Allocations familiales: un coup de rabot pour financer le congé de naissance

La majoration des allocations familiales n’interviendra plus aux 14 ans de l’enfant, mais aux 18 ans, soit un manque à gagner pouvant atteindre 900 euros par an pour les familles concernées, en vertu d’une mesure qui entre en vigueur dimanche. Plusieurs associations déplorent cette mesure, qui vise à financer le nouveau congé de naissance, dans un contexte de chute historique de la natalité. – Ce qui change au 1er mars – Les allocations familiales, versées sous conditions de ressources, ne seront plus majorées lorsque les enfants atteignent l’âge de 14 ans. Jusqu’ici, les familles avec deux enfants bénéficiaient d’une augmentation quand le plus jeune atteignait cet âge, et celles avec trois enfants ou plus bénéficiaient de cette majoration pour chaque enfant franchissant cet âge, jusqu’à ses 20 ans.Désormais, la majoration n’interviendra qu’aux 18 ans de l’enfant. Les familles dont l’enfant a eu 14 ans avant le 1er mars continueront toutefois de percevoir l’ancien dispositif.Selon le gouvernement, la majoration de 14 ans représentait 75,90 euros supplémentaires par mois, au maximum, soit plus de 900 euros par an pour les familles concernées. – Quelles économies pour l’État? – Le ministère des Solidarités et des Familles justifie ce décalage par une logique de réallocation plus adaptée aux “besoins réels”. “Un enfant de 14 ans ne coûte pas plus cher qu’un enfant de 10 ans. Son coût augmente surtout avec les études supérieures et l’entrée dans la vie active”, explique-t-on.Selon le gouvernement, ce décalage permettra de réaliser 210 millions d’euros d’économies dès cette année, puis 1,2 milliard par an d’ici à quatre ans.Elles permettront de financer le congé de naissance qui entrera en vigueur au 1er juillet, et s’ajoutera aux congés maternité et paternité. De deux mois pour chaque parent, il sera rémunéré à 70% du salaire net le premier mois et 60% le second.- Un choix critiqué – Le Conseil de la famille du HCFEA (Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge), qui conseille le gouvernement, est défavorable à cette mesure, qui va “affecter particulièrement les familles nombreuses et modestes” dans un contexte “où la pauvreté infantile augmente”, souligne sa présidente Hélène Périvier.La branche Famille de la Sécurité sociale est “excédentaire et n’a donc pas besoin de raboter les allocations familiales pour financer ce congé de naissance”, dit-elle à l’AFP, relevant que ses excédents sont depuis des années utilisés pour financer des mesures qui relèvent des autres branches de la Sécurité sociale (maladie, vieillesse…).L’économie réalisée par la suppression de la majoration sera deux fois supérieure au coût du congé de naissance, estimé à 600 millions d’euros à terme, note pour sa part l’Union nationale des associations familiales.Le conseil d’administration de la Caisse nationale aux allocations familiales (Cnaf), où siègent les associations, s’est prononcé contre le décret décalant la majoration.Une famille avec un adolescent a besoin de 250 euros de plus par mois qu’avec un enfant en primaire, a calculé l’Unaf.”Un adolescent mange davantage et plus souvent hors de la maison, on peut plus difficilement le faire partager la chambre d’un autre, il se déplace seul et plus loin. Ses vêtements, ses loisirs, l’équipement téléphonique sont plus coûteux”, décrit Céline Bouillot, chargée de mission à l’Unaf.- Chute de natalité – Cette mesure intervient de plus dans un contexte de recul historique de la natalité en France, observent des associations: 644.000 naissances en 2025, soit 2,3% de moins qu’en 2024 et 24% de moins qu’en 2010, soit le niveau le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale.L’instauration du nouveau congé de naissance, promesse d’Emmanuel Macron, est d’ailleurs la mesure emblématique de l’exécutif face à cette baisse historique. “La dénatalité est liée au fait que la société ne prenne pas assez en compte les familles. La réforme des allocations familiales revient à faire payer le congé de naissance par les familles modestes avec des adolescents, alors que les excédents de la Cnaf devraient servir aux familles”, regrette Mireille Lachaud de Familles de France.

