Le russe LockBit, ex-leader mondial de la cybercriminalité: anatomie d’une chute

Qui a voulu la peau de LockBit, prestataire majeur de la cybercriminalité mondiale? Son intenable fondateur russe est-il libre, détenu, mort? A quel jeu trouble se livre le Kremlin avec les cyber-escrocs, aux confins entre dark web et monde réel?Le 7 mai dernier, LockBit a été victime d’un craquage de son système et du vol d’une partie de ses données. Une humiliation pour l’ex-numéro un mondial du rançongiciel, ces logiciels malveillants qui pénètrent dans le système d’une entreprise, pillent ses contenus et permettent d’extorquer de l’argent à ses propriétaires.Sur son site est apparu un message moqueur: “Don’t do crime, crime is bad, xoxo from Prague” (Ne commettez pas de crime, le crime, c’est mal. Bisous de Prague). Depuis, dans le petit monde de la cyber threat intelligence (renseignement sur la menace cyber, CTI), l’anecdote fait ricaner et réfléchir.Car LockBit a été un grand prestataire de services, indispensable à ses “affiliés”, les rançonneurs eux-mêmes. Il fournissait notamment les logiciels d’attaque, le chiffrage pour approcher les victimes, l’hébergement des données volées, les méthodes de blanchiment.Comme un intermédiaire qui fournirait passeports, armes à feu et voiture à un groupe terroriste. Sauf que la transaction se règle en cryptomonnaies et qu’il n’y a ni patronyme, ni visage apparent, ni contact physique.Damien Bancal, expert en cybercriminalité depuis plus de 30 ans, pose le décor.Une crise comme celle-là secoue le milieu tout entier et provoque une multitude de commentaires et de dialogues, sur internet ou sur le dark, qui “permettent d’entrevoir les manipulations auxquelles ils (LockBit et les autres groupes, ndlr) se livrent ou dont ils font l’objet, qu’elles soient financières, techniques ou géopolitiques”, explique-t-il à l’AFP.- “Une marque” -En 2023, LockBit était à l’origine de 44% des attaques par rançongiciel dans le monde, selon l’expert. Pourchassé par les polices occidentales, il subit une première vague d’arrestations, coordonnée par Londres et Washington, dans une dizaine de pays en février 2024, qui écorne sa crédibilité.En France, la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert une enquête contre LockBit, ainsi que plusieurs dossiers distincts impliquant des affiliés et des membres d’autres groupes cybercriminels.Rien qu’en 2024, la section a été saisie de plaintes sur 450 attaques par rançongiciels, parmi lesquels LockBit était le groupe le plus actif. “LockBit, c’était vraiment une marque”, confirme à l’AFP le parquet de Paris.La toute récente intrusion sauvage – et étrangement non revendiquée – dans le système de la bête à moitié morte a fini de l’achever.”LockBit était le numéro un. Aujourd’hui, il était en mode survie et a encore subi un coup avec cette divulgation”, explique Vincent Hinderer, en charge de la CTI chez Orange Cyberdéfense (OCD).Son activité persiste tant bien que mal. Mais l’observation des discussions en ligne, négociations et portefeuilles de monnaie virtuelle montrent des “attaques avec des petites rançons, donc un retour sur investissement relativement faible”.- Mafia 3.0 -Dans l’univers de la cybercriminalité, les rapports de force peuvent basculer en l’espace d’un double-clic. “Certains groupes obtiennent une position dominante puis tombent en désuétude”, explique Vincent Hinderer. “Conti était leader, puis LockBit, puis RansomHub. Aujourd’hui, d’autres reprennent le leadership”.”On peut faire un parallèle avec l’antiterrorisme”, admet un fonctionnaire français de la cyberdéfense, sous couvert de l’anonymat. “On coupe une tête, d’autres repoussent”.Première certitude: le secteur est dominé par le monde russe. Dans le top 10 des prestataires du cybercrime, “il y a deux groupes chinois, tout les autres sont russophones, la plupart encore physiquement localisés en Russie ou ses satellites”, assure une pointure du domaine opérant dans le secteur privé, qui lui aussi requiert l’anonymat.Vendredi, Europol et Eurojust ont revendiqué un nouveau coup de filet. Vingt mandats d’arrêt visant “en grande majorité des ressortissants russes”, selon le parquet général de Francfort et la police fédérale allemande. 300 serveurs mis hors service, dont 50 se trouvaient en Allemagne. Saisie de 3,5 millions d’euros en cryptomonnaies.Deuxième certitude: l’Etat russe joue un jeu complexe avec ces gangs. Le fonctionnaire français décrit ainsi la “porosité avec les services de l’Etat” de cette “mafia 3.0″.”On ne peut pas dire que les groupes soient commandités par l’Etat russe, mais la complaisance et l’impunité dont ils bénéficient suffisent à le rendre complice”.- Wanted: 10 millions de dollars -La fuite des données de LockBit, abondamment commentée par la communauté des cyber-observateurs a permis d’apprendre qu’un de ses affiliés avait attaqué une ville russe de 50.000 habitants.Mauvaise pioche: son fondateur, un certain Dimitri Khorochev, vit en Russie. Or, “on n’attaque pas dans son propre pays si on ne veut pas avoir de soucis judiciaires”, résume Vincent Hinderer.LockBit a immédiatement proposé à la municipalité attaquée un logiciel de décryptage, comme un antidote au poison qui la rongeait. Mais ce dernier n’a pas fonctionné. “C’est remonté au FSB qui a réglé le problème” en catimini, assure le fonctionnaire français.La même source évoque aussi le cas de Maxime Yakubets, membre du groupe Evil Corp, recherché par Washington et qui affiche sans vergogne une somptueuse collection de voitures de luxe, avec des immatriculations dont certaines lettres sont réservées en principe aux fonctionnaires de haut rang.Quant à Khorochev, sa tête est mise à prix pour 10 millions de dollars par le département d’Etat américain. En avril 2024, le site du ministère affichait la photo de ce Russe fringant de 32 ans, visage fin et regard acéré. Mais son poids, sa taille, la couleur de ses cheveux et de ses yeux étaient décrits comme inconnus.”Depuis janvier 2020, LockBit a mené des attaques contre plus de 2.500 victimes à travers le monde, dont environ 1.800 aux États-Unis, (…) recevant au moins 150 millions de dollars en paiements de rançon effectués sous forme de monnaie numérique”, précisait le département d’Etat.Une somme qui, selon les experts, ne représente que sa seule part du butin, soit 20% des volumes dégagés par les intrusives opérations de ses affiliés. Le jeune trublion est, de fait, sous sanction du Trésor américain.On le sait grandiloquent, provocateur, égocentré, comme lorsqu’il offre de l’argent à qui tatouera son logo sur son corps, ou à qui trouvera une faille dans son serveur. – “Tu vas travailler pour nous” -Pour le reste, mystère absolu. “Tant qu’il ne sort pas de Russie, il ne sera pas arrêté”, tranche l’expert du secteur privé. Mais “on n’est pas sûr qu’il soit vivant”.Toutes les sources interrogées par l’AFP décrivent le comportement ambivalent des autorités russes, entre surveillance en bride courte, laxisme calculé et manipulation politique.”L’Etat russe laisse faire les groupes, il est très content de cette forme de harcèlement continu” auquel les cybercriminels se livrent, assure le même expert. Surtout lorsqu’ils ciblent l’Ukraine ou des pays occidentaux.Damien Bancal cite le cas de Sodinokibi, un groupe de pirates informatiques, aussi connu sous le nom de REvil, démantelé en janvier 2022.”Le FBI (police fédérale américaine) avait donné un coup de main au FSB pour arrêter le groupe. Lors des arrestations, ils avaient trouvé des lingots d’or et leurs matelas étaient remplis de billets”, raconte-t-il.Depuis, l’invasion russe en Ukraine est passée par là, et “plus personne ne coopère avec qui que ce soit”.Interrogé par l’AFP lundi sur l’existence d’une demande officielle par Washington d’informations sur Dimitri Khorochev, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré ne disposer d'”aucune information”.Selon lui, “des contacts existent entre les services spéciaux (russe et américain, ndlr). Mais on ne peut pas parler pour l’heure d’une coopération d’ampleur”.De fait, Moscou tire largement profit de ces extorsions. “Arrêter aujourd’hui des rançonneurs, des professionnels de la prise d’otage d’entreprises, c’est mettre la main sur toutes les données qu’ils ont pu voler. C’est une manne providentielle”, explique Damien Bancal.Outre l’argent liquide et les cryptomonnaies, “ce sont des dizaines, si ce n’est des centaines de millions d’informations, qui ont été volées aux entreprises par des groupes de rançongiciels”, dit-il. En novembre 2024 est entrée en vigueur une loi russe permettant l’usage de cryptomonnaies comme moyen de contournement des sanctions occidentales, tout en encadrant strictement leur fabrication. Le texte prévoit que seules des entreprises inscrites dans un registre spécial ont le droit d’en produire massivement.Mais la répression est à géométrie variable. En août dernier, un cybercriminel russe a été rendu à son pays lors d’un échange de prisonniers avec plusieurs pays occidentaux.Et si la justice russe juge régulièrement des hackeurs à des peines de prison, Damien Bancal suppute un rapport de force loin du strict cadre légal: “Je t’arrête, je te fais quelques câlins à la mode russe et je te libère. Mais tu vas travailler pour nous”, résume-t-il. Les criminels jouent le jeu, contraints et forcés, parfois satisfaits de servir la patrie en étant passés “du bon côté de la force”.Le fondateur de LockBit, Dimitri Khorochev – ou quiconque se ferait passer pour lui – essaye pour sa part de rester debout. Il a d’abord minimisé l’importance des données piratées le 7 mai. Et offert une récompense à qui l’aiderait à retrouver son tourmenteur.”Donnez des infos sur lui, qui il est — je paierai si l’info est authentique”, a-t-il écrit sur son site. En attendant, bon baisers de Prague.burs-dla/dab/sva/cls 

