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En Alsace, la traque ingénieuse des nids de frelons asiatiques

Ils traquent les insectes à la jumelle “thermographique” ou les équipent d’une marque de couleur ou d’un émetteur: des apiculteurs alsaciens se démènent pour débusquer les nids de frelons asiatiques, une espèce invasive, prédatrice des abeilles, dont le nombre a explosé depuis deux ans.”Chercher les nids, ça fait partie de mon travail. Si je veux continuer à faire de l’apiculture, je n’ai pas le choix”, résume Mathieu Diffort, qui exploite une centaine de ruches dans la région rurale du Sundgau, près de Belfort et de la frontière suisse.Avec Philippe Sieffert, son associé dans la société Api&Co, il se consacre également à la destruction des nids de frelons, ainsi qu’à leur traque, cette dernière activité étant aussi chronophage que peu rémunératrice.Apparu en France en 2004, le redoutable hyménoptère à pattes jaunes n’a été repéré qu’en 2023 dans le Haut-Rhin, mais y est désormais solidement installé, relève Sean Durkin, référent local du “groupement de défense sanitaire apicole” (GDSA) mobilisé contre ce fléau. Entre 15 et 20 nids ont été signalés dans le département en 2023, puis une petite centaine l’année suivante et “cette année on va dépasser les 400”, s’alarme-t-il. Parallèlement, le nombre de ruches attaquées ou décimées a explosé.Les bénévoles du GDSA multiplient les actions de communication pour appeler la population à signaler les nids aperçus dans la nature – chacun peut le faire, partout en France, sur le site lefrelon.com. Lorsqu’un nid est repéré, un spécialiste se déplace pour le détruire, avec un drone, une nacelle, ou une perche. En ce matin de novembre, la cible visée par Mathieu Diffort est accrochée en haut d’un chêne, à 25 mètres du sol. Vêtu d’une épaisse combinaison, l’apiculteur utilise une perche télescopique pour injecter dans l’énorme concrétion ovale une poudre insecticide bio. – Bouts de ficelle -Les communes “doivent prévoir une ligne budgétaire” pour ce type d’intervention, car “le phénomène va monter en puissance”, constate Olivier Pflieger, premier adjoint au maire de Hirtzbach. “C’est un problème d’apiculture, mais aussi de santé publique”, souligne l’élu, qui confie avoir perdu sa soeur l’an dernier, décédée d’un choc allergique après une piqûre de frelon.A Hirtzbach, le nid a été aperçu par un ancien garde forestier. “J’étais passée 20 fois à proximité, et je ne l’avais pas vu”, se désole Marion Federspiel, dont l’une des six ruches, installées à environ 200 mètres, a été entièrement décimée. Certaines colonies peuvent s’installer dans des granges abandonnées, où personne ne les repérera, s’inquiète-t-elle.D’où les efforts déployés par Matthieu Diffort pour chercher les nids. Il tente d’abord de chronométrer le déplacement des insectes: capturé avec un appât, un frelon est marqué d’un repère de couleur, puis relâché. Le temps qu’il met à revenir permet de déduire la distance à son nid. Répétée à au moins trois endroits, la méthode peut mener à une localisation assez précise.Autre piste: l’apiculteur scrute les arbres avec une jumelle “thermographique”, qui permet de repérer de loin les nids grâce à la chaleur – environ 30 degrés – qu’ils dégagent. Enfin, M. Diffort expérimente une solution “high tech”: sur le dos d’un frelon, préalablement anesthésié avec du CO2, il colle un minuscule émetteur, qui lui permettra de traquer ses déplacements à l’aide d’une antenne râteau reliée à un smartphone. L’enjeu étant de trouver le nid en moins de trois heures, avant que la batterie de l’émetteur ne se vide.Pour l’heure, la méthode est encore faillible, et surtout onéreuse, d’autant que l’émetteur ne peut pas toujours être récupéré.Dans cette démarche coûteuse en argent et en temps, le jeune homme avoue se sentir “un peu seul” et souhaiterait davantage de financements pour la recherche. Il en va, souligne-t-il, de l’avenir de l’apiculture et de la biodiversité, mais aussi de la sécurité alimentaire, les abeilles étant indispensables à la pollinisation. “On travaille avec des bouts de ficelle, des moyens dérisoires”, se désole Sean Durkin. Le frelon asiatique, “on sait qu’on ne l’éradiquera plus, il faut donc vivre avec. Et essayer de limiter au maximum sa prolifération”.

