Échanges d’insultes entre Ukrainiens et Russes avant les pourparlers attendus à Istanbul

Volodymyr Zelensky a qualifié jeudi de “pure façade” la délégation envoyée par Moscou pour les premiers pourparlers de paix russo-ukrainiens sans intermédiaire depuis 2022, Moscou répliquant en le traitant de “clown”, jetant un doute sur l’issue de ces discussions auxquelles Vladimir Poutine n’a pas prévu de participer.La délégation russe est arrivée à Istanbul, mais pas encore l’équipe ukrainienne, dont la présence “sur place” dépend de “la décision” de M. Zelensky, selon un haut responsable ukrainien, suggérant ainsi que la tenue de cette réunion n’était pas encore totalement assurée.Le président américain Donald Trump a, lui, estimé ne pas s’attendre à des progrès dans les discussions tant qu’il n’aura pas rencontré Vladimir Poutine, alors que l’armée russe continue de progresser sur le front, malgré les pertes.En dépit de l’importance de cette réunion qu’il avait lui-même annoncée et la demande de Volodymyr Zelensky de discuter face-à-face, Vladimir Poutine n’a “pas prévu pour le moment” de se rendre en Turquie, a indiqué son porte-parole, Dmitri Peskov.A sa place, le maître du Kremlin a envoyé une délégation emmenée par l’un de ses conseillers de second plan, Vladimir Medinski. Un profil qui tranche avec les hauts responsables réunis mercredi soir autour du président russe pour “préparer les négociations”, selon le Kremlin, mais qui ne font pas partie du voyage.Né en Ukraine soviétique, M. Medinski est connu pour sa lecture nationaliste de l’histoire de la Russie. En 2023, il avait déclaré que l’Ukraine faisait “partie de la terre russe”. Il avait déjà pris part aux dernières négociations de paix directes entre Kiev et Moscou, au printemps 2022, qui avaient échoué.- “Pitoyable” -A son arrivée à Ankara, en Turquie, Volodymyr Zelensky a immédiatement critiqué cette équipe de négociateurs russes, la qualifiant de “pure façade” et s’interrogeant sur sa capacité à “prendre des décisions”.La réponse, cinglante, n’a pas tardé de la part de Maria Zakharova, la porte-parole de la diplomatie russe: “Qui utilise l’expression de +pure façade+ ? Un clown ? Un raté ?”, a-t-elle taclé, lors de son briefing hebdomadaire, interrogée en direct.Cet échange d’invectives sème le doute le jour de cette rencontre prévue censée enclencher un processus diplomatique pour trouver une issue à l’invasion russe de l’Ukraine, lancée en février 2022 et qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de civils et militaires.La délégation russe est arrivée dans la matinée à Istanbul, sans Vladimir Poutine donc, alors que Volodymyr Zelensky l’avait mis au défi de venir “en personne” en Turquie et de l’y rencontrer.Réagissant jeudi à cette demande depuis Moscou, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a déclaré que M. Zelensky était “pitoyable”. A Istanbul, les discussions “sont décalées en deuxième partie de journée”, avait annoncé au préalable Maria Zakharova. Kiev n’a, de son côté, pas communiqué l’horaire de la réunion, ni la composition exacte de sa délégation.”Si le président en décide ainsi, la délégation sera sur place”, a assuré en milieu d’après-midi un haut responsable ukrainien à l’AFP.Depuis Ankara, Volodymyr Zelensky a annoncé avoir emmené en Turquie une équipe “du plus haut niveau”, mais il n’a pas dit qui devait se rendre précisément à Istanbul et s’il irait, lui, personnellement ou non.- “Rien ne se passera” -Sur les rives du Bosphore, devant le palais de Dolmabahçe, où doit avoir lieu la rencontre, plusieurs centaines de journalistes font le pied de grue depuis la matinée, selon des journalistes de l’AFP présents sur place.Ces discussions avaient été annoncées par Vladimir Poutine, le week-end dernier, en réponse à un ultimatum de Kiev et des Européens — qui tentent tant bien que mal de faire entendre leur voix — lui ordonnant d’accepter un cessez-le-feu. Le président russe avait balayé cette offre coordonnée de concert avec Washington.Le président américain Donald Trump, qui pousse Kiev et Moscou à négocier, a pour sa part répété jeudi qu’il pourrait se rendre “vendredi” en Turquie en cas de progrès dans les discussions.Mais, selon lui, “rien ne se passera (…) tant que (Poutine) et moi ne serons pas ensemble”, a-t-il affirmé plus tard, disant vouloir trouver “une solution car trop de gens meurent”.Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a lui dit penser avoir “suffisamment de raisons d’espérer” dans le succès des pourparlers que la Turquie doit accueillir.Pourtant, l’Ukraine et la Russie continuent d’afficher des exigences difficilement conciliables, alors que Moscou, dont l’armée a revendiqué jeudi la conquête de deux nouvelles localités dans la région orientale de Donetsk, occupe toujours près de 20% du territoire ukrainien.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Sri Lanka: la difficile reconquête des terres agricoles polluées par le sel de mer