Le russe LockBit, ex-leader mondial de la cybercriminalité: anatomie d’une chute

Qui a voulu la peau de LockBit, prestataire majeur de la cybercriminalité mondiale? Son intenable fondateur russe est-il libre, détenu, mort? A quel jeu trouble se livre le Kremlin avec les cyber-escrocs, aux confins entre dark web et monde réel?Le 7 mai dernier, LockBit a été victime d’un craquage de son système et du vol d’une partie de ses données. Une humiliation pour l’ex-numéro un mondial du rançongiciel, ces logiciels malveillants qui pénètrent dans le système d’une entreprise, pillent ses contenus et permettent d’extorquer de l’argent à ses propriétaires.Sur son site est apparu un message moqueur: “Don’t do crime, crime is bad, xoxo from Prague” (Ne commettez pas de crime, le crime, c’est mal. Bisous de Prague). Depuis, dans le petit monde de la cyber threat intelligence (renseignement sur la menace cyber, CTI), l’anecdote fait ricaner et réfléchir.Car LockBit a été un grand prestataire de services, indispensable à ses “affiliés”, les rançonneurs eux-mêmes. Il fournissait notamment les logiciels d’attaque, le chiffrage pour approcher les victimes, l’hébergement des données volées, les méthodes de blanchiment.Comme un intermédiaire qui fournirait passeports, armes à feu et voiture à un groupe terroriste. Sauf que la transaction se règle en cryptomonnaies et qu’il n’y a ni patronyme, ni visage apparent, ni contact physique.Damien Bancal, expert en cybercriminalité depuis plus de 30 ans, pose le décor.Une crise comme celle-là secoue le milieu tout entier et provoque une multitude de commentaires et de dialogues, sur internet ou sur le dark, qui “permettent d’entrevoir les manipulations auxquelles ils (LockBit et les autres groupes, ndlr) se livrent ou dont ils font l’objet, qu’elles soient financières, techniques ou géopolitiques”, explique-t-il à l’AFP.- “Une marque” -En 2023, LockBit était à l’origine de 44% des attaques par rançongiciel dans le monde, selon l’expert. Pourchassé par les polices occidentales, il subit une première vague d’arrestations, coordonnée par Londres et Washington, dans une dizaine de pays en février 2024, qui écorne sa crédibilité.En France, la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert une enquête contre LockBit, ainsi que plusieurs dossiers distincts impliquant des affiliés et des membres d’autres groupes cybercriminels.Rien qu’en 2024, la section a été saisie de plaintes sur 450 attaques par rançongiciels, parmi lesquels LockBit était le groupe le plus actif. “LockBit, c’était vraiment une marque”, confirme à l’AFP le parquet de Paris.La toute récente intrusion sauvage – et étrangement non revendiquée – dans le système de la bête à moitié morte a fini de l’achever.”LockBit était le numéro un. Aujourd’hui, il était en mode survie et a encore subi un coup avec cette divulgation”, explique Vincent Hinderer, en charge de la CTI chez Orange Cyberdéfense (OCD).Son activité persiste tant bien que mal. Mais l’observation des discussions en ligne, négociations et portefeuilles de monnaie virtuelle montrent des “attaques avec des petites rançons, donc un retour sur investissement relativement faible”.- Mafia 3.0 -Dans l’univers de la cybercriminalité, les rapports de force peuvent basculer en l’espace d’un double-clic. “Certains groupes obtiennent une position dominante puis tombent en désuétude”, explique Vincent Hinderer. “Conti était leader, puis LockBit, puis RansomHub. Aujourd’hui, d’autres reprennent le leadership”.”On peut faire un parallèle avec l’antiterrorisme”, admet un fonctionnaire français de la cyberdéfense, sous couvert de l’anonymat. “On coupe une tête, d’autres repoussent”.Première certitude: le secteur est dominé par le monde russe. Dans le top 10 des prestataires du cybercrime, “il y a deux groupes chinois, tout les autres sont russophones, la plupart encore physiquement localisés en Russie ou ses satellites”, assure une pointure du domaine opérant dans le secteur privé, qui lui aussi requiert l’anonymat.Vendredi, Europol et Eurojust ont revendiqué un nouveau coup de filet. Vingt mandats d’arrêt visant “en grande majorité des ressortissants russes”, selon le parquet général de Francfort et la police fédérale allemande. 300 serveurs mis hors service, dont 50 se trouvaient en Allemagne. Saisie de 3,5 millions d’euros en cryptomonnaies.Deuxième certitude: l’Etat russe joue un jeu complexe avec ces gangs. Le fonctionnaire français décrit ainsi la “porosité avec les services de l’Etat” de cette “mafia 3.0″.”On ne peut pas dire que les groupes soient commandités par l’Etat russe, mais la complaisance et l’impunité dont ils bénéficient suffisent à le rendre complice”.