Ukraine: quatre morts à Kiev dans une attaque russe d’ampleur sur des quartiers résidentiels

Une attaque russe massive a ciblé des quartiers résidentiels dans toute la ville de Kiev pendant la nuit faisant au moins quatre morts, ont annoncé vendredi les autorités ukrainiennes, tandis que Moscou a dit avoir détruit plus de 200 drones ukrainiens sur son territoire.”La Russie continue de terroriser les villes ukrainiennes (…) et les cibles principales de la Russie la nuit dernière étaient les zones résidentielles à Kiev et des installations énergétiques”, a déploré le président ukrainien Volodymyr Zelensky.Moscou a rétorqué, comme à son habitude, avoir visé “des installations du complexe militaro-industriel et énergétique” de l’Ukraine.La Russie pilonne quotidiennement les villes ukrainiennes depuis le début de son invasion de ce pays en février 2022, pire conflit armé en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.Selon l’armée de l’air ukrainienne, Moscou a tiré 430 drones et 19 missiles sur l’ensemble du pays, dont 405 drones et 14 missiles ont été abattus. “La principale cible était la ville de Kiev”, a-t-elle indiqué.Il s’agit d’une des pires attaques sur la capitale ukrainienne en terme de nombre de “missiles utilisés” par la Russie, selon le gouvernement. – Défense aérienne a “bien fonctionné -Quatre habitants ont été tués et une trentaine blessés, selon un dernier bilan officiel. “Presque chaque district” a été touché, a déploré le chef de l’administration militaire, Tymour Tkatchenko. Selon le ministre de l’Intérieur Igor Klymenko, les quatre victimes étaient des habitants d’un immeuble résidentiel de neuf étages. D’autres personnes pourraient encore se trouver sous les décombres, a-t-il dit.Une vingtaine de lieux ont été touchés à Kiev: des bâtiments résidentiels, un hôpital, la mission diplomatique d’Azerbaïdjan, des magasins et bureaux, a précisé le ministre.”Les Russes ont commencé à utiliser beaucoup plus de missiles balistiques, ce qui était très perceptible”, a commenté auprès l’AFP un haut responsable ukrainien s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. “Il est important que les systèmes de défense aérienne aient bien fonctionné”, en arrivant à abattre de nombreux missiles balistiques et aérobalistiques, très difficiles à détruire, s’est-il félicité. L’armée russe “combine” des tirs de ces missiles “avec des vagues de drones. Ce n’est pas facile à abattre. Mais nous apprendrons”, a assuré le responsable. Sept des dix districts de la ville ont été touchés par les frappes, selon les autorités municipales.Des journalistes de l’AFP ont entendu de fortes explosions dans le centre de Kiev pendant la nuit, et observé que les systèmes de défense aérienne avaient été activés.”Des sections des réseaux de chauffage ont été endommagées” entraînant des coupures, notamment dans le quartier Desniansky (nord-est), selon M. Tkatchenko. Oleksandr Markoushyn, maire d’Irpin, localité de la région de Kiev, a décrit une “nuit difficile” avec de “multiples (drones) shahed et missiles volant au dessus de la commune”, sur son compte Facebook.Dans le sud du pays, deux personnes ont été tuées et sept autres blessées vendredi matin sur un marché près d’Odessa, selon le gouverneur régional.- Drones ukrainiens -La Russie, dont les forces sont mieux équipées et plus nombreuses, continue d’avancer dans l’est de l’Ukraine et notamment dans la région de Donetsk où se concentre l’essentiel des combats récemment.En parallèle, Moscou multiplie depuis des semaines les bombardements sur les infrastructures civiles et énergétiques et le réseau ferroviaire ukrainiens, alors que les températures baissent à l’approche de l’hiver.Côté russe, les autorités ont annoncé avoir détruit pendant la nuit un grand nombre de drones ukrainiens, dont certains ont ciblé le port pétrolier de Novorossiisk sur la mer Noire, ainsi que les villes de Volgograd et Saratov.”Les systèmes de défense aérienne ont intercepté et détruit 216 drones ukrainiens”, dont 66 dans la région méridionale de Krasnodar et 59 au-dessus de la mer Noire, a indiqué le ministère sur Telegram.Une raffinerie de pétrole de Novorossiisk a été touchée par un incendie qui a été ensuite éteint et plusieurs immeubles résidentiels ont été endommagés par des fragments de drones, ainsi qu’un bateau civil, faisant quatre blessés au total, selon les autorités.Des attaques de drones ukrainiennes provoquent régulièrement des dégâts dans les secteurs pétrolier et gazier et sur des conduites destinées au transport des hydrocarbures, entraînant une hausse des prix du carburant.Les négociations de paix entre Kiev et Moscou sont au point mort, un sommet évoqué à Budapest entre les président américain Donald Trump et russe Vladimir Poutine n’ayant pas eu lieu.