Sameera Dilshan appartient à l’élite de la police srilankaise. Avec quatre de ses hommes, il a hérité d’une mission inédite: remettre en culture des champs pollués par le sel de la mer, un phénomène ancien qui s’accélère avec le changement climatique.A deux heures de route au sud de la capitale Colombo, voici Katakurunda, un des camps de la redoutée “Special Task Force” (STF).Pendant que ses collègues s’entraînent au maintien de l’ordre sous la chaleur humide des côtes de l’océan Indien tout proche, le commando-paysan de la police bine, arrache et arrose.Son objectif ? Ressusciter une rizière déclarée morte il y a près de quarante ans à cause de la salinité de son sol.Un projet modèle dont l’importance stratégique justifie qu’il ait été confié à l’élite des forces de l’ordre, dans un pays où près de 8% de la totalité des terres arables sont affectées par une salinité excessive.”Cette plantation a démarré en 2022 dans le cadre d’une initiative du gouvernement pour développer la sécurité alimentaire”, explique le sous-officier.”On nous a donné ces terres marécageuses pour essayer d’y cultiver de la noix de coco selon une pratique agricole utilisée en Thaïlande ou en Indonésie”, ajoute-t-il.Cette méthode “Sorjan” consiste à remodeler les terres agricoles en y creusant des bassins pour l’élevage piscicole ou les cultures résistantes aux inondations, pendant que leurs bords surélevés sont réservés aux variétés plus fragiles.- “Rendements menacés” -“C’est un système de production efficace et résistant aux aléas du climat, qui optimise l’utilisation des terres, leur productivité et augmente les profits des agriculteurs”, résume Buddhi Marambe, enseignant à l’université de Peradeniya.”Nous entretenons 360 cocotiers (…) ainsi que des citrouilles, des calebasses et du concombre”, décrit Sameera Dilshan. “Dans deux ans et demi, nous saurons si c’est un succès ou pas”.Selon un rapport publié en 2024 par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture (FAO), l’eau salée des mers et des océans affecte 10,7% des terres de la planète, jusqu’à les rendre incultivables.Il remonte les cours d’eau à marée haute, s’incruste dans les sols à l’évaporation et contamine les nappes phréatiques utilisées pour leur irrigation.   Le réchauffement de la planète, qui accroît l’aridité des sols, réduit les ressources en eau et fait monter le niveau des mers, devrait faire passer la part de ces terres “salées” de 24 à 32% de la superficie mondiale d’ici à la fin du siècle, estime la FAO.Ces phénomènes “menacent la productivité agricole et réduisent le rendement des récoltes dans les zones salées”, avertit l’institution.Le Sri Lanka n’échappe pas à la règle.Selon le Pr. Marambe, 223.000 hectares, dont la moitié de rizières, sont aujourd’hui affectés par leur salinité au Sri Lanka.- “Pénuries” -Au sud de la plantation expérimentale des policiers de la STF, le village de Parappuwa en est entouré.Ici, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de l’océan, seule une infime partie des rizières est encore cultivée. “Tout est pollué par le sel qui remonte à marée haute”, constate Gamini Piyal Wijesinghe, le doigt pointé sur un petit ruisseau.”Au total, 18 anicots (barrages) ont été construits pour empêcher l’eau de mer de remonter. Mais ils n’ont pas été construits correctement”, peste-t-il, “l’eau peut passer au travers”.Alors lorsqu’il a quitté l’armée, ce fils de riziculteur s’est reconverti dans la restauration. D’autres agriculteurs du coin ont fait le choix de la cannelle ou l’hévéa (arbre-caoutchouc).”La cannelle marche plutôt bien, mais nos revenus ont nettement baissé depuis que nous ne faisons plus de riz”, confirme le chef de l’association locale des agriculteurs, W.D. Jayaratne. “En plus, nous avons connu des pénuries de riz”.Et l’avenir s’annonce sombre. “La salinité de l’eau augmente. Il y a aussi les insectes”, poursuit le même, “partout il n’y a que des problèmes”.Les autorités semblent avoir pris conscience de la menace.Dans le district de Kalutara, elles offrent gratuitement aux paysans des terres abandonnées pour les remettre en culture.”Nous avons déjà alloué 400 hectares, on envisage d’aller jusqu’à 1.000 d’ici deux ans”, assure le chef du district, Janaka Gunawardana. “Il y a une forte demande pour la noix de coco, ça va créer des revenus pour notre population”.- Variétés résistantes -A Katukurunda, Aruna Priyankara Perera n’a pas longtemps hésité avant de sauter sur l’occasion.”J’ai acquis deux hectares à côté de mon hôtel pour copier l’expérience menée par les STF”, dit-il devant son champ fraîchement planté de cocotiers et de citrouilles. “La terre est gratuite pendant deux ans, il faut juste prouver qu’elle est cultivée”.Elément de base du régime alimentaire local, le riz fait l’objet de toutes les attentions des autorités.”La salinité des sols est un problème majeur au Sri Lanka”, alerte le Pr. Marambe. “Nous avons testé avec succès plusieurs variétés prometteuses de riz résistant à la salinité et aux inondations”.L’enjeu est de taille.Une récente étude menée dans l’estuaire de la rivière Bentota, dans le sud-ouest de l’île, a relevé que la moitié des riziculteurs locaux avaient perdu tous leurs revenus à cause de la pollution saline.Plus grave, c’est la sécurité alimentaire du Sri Lanka qui est désormais menacée. La production de riz a atteint son plus bas niveau depuis 2019 lors de la dernière récolte (de septembre à mars).”Si nous ne nous retroussons pas tous les manches pour remettre en culture et en production les zones polluées par le sel”, avertit le Pr. Buddhi Marambe, “l’avenir sera de plus en plus sombre”.

