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A Paris, la bataille des municipales vire au coup de billard à trois bandes

A deux mois des élections municipales, Paris fait face à une équation politique inédite depuis 30 ans: une réforme du mode de scrutin susceptible de rebattre les cartes et l’hypothèse d’un second tour rassemblant trois, quatre, voire cinq candidats aux personnalités réputées irréconciliables. Depuis l’entrée en campagne de l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo, les premières tendances dessinent un affrontement classique dans la course à l’Hôtel de Ville.D’un côté, une droite rassemblée derrière Rachida Dati, également ministre de la Culture d’un gouvernement macroniste. De l’autre, une candidature de gauche hors LFI, unie pour la première fois dès le premier tour, portée par le socialiste Emmanuel Grégoire. A droite, les intentions de vote oscillent entre 26% et 28%, contre 30% à 33% à gauche, selon les sondages Ifop et Elabe publiés samedi, qui n’ont toutefois pas de valeur prédictive.Mais derrière le tandem de tête, le ballet des prétendants s’anime, comme le montre la progression de deux points (16%) de Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons soutenu par Renaissance, désormais probable “faiseur de roi”. “La vraie question est de savoir où va aller l’électorat macroniste au second tour. Est-ce qu’il va choisir Bournazel s’il se maintient ? Est-ce qu’il va choisir l’alternance avec Dati ou aller vers Grégoire ?”, interroge Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences-Po Paris, qui parie sur une triangulaire.Paramètre non négligeable, la candidate insoumise Sophia Chikirou recule à 10-11 %, mais demeure en position de se hisser au second tour.A l’extrême droite, Sarah Knafo pourrait elle provoquer une quinquangulaire. Créditée de 8 à 9% dans le sillage d’Eric Zemmour, arrivé en troisième position dans la capitale à la présidentielle de 2022, elle mord sur l’électorat Dati même si elle se défend de vouloir “faire perdre la droite”. “Si la droite parvient à s’unir face à une gauche divisée, elle l’emporte. Dans le cas contraire, la gauche gagne”, estime le constitutionnaliste Benjamin Morel. – “Cohabitation” -Interrogé par l’AFP, le directeur général de l’Ifop Frédéric Dabi se dit lui “très frappé par l’incertitude” du scrutin. “En 2014, la victoire d’Hidalgo ne faisait aucun doute et on voyait très mal en 2020 comment les ravages de la division dans l’opposition pouvaient la faire perdre”, rappelle-t-il.Si le sondeur se “méfie des additions”, une élection “n’étant pas de l’arithmétique”, la somme des voix à gauche reste “bien loin des scores précédents” et la dynamique Grégoire apparaît “encore faiblarde”.Au second tour, un peu probable duel Dati-Grégoire se jouerait dans un mouchoir de poche, les candidats étant à quasi égalité.Mais une fusion des listes n’est pas gage de victoire, observe Anne-France Taiclet, maîtresse de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. “Knafo et Chikirou sont des potentiels d’alliance pour Dati et Grégoire, mais d’alliance à double tranchant qui peut donner des effets de déplacement de l’électorat vers le centre”, incarné par Bournazel, analyse-t-elle.Benjamin Morel croit lui en la possibilité d’une quadrangulaire, voire d’une quinquangulaire si l’appel au “vote utile” n’est pas suivi.L’équation est d’autant plus serrée qu’elle relève d’un jeu à somme nulle: Grégoire pâtit de l'”usure du pouvoir” quand Dati subit la concurrence de Bournazel et Knafo, dont la campagne “La ville heureuse” s’efforce de normaliser l’image de Reconquête, malgré la condamnation de son président Eric Zemmour pour contestation de crime contre l’humanité.Selon Philippe Moreau-Chevrolet, la logique voudrait pourtant qu’il y ait alternance. “Ca fait plus de 20 ans que la gauche est au pouvoir, l’électorat exprime clairement un besoin de changement et les Français ne sont pas trop regardants sur la situation judiciaire des candidats”, observe-t-il, faisant référence au renvoi devant le tribunal de Rachida Dati pour corruption et trafic d’influence.Si cette dernière paye sans doute selon lui “le fait d’avoir beaucoup d’ennemis dans son camp”, le nouveau mode de scrutin, qui uniformise le poids des voix entre arrondissements, pourrait remobiliser à droite tout en avantageant la médiatique Dati, dans la mesure où les Parisiens participent plus directement à l’élection de leur maire. Mais ce système pourrait tout autant déboucher sur une “cohabitation”, selon Philippe Moreau-Chevrolet, les Parisiens glissant un bulletin à droite pour l’Hôtel de Ville tout en reconduisant leurs maires d’arrondissement de gauche.