- Wanted: 10 millions de dollars -La fuite des données de LockBit, abondamment commentée par la communauté des cyber-observateurs a permis d’apprendre qu’un de ses affiliés avait attaqué une ville russe de 50.000 habitants.Mauvaise pioche: son fondateur, un certain Dimitri Khorochev, vit en Russie. Or, “on n’attaque pas dans son propre pays si on ne veut pas avoir de soucis judiciaires”, résume Vincent Hinderer.LockBit a immédiatement proposé à la municipalité attaquée un logiciel de décryptage, comme un antidote au poison qui la rongeait. Mais ce dernier n’a pas fonctionné. “C’est remonté au FSB qui a réglé le problème” en catimini, assure le fonctionnaire français.La même source évoque aussi le cas de Maxime Yakubets, membre du groupe Evil Corp, recherché par Washington et qui affiche sans vergogne une somptueuse collection de voitures de luxe, avec des immatriculations dont certaines lettres sont réservées en principe aux fonctionnaires de haut rang.Quant à Khorochev, sa tête est mise à prix pour 10 millions de dollars par le département d’Etat américain. En avril 2024, le site du ministère affichait la photo de ce Russe fringant de 32 ans, visage fin et regard acéré. Mais son poids, sa taille, la couleur de ses cheveux et de ses yeux étaient décrits comme inconnus.”Depuis janvier 2020, LockBit a mené des attaques contre plus de 2.500 victimes à travers le monde, dont environ 1.800 aux États-Unis, (…) recevant au moins 150 millions de dollars en paiements de rançon effectués sous forme de monnaie numérique”, précisait le département d’Etat.Une somme qui, selon les experts, ne représente que sa seule part du butin, soit 20% des volumes dégagés par les intrusives opérations de ses affiliés. Le jeune trublion est, de fait, sous sanction du Trésor américain.On le sait grandiloquent, provocateur, égocentré, comme lorsqu’il offre de l’argent à qui tatouera son logo sur son corps, ou à qui trouvera une faille dans son serveur. – “Tu vas travailler pour nous” -Pour le reste, mystère absolu. “Tant qu’il ne sort pas de Russie, il ne sera pas arrêté”, tranche l’expert du secteur privé. Mais “on n’est pas sûr qu’il soit vivant”.Toutes les sources interrogées par l’AFP décrivent le comportement ambivalent des autorités russes, entre surveillance en bride courte, laxisme calculé et manipulation politique.”L’Etat russe laisse faire les groupes, il est très content de cette forme de harcèlement continu” auquel les cybercriminels se livrent, assure le même expert. Surtout lorsqu’ils ciblent l’Ukraine ou des pays occidentaux.Damien Bancal cite le cas de Sodinokibi, un groupe de pirates informatiques, aussi connu sous le nom de REvil, démantelé en janvier 2022.”Le FBI (police fédérale américaine) avait donné un coup de main au FSB pour arrêter le groupe. Lors des arrestations, ils avaient trouvé des lingots d’or et leurs matelas étaient remplis de billets”, raconte-t-il.Depuis, l’invasion russe en Ukraine est passée par là, et “plus personne ne coopère avec qui que ce soit”.Interrogé par l’AFP lundi sur l’existence d’une demande officielle par Washington d’informations sur Dimitri Khorochev, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré ne disposer d'”aucune information”.Selon lui, “des contacts existent entre les services spéciaux (russe et américain, ndlr). Mais on ne peut pas parler pour l’heure d’une coopération d’ampleur”.De fait, Moscou tire largement profit de ces extorsions. “Arrêter aujourd’hui des rançonneurs, des professionnels de la prise d’otage d’entreprises, c’est mettre la main sur toutes les données qu’ils ont pu voler. C’est une manne providentielle”, explique Damien Bancal.Outre l’argent liquide et les cryptomonnaies, “ce sont des dizaines, si ce n’est des centaines de millions d’informations, qui ont été volées aux entreprises par des groupes de rançongiciels”, dit-il. En novembre 2024 est entrée en vigueur une loi russe permettant l’usage de cryptomonnaies comme moyen de contournement des sanctions occidentales, tout en encadrant strictement leur fabrication. Le texte prévoit que seules des entreprises inscrites dans un registre spécial ont le droit d’en produire massivement.Mais la répression est à géométrie variable. En août dernier, un cybercriminel russe a été rendu à son pays lors d’un échange de prisonniers avec plusieurs pays occidentaux.Et si la justice russe juge régulièrement des hackeurs à des peines de prison, Damien Bancal suppute un rapport de force loin du strict cadre légal: “Je t’arrête, je te fais quelques câlins à la mode russe et je te libère. Mais tu vas travailler pour nous”, résume-t-il. Les criminels jouent le jeu, contraints et forcés, parfois satisfaits de servir la patrie en étant passés “du bon côté de la force”.Le fondateur de LockBit, Dimitri Khorochev – ou quiconque se ferait passer pour lui – essaye pour sa part de rester debout. Il a d’abord minimisé l’importance des données piratées le 7 mai. Et offert une récompense à qui l’aiderait à retrouver son tourmenteur.”Donnez des infos sur lui, qui il est — je paierai si l’info est authentique”, a-t-il écrit sur son site. En attendant, bon baisers de Prague.burs-dla/dab/sva/cls 