Municipales: à Grenoble, Alain Carignon tente un énième retour

Grenoble, bastion de gauche imprenable ? Pas si vite, répète l’ancien maire RPR Alain Carignon, déterminé malgré ses casseroles judiciaires à combler son retard sur la favorite des sondages, Laurence Ruffin, soutenue par l’écologiste sortant Eric Piolle.Une chose est sûre, Grenoble, après avoir été un laboratoire des Verts dont elle fut la première grande conquête …

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Encore plus de Français fortunés non imposés qu’on ne pensait, affirme l’ancien ministre Éric Lombard

Ce sont “autour de 50.000” foyers détenteurs d’un patrimoine élevé qui échappent à l’impôt sur le revenu ou sur les plus-values et dividendes, a affirmé vendredi l’ancien ministre de l’Économie, Éric Lombard, qui avait initialement lancé l’alerte.Cet ancien dirigeant de grands groupes financiers, au sein de BNP Paribas puis à la Caisse des dépôts et …

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Encore plus de Français fortunés non imposés qu’on ne pensait, affirme l’ancien ministre Éric Lombard

Ce sont “autour de 50.000” foyers détenteurs d’un patrimoine élevé qui échappent à l’impôt sur le revenu ou sur les plus-values et dividendes, a affirmé vendredi l’ancien ministre de l’Économie, Éric Lombard, qui avait initialement lancé l’alerte.Cet ancien dirigeant de grands groupes financiers, au sein de BNP Paribas puis à la Caisse des dépôts et consignations, et ex-adhérent du Parti socialiste, a fait un bref passage à Bercy, de décembre 2024 à octobre 2025, dans le gouvernement de François Bayrou.Il a expliqué vendredi sur RTL qu’il avait alors souhaité s’intéresser à ces cas: “J’avais demandé qu’on creuse le sujet. Et je maintiens d’ailleurs cette demande”.C’est lui-même qui a ouvert la polémique en déclarant au journal Libération en janvier: “Parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu!”Des parlementaires, alertés par ses propos, ont alors réclamé à Bercy des détails sur la fiscalité des particuliers en 2024.- Produits financiers -L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) a concerné quelque 186.000 foyers en 2024. Parmi eux, des sénateurs en ont trouvé en février 13.335 avec un revenu fiscal de référence si faible qu’ils ont été dispensés d’impôt sur le revenu, les plus-values et les dividendes.Mais le chiffre des Français fortunés non imposés est en vérité encore plus élevé, a assuré vendredi M. Lombard.”Il y a, j’estime, autour de 50.000 ménages probablement, si on fait un calcul statistique rapide, qui ont un revenu fiscal de référence modeste par rapport à leur patrimoine financier”, a-t-il déclaré à l’AFP, auprès de laquelle il souhaitait apporter des précisions.M. Lombard inclut des foyers fiscaux qui ne sont pas redevables de l’IFI mais qui détiennent un montant élevé d’actifs mobiliers, comme des produits financiers.”Pour une part non négligeable, c’est lié à ce qu’on appelle la suroptimisation fiscale (…) C’est légal (…) Certains peuvent trouver des montages permettant de réduire leur base fiscale”, affirmait-il sur RTL.Selon lui, “ça touche entre 0,1 et 0,3% des Français, sur lesquels il faut qu’on analyse ce qu’il se passe”.- “Situations extrêmement différentes” -“Ma conviction, en termes d’équité, c’est qu’avec ces nouvelles méthodes permettant de piloter ses revenus, quand on a des revenus assez importants, il faut que l’imposition soit aussi indexée sur le patrimoine, en tout cas sur l’épargne financière”, a exposé l’ancien ministre.M. Lombard a cependant déploré que le fisc n’ait connaissance que d’une partie du patrimoine des contribuables, la partie immobilière. Conformément à la loi française, “il n’y a pas de déclaration des patrimoines financiers”, a-t-il fait remarquer à l’AFP.Interrogé par RTL sur son positionnement politique, M. Lombard s’est dit “indépendant”. Il “travaille pour faire une plateforme” afin de rassembler “du Parti socialiste jusqu’à LR”, a-t-il révélé.Sur ce sujet de la fiscalité des riches, le gouvernement de Sébastien Lecornu a adopté une position défensive.La nouvelle première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, lorsqu’elle était en janvier encore ministre de l’Action et des Comptes publics, avait déclaré à l’Assemblée nationale: “Il n’est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu. Il n’y a pas de document à Bercy qui le montrerait”.Son successeur David Amiel, interrogé mardi également à l’Assemblée nationale, a dénoncé une “confusion dans ce débat”, avec des contribuables dans “des situations extrêmement différentes”.”Il y a des retraités qui possèdent des biens dans des zones qui ont connu une flambée immobilière. Il y a des entrepreneurs qui ont des revenus extrêmement variables”, avait avancé M. Amiel. Il a promis aux parlementaires “une analyse plus approfondie des différents cas possibles”.L’Assemblée nationale a créé le 11 février une commission d’enquête sur l'”imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics”.En France, 53% des 41,5 millions de foyers ayant rempli une déclaration de revenus pour 2024 n’ont pas payé d’impôt sur le revenu.

