Protection des ocĂ©ans: l’UE affiche ses ambitions, avant le sommet de l’ONU
Lutte contre la pollution et la pĂŞche illĂ©gale, dĂ©veloppement de rĂ©serves de carbone : l’Union europĂ©enne a prĂ©sentĂ© jeudi sa stratĂ©gie pour mieux protĂ©ger les ocĂ©ans et veut afficher son “leadership” avant un grand sommet de l’ONU Ă Nice la semaine prochaine.”L’ocĂ©an se rĂ©chauffe. Son niveau s’Ă©lève. Il s’acidifie. La pollution par les plastiques, les produits chimiques et le bruit altère les Ă©cosystèmes marins (…). Il est urgent d’agir”, a soulignĂ© le commissaire europĂ©en Costas Kadis.Ce “pacte” europĂ©en sur l’ocĂ©an ne constitue pas un big bang mais prĂ©voit un renforcement des règles dans les annĂ©es qui viennent.Pour mieux protĂ©ger la biodiversitĂ©, la Commission proposera d’ici Ă 2027 aux eurodĂ©putĂ©s une loi sur les ocĂ©ans, via la rĂ©vision de lĂ©gislations actuelles sur les milieux marins et la planification des activitĂ©s maritimes.Cette future loi est une “première victoire”, a rĂ©agi l’eurodĂ©putĂ© socialiste Christophe Clergeau.Bruxelles promet aussi la crĂ©ation de “rĂ©serves europĂ©ennes de carbone bleu” aux contours encore flous. L’UE souhaite cartographier et Ă©tendre des Ă©cosystèmes marins capables de davantage capter le CO2.- “Sentiments mitigĂ©s” des ONG -Les organisations environnementales ont fait part de “sentiments mitigĂ©s” après les annonces de l’UE. Certaines saluent le “signal” en faveur de la protection des ocĂ©ans, d’autres fustigent l’absence d’actions de court terme. Dans les aires marines protĂ©gĂ©es, des ONG comme Oceana et Surfrider rĂ©clament l’interdiction immĂ©diate du chalutage de fond, une technique de pĂŞche critiquĂ©e pour son impact Ă©cologique destructeur.  Mais ce sujet, très sensible pour les pĂŞcheurs, divise les forces politiques. Et la Commission s’en tient Ă une simple recommandation, appelant Ă mettre fin Ă cette pratique Ă l’horizon 2030 dans les aires protĂ©gĂ©es.Contre la pollution, l’UE entend par ailleurs renforcer le système de surveillance par satellite CleanSeaNet, qui scrute les mers afin de dĂ©tecter les dĂ©versements potentiels d’hydrocarbures.Un rĂ©cent rapport de la Cour des comptes europĂ©enne en a dĂ©montrĂ© les considĂ©rables lacunes.En 2022-2023, les Etats membres ont donnĂ© suite Ă moins de la moitiĂ© des alertes et n’ont confirmĂ© la pollution que dans 7% des cas. En cause bien souvent, le dĂ©calage entre le moment oĂą l’image satellite est prise et celui oĂą le contrĂ´le en mer est effectuĂ©.Dans la mĂŞme veine, la Commission veut renforcer la lutte contre la pĂŞche illĂ©gale. Comme elle l’avait dĂ©jĂ annoncĂ©, un système de certification numĂ©rique des captures (IT Catch) devient obligatoire en janvier 2026 pour les importations de poissons dans l’UE.- 70% d’importations -A propos de l’exploitation minière en eaux profondes, la Commission rĂ©itère son appel Ă faire une “pause” et respecter le “principe de prĂ©caution”. Des propos saluĂ©s par l’ONG Seas at Risk.Avec sa nouvelle stratĂ©gie, l’UE promet d’accorder une attention particulière aux “petits pĂŞcheurs” et aux “communautĂ©s cĂ´tières vulnĂ©rables”. Et compte prĂ©senter en 2026 une “vision de long terme” pour la pĂŞche et l’aquaculture.Bruxelles souligne la place de la mer dans le quotidien des EuropĂ©ens. Environ 40% d’entre eux vivent Ă moins de 50 kilomètres des cĂ´tes. “L’Ă©conomie bleue” reprĂ©sente près de cinq millions d’emplois et contribue Ă hauteur de plus de 250 milliards d’euros au PIB annuel de l’UE.Mais, paradoxalement, l’UE demeure encore dĂ©pendante et importe 70% des produits de la mer que les EuropĂ©ens consomment. Le tout dans un monde oĂą l’ocĂ©an est confrontĂ© Ă la pression sans cesse grandissante du rĂ©chauffement climatique et de la pollution.La prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne, Ursula von der Leyen, ira dĂ©fendre ce “pacte” europĂ©en lundi Ă Nice, dans le sud de la France, Ă la troisième confĂ©rence de l’ONU sur les ocĂ©ans.Les espaces maritimes, qui couvrent 70,8% du globe, ont Ă©tĂ© victimes ces deux dernières annĂ©es de canicules inĂ©dites menaçant la survie des espèces qu’ils renferment. La confĂ©rence permettra “soit d’inverser le dĂ©clin des ocĂ©ans d’ici Ă 2030, soit de documenter l’Ă©chec de l’humanitĂ© Ă agir”, a prĂ©venu Maritza Chan, l’ambassadrice Ă l’ONU du Costa Rica, dont le pays est coorganisateur avec la France de cet Ă©vĂ©nement.Mme Chan dit attendre 100 milliards de dollars de nouveaux financements publics et privĂ©s en faveur du dĂ©veloppement durable de l’ocĂ©an. “C’est ce qui est diffĂ©rent cette fois-ci : zĂ©ro rhĂ©torique, maximum de rĂ©sultats”, veut-elle croire.