Municipales à Paris: Grégoire reconnaît “des ratés” sur la propreté

Le socialiste Emmanuel Grégoire, candidat de l’union de la gauche hors LFI aux municipales à Paris, a reconnu vendredi “des ratés”, notamment sur les questions de propreté, de sécurité mais aussi en matière de violences sexuelles et sexistes contre les femmes.”Bien sûr qu’il y a des ratés, il y a toujours des ratés. On ne fait jamais les choses parfaitement. (…) Je pense qu’en matière d’entretien d’espace public, de propreté, on peut encore améliorer les choses. Je pense en matière de sécurité. Je pense en particulier au sujet des violences sexuelles et sexistes contre les femmes dans l’espace public”, a-t-il déclaré sur TF1.Sur la propreté, Emmanuel Grégoire estime que la privatisation de la collecte des ordures proposée par d’autres candidats comme Rachida Dati (LR), Pierre-Yves Bournazel (Horizons) ou Sarah Knafo (Reconquête!) est “une mauvaise idée” qui “n’apporte pas de qualité de service supplémentaire”.”Le sujet, c’est plutôt (…) l’entretien des rues, le balayage des rues, le nettoyage des rues avec des engins mécanisés. On a tout un projet pour moderniser cette flotte qui est chargée de nettoyer l’espace public”, a-t-il indiqué.Il propose aussi de “mieux sanctionner les incivilités”, pointant les gens qui “sans faire attention jettent leur mégot” ou “ne ramassent pas des déjections canines”. Interrogé sur la progression de l’extrême droite dans la capitale, Emmanuel Grégoire s’est dit “préoccupé”. “Ça traduit, évidemment, beaucoup d’inquiétude, (…) une forme de sentiment de déclin. Et nous, ce qu’on veut, c’est sortir de cela”, a-t-il déclaré, expliquant que Paris “accueille depuis des siècles des immigrations du monde entier”.

Budget et fiscalité des riches: Montchalin défend de nouveau la “taxe holding”

La ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a de nouveau défendu vendredi sur France 2 la “taxe holding”, mesure fiscale qui doit éviter que les très riches aient une imposition minime par rapport à leurs revenus.Le débat sur cette imposition est vif depuis que l’ancien ministre de l’Économie, Éric Lombard, a révélé dans Libération dimanche que “des milliers” de Français parmi les plus riches ne payaient aucun impôt sur le revenu.La “taxe holding” doit y remédier, en visant les revenus tirés de holdings que certains contribuables parviennent à exclure de leur revenu fiscal de référence. Mais cette taxe ne sera mise en place qu’en votant un budget 2026, ce que le Parlement ne parvient pas à faire.”Le gouvernement a proposé l’article 3 du projet de loi de finances, qui s’appelle une taxe holding, précisément pour que nous répondions à cette situation qui est légale, qui est une situation de suroptimisation”, a souligné Mme de Montchalin.”Moi, mon combat, ce n’est pas que, évidemment, on laisse la situation inchangée”, a-t-elle insisté.Alors que d’après M. Lombard la Direction générale des finances publiques (DGFiP) a des données sur l’ampleur du problème, la ministre a une nouvelle fois démenti.”Je vous confirme qu’il n’y a nulle part écrit à Bercy le nom des gens qui auraient des revenus fiscaux de référence qui seraient très bas. En revanche nous savons que ça existe”, a-t-elle affirmé.Le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI), a demandé au ministère tous les documents sur ce sujet.Le gouvernement a décidé jeudi de suspendre les débats sur le budget jusqu’à mardi, estimant que les discussions à l’Assemblée s’éloignaient trop d’un “compromis acceptable”.Interrogée sur sa préférence entre le 49.3 et des ordonnances pour doter la France d’un budget, Mme de Montchalin a répondu: “Je n’ai pas de préférence, au sens où mon but c’est quoi? C’est qu’il y ait et de la stabilité, et un budget, et pas du n’importe quoi”.