Sri Lanka: la difficile reconquête des terres agricoles polluées par le sel de mer

Sameera Dilshan appartient à l’élite de la police srilankaise. Avec quatre de ses hommes, il a hérité d’une mission inédite: remettre en culture des champs pollués par le sel de la mer, un phénomène ancien qui s’accélère avec le changement climatique.A deux heures de route au sud de la capitale Colombo, voici Katakurunda, un des camps de la redoutée “Special Task Force” (STF).Pendant que ses collègues s’entraînent au maintien de l’ordre sous la chaleur humide des côtes de l’océan Indien tout proche, le commando-paysan de la police bine, arrache et arrose.Son objectif ? Ressusciter une rizière déclarée morte il y a près de quarante ans à cause de la salinité de son sol.Un projet modèle dont l’importance stratégique justifie qu’il ait été confié à l’élite des forces de l’ordre, dans un pays où près de 8% de la totalité des terres arables sont affectées par une salinité excessive.”Cette plantation a démarré en 2022 dans le cadre d’une initiative du gouvernement pour développer la sécurité alimentaire”, explique le sous-officier.”On nous a donné ces terres marécageuses pour essayer d’y cultiver de la noix de coco selon une pratique agricole utilisée en Thaïlande ou en Indonésie”, ajoute-t-il.Cette méthode “Sorjan” consiste à remodeler les terres agricoles en y creusant des bassins pour l’élevage piscicole ou les cultures résistantes aux inondations, pendant que leurs bords surélevés sont réservés aux variétés plus fragiles.- “Rendements menacés” -“C’est un système de production efficace et résistant aux aléas du climat, qui optimise l’utilisation des terres, leur productivité et augmente les profits des agriculteurs”, résume Buddhi Marambe, enseignant à l’université de Peradeniya.”Nous entretenons 360 cocotiers (…) ainsi que des citrouilles, des calebasses et du concombre”, décrit Sameera Dilshan. “Dans deux ans et demi, nous saurons si c’est un succès ou pas”.Selon un rapport publié en 2024 par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture (FAO), l’eau salée des mers et des océans affecte 10,7% des terres de la planète, jusqu’à les rendre incultivables.Il remonte les cours d’eau à marée haute, s’incruste dans les sols à l’évaporation et contamine les nappes phréatiques utilisées pour leur irrigation.   Le réchauffement de la planète, qui accroît l’aridité des sols, réduit les ressources en eau et fait monter le niveau des mers, devrait faire passer la part de ces terres “salées” de 24 à 32% de la superficie mondiale d’ici à la fin du siècle, estime la FAO.Ces phénomènes “menacent la productivité agricole et réduisent le rendement des récoltes dans les zones salées”, avertit l’institution.Le Sri Lanka n’échappe pas à la règle.Selon le Pr. Marambe, 223.000 hectares, dont la moitié de rizières, sont aujourd’hui affectés par leur salinité au Sri Lanka.- “Pénuries” -Au sud de la plantation expérimentale des policiers de la STF, le village de Parappuwa en est entouré.Ici, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de l’océan, seule une infime partie des rizières est encore cultivée. “Tout est pollué par le sel qui remonte à marée haute”, constate Gamini Piyal Wijesinghe, le doigt pointé sur un petit ruisseau.”Au total, 18 anicots (barrages) ont été construits pour empêcher l’eau de mer de remonter. Mais ils n’ont pas été construits correctement”, peste-t-il, “l’eau peut passer au travers”.Alors lorsqu’il a quitté l’armée, ce fils de riziculteur s’est reconverti dans la restauration. D’autres agriculteurs du coin ont fait le choix de la cannelle ou l’hévéa (arbre-caoutchouc).”La cannelle marche plutôt bien, mais nos revenus ont nettement baissé depuis que nous ne faisons plus de riz”, confirme le chef de l’association locale des agriculteurs, W.D. Jayaratne. “En plus, nous avons connu des pénuries de riz”.Et l’avenir s’annonce sombre. “La salinité de l’eau augmente. Il y a aussi les insectes”, poursuit le même, “partout il n’y a que des problèmes”.Les autorités semblent avoir pris conscience de la menace.Dans le district de Kalutara, elles offrent gratuitement aux paysans des terres abandonnées pour les remettre en culture.”Nous avons déjà alloué 400 hectares, on envisage d’aller jusqu’à 1.000 d’ici deux ans”, assure le chef du district, Janaka Gunawardana. “Il y a une forte demande pour la noix de coco, ça va créer des revenus pour notre population”.- Variétés résistantes -A Katukurunda, Aruna Priyankara Perera n’a pas longtemps hésité avant de sauter sur l’occasion.”J’ai acquis deux hectares à côté de mon hôtel pour copier l’expérience menée par les STF”, dit-il devant son champ fraîchement planté de cocotiers et de citrouilles. “La terre est gratuite pendant deux ans, il faut juste prouver qu’elle est cultivée”.Elément de base du régime alimentaire local, le riz fait l’objet de toutes les attentions des autorités.”La salinité des sols est un problème majeur au Sri Lanka”, alerte le Pr. Marambe. “Nous avons testé avec succès plusieurs variétés prometteuses de riz résistant à la salinité et aux inondations”.L’enjeu est de taille.Une récente étude menée dans l’estuaire de la rivière Bentota, dans le sud-ouest de l’île, a relevé que la moitié des riziculteurs locaux avaient perdu tous leurs revenus à cause de la pollution saline.Plus grave, c’est la sécurité alimentaire du Sri Lanka qui est désormais menacée. La production de riz a atteint son plus bas niveau depuis 2019 lors de la dernière récolte (de septembre à mars).”Si nous ne nous retroussons pas tous les manches pour remettre en culture et en production les zones polluées par le sel”, avertit le Pr. Buddhi Marambe, “l’avenir sera de plus en plus sombre”.

