A Avranches, la galère de la rénovation thermique du “patrimoine remarquable”

Maisons en granit, fenêtres à six carreaux, persiennes blanches et toits en ardoise, l’uniformité des rues d’Avranches (Manche), est soignée, protégée par des règles de préservation du patrimoine avec lesquelles les propriétaires doivent ferrailler pour tout projet de rénovation, y compris thermique. A une vingtaine de kilomètres du Mont Saint-Michel, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le centre-ville d’Avranches est en pleine opération de revitalisation pour ramener des activités.Mais rénover un immeuble du 19e siècle à 100 mètres de la basilique Saint-Gervais d’Avranches est coûteux, Aline Duguet en sait quelque chose. Un enduit à la chaux lui a été imposé sur deux façades de son immeuble, ainsi qu’une entrée en bardage bois surmontée d’un toit en zinc marron, explique la propriétaire, 54 ans. Soit une dizaine de milliers d’euros supplémentaires, liés aux recommandations des Architectes des bâtiments de France (ABF), chargés par le ministère de la Culture de protéger le patrimoine.A 100 mètres, la rénovation de l’immeuble d’une ancienne boucherie fondée en 1945, avec la création de cinq logements, n’a pu se lancer que grâce à une aide financière substantielle de la mairie.Isolation des murs, des planchers, de la toiture, changement du système de chauffage, installation d’une ventilation, le bâtiment devrait passer d’une note G (très énergivore) au diagnostic de performance énergétique à B.Pour l’intérieur de l’ancien commerce et des trois logements pré-existants, le propriétaire, Claude Nouet, est libre. Mais l’extérieur doit rester le plus possible identique au passé, ce que contrôlent les ABF et la mairie, qui appliquent des règles de préservation du patrimoine sur tous les bâtiments situés à moins de 500 mètres d’un monument historique – ici, la basilique. – Bois et chaux -Un tiers des logements en France sont ainsi concernés par ces contraintes qui visent à préserver l’esthétique des villes et villages à la française. Jusqu’à  89% à Nancy ou 94% à Paris, selon un rapport sénatorial. “Encore beaucoup trop de projets sont stoppés ou freinés” par les ABF, critique Dan Lert, adjoint à la maire de Paris.A Avranches, chez M. Nouet, la disparition de la vitrine de la boucherie laissera place à des fenêtres de même taille et alignées avec les autres ouvertures de la façade, entourées d’un bardage en bois. Ailleurs en France, il arrive que les ABF refusent la pose de volets, de panneaux solaires et imposent des matériaux traditionnels (zinc, bois, etc.).  Avranches ne veut “pas appliquer des règles bêtes et méchantes” et essaie d’être souple : “Nous ne sommes pas absolument anti-PVC ou aluminium” pour les fenêtres, explique le maire David Nicolas qui cherche “une réponse adaptée” évitant “trop de dissonance”. – “Plus chères” -L’enjeu est esthétique autant que technique: il faut éviter de dégrader un vieux bâtiment avec des techniques modernes.Problème: ces exigences ne sont pas toujours compatibles avec celles de la rénovation énergétique et surtout quand il s’agit de mesurer le gain énergétique permis par des travaux, calcul dont dépend l’octroi de subventions.”Certains matériaux, notamment isolants, ne disposaient pas de résistance technique associée”, ce qui fausse le DPE, explique Clara Marchal, cheffe de projet au cabinet Urbanis, qui accompagne les propriétaires d’Avranches. Mais de plus en plus de fiches techniques sont publiées. Mais les préconisations ABF “coûtent quasi systématiquement plus chères”, affirme-t-elle, rappelant qu'”un appartement en centre ancien s’associe nécessairement à des contraintes et des surcoûts” par rapport au neuf.L’accumulation de contraintes bloque parfois les projets: impossibilité d’isoler la façade par l’extérieur, coût plus élevé, gain énergétique insuffisant pour obtenir des aides et même nécessiter de passer par le ministère de la Culture si le patrimoine est classé à l’Unesco, comme c’est le cas du Havre. “Quand on rend un avis défavorable” à des travaux, “pour nous c’est un échec, notre ADN d’architecte est de faire des projets”, défend Fabien Sénéchal, président de l’association nationale des ABF, qui déplore “faire souvent figure d’épouvantail”. Consciente des complexités créées par les multiples règles, Avranches a conçu un guide de travaux et organise des permanences mensuelles avec les ABF. Un système qui leur permet de retrouver leur “vocation de conseil aux propriétaires”, se félicite le maire David Nicolas.