Grève des médecins : le gouvernement propose une série de mesures

Le gouvernement a dévoilé vendredi une série de propositions visant à renouer le dialogue avec les médecins libéraux, au terme d’une grève de dix jours de la profession, actant notamment l’abandon d’objectifs obligatoires de réduction des prescriptions décidés par l’Assurance maladie.Dans un communiqué, le ministère de la Santé précise ainsi que le gouvernement s’engage à porter, dans le cadre du débat parlementaire, “un amendement de suppression de la mesure faisant évoluer la procédure de Mise sous objectifs (MSO) du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, actuellement examiné par le Parlement”.Cette mesure, contestée par les syndicats de médecins libéraux qui avaient appelé à une grève entre le 5 et le 15 janvier, figure dans ce projet de loi que le Sénat a adopté en décembre, et qui doit maintenant être examiné par l’Assemblée.Dans le même temps, “une mission d’accompagnement sera lancée pour réaliser un diagnostic sur cette procédure et identifier des voies d’amélioration, notamment en termes de transparence”, indique le communiqué.Il ne s’agit pas d’un recul mais d'”une écoute des médecins qui considèrent, et on peut le comprendre, qu’ils se sentent stigmatisés quand on met une mesure de telle sorte dans un projet de loi de lutte contre la fraude”, a expliqué la ministre de la Santé Stéphanie Rist sur France inter vendredi matin.Autre annonce du ministère de la Santé, la “suppression des mesures permettant des baisses unilatérales de tarifs” adoptées dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (articles 77 et 78), “à travers le prochain vecteur législatif qui le permettra”.Ces articles, qui permettent aux autorités sanitaires de fixer de manière unilatérale des tarifs médicaux en l’absence d’accord avec les syndicats représentatifs, figurent également parmi les principales raisons de la grève des médecins. L’article 78 avait été adopté sur la base d’un amendement parlementaire, et non d’une proposition gouvernementale.Le ministère de la Santé évoque également la mise en place effective d’un guichet d’aide et d’information à l’installation des médecins, adopté dans le budget de la Sécu 2023 mais jamais concrétisé.Avec ces annonces, “mon objectif est de recréer une confiance et un travail avec les médecins” pour “que nous puissions améliorer ce travail commun au bénéfice de nos concitoyens”, a poursuivi Stéphanie Rist, tout en insistant sur le fait qu’il n’était “pas question de revenir sur la maîtrise de nos dépenses”.

Matignon juge “impossible” l’adoption du budget par un vote, un 49.3 ou une ordonnance attendus