Près de Bordeaux, ils construisent une “cathédrale” gothique avec les techniques médiévales

Construire près de Bordeaux une chapelle romane, un cloître puis un édifice gothique de type cathédrale, avec les techniques du Moyen-Age, le tout en quarante ans, c’est le pari “fou” d’une association qui mise sur la dimension sociale du projet.Sur un grand terrain verdoyant de la Lande-de-Fronsac (Gironde), des moutons broutent, imperturbables, non loin d’une poignée d’hommes et de femmes en tenue médiévale qui préparent du torchis à l’aide de grandes pelles.”Bienvenue au XIe siècle, dans le chantier médiéval de Guyenne (ancienne province du sud-ouest de la France, ndlr) où on va retracer l’épopée des bâtisseurs de cathédrales et raconter 300, 400 ans d’évolution de l’architecture en 40 ans”, s’enthousiasme Valéry Ossent, ingénieur en BTP de 43 ans à l’origine du projet.  “Aujourd’hui on fait beaucoup de restauration de patrimoine, parfois en un temps record, avec de la haute technicité. Moi, ce qui m’intéressait, c’était de construire du neuf avec les techniques anciennes”, explique ce passionné des métiers du patrimoine.Il invite à se projeter en l’an 1025, le premier âge roman, lorsqu’une communauté de moines vient construire une chapelle sur ce terrain.Un an et demi après le début du chantier, les murs de ce bâtiment en pierre et torchis atteignent déjà 1,5 m de hauteur.- “Reprendre le temps” -“Au XIe siècle, on fait en fonction des moyens et des cailloux disponibles. Comme un Lego géant”, sourit Frédéric Thibault, tailleur de pierre de 51 ans qui dirige le chantier et la centaine de bénévoles ponctuels ou réguliers.”On renoue avec des gestes très simples, et le manque de professionnalisme des bénévoles est passionnant, car il nous permet de retrouver cette naïveté des bâtisseurs de l’époque. Ce qu’il faut, c’est apprendre à désapprendre”, insiste ce compagnon, perpendicule (outil basé sur un fil à plomb pour donner la verticalité, ndlr) à la main.Après la chapelle, un cloître avec ses différentes galeries sera construit, puis un grand édifice gothique qui ressemblera aux cathédrales de cette époque, avec vitraux, voûtes en croisée d’ogives, rosaces et gargouilles.Comme il existe très peu de manuscrits datant du XIe siècle, l’association est soutenue par un comité scientifique, dont la plupart des membres ont travaillé sur le chantier de Notre-Dame.Au-delà de “l’immense défi technique”, “ça fait du bien de reprendre le temps, pour parler de beauté et capitaliser les savoirs pour les transmettre aux générations futures”, souligne M. Ossent.Une “dimension sociale” est aussi venue progressivement se greffer au projet. “Quand on s’implante dans un territoire sur des dizaines d’années, il faut faire profiter les habitants, notamment les publics fragiles”, explique le quadragénaire qui a décidé d’en faire un “chantier d’insertion”, en embauchant des chômeurs, formés sur place.- “Le chemin parcouru” -L’association accueille également sur le chantier des personnes handicapées, des repris de justice, des mineurs isolés, “et le lien social qui se crée ici est déjà une réussite en soi”, estime-t-il.Les bénévoles ont déjà construit une loge d’habitation en terre et paille, une forge, un tour à bois, un jardin médiéval avec plus de 70 espèces de plantes médicinales et aromatiques. Et préparent la loge des menuisiers, le four à pain ou encore un poulailler.”Quand on arrive ici, on plonge dans un autre monde, loin du XXIe siècle. C’est une grande parenthèse qui fait du bien, nous permet de nous couper momentanément des soucis d’un quotidien où tout va trop vite”, estime une bénévole, Corine Tanquerel.”C’est passionnant de pouvoir participer à un projet où je suis utile, laisser quelque chose derrière moi, même si je n’en verrai pas la fin”, ajoute la sexagénaire, qui a fabriqué elle-même sa tenue médiévale.”La +fin+ du chantier n’est pas le but. C’est le chemin parcouru pour y arriver qui nous intéresse”, abonde Valéry Ossent, pour qui l’un des plus importants défis sera d’assurer le financement.Aujourd’hui, les pouvoirs publics contribuent à hauteur de 10% du budget annuel actuel de 300.000 euros; le reste est financé par du mécénat d’entreprises ou de particuliers. L’objectif à terme est de réunir 1,5 million d’euros par an.

La Turquie découvre et reproduit un pain vieux de 5.000 ans

Un pain vieux de 5.000 ans a été découvert par des archéologues en Turquie où il est désormais reproduit, nourrissant l’intérêt pour la culture de blés anciens plus adaptés à la sécheresse.”Il s’agit du pain levé et cuit le plus ancien mis au jour lors d’une fouille, qui a pu en grande partie préserver sa forme”, affirme Murat Türkteki, archéologue et directeur des fouilles de Küllüoba, à 35 km de la ville d’Eskisehir (centre). “Le pain est une trouvaille rare lors d’une fouille. Généralement, on ne retrouve que des miettes. Mais ici, il a pu être préservé car il avait été brûlé et enterré”, explique-t-il à l’AFP, évoquant cette découverte rendue publique la semaine dernière.Rond et plat comme une galette, de 12 cm de diamètre, le pain de Küllüoba a été découvert en septembre 2024, carbonisé et enterré sous le seuil d’une habitation construite à l’âge du bronze, aux alentours de 3.300 av. J.-C. Un morceau avait été arraché, avant que le pain ne soit brûlé puis enterré lors de la construction de l’habitation.”Cela nous fait penser à un rituel d’abondance”, glisse M. Türkteki.- “Emus par cette découverte” -En l’absence de trace écrite, la civilisation anatolienne de Küllüoba demeure en grande partie mystérieuse, comme les habitudes de ses habitants d’enterrer leurs maisons avant de partir s’installer ailleurs ou de construire de nouvelles habitations sur les anciennes structures, formant ainsi des monticules.À l’âge de bronze, les Hatti, un peuple d’Anatolie qui a précédé les Hittites, vivaient dans la région d’Eskisehir.”Küllüoba était une agglomération urbaine de taille moyenne où l’on trouvait des activités commerciales, de l’artisanat, de l’agriculture, de l’exploitation minière. Il existait clairement un certain ordre familial et social”, explique l’archéologue Deniz Sari.Des analyses ont démontré que le pain a été fabriqué avec de la farine grossièrement moulue d’amidonnier, une variété de blé ancien et des graines de lentille, la feuille d’une plante encore indéterminée ayant servi de levure.Le pain carbonisé est exposé depuis mercredi au musée archéologique d’Eskisehir.”Cette découverte nous a beaucoup émus. En discutant avec notre directeur des fouilles, je me suis demandée si on pouvait reproduire ce pain”, raconte Ayse Ünlüce, la maire d’Eskisehir.Pour s’approcher au mieux de la recette originale, la municipalité, après analyses du pain plurimillénaire, a choisi d’utiliser du blé Kavilca – l’amidonnier ancien n’existe plus en Turquie -, une variété proche, également ancienne, du boulgour et des lentilles.- Résistant à la sécheresse -Dans les locaux du Halk Ekmek (Pain du peuple, en turc), une boulangerie municipale qui propose du pain à bas coût, les employés façonnent à la main 300 pains de Küllüoba par jour depuis la semaine dernière.”La combinaison de la farine de blé ancestral, de lentilles et de boulgour donne un pain riche, rassasiant, faible en gluten et sans conservateurs”, explique Serap Güler, directrice du Halk Ekmek d’Eskisehir.Les premiers pains de Küllüoba, commercialisés sous forme de galettes de 300 grammes pour 50 livres turques (1,12 euro environ), se sont écoulés en quelques heures.”J’ai couru car j’avais peur qu’il n’en reste plus. Je suis curieuse de connaître le goût de ce pain ancien”, explique Suzan Kuru, une cliente.”Ces terres ont conservé ce pain pendant 5.000 ans et nous ont fait ce cadeau. Nous avons le devoir de protéger cet héritage et de le transmettre”, estime Mme Ünlüce.La province d’Eskisehir, autrefois riche de nombreuses sources d’eau, souffre aujourd’hui de la sécheresse.”Nous sommes face à une crise climatique mais nous cultivons encore du maïs ou du tournesol, très demandeurs en eau. Or nos ancêtres nous donnent une leçon. Nous devrions, comme eux, nous orienter vers des cultures peu exigeantes” en eau, affirme la maire, qui souhaite relancer dans sa région la culture du blé de Kavilca, résistant à la sécheresse et aux maladies.”Il nous faut des politiques publiques très fortes à ce sujet. Cultiver les blés anciens sera une avancée symbolique en ce sens”, juge-t-elle.

La Turquie découvre et reproduit un pain vieux de 5.000 ans

Un pain vieux de 5.000 ans a été découvert par des archéologues en Turquie où il est désormais reproduit, nourrissant l’intérêt pour la culture de blés anciens plus adaptés à la sécheresse.”Il s’agit du pain levé et cuit le plus ancien mis au jour lors d’une fouille, qui a pu en grande partie préserver sa forme”, affirme Murat Türkteki, archéologue et directeur des fouilles de Küllüoba, à 35 km de la ville d’Eskisehir (centre). “Le pain est une trouvaille rare lors d’une fouille. Généralement, on ne retrouve que des miettes. Mais ici, il a pu être préservé car il avait été brûlé et enterré”, explique-t-il à l’AFP, évoquant cette découverte rendue publique la semaine dernière.Rond et plat comme une galette, de 12 cm de diamètre, le pain de Küllüoba a été découvert en septembre 2024, carbonisé et enterré sous le seuil d’une habitation construite à l’âge du bronze, aux alentours de 3.300 av. J.-C. Un morceau avait été arraché, avant que le pain ne soit brûlé puis enterré lors de la construction de l’habitation.”Cela nous fait penser à un rituel d’abondance”, glisse M. Türkteki.- “Emus par cette découverte” -En l’absence de trace écrite, la civilisation anatolienne de Küllüoba demeure en grande partie mystérieuse, comme les habitudes de ses habitants d’enterrer leurs maisons avant de partir s’installer ailleurs ou de construire de nouvelles habitations sur les anciennes structures, formant ainsi des monticules.À l’âge de bronze, les Hatti, un peuple d’Anatolie qui a précédé les Hittites, vivaient dans la région d’Eskisehir.”Küllüoba était une agglomération urbaine de taille moyenne où l’on trouvait des activités commerciales, de l’artisanat, de l’agriculture, de l’exploitation minière. Il existait clairement un certain ordre familial et social”, explique l’archéologue Deniz Sari.Des analyses ont démontré que le pain a été fabriqué avec de la farine grossièrement moulue d’amidonnier, une variété de blé ancien et des graines de lentille, la feuille d’une plante encore indéterminée ayant servi de levure.Le pain carbonisé est exposé depuis mercredi au musée archéologique d’Eskisehir.”Cette découverte nous a beaucoup émus. En discutant avec notre directeur des fouilles, je me suis demandée si on pouvait reproduire ce pain”, raconte Ayse Ünlüce, la maire d’Eskisehir.Pour s’approcher au mieux de la recette originale, la municipalité, après analyses du pain plurimillénaire, a choisi d’utiliser du blé Kavilca – l’amidonnier ancien n’existe plus en Turquie -, une variété proche, également ancienne, du boulgour et des lentilles.- Résistant à la sécheresse -Dans les locaux du Halk Ekmek (Pain du peuple, en turc), une boulangerie municipale qui propose du pain à bas coût, les employés façonnent à la main 300 pains de Küllüoba par jour depuis la semaine dernière.”La combinaison de la farine de blé ancestral, de lentilles et de boulgour donne un pain riche, rassasiant, faible en gluten et sans conservateurs”, explique Serap Güler, directrice du Halk Ekmek d’Eskisehir.Les premiers pains de Küllüoba, commercialisés sous forme de galettes de 300 grammes pour 50 livres turques (1,12 euro environ), se sont écoulés en quelques heures.”J’ai couru car j’avais peur qu’il n’en reste plus. Je suis curieuse de connaître le goût de ce pain ancien”, explique Suzan Kuru, une cliente.”Ces terres ont conservé ce pain pendant 5.000 ans et nous ont fait ce cadeau. Nous avons le devoir de protéger cet héritage et de le transmettre”, estime Mme Ünlüce.La province d’Eskisehir, autrefois riche de nombreuses sources d’eau, souffre aujourd’hui de la sécheresse.”Nous sommes face à une crise climatique mais nous cultivons encore du maïs ou du tournesol, très demandeurs en eau. Or nos ancêtres nous donnent une leçon. Nous devrions, comme eux, nous orienter vers des cultures peu exigeantes” en eau, affirme la maire, qui souhaite relancer dans sa région la culture du blé de Kavilca, résistant à la sécheresse et aux maladies.”Il nous faut des politiques publiques très fortes à ce sujet. Cultiver les blés anciens sera une avancée symbolique en ce sens”, juge-t-elle.

La Turquie découvre et reproduit un pain vieux de 5.000 ans

Un pain vieux de 5.000 ans a été découvert par des archéologues en Turquie où il est désormais reproduit, nourrissant l’intérêt pour la culture de blés anciens plus adaptés à la sécheresse.”Il s’agit du pain levé et cuit le plus ancien mis au jour lors d’une fouille, qui a pu en grande partie préserver sa forme”, affirme Murat Türkteki, archéologue et directeur des fouilles de Küllüoba, à 35 km de la ville d’Eskisehir (centre). “Le pain est une trouvaille rare lors d’une fouille. Généralement, on ne retrouve que des miettes. Mais ici, il a pu être préservé car il avait été brûlé et enterré”, explique-t-il à l’AFP, évoquant cette découverte rendue publique la semaine dernière.Rond et plat comme une galette, de 12 cm de diamètre, le pain de Küllüoba a été découvert en septembre 2024, carbonisé et enterré sous le seuil d’une habitation construite à l’âge du bronze, aux alentours de 3.300 av. J.-C. Un morceau avait été arraché, avant que le pain ne soit brûlé puis enterré lors de la construction de l’habitation.”Cela nous fait penser à un rituel d’abondance”, glisse M. Türkteki.- “Emus par cette découverte” -En l’absence de trace écrite, la civilisation anatolienne de Küllüoba demeure en grande partie mystérieuse, comme les habitudes de ses habitants d’enterrer leurs maisons avant de partir s’installer ailleurs ou de construire de nouvelles habitations sur les anciennes structures, formant ainsi des monticules.À l’âge de bronze, les Hatti, un peuple d’Anatolie qui a précédé les Hittites, vivaient dans la région d’Eskisehir.”Küllüoba était une agglomération urbaine de taille moyenne où l’on trouvait des activités commerciales, de l’artisanat, de l’agriculture, de l’exploitation minière. Il existait clairement un certain ordre familial et social”, explique l’archéologue Deniz Sari.Des analyses ont démontré que le pain a été fabriqué avec de la farine grossièrement moulue d’amidonnier, une variété de blé ancien et des graines de lentille, la feuille d’une plante encore indéterminée ayant servi de levure.Le pain carbonisé est exposé depuis mercredi au musée archéologique d’Eskisehir.”Cette découverte nous a beaucoup émus. En discutant avec notre directeur des fouilles, je me suis demandée si on pouvait reproduire ce pain”, raconte Ayse Ünlüce, la maire d’Eskisehir.Pour s’approcher au mieux de la recette originale, la municipalité, après analyses du pain plurimillénaire, a choisi d’utiliser du blé Kavilca – l’amidonnier ancien n’existe plus en Turquie -, une variété proche, également ancienne, du boulgour et des lentilles.- Résistant à la sécheresse -Dans les locaux du Halk Ekmek (Pain du peuple, en turc), une boulangerie municipale qui propose du pain à bas coût, les employés façonnent à la main 300 pains de Küllüoba par jour depuis la semaine dernière.”La combinaison de la farine de blé ancestral, de lentilles et de boulgour donne un pain riche, rassasiant, faible en gluten et sans conservateurs”, explique Serap Güler, directrice du Halk Ekmek d’Eskisehir.Les premiers pains de Küllüoba, commercialisés sous forme de galettes de 300 grammes pour 50 livres turques (1,12 euro environ), se sont écoulés en quelques heures.”J’ai couru car j’avais peur qu’il n’en reste plus. Je suis curieuse de connaître le goût de ce pain ancien”, explique Suzan Kuru, une cliente.”Ces terres ont conservé ce pain pendant 5.000 ans et nous ont fait ce cadeau. Nous avons le devoir de protéger cet héritage et de le transmettre”, estime Mme Ünlüce.La province d’Eskisehir, autrefois riche de nombreuses sources d’eau, souffre aujourd’hui de la sécheresse.”Nous sommes face à une crise climatique mais nous cultivons encore du maïs ou du tournesol, très demandeurs en eau. Or nos ancêtres nous donnent une leçon. Nous devrions, comme eux, nous orienter vers des cultures peu exigeantes” en eau, affirme la maire, qui souhaite relancer dans sa région la culture du blé de Kavilca, résistant à la sécheresse et aux maladies.”Il nous faut des politiques publiques très fortes à ce sujet. Cultiver les blés anciens sera une avancée symbolique en ce sens”, juge-t-elle.

L’Indonésie veut se convertir au nucléaire pour réussir son ambitieuse transition énergétique

L’Indonésie veut se convertir rapidement au nucléaire pour répondre à la demande croissante d’électricité, mais les experts se montrent sceptiques en raison du coût et de la difficulté historique de Jakarta à réaliser de grands travaux.En février 1965, le président Sukarno, père de l’indépendance indonésienne, inaugurait le premier réacteur nucléaire expérimental du pays.Soixante ans plus tard, la plus grande économie d’Asie du Sud-est compte certes trois réacteurs de recherche mais ne possède toujours pas de centrale destinée à la production électrique.Si un charbon abondant et peu onéreux mais très polluant a permis jusqu’ici à l’archipel de subvenir à ses besoins, “le nucléaire sera nécessaire pour contenir l’augmentation de la demande et finalement réduire les émissions”, estime Philip Andrews‑Speed, chercheur à l’Institute for Energy Studies d’Oxford.Le président Prabowo Subianto a promis d’atteindre la sécurité énergétique tout en s’engageant à éliminer l’électricité issue du charbon en 15 ans – un calendrier jugé extrêmement ambitieux – et à atteindre des émissions nettes nulles d’ici à 2050.Le premier site nucléaire qui doit être construit sur l’île de Bornéo “sera opérationnel entre 2030 et 2032″, a affirmé fin avril Bahlil Lahadalia, ministre de l’Energie et des ressources minérales.Le premier réacteur, d’une capacité de 250 à 500 mégawatts (MW), sera un SMR (Small Modular Reactor), une technologie de petit réacteur moins puissant que les réacteurs à eau pressurisés présents dans le monde, d’une puissance pouvant aller jusqu’à 1650 MW.”Jusqu’à maintenant, 29 sites potentiels ont été identifiés, répartis dans différentes régions, notamment le nord Sumatra, les îles Riau (nord), Bornéo (ouest et est), les Célèbes et la Papouasie”, a précisé à l’AFP Dadan Kusdiana, secrétaire général du Conseil national de l’Energie (DEN). Les futures centrales nucléaires doivent être construites en dehors de Java, afin de développer les économies du centre et de l’est de l’archipel et de se rapprocher des activités minières, gourmandes en énergie.Pour répondre à l’objectif d’un mix énergétique de 80% d’énergie renouvelable d’ici 2060, “nous devons accélérer la construction de centrales nucléaires”, a expliqué récemment le ministre adjoint de l’Energie, Yuliot Tanjung. L’énergie solaire comme celle issue de la géothermie ou des barrages ne sera de fait pas suffisante.Sur une capacité électrique totale de plus de 430 gigawatts estimée en 2060, les 29 premières centrales nucléaires pourraient produire entre 45 et 54 gigawatts, selon le DEN.Si la catastrophe de la centrale de Fukushima au Japon provoquée par un séisme suivi d’un tsunami, a ralenti de nombreux projets en Asie, l’Indonésie, qui connaît une activité sismique et volcanique fréquente, assure pourtant que le risque peut être géré.”Les zones de Java nord, Est Sumatra et Bornéo ouest et centre sont considérées comme à bas risque”, a expliqué Andang Widi Harto, chercheur en ingénierie nucléaire à l’université de Yogyakarta, ces régions étant “à faible risque sismique et volcanique”.- Russie, Chine et Canada sur les rangs – Plusieurs fournisseurs de centrales nucléaires ont “manifesté un sérieux intérêt”, a indiqué M. Kusdiana, citant le russe Rosatom, le chinois CNNC ainsi que Candu Canada. La société américaine ThorCon, présente en Indonésie, a développé de son côté un projet de centrale flottante, fonctionnant non pas au combustible d’uranium mais au thorium, et qui pourrait être installée à Bangka Belitun (Sumatra).”Le DEN a aussi rendu visite à EDF SA (en France) pour explorer les opportunités de coopération en matière de construction de réacteur nucléaire, de formation et de transfert de technologie”, a assuré M. Kusdiana.Une affirmation non confirmée par EDF qui a indiqué à l’AFP, n’avoir “pas de discussions en cours sur le nucléaire avec l’Indonésie”. Bernard Fontana, Pdg d’EDF faisait partie de la délégation qui accompagne Emmanuel Macron cette semaine en Asie du Sud-Est mais seulement au Vietnam et pas en Indonésie. L’autre français Orano, spécialiste du combustible nucléaire, a indiqué également “n’avoir pas de discussion en cours avec l’Indonésie”.Si les ambitions nucléaires de Jakarta sont clairement affichées, la faisabilité à court terme du projet suscite des réserves. “Je suis enclin à rejoindre les sceptiques quant à la capacité de l’Indonésie à déployer l’énergie nucléaire à une échelle significative au cours des dix prochaines années”, relève M. Andrews‑Speed.Dwi Sawung, responsable de l’ONG locale Wahli, estime lui que l’Indonésie n’y est “pas prête. Les principaux obstacles sont le niveau de corruption élevé et le risque d’ingérence par le gouvernement et les politiciens”.”Le coût est également élevé. Or il ne reste pas assez d’argent dans le budget de l’Etat et de l’opérateur électrique PLN”, avance-t-il encore.L’avantage de privilégier des SMR à la place de réacteurs conventionnels, “c’est que le défi financier est réduit”, relève cependant M. Andrews‑Speed.Et sans donner de chiffres précis, M. Kusdiana indique que Jakarta discute avec “plusieurs investisseurs potentiels: la Russie, les Etats-Unis, le Danemark, la Corée du Sud et la Chine”.

L’Indonésie veut se convertir au nucléaire pour réussir son ambitieuse transition énergétique

L’Indonésie veut se convertir rapidement au nucléaire pour répondre à la demande croissante d’électricité, mais les experts se montrent sceptiques en raison du coût et de la difficulté historique de Jakarta à réaliser de grands travaux.En février 1965, le président Sukarno, père de l’indépendance indonésienne, inaugurait le premier réacteur nucléaire expérimental du pays.Soixante ans plus tard, la plus grande économie d’Asie du Sud-est compte certes trois réacteurs de recherche mais ne possède toujours pas de centrale destinée à la production électrique.Si un charbon abondant et peu onéreux mais très polluant a permis jusqu’ici à l’archipel de subvenir à ses besoins, “le nucléaire sera nécessaire pour contenir l’augmentation de la demande et finalement réduire les émissions”, estime Philip Andrews‑Speed, chercheur à l’Institute for Energy Studies d’Oxford.Le président Prabowo Subianto a promis d’atteindre la sécurité énergétique tout en s’engageant à éliminer l’électricité issue du charbon en 15 ans – un calendrier jugé extrêmement ambitieux – et à atteindre des émissions nettes nulles d’ici à 2050.Le premier site nucléaire qui doit être construit sur l’île de Bornéo “sera opérationnel entre 2030 et 2032″, a affirmé fin avril Bahlil Lahadalia, ministre de l’Energie et des ressources minérales.Le premier réacteur, d’une capacité de 250 à 500 mégawatts (MW), sera un SMR (Small Modular Reactor), une technologie de petit réacteur moins puissant que les réacteurs à eau pressurisés présents dans le monde, d’une puissance pouvant aller jusqu’à 1650 MW.”Jusqu’à maintenant, 29 sites potentiels ont été identifiés, répartis dans différentes régions, notamment le nord Sumatra, les îles Riau (nord), Bornéo (ouest et est), les Célèbes et la Papouasie”, a précisé à l’AFP Dadan Kusdiana, secrétaire général du Conseil national de l’Energie (DEN). Les futures centrales nucléaires doivent être construites en dehors de Java, afin de développer les économies du centre et de l’est de l’archipel et de se rapprocher des activités minières, gourmandes en énergie.Pour répondre à l’objectif d’un mix énergétique de 80% d’énergie renouvelable d’ici 2060, “nous devons accélérer la construction de centrales nucléaires”, a expliqué récemment le ministre adjoint de l’Energie, Yuliot Tanjung. L’énergie solaire comme celle issue de la géothermie ou des barrages ne sera de fait pas suffisante.Sur une capacité électrique totale de plus de 430 gigawatts estimée en 2060, les 29 premières centrales nucléaires pourraient produire entre 45 et 54 gigawatts, selon le DEN.Si la catastrophe de la centrale de Fukushima au Japon provoquée par un séisme suivi d’un tsunami, a ralenti de nombreux projets en Asie, l’Indonésie, qui connaît une activité sismique et volcanique fréquente, assure pourtant que le risque peut être géré.”Les zones de Java nord, Est Sumatra et Bornéo ouest et centre sont considérées comme à bas risque”, a expliqué Andang Widi Harto, chercheur en ingénierie nucléaire à l’université de Yogyakarta, ces régions étant “à faible risque sismique et volcanique”.- Russie, Chine et Canada sur les rangs – Plusieurs fournisseurs de centrales nucléaires ont “manifesté un sérieux intérêt”, a indiqué M. Kusdiana, citant le russe Rosatom, le chinois CNNC ainsi que Candu Canada. La société américaine ThorCon, présente en Indonésie, a développé de son côté un projet de centrale flottante, fonctionnant non pas au combustible d’uranium mais au thorium, et qui pourrait être installée à Bangka Belitun (Sumatra).”Le DEN a aussi rendu visite à EDF SA (en France) pour explorer les opportunités de coopération en matière de construction de réacteur nucléaire, de formation et de transfert de technologie”, a assuré M. Kusdiana.Une affirmation non confirmée par EDF qui a indiqué à l’AFP, n’avoir “pas de discussions en cours sur le nucléaire avec l’Indonésie”. Bernard Fontana, Pdg d’EDF faisait partie de la délégation qui accompagne Emmanuel Macron cette semaine en Asie du Sud-Est mais seulement au Vietnam et pas en Indonésie. L’autre français Orano, spécialiste du combustible nucléaire, a indiqué également “n’avoir pas de discussion en cours avec l’Indonésie”.Si les ambitions nucléaires de Jakarta sont clairement affichées, la faisabilité à court terme du projet suscite des réserves. “Je suis enclin à rejoindre les sceptiques quant à la capacité de l’Indonésie à déployer l’énergie nucléaire à une échelle significative au cours des dix prochaines années”, relève M. Andrews‑Speed.Dwi Sawung, responsable de l’ONG locale Wahli, estime lui que l’Indonésie n’y est “pas prête. Les principaux obstacles sont le niveau de corruption élevé et le risque d’ingérence par le gouvernement et les politiciens”.”Le coût est également élevé. Or il ne reste pas assez d’argent dans le budget de l’Etat et de l’opérateur électrique PLN”, avance-t-il encore.L’avantage de privilégier des SMR à la place de réacteurs conventionnels, “c’est que le défi financier est réduit”, relève cependant M. Andrews‑Speed.Et sans donner de chiffres précis, M. Kusdiana indique que Jakarta discute avec “plusieurs investisseurs potentiels: la Russie, les Etats-Unis, le Danemark, la Corée du Sud et la Chine”.