UN urges action to prevent full civil war in S.SudanFri, 27 Feb 2026 12:33:26 GMT

The UN rights chief voiced alarm Friday at the deteriorating situation in South Sudan, calling for “urgent action” to avert a return to full-scale civil war.”We need urgent action to preserve the peace agreement and prevent fragmentation and cycles of retaliation that could herald a return to all-out civil war,” Volker Turk said in an …

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Municipales: “le sujet de la probité doit être important”, prône la directrice de l’Agence française anticorruption

En pleine campagne des municipales, Isabelle Jégouzo, patronne de l’Agence française anticorruption (AFA), appelle à faire de la lutte contre la corruption un enjeu du débat, rappelant que près d’un tiers des décisions de justice pour atteintes à la probité concernent le bloc communal.Entre 2016 et 2024, le nombre d’enquêtes pour des faits de corruption …

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Affaire Sarah Halimi: Kobili Traoré interpellé dans un autre dossier, la famille veut un procès

L’interpellation, dans une récente affaire de séquestration, de Kobili Traoré, jugé pénalement irresponsable du meurtre de Sarah Halimi en 2017, peut-elle rouvrir ce dossier retentissant ? C’est le voeu de la famille de la sexagénaire juive tuée, qui espère toujours un procès.Un nom bien connu de la chronique judiciaire a donc refait surface vendredi par le biais d’un communiqué du parquet de Paris. Kobili Traoré, ainsi que deux autres suspects, vont passer devant un juge d’instruction “en vue de leur mise en examen”, mis en cause dans une affaire d'”enlèvement, séquestration et vol avec arme”, crimes passibles de 20 ans de réclusion. Leur détention provisoire est requise, précise encore le ministère public.Kobili Traoré, gros consommateur de cannabis, avait roué de coups, au cri de “Allah Akbar”, et jeté par-dessus le balcon Sarah Halimi, sa voisine d’immeuble, âgée de 65 ans, il y a près de 9 ans à Paris.Bien qu’entérinant la nature antisémite du meurtre, la Cour de cassation, plus haute juridiction de la justice française, avait confirmé l’absence de procès dans cette affaire retentissante en avril 2021. Selon les experts psychiatriques, le meurtrier a été pris d’une “bouffée délirante” au moment des faits. Cette décision avait provoqué un vif émoi en France et au-delà, avec des manifestations d’ampleur dans l’Hexagone et en Israël pour réclamer, en vain, un procès du meurtrier, confié à différents services psychiatriques. – “Stupéfaction et effarement” -Cette fois Kobili Traoré, et deux complices présumés, s’en sont pris fin janvier à une personne chez qui ils “se fournissaient en stupéfiants” et avec qui l’un des suspects “avait un litige financier”, mentionne le parquet de Paris.Une fois dans son appartement, ils ont aspergé la victime “de gaz lacrymogène” et l’ont “violentée, avant de fouiller l’habitation”. Des bijoux, sacs de valeur, téléphone, et la clé d’un box ont été dérobés. Les agresseurs présumés ont attaché la victime sur une chaise avant de quitter les lieux.”C’est avec stupéfaction et effarement que nous avons appris que l’assassin et le bourreau de Sarah Halimi a été placé en garde à vue”, pour des faits “particulièrement violents”, a réagi la famille de Sarah Halimi par la voix de son avocat Me Olivier Pardo. La famille de Sarah Halimi, “qui a vécu l’absence de procès comme une blessure qui ne se referme pas ne peut que s’indigner” de la permission de sortie dont aurait bénéficié Kobili Traoré pour commettre ce récent méfait, alors qu’il faisait l’objet d’une “hospitalisation sous contrainte”, selon ce conseil. Cette séquestration “démontre un peu plus la nécessité impérieuse de rouvrir ce dossier afin de rétablir la vérité”, souligne Me Pardo, selon qui des “éléments nouveaux vont être produits” démontrant “que la thèse de l’abolition du discernement après la prise de stupéfiants ne correspond pas à la réalité”. – “Comme dans l’affaire Epstein” -“Des initiatives procédurales seront prises dans les prochaines semaines”, ajoute encore le conseil, martelant dans un communiqué que “le calvaire et l’assassinat de Sarah Halimi ne peuvent rester impunis”.Le cabinet de Me Pardo travaille depuis plusieurs mois sur ces éléments nouveaux, qu’il réserve à la justice et qui sont de nature selon lui à “pouvoir permettre la réouverture du dossier du meurtre de Sarah Halimi, un peu comme dans l’affaire Epstein”, éclaire-t-il cette fois auprès de l’AFP. Argument majeur pour la famille de Sarah Halimi, un psychiatre a attesté au cours de la garde à vue récente de Kobili Traoré “qu’il ne présentait pas de symptomatologie aigüe, ni syndrome délirant ni désorganisation”, rapporte le parquet de Paris.”Kobili Traoré a dû faire valoir, cette fois encore, que son discernement était aboli, mais cette fois l’expertise démontre que ce n’est pas le cas, c’est un élément complémentaire sur lequel je vais m’appuyer”, insiste auprès de l’AFP Me Pardo. “Avec ces faits récents et les éléments nouveaux que nous allons apporter sur la mort de Sarah Halimi, nous entendons démontrer qu’il y a eu une préméditation qui est incompatible avec une abolition du discernement”, conclut l’avocat.

Mercosur: l’UE va appliquer l’accord de façon provisoire, contre l’avis de la France

