UN says lacks billions of dollars to feed world’s hungry
The UN’s World Food Programme warned Tuesday that funding cuts mean it will struggle to feed even a third of the 318 million people facing severe hunger in 2026.”Declines in global humanitarian funding are forcing WFP to prioritise food assistance to roughly one third of those in need,” targeting 110 million of the most vulnerable, it said in a statement.That would cost $13 billion, the agency estimated — but warned that “current funding forecasts indicate WFP may only receive close to half that goal”.The WFP’s largest donor is the United States which, under President Donald Trump, has cut foreign aid, including to UN agencies. Other big donors, including some European nations, have also shrunk their humanitarian budgets. The 318 million people facing acute hunger is more than double the figure recorded in 2019, as conflict, extreme weather and economic instability have taken their toll, the WFP said.UN agencies this year declared famine in Gaza and parts of Sudan, something that WFP executive director Cindy McCain called “completely unacceptable in the 21st century”.In a foreword to the WFP’s 2026 Global Outlook report, she said the world’s response “remains slow, fragmented and underfunded”.”Global aid now covers less than half of total needs, with steep reductions in food assistance. Almost all operations have had to cut food and cash, and prioritise which vulnerable group receive help,” she wrote. “At the same time, attacks on aid workers have surged, revealing a growing disregard for international humanitarian law.”For those facing hunger in 2026, 41 million people are classified as facing emergency or worse levels.Last week, both UN food agencies — WFP and the Food and Agriculture Organization (FAO) — warned of 16 “hunger hotspots” around the globe, from Haiti to South Sudan, saying that funding shortfalls were worsening already dire conditions. In a joint report, the agencies said that they had so far received only $10.5 billion out of a required $29 billion to help those at risk.
Réunion d’urgence à l’Elysée sur la lutte contre le narcotrafic après plusieurs faits divers
La montée en puissance du narcotrafic s’impose au sommet de l’Etat: Emmanuel Macron organise mardi matin une réunion d’urgence pour intensifier la mise en œuvre de la loi récente contre les trafics de drogue après plusieurs faits criminels dramatiques ces derniers jours, notamment à Marseille. Plusieurs responsables politiques ont appelé mardi matin l’exécutif à passer de la parole aux actes sur un fléau qui devient un thème majeur des élections municipales de mars prochain.Seront notamment à l’Elysée le Premier ministre Sébastien Lecornu, les ministres Gérald Darmanin (Justice), Laurent Nuñez (Intérieur), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Amélie de Montchalin (Comptes publics). Le procureur de Marseille Nicolas Bessone, le directeur général de la police nationale et celui de la police judiciaire seront également présents. Jeudi, le frère du militant écologiste Amine Kessaci, engagé dans la lutte contre le narcobanditisme, a été abattu par balle à Marseille. Le procureur Bessone n’a pas exclu un assassinat d’avertissement.Selon une source proche du dossier, le chef de l’Etat a lui-même téléphoné au militant écologiste, dont un autre frère, Brahim, avait aussi été tué en 2020.Par ailleurs à Grenoble, un jeune adolescent a été touché dans la nuit de samedi à dimanche par trois balles près d’un point de vente de drogue, et est toujours dans le coma lundi. Ses agresseurs sont en fuite.- Parquet spécialisé -Cette réunion au sommet doit porter, selon l’Elysée, sur la “mise en œuvre” et “la montée en puissance” de la loi narcotrafic, qui a été promulguée en juin. Celle-ci prévoit “l’installation du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) qui sera officiellement créé le 1er janvier prochain”, précise l’Elysée.Ce nouveau parquet sera compétent sur les dossiers les plus graves et complexes en matière de crime organisé, sur le modèle du parquet national antiterroriste (Pnat) et du parquet national financier (PNF).La magistrate Vanessa Perrée, dont Gérald Darmanin a proposé la nomination pour prendre la tête du futur Pnaco, sera également présente à la réunion mardi.Le ministre de la Justice avait défendu au Parlement la loi sur le narcotrafic, qui comprenait aussi des mesures répressives, des outils pour les enquêteurs, et la création de quartiers de haute sécurité dans des prisons pour y placer à l’isolement les narcotrafiquants les plus dangereux. Gérald Darmanin a estimé la semaine dernière que le drame survenu à Marseille constituait “un point de bascule effrayant qui doit faire prendre conscience du danger de cette mafia du narcobanditisme à l’ensemble de la société française”.