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Désastre écologique au Brésil: BHP jugé responsable par la justice britannique

La justice britannique a reconnu vendredi le géant minier australien BHP responsable de la rupture dévastatrice d’un barrage minier au Brésil en 2015, une décision très attendue qui ouvre la voie à des dizaines de milliards de livres de compensations.”BHP est strictement responsable en tant que +pollueur+ des dommages causés par l’effondrement”, écrit la Haute Cour de Londres dans sa décision, à l’issue d’un procès titanesque tenu entre octobre 2024 et mars 2025, qui a vu se succéder experts et victimes.La question des dommages et intérêts pour les 620.000 plaignants recensés doit maintenant faire l’objet un deuxième procès, pour l’instant prévu à partir d’octobre 2026.BHP avait deux sièges à l’époque des faits, dont un à Londres, ce qui explique cet énorme procès civil dans la capitale britannique.Le groupe a annoncé dans un communiqué son “intention de faire appel de cette décision”, considérant la procédure britannique “redondante par rapport aux réparations et compensations déjà effectuées au Brésil”.Cette décision “crée un précédent historique en matière de responsabilité internationale des entreprises”, se félicite pour sa part le cabinet Pogust Goodhead, qui représente les demandeurs. “Les victimes peuvent désormais demander des dommages-intérêts en Angleterre.”- Forêt tropicale protégée -Le 5 novembre 2015, la rupture du barrage de Fundao, près de la ville de Mariana, dans l’Etat du Minas Gerais (sud-est), avait entraîné une gigantesque coulée de boue de déchets toxiques qui s’était répandue sur 650 kilomètres le long d’un fleuve, le Rio Doce, jusqu’à l’océan Atlantique.Le barrage était exploité par Samarco, dont BHP et la compagnie brésilienne Vale étaient copropriétaires. Pour les avocats des victimes, BHP était au courant pratiquement dès le début du risque sérieux que représentait cette infrastructure.La catastrophe a provoqué 19 morts, privé plus de 600 personnes de leur foyer, tué des milliers d’animaux et dévasté des zones de forêt tropicale protégée.BHP, qui affirme que l’eau du fleuve a retrouvé sa qualité depuis les faits, avait reconnu une “tragédie” mais estime avoir démontré, lors du procès à Londres, qu’elle avait su “privilégier la sécurité et agir de manière responsable”.Elle considère en outre que la solution passe par un accord de réparation et de compensation à 170 milliards de reais (28 milliards d’euros) signé l’an dernier au Brésil.”Plus de 610.000 personnes ont déjà été indemnisées au Brésil, dont environ 240 000 plaignants de l’action collective au Royaume-Uni ayant signé des renonciations pour les demandes connexes”, a souligné vendredi l’entreprise dans son communiqué vendredi.- 36 milliards de livres -Mais la majorité des plaignants recensés lors du procès de Londres (dont 31 municipalités brésiliennes, des entreprises et plusieurs peuples autochtones) estiment ne pas être couverts par cet accord et espèrent obtenir davantage auprès de la justice britannique.Le cabinet Pogust Goodhead avait il y a deux ans évalué les sommes en jeu devant la justice britannique à quelque 36 milliards de livres (41 milliards d’euros), mais cela dépendra du nombre de plaignants acceptés.Vale et BHP ont par ailleurs été relaxés il y a un an sur le plan pénal par un tribunal brésilien, pour absence de preuves sur leur responsabilité dans la rupture du barrage, une décision contre laquelle les victimes s’étaient insurgées.”Au Brésil, justice n’a pas été rendue”, avait asséné en mars dernier auprès de l’AFP Pamela Fernandes, la mère d’Emanuele Vitoria, une petite fille de cinq ans qui a perdu la vie.Sans attendre cette première décision sur la responsabilité de BHP, la Haute Cour de Londres a déjà commencé à organiser la deuxième phase de cette procédure, pour déterminer les éventuels dommages et intérêts.Une autre procédure civile est par ailleurs en cours depuis 2024 devant la justice des Pays-Bas.