Royaume-Uni: léger ralentissement de l’inflation en mai, à 3,4% sur un an

L’inflation a légèrement ralenti en mai au Royaume-Uni, à 3,4% sur un an contre 3,5% en avril, mois où elle avait bondi à cause de l’augmentation annuelle des factures des ménages, a annoncé mercredi l’Office national des statistiques (ONS).Ce léger repli ne devrait pas infléchir la décision attendue jeudi de la Banque d’Angleterre (BoE), qui devrait maintenir son taux inchangé à 4,25%, selon les analystes.Ce chiffre de 3,4% est plus élevé que le consensus des analystes, qui tablaient sur 3,3%.Il est publié une semaine après l’annonce par l’ONS d’une contraction de 0,3% de l’économie britannique en avril, à cause d’augmentations d’impôts sur les entreprises et des droits de douane de Donald Trump.”Les tensions géopolitiques accrues ajoutent de l’incertitude aux perspectives d’inflation au Royaume-Uni” et “il est peu probable” que la réunion de la BoE jeudi “entraîne une modification de l’approche prudente du comité de politique monétaire”, estime Yael Selfin, économiste en chef chez KPMG UK.Israël a frappé l’Iran pour la sixième nuit consécutive mercredi, quelques heures après que Donald Trump a durci le ton en appelant à une “capitulation sans conditions” de Téhéran, alimentant les craintes d’un conflit prolongé.”Les prix de l’énergie sont devenus un risque majeur pour les perspectives d’inflation avec l’escalade au Moyen-Orient”, insiste l’analyse, soulignant que les prix du pétrole ont augmenté de plus de 13% depuis le début de la semaine passée.Le “potentiel d’aggravation de l’inflation liée à l’énergie signifient que les décideurs politiques hésiteront à réduire les taux trop tôt”, abonde Richard Carter, analyste chez Quilter Cheviot.La Banque d’Angleterre a réduit le mois dernier son taux d’intérêt d’un quart de point, la quatrième réduction de ce type depuis août 2024.Richard Carter n’exclut pas un statu quo également en août si l’inflation devait s’avérer tenace.”Pour les investisseurs comme pour les ménages, cette période nous rappelle que nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge”, souligne-t-il.Selon Richard Heys, chef économiste par intérim à l’ONS, la stabilité observée entre avril et mai s’explique par “divers mouvements de prix qui se sont contrebalancés”. Les tarifs aériens ont reculé, tout comme les prix des carburants.Mais “ces baisses ont été partiellement compensées par l’augmentation des prix des denrées alimentaires, en particulier des chocolats et des produits à base de viande” ainsi que du mobilier et des articles ménagers. 