Sri Lanka: la difficile reconquête des terres agricoles polluées par le sel de mer

Sameera Dilshan appartient à l’élite de la police srilankaise. Avec quatre de ses hommes, il a hérité d’une mission inédite: remettre en culture des champs pollués par le sel de la mer, un phénomène ancien qui s’accélère avec le changement climatique.A deux heures de route au sud de la capitale Colombo, voici Katakurunda, un des camps de la redoutée “Special Task Force” (STF).Pendant que ses collègues s’entraînent au maintien de l’ordre sous la chaleur humide des côtes de l’océan Indien tout proche, le commando-paysan de la police bine, arrache et arrose.Son objectif ? Ressusciter une rizière déclarée morte il y a près de quarante ans à cause de la salinité de son sol.Un projet modèle dont l’importance stratégique justifie qu’il ait été confié à l’élite des forces de l’ordre, dans un pays où près de 8% de la totalité des terres arables sont affectées par une salinité excessive.”Cette plantation a démarré en 2022 dans le cadre d’une initiative du gouvernement pour développer la sécurité alimentaire”, explique le sous-officier.”On nous a donné ces terres marécageuses pour essayer d’y cultiver de la noix de coco selon une pratique agricole utilisée en Thaïlande ou en Indonésie”, ajoute-t-il.Cette méthode “Sorjan” consiste à remodeler les terres agricoles en y creusant des bassins pour l’élevage piscicole ou les cultures résistantes aux inondations, pendant que leurs bords surélevés sont réservés aux variétés plus fragiles.- “Rendements menacés” -“C’est un système de production efficace et résistant aux aléas du climat, qui optimise l’utilisation des terres, leur productivité et augmente les profits des agriculteurs”, résume Buddhi Marambe, enseignant à l’université de Peradeniya.”Nous entretenons 360 cocotiers (…) ainsi que des citrouilles, des calebasses et du concombre”, décrit Sameera Dilshan. “Dans deux ans et demi, nous saurons si c’est un succès ou pas”.Selon un rapport publié en 2024 par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture (FAO), l’eau salée des mers et des océans affecte 10,7% des terres de la planète, jusqu’à les rendre incultivables.Il remonte les cours d’eau à marée haute, s’incruste dans les sols à l’évaporation et contamine les nappes phréatiques utilisées pour leur irrigation.   Le réchauffement de la planète, qui accroît l’aridité des sols, réduit les ressources en eau et fait monter le niveau des mers, devrait faire passer la part de ces terres “salées” de 24 à 32% de la superficie mondiale d’ici à la fin du siècle, estime la FAO.Ces phénomènes “menacent la productivité agricole et réduisent le rendement des récoltes dans les zones salées”, avertit l’institution.Le Sri Lanka n’échappe pas à la règle.Selon le Pr. Marambe, 223.000 hectares, dont la moitié de rizières, sont aujourd’hui affectés par leur salinité au Sri Lanka.- “Pénuries” -Au sud de la plantation expérimentale des policiers de la STF, le village de Parappuwa en est entouré.Ici, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de l’océan, seule une infime partie des rizières est encore cultivée. “Tout est pollué par le sel qui remonte à marée haute”, constate Gamini Piyal Wijesinghe, le doigt pointé sur un petit ruisseau.”Au total, 18 anicots (barrages) ont été construits pour empêcher l’eau de mer de remonter. Mais ils n’ont pas été construits correctement”, peste-t-il, “l’eau peut passer au travers”.Alors lorsqu’il a quitté l’armée, ce fils de riziculteur s’est reconverti dans la restauration. D’autres agriculteurs du coin ont fait le choix de la cannelle ou l’hévéa (arbre-caoutchouc).”La cannelle marche plutôt bien, mais nos revenus ont nettement baissé depuis que nous ne faisons plus de riz”, confirme le chef de l’association locale des agriculteurs, W.D. Jayaratne. “En plus, nous avons connu des pénuries de riz”.Et l’avenir s’annonce sombre. “La salinité de l’eau augmente. Il y a aussi les insectes”, poursuit le même, “partout il n’y a que des problèmes”.Les autorités semblent avoir pris conscience de la menace.Dans le district de Kalutara, elles offrent gratuitement aux paysans des terres abandonnées pour les remettre en culture.”Nous avons déjà alloué 400 hectares, on envisage d’aller jusqu’à 1.000 d’ici deux ans”, assure le chef du district, Janaka Gunawardana. “Il y a une forte demande pour la noix de coco, ça va créer des revenus pour notre population”.- Variétés résistantes -A Katukurunda, Aruna Priyankara Perera n’a pas longtemps hésité avant de sauter sur l’occasion.”J’ai acquis deux hectares à côté de mon hôtel pour copier l’expérience menée par les STF”, dit-il devant son champ fraîchement planté de cocotiers et de citrouilles. “La terre est gratuite pendant deux ans, il faut juste prouver qu’elle est cultivée”.Elément de base du régime alimentaire local, le riz fait l’objet de toutes les attentions des autorités.”La salinité des sols est un problème majeur au Sri Lanka”, alerte le Pr. Marambe. “Nous avons testé avec succès plusieurs variétés prometteuses de riz résistant à la salinité et aux inondations”.L’enjeu est de taille.Une récente étude menée dans l’estuaire de la rivière Bentota, dans le sud-ouest de l’île, a relevé que la moitié des riziculteurs locaux avaient perdu tous leurs revenus à cause de la pollution saline.Plus grave, c’est la sécurité alimentaire du Sri Lanka qui est désormais menacée. La production de riz a atteint son plus bas niveau depuis 2019 lors de la dernière récolte (de septembre à mars).”Si nous ne nous retroussons pas tous les manches pour remettre en culture et en production les zones polluées par le sel”, avertit le Pr. Buddhi Marambe, “l’avenir sera de plus en plus sombre”.