Désastre écologique au Brésil: BHP jugé responsable par la justice britannique

La justice britannique a reconnu vendredi le géant minier australien BHP responsable de la rupture dévastatrice d’un barrage minier au Brésil en 2015, une décision très attendue qui ouvre la voie à des dizaines de milliards de livres de compensations.”BHP est strictement responsable en tant que +pollueur+ des dommages causés par l’effondrement”, écrit la Haute Cour de Londres dans sa décision, à l’issue d’un procès titanesque tenu entre octobre 2024 et mars 2025, qui a vu se succéder experts et victimes.La question des dommages et intérêts pour les 620.000 plaignants recensés doit maintenant faire l’objet un deuxième procès, pour l’instant prévu à partir d’octobre 2026.BHP avait deux sièges à l’époque des faits, dont un à Londres, ce qui explique cet énorme procès civil dans la capitale britannique.Le groupe a annoncé dans un communiqué son “intention de faire appel de cette décision”, considérant la procédure britannique “redondante par rapport aux réparations et compensations déjà effectuées au Brésil”.Cette décision “crée un précédent historique en matière de responsabilité internationale des entreprises”, se félicite pour sa part le cabinet Pogust Goodhead, qui représente les demandeurs. “Les victimes peuvent désormais demander des dommages-intérêts en Angleterre.”- Forêt tropicale protégée -Le 5 novembre 2015, la rupture du barrage de Fundao, près de la ville de Mariana, dans l’Etat du Minas Gerais (sud-est), avait entraîné une gigantesque coulée de boue de déchets toxiques qui s’était répandue sur 650 kilomètres le long d’un fleuve, le Rio Doce, jusqu’à l’océan Atlantique.Le barrage était exploité par Samarco, dont BHP et la compagnie brésilienne Vale étaient copropriétaires. Pour les avocats des victimes, BHP était au courant pratiquement dès le début du risque sérieux que représentait cette infrastructure.La catastrophe a provoqué 19 morts, privé plus de 600 personnes de leur foyer, tué des milliers d’animaux et dévasté des zones de forêt tropicale protégée.BHP, qui affirme que l’eau du fleuve a retrouvé sa qualité depuis les faits, avait reconnu une “tragédie” mais estime avoir démontré, lors du procès à Londres, qu’elle avait su “privilégier la sécurité et agir de manière responsable”.Elle considère en outre que la solution passe par un accord de réparation et de compensation à 170 milliards de reais (28 milliards d’euros) signé l’an dernier au Brésil.”Plus de 610.000 personnes ont déjà été indemnisées au Brésil, dont environ 240 000 plaignants de l’action collective au Royaume-Uni ayant signé des renonciations pour les demandes connexes”, a souligné vendredi l’entreprise dans son communiqué vendredi.- 36 milliards de livres -Mais la majorité des plaignants recensés lors du procès de Londres (dont 31 municipalités brésiliennes, des entreprises et plusieurs peuples autochtones) estiment ne pas être couverts par cet accord et espèrent obtenir davantage auprès de la justice britannique.Le cabinet Pogust Goodhead avait il y a deux ans évalué les sommes en jeu devant la justice britannique à quelque 36 milliards de livres (41 milliards d’euros), mais cela dépendra du nombre de plaignants acceptés.Vale et BHP ont par ailleurs été relaxés il y a un an sur le plan pénal par un tribunal brésilien, pour absence de preuves sur leur responsabilité dans la rupture du barrage, une décision contre laquelle les victimes s’étaient insurgées.”Au Brésil, justice n’a pas été rendue”, avait asséné en mars dernier auprès de l’AFP Pamela Fernandes, la mère d’Emanuele Vitoria, une petite fille de cinq ans qui a perdu la vie.Sans attendre cette première décision sur la responsabilité de BHP, la Haute Cour de Londres a déjà commencé à organiser la deuxième phase de cette procédure, pour déterminer les éventuels dommages et intérêts.Une autre procédure civile est par ailleurs en cours depuis 2024 devant la justice des Pays-Bas.