Une ONG préconise de convertir d’anciennes mines de charbon en fermes solaires

Les mines de charbon à ciel ouvert abandonnées pourraient être réaménagées en centrales photovoltaïques pour accélérer la transition énergétique, préconise l’ONG Global Energy Monitor (GEM) dans un rapport publié mercredi.Cette ONG, établie aux Etats-Unis, estime que partout sur le globe des centaines d’anciens sites d’extraction de charbon pourraient être convertis en fermes solaires.”Plus de 300 mines de charbon à ciel ouvert récemment mises hors service pourraient accueillir environ 103 GW de capacité solaire photovoltaïque, et les grandes exploitations qui doivent prochainement fermer pourraient héberger 185 GW supplémentaires d’énergie solaire”, souligne l’organisation.Si ces sites miniers désaffectés étaient convertis en parcs solaires, la production d’énergie solaire mondiale pourrait augmenter de 15% d’ici à 2030, selon le GEM, ce qui représente à dire l’énergie dont a besoin un pays comme l’Allemagne pendant un an.Des pays comme la Chine, premier producteur au monde d’énergie solaire, ont déjà commencé à procéder à ce type de conversion. Le géant asiatique a déjà transformé 90 anciens sites miniers en fermes solaires, dont la capacité de production atteint 14 GW.Les conversions offrent plusieurs avantages, notamment une incitation financière à réhabiliter les sites de charbon abandonnés et l’opportunité de créer de nouveaux emplois dans les localités touchées par la fermeture des mines, souligne l’ONG.Ces projets peuvent toutefois se heurter à plusieurs obstacles, notamment celui du coût que représente la conversion d’anciennes mines en parcs solaires qui est plus onéreuse que l’installation de panneaux photovoltaïques sur des terrains vierges.Les sites miniers peuvent par ailleurs contenir des matériaux toxiques, souligne l’étude.

Une ONG préconise de convertir d’anciennes mines de charbon en fermes solaires

Les mines de charbon à ciel ouvert abandonnées pourraient être réaménagées en centrales photovoltaïques pour accélérer la transition énergétique, préconise l’ONG Global Energy Monitor (GEM) dans un rapport publié mercredi.Cette ONG, établie aux Etats-Unis, estime que partout sur le globe des centaines d’anciens sites d’extraction de charbon pourraient être convertis en fermes solaires.”Plus de 300 mines de charbon à ciel ouvert récemment mises hors service pourraient accueillir environ 103 GW de capacité solaire photovoltaïque, et les grandes exploitations qui doivent prochainement fermer pourraient héberger 185 GW supplémentaires d’énergie solaire”, souligne l’organisation.Si ces sites miniers désaffectés étaient convertis en parcs solaires, la production d’énergie solaire mondiale pourrait augmenter de 15% d’ici à 2030, selon le GEM, ce qui représente à dire l’énergie dont a besoin un pays comme l’Allemagne pendant un an.Des pays comme la Chine, premier producteur au monde d’énergie solaire, ont déjà commencé à procéder à ce type de conversion. Le géant asiatique a déjà transformé 90 anciens sites miniers en fermes solaires, dont la capacité de production atteint 14 GW.Les conversions offrent plusieurs avantages, notamment une incitation financière à réhabiliter les sites de charbon abandonnés et l’opportunité de créer de nouveaux emplois dans les localités touchées par la fermeture des mines, souligne l’ONG.Ces projets peuvent toutefois se heurter à plusieurs obstacles, notamment celui du coût que représente la conversion d’anciennes mines en parcs solaires qui est plus onéreuse que l’installation de panneaux photovoltaïques sur des terrains vierges.Les sites miniers peuvent par ailleurs contenir des matériaux toxiques, souligne l’étude.

