministre a fermement dénoncé lundi comme un “crime raciste” le meurtre samedi dans le Var d’un homme de nationalité tunisienne, a reconnu M. Faure sur TF1.”Mais il participe dans le débat public avec ceux qui, à l’extrême droite, cherchent à banaliser le racisme, à expliquer qu’il y a une forme de menace qui serait créée par nos concitoyens d’origine étrangère”, a-t-il jugé. Bruno Retailleau “cherche a minima à créer une forme de racisme d’atmosphère, en tout cas à le laisser perdurer, à laisser penser que ce n’est pas une pensée absurde”, a-t-il estimé. “Il y a une banalisation ou une fascination pour certains d’un discours qui va mettre en cause les Français d’origine étrangère, les musulmans dans l’exercice de leur culte, l’islam comme religion qui ne serait pas, pour certains, compatible avec la République”, a renchéri le député socialiste Jérôme Guedj sur Sud Radio. “Il y a des mots qui, par leur répétition, forgent dans des esprits disponibles à ça, parfois, des passages à l’acte”, a-t-il regretté, jugeant que “le racisme se combat d’abord et avant tout par une forme non pas de retenue mais d’exigence morale dans les mots qu’on utilise dans le débat politique”. “Je le dis à Bruno Retailleau, comme ministre de l’Intérieur et comme ministre des Cultes, il devrait le premier, lui, être complètement d’équerre sur ces questions-là”, a-t-il insisté. Jérôme Guedj a en outre reproché à celui qui est également président de LR de se rendre mardi à l’ambassade de Tunisie à Paris et non dans le Var, où vivait la victime. “Avant d’être un Tunisien vivant en France, c’était une personne dans son lieu de vie, là où elle habitait, là où elle travaillait, avait des amis”, a-t-il argumenté, regrettant un “deux poids deux mesures” comme lors de l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée fin avril dans le Gard. “Il fallait dans la minute se rendre sur place et pas à la sous-préfecture à côté” plusieurs jours après, a critiqué le député socialiste. Le ministre de l’Intérieur est accusé régulièrement par la gauche de racisme en ciblant, notamment par son vocabulaire, les immigrés, les musulmans, les jeunes de banlieue, Français ou pas. Il a ainsi qualifié de “barbares” les auteurs de violences ce week-end en marge des célébrations de la victoire du PSG en Ligue des champions, une expression dénoncée à gauche comme visant les étrangers.

“Fast fashion”: le Sénat resserre une loi pour freiner la mode “ultra éphémère”

Pénalités pour les entreprises polluantes, publicité interdite… Une proposition de loi pour freiner la “fast fashion” a été recentrée lundi au Sénat sur la mode “ultra express”, avec dans le viseur des sénateurs le géant Shein et ses vêtements expédiés à prix cassés depuis la Chine.Peu coûteux, de piètre qualité, faciles à commander, souvent très polluants et constamment renouvelés, ces produits textiles qui saturent le marché et concurrencent les acteurs historiques de cette industrie verront-ils leur afflux en France bientôt régulé ?C’est tout l’objet du texte de la députée Horizons Anne-Cécile Violland, une proposition de loi pour “réduire l’impact environnemental de l’industrie textile”. Adoptée en mars 2024 à l’Assemblée nationale, elle a enfin repris son parcours législatif avec son examen au Sénat lundi soir. Un vote solennel des sénateurs est prévu le mardi 10 juin sur l’ensemble du texte.Le phénomène inquiète. Entre 2010 et 2023, les vêtements mis sur le marché en France sont passés de 2,3 milliards à 3,2 milliards; plus de 48 vêtements par habitant sont mis sur le marché chaque année en France et 35 sont jetés chaque seconde dans le pays, selon l’Ademe, l’agence de l’environnement.Dénonçant une “invasion” de la mode “ultra éphémère”, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a promis à l’ouverture des débats de s’attaquer à un “triple fléau”: “l’incitation à la surconsommation, le désastre écologique et la menace pour nos entreprises”.Face à cette “vague irrésistible” de produits “qui ne durent pas”, la ministre a espéré que cette loi fera “bouger les lignes” ailleurs en Europe. Elle a promis que ce texte sera notifié à Bruxelles pour en sécuriser les contours avant son adoption définitive.- Viser “l’ultra express” -Les sénateurs, dominés par une alliance droite-centristes, ont apporté plusieurs modifications substantielles au texte, en le recentrant sur la mode “ultra éphémère” surtout symbolisée par les plateformes asiatiques Shein ou Temu et leurs centaines de milliers de références.Plus précisément, c’est la notion de “mode ultra express” qui a été retenue par la chambre haute dans le texte, là où l’Assemblée avait opté pour une définition large englobant de plus nombreux acteurs du secteur.Les entreprises concernées par cette définition auront des obligations, comme celle de sensibiliser les consommateurs à “l’impact environnemental” de leurs vêtements. Avec ces diverses modifications, le Sénat espère épargner les entreprises européennes ou françaises qui auraient pu être concernées par le texte voté à l’Assemblée, comme Kiabi, Zara ou H&M. “Je ne souhaite pas faire payer un euro aux entreprises qui disposent d’enseignes en France et qui contribuent ainsi à la vitalité économique de nos territoires”, a martelé la rapporteure Les Républicains Sylvie Valente Le Hir.La proposition de loi prévoit également des sanctions renforcées pour les acteurs de la “fast fashion” à travers un système de “bonus-malus” tenant compte de “l’affichage environnemental” des entreprises, une sorte “d’écoscore”. Malgré les réticences de la droite sénatoriale, ce dispositif touchera tous les acteurs de la “fast fashion”, et non seulement les géants asiatiques, selon la ministre Pannier-Runacher.Le montant des pénalités pour les mauvais élèves sera arrêté dans un “cahier des charges” ministériel, mais il a été encadré dans la loi: il sera au minimum de 5 euros par produit en 2025 et d’au moins 10 euros en 2030, dans la limite de 50% du prix hors taxe du produit.- Publicité interdite -Sur RTL, le porte-parole de Shein Quentin Ruffat a estimé lundi que l’encadrement de l’industrie textile ne fonctionnera “que si cette action est collective”, et pas “en visant un seul acteur”. Il a fustigé une loi qui ajoutera selon lui “une taxe de 10 euros par vêtement vendu d’ici 2030” et va “impacter le pouvoir d’achat” des Français.Ce recentrage du texte avait inquiété ces derniers jours les associations environnementales, qui ont regretté un “détricotage” du texte. Le sénateur écologiste Jacques Fernique a lui aussi craint de voir les débats accoucher d’une “coquille certes intéressante, mais un peu vide”.L’Union des industries textiles (UIT) a de son côté salué lundi “un premier pas”, appelant à ce que cette loi soit “adoptée rapidement”, “même si le texte n’est pas totalement conforme à nos attentes”.Les associations ont néanmoins pu se satisfaire d’une bonne surprise dans la soirée: alors que le Sénat avait supprimé en commission l’interdiction de la publicité pour les entreprises de la mode “ultra éphémère”, celle-ci a été rétablie à l’initiative du gouvernement, assortie d’un volet de sanctions dédié aux influenceurs.