ArcelorMittal redit son “intention” d’investir 1,2 milliard d’euros à Dunkerque, mais maintient son plan social

Le sidérurgiste ArcelorMittal a réaffirmé jeudi son “intention” d’investir dans la décarbonation de son site de Dunkerque (Nord) à hauteur de 1,2 milliard d’euros, sous réserve que Bruxelles concrétise ses mesures de protection de l’acier européen, sans toutefois remettre en cause les suppression de postes annoncées en France.Le groupe confirme “son intention d’investir dans un premier four électrique, sur son site de Dunkerque, pour un montant d’environ 1,2 milliard d’euros”, compte tenu des mesures prises par Bruxelles qui vont “dans la bonne direction”, a indiqué le groupe dans un communiqué.Pour une décision ferme et définitive, il faudra attendre “après l’été”, selon le président d’ArcelorMittal France, Alain Le Grix de la Salle.”Les mesures que nous attendons sont de deux ordres (…): des mesures de défense commerciale pour limiter les importations à 15% du marché et un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Ces mesures nous permettront de rétablir une concurrence équitable sur le marché européen de l’acier et donc de jouer à armes égales”, a-t-il déclaré lors d’un point presse en ligne, estimant qu’elles “devraient être en place prochainement, dans les mois à venir, après l’été”.”Donc, je ne parlerai pas de conditionnalité, c’est une intention, mais on veut vraiment donner le sens et la confiance que l’on a sur le fait de dire que très très prochainement, on va décider et on va confirmer”, a-t-il ajouté.Il a en revanche écarté tout abandon du projet de plan de supressions de 636 postes pour la France, dans les fonctions support et la production : “ce sont deux sujets qui sont distincts. Les suppressions de postes actuellement sont destinées à rendre la compétitivité des sites de Dunkerque. Et là, on parle et on confirme notre intention (d’investir) pour donner de la visibilité, parce qu’on est beaucoup plus confiant qu’il y a deux ou trois mois”, a-t-il déclaré. Fin 2024, ArcelorMittal avait suspendu son projet d’investissement massif – à hauteur de 1,8 milliard d’euros dont plus de 800 millions d’aide promise par l’Etat – dans la décarbonation de ses hauts fourneaux de Dunkerque, en arguant de la non compétitivité de l’acier produit en Europe.L’acier européen est pris en étau entre la baisse de la consommation sur le Vieux Continent, la concurrence jugée déloyale d’acier à bas prix venu de Chine notamment, les prix de l’énergie élevés en Europe et, désormais, les nouvelles taxes douanières décrétées par les Etats-Unis.