Paul Marshall, magnat des médias anti-woke

Le nom de ce patron de presse ne dit rien au grand public mais ses médias sont lus et regardés par des millions de Britanniques: Paul Marshall est devenu, en toute discrétion, un promoteur clé des idées conservatrices dans le pays.Ce dirigeant d’un important fonds d’investissement a racheté à l’automne le magazine The Spectator, publication considérée comme la bible des Tories, pour quelque 100 millions de livres (118 millions d’euros).Une acquisition de plus pour l’homme d’affaires de 65 ans, déjà copropriétaire de la chaîne GB News, parfois comparée à l’américaine Fox News ou à la française CNews.Homme de l’ombre très bien connecté aux réseaux économiques de son pays, Paul Marshall se définit comme un “magnat de la presse par accident”, comme il l’a raconté lors d’une conférence fin mai à Oxford.”Consommateur frustré” par des médias dont il dénonce les “biais” idéologiques –le paysage audiovisuel britannique est selon lui “dominé par les idées de la gauche urbaine”–, ce libéral a décidé de prendre les choses en main en investissant dans ce secteur.C’est ainsi qu’est née GB News, qu’il a contribué à lancer en 2021.Plusieurs fois épinglée par le régulateur britannique pour des manquements à son devoir d’impartialité, la chaîne s’élève contre la “folie woke”, les “diktats” des défenseurs de l’environnement et pourfend l’immigration. Le chef du parti d’extrême droite Reform UK Nigel Farage y a une émission régulière.Selon les données de Barb, organisme qui compile les chiffres d’audience, GB News a enregistré une moyenne de 3,1 millions de téléspectateurs mensuels au cours de l’année se terminant en avril 2025. En novembre, elle a même supplanté Sky News.- “En quête d’influence” -Paul Marshall est aussi le fondateur d’un site d’opinion baptisé Unherd destiné aux “gens qui osent penser par eux-mêmes”.A la tête d’une fortune de plus de 850 millions de livres (plus d’un milliard d’euros) selon le classement 2025 du Times, il s’exprime lui-même rarement dans la presse, et son équipe a décliné une demande d’entretien de l’AFP.Pour beaucoup, cet appétit pour les médias le rapproche de l’exubérant magnat Rupert Murdoch. La comparaison a ses limites, nuance auprès de l’AFP Matt Walsh, directeur de l’école de journalisme de l’Université de Cardiff.Murdoch “s’est servi de son empire médiatique pour s’enrichir. Marshall, lui, était déjà riche avant de devenir patron de presse”, souligne-t-il. Paul Marshall “est en quête d’influence. Ce qu’il cherche c’est promouvoir ses idées”, résume le chercheur.Des idées conservatrices qu’ils estime “sous-représentées” dans le débat public, confie un de ses proches sous couvert d’anonymat.Né à Londres, Paul Marshall a étudié l’histoire à Oxford avant d’intégrer la prestigieuse école de management française Insead.Marié à une Française, il est notamment le père de Winston, l’ex-membre du groupe de rock à succès Mumford & Sons, à qui il a transmis ses valeurs conservatrices.- Rupture idéologique -Ce chrétien pratiquant est considéré comme l’un des plus grands philanthropes du Royaume-Uni. Il revendique une passion: l’éducation. Il a lancé ARK School en 2002, une association qui vient en aide à près de 30.000 élèves d’extraction modeste. Il a également donné plus de 80 millions de livres (près de 95 millions d’euros) à la London School of Economics.L’année 2015 est une année de rupture idéologique. Après avoir soutenu les Libéraux-démocrates (centristes) pendant plus de 30 ans, il claque la porte du parti pour rejoindre la cause du Brexit. Et finance la campagne du “Leave”. “Il s’est déplacé de plus en plus à droite”, souligne Matt Walsh.En 2022, il cofonde l’Alliance for responsible citizenship, une conférence internationale d’élus conservateurs et influenceurs de droite qui dénonce le “capitalisme woke” et “le déclin” de l’Occident.Populiste ? D’extrême droite ? Paul Marshall ne rentre dans aucune case, selon Matt Walsh. L’association Hope not Hate, qui lutte contre la diffusion des idées d’extrême droite, n’est pas de cet avis. Il y a un an, elle mettait au jour un compte X anonyme de l’intéressé.Parmi les tweets qu’il a aimés, des appels à des expulsions massives d’immigrés et la suggestion d’une guerre civile entre “Européens de souche” et les “faux réfugiés”. Son porte-parole avait alors indiqué que ces “likes” ne constituaient qu’un échantillon de son activité sur ce réseau social et qu’ils ne “représentaient pas ses opinions”.