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vendredi que l’Union européenne allait appliquer de façon provisoire l’accord commercial avec les pays du Mercosur, en dépit des fortes réserves exprimées par la France.”Au cours des dernières semaines, j’ai échangé sur cette question de manière approfondie avec les Etats membres et les élus du Parlement européen. Sur cette base, la Commission va désormais procéder à l’application provisoire”, a-t-elle déclaré lors d’une courte allocution à la presse.Cette annonce a immédiatement été dénoncée par Paris. “C’est une décision que je regrette”, a déclaré la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard, la qualifiant de “très préjudiciable”.Les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne ont signé mi-janvier ce traité créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde.Cet accord doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains.Pour ses détracteurs, cela va toutefois bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.Mais l’application de ce traité avait été suspendue après un vote d’eurodéputés, encouragés par le secteur agricole qui a multiplié les mobilisations contre ce texte.Ces élus avaient saisi la justice de l’UE afin de vérifier que l’accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay était bien conforme aux traités européens — une procédure censée prendre plusieurs mois. La Commission européenne avait toutefois la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire, après sa ratification par de premiers pays du Mercosur, ce que l’Argentine et l’Uruguay ont fait jeudi.- “Mépris” -Fervent partisan de l’accord, le chancelier allemand Friedrich Merz avait réclamé cette application temporaire, à laquelle la France est opposée. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait averti fin janvier qu’une application provisoire de ce traité de libre échange constituerait “une forme de viol démocratique”.”En pleine semaine du Salon international de l’agriculture, Ursula von der Leyen choisit de passer en force”, a dénoncé l’eurodéputée française Céline Imart, auprès de l’AFP, après l’annonce de la présidente de la Commission européenne.”En déclenchant l’application provisoire de l’accord Mercosur sans attendre l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne, pourtant voté par le Parlement européen, la Commission européenne fait le choix du mépris à l’égard du monde agricole”, a-t-elle martelé.Concrètement, que va-t-il désormais se passer? La Commission doit maintenant notifier formellement les pays du Mercosur de son intention d’appliquer cet accord. Il entrera en vigueur “deux mois après ces échanges formels”, a expliqué Olof Gill, un des porte-paroles de la Commission.La Commission comme la majorité des États européens sont favorables à ce traité de libre-échange. Tous soulignaient la nécessité de mettre en œuvre l’accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l’Europe.”Nous avons besoin du Mercosur”, a martelé vendredi Olof Gill devant la presse.”L’application provisoire est, par nature, provisoire”, a toutefois défendu Ursula von der Leyen, s’engageant à continuer à dialoguer avec les responsables et élus européens au cours des prochains mois sur ce dossier.Pour entrer définitivement en vigueur, l’accord commercial avec le Mercosur doit encore être ratifié par le Parlement européen, mais ce dernier a suspendu sa décision à un avis de la Cour européenne de justice, qui n’est pas attendu avant plusieurs mois.