Matignon a acté jeudi soir que le vote d’un budget était “désormais impossible” à l’Assemblée nationale, le gouvernement officialisant le fait qu’il tranchera entre un recours au 49.3 ou à une ordonnance pour faire passer le texte. Pour tenter d’éviter ensuite la censure, il fera des propositions de “compromis” vendredi.”Il y a deux options devant nous”, le “49.3” ou une “ordonnance”, a déclaré jeudi soir la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, interpellée par des députés pendant les débats sur le budget dans l’hémicycle.Un peu plus tôt, Matignon avait dénoncé, dans un communiqué, un “sabotage continu” de certaines formations politiques qui “rend désormais impossible l’adoption d’un budget par un vote de l’Assemblée nationale”.Ciblant explicitement le Rassemblement national et La France insoumise, les équipes du Premier ministre Sébastien Lecornu reprochent notamment au groupe de Marine Le Pen d’avoir fait voter une réduction de la dotation globale de fonctionnement (DGF) de 4,9 milliards d’euros, dans l’enveloppe des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales.”Si vous n’avez pas de budget aujourd’hui, ce n’est pas la faute du groupe Rassemblement National (…) ce n’est pas la faute des Insoumis (…) C’est parce que la majorité absolue du PS jusqu’aux LR, est incapable de se mettre d’accord sur un budget”, a rétorqué dans l’hémicycle le député RN Jean-Philippe Tanguy.Jeudi matin, le gouvernement a subi un autre revers important: son amendement sur la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, censé rapporter 6,3 milliards d’euros en 2026, étant sèchement battu, alors que la mesure est un point-clé de la négociation avec le PS.Et Matignon de déplorer que le déficit public “à ce stade” de la discussion se monte à “5,3%” du PIB, plus haut que les 5% au maximum souhaité par l’exécutif, “ce qui est inacceptable”. De quoi rendre “inéluctable” selon les équipes de Sébastien Lecornu le recours au 49.3 ou à une ordonnance inédite sous la Ve République, pour faire passer le budget.- “Propositions vendredi” -Le scénario pourrait être tranché d’ici mardi”, a confirmé l’entourage du Premier ministre. La décision doit être prise “quand les débats seront arrivés à leur terme”, a déclaré Amélie de Montchalin, alors que le vote sur la partie “recettes”, crucial pour l’avenir du texte, doit avoir lieu en fin de semaine ou en début de semaine prochaine. Un recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, permettrait au gouvernement de faire passer un budget sans vote en retenant les amendements de son choix. Mais il devrait l’utiliser potentiellement trois fois, s’exposant à chaque fois à une censure qui renverrait le texte dans la navette parlementaire.L’ordonnance budgétaire, c’est-à-dire la traduction du budget dans un texte qui n’a pas besoin de passer devant le Parlement, serait inédite et le précédent serait potentiellement lourd de conséquences pour les débats budgétaires des années suivantes. Mais contrairement au 49.3, l’ordonnance permettrait de doter le pays d’un budget, même si le gouvernement devait être censuré ensuite par l’Assemblée, ce qui est plausible au vu des réactions virulentes contre cette piste, y compris au Parti socialiste.”Aucune femme, aucun homme attaché à la défense de la République ne peut accepter ce qui ne serait ni plus ni moins qu’un nouveau 18 Brumaire (coup d’Etat de Napoléon, ndlr)”, affirme ainsi l’un des négociateurs du PS sur le budget, Philippe Brun, dans une tribune transmise à l’AFP, assurant qu’il censurerait un gouvernement qui prendrait cette voie.Aurélien Le Coq (LFI) a de son côté fustigé les deux solutions (49.3 ou ordonnance) entre lesquelles va trancher l’exécutif et qui conduiront, dans les deux cas, à un “coup de force”.Pour autant, Sébastien Lecornu semble toujours décidé à trouver un compromis pour éviter une censure du PS. En ce sens, Matignon a annoncé que “le Premier ministre et les ministres feront des propositions demain (vendredi) d’évolution de la copie initiale” du budget.Et l’entourage du Premier ministre assure qu’il n’y aura quoi qu’il arrive pas de budget définitivement adopté “avant la mi-février”.Emmanuel Macron escomptait un budget pour “fin janvier”, et a appelé jeudi dans ses voeux aux armées à des “efforts” “pour accélérer notre réarmement”, qui passent notamment par l’adoption d’un projet de finances pour 2026. “L’idée c’est de décanter les choses en janvier et ce sera bien le cas”, a relevé jeudi soir un proche du président.Dans une ambiance de lassitude à l’Assemblée, les débats doivent s’achever jeudi à minuit, avant de reprendre à 9H00 vendredi matin.pol-sl-are-sac/sde/cbn

Macron ou “l’œil du tigre” devant les Armées

Emmanuel Macron, apparu l’œil droit rougi jeudi lors des vœux aux Armées, a ironisé en renvoyant à “l’œil du tigre”, “un signe de détermination”. “Je vous prie d’excuser ce caractère inesthétique de mon œil”, a-t-il dit, ce dernier en partie injecté de sang, devant un parterre de hauts gradés sur la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône), utilisée pour la dissuasion nucléaire.”Ce n’est que quelque chose de totalement anodin”, a assuré le chef de l’État, arrivé sur la base le regard dissimulé derrière de grosses lunettes d’aviateur sous un soleil généreux. Un petit vaisseau de l’œil a saigné, “totalement bénin” selon le médecin-chef de l’Élysée, a renchéri son entourage.”Voyez-y simplement une référence non volontaire à l’œil du tigre en ce début d’année. Pour ceux qui ont la référence, c’est un signe de détermination. Elle est entière !”, a ajouté le chef de l’État, énigmatique.Une référence à Georges Clemenceau, surnommé “le Tigre”, figure de la détermination française pendant la Première Guerre mondiale ?Ou à Rocky, boxeur amateur italo-américain immortalisé par l’acteur Sylvester Stallone dans “L’Oeil du tigre” (Rocky III) ?Le chef de l’État a ensuite appelé la France et ses armées à consentir “des efforts à la mesure de notre rude époque” et annoncé, face aux revendications de Donald Trump, l’envoi de “moyens terrestres, aériens et maritimes” au Groenland, territoire autonome du Danemark.”Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort”, a-t-il martelé.Il a ensuite embarqué à bord d’un avion ravitailleur Airbus A330 MRTT, direction Paris, au côté de l’astronaute Thomas Pesquet, colonel de réserve à Istres et pilote de MRTT (appareil multirôles).”C’est impressionnant”, a-t-il lancé, selon des images de l’AFP, en découvrant une manœuvre de ravitaillement d’un chasseur Rafale, une opération toujours complexe à 10 mètres de distance entre les deux carlingues et 8.000 mètres d’altitude.”La phase la plus délicate c’est de centrer dans ce panier”, lui a expliqué un officier, désignant une embouchure de 70 centimètres de large dans laquelle la perche du Rafale doit se glisser.Le ravitaillement en vol permet de doubler l’autonomie des Rafale – de l’ordre de deux heures – en “quelques minutes de plein”, a ajouté le gradé, notamment pour les missions de dissuasion nucléaire.”On a un +range+ (rayon d’action, ndlr) quasiment infini avec ces capacités de ravitaillement permanent”, a relevé le chef des Armées.Le MRTT comprend aussi une capacité de transport de troupes et peut emporter plusieurs modules de matériel médical pour la prise en charge de dix blessés en soins intensifs et réanimation à bord.

