Face à la crise climatique, l’alpinisme s’adapte et change de voie

La cordée d’alpinistes s’arrête près d’une crevasse, hésite, puis se résigne à faire demi-tour: la montée au col du Replat (3.327 m) dans les Alpes, une course jadis facile, est devenue trop risquée, la faute au changement climatique qui rabote le glacier.”Cette jolie pente, qui était avant vraiment une classique de l’initiation de l’alpinisme dans les Écrins, est de plus en plus raide. Ça devient un peu exposé. Les conditions se dégradent assez rapidement”, constate Thomas Boillot, guide de haute montagne qui connaît bien ce massif à cheval entre l’Isère et les Hautes-Alpes.Fonte des glaciers, éboulements, moraines devenues impraticables à cause du dégel, crevasses à nu et infranchissables: les Alpes, frappées de plein fouet par le réchauffement climatique, sont en pleine métamorphose et l’alpinisme n’a pas d’autre choix que de “s’adapter” aux conditions qui deviennent dans l’ensemble plus incertaines et difficiles, expliquent les professionnels de la montagne.- “Glacier tout mou” -Comme nombre de ses collègues, Thomas Boillot dit avoir renoncé “depuis plus de dix ans” à mener des clients au Mont-Blanc, qu’il juge désormais “trop dangereux” en raison des chutes de pierres, notamment dans le tristement célèbre couloir du Goûter, surnommé “couloir de la mort”.”Des journées comme aujourd’hui, c’est quand même super, par contre il faut choisir ses créneaux. Ça ne donne plus envie de venir quand il fait trop chaud, que le glacier est tout mou, et qu’on entend de l’eau couler, des bruits suspects”, souligne-t-il. Nombre des “100 plus belles courses” du massif du Mont-Blanc, recensées en 1973 par l’alpiniste Gaston Rébuffat dans un ouvrage faisant toujours référence, ne sont d’ores et déjà plus accessibles, comme le pilier Bonatti, une paroi effondrée en 2005, ou d’autres itinéraires jadis “archiclassiques”.Pour Clément Carpentier, le guide de la cordée d’alpinistes UCPA qui a dû faire demi-tour sur le glacier, rien n’est plus normal que d’avoir constamment en tête “des plans B, C, D, E” pour faire face aux conditions de terrain, aux aléas de la météo ou aux difficultés d’un client.Mais cela va plus loin désormais: les bouleversements induits par le réchauffement climatique ont beaucoup fait évoluer le calendrier des courses de l’été, trop chaud et incertain, au profit des “ailes de saison”. Plus généralement, ils poussent la profession à “se réinventer, trouver de nouveaux itinéraires (…) pratiquer un autre type d’alpinisme qui soit peut-être moins tourné vers la performance, vers le sommet à tout prix, mais plus sur le moment, le côté voyage dans des vallées très sauvages”, estime-t-il. “L’image de l’alpinisme, chez beaucoup de gens, c’est quand même le glacier, la neige, et moins le rocher. Il faut qu’on arrive à montrer au grand public que ce n’est pas que ça. En montagne, il y a plein de choses à faire et c’est toujours là”, souligne-t-il.- “Crier dans le désert” -Les guides et gardiens de refuges, aux premières loges des bouleversements observés sur le terrain, ont toujours partagé leurs informations, mais celles-ci, “volatiles”, se perdaient souvent en route, relève Jean-Marc Vengeon, président du Syndicat National des Guides de Montagne (SNGM).Allié à des laboratoires scientifiques alpins, le Parc national des Écrins et d’autres entités, le syndicat a récemment lancé un outil collaboratif pour les mettre à disposition des chercheurs, pratiquants et des pouvoirs publics, souligne-t-il. Ce site, baptisé “Regards d’altitude”, leur permet de “savoir ce qui se passe en haut”: il a recensé sur la seule première semaine de juillet 2025 six nouveaux événements (écroulement, chutes de pierres, apparition d’un lac glaciaire) autour de Chamonix.Cela fait 20 ans que le monde de la montagne “crie dans le désert”, déplore pour sa part Xavier Cailhol, guide de haute montagne, et qui travaille sur une thèse dédiée à l’alpinisme et aux risques d’origine glaciaire.Les montagnards ont “un vrai rôle de lanceur d’alerte à jouer en disant +ces changements sont irréversibles et extrêmement rapides+” faute d’application de l’Accord de Paris sur le climat, estime le jeune homme de 29 ans. L’alpinisme est touché aujourd’hui, mais demain ce sera le reste de la société, avec un risque de “crise sociale complète”. Or cela demeure “peu compris car trop abstrait”, s’alarme-t-il.