Gouvernement: le coup de semonce de LR et Retailleau sur la proportionnelle

“Toutes les options sont ouvertes”: depuis Matignon, le nouveau patron des Républicains (LR) et ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, n’a pas exclu lundi un départ du gouvernement, refusant de porter au Parlement le scrutin proportionnel cher à François Bayrou.Scène curieuse dans la cour de Matignon: reçu avec Bruno Retailleau, qui l’a battu à plate couture pour la présidence du parti, et avec son homologue au Sénat Mathieu Darnaud, le patron des députés LR Laurent Wauquiez s’est dit à la sortie “consterné” par son échange avec le Premier ministre.”On a donc un pays dans lequel on a l’explosion de la dépense publique, des difficultés sur la sécurité et l’immigration contre lesquels se bat Bruno Retailleau, un pays dont on voit les difficultés de fonctionnement des services publics, et la priorité du Premier ministre est donc le changement des règles électorales”, a cinglé Laurent Wauquiez.Nouvel homme fort de LR, qui s’exprimait pour la première fois publiquement devant la presse avec son concurrent battu, Bruno Retailleau s’est montré plus policé mais tout aussi explicite: comme ministre de l’Intérieur, il refusera de porter cette réforme, cheval de bataille depuis trois décennies du Premier ministre François Bayrou, qui multiplie les consultations partisanes.L’ex-sénateur de Vendée a redit son opposition “très ferme, absolue à ce mode de scrutin”, qui “pourrait déséquilibrer les institutions de la cinquième République, qui a besoin d’une majorité pour bien fonctionner”.”Au moment où il faut prendre des décisions, le scrutin proportionnel à travers cette ingouvernabilité amènerait finalement à une forme d’impuissance publique”, a-t-il fait valoir.Bruno Retailleau a aussi argué que la proportionnelle “écartèlerait une fois de plus, encore un peu plus la France des territoires ruraux et la France qui est plus urbaine”, soulignant l’attachement de la droite à “un enracinement”, un “lien entre le député, son territoire et la population qu’il représente”.L’ex-Premier ministre Michel Barnier, qui a aussi exprimé sur TF1 son opposition à la proportionnelle, s’est même permis de conseiller à son successeur à Matignon de “se concentrer sur les sujets importants” comme la réduction de la dette et “des actions pour rétablir l’ordre aux frontières et dans la rue”.François Bayrou, à la recherche de 40 milliards d’euros d’économies, a lui réitéré ses ambitions au Figaro. “Est-ce que j’ai conscience que c’est un risque maximal ? Oui, mais on ne peut pas faire autrement (…) Je ne me déroberai pas”, a déclaré le Premier ministre, menacé de censure sur le budget comme sur l’issue du conclave entre partenaires sociaux sur la réforme des retraites.- “Une négociation politique” -La sortie alignée des LR jette toutefois un doute sur la survie du gouvernement de François Bayrou, dépourvu de majorité absolue à l’Assemblée nationale.Un casus belli de la droite sur le mode de scrutin ? “LR ne va pas quitter le gouvernement sur ce motif”, assure une source proche du nouveau patron du parti. Mais “c’est une négociation politique”.Quitter le gouvernement, que les LR ont rejoint après la dissolution et les législatives de 2024, “il faut que ça ait du sens”. “Il n’y a pas de calendrier idéal” mais “il faut que le timing soit compréhensible”, explique cette source, évoquant les dossiers de la Nouvelle-Calédonie ou de l’évolution institutionnelle de la Corse.François Bayrou défend la proportionnelle au nom de la représentativité, sur le modèle de 1986, seule élection de ce type de l’histoire de la Ve République, adoptée par François Mitterrand et immédiatement abrogée par la droite revenue au gouvernement.Le Premier ministre, qui a entamé le 30 avril une série de consultations des forces politiques, recevra mardi soir les Écologistes. Un projet de loi pourrait être examiné à la rentrée.Le bloc central est divisé. Comme LR, Horizons, le parti d’Édouard Philippe, est opposé à cette réforme. Les macronistes ont changé d’avis sur le sujet, considérant que le scrutin uninominal majoritaire est désormais “le moins pire”. Le RN, favorable à une proportionnelle avec une prime majoritaire, a indiqué qu’il pourrait s’accommoder du modèle de 1986.A gauche, le Parti socialiste n’a pas encore arrêté sa position sur la proportionnelle, qui n’est “pas la priorité” du leader communiste Fabien Roussel, tandis que les députés de La France insoumise défendent un scrutin “à un échelon régional”, tout comme le parti Place publique de Raphaël Glucksmann.are-bpa-arz-sac/jco