Grève des médecins: le gouvernement lâche du lest aux syndicats sur les arrêts maladie

Le gouvernement renonce à la possibilité d’imposer des objectifs de réduction de prescription aux médecins prescrivant plus d’arrêts maladie que leurs confrères, l’une des mesures à l’origine de la grève des médecins libéraux, a-t-on appris jeudi de sources syndicales concordantes.Cet engagement a été pris par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, lors de rendez-vous bilatéraux depuis mercredi avec les syndicats représentatifs des médecins libéraux, qui avaient appelé à la grève du 5 au 15 janvier, ont indiqué ces sources, confirmant une information d’Egora.La mesure contestée figure dans le projet de loi sur la fraude fiscale et sociale, que le Sénat a adopté en décembre, et qui doit maintenant être examiné par l’Assemblée nationale. Selon les sources syndicales, la ministre a également pris des engagements précis sur la non-mise en application de l’article 78 du budget de la Sécu pour 2026, qui permet aux autorités sanitaires de fixer de manière unilatérale des tarifs médicaux, en l’absence d’accord avec les syndicats représentatifs.Cet article, également parmi les principales raisons de la grève des médecins, avait été adopté par le Parlement sur la base d’un amendement parlementaire, et non d’une proposition gouvernementale. L’amendement avait été proposé par le député Yannick Monnet (Gauche et démocratique et républicaine).Certains points de désaccord demeurent toutefois, comme le non-remboursement des ordonnances des médecins en secteur 3 (non conventionnés), acté par le budget de la Sécurité sociale 2026.”Il y a eu des avancées”, a indiqué à l’AFP le docteur Jérôme Marty, président du syndicat UFML, “mais il faudra voir comment elles se traduisent en acte”. Même diagnostic chez le docteur Patricia Lefébure, présidente du syndicat FMF.  “Je trouve dommage qu’il ait fallu aller dans la rue, ça aurait pu se régler à l’amiable”, a-t-elle commenté. Le docteur Philippe Cuq, qui préside le syndicat Le Bloc (anesthésistes, chirurgiens, obstétriciens) a de son côté insisté sur la nécessité d’avoir des “engagements écrits” de la ministre.”Nous demandons une lettre de cadrage” du gouvernement pour de nouvelles négociations de l’Assurance maladie et des syndicats sur les dépassements d’honoraires, a-t-il expliqué à l’AFP.”Nous demandons également une lettre aux syndicats” s’engageant sur un retour en arrière sur les dispositions contestées du budget 2026 de la Sécurité sociale, comme l’article 78 sur la fixation des tarifs, a ajouté Philippe Cuq, qui a rencontré Mme Rist jeudi après-midi.Dans l’attente, Le Bloc continue d’appeler à une poursuite du mouvement sous forme de grève des gardes.Une nouvelle réunion de l’intersyndicale des médecins est prévue jeudi soir, au dernier jour de la grève lancée le 5 janvier, selon les sources syndicales.Le ministère de la Santé, sollicité par l’AFP, ne s’est pas exprimé dans l’immédiat. eva-lby/alu/abl

Au procès du RN, le Parlement européen dément tout “manque de clarté” dans ses règles