Trump says ‘getting close’ to deal to avoid Iran military action

US President Donald Trump said Thursday a deal was close on Iran’s nuclear programme that would avert military action, sending oil prices tumbling, as he boasted of raising “trillions of dollars” on a Gulf tour.He made the remarks in Doha before flying on to the United Arab Emirates capital Abu Dhabi on the third and final leg of a Gulf tour that began in Saudi Arabia.”We’re not going to be making any nuclear dust in Iran,” Trump said. “I think we’re getting close to maybe doing a deal without having to do this,” he said, referring to military action.Oil prices plunged more than three percent on rising hopes for a nuclear deal that could see Iranian exports return to the market.Iran has held four rounds of talks with the Trump administration, which has sought to avert threatened military action by Israel while keeping up its “maximum pressure” campaign.”You probably read today the story about Iran. It’s sort of agreed to the terms,” Trump said.The US president did not specify which remarks he was referring to, but an adviser to Iran’s supreme leader Ayatollah Ali Khamenei, Ali Shamkhani, told NBC News that Tehran would give up its stocks of highly enriched uranium as part of a deal in which Washington lifts sanctions.Trump said Iran should “say a big thank you” to Qatar’s emir, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, who had pressed the US leader to avoid military action against his country’s giant neighbour.Speaking to troops at Al-Udeid, the biggest US military base in the region, Trump said his priority was “to end conflicts, not start them”.But he warned that “I will never hesitate to wield American power if it’s necessary to defend the United States of America or our partners” — while flanked on stage by a fighter jet and an MQ-9 drone.He also said Qatar would invest $10 billion in the coming years to support Al-Udeid, which hosts the regional headquarters of the US military’s Central Command.- Abu Dhabi -In Abu Dhabi, he was wecomed at the airport by UAE President Sheikh Mohamed bin Zayed, whose oil-rich country seeks to become a technology and artificial intelligence hub.But these ambitions hinge on access to advanced US technologies, including AI chips under restricted export — which the UAE president’s brother and spy chief Sheikh Tahnoon bin Zayed reportedly lobbied for during a Washington visit in March.Trump is hoping to secure billions of dollars in business deals with the oil-rich UAE.Earlier in Qatar, Trump again said the United States wanted to “take” Gaza, which has been obliterated by the war started by the October 7, 2023 Hamas attack on Israel.Qatar has been a key mediator in talks to end the 19-month war and release hostages held by Palestinian militant group Hamas.Gaza would become a “freedom zone”, Trump said, without elaborating.Trump has been unabashed about seeking Gulf money and hailed the effect on creating jobs at home.”This is a record tour. There’s never been a tour that will raise — it could be a total of $3.5-4 trillion just in these four or five days,” Trump said in Qatar.The president hailed what he said was a record $200 billion deal for Boeing aircraft from flag-carrier Qatar Airways.Saudi Arabia promised its own $600 billion in investment, including one of the largest-ever purchases of US weapons.The Gulf leaders’ largesse has also stirred controversy, with Qatar offering Trump a luxury aircraft ahead of his visit for presidential and then personal use, in what Trump’s Democratic opponents charged was blatant corruption.- Business, not ‘nation-builders’ -Trump has made no mention of human rights during his tour.Trump’s predecessor Joe Biden had initially vowed to shun Saudi Arabia’s Crown Prince Mohammed bin Salman over US intelligence findings that he ordered the gruesome murder in 2018 of Jamal Khashoggi — a Saudi dissident writer who lived in the United States.Trump instead hailed the crown prince, who is Saudi Arabia’s de facto ruler, as a visionary due to the kingdom’s rapid economic investments.The president also acceded to a key request by the crown prince in announcing the lifting of sanctions on Syria following the toppling of Bashar al-Assad in December.He met in Riyadh with Ahmed al-Sharaa, the first encounter between leaders of the two nations in 25 years.Sharaa — a former jihadist once on the US wanted list — appeared in a suit and was complimented by Trump as a “young, attractive guy”.

Léon XIV: plus de touristes américains à Rome? Les commerçants se frottent les mains

Les commerçants de Rome jubilent à l’idée qu’un pape venu des Etats-Unis puisse attirer encore davantage de touristes américains dans la capitale italienne, tant ces derniers ont de sérieux attraits, dont leur portefeuille.Dans le quartier central du Trastevere, déjà bondé de touristes, l’hypothèse réjouit. “Dans leur culture, c’est 10% de pourboire automatiquement. Donc quand ils sont ici, ils gardent cette habitude”, sourit ainsi Roberto, restaurateur du quartier, spécialisé dans la cuisine du sud du pays.”C’est super pour le business”, abonde à quelques rues de là Cristiano Bolognesi, tenancier du restaurant Da Massi. “Ils ne dépensent pas autant qu’avant, mais ils ont quand même des dollars. Je pense que l’impact se verra dans les prochains mois.”A la mairie de Rome, on veut aussi y croire, l’adjoint chargé du tourisme Alessandro Onorato pariant auprès de l’AFP que “l’élection du pape Léon XIV affectera les flux de touristes américains.”Et de rappeler que les Américains “constituent déjà notre premier marché: sur les deux premiers mois de 2025, c’était 313.000” touristes venus des Etats-Unis “sur un total de 633.000” dans la métropole. Et “2,5 millions” sur “5 millions de visiteurs” en 2024 déjà.Né à Chicago, Léon XIV est le premier pape américain, suscitant l’enthousiasme dans son pays natal, qui compte la quatrième plus grosse population de catholiques au monde. “Je suis sûr qu’il aura un impact sur l’arrivée d’Américains” s’enthousiasmait mercredi Rick, venu du Texas contempler depuis la place Saint-Pierre le balcon d’où Léon XIV a prononcé son premier discours. “Ce n’est pas simplement qu’il est Américain, c’est aussi ce qu’il a fait dans d’autres pays en tendant la main au monde ou sa mission de justice sociale”, ajoute son épouse, Karla. “Nous faisons partie des Américains, – ce n’est pas le cas de tous -, qui pensent qu’il faut traiter correctement les migrants”, ajoute Rick.Et “c’est vrai que nous sommes habitués à donner des pourboires, j’en ai donné un tout à l’heure au chauffeur Uber et il était très surpris,” s’amuse le texan.- Un budget “dans la moyenne haute” -Pour Stefano Corbari, président de la plus grosse fédération d’agences de voyage du Latium, la Fiavet Lazio, “le tourisme américain se porte bien en ce moment, nous avons déjà eu une explosion l’an dernier et les diocèses américains sont généralement bien organisés, dès l’année prochaine, ils commenceront à organiser des voyages à Rome”, veut-il croire.D’après un sondage en février du lobby européen ETC (European Travel Commission), les touristes américains sont un peu plus enclins à prévoir un gros budget lors de leur voyage en Europe, – plus de 200 euros par jour pour 33% d’entre eux -, que ceux venus de Chine (29%) ou du Canada (20%).”Ce n’est plus l’âge d’or, lorsque les touristes américains dépensaient des sommes énormes, mais ils attendent un certain niveau de qualité et voyagent peu de temps, donc leur budget est dans la moyenne haute”, assure Stefano Corbari à l’AFP.Comme son prédécesseur François, le pape “pourra peut-être aussi attirer les Sud-Américains, de bons clients”, estime Cristiano Bolognesi, Léon XIV ayant passé plus de 20 ans au Pérou, dont il possède aussi la nationalité, ce qui fait de lui également le premier pape péruvien.Le tourisme en Italie est directement à l’origine de plus de 6% du PIB, ou presque 13% en prenant en compte les effets indirects notamment sur la restauration, la culture, ou les transports, selon l’institut national de statistiques Istat.Le Vatican, dont les recettes reposent en partie sur ses musées, devrait également accueillir avec optimisme l’arrivée de nouveaux touristes attirés par l’élection de Léon XIV, tant ses finances sont chroniquement déficitaires (presque 70 millions de perte en 2023).Mais comme dans d’autres villes européennes, habitants et responsables politiques estiment que Rome est victime de surtourisme, qui s’est accentué après la crise du Covid, les prix de nuitée s’envolant depuis 2019. La mairie de Rome avait dit fin 2024 envisager de faire payer l’accès à la célèbre fontaine de Trevi, et de limiter l’ouverture de nouveaux logements de vacances. Elle disait souhaiter un tourisme “durable pour la ville et pour l’environnement”, un thème cher au pape François.