- Un thème des municipales -A quatre mois des municipales, le thème s’invite dans la campagne électorale.Le candidat RN à la mairie de Marseille, Franck Allisio, a ainsi réclamé “l’état d’urgence à Marseille”, une mesure qui donne davantage de pouvoir aux préfets pour interdire certains rassemblements ou décider de perquisitions administratives.Selon son entourage, la réunion à l’Elysée pourrait aborder la question de la protection des candidats aux municipales. Et sur X, Marine Le Pen a appelé “l’exécutif à se ressaisir” face aux “gangs qui ensanglantent la France”.Le thème devrait aussi être abordé au congrès de l’Association des maires de France (AMF) cette semaine à Paris.La loi narcotrafic est “une bonne loi” mais “au delà des affichages ou des réunions d’urgence, ce qu’il faut maintenant, c’est l’exécution des choses”, a réclamé son président David Lisnard sur BFMTV/RMC. L’AMF avait déjà organisé une table ronde sur le narcotrafic l’année dernière car “cette réalité nous la vivons dans les grandes villes, les villes moyennes mais aussi les villages”, a souligné le maire LR de Cannes.Une priorité partagée par des élus de tous bords. “C’est un véritable fléau”, a reconnu sur RTL le secrétaire national du Parti communiste et maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) Fabien Roussel.”Mais ce n’est pas la police municipale qui pourra lutter contre les narcotrafiquants. Si Emmanuel Macron sort de cette réunion avec un communiqué de presse, mais sans aucun moyen d’urgence dédié aux services de l’Etat, c’est du vent”, a-t-il prévenu.
Les civelles en danger, un marché opaque qui profite aux gangs haïtiens
Pêchés pour quelques billets dans l’embouchure des rivières d’Haïti, les bébés anguilles s’exportent pour des milliers de fois plus. Et dans un pays gangréné par les gangs, ce secteur très lucratif, dopé par la demande asiatique pour cette espèce menacée, profite aux réseaux criminels, selon des experts.Appelées zangi ou tizangi en créole haïtien, les civelles, jeunes poissons ressemblant à de petits vermicelles, dérivent chaque année depuis la mer des Sargasses, dans l’Atlantique nord, jusqu’aux côtes de l’île d’Hispaniola que se partagent Haïti et la République dominicaine, remontant les rivières où elles grandiront et vivront jusqu’à leur retour en mer pour se reproduire.Alors que le commerce international de l’anguille européenne est strictement contrôlé depuis 2009 par la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), celui de l’anguille américaine ne l’est pas.Cette dernière est pourtant classée “en danger” sur la liste rouge de l’Union internationale de conservation de la nature, résultat notamment de la surpêche de ce poisson que les éleveurs ne peuvent pas reproduire en captivité.Les civelles sont ainsi principalement utilisées pour alimenter les fermes d’élevage dans des pays d’Asie où l’anguille est une spécialité gastronomique très prisée.- “Secteur mafieux” -Selon la Cites, Haïti et la République dominicaine sont “devenus des exportateurs clés” de civelles américaines ces dernières années.Pour les protéger, mais aussi empêcher que des anguilles européennes, impossibles à différencier des autres à l’oeil nu, continuent à être expédiées vers l’Asie sous de fausses étiquettes, l’Union européenne et le Panama veulent que la Cites restreigne le commerce de toutes les anguilles.Si cette décision est prise lors d’une réunion qui commencera le 24 novembre en Ouzbékistan, “il est certain qu’elle va pénaliser plusieurs acteurs, les exportateurs, notamment, les petits pêcheurs pauvres et vulnérables” en Haïti, explique à l’AFP le ministre haïtien des ressources naturelles Vernet Joseph.Il assure que pour protéger l’espèce, son pays -qui n’est pas partie à la Cites- a mis en place une “approche sobre”, en réduisant “de manière significative et régulière le prélèvement global”, tout en reconnaissant le manque d’informations sur l’état de l’espèce.A Haïti, le secteur de la civelle, entièrement tourné vers l’export, n’est pas “organisé” et ne communique pas de “données claires et fiables, que ce soit au niveau des exploitants ou du gouvernement”, dit à l’AFP un militant écologiste sous le couvert de l’anonymat. “C’est un secteur mafieux”.”De plus en plus d’éléments montrent que des Haïtiens font partie d’un réseau criminel plus large lié au trafic lucratif d’anguilles, opérant en Haïti et au delà”, alertait en début d’année Ghada Waly, patronne de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, évoquant l’implication de “personnalités politiques et économiques puissantes”.Depuis, les experts de l’ONU chargés de surveiller les sanctions contre les gangs haïtiens ont enquêté auprès des pêcheurs, intermédiaires, douaniers, compagnies aériennes…Leur rapport publié en octobre décrit l'”opacité” d’un secteur “peu réglementé” qui crée “un environnement idéal pour les criminels”.