China’s AliExpress risks fine for breaching EU illegal product rules

Chinese online giant AliExpress must do more to protect consumers from illegal product sales, the European Commission said Wednesday in an interim finding that could open the way to heavy fines.While noting some progress, “the Commission preliminarily found AliExpress in breach of its obligation to assess and mitigate risks related to the dissemination of illegal products” under the EU’s Digital Services Act (DSA), a statement said.The EU opened a formal investigation in March 2024 into AliExpress, which is owned by Alibaba, for multiple suspected breaches of DSA rules on countering the spread of illegal goods and content online.The commission’s preliminary findings concluded that “AliExpress fails to appropriately enforce its penalty policy concerning traders that repeatedly post illegal content”.It also highlighted “systemic failures” in AliExpress’s moderation systems that expose it to “manipulation by malicious traders”, and said the firm’s own risk assessments underestimated the dangers linked to illegal products.Those findings were “in breach of the obligations” that the DSA imposes on very large platforms — such as AliExpress, Facebook and Instagram — with more than 45 million monthly European users, the commission said.AliExpress now has the right to examine the commission’s findings and reply in writing.If AliExpress is confirmed to be in non-compliance with the DSA, the commission could impose a fine of up to six percent of the firm’s global turnover.The EU has developed a powerful armoury to regulate Big Tech with the milestone DSA and a sister law, the Digital Markets Act, that hits web giants with strict curbs, obligations and oversight on how they do business.It took action against AliExpress after identifying likely failings to prevent the sale of fake medicines, prevent minors seeing pornography, stop affiliated influencers pushing illegal products, and other issues including data access for researchers.In its statement Wednesday, the commission said AliExpress had taken a series of legally binding measures to remedy those concerns.Steps included improvements to its systems for detecting illegal products such as medicines and pornographic material, notably goods spread through hidden links and affiliate programmes.The commission also said AliExpress had addressed concerns regarding the flagging of illegal products, the handling of internal complaints, ad transparency, the traceability of traders and research access to data.