Sous le feu des avocats de Marine Le Pen et du Rassemblement national, le Parlement européen s’est longuement défendu jeudi de tout “manque de clarté” dans ses règles au procès en appel des assistants d’eurodéputés du Front national.Le parti d’extrême droite, sa cheffe de file et dix autres personnes sont jugés depuis mardi et jusqu’au 11 février par la cour d’appel de Paris dans ce procès décisif pour la présidentielle de 2027, pour laquelle Marine Le Pen est actuellement inéligible.Représentant du Parlement européen à cette audience où l’institution européenne est partie civile, son directeur général des finances, Didier Klethi, a eu droit jeudi, avec près de six heures passées à la barre, à un interrogatoire digne d’un prévenu.”Le Parlement est la victime d’un système selon lequel certains assistants de députés européens du FN ont en fait travaillé au profit du parti”, précise-t-il d’emblée à la cour, fustigeant une “organisation bien rodée que seule l’instruction (de la justice) a permis de révéler”.Dès ses premiers mots à l’ouverture de l’audience mardi, Marine Le Pen a donné le ton du procès en axant sa défense sur une présumée défaillance de l’administration du Parlement européen, qui n’aurait pas joué son “rôle d’alerte” sur les contrats litigieux.”Nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit”, avait soutenu dans son propos introductif la députée du Pas-de-Calais de 57 ans.Les prévenus sont poursuivis pour avoir utilisé entre 2004 et 2016 des enveloppes versées par le Parlement européen aux eurodéputés et destinées à rémunérer leurs assistants, travaillant en réalité au seul bénéfice du parti ou de ses cadres.Sur les 25 condamnés de première instance en mars, seule la moitié a fait appel.- Enveloppe mensuelle -Devant la cour d’appel, Didier Klethi expose les règles internes définissant le cadre d’emploi d’assistants parlementaires par un eurodéputé sur l’enveloppe qui lui est allouée chaque mois pour les frais de personnel, dont le montant s’élevait en 2014 à 21.379 euros.”L’activité de militantisme est autorisée. Les assistants sont libres d’avoir une activité et des engagements politiques, c’est droit fondamental, mais ils ne peuvent pas les exercer pendant les heures de travail”, décrit le haut fonctionnaire européen.C’est en 2015, en découvrant dans Le Figaro le nouvel organigramme du parti à la flamme tricolore, sur lequel figurent plusieurs personnes censées être des assistants parlementaires d’eurodéputés, que le Parlement européen commence à s’interroger sur leur travail réel. Effectuant des vérifications plus poussées, l’institution met alors en branle l’affaire dans laquelle se trouve embourbée dix ans après la triple candidate malheureuse à l’Elysée, en ces temps de crise politique où l’extrême droite survole les sondages.Sous les grandioses boiseries de la première chambre de la cour d’appel, les différents avocats de la défense passent au grill le représentant du Parlement européen, s’interrogeant à haute voix sur le manque de contrôles de la part de l’administration et la complexité de ses règles.”Il ne faut pas se réfugier derrière un manque de clarté. La même chose a été plaidée à maintes reprises et la Cour de justice (de l’Union européenne) a répété et répété dans ses arrêts que la règle est assez claire”, pare Didier Klethi.Le 31 mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée en première instance par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, c’est-à-dire immédiate, qui l’empêche pour l’instant de concourir à la présidentielle.La cour d’appel de Paris a indiqué jeudi qu’elle se prononcerait lors du délibéré sur la question procédurale complexe soulevée mercredi par sa défense, portant sur le nombre de contrats dont est saisie la justice. Elle a par ailleurs rejeté une demande de disjonction du procès du cas du maire de Perpignan Louis Aliot, qui sera interrogé la semaine prochaine.Le procès reprendra lundi après-midi.

Municipales à Paris: Mariani (RN) veut armer la police municipale et doubler ses effectifs