- De nuit, les pieds dans l’eau -Le gouvernement octroie certes des licences d’exportation, mais le manque de contrôle permet le blanchiment d’argent, l’extorsion par les gangs qui “taxent” pêcheurs et transporteurs, et permet l’ajout dans les cargaisons d’autres marchandises, illégales, dans un pays qui sert notamment de transit à la cocaïne, expliquent ces experts.Et cette opacité empêche d’avoir des données fiables sur les quantités exportées, insistent-ils, évoquant uniquement le chiffre de 800 tonnes de “capacité” d’exportation annuelle communiqué par le gouvernement en 2019.Un volume susceptible de générer des profits considérables.Selon le rapport, le prix à l’exportation d’un gramme de civelles haïtiennes (7 à 10 individus) tourne en effet entre 3,6 et 4,5 dollars. Mais les pêcheurs ne sont payés que 0,5 à 1,5 dollar par kilo.Un revenu toutefois conséquent dans un pays en crise. Alors de l’automne au printemps, les pêcheurs “passent douze heures dans des conditions difficiles, pieds nus dans l’eau à l’embouchure des rivières, de 18h00 au lever du soleil, sans équipement approprié”, raconte le militant écologiste.Pour attraper les minuscules poissons translucides, ils utilisent le plus souvent des “cahiers”, outils artisanaux faits d’une moustiquaire tendue sur un cadre de bois.Le rapport cite un pêcheur anonyme de Bas-Limbé qui raconte le “chacun pour soi” dans cette activité provoquant régulièrement des noyades.”Mieux vaudrait fermer la pêche de l’anguille et aider ces pêcheurs à avoir le matériel pour attraper d’autres espèces en mer”, plaide le militant écologiste.
Amazon, Microsoft cloud services could face tougher EU rules
Amazon and Microsoft cloud services could face stricter EU competition rules as Brussels probes their market power, the bloc’s tech chief said Tuesday.Twin investigations aim to assess whether the tech giants “should be designated as the gatekeepers on cloud computing,” Henna Virkkunen said at a summit in Berlin focused on the push for greater European digital sovereignty.The European Commission, the bloc’s digital regulator, said it will investigate whether Amazon Web Services (AWS) and Microsoft’s Azure should come under the scope of the Digital Markets Act (DMA).In a statement it said it would analyse whether the two “act as important gateways between businesses and consumers, despite not meeting the DMA gatekeeper thresholds for size, user number and market position”.The commission will seek to conclude the investigations within a year, it added. “We’re confident that when the European Commission considers the facts, it will recognise what we all see – the cloud computing sector is extremely dynamic, with companies enjoying lots of choice, unprecedented innovation opportunity, and low costs, and that designating cloud providers as gatekeepers isn’t worth the risks of stifling invention or raising costs for European companies,” an AWS spokesperson said.Brussels announced it would also open a third probe to find out whether it needs to update the DMA to make sure it “can effectively tackle practices that may limit competitiveness and fairness in the cloud computing sector in the EU”.The DMA is part of the European Union’s bolstered legal armoury that seeks to make the digital sphere fairer with a list of do’s and don’ts for Big Tech.For example, tech titans must offer users the possibility to choose between different web browsers and search engines, via so-called “choice screens”. The law gives the EU the power to impose fines of up to 10 percent of a company’s total global turnover.Brussels had been under pressure to include the probed services under the bill’s scope because of the dominance of US cloud providers, which hold around two thirds of market share in the 27-nation bloc.AWS leads the cloud computing market, followed closely by Microsoft Azure, with Google Cloud in third place. Google is not under investigation by the EU.There has also been growing concern after a raft of outages in recent months.In October Microsoft cloud clients experienced widespread service disruptions. Among them was Alaska Airlines, whose customers were unable to check in.That came after Amazon cloud troubles last month forced popular services ranging from streaming platforms to messaging apps offline for hours.Amazon and Microsoft already face stricter rules for their other services including Amazon Marketplace and Microsoft’s LinkedIn platform.