Santé et prévention: l’essor des check-up privés soulève des inquiétudes

Mieux vaut prévenir que guérir, mais à quel coût? Des structures privées proposent des bilans de santé de prévention ultra complets, et très chers, soulevant réserves et inquiétudes chez des experts, qui dénoncent un modèle “élitiste” et pas forcément pertinent pour être en meilleure santé. Chez Zoï, start-up française de check-up médicaux personnalisés, aucun matériel médical n’est apparent. Dans les locaux à la décoration minimaliste – nichés au cœur de Paris, entre la place Vendôme et celle de l’Opéra – tout est dissimulé derrière des armoires en bois, dans une ambiance tamisée.Son cofondateur, Ismaël Emelien, ancien grand artisan de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017, revendique d’avoir conçu un “lieu qui ne soit pas un hôpital, pas un hôtel, et qui ne ressemble à aucun autre”.Le client – appelé “membre” – est directement installé à son arrivée dans l’une des 18 “suites”, dans laquelle se relaieront autour de lui, pendant quatre heures, des professionnels de santé.Au programme: 36 bilans dont l’analyse de 145 marqueurs biologiques, un électrocardiogramme, une échographie complète du corps, l’analyse du microbiote et quatre examens d’imagerie avancée – pour un prix total de 3.600 euros, non pris en charge par la Sécurité sociale.”Plus de la moitié des maladies chroniques non transmissibles sont évitables par le comportement. On a donc créé un service de santé préventive qui vise à comprendre les risques auxquels vous êtes exposés et vous fournir une feuille de route personnalisée pour vous aider à les réduire”, décrit à l’AFP M. Emelien.Une approche “extrêmement élitiste”, fustige Christine Ferron, déléguée générale de Fédération promotion santé, association qui mène des actions de prévention partout en France, et pour qui il est “inacceptable de considérer que cette offre serait une réponse adéquate aux problématiques de santé que l’on rencontre aujourd’hui”. Début janvier, l’arrivée chez Zoï de Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé et figure des années Covid en France, a d’ailleurs suscité l’indignation de certains de ses confrères.”J’ai toujours été un fervent partisan de la prévention”, se défend-il auprès de l’AFP. “Les bilans que l’on fait ici, et c’est pour ça que je suis venu, ce n’est pas uniquement des dépenses multiples ou des choix cosmétiques, c’est vraiment des examens ciblés pour être les plus pertinents dans une démarche de médecine préventive”, affirme-t-il.- Pas d’efficacité démontrée -Cette entreprise n’est pas la seule sur ce créneau. Pionnier, l’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) propose aussi des bilans de santé depuis plus de trente ans pour plusieurs milliers d’euros. D’autres start-up, comme Lucis ou Kor, se sont lancées récemment.Créée en janvier 2025, Lucis (5.000 utilisateurs revendiqués) est une “plateforme de santé préventive, adossée à des réseaux de laboratoire”, présente à l’AFP son fondateur, Max Berthelot.Pour 490 euros annuels, l’abonnement comprend deux bilans (analyse de 110 biomarqueurs, microbiote, âge biologique) qui donnent lieu à des recommandations “autour de la nutrition, du sommeil, de l’activité physique, du stress, etc.”, détaille-t-il.Pas de quoi convaincre Christine Ferron, pour