A New York, un espace pour rire sur l’immigration, défi dans un pays sous tension

“Est-ce qu’il y a d’autres immigrés dans la salle… ou est-ce qu’on s’en est débarrassé?”. La soirée vient à peine de commencer et Lucie Pohl donne déjà le ton. Des rires francs fusent parmi la quarantaine de personnes venues assister à l’édition mensuelle de l'”Immigrant Jam”, un spectacle de stand-up où tous les humoristes sont d’origine étrangère.Dernière à passer, Bianca Cristovao, née en République tchèque, regarde sa montre pour ne pas dépasser les minutes allouées pour son segment: “Combien de temps me reste-t-il… dans ce pays”, enchaîne-t-elle, déclenchant l’hilarité.Le durcissement de la politique migratoire des Etats-Unis et les expulsions de masse sous le second mandat de Donald Trump sont dans toutes les têtes.L’idée de cet événement pas comme les autres est venue à Lucie Pohl il y a plus de huit ans, après la première prise de fonction du milliardaire à la Maison Blanche.”Je me sentais triste et j’avais aussi un peu peur”, se souvient la trentenaire, “parce que je n’étais pas encore devenue citoyenne américaine” – elle l’est devenue en 2021.Et l’idée lui est venue “de créer un espace pour rendre hommage aux immigrés”, “un joyeux rassemblement, sans la peur”, raconte l’humoriste, arrivée d’Allemagne à l’âge de huit ans.L'”Immigrant Jam” a trouvé son public. Des immigrés eux-mêmes, pour partie, à l’image de la population de New York. Une Colombienne, un Bulgare ou une Israélienne sont ainsi venus, ce vendredi soir, au Caveat, petite salle du Lower East Side, à Manhattan.”Ce qu’ils disent sur leur vie aux Etats-Unis ressemble à ce que j’ai vécu”, explique Martin Calles, arrivé d’Argentine il y a 35 ans.”J’ai vu beaucoup de stand-up et c’est le spectacle qui me correspond le plus”, dit-il, constatant que beaucoup d’humoristes américains restent centrés sur leur quotidien.- “Rafraîchissant” -Le climat actuel “est un peu dur et épuisant, donc (ce spectacle) est vraiment rafraîchissant”, dit Carolina Ravassa, une spectatrice qui vient souvent. “C’est une très belle façon d’en parler.”Contactée par Lucie Pohl via les réseaux sociaux, l’humoriste Lakshmi Kopparam, d’origine indienne, n’a eu aucun mal à rejoindre la rotation d'”Immigrant Jam”, renouvelée d’une soirée à l’autre même si certains repassent régulièrement.”Mon matériel (anecdotes, blagues, chutes) était déjà tellement imprégné de ça que je n’ai rien eu à inventer”, dit celle qui est ingénieure informatique chez Amazon le jour.Visa, permis de séjour, naturalisation, différences culturelles, intégration… Chacun évoque son parcours sans jamais lâcher la veine de l’humour.”Je ne dis pas aux comédiens qu’ils doivent dire des choses sur l’immigration quand ils viennent ici”, précise Lucie Pohl, qui anime également le podcast “Immigrant Jam”. “Beaucoup en parlent, mais je pense que ce n’est pas conscient.”Au coeur de Manhattan la cosmopolite, qui vient d’élire un maire musulman et très marqué à gauche, les humoristes peuvent s’attendre à un public bienveillant et Lucie Pohl ne se souvient pas d’une remarque acerbe ou d’un incident.”C’est clairement un endroit où on se sent en sécurité”, abonde Bianca Cristovao, qui est souvent, lorsqu’elle se produit ailleurs, “la seule personne issue de l’immigration”.”J’ai l’impression que les gens comprennent un peu mieux mon histoire”, décrit-elle, et “aussi que je peux me permettre d’aller un peu plus loin quand je critique les Etats-Unis.”Lorsqu’un spectateur allemand explique à Lucie Pohl qu’il vient de s’installer aux Etats-Unis, l’humoriste lui répond, du tac au tac: “Pourquoi? Pour voir comment les gens pauvres vivent sans assurance santé?”.Mais les piques aux Américains ne sont jamais appuyées. La question se pose pourtant de savoir si cet humour est transposable ailleurs aux Etats-Unis, pays désormais très polarisé.”Peut-être pas dans des Etats républicains”, avance Carolina Ravassa, d’origine colombienne, “même s’ils se moquent surtout de leur pays d’origine ou de leur accent.”Pour Bianca Cristovao, qui est récemment devenue citoyenne des Etats-Unis, amener ces sujets à un public plus large pourrait avoir des vertus pédagogiques.”Beaucoup d’Américains ne savent pas exactement comment on devient Américain”, affirme-t-elle. “C’est un processus long et difficile et je pense que c’est important d’en faire prendre conscience.”

L’armée française mise sur la “révolution culturelle” de la robotique terrestre

L’armée française avait raté le virage des drones, elle veut être aux avant-postes de celui de la robotique terrestre et mise sur l’intelligence artificielle pour disposer d’ici deux ans d’une unité robotisée de combat autonome.Comme la Première Guerre mondiale avait vu exploser l’emploi de la voiture et de l’avion, la guerre en Ukraine met en lumière les progrès galopants de la robotique terrestre.Dans ce conflit figé où s’exposer fait prendre le risque d’être vite éliminé par un drone, les “robots mules”, télécommandés par un soldat, sont de plus en plus utilisés pour l’évacuation des blessés ou des tâches logistiques.L’armée de Terre française s’est essayée à l’emploi de ces robots pilotés à distance au cours de l’exercice de l’Otan Dacian Fall, qui vient de s’achever en Roumanie. Mais ce ne sont que des balbutiements avant l’avènement de robots pleinement autonomes car dopés à l’IA.”La robotique terrestre, il y a cinq ans on aurait dit qu’elle arriverait en 2030-2035. Manifestement, cette date se rapproche, parce que la technologie évolue plus vite qu’on ne le pensait”, estime le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre.Avec le projet Pendragon lancé en mars et doté de 35 millions d’euros pour 2026, l’armée de Terre entend selon lui “anticiper et exploiter ce qui sera une révolution culturelle et tactique”.”A l’été 2026, nous voulons avoir une première unité opérationnelle robotisée”, constituée d’une vingtaine de robots dont une partie de drones aériens, espère-t-il.- “Cerveau collectif” -C’est à Bruz, près de Rennes, que l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (Amiad) planche pour lui donner vie.”L’enjeu est d’arriver à coordonner un ensemble hétérogène de drones et de robots pour remplir des missions”, explique son directeur technique Alain Droniou, qui table sur une “première démonstration” l’été prochain et un “premier de série” l’année suivante.Il faut développer les algorithmes d’IA qui permettront de donner un “cerveau collectif” à ces robots.Un humain assigne une mission à l’unité robotisée et “l’intelligence artificielle entre en jeu pour décliner cette mission en sous-tâches automatisées” assignées aux différents robots: “l’unité a le droit d’organiser tout d’elle-même pour arriver à faire sa mission”, explique un ingénieur de l’Amiad.Si un robot est perdu au cours de la mission, “on veut que, de manière autonome, les drones qui composent la flotte arrivent à se réorganiser”, ajoute-t-il à côté d’une volière où évolue un robot à quatre roues survolé par un petit drone.L’Amiad a conscience d’avancer à tâtons car “on ne sait pas dire exactement quelle sera la configuration de l’URC (l’unité robotique de combat, ndlr) et quelles seront exactement les missions tactiques qui seront remplies”, confesse Alain Droniou.L’objectif in fine est de pouvoir effectuer les missions dévolues à une section d’infanterie de 40 hommes.- Pas des Terminator -Mais le chemin promet d’être semé d’embûches, comme a pu le montrer le Challenge de collaboration homme-machine (CoHoMa). Organisé au printemps, il a mis en compétition des équipes regroupant industriels, laboratoires de recherche et écoles d’ingénieurs.Toute la difficulté est que “le robot doit faciliter l’action de combat, et non pas la contraindre”, expliquait-on alors.Entre progresser sur un terrain accidenté et conserver la communication avec le robot malgré le brouillage, les écueils sont nombreux. Une herbe un peu trop haute peut être perçue par le robot comme un obstacle infranchissable, des nénuphars sur une mare comme un passage possible.Avec Pendragon, les drones aériens avec leur caméra doivent servir d’éclaireur aux robots à roues pour leur indiquer les chemins possibles.Une fois opérationnelle, “comme tout système d’armes, la destruction fera partie des missions de l’unité robotisée”, selon Alain Droniou.Mais avant de s’en prendre à des soldats ennemis, “on peut penser à détruire des matériels et éventuellement, dans les combats futurs, des unités robotiques qui auront été développées par nos adversaires”, explique-t-il.La France “refuse de confier la décision de vie ou de mort à une machine qui agirait de façon pleinement autonome et échapperait à tout contrôle humain”, avait promis dès 2019 Florence Parly, alors ministre des Armées, assurant que “Terminator ne défilera pas au 14-Juillet”.