Face à la crise climatique, l’alpinisme s’adapte et change de voie

La cordée d’alpinistes s’arrête près d’une crevasse, hésite, puis se résigne à faire demi-tour: la montée au col du Replat (3.327 m) dans les Alpes, une course jadis facile, est devenue trop risquée, la faute au changement climatique qui rabote le glacier.”Cette jolie pente, qui était avant vraiment une classique de l’initiation de l’alpinisme dans les Écrins, est de plus en plus raide. Ça devient un peu exposé. Les conditions se dégradent assez rapidement”, constate Thomas Boillot, guide de haute montagne qui connaît bien ce massif à cheval entre l’Isère et les Hautes-Alpes.Fonte des glaciers, éboulements, moraines devenues impraticables à cause du dégel, crevasses à nu et infranchissables: les Alpes, frappées de plein fouet par le réchauffement climatique, sont en pleine métamorphose et l’alpinisme n’a pas d’autre choix que de “s’adapter” aux conditions qui deviennent dans l’ensemble plus incertaines et difficiles, expliquent les professionnels de la montagne.- “Glacier tout mou” -Comme nombre de ses collègues, Thomas Boillot dit avoir renoncé “depuis plus de dix ans” à mener des clients au Mont-Blanc, qu’il juge désormais “trop dangereux” en raison des chutes de pierres, notamment dans le tristement célèbre couloir du Goûter, surnommé “couloir de la mort”.”Des journées comme aujourd’hui, c’est quand même super, par contre il faut choisir ses créneaux. Ça ne donne plus envie de venir quand il fait trop chaud, que le glacier est tout mou, et qu’on entend de l’eau couler, des bruits suspects”, souligne-t-il. Nombre des “100 plus belles courses” du massif du Mont-Blanc, recensées en 1973 par l’alpiniste Gaston Rébuffat dans un ouvrage faisant toujours référence, ne sont d’ores et déjà plus accessibles, comme le pilier Bonatti, une paroi effondrée en 2005, ou d’autres itinéraires jadis “archiclassiques”.Pour Clément Carpentier, le guide de la cordée d’alpinistes UCPA qui a dû faire demi-tour sur le glacier, rien n’est plus normal que d’avoir constamment en tête “des plans B, C, D, E” pour faire face aux conditions de terrain, aux aléas de la météo ou aux difficultés d’un client.Mais cela va plus loin désormais: les bouleversements induits par le réchauffement climatique ont beaucoup fait évoluer le calendrier des courses de l’été, trop chaud et incertain, au profit des “ailes de saison”. Plus généralement, ils poussent la profession à “se réinventer, trouver de nouveaux itinéraires (…) pratiquer un autre type d’alpinisme qui soit peut-être moins tourné vers la performance, vers le sommet à tout prix, mais plus sur le moment, le côté voyage dans des vallées très sauvages”, estime-t-il. “L’image de l’alpinisme, chez beaucoup de gens, c’est quand même le glacier, la neige, et moins le rocher. Il faut qu’on arrive à montrer au grand public que ce n’est pas que ça. En montagne, il y a plein de choses à faire et c’est toujours là”, souligne-t-il.- “Crier dans le désert” -Les guides et gardiens de refuges, aux premières loges des bouleversements observés sur le terrain, ont toujours partagé leurs informations, mais celles-ci, “volatiles”, se perdaient souvent en route, relève Jean-Marc Vengeon, président du Syndicat National des Guides de Montagne (SNGM).Allié à des laboratoires scientifiques alpins, le Parc national des Écrins et d’autres entités, le syndicat a récemment lancé un outil collaboratif pour les mettre à disposition des chercheurs, pratiquants et des pouvoirs publics, souligne-t-il. Ce site, baptisé “Regards d’altitude”, leur permet de “savoir ce qui se passe en haut”: il a recensé sur la seule première semaine de juillet 2025 six nouveaux événements (écroulement, chutes de pierres, apparition d’un lac glaciaire) autour de Chamonix.Cela fait 20 ans que le monde de la montagne “crie dans le désert”, déplore pour sa part Xavier Cailhol, guide de haute montagne, et qui travaille sur une thèse dédiée à l’alpinisme et aux risques d’origine glaciaire.Les montagnards ont “un vrai rôle de lanceur d’alerte à jouer en disant +ces changements sont irréversibles et extrêmement rapides+” faute d’application de l’Accord de Paris sur le climat, estime le jeune homme de 29 ans. L’alpinisme est touché aujourd’hui, mais demain ce sera le reste de la société, avec un risque de “crise sociale complète”. Or cela demeure “peu compris car trop abstrait”, s’alarme-t-il.