En Chine, les industriels taïwanais pris dans l’étau des tensions géopolitiques

Temples de dieux vénérés à Taïwan, rue commerçantes typiques et usines prospères: à Kunshan (est de la Chine), la présence des investisseurs taïwanais reste marquée, malgré les départs liés à la guerre commerciale et aux tensions inter-détroit.Les hommes d’affaires taïwanais – appelés “Taishang” en mandarin -, ont massivement investi en Chine depuis les années 1990 et la reprise des relations entre les deux rives, contribuant au décollage économique chinois.Mais leur nombre a plongé: seuls 177.000 Taïwanais travaillaient en Chine en 2022, contre 409.000 en 2009, selon des estimations transmises à l’AFP par la Fondation pour les échanges entre les deux rives du détroit (SEF), un intermédiaire officieux entre Taipei et Pékin.Le “ralentissement de l’économie” chinoise et la guerre commerciale sino-américaine expliquent en partie ces départs, déclare à l’AFP Luo Wen-jia, vice-président de la SEF.Mais la “politique” est également une des raisons invoquées par James Lee, un industriel taïwanais de 78 ans, pour expliquer sa décision de fermer en 2022 son usine de câbles et prises électriques dans la province manufacturière du Guangdong (sud de la Chine).Aujourd’hui, il “faut faire très attention à ce qui est dit” en Chine, affirme James Lee à l’AFP. “Nous, les hommes d’affaires taïwanais, nous avons peur”, ajoute-t-il.- “Champ de riz” -Aidés par la maîtrise du mandarin et des mesures préférentielles, les Taishang ont joué pendant des décennies le rôle d’intermédiaire entre les clients étrangers et l’outil de production industriel chinois.Beaucoup ont fait fortune, à l’image du milliardaire Terry Gou, patron du géant de l’électronique Foxconn, qui assemble notamment les iPhone d’Apple.La ville de Kunshan, située en périphérie de Shanghai, a été un des bastions de ces investissements.”A l’époque, c’était un champ de riz”, se souvient Annie Wang, industrielle taïwanaise arrivée à Kunshan en 1996. La cheffe d’entreprise est aujourd’hui à la tête d’une usine de fabrication de produits électroniques et plastiques, d’un petit parc technologique et d’une marque d’appareils pour le café.”Les entreprises taïwanaises ont eu la chance de coïncider avec les 30 années les plus glorieuses de la production manufacturière chinoise”, déclare-t-elle à l’AFP devant son usine.Au début des années 2010, plus de 100.000 Taïwanais résidaient à Kunshan, selon des chiffres non officiels transmis par la diaspora locale.Mais le nombre d’entreprises taïwanaises a aujourd’hui chuté en-dessous de 5.000, contre plus de 10.000 à l’époque, selon la même source.- Moins d’employés taïwanais – Les Taishang ont notamment été pris dans l’étau de la pression grandissante de Pékin envers Taïwan.Le Parti communiste chinois – qui revendique Taïwan mais ne l’a jamais contrôlé – a durci le ton ces dernières années contre ce qu’il qualifie d'”indépendantistes taïwanais”, recommandant par exemple depuis l’an dernier des peines allant jusqu’à la mort pour certaines activités de “sécession”.Ces nouvelles règles ont un grand impact psychologique sur les hommes d’affaires taïwanais, déclare M. Luo de la SEF.Les Taishang craignent notamment que des accusations politiques soient utilisées dans le cas de disputes commerciales, explique-t-il.”Nous n’envoyons plus d’employés taïwanais en Chine car nous ne savons pas comment garantir leur sécurité”, témoigne l’industriel James Lee, citant plusieurs cas de détention provisoire d’hommes d’affaires taïwanais lors d’un séjour en Chine.Les difficultés économiques de la deuxième économie mondiale, la guerre commerciale et l’augmentation des coûts de production représentent d’autres freins.”Nous pensions que l’économie chinoise continuerait de s’améliorer parce que son marché est immense”, note Leon Chen, dont la famille gère une usine de composants de batteries dans la province chinoise du Jiangxi (centre).”Mais nous n’avons pas vu cela se concrétiser en raison de problèmes, comme la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, ou la pandémie” ajoute-t-il. – Nouvelles destinations -En réaction, une partie des Taishang se tournent vers des destinations plus rentables – et moins sensibles politiquement.”Certains sont allés au Vietnam, d’autres en Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines, certains sont aussi revenus à Taïwan”, énumère M. Luo.Les investissements taïwanais vers le Vietnam approuvés par le ministère taïwanais de l’Economie ont ainsi grimpé de 129% entre 2016 et 2024 (de 452 à 1.033 millions de dollars).Sur la même période, ils ont chuté de 62% vers la Chine continentale.Cette hémorragie pourrait porter un coup à la stratégie de Pékin visant à s’appuyer sur les Taishang pour promouvoir l’intégration politique de Taïwan.”Aujourd’hui nous avons surtout des commandes domestiques en Chine, donc c’est toujours mieux d’opérer au niveau local”, relativise Leon Chen.”C’est incomparable avec l’âge d’or, même si on arrive toujours à joindre les deux bouts”, ajoute-t-il.Mais “si l’environnement des affaires devient de pire en pire, alors nous n’aurons pas d’autres choix que de partir”.

