Un an après le passage du cyclone Chido, Mayotte se reconstruit lentement

Dans le quartier résidentiel des Hauts-Vallons à Mamoudzou, prisé des fonctionnaires de Mayotte, des tas de gravats sont toujours entassés ici ou là. Un an après le passage du cyclone Chido, qui a dévasté l’archipel de l’océan Indien, “rien n’a été fait”, se désole un habitant. Assis sur un chaise de camping, devant l’immeuble construit il y a seulement cinq ans par la société immobilière de Mayotte, Anli regarde les passants. A côté de lui, s’amoncellent des morceaux de placo, de bois et de barres métalliques. Le toit de l’immeuble a été arraché le 14 décembre 2024 quand le cyclone Chido a frappé l’archipel, détruisant également les logements du dernier étage. Résident du rez-de-chaussée, Anli subit toujours des infiltrations, faute d’intervention des pouvoirs publics. Si sur le territoire des travaux ont été réalisés dans les collèges et lycées au cours de l’été pour pouvoir accueillir les élèves à la rentrée d’août, les habitations et les bâtiments publics restent marqués par la catastrophe naturelle.Selon la Fondation pour le logement, “60% du bâti de l’île a été endommagé ou détruit et plus des 2/3 des logements collectifs ont subi des dommages”.- “Explosion” des prix -“Nous avons mis du temps à démarrer les travaux”, concède Ahmed Ali Mondroha, directeur général de la société immobilière de Mayotte (SIM), qui évalue les dégâts causés par le cyclone à 72 millions d’euros. “Sur 1.600 logements impactés, 500 ont pu être remis en exploitation et environ 600 sont actuellement en travaux”.  Mais “les entreprises du bâtiment n’ont pas toujours les matériaux nécessaires, les prix ont explosé depuis le passage du cyclone – la tôle a par exemple augmenté de 40% – et les délais d’acheminement se sont allongés”, détaille le directeur général. 

Selon Julian Champiat, président de la fédération mahoraise du BTP (FMBTP), il faut en effet attendre “quatre mois” pour réceptionner une commande, contre “deux auparavant”. Notamment à cause d’un allongement des délais de dédouanement, lié au nombre important de conteneurs au port de commerce de Longoni. Faute de trésorerie – à cause d’une reprise d’activité tardive et de défauts de paiement -, les entreprises travaillent par ailleurs “en flux tendu”. “Elles n’ont pas de stock”, confirme le directeur général de la SIM. Ce qui ralentit encore les chantiers.”Le tissu économique est largement fragilisé”, souligne Fahardine Mohamed, président du Medef à Mayotte. Notamment parce que les finances du secteur public – qui représente 70% de l’économie de l’archipel – sont “au plus bas”, selon lui. “Après le cyclone, les collectivités se sont engagées dans des dépenses pour faire face à l’urgence. Et elles sont en fin de mandat”, indique le président du Medef.- “Fuites d’eau partout” -Elles-mêmes n’ont pas été épargnées. Dans le centre-ville de Mamoudzou, l’hôtel de ville conserve une partie de sa toiture arrachée et des locaux sont condamnés. Un peu plus haut, le toit du bâtiment de la communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema) reste bâché. “On est en télétravail depuis le passage du cyclone”, confie un employé de la collectivité, souhaitant rester anonyme. “Mon bureau est inutilisable, il y a des fuites d’eau partout et lorsqu’il pleut ça fait sauter l’électricité. Rien n’a été fait. Les collectivités n’ont plus d’argent”. D’autant que les indemnisations des assurances tardent toujours à arriver. “On attend environ 20 millions d’euros”, souligne le directeur général de la SIM.Derrière le comptoir du restaurant le Camion blanc, sur le front de mer de Mamoudzou, Melie Razafindrasoa prépare un jus de papaye. “On en voit à nouveau au marché”, se réjouit-elle. En revanche, cette habitante de Doujani n’a “toujours pas vu l’argent de l’assurance”. “On a perdu les fenêtres et une porte de la maison pendant le cyclone, on a réparé nous-mêmes mais à chaque fois qu’il pleut, les chambres sont inondées”, raconte la serveuse, qui confie “avoir très peur qu’un nouveau cyclone arrive”. A Mayotte, la saison des pluies commence. Et les orages se font de plus en plus fréquents. “La dernière fois, il y a eu beaucoup de vent et de pluie. Mes enfants ont eu très peur, ils sont encore traumatisés…”, rapporte Melie Razafindrasoa. “Alors que la nouvelle saison cyclonique a débuté, des milliers de ménages sinistrés restent privés de logement digne et décent”, alerte de son côté la Fondation pour le logement. 

Un an après le passage du cyclone Chido, Mayotte se reconstruit lentement

Dans le quartier résidentiel des Hauts-Vallons à Mamoudzou, prisé des fonctionnaires de Mayotte, des tas de gravats sont toujours entassés ici ou là. Un an après le passage du cyclone Chido, qui a dévasté l’archipel de l’océan Indien, “rien n’a été fait”, se désole un habitant. Assis sur un chaise de camping, devant l’immeuble construit il y a seulement cinq ans par la société immobilière de Mayotte, Anli regarde les passants. A côté de lui, s’amoncellent des morceaux de placo, de bois et de barres métalliques. Le toit de l’immeuble a été arraché le 14 décembre 2024 quand le cyclone Chido a frappé l’archipel, détruisant également les logements du dernier étage. Résident du rez-de-chaussée, Anli subit toujours des infiltrations, faute d’intervention des pouvoirs publics. Si sur le territoire des travaux ont été réalisés dans les collèges et lycées au cours de l’été pour pouvoir accueillir les élèves à la rentrée d’août, les habitations et les bâtiments publics restent marqués par la catastrophe naturelle.Selon la Fondation pour le logement, “60% du bâti de l’île a été endommagé ou détruit et plus des 2/3 des logements collectifs ont subi des dommages”.- “Explosion” des prix -“Nous avons mis du temps à démarrer les travaux”, concède Ahmed Ali Mondroha, directeur général de la société immobilière de Mayotte (SIM), qui évalue les dégâts causés par le cyclone à 72 millions d’euros. “Sur 1.600 logements impactés, 500 ont pu être remis en exploitation et environ 600 sont actuellement en travaux”.  Mais “les entreprises du bâtiment n’ont pas toujours les matériaux nécessaires, les prix ont explosé depuis le passage du cyclone – la tôle a par exemple augmenté de 40% – et les délais d’acheminement se sont allongés”, détaille le directeur général. 

Selon Julian Champiat, président de la fédération mahoraise du BTP (FMBTP), il faut en effet attendre “quatre mois” pour réceptionner une commande, contre “deux auparavant”. Notamment à cause d’un allongement des délais de dédouanement, lié au nombre important de conteneurs au port de commerce de Longoni. Faute de trésorerie – à cause d’une reprise d’activité tardive et de défauts de paiement -, les entreprises travaillent par ailleurs “en flux tendu”. “Elles n’ont pas de stock”, confirme le directeur général de la SIM. Ce qui ralentit encore les chantiers.”Le tissu économique est largement fragilisé”, souligne Fahardine Mohamed, président du Medef à Mayotte. Notamment parce que les finances du secteur public – qui représente 70% de l’économie de l’archipel – sont “au plus bas”, selon lui. “Après le cyclone, les collectivités se sont engagées dans des dépenses pour faire face à l’urgence. Et elles sont en fin de mandat”, indique le président du Medef.- “Fuites d’eau partout” -Elles-mêmes n’ont pas été épargnées. Dans le centre-ville de Mamoudzou, l’hôtel de ville conserve une partie de sa toiture arrachée et des locaux sont condamnés. Un peu plus haut, le toit du bâtiment de la communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema) reste bâché. “On est en télétravail depuis le passage du cyclone”, confie un employé de la collectivité, souhaitant rester anonyme. “Mon bureau est inutilisable, il y a des fuites d’eau partout et lorsqu’il pleut ça fait sauter l’électricité. Rien n’a été fait. Les collectivités n’ont plus d’argent”. D’autant que les indemnisations des assurances tardent toujours à arriver. “On attend environ 20 millions d’euros”, souligne le directeur général de la SIM.Derrière le comptoir du restaurant le Camion blanc, sur le front de mer de Mamoudzou, Melie Razafindrasoa prépare un jus de papaye. “On en voit à nouveau au marché”, se réjouit-elle. En revanche, cette habitante de Doujani n’a “toujours pas vu l’argent de l’assurance”. “On a perdu les fenêtres et une porte de la maison pendant le cyclone, on a réparé nous-mêmes mais à chaque fois qu’il pleut, les chambres sont inondées”, raconte la serveuse, qui confie “avoir très peur qu’un nouveau cyclone arrive”. A Mayotte, la saison des pluies commence. Et les orages se font de plus en plus fréquents. “La dernière fois, il y a eu beaucoup de vent et de pluie. Mes enfants ont eu très peur, ils sont encore traumatisés…”, rapporte Melie Razafindrasoa. “Alors que la nouvelle saison cyclonique a débuté, des milliers de ménages sinistrés restent privés de logement digne et décent”, alerte de son côté la Fondation pour le logement. 

Le gouvernement lance des conférences sur la “souveraineté alimentaire”, sur fond de méfiance agricole

Dans une France agricole affaiblie, le gouvernement lance lundi les “conférences de la souveraineté alimentaire” destinées à définir une stratégie agricole nationale sur dix ans, un exercice que les agriculteurs, échaudés, abordent avec méfiance.De l’élevage à la viticulture en passant par les céréales, les difficultés sont telles que la balance agricole française pourrait être déficitaire en 2025, pour la première fois en près de 50 ans. Aujourd’hui, la France importe la moitié des fruits, légumes et du poulet qu’elle consomme, 60% de la viande ovine, 25% du bœuf…Ces conférences, promises par la loi d’orientation agricole de mars 2025, se dérouleront sur plusieurs mois, par filières de production et au niveau régional, pour des conclusions en juin.La ministre Annie Genevard a livré en février une vision de la souveraineté alimentaire conçue comme un “réarmement” dans un monde secoué de conflits: “la France doit produire plus pour manger mieux”, avait-elle assené, appelant à la “mobilisation générale”.- Retour “symbolique” à Rungis -Elle franchit une étape supplémentaire lundi en lançant son opération “grand réveil alimentaire” au marché de gros de Rungis, avec un discours qualifié de “majeur” par son entourage.Cette entrée en matière a fait bondir le premier syndicat FNSEA, qui participera au chantier mais pas à son lancement, “s’apparentant davantage à une opération de communication”.”Cela fait 15, 20 ans qu’on dit qu’on va dans le mauvais sens. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est ce qu’on va faire, (…) comment on assure des revenus sur les exploitations”, souligne le secrétaire général de la FNSEA Hervé Lapie.Le premier syndicat goûte assez peu ce retour “symbolique” à Rungis, où Emmanuel Macron avait en 2017 prôné une stratégie de “montée en gamme”, depuis percutée par l’inflation et la concurrence accrue sur les marchés.Huit ans plus tard, l’ambiance est morose. Après deux hivers de colère dans les campagnes, le monde agricole reste au bord de l’explosion, entre crises sanitaires dans l’élevage et prix en berne. La mobilisation s’organise, en France contre la politique d’abattage systématique de bovins touchés par la dermatose, et à Bruxelles, où une manifestation est prévue le 18 décembre contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur ou la taxe carbone aux frontières pour les engrais.Pour la Coordination rurale, 2e syndicat agricole qui boude aussi le discours de Rungis, “le ministère ne répond pas aux attentes actuelles des agriculteurs” qu’on “empêche de produire” avec des contraintes trop fortes.A rebours de cette vision anti-normes, la Confédération paysanne est aussi critique du gouvernement, estimant que la souveraineté est avant tout la capacité d’une société à choisir son agriculture et non une course pour produire et exporter plus.Plusieurs filières soulignent que le temps n’est plus “aux nouvelles consultations” mais aux “décisions”: “il y a urgence”, a résumé l’interprofession de la viande mercredi.Certaines ont établi des diagnostics précis, comme celle de la betterave sucrière, ou lancé des “plans de souveraineté” comme les fruits et légumes en 2023, ou le blé dur et la viande en 2024. Qu’espérer donc de ces conférences ?- Impliquer la transformation -L’idée est de construire à partir “de l’évolution de la demande”, en interrogeant notamment les industriels: “il s’agit bien d’élaborer un plan d’action de production et de transformation à dix ans et on fera en sorte de partir de la demande du consommateur français, européen et mondial”, explique le ministère. Des “projets structurants” seront identifiés, de même que des “trajectoires de production”, assure-t-on.Ce plan devra aussi tenir compte de la stratégie française de lutte contre le changement climatique ou de réduction des pesticides.Ludovic Spiers, ex-directeur général du géant coopératif agricole Agrial, a été nommé “coordinateur général” du chantier. Des groupes de travail sectoriels sont prévus (cultures, viandes blanches, viticulture…), réunissant les interprofessions, l’amont (l’agriculture) et l’aval (la transformation), l’établissement public FranceAgrimer, la recherche.Ces conférences “doivent être l’occasion d’un sursaut national. Je veux impliquer le consommateur citoyen, lui faire prendre conscience que par son acte d’achat, il a une importance capitale. Ce +grand réveil alimentaire+ s’adresse d’abord à lui”, a affirmé Mme Genevard dans Les Echos dimanche.Elles devront aussi prendre en considération des stratégies nationales nutrition et climat (Snanc, SNBC…) qui se font toujours attendre.

Le gouvernement lance des conférences sur la “souveraineté alimentaire”, sur fond de méfiance agricole

Dans une France agricole affaiblie, le gouvernement lance lundi les “conférences de la souveraineté alimentaire” destinées à définir une stratégie agricole nationale sur dix ans, un exercice que les agriculteurs, échaudés, abordent avec méfiance.De l’élevage à la viticulture en passant par les céréales, les difficultés sont telles que la balance agricole française pourrait être déficitaire en 2025, pour la première fois en près de 50 ans. Aujourd’hui, la France importe la moitié des fruits, légumes et du poulet qu’elle consomme, 60% de la viande ovine, 25% du bœuf…Ces conférences, promises par la loi d’orientation agricole de mars 2025, se dérouleront sur plusieurs mois, par filières de production et au niveau régional, pour des conclusions en juin.La ministre Annie Genevard a livré en février une vision de la souveraineté alimentaire conçue comme un “réarmement” dans un monde secoué de conflits: “la France doit produire plus pour manger mieux”, avait-elle assené, appelant à la “mobilisation générale”.- Retour “symbolique” à Rungis -Elle franchit une étape supplémentaire lundi en lançant son opération “grand réveil alimentaire” au marché de gros de Rungis, avec un discours qualifié de “majeur” par son entourage.Cette entrée en matière a fait bondir le premier syndicat FNSEA, qui participera au chantier mais pas à son lancement, “s’apparentant davantage à une opération de communication”.”Cela fait 15, 20 ans qu’on dit qu’on va dans le mauvais sens. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est ce qu’on va faire, (…) comment on assure des revenus sur les exploitations”, souligne le secrétaire général de la FNSEA Hervé Lapie.Le premier syndicat goûte assez peu ce retour “symbolique” à Rungis, où Emmanuel Macron avait en 2017 prôné une stratégie de “montée en gamme”, depuis percutée par l’inflation et la concurrence accrue sur les marchés.Huit ans plus tard, l’ambiance est morose. Après deux hivers de colère dans les campagnes, le monde agricole reste au bord de l’explosion, entre crises sanitaires dans l’élevage et prix en berne. La mobilisation s’organise, en France contre la politique d’abattage systématique de bovins touchés par la dermatose, et à Bruxelles, où une manifestation est prévue le 18 décembre contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur ou la taxe carbone aux frontières pour les engrais.Pour la Coordination rurale, 2e syndicat agricole qui boude aussi le discours de Rungis, “le ministère ne répond pas aux attentes actuelles des agriculteurs” qu’on “empêche de produire” avec des contraintes trop fortes.A rebours de cette vision anti-normes, la Confédération paysanne est aussi critique du gouvernement, estimant que la souveraineté est avant tout la capacité d’une société à choisir son agriculture et non une course pour produire et exporter plus.Plusieurs filières soulignent que le temps n’est plus “aux nouvelles consultations” mais aux “décisions”: “il y a urgence”, a résumé l’interprofession de la viande mercredi.Certaines ont établi des diagnostics précis, comme celle de la betterave sucrière, ou lancé des “plans de souveraineté” comme les fruits et légumes en 2023, ou le blé dur et la viande en 2024. Qu’espérer donc de ces conférences ?- Impliquer la transformation -L’idée est de construire à partir “de l’évolution de la demande”, en interrogeant notamment les industriels: “il s’agit bien d’élaborer un plan d’action de production et de transformation à dix ans et on fera en sorte de partir de la demande du consommateur français, européen et mondial”, explique le ministère. Des “projets structurants” seront identifiés, de même que des “trajectoires de production”, assure-t-on.Ce plan devra aussi tenir compte de la stratégie française de lutte contre le changement climatique ou de réduction des pesticides.Ludovic Spiers, ex-directeur général du géant coopératif agricole Agrial, a été nommé “coordinateur général” du chantier. Des groupes de travail sectoriels sont prévus (cultures, viandes blanches, viticulture…), réunissant les interprofessions, l’amont (l’agriculture) et l’aval (la transformation), l’établissement public FranceAgrimer, la recherche.Ces conférences “doivent être l’occasion d’un sursaut national. Je veux impliquer le consommateur citoyen, lui faire prendre conscience que par son acte d’achat, il a une importance capitale. Ce +grand réveil alimentaire+ s’adresse d’abord à lui”, a affirmé Mme Genevard dans Les Echos dimanche.Elles devront aussi prendre en considération des stratégies nationales nutrition et climat (Snanc, SNBC…) qui se font toujours attendre.

L’ONU fustige l'”apathie” du monde en lançant son appel humanitaire 2026

L’ONU a fustigé lundi l'”apathie” du monde face aux souffrances de millions de personnes à travers la planète, en lançant un appel humanitaire 2026 largement restreint pour répondre à des financements en chute libre.”C’est une époque de brutalité, d’impunité et d’indifférence”, s’est emporté lors d’une conférence de presse à New York le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, dénonçant la “férocité et l’intensité des tueries”, le “mépris total du droit international “et les “niveaux terrifiants de violences sexuelles”.”Une époque où notre sens de la survie a été engourdi par les distractions et corrodé par l’apathie, où nous mettons plus d’énergie et d’argent pour trouver de nouveaux moyens de nous entretuer, tout en démantelant les moyens durement gagnés de nous protéger de nos pires instincts, où les politiciens se vantent de couper les aides”, a-t-il accusé, en présentant le plan humanitaire 2026.Alors que quelque 240 millions de personnes, victimes de guerres, d’épidémies, de séismes ou de l’impact du changement climatique, ont besoin d’aide urgente, l’ONU réclame 33 millions de dollars pour soutenir 135 millions d’entre elles en 2026 à Gaza, au Soudan, en Haïti, en Birmanie, en RDC ou en Ukraine.Mais dans un contexte de coupe drastique de l’aide extérieure américaine décidée par Donald Trump, l’ONU a réduit d’emblée ses propres ambitions, en présentant en même temps un plan resserré demandant 23 milliards de dollars pour sauver au moins 87 millions des personnes les plus en danger.Ce plan “hyperpriorisé”, qui passe également par des réformes pour améliorer l’efficacité du système humanitaire, est “basé sur des choix insoutenables de vie ou de mort”, a commenté Tom Fletcher, espérant qu’avoir pris ces “décisions difficiles qu’ils nous ont encouragés à prendre” convaincra les Américains de revenir.- “Le plus bas en une décennie” -En 2025, l’appel humanitaire de plus de 45 milliards de dollars n’a été financé qu’à hauteur d’un peu plus de 12 milliards, “le plus bas en une décennie”. Permettant d’aider seulement 98 millions de personnes, soit 25 millions de moins que l’année précédente.Selon les chiffres de l’ONU, les Etats-Unis sont restés en 2025 le premier pays donateur des plans humanitaires dans le monde, mais avec une chute majeure: 2,7 milliards de dollars, contre 11 milliards en 2024.En haut des crises prioritaires en 2026, Gaza et la Cisjordanie pour lesquels l’ONU réclame 4,1 milliards de dollars pour aider 3 millions de personnes, ainsi que le Soudan (2,9 milliards pour 20 millions de personnes) où le nombre de déplacés par le conflit sanglant entre généraux rivaux ne cesse d’augmenter.Parmi ces déplacés, cette jeune mère que Tom Fletcher a récemment rencontrée au Darfour, à Tawila, où affluent les survivants des combats dans la grande ville voisine d’El-Facher.Elle a vu son mari et son enfant tués sous ses yeux, avant de s’enfuir, avec le bébé affamé de ses voisins morts eux-aussi, puis d’être attaquée et violée “sur la route la plus dangereuse du monde” qui la conduira enfin à Tawila, a-t-il raconté.”Est-ce que quiconque, quel que soit d’où vous venez, ce que vous pensez, pour qui vous votez, pense qu’on ne devrait pas l’aider!”.L’ONU va désormais frapper à la porte des gouvernements de la planète, pendant les 87 prochains jours, un jour pour chaque million de vie à sauver.Et s’il y a toujours un trou, Tom Fletcher prévoit une campagne plus large vers la société civile, les entreprises et les gens normaux qu’il estime abreuvés par de fausses informations surestimant la part de leurs impôts destinés à l’aide à l’étranger.”Nous ne demandons qu’à peine un peu plus de 1% de ce que le monde dépense en armes et en programmes de défense. Je ne demande pas aux gens de choisir entre un hôpital à Brooklyn ou un hôpital à Kandahar. Je demande au monde de dépenser moins en défense et plus en humanitaire”. 

Coup d’Etat déjoué au Bénin, le bloc ouest-africain envoie des troupes pour soutenir Cotonou

Les autorités du Bénin ont affirmé dimanche avoir déjoué une tentative de coup d’Etat visant à renverser le président Patrice Talon, lequel a assuré que la situation était “totalement sous contrôle” et à qui le bloc ouest-africain de la Cedeao va envoyer un soutien militaire.Cette tentative de putsch intervient à quelques mois du départ de la présidence de Patrice Talon, après deux mandats à la tête de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest à la croissance robuste mais miné par des violences jihadistes dans sa partie nord.L’Afrique de l’Ouest est particulièrement secouée par l’instabilité politique depuis le début de la décennie avec des coups d’Etat au Mali, au Burkina Faso et au Niger – deux voisins du Bénin -, ainsi qu’en Guinée et plus récemment, fin novembre, en Guinée-Bissau.Dimanche matin, après des tirs près de la présidence, des militaires avaient fait irruption à la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Talon, invoquant pêle-mêle la “dégradation de la situation sécuritaire” ou la remise en cause des “libertés fondamentales”.Quelques heures plus tard, le ministre béninois de l’Intérieur, Alassane Seidou, est apparu à son tour à la télévision nationale pour assurer que le coup avait été déjoué.C’est ce qu’a confirmé Patrice Talon dans une courte adresse à la Nation dimanche soir, affirmant que la situation était “totalement sous contrôle” et que la “sécurité et l’ordre public seront maintenus partout sur le territoire national”. “Cette forfaiture ne restera pas impunie”, a-t-il ajouté, après avoir félicité les militaires de la garde républicaine à son arrivée au palais présidentiel.La France, ancienne puissance coloniale, a condamné dimanche soir la tentative de coup d’Etat et a appelé ses ressortissants “à la plus grande prudence” en raison d'”un contexte à cette heure encore volatil”.Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit “profondément préoccupé par la tentative inconstitutionnelle de prise de pouvoir au Bénin”, et a évoqué une nouvelle menace potentielle pour la stabilité de la région.Après une journée où la plupart des habitants ont vaqué à leurs occupations à Cotonou, la capitale économique s’est vidée un peu plus tôt que d’habitude dans la soirée, selon un journaliste de l’AFP.Plusieurs barrages militaires étaient déployés dans la zone de la présidence et du camp militaire voisin de Guézo.”Ce soir, on va essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui est à la base de ce coup d’Etat”, a expliqué à l’AFP Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans.”Ce matin j’ai commencé à entendre les sons des balles. J’ai quitté le quartier pour aller ailleurs parce que j’ai eu peur”, dit de son côté Nabil Sacca, un vendeur d’essence qui se trouvait près du palais présidentiel dans la matinée.- Déploiement de troupes ouest-africaines -Selon des sources militaires à l’AFP, une douzaine de soldats ont été arrêtés. Parmi eux figurent certains auteurs de la tentative de putsch, a indiqué une source sécuritaire sans préciser si le meneur des mutins, le lieutenant-colonel Pascal Tigri figurait parmi eux.Selon une source proche du dossier, il est en fuite. La présidence nigériane a affirmé avoir mené dimanche des frappes à Cotonou à la demande du Bénin pour notamment aider “à déloger les putschistes de la télévision nationale et d’un camp militaire où ils s’étaient regroupés”.”Des forces nigérianes au sol sont actuellement au Bénin”, a ajouté Abuja dans son communiqué. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) a de son côté annoncé le “déploiement immédiat” de troupes du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir “le gouvernement et l’armée républicaine” du Bénin et “préserver l’ordre constitutionnel”.La Force en attente de la Cedeao a le mandat de garantir la paix et la stabilité de la région. Elle s’est par exemple déployée en Gambie en 2017 lorsque le président sortant Yahya Jammeh refusait de quitter le pouvoir.Elle avait toutefois finalement renoncé à intervenir en 2023 après le coup d’Etat au Niger.L’Union africaine (UA) a condamné “fermement et sans équivoque” cette tentative de coup d’Etat.L’histoire politique du Bénin a été jalonnée de plusieurs coups d’Etat ou tentatives, mais le dernier remonte à 1972.”Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu en ce temps-là”, raconte Remy Agblo un commerçant. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, arrivera en 2026 au terme de son second mandat, le maximum autorisé par la Constitution.Son dauphin désigné, l’actuel ministre des Finances Romuald Wadagni, fait figure d’ultra-favori pour la présidentielle d’avril 2026, le principal parti d’opposition ayant été écarté de la course.”Il y a une tension perceptible dans le pays depuis des mois du fait des élections”, pointe Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou qui déplore “l’exclusion” de certains acteurs des processus électoraux.S’il est salué pour le développement économique du Bénin, Patrice Talon est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois salué pour le dynamisme de sa démocratie.