qui les bilans proposés par cette offre privée n’ont pas “démontré leur efficacité” et ne correspondent à “aucune recommandation officielle”.L’analyse du microbiote n’est par exemple pas recommandée par la Société nationale française de gastro-entérologie ; tandis que l’âge biologique – l’âge des cellules qui diffèrerait de l’âge chronologique – “fait l’objet de nombreuses recherches, mais ne permet pas encore d’applications cliniques”, souligne le biologiste Eric Gilson, spécialiste du vieillissement.Quant à l’analyse des biomarqueurs, utilisée notamment pour prévoir les risques de maladie, “ce ne sont que des probabilités”, qui sont surtout modulables “selon l’environnement”, rappelle Marion Albouy, médecin de santé publique. D’ailleurs, observe-t-elle, le fait d’être informé d’un risque ne suffit pas à changer une habitude, comme par exemple celle de fumer ou boire de l’alcool, note la cheffe du service de santé publique du CHU de Poitiers.Selon Zoï, qui assure “ne pas faire d’examens inutiles”, 90% de leurs clients déclarent suivre les recommandations les plus importantes, notamment grâce “au suivi via une application”.- Bilans gratuits – Depuis son ouverture il y a deux ans, le centre a réalisé plus de 3.000 check-up – dont la moitié à des cadres, envoyés par leur entreprise, comme le géant français des cosmétiques L’Oréal ou celui de l’eau et des déchets Veolia. “Non seulement ça les assure contre des risques mais ça améliore aussi les performances, ça réduit l’absentéisme, ça réduit le burn-out”, assure M. Emelien.Pour Marie Persiani, vice-présidente de la Fédération promotion santé, cette vision de la prévention “très centrée sur l’individu” est “trop limitée pour être efficace”, puisqu’elle occulte de nombreux facteurs “plus déterminants” comme les conditions de vie ou de travail.Aussi, considérer l’individu comme “gestionnaire de ses propres risques” revient à lui “donner l’illusion de pouvoir contrôler sa trajectoire” en “surfant sur ses inquiétudes”.Sans oublier que cette multiplication de tests augmente le risque de déceler des potentielles anomalies “qui n’auraient jamais évolué”: “Cela peut entraîner des traitements invasifs, des opérations, des biopsies, donc beaucoup d’anxiété et de surtraitement”, avertit Mme Persiani.Les Français ont aussi déjà accès -gratuitement- à des check-up. Le dispositif “Mon bilan prévention”, généralisé en 2024, s’adresse ainsi à quatre tranches d’âge ciblées -18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, ou 70-75 ans- et consiste à faire le point sur sa santé.Selon les chiffres de l’assurance maladie, 170.000 bilans ont été réalisés au cours des 18 premiers mois du lancement du dispositif – loin des plus de 20 millions de Français concernés.En matière de prévention, “il faut surtout consolider ce qu’on a déjà”, avance le Dr Albouy. Elle s’inquiète d’une “dérive qui résumerait la prévention” à ces bilans proposés par des start-up, qui ne sont qu’un “gadget” et participent à “l’aggravation des inégalités sociales”.Pour Christine Ferron, en plus d’être réservée à “une poignée de privilégiés”, cette offre privée se crée “au détriment du reste de la population”. Ces bilans mobilisent des ressources “en matériel et en professionnels alors que la population manque cruellement d’accès aux soins”, dénonce-t-elle.

Santé et prévention: l’essor des check-up privés soulève des inquiétudes

Mieux vaut prévenir que guérir, mais à quel coût? Des structures privées proposent des bilans de santé de prévention ultra complets, et très chers, soulevant réserves et inquiétudes chez des experts, qui dénoncent un modèle “élitiste” et pas forcément pertinent pour être en meilleure santé. Chez Zoï, start-up française de check-up médicaux personnalisés, aucun matériel médical n’est apparent. Dans les locaux à la décoration minimaliste – nichés au cœur de Paris, entre la place Vendôme et celle de l’Opéra – tout est dissimulé derrière des armoires en bois, dans une ambiance tamisée.Son cofondateur, Ismaël Emelien, ancien grand artisan de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017, revendique d’avoir conçu un “lieu qui ne soit pas un hôpital, pas un hôtel, et qui ne ressemble à aucun autre”.Le client – appelé “membre” – est directement installé à son arrivée dans l’une des 18 “suites”, dans laquelle se relaieront autour de lui, pendant quatre heures, des professionnels de santé.Au programme: 36 bilans dont l’analyse de 145 marqueurs biologiques, un électrocardiogramme, une échographie complète du corps, l’analyse du microbiote et quatre examens d’imagerie avancée – pour un prix total de 3.600 euros, non pris en charge par la Sécurité sociale.”Plus de la moitié des maladies chroniques non transmissibles sont évitables par le comportement. On a donc créé un service de santé préventive qui vise à comprendre les risques auxquels vous êtes exposés et vous fournir une feuille de route personnalisée pour vous aider à les réduire”, décrit à l’AFP M. Emelien.Une approche “extrêmement élitiste”, fustige Christine Ferron, déléguée générale de Fédération promotion santé, association qui mène des actions de prévention partout en France, et pour qui il est “inacceptable de considérer que cette offre serait une réponse adéquate aux problématiques de santé que l’on rencontre aujourd’hui”. Début janvier, l’arrivée chez Zoï de Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé et figure des années Covid en France, a d’ailleurs suscité l’indignation de certains de ses confrères.”J’ai toujours été un fervent partisan de la prévention”, se défend-il auprès de l’AFP. “Les bilans que l’on fait ici, et c’est pour ça que je suis venu, ce n’est pas uniquement des dépenses multiples ou des choix cosmétiques, c’est vraiment des examens ciblés pour être les plus pertinents dans une démarche de médecine préventive”, affirme-t-il.- Pas d’efficacité démontrée -Cette entreprise n’est pas la seule sur ce créneau. Pionnier, l’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) propose aussi des bilans de santé depuis plus de trente ans pour plusieurs milliers d’euros. D’autres start-up, comme Lucis ou Kor, se sont lancées récemment.Créée en janvier 2025, Lucis (5.000 utilisateurs revendiqués) est une “plateforme de santé préventive, adossée à des réseaux de laboratoire”, présente à l’AFP son fondateur, Max Berthelot.Pour 490 euros annuels, l’abonnement comprend deux bilans (analyse de 110 biomarqueurs, microbiote, âge biologique) qui donnent lieu à des recommandations “autour de la nutrition, du sommeil, de l’activité physique, du stress, etc.”, détaille-t-il.Pas de quoi convaincre Christine Ferron, pour qui les bilans proposés par cette offre privée n’ont pas “démontré leur efficacité” et ne correspondent à “aucune recommandation officielle”.L’analyse du microbiote n’est par exemple pas recommandée par la Société nationale française de gastro-entérologie ; tandis que l’âge biologique – l’âge des cellules qui diffèrerait de l’âge chronologique – “fait l’objet de nombreuses recherches, mais ne permet pas encore d’applications cliniques”, souligne le biologiste Eric Gilson, spécialiste du vieillissement.Quant à l’analyse des biomarqueurs, utilisée notamment pour prévoir les risques de maladie, “ce ne sont que des probabilités”, qui sont surtout modulables “selon l’environnement”, rappelle Marion Albouy, médecin de santé publique. D’ailleurs, observe-t-elle, le fait d’être informé d’un risque ne suffit pas à changer une habitude, comme par exemple celle de fumer ou boire de l’alcool, note la cheffe du service de santé publique du CHU de Poitiers.Selon Zoï, qui assure “ne pas faire d’examens inutiles”, 90% de leurs clients déclarent suivre les recommandations les plus importantes, notamment grâce “au suivi via une application”.- Bilans gratuits – Depuis son ouverture il y a deux ans, le centre a réalisé plus de 3.000 check-up – dont la moitié à des cadres, envoyés par leur entreprise, comme le géant français des cosmétiques L’Oréal ou celui de l’eau et des déchets Veolia. “Non seulement ça les assure contre des risques mais ça améliore aussi les performances, ça réduit l’absentéisme, ça réduit le burn-out”, assure M. Emelien.Pour Marie Persiani, vice-présidente de la Fédération promotion santé, cette vision de la prévention “très centrée sur l’individu” est “trop limitée pour être efficace”, puisqu’elle occulte de nombreux facteurs “plus déterminants” comme les conditions de vie ou de travail.Aussi, considérer l’individu comme “gestionnaire de ses propres risques” revient à lui “donner l’illusion de pouvoir contrôler sa trajectoire” en “surfant sur ses inquiétudes”.Sans oublier que cette multiplication de tests augmente le risque de déceler des potentielles anomalies “qui n’auraient jamais évolué”: “Cela peut entraîner des traitements invasifs, des opérations, des biopsies, donc beaucoup d’anxiété et de surtraitement”, avertit Mme Persiani.Les Français ont aussi déjà accès -gratuitement- à des check-up. Le dispositif “Mon bilan prévention”, généralisé en 2024, s’adresse ainsi à quatre tranches d’âge ciblées -18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, ou 70-75 ans- et consiste à faire le point sur sa santé.Selon les chiffres de l’assurance maladie, 170.000 bilans ont été réalisés au cours des 18 premiers mois du lancement du dispositif – loin des plus de 20 millions de Français concernés.En matière de prévention, “il faut surtout consolider ce qu’on a déjà”, avance le Dr Albouy. Elle s’inquiète d’une “dérive qui résumerait la prévention” à ces bilans proposés par des start-up, qui ne sont qu’un “gadget” et participent à “l’aggravation des inégalités sociales”.Pour Christine Ferron, en plus d’être réservée à “une poignée de privilégiés”, cette offre privée se crée “au détriment du reste de la population”. Ces bilans mobilisent des ressources “en matériel et en professionnels alors que la population manque cruellement d’accès aux soins”, dénonce-t-elle.