En baie de Morlaix, les ostréiculteurs submergés par les marées vertes

Alimentées par les déjections d’élevages et les engrais azotés, les algues vertes pullulent en baie de Morlaix, jusqu’à étouffer les huîtres qui y sont élevées. Le phénomène, sans doute aggravé par le réchauffement climatique, menace les ostréiculteurs de disparition.”C’est une vraie invasion”, peste Marc Le Provost, 58 ans, les pieds dans l’eau au milieu d’un parc ostréicole de Carantec (Finistère), tenant dans la main une huître enchevêtrée dans un amas d’algues vertes.Le responsable d’exploitation des Huîtres Cadoret alerte depuis plus d’un an sur la menace que fait peser la prolifération d’algues vertes sur l’ostréiculture en baie de Morlaix.”Depuis 2 ou 3 ans il y a une très grosse augmentation de la masse d’algues”, détaille-t-il. “Si ça continue d’augmenter, dans 10 ans ou 15 ans, l’ostréiculture ne sera pas viable sur une baie comme ici… Elle risque de disparaître”.Car ces marées vertes engendrent des “milliers d’heures” supplémentaires pour les ostréiculteurs, contraints de remettre les algues en suspension dans l’eau pour éviter qu’elles ne pourrissent au fond de la mer et asphyxient les huîtres, explique M. Le Provost. Un bateau de l’entreprise, normalement dédié à la production, sert uniquement à passer la herse dans les parcs ostréicoles pour remuer les tonnes d’algues qui s’y accumulent. Et comme les ulves s’accrochent aux huîtres, les ostréiculteurs ne peuvent même pas s’en débarrasser en ramenant cette masse verte à terre, sous peine de perdre une partie de leur production. – “Coexistence impossible”-“Si on ne gère pas ce problème, la conchyliculture a vraiment du souci à se faire dans la baie de Morlaix”, confirme Fabrice Pernet, chercheur et spécialiste des huîtres à l’Ifremer. Ulves et huîtres sont “totalement incompatibles: la coexistence n’est pas possible”, souligne le biologiste. Invasives, ces algues déstabilisent l’écosystème, entrent en compétition avec le phytoplancton dont se nourrissent les mollusques marins et asphyxient le milieu en diminuant la quantité d’oxygène dans l’eau, détaille-t-il.”Et moins d’oxygène, c’est moins de croissance”, souligne M. Pernet, qui ajoute que “les algues vertes diminuent les capacités immunitaires de l’huître et la rendent plus vulnérable”.Avec d’autres chercheurs, il a montré que la mortalité des huîtres contaminées par un herpèsvirus très répandu était deux fois plus importante en présence d’algues vertes.- 3.000 porcs/km2-Présentes à l’état naturel, ces ulves prolifèrent à cause des importantes quantités de lisier et d’engrais azoté épandus dans les champs, dont les excédents sont lessivés par les pluies puis emportés vers les côtes bretonnes par les fleuves.Avec 6,6 millions de cochons en 2023, la Bretagne est la 6e région porcine en Europe et concentre plus de la moitié du cheptel français sur seulement 5% du territoire de l’Hexagone. On compte presque deux cochons par Breton et la production dépasse 3.000 porcs au km2 dans certaines parties du pays du Léon. Le taux de nitrate a certes diminué dans les fleuves bretons depuis 20 ans, mais il reste largement suffisant pour alimenter des marées vertes, dès que les conditions météorologiques s’y prêtent. Et, ces dernières années, des printemps ensoleillés, couplés à une mer plus chaude, ont favorisé la prolifération d’algues vertes plus tôt dans l’année, à une saison où les fleuves charrient de fortes quantités de nutriments vers la mer, décrit Sylvain Ballu, chef de projet surveillance marées vertes au Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva).”On a une fenêtre de prolifération plus longue et sur une période plus favorable”, précise-t-il, en s’interrogeant sur un possible effet du réchauffement climatique, alors que la température des océans bat des records depuis 2023.La loi Duplomb adoptée au Parlement le 8 juillet, qui facilite l’agrandissement ou la création de bâtiments d’élevage intensif, ne risque pas d’améliorer la situation, estime Arnaud Clugery, porte-parole de l’association Eau et rivières de Bretagne. “C’est une autoroute pour les élevages porcins”, dit-il. “Or, historiquement, c’est quand l’élevage hors-sol s’est développé en Bretagne que les marées vertes sont apparues.”Le phénomène “est à plus de 90% d’origine agricole”, a confirmé la Cour des comptes en 2021.

En baie de Morlaix, les ostréiculteurs submergés par les marées vertes

Alimentées par les déjections d’élevages et les engrais azotés, les algues vertes pullulent en baie de Morlaix, jusqu’à étouffer les huîtres qui y sont élevées. Le phénomène, sans doute aggravé par le réchauffement climatique, menace les ostréiculteurs de disparition.”C’est une vraie invasion”, peste Marc Le Provost, 58 ans, les pieds dans l’eau au milieu d’un parc ostréicole de Carantec (Finistère), tenant dans la main une huître enchevêtrée dans un amas d’algues vertes.Le responsable d’exploitation des Huîtres Cadoret alerte depuis plus d’un an sur la menace que fait peser la prolifération d’algues vertes sur l’ostréiculture en baie de Morlaix.”Depuis 2 ou 3 ans il y a une très grosse augmentation de la masse d’algues”, détaille-t-il. “Si ça continue d’augmenter, dans 10 ans ou 15 ans, l’ostréiculture ne sera pas viable sur une baie comme ici… Elle risque de disparaître”.Car ces marées vertes engendrent des “milliers d’heures” supplémentaires pour les ostréiculteurs, contraints de remettre les algues en suspension dans l’eau pour éviter qu’elles ne pourrissent au fond de la mer et asphyxient les huîtres, explique M. Le Provost. Un bateau de l’entreprise, normalement dédié à la production, sert uniquement à passer la herse dans les parcs ostréicoles pour remuer les tonnes d’algues qui s’y accumulent. Et comme les ulves s’accrochent aux huîtres, les ostréiculteurs ne peuvent même pas s’en débarrasser en ramenant cette masse verte à terre, sous peine de perdre une partie de leur production. – “Coexistence impossible”-“Si on ne gère pas ce problème, la conchyliculture a vraiment du souci à se faire dans la baie de Morlaix”, confirme Fabrice Pernet, chercheur et spécialiste des huîtres à l’Ifremer. Ulves et huîtres sont “totalement incompatibles: la coexistence n’est pas possible”, souligne le biologiste. Invasives, ces algues déstabilisent l’écosystème, entrent en compétition avec le phytoplancton dont se nourrissent les mollusques marins et asphyxient le milieu en diminuant la quantité d’oxygène dans l’eau, détaille-t-il.”Et moins d’oxygène, c’est moins de croissance”, souligne M. Pernet, qui ajoute que “les algues vertes diminuent les capacités immunitaires de l’huître et la rendent plus vulnérable”.Avec d’autres chercheurs, il a montré que la mortalité des huîtres contaminées par un herpèsvirus très répandu était deux fois plus importante en présence d’algues vertes.- 3.000 porcs/km2-Présentes à l’état naturel, ces ulves prolifèrent à cause des importantes quantités de lisier et d’engrais azoté épandus dans les champs, dont les excédents sont lessivés par les pluies puis emportés vers les côtes bretonnes par les fleuves.Avec 6,6 millions de cochons en 2023, la Bretagne est la 6e région porcine en Europe et concentre plus de la moitié du cheptel français sur seulement 5% du territoire de l’Hexagone. On compte presque deux cochons par Breton et la production dépasse 3.000 porcs au km2 dans certaines parties du pays du Léon. Le taux de nitrate a certes diminué dans les fleuves bretons depuis 20 ans, mais il reste largement suffisant pour alimenter des marées vertes, dès que les conditions météorologiques s’y prêtent. Et, ces dernières années, des printemps ensoleillés, couplés à une mer plus chaude, ont favorisé la prolifération d’algues vertes plus tôt dans l’année, à une saison où les fleuves charrient de fortes quantités de nutriments vers la mer, décrit Sylvain Ballu, chef de projet surveillance marées vertes au Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva).”On a une fenêtre de prolifération plus longue et sur une période plus favorable”, précise-t-il, en s’interrogeant sur un possible effet du réchauffement climatique, alors que la température des océans bat des records depuis 2023.La loi Duplomb adoptée au Parlement le 8 juillet, qui facilite l’agrandissement ou la création de bâtiments d’élevage intensif, ne risque pas d’améliorer la situation, estime Arnaud Clugery, porte-parole de l’association Eau et rivières de Bretagne. “C’est une autoroute pour les élevages porcins”, dit-il. “Or, historiquement, c’est quand l’élevage hors-sol s’est développé en Bretagne que les marées vertes sont apparues.”Le phénomène “est à plus de 90% d’origine agricole”, a confirmé la Cour des comptes en 2021.

En baie de Morlaix, les ostréiculteurs submergés par les marées vertes

Alimentées par les déjections d’élevages et les engrais azotés, les algues vertes pullulent en baie de Morlaix, jusqu’à étouffer les huîtres qui y sont élevées. Le phénomène, sans doute aggravé par le réchauffement climatique, menace les ostréiculteurs de disparition.”C’est une vraie invasion”, peste Marc Le Provost, 58 ans, les pieds dans l’eau au milieu d’un parc ostréicole de Carantec (Finistère), tenant dans la main une huître enchevêtrée dans un amas d’algues vertes.Le responsable d’exploitation des Huîtres Cadoret alerte depuis plus d’un an sur la menace que fait peser la prolifération d’algues vertes sur l’ostréiculture en baie de Morlaix.”Depