Hong Kong : l’ex-magnat prodémocratie Jimmy Lai reconnu coupable d’atteinte à la sécurité nationale

L’ex-magnat des médias prodémocratie de Hong Kong, Jimmy Lai, a été reconnu coupable lundi de trois chefs d’accusation liés à la sécurité nationale, une décision qui selon des groupes de défense des droits humains sonne le glas de la liberté de la presse dans ce territoire rétrocédé à la Chine en 1997.Pour le parquet, M. Lai était derrière deux complots demandant à des pays étrangers d’imposer des “sanctions ou un blocus” ou de mener des “activités hostiles” contre Hong Kong ou la Chine. Il est aussi accusé d’avoir publié des contenus qui “incitaient à la désaffection” envers le gouvernement.Agé de 78 ans, le fondateur du journal prodémocratie Apple Daily – aujourd’hui interdit – est emprisonné depuis 2020, et maintenu à l’isolement “à sa demande” selon les autorités.Jimmy Lai, qui a plaidé non coupable, encourt une peine de prison allant jusqu’à la perpétuité. Les peines seront prononcées à une date ultérieure, et il pourra faire appel.M. Lai a été reconnu coupable d’un chef d’accusation de sédition, et de deux chefs d’accusation de collusion avec l’étranger. Ces deux derniers chefs se basent sur la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin après les manifestations prodémocratie, parfois violentes, qui ont secoué Hong Kong en 2019.”Il ne fait aucun doute que [M. Lai] a nourri sa rancœur et sa haine envers la RPC pendant une grande partie de sa vie d’adulte et cela apparaît dans ses articles”, a déclaré la juge Esther Toh à la cour, utilisant l’acronyme désignant la République populaire de Chine.Elle a également assuré qu’il “réfléchissait à la manière dont les Etats-Unis pourraient faire pression sur la RPC”.- Trump appelle à sa libération – A Washington, le président Donald Trump a dit se sentir “vraiment mal” à propos de Jimmy Lay et avoir demandé son homologue chinois de le libérer. “J’ai parlé au président (chinois) Xi et je lui ai demandé d’envisager sa libération. Il ne se porte pas bien. C’est un homme âgé et il ne se porte pas bien. J’ai donc fait cette demande”, a-t-il déclaré.Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a réitéré cette demande faite à Pékin de “mettre fin à cette épreuve et libérer M. Lai”, qui, selon lui, a passé “plus de 1.800 jours en prison”.Londres a condamné des “poursuites judiciaires motivées par des raisons politiques”, appelant à la libération de Jimmy Lai, qui dispose d’un passeport britannique. L’ambassadeur chinois a été convoqué.Le fils de l’accusé, Sebastien Lai, a appelé à Londres le gouvernement britannique à “joindre les actes à la parole”. “Ne laissez pas mon père mourir en martyr en prison, ce serait une tache indélébile dans votre histoire”, a lancé de son côté sa fille, Claire Lai, à Washington. De son côté, Pékin a dit “soutenir fermement” Hong Kong dans “la défense de la sécurité nationale conformément à la loi et dans la répression des actes criminels qui mettent en danger la sécurité nationale”.Jimmy Lai a salué les personnes venues le soutenir, notamment sa femme Teresa et son fils Lai Shun-yan, d’un sourire et d’un hochement de tête, selon un journaliste de l’AFP présent dans la salle.Des représentants consulaires des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la France ont assisté au verdict. Des vétérans du camp pro-démocratie de Hong Kong parmi lesquels le cardinal Joseph Zen et l’ancienne députée Emily Lau avaient aussi pris place dans le public.Le cas de Jimmy Lai est considéré par l’Union européenne et les défenseurs des droits comme emblématique de l’érosion des libertés politiques à Hong Kong depuis la mise en place par Pékin de la loi sur la sécurité nationale.- “Glas de la liberté de la presse” -“La prévisibilité du verdict rendu aujourd’hui ne le rend pas moins consternant: la condamnation de Jimmy Lai sonne comme le glas de la liberté de la presse à Hong Kong”, a dénoncé l’ONG Amnesty International.Reporters sans frontières (RSF) a condamné une “condamnation illégale” tandis que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) l’a qualifiée de “condamnation parodique”.L’Association des journalistes de Hong Kong décrit de son côté un climat médiatique d’autocensure et de peur “au point que même les détenteurs du pouvoir ne peuvent plus analyser avec précision l’état de l’opinion publique”.En plus des accusations de collusion, M. Lai est poursuivi pour 161 “publications séditieuses”, parmi lesquelles des éditoriaux signés de son nom.Jimmy Lai est apparu devant la cour plus mince qu’avant son emprisonnement. Le gouvernement de Hong Kong a souligné que M. Lai était soumis aux mêmes conditions que “les autres détenus” et qu’il recevait des soins médicaux “adéquats et complets”.

Hong Kong media mogul Jimmy Lai convicted of national security charges

Hong Kong pro-democracy media tycoon Jimmy Lai was found guilty on all three charges in his national security trial on Monday, convictions that rights groups denounced as the death knell for press freedoms in the Chinese financial hub.  Prosecutors said Lai was the mastermind behind two conspiracies to ask foreign countries to take action against Hong Kong or China, and accused him of publishing material that “excited disaffection” against the government.The 78-year-old, who pleaded not guilty, faces up to life in prison when he is sentenced. He can appeal against the convictions.”There is no doubt that (Lai) had harboured his resentment and hatred of the PRC,” Judge Esther Toh told the court, referring to the People’s Republic of China.She said he had invited the United States “to help bring down” the Chinese government, “with the excuse of helping the people of HK”. In Washington, President Donald Trump said he felt “badly” about Lai’s conviction and added that he had asked Chinese leader Xi Jinping to consider his release.”He’s an older man, and he’s not well. So I did put that request out. We’ll see what happens,” Trump said. Separately, US Secretary of State Marco Rubio noted that Lai’s health had reportedly deteriorated in prison and urged Beijing to “bring this ordeal to an end as soon as possible and to release Mr. Lai on humanitarian grounds”. Lai is a British citizen, and the UK government condemned his “politically motivated prosecution” in a statement calling for his release.- Family anguish -The media mogul, wearing a light green cardigan and grey jacket, listened impassively as the verdicts were read out.He nodded to his wife Teresa and his son Lai Shun-yan in the public gallery as he left the court, an AFP reporter saw.Defence lawyer Robert Pang told reporters that Lai was “in fine spirits” and that they would need to read the 886-page verdict before deciding on their next steps.Lai’s other son Sebastien urged Britain to “do more” to help free his father.”It’s time to put action behind words and make my father’s release a pre-condition to closer relationships with China,” he told a press conference in London.In Washington, his daughter Claire Lai warned China her father would be a “martyr” if he dies in prison, as she voiced alarm again for his health.US, EU and French consular representatives were in court, as well as veterans from Hong Kong’s pro-democracy camp.The European Union said the conviction was “emblematic of the erosion of democracy and fundamental freedoms in Hong Kong since the imposition of the National Security Law”, imposed by Beijing after huge and sometimes violent pro-democracy protests in 2019.Beijing hit back at the international criticism, saying it opposed the “smearing of the judicial system in Hong Kong by certain countries”.- Self-censorship, fear -Lai, who founded the now-shut Apple Daily newspaper, has been behind bars since 2020.His case has been widely criticised as an example of eroding political freedoms under the national security law.The Hong Kong Journalists Association described a Hong Kong media climate of self-censorship and fear.Beijing’s national security agency in Hong Kong and its Liaison Office in the city both called Lai a “pawn” for anti-China forces.Lai looked thinner on Monday than when he first entered custody, an AFP reporter saw, and some of his supporters who gathered at dawn in front of the court expressed concern for his well-being.”I really want to see what’s happening with ‘the boss’,” said Tammy Cheung, who worked at Lai’s newspaper for nearly two decades.- Health concerns -Authorities have said Lai was receiving “adequate and comprehensive” care, and that he had been held in solitary confinement “at his own request”.Prosecutors cited 161 items Apple Daily published in their case against Lai.Those items, including opinion articles with Lai’s byline and talk shows he hosted, were deemed seditious under a colonial-era law because they “excited disaffection” against the government.Lai maintained that he never sought to influence other countries’ foreign policies, saying Apple Daily represented Hongkongers’ core values, including “rule of law, freedom, pursuit of democracy”.Apple Daily was forced to close in 2021 following police raids. Six top executives were charged as co-defendants and have already pleaded guilty.

Italie: l’AS Rome bat Côme et reste dans le coup

L’AS Rome est revenue sur les talons du trio de tête du Championnat d’Italie après sa victoire 1 à 0 face à Côme lundi soir au Stade olympique en clôture de la 15e journée.La Roma, qui restait sur deux défaites en championnat, s’est imposée grâce au Brésilien Wesley (60e), auteur de son troisième but cette saison.L’équipe de Gian Piero Gasperini reste 4e au classement (30 pts), à trois points de l’Inter Milan, passé en tête de la Serie A dimanche à la faveur de sa victoire sur le terrain du Genoa (2-1).La Roma, dont le troisième et dernier scudetto remonte à 2001, n’accuse plus que deux points de retard sur l’AC Milan (2e), tenu en échec par Sassuolo (2-2), et un sur Naples (3e), battu à Udine (1-0).”C’est une belle victoire, que ce soit pour notre classement et par son déroulement”, a résumé Gasperini sur la plateforme DAZN.En concédant sa troisième défaite de la saison, la deuxième consécutive, Côme a de son côté réculé à la 7e place (24 pts). Cesc Fabregas a vu son ailier sénégalais Assane Diao sortir sur blessure, à une cheville, à la 31e minute. Selon les médias italiens, sa participation à la Coupe d’Afrique des nations au Maroc (21 décembre-18 janvier) pourrait être remise en question.”Il est encore trop tôt pour connaître la gravité de sa blessure, c’est vraiment dommage pour lui et pour l’équipe”, a déclaré Fabregas qui avait espéré, en amont de la rencontre, que Diao, 20 ans, renonce à participer à la CAN.

Ukraine: progrès dans les discussions, les Européens proposent une force multinationale

Volodymyr Zelensky s’est félicité lundi de “progrès” dans les négociations avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre avec la Russie, les Européens avançant de leur côté la proposition d’une force multinationale pour garantir la paix en Ukraine.Donald Trump s’est lui montré très optimiste, après s’être entretenu avec le président ukrainien et plusieurs dirigeants européens.”Nous sommes plus proches aujourd’hui que nous n’avons jamais été” d’un accord mettant fin à la guerre avec la Russie, a dit le président américain dans le Bureau ovale, ajoutant s’être récemment entretenu avec le président russe Vladimir Poutine, sans plus de précisions.Dimanche et lundi, le président ukrainien a négocié à Berlin avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Donald Trump, pour tenter d’aboutir à un compromis sur un plan pouvant mettre fin aux combats.Au coeur des discussions, la protection qu’obtiendra l’Ukraine des Américains après un éventuel cessez-le-feu pour dissuader Moscou de lancer une nouvelle invasion.M. Zelensky a parlé de “progrès”, le chancelier allemand Friedrich Merz a lui loué des propositions américaines “remarquables”, tandis que les Etats-Unis ont dit offrir des garanties de sécurité “très fortes” mais néanmoins acceptables, selon eux, pour la Russie.Celles-ci seraient semblables à celles de l’article 5 du traité de l’Otan, qui prévoit une assistance militaire des alliés. Mais l’Ukraine ne rejoindrait pas l’Alliance, conformément à ce que réclame Moscou depuis des années.Les dirigeants des principaux pays européens – notamment l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne – et de l’UE ont fait part dans la soirée de leur proposition d’une “force multinationale pour l’Ukraine” qui serait “composée de contributions de nations volontaires, et soutenue par les États-Unis”, et de soutenir de manière “durable” une armée ukrainienne de 800.000 hommes, selon une déclaration transmise par le gouvernement allemand.Ils évoquent aussi “un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu dirigé par les États-Unis”.Le document souligne qu’il appartient “désormais à la Russie de montrer sa volonté d’œuvrer en faveur d’une paix durable”.- “Vraie chance” -Les pourparlers de Berlin offrent une “vraie chance pour un processus de paix”, a estimé Friedrich Merz, jugeant qu’un cessez-le-feu avant Noël ne dépendait “plus que de la Russie”.En outre, les négociateurs américains devaient participer lundi soir à un dîner de travail avec M. Zelensky, de nombreux dirigeants européens, dont le Premier ministre britannique et le président français, ainsi que les principaux responsables de l’UE et de l’Otan.Ce format Ukraine-USA-Europe constitue une première depuis la présentation d’un plan américain en novembre, jugé trop favorable à Moscou sur le Vieux continent.Un différend de fond demeure cependant: la question des concessions territoriales de l’Ukraine réclamée par la Russie.”Il existe des questions complexes, en particulier celles concernant les territoires (…). Pour le dire franchement, nous avons encore des positions différentes” avec les Etats-Unis, a dit M. ZelenskyLe document publié par les Européens lundi soir n’aborde pas cette question épineuse, insistant sur le fait que les “frontières internationales ne doivent pas être modifiées par la force”.Moscou réclame comme préalable à l’arrêt des combats que l’Ukraine lui cède des territoires restés sous son contrôle dans le bassin du Donbass (est), et la proposition américaine initiale poussait en ce sens. Une ligne rouge pour Kiev.Dimanche, M. Zelensky disait vouloir convaincre les Etats-Unis de soutenir un cessez-le-feu fondé sur un gel de la ligne de front, et non sur la cession de cette région.Au-delà des considérations territoriales, le Donbass est la portion la mieux défendue du front, avec ses villes-forteresses et de centaines de kilomètres de tranchées et de champs de mines. Les troupes russes y avancent, mais au prix de pertes très importantes depuis presque quatre ans.- Avoirs russes -La venue de M. Zelensky à Berlin est accompagnée de mesures de sécurité très importantes, avec des tireurs d’élite sur les toits du quartier gouvernemental, bloqué par la police.En parallèle, l’UE cherche à enfin s’entendre sur un recours aux dizaines de milliards d’avoir russes gelés, essentiellement en Belgique, pour aider l’armée ukrainienne et la reconstruction. Mais le blocage demeure, notamment car le gouvernement belge craint des représailles.M. Merz a pressé ses partenaires d’agir, soulignant que l’Ukraine était un rempart contre la menace russe. Faute d’accord, “la capacité d’action de l’Union européenne sera gravement compromise”, a martelé le chancelier qui craint que les Européens se montrent “incapables” d’agir à un “moment aussi crucial de (leur) histoire”.Volodymyr Zelensky a appelé à ce que ces avoirs “servent pleinement” à la défense de l’Ukraine.- Objections russes -Le Kremlin a dit lundi attendre d’être informé par Washington des résultats des pourparlers de Berlin, tout en promettant la veille de “fortes objections”.La présidence ukrainienne, affaiblie par un scandale de corruption, reste sous pression, l’armée reculant et les bombardements russes plongeant la population régulièrement dans le froid et le noir.

Dermatose: dans le Sud-Ouest, Genevard défend sa stratégie, assure “entendre” les éleveurs

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a assuré lundi à Toulouse “entendre” la détresse des éleveurs, mais a défendu sa gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), critiquée par une partie des agriculteurs et de la classe politique.Après avoir assisté à la vaccination d’un troupeau en Haute-Garonne, la ministre a rejoint la préfecture de Toulouse pour une “réunion de crise” en fin d’après-midi.Là, elle a assuré avoir entendu les éleveurs et présenté comme un “infléchissement” du protocole sanitaire l’élargissement du périmètre de la vaccination annoncé vendredi.Dans le sud de la France, 600.000 à 1 million de bovins doivent être vaccinés, selon la ministre.Une “cellule de dialogue scientifique” réunissant experts en santé animale et représentants professionnels va être créée dès mardi, a ajouté lundi soir dans un communiqué le ministère.En dépit d’un nouveau cas de DNC détecté dimanche dans une petite ferme de l’Aude, où les dix bovins du foyer ont été euthanasiés, la ministre a souligné plus tôt lundi que tous les cas étaient désormais éradiqués et que la situation était “sous contrôle”.Elle a rappelé les “trois piliers” de la stratégie sanitaire: l’abattage systématique dès la détection d’un cas, la vaccination et la restriction de mouvements, seuls à même de venir à bout de cette maladie animale très contagieuse, non transmissible à l’homme mais qui peut toucher très durement le cheptel.Dans une région frondeuse où la colère s’est vite convertie en actions, la ministre s’est tenue loin des blocages sur le terrain.Le ministère de l’Intérieur a recensé lundi 45 actions impliquant au moins 3.000 personnes à travers le pays, contre moins de 30 actions impliquant 1.000 personnes dimanche.- “Zéro proposition” -À la pointe de la mobilisation, les syndicats Coordination rurale, radicale et parfois ouvertement proche de l’extrême droite, et Confédération paysanne, classée à gauche, convergent de façon inhabituelle pour réclamer la fin de l’abattage systématique et l’extension générale de la vaccination.Interrogé par l’AFP au barrage de Carbonne sur l’A64, où était née la mobilisation agricole de janvier 2024, Jérôme Bayle, l’un des porte-voix de cette colère paysanne, a dit à l’AFP que la ministre venait avec “zéro proposition”.Sur le barrage, pas de drapeau syndical mais une colère immense. Les manifestants s’apprêtent à passer leur quatrième nuit sur place. Nombre d’entre eux n’envisagent pas de lever le camp “si rien ne bouge”.La crise n’est pas née dans le Sud-Ouest, qui n’est pas le cœur de l’élevage français, mais c’est ici que se cristallise la colère depuis deux ans, en réaction à la crise de la viticulture et aux crises sanitaires, alimentées par le changement climatique.Sur la rocade d’Albi, dans le Tarn, une quinzaine d’agriculteurs étaient aussi déterminés. L’un d’eux, Sébastien Rey, éleveur,assure que si la ministre ne donne pas de réponse satisfaisante, Albi allait devenir “un dépotoir” lundi soir.Plusieurs axes routiers ont aussi été bloqués lundi par des agriculteurs de la Coordination rurale en Gironde, en Dordogne et Haute-Vienne. Blocages aussi dans les Landes, où manifeste la Confédération paysanne.À Tours, le centre-ville a pris des allures de camp retranché, avec dépôt de pneus et de fumier devant la préfecture, et de bennes de pommes de terre devant l’hôtel de ville. À Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, quelque 70 tracteurs ont défilé dans les rues pour dire “stop au massacre” des bêtes.Tout en reconnaissant le drame individuel que constitue l’abattage d’un troupeau, le gouvernement tente d’en appeler “à la science” et à la “responsabilité” pour préserver le cheptel bovin français.- “Consensus scientifique” -Lundi soir, Annie Genevard a appelé à dresser “un mur sanitaire” contre la DNC, en respectant à la lettre les interdictions de déplacement de bétail. Elle a souligné que l’éradication des foyers était pour le moment la seule façon de lutter efficacement contre une maladie qui se propage grâce à un insecte piqueur, favorisé par la douceur automnale.Lui aussi en déplacement en Haute-Garonne, le président du premier syndicat agricole FNSEA, Arnaud Rousseau, a appelé avant tout à “suivre le consensus scientifique”, pour sortir le plus rapidement possible de cette crise.La fédération Culture Viande, qui regroupe les entreprises d’abattage et découpe, a de son côté mis en garde contre les conséquences économiques d’une vaccination généralisée : la France perdrait alors son statut indemne et “il en résulterait une complexification accrue des conditions d’exportation”.Mais face à la détresse des éleveurs et au risque d’un nouvel embrasement des campagnes, les critiques enflent sur la gestion de la crise chez des élus ruraux inquiets, comme au niveau national, du Rassemblement national à LFI.Lundi, plus de 200 maires et élus locaux d’Ariège se sont rassemblés à Foix pour appeler l’État à dialoguer avec les agriculteurs afin de réévaluer le protocole de lutte contre la DNC.

Dermatose: dans le Sud-Ouest, Genevard défend sa stratégie, assure “entendre” les éleveurs

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a assuré lundi à Toulouse “entendre” la détresse des éleveurs, mais a défendu sa gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), critiquée par une partie des agriculteurs et de la classe politique.Après avoir assisté à la vaccination d’un troupeau en Haute-Garonne, la ministre a rejoint la préfecture de Toulouse pour une “réunion de crise” en fin d’après-midi.Là, elle a assuré avoir entendu les éleveurs et présenté comme un “infléchissement” du protocole sanitaire l’élargissement du périmètre de la vaccination annoncé vendredi.Dans le sud de la France, 600.000 à 1 million de bovins doivent être vaccinés, selon la ministre.Une “cellule de dialogue scientifique” réunissant experts en santé animale et représentants professionnels va être créée dès mardi, a ajouté lundi soir dans un communiqué le ministère.En dépit d’un nouveau cas de DNC détecté dimanche dans une petite ferme de l’Aude, où les dix bovins du foyer ont été euthanasiés, la ministre a souligné plus tôt lundi que tous les cas étaient désormais éradiqués et que la situation était “sous contrôle”.Elle a rappelé les “trois piliers” de la stratégie sanitaire: l’abattage systématique dès la détection d’un cas, la vaccination et la restriction de mouvements, seuls à même de venir à bout de cette maladie animale très contagieuse, non transmissible à l’homme mais qui peut toucher très durement le cheptel.Dans une région frondeuse où la colère s’est vite convertie en actions, la ministre s’est tenue loin des blocages sur le terrain.Le ministère de l’Intérieur a recensé lundi 45 actions impliquant au moins 3.000 personnes à travers le pays, contre moins de 30 actions impliquant 1.000 personnes dimanche.- “Zéro proposition” -À la pointe de la mobilisation, les syndicats Coordination rurale, radicale et parfois ouvertement proche de l’extrême droite, et Confédération paysanne, classée à gauche, convergent de façon inhabituelle pour réclamer la fin de l’abattage systématique et l’extension générale de la vaccination.Interrogé par l’AFP au barrage de Carbonne sur l’A64, où était née la mobilisation agricole de janvier 2024, Jérôme Bayle, l’un des porte-voix de cette colère paysanne, a dit à l’AFP que la ministre venait avec “zéro proposition”.Sur le barrage, pas de drapeau syndical mais une colère immense. Les manifestants s’apprêtent à passer leur quatrième nuit sur place. Nombre d’entre eux n’envisagent pas de lever le camp “si rien ne bouge”.La crise n’est pas née dans le Sud-Ouest, qui n’est pas le cœur de l’élevage français, mais c’est ici que se cristallise la colère depuis deux ans, en réaction à la crise de la viticulture et aux crises sanitaires, alimentées par le changement climatique.Sur la rocade d’Albi, dans le Tarn, une quinzaine d’agriculteurs étaient aussi déterminés. L’un d’eux, Sébastien Rey, éleveur,assure que si la ministre ne donne pas de réponse satisfaisante, Albi allait devenir “un dépotoir” lundi soir.Plusieurs axes routiers ont aussi été bloqués lundi par des agriculteurs de la Coordination rurale en Gironde, en Dordogne et Haute-Vienne. Blocages aussi dans les Landes, où manifeste la Confédération paysanne.À Tours, le centre-ville a pris des allures de camp retranché, avec dépôt de pneus et de fumier devant la préfecture, et de bennes de pommes de terre devant l’hôtel de ville. À Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, quelque 70 tracteurs ont défilé dans les rues pour dire “stop au massacre” des bêtes.Tout en reconnaissant le drame individuel que constitue l’abattage d’un troupeau, le gouvernement tente d’en appeler “à la science” et à la “responsabilité” pour préserver le cheptel bovin français.- “Consensus scientifique” -Lundi soir, Annie Genevard a appelé à dresser “un mur sanitaire” contre la DNC, en respectant à la lettre les interdictions de déplacement de bétail. Elle a souligné que l’éradication des foyers était pour le moment la seule façon de lutter efficacement contre une maladie qui se propage grâce à un insecte piqueur, favorisé par la douceur automnale.Lui aussi en déplacement en Haute-Garonne, le président du premier syndicat agricole FNSEA, Arnaud Rousseau, a appelé avant tout à “suivre le consensus scientifique”, pour sortir le plus rapidement possible de cette crise.La fédération Culture Viande, qui regroupe les entreprises d’abattage et découpe, a de son côté mis en garde contre les conséquences économiques d’une vaccination généralisée : la France perdrait alors son statut indemne et “il en résulterait une complexification accrue des conditions d’exportation”.Mais face à la détresse des éleveurs et au risque d’un nouvel embrasement des campagnes, les critiques enflent sur la gestion de la crise chez des élus ruraux inquiets, comme au niveau national, du Rassemblement national à LFI.Lundi, plus de 200 maires et élus locaux d’Ariège se sont rassemblés à Foix pour appeler l’État à dialoguer avec les agriculteurs afin de réévaluer le protocole de lutte contre la DNC.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Ford ralentit sur le tout-électrique, la facture atteint 19,5 milliards

Le constructeur automobile américain Ford va réduire la voilure sur les gros véhicules tout-électrique pour se concentrer sur les motorisations hybrides et à essence, une décision qui va occasionner des provisions et coûts supplémentaires de 19,5 milliards de dollars.Cette réorientation stratégique est la conséquence d’une moindre demande des consommateurs ainsi que d’un assouplissement des contraintes réglementaires acté par le gouvernement Trump, selon un communiqué publié lundi par le groupe de Dearborn (Michigan).Parallèlement, il entend mettre à profit les investissements déjà réalisés dans l’électrique pour lancer, en 2027, une offre de batteries de stockage portables pour l’industrie hors automobile, les centres de données notamment, mais aussi les particuliers.”Nous tenons compte du marché tel qu’il est aujourd’hui et non tel que les gens l’imaginaient il y a cinq ans”, a expliqué Andrew Frick, président de Ford Blue (combustion) et Ford Model e (hybride et électrique), lors d’un point de presse téléphonique.Les hypothèses de croissance ambitieuses pour le tout-électrique, formulées après la pandémie de coronavirus par les grands constructeurs occidentaux tardent à se concrétiser.Aux Etats-Unis, l’insuffisance du réseau de chargeurs ainsi que le prix de vente moyen plus élevé que pour les voitures à essence justifient, pour partie, ce rythme moins soutenu que prévu, même si les ventes continuent d’augmenter.Parmi les autres facteurs figure l’extinction, voulue par le gouvernement Trump, d’un crédit d’impôt de 7.500 dollars pour l’achat de “EV” (véhicule électrique).”Plutôt que de dépenser des milliards supplémentaires dans de gros véhicules électriques qui ne seront pas rentables, nous réallouons ces capitaux” à des voitures à essence, hybrides, des modèles tout-électrique de moindre gabarit et cette nouvelle activité distincte de batteries, a détaillé Andrew Frick.- L’électrique rentable en 2029 -Ford va notamment arrêter la production du F-150 Lightning tout-électrique, déclinaison de son pick-up vedette, et prévoit d’en lancer prochainement une version avec prolongateur d’autonomie (EREV), technologie utilisant un moteur à essence de complément.Aux Etats-Unis, le constructeur renonce, par ailleurs, à un projet de monospace tout-électrique pour le remplacer par des modèles hybride et essence. Dans le détail, Ford va passer pour 8,5 milliards de dépréciations sur certains de ses actifs, 6 milliards de frais liés à la dissolution de sa société commune spécialisée dans les batteries avec le sud-coréen SK, et absorber 5 milliards de coûts supplémentaires.Quelque 12,5 des 19,5 milliards seront intégrés aux comptes du quatrième trimestre 2025, ce qui devrait faire basculer la firme dans le rouge, le solde étant étalé dans les comptes de 2026 et 2027.Le groupe compte sur ce coup de volant pour parvenir à la rentabilité de son activité électrique (hybrides compris) en 2029.Ford a mentionné des “changements réglementaires” à l’appui de ce virage, sans plus de précision.Début décembre, Donald Trump a choisi d’alléger la réglementation sur la consommation en carburant et les émissions de véhicules aux Etats-Unis, affirmant que cela ferait baisser le prix de vente moyen d’un véhicule, une assertion contestée par des spécialistes.Le gouvernement de l’ex-président Joe Biden avait durci les standards pour favoriser la transition du parc automobile vers le tout-électrique.En 2021, Ford s’était fixé l’objectif de parevenir à une production à 40% tout-électrique en 2030. Il vise désormais 50% en incluant l’hybride et l’EREV. Si la réorganisation dévoilée lundi aura des effets sur plusieurs sites de Ford, le constructeur s’attend à ce qu’elle soit, “au total, positive pour l’emploi”, selon Andrew Frick.Le sud-coréen SK a annoncé jeudi la dissolution de sa société commune BlueOval SK avec Ford, le protocole de rupture prévoyant que l’entreprise américaine devienne propriétaire à 100% de l’usine de batteries de Glendale (Kentucky).Lors du point de presse, le responsable de la communication de Ford a précisé que, dans un premier temps, les 1.600 employés de ce site seraient licenciés mais qu’une fois l’usine adaptée à la production de batteries de stockage, le groupe embaucherait 2.100 personnes.Dans les échanges électroniques postérieurs à la clôture de Wall Street, le titre Ford gagnait un peu plus de 1%.