TotalEnergies visé par une plainte pour “complicité de crimes de guerre” au Mozambique
TotalEnergies est visé à Paris par une plainte pour “complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées” au Mozambique, pour des faits datant de 2021 sur le site de son méga-projet gazier qui était alors à l’arrêt, a appris mardi l’AFP de l’ONG plaignante.L’association allemande European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) accuse le groupe français d'”avoir directement financé et soutenu matériellement la Joint Task Force (JTF), composée de forces armées mozambicaines, alors que celle-ci aurait détenu, torturé et tué des dizaines de civils” entre juillet et septembre 2021, selon son communiqué de presse.Ces exactions se seraient produites à l’entrée du site du projet gazier Mozambique LNG, dont TotalEnergies est le premier actionnaire (26,5%) et l’opérateur, et qui était alors en pause après une attaque jihadiste meurtrière en mars 2021 sur la ville voisine de Palma (nord). La plainte a été transmise lundi au parquet national antiterroriste (Pnat) à Paris, compétent pour les crimes de guerre.Elle fait suite à des allégations rapportées par le média Politico en septembre 2024, puis par SourceMaterial et Le Monde, et que TotalEnergies conteste.Contacté mardi par l’AFP, TotalEnergies n’a pas commenté dans l’immédiat. “Il apparaît impensable que TotalEnergies puisse opposer son ignorance des crimes de l’armée mozambicaine, mais aussi plus particulièrement des accusations de violations des droits humains visant la Joint Task Force, dès lors que la société les rapporte elle-même dans plusieurs documents internes transmis à ses financeurs publics”, affirme à l’AFP Clara Gonzales, directrice du programme entreprises et droits humains à l’ECCHR.Cette plainte intervient alors que le géant des hydrocarbures français s’est dit prêt le 25 octobre à relancer le projet du consortium Mozambique LNG estimé à 20 milliards de dollars, en vue d’un début de production en 2029.Après l’attaque de jihadistes liés au groupe Etat islamique, actifs dans la province du Cabo Delgado depuis 2017, le groupe français avait déclaré la “force majeure” et suspendu son projet, en avril 2021. Le site avait alors été laissé sous la garde des forces de l’armée mozambicaine, regroupées dans la JTF, créée en 2020 en vertu d’un accord entre la filiale locale de TotalEnergies, Tepma 1, et le gouvernement de Maputo. Cet accord est interrompu en octobre 2023. – “Nouveaux” éléments -Selon Politico, lors de leur contre-offensive contre les jihadistes, des soldats travaillant pour le site ont intercepté des habitants et enfermé entre 180 et 250 hommes dans des conteneurs, les accusant de soutenir l’insurrection. Détenus pendant trois mois, ils ont été battus, affamés et torturés, et plusieurs ont été tués. Les 26 derniers prisonniers sont libérés en septembre 2021, selon l’enquête du journaliste Alex Perry, sur la foi de témoignages.Mozambique LNG avait alors assuré n’avoir “jamais reçu d’information indiquant que de tels événements aient effectivement eu lieu”. Par la suite, la société a indiqué avoir demandé en novembre 2024 aux autorités mozambicaines de diligenter une enquête, officiellement annoncée en mars 2025 par le bureau du procureur général. Au même moment, la Commission nationale des droits humains confirmait lancer ses investigations, comme sollicité par TotalEnergies fin 2024. Selon l’association ECCHR, TotalEnergies était “au courant” de violations de droits humains par les forces armées.Le Monde et Source Material avaient affirmé en novembre 2024 que TotalEnergies avait, dès avril 2021, connaissance d’accusations d’actions violentes de la JTF sur des civils, selon