Thierry Mariani, candidat du Rassemblement national (RN) aux municipales à Paris, veut armer les policiers municipaux de la capitale et doubler leurs effectifs pour créer notamment des brigades “anti-squats et anti-campements clandestins”, a-t-il annoncé jeudi à la presse.Pour “remettre Paris en ordre”, il souhaite porter progressivement le nombre d’agents de la police municipale de 4.000 à 8.350 agents et se rapprocher ainsi du “ratio de quatre policiers pour 1.000 habitants de New York”.La maire socialiste sortante Anne Hidalgo “a mis en place tardivement des policiers municipaux”, il y a quatre ans, “mais sans leur donner les moyens”, selon Thierry Mariani qui entend les doter d’armes à feu et étendre leurs prérogatives, en s’appuyant sur le projet de loi examiné à partir du 28 janvier au Sénat.Rachida Dati, candidate des LR et du MoDem, et Pierre-Yves Bournazel, candidat d’Horizons soutenu par Renaissance, ont également promis d’armer et d’augmenter les effectifs de la police municipale, respectivement à 5.000 et 6.000 agents.Le candidat de la gauche unie hors LFI, Emmanuel Grégoire, est lui opposé à un armement létal, craignant notamment un désengagement parallèle de l’Etat sur la police nationale.”Nous souhaitons revoir toute l’organisation pour créer une vraie police municipale qui ne soit pas obsédée par la dimensions des terrasses des restaurants et le stationnement des voitures mais par la chasse aux délinquants”, a détaillé le candidat RN, qui veut aussi tripler le parc de vidéo protection pour atteindre 15.000 caméras.Il prévoit la création de sept brigades spécialisées, dont une “anti-squats” intervenant dans un délai de moins de 48 heures. Ainsi qu’une “brigade anti-campements clandestins” pour “démanteler dès leur installation les campements illicites et remettre les clandestins aux services préfectoraux ou à la justice”.Thierry Mariani, 67 ans, qui a effectué plusieurs mandats dans le Vaucluse, a  constitué neuf des dix-sept listes d’arrondissements, alliées à l’UDR d’Eric Ciotti, qu’il présentera au scrutin des 15 et 22 mars.Selon les derniers sondages, cet ancien ministre de Nicolas Sarkozy recueille entre 5 et 7% des intentions de vote, derrière Sarah Knafo (Reconquête), donnée entre 8% et 9%.Thierry Mariani écarte pour l’heure une alliance avec la candidate du parti d’Eric Zemmour qui veut tendre la main à “toutes les droites”. “Pour tendre la main, il faut être sincère. Or, aux dernières législatives j’ai passé mon temps à me faire traiter de socialiste par Reconquête”, a-t-il balayé.Il a redit qu'”aucune alliance” n’était possible avec Rachida Dati, “candidate attrape-tout soutenue par Emmanuel Macron”.

Tollé à l’Assemblée après les propos d’un député RN concernant le génocide des Tutsi

Les propos d’un député RN, qui a ironiquement mentionné le génocide des Tutsi au Rwanda lors des débats budgétaires à l’Assemblée, ont suscité jeudi de vives condamnations et pourraient faire l’objet de sanctions.”La résistance à l’oppression, c’est de ne pas confondre égalité et égalitarisme et vous transformer en Tutsi pour couper les Hutu sous prétexte qu’ils étaient plus grands”, a lancé le député de l’Oise Frédéric Pierre-Vos, à l’occasion d’un débat sur le pacte Dutreil, qui prévoit un abattement de 75% sur les transmissions d’entreprises familiales aux descendants.La présidente du groupe Écologiste et social, Cyrielle Chatelain, a immédiatement réagi, jugeant ces propos “absolument honteux”. “Cela revient à une attitude négationniste (…) Comparer le fait de vouloir la juste contribution des Français à un génocide où des gens ont été tués à la machette, c’est inadmissible”, a-t-elle tonné.Le député Hervé Berville (Renaissance), né au Rwanda, lui-même orphelin tutsi, a dénoncé une phrase “intolérable”, qui de plus “inverse la victime et le bourreau”. “Cela dit beaucoup du chemin qu’il nous reste à parcourir pour faire en sorte que ce génocide des Tutsi au Rwanda soit pleinement reconnu”, a-t-il souligné.”Trente ans après, sous les applaudissements de ses collègues, un député RN fait le choix, d’ironiser sur ce tragique massacre”, a réagi sur X le groupe macroniste.Le génocide au Rwanda a fait plus de 800.000 morts selon l’ONU, essentiellement des Tutsi exterminés entre avril et juillet 1994. D’autres députés ont condamné cette comparaison macabre, dont le président du groupe PS Boris Vallaud, qui a souhaité que le bureau de l’Assemblée nationale – chargé de prononcer les sanctions les plus lourdes contre les députés – “se saisisse de ces propos qui sont extrêmement graves”.”Je saisirai la présidente”, a répondu la présidente de séance Marie-Agnès Poussier-Winsback (Horizons).Le député Jean-Philippe Tanguy (RN) a présenté les excuses de son groupe, ajoutant: “Nous honorons la mémoire des victimes du génocide au Rwanda”.