Chine: Alibaba enregistre une hausse de 6% de son chiffre d’affaires annuel

Le géant chinois du commerce en ligne, Alibaba, a annoncé jeudi une hausse modérée de son chiffre d’affaires annuel, nouveau signe positif pour le secteur technologique chinois malgré des défis grandissants.L’entreprise de Hangzhou, dans l’est de la Chine, possède certaines des plateformes de e-commerce les plus utilisées du pays, dont Taobao, ce qui fait de ses performances un indicateur très scruté du moral des consommateurs chinois.Le cours de son action a joué les montagnes russes cette année, un temps porté par un regain d’enthousiasme des investisseurs autour des capacités chinoises en intelligence artificielle (IA), avant de plonger brusquement le mois dernier à la suite de l’offensive commerciale mondiale du président américain Donald Trump.Le chiffre d’affaires de l’entreprise pour l’année fiscale conclue le 31 mars a atteint 996,3 milliards de yuans (123 milliards d’euros), selon les données transmises à la Bourse de Hong Kong.Il s’agit d’une hausse de 6% par rapport à l’année fiscale précédente.Le bénéfice net annuel d’Alibaba a de son côté bondi de 62% sur un an, d’après des calculs de l’AFP, atteignant 129,5 milliards de yuans (16 milliards d’euros), selon le rapport de l’entreprise.Sur le seul dernier trimestre de l’année, la firme a enregistré un chiffre d’affaires de 236,5 milliards de yuans (211,4 milliards d’euros), légèrement inférieur aux prévisions de l’agence Bloomberg.”Nos résultats (…) pour l’année fiscale entière démontrent l’efficacité continue de notre stratégie” axée sur l’utilisateur et l’IA, “ainsi qu’une croissance de nos activités principales qui continue de s’accélérer”, s’est félicité le directeur général de la compagnie, Eddie Wu, dans un communiqué.- Course à l’IA -Ces chiffres constituent un signe rassurant pour le secteur technologique chinois face aux vents contraires que constituent la guerre commerciale lancée par Washington et un moral des consommateurs chinois en demi-teinte.Le secteur a suscité un regain d’intérêt de la part des investisseurs depuis la sortie choc en janvier du robot conversationnel d’intelligence artificielle (AI) DeepSeek.Alibaba, mais aussi les géants technologiques chinois Tencent et Baidu, injectent désormais d’importantes ressources dans une nouvelle course au développement et à l’intégration des applications d’IA de pointe.Pékin mise de plus en plus sur ses géants nationaux de l’internet et des technologies pour soutenir l’emploi et la consommation face aux incertitudes en matière de commerce international.Pékin et Washington ont certes annoncé lundi leur intention de réduire considérablement les droits de douane très élevés qu’ils s’étaient imposés réciproquement.Mais l’économie chinoise pourrait encore avoir du mal à atteindre l’objectif de croissance annuelle fixé par les autorités “d’environ 5%”.La publication des résultats d’Alibaba jeudi a lieu après que Tencent et le géant du commerce en ligne JD.com ont annoncé plus tôt dans la semaine des hausses modérées de leur chiffre d’affaires au premier trimestre, laissant entrevoir un possible rebond de la consommation.Mais les statistiques nationales publiées la semaine dernière ont révélé une stagnation des prix à la consommation, signe caractéristique de pressions déflationnistes.Alibaba a longtemps été dans le viseur de la vaste offensive réglementaire lancée fin 2020 contre le secteur technologique national par l’Etat-parti chinois.Jack Ma, cofondateur charismatique du groupe, qui s’était exprimé ouvertement sur les lacunes du système financier et réglementaire chinois, avait disparu des projecteurs pendant la campagne.Il est finalement réapparu en février lors d’une réunion avec le président Xi Jinping et d’autres figures du monde des affaires, signe apparent d’un retour en grâce qui avait provoqué une hausse du cours boursier d’Alibaba.Jack Ma n’occupe plus de fonction exécutive au sein du groupe, mais il détiendrait encore une part importante du capital.

Commerzbank resserre les rangs face aux visées d’UniCredit

Direction, salariés et actionnaires de Commerzbank ont affiché leur opposition jeudi face aux ambitions de rachat de l’italienne UniCredit lors de l’assemblée des actionnaires de la deuxième banque privée allemande.Après une année 2024 marquée par un bénéfice historique de 2,7 milliards d’euros, Commerzbank “a encore ses plus belles années devant elle”, a déclaré la présidente du directoire, Bettina Orlopp, lors d’un discours régulièrement salué par les applaudissements de quelque 600 participants.La deuxième banque allemande privée, sauvée par l’Etat allemand en 2008, est sous pression depuis que sa rivale UniCredit, pilotée par son bouillonnant patron Andrea Orcel, a profité à l’automne de la sortie partielle de l’État allemand pour entrer massivement au capital. La banque milanaise a depuis reçu le feu vert pour augmenter sa participation jusqu’à 29,99%, proche du seuil de déclenchement d’une offre publique obligatoire.- Pas de tabou -Lors de la discussion générale, Klaus Nieding, de l’association de petits actionnaires DSW, a rejeté une possible acquisition par UniCredit, appelant les actionnaires à “s’y opposer clairement”.L’indépendance de Commerzbank “serait préférable, ne serait-ce que pour la place économique allemande”, déclare à l’AFP Josef Simon, 70 ans, petit actionnaire présent dans la salle du palais de congrès de Wiesbaden (ouest), près de Francfort où le groupe a son siège.”L’intérêt de l’ensemble de la banque et de ses parties prenantes” doit primer, a souligné Andreas Thomae, du gestionnaire d’actifs Deka, à l’adresse du podium occupé par l’ensemble des membres du directoire et du conseil de surveillance.La direction devrait à ce titre étudier toutes les options stratégiques, y compris avec UniCredit, a estimé de son côté Hendrik Schmidt, pour le gestionnaire d’actifs DWS. “Les coopérations ne doivent pas être tabou”, a-t-il prévenu.Chaque scénario alternatif devra “être évalué à l’aune de la stratégie autonome et très attractive actuellement suivie par la banque” qui ambitionne d’augmenter son bénéfice de plus de 50% d’ici 2028, a répondu Mme Orlopp.En amont de l’assemblée tenue en présence pour la première fois depuis 2019, environ 200 salariés s’étaient rassemblés devant le palais des congrès dans l’unique but de soutenir l’indépendance de la deuxième banque privée allemande créée il y a 155 ans.Ce scénario serait “mieux pour nous”, a déclaré à l’AFP Christine Pfeiffenberger, 52 ans, salariée de la banque au logo jaune, portant une pancarte où était écrit en italien “mon coeur bat en jaune”.Kevin Voß, membre du syndicat des services Verdi et du conseil de surveillance de Commerzbank, redoute qu’un rachat par UniCredit ne provoque une nouvelle “hécatombe d’emplois” en Allemagne, comme jadis chez la bavaroise HypoVereinsbank, acquise par l’italienne dans les années 2000.Pour conforter son indépendance, Commerzbank a engagé un plan social pour supprimer plus de 3.000 emplois en Allemagne, sur 21.000, avec l’approbation du comité d’entreprise, et opéré un programme de rachat de propres actions.UniCredit, en tant que grand actionnaire détenant à ce jour près de 10%, n’est pas représenté à l’assemblée des actionnaires.Son PDG, Andrea Orcel, alimentant régulièrement les spéculations sur un rachat, a envoyé un courrier au gouvernement allemand de Friedrich Merz, entré en fonction la semaine dernière, pour entamer un dialogue, écrit l’agence Bloomberg.  La fusion, qui serait l’une des plus ambitieuses depuis la crise financière de 2008, a ses partisans qui appellent de leurs voeux la formation de champions bancaires européens capables de s’affirmer dans la compétition internationale.Le patron italien d’UniCredit vante le “potentiel” d’un tel mariage au moment où l’Europe cherche à stimuler sa croissance économique et ses capacités d’investissement.Mais la perspective d’un rachat suscite la méfiance à Berlin, alors que l’Etat fédéral reste le principal actionnaire de Commerzbank avec 12% du capital.En Bourse, le titre a fait un bond de plus de 60% depuis le début de l’année, rendant toute tentative de rachat nettement plus onéreuse.