des rapports sociaux émanant des équipes de Mozambique LNG et transmis à l’agence italienne de crédit à l’exportation (SACE), qui soutient le projet.Or pour l’ONG, “TotalEnergies a continué de soutenir directement la JTF” en fournissant logement, nourriture et des primes “conditionnées au respect des droits humains”.ECCHR avance aujourd’hui de “nouveaux documents” obtenus auprès des autorités néerlandaises, qui font état d’échanges entre l’agence hollandaise de crédit à l’export publique Atradius DSB et TotalEnergies, évoquant dès mai 2020 des risques d’atteintes aux droits humains des forces armées. Selon l’ONG, deux enquêtes d’agences de crédit à l’export ont été ouvertes.Cette plainte doit “être entendue comme un message par les financiers publics et les banques telles que Société générale et Crédit agricole pour qu’ils engagent leur retrait immédiat du projet”, a réagi auprès de l’AFP, Lorette Philippot, des Amis de la Terre France, qui s’oppose à “l’expansion gazière au Mozambique”.
TotalEnergies visé par une plainte pour “complicité de crimes de guerre” au Mozambique
TotalEnergies est visé à Paris par une plainte pour “complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées” au Mozambique, pour des faits datant de 2021 sur le site de son méga-projet gazier qui était alors à l’arrêt, a appris mardi l’AFP de l’ONG plaignante.L’association allemande European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) accuse le groupe français d'”avoir directement financé et soutenu matériellement la Joint Task Force (JTF), composée de forces armées mozambicaines, alors que celle-ci aurait détenu, torturé et tué des dizaines de civils” entre juillet et septembre 2021, selon son communiqué de presse.Ces exactions se seraient produites à l’entrée du site du projet gazier Mozambique LNG, dont TotalEnergies est le premier actionnaire (26,5%) et l’opérateur, et qui était alors en pause après une attaque jihadiste meurtrière en mars 2021 sur la ville voisine de Palma (nord). La plainte a été transmise lundi au parquet national antiterroriste (Pnat) à Paris, compétent pour les crimes de guerre.Elle fait suite à des allégations rapportées par le média Politico en septembre 2024, puis par SourceMaterial et Le Monde, et que TotalEnergies conteste.Contacté mardi par l’AFP, TotalEnergies n’a pas commenté dans l’immédiat. “Il apparaît impensable que TotalEnergies puisse opposer son ignorance des crimes de l’armée mozambicaine, mais aussi plus particulièrement des accusations de violations des droits humains visant la Joint Task Force, dès lors que la société les rapporte elle-même dans plusieurs documents internes transmis à ses financeurs publics”, affirme à l’AFP Clara Gonzales, directrice du programme entreprises et droits humains à l’ECCHR.Cette plainte intervient alors que le géant des hydrocarbures français s’est dit prêt le 25 octobre à relancer le projet du consortium Mozambique LNG estimé à 20 milliards de dollars, en vue d’un début de production en 2029.Après l’attaque de jihadistes liés au groupe Etat islamique, actifs dans la province du Cabo Delgado depuis 2017, le groupe français avait déclaré la “force majeure” et suspendu son projet, en avril 2021. Le site avait alors été laissé sous la garde des forces de l’armée mozambicaine, regroupées dans la JTF, créée en 2020 en vertu d’un accord entre la filiale locale de TotalEnergies, Tepma 1, et le gouvernement de Maputo. Cet accord est interrompu en octobre 2023. – “Nouveaux” éléments -Selon Politico, lors de leur contre-offensive contre les jihadistes, des soldats travaillant pour le site ont intercepté des habitants et enfermé entre 180 et 250 hommes dans des conteneurs, les accusant de soutenir l’insurrection. Détenus pendant trois mois, ils ont été battus, affamés et torturés, et plusieurs ont été tués. Les 26 derniers prisonniers sont libérés en septembre 2021, selon l’enquête du journaliste Alex Perry, sur la foi de témoignages.Mozambique LNG avait alors assuré n’avoir “jamais reçu d’information indiquant que de tels événements aient effectivement eu lieu”. Par la suite, la société a indiqué avoir demandé en novembre 2024 aux autorités mozambicaines de diligenter une enquête, officiellement annoncée en mars 2025 par le bureau du procureur général. Au même moment, la Commission nationale des droits humains confirmait lancer ses investigations, comme sollicité par TotalEnergies fin 2024. Selon l’association ECCHR, TotalEnergies était “au courant” de violations de droits humains par les forces armées.Le Monde et Source Material avaient affirmé en novembre 2024 que TotalEnergies avait, dès avril 2021, connaissance d’accusations d’actions violentes de la JTF sur des civils, selon des rapports sociaux émanant des équipes de Mozambique LNG et transmis à l’agence italienne de crédit à l’exportation (SACE), qui soutient le projet.Or pour l’ONG, “TotalEnergies a continué de soutenir directement la JTF” en fournissant logement, nourriture et des primes “conditionnées au respect des droits humains”.ECCHR avance aujourd’hui de “nouveaux documents” obtenus auprès des autorités néerlandaises, qui font état d’échanges entre l’agence hollandaise de crédit à l’export publique Atradius DSB et TotalEnergies, évoquant dès mai 2020 des risques d’atteintes aux droits humains des forces armées. Selon l’ONG, deux enquêtes d’agences de crédit à l’export ont été ouvertes.Cette plainte doit “être entendue comme un message par les financiers publics et les banques telles que Société générale et Crédit agricole pour qu’ils engagent leur retrait immédiat du projet”, a réagi auprès de l’AFP, Lorette Philippot, des Amis de la Terre France, qui s’oppose à “l’expansion gazière au Mozambique”.
Pêche, cannabis et cocaïne: dans les ports français, le poison de la drogue
“Quand t’es +défoncé+, en cas d’avarie ou de mauvais temps, ça peut vite mal tourner”: depuis une trentaine d’années, la drogue empoisonne la pêche française. Face au nombre élevé d’accidents, une nouvelle campagne de prévention sera lancée l’an prochain.Sur l’île d’Oléron, Matthieu Guérit, 32 ans, est l’un des rares marins pêcheurs à parler ouvertement de ce sujet “sensible” mais reconnu par la profession “comme une réalité”.Dans la cabine exiguë de son chalutier amarré au port de Boyardville, il livre sans fard son passé d’ancien consommateur, des premiers “pétards”, pour faire “l’ado rebelle” au lycée maritime, à sa “très forte dépendance” au cannabis, avec prise “occasionnelle” de cocaïne.Ses rares consommations en mer sont stoppées net par la “paranoïa” et les “crises d’angoisse”, dès que le bateau “roule un peu trop”, car “ça peut vite mal tourner”. Mais le jeune matelot côtoie alors des collègues “cocaïnomanes”, “défonçés en cachette au Subutex” ou “bourrés au vin de cuisine, parce qu’il ne restait plus rien”.C’est grâce au soutien de son “entourage” et à la confiance d’un patron à la “discipline militaire” que lui a pu sortir la tête de l’eau.Aujourd’hui armateur, ce pêcheur d’encornets, seiches et céteaux conserve de ces années une “difficulté à faire confiance” quand il n’est pas à la barre, sur une île “où tout le monde se connaît et où tu sais qui en prend et qui n’en prend pas”.- Accidents mortels -Au port de la Cotinière, un camion de l’association Tremplin 17, financé par l’Agence régionale de santé, s’installe “discrètement” pour recevoir et accompagner des marins concernés.”Réussir à dire non, c’est parfois très compliqué”, note Alice Parvery, éducatrice spécialisée qui les aide, avec un infirmier, à travailler “l’affirmation de soi”.”La drogue, c’est un vrai fléau qui génère des accidents et des problèmes de cohabitation à bord”, reconnaît Philippe Micheau, président du comité départemental des pêches en Charente-Maritime.Selon le ministère de la Mer, la pêche est l’activité nautique professionnelle “la plus accidentogène”, avec en moyenne “10 cas mortels par an”.En mai dernier, la mort d’un enfant de huit ans, percuté par un bateau alors qu’il faisait du dériveur devant le Cercle de voile d’Arcachon (Gironde), a fortement marqué les esprits. Mis en examen pour homicide involontaire aggravé, le pêcheur a admis avoir consommé cocaïne et cannabis, dans un cadre festif selon lui, la veille de l’accident.La profession est aujourd’hui l’une des plus dépistées, un test positif pouvant remettre en cause l’aptitude à la navigation.En 2024, 68.000 tests urinaires ont été réalisés sur des marins: “près de 3%” étaient positifs au cannabis, “0,6% à la cocaïne”, selon la direction du service de santé des gens de mer (SSGM).- “Trompe-l’œil” -Des chiffres “en trompe-l’œil” pour marins et professionnels de santé, qui décrivent des stratagèmes de “triche” et “d’abstinence” pour ne pas se faire repérer.Un rapport d’analyse de 2013 du laboratoire universitaire lyonnais UMRESTTE portant sur 1.000 marins pêcheurs d’Aquitaine et de Charente-Maritime avait montré que 46% des moins de 35 ans étaient positifs au cannabis et 8% des moins de 25 ans à la cocaïne.Pour mieux évaluer les consommations, à l’heure où la poudre blanche afflue sur le pays, le ministère lancera début 2026 une vaste enquête épidémiologique.Besoin de vigilance, isolement social, stress lié à la météo, aux avaries et accidents du travail: autant de raisons possibles d’expliquer la prise de substances addictives. La pêche au large serait plus touchée que la côtière, les bateaux fileyeurs davantage que les chalutiers.”A bord, le temps est long. Vous n’avez pas toujours la télé. C’est souvent chacun dans sa couchette, on ne joue plus aux cartes. Avant, on buvait du pinard et on fumait des clopes, aujourd’hui on prend de la drogue”, décrit un ex-médecin du SSGM, pour qui l’addiction majeure demeure “l’alcool”.- “Au cul du bateau” -Les marins sont aussi la “cible” des dealers qui “connaissent les horaires d’arrivée de certains navires” et démarchent “au cul du bateau”, pointe le ministère.”La drogue, c’est avant tout une dérive de la société qui s’impose en mer, pas une béquille pour supporter les conditions de travail”, assure le président du syndicat des professionnels de la pêche artisanale (Synadepa), Johnny Wahl, résumant le sentiment général des marins interrogés par l’AFP.Au lycée maritime de La Rochelle, Marion Briaud, intervenante à Tremplin 17, prévient d’emblée les élèves: “Vous entrez dans un milieu où il y a de fortes chances que certains d’entre vous voient des collègues ou des patrons consommer de la cocaïne”.”Un matelot drogué sur mon bateau, moi je le fous à l’eau”, s’agace un armateur local. Craignant d’être “stigmatisés”, d’aucuns assurent de leur “vigilance” malgré la pénurie de main d’œuvre car en cas d’accident, “il en va de leur entière responsabilité”. “On n’est ni des médecins, ni des policiers ou douaniers”, soupire Franck Lalande, un armateur arcachonnais.”Nous n’avons pas le pouvoir de faire des contrôles à bord”, abonde Johnny Wahl. “Un matelot drogué, ça ne se voit pas forcément sur sa gueule, et on ne fouille pas les sacs”, ajoute le pêcheur oléronnais qui regrette qu’en cas de tests positifs, “aucune information ne soit communiquée aux armateurs”.