Ultime opération sauvetage pour le “conclave” des retraites

Pour éviter un échec après trois mois et demi de concertation, le “conclave” des retraites voulu par François Bayrou, qui devait s’achever mardi, a droit à une journée de plus, le 23 juin, mais les partenaires sociaux hésitent à s’y rendre. L’opposition à gauche demande des comptes au Premier ministre. La fin de partie a-t-elle déjà été sifflée? Si la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet a redit mercredi matin sur franceinfo sa “confiance” dans la capacité des partenaires sociaux à trouver “les compromis nécessaires”, le N.1 du Medef Patrick Martin a confié plus tôt sur France 2 être “très réservé” sur la présence de l’organisation patronale à l’ultime réunion du “conclave” même s’il doit encore “consulter ses instances”.”Nous n’étions pas demandeurs que cette réforme soit réexaminée. A bas bruit, certains sont en train de la détricoter. Or, notre pays a besoin de travailler plus”, a-t-il estimé s’opposant à des propositions syndicales qui vont “dans le sens d’une altération du financement de nos retraites”.Au coeur de la nuit de mardi à mercredi, une CFTC en “colère” devant la tournure prise par la concertation, et la CFE-CGC avaient elles aussi laissé planer le doute sur leur venue le 23. “Le compte n’y est pas à mes yeux, car le but du conclave était d’équilibrer le système des retraites, et à mon avis, là, l’effort va reposer sur les retraités”, a souligné Christelle Thieffinne, négociatrice de la CFE-CGC.- “Lignes écarlates” – La CPME (patronat des petites et moyennes entreprises) devrait s’installer lundi autour de la table des négociations, mais avec des “lignes rouges, voire écarlates”, a nuancé Eric Chevée, son représentant.”Dans la dernière ligne droite, tout ce qui a été impossible dans la journée – nous avons flirté avec l’échec – a été en partie ouvert”, grâce à la médiation de l’animateur de la concertation Jean-Jacques Marette (médiateur expérimenté dans les négociations entre patronat et syndicat, ndlr)”, a résumé Yvan Ricordeau, négociateur de la CFDT, pour revenir sur une journée de mardi longtemps bloquée avant le dénouement inattendu au coeur de la nuit.Parmi toutes les propositions retenues par Jean-Jacques Marette pour dégager un accord, les mesures en faveur des femmes semblent les plus consensuelles, selon les participants.Les femmes qui ont eu des enfants verraient leur retraite calculée sur les 24 meilleures années (1 enfant), ou 23 meilleures années (2 enfants), d’après les indications fournies par les participants. Sur la pénibilité, les termes de l’accord semblent plus confus. Pour répondre à une demande insistante de la CFDT, le patronat accepterait l’instauration d’un compte pénibilité — prenant en considération les manutentions manuelles de charge, les postures pénibles et les vibrations mécaniques — qui pourrait ouvrir, dans certains cas, à un départ anticipé en retraite.  Sur l’âge de départ sans décote, l’accord se ferait autour d’un âge abaissé à 66 ans et demi contre 67 ans et demi. L’âge de départ sans décote est l’âge auquel il est possible de partir sans pénalité, même si l’on n’a pas cotisé le nombre de trimestres exigés (172). Il semble acquis que le dispositif des carrières longues se voie alors restreint, et ne puisse plus bénéficier aux personnes ayant travaillé avant l’âge de 21 ans.- CSG, retraités -Pour parvenir à l’équilibre financier en 2030, la CSG serait augmentée pour les retraités aux revenus moyens ou supérieurs, et les retraites pourraient être sous-indexées de 0,8 point par rapport à l’inflation en 2026, et 0,4 point en 2027.La prime seniors, évoquée en début de semaine par François Bayrou, serait elle enterrée.La réussite ou non de ce “conclave” est un instant de vérité pour M. Bayrou, qui avait lancé ce nouveau format de discussions après un compromis noué avec les socialistes pour éviter une censure du gouvernement.”A partir du moment où ce conclave n’aboutit pas sur l’abrogation de la réforme des retraites, nous déposerons une motion de censure”, a promis Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, mercredi matin sur RTL même si LFI aura besoin de l’appui d’autres groupes à gauche pour pouvoir techniquement la déposer.”Il faut qu’on mette cette question des retraites derrière, ça fait depuis deux ans qu’on ne parle que de ça”, a plaidé Astrid Panosyan-Bouvet.  L’idée de ce conclave était principalement de rendre moins impopulaire la réforme des retraites Borne de 2023, qui porte progressivement de 62 à 64 ans le départ à la retraite. Tout en visant l’équilibre financier, alors que le déficit du système est annoncé à 6,6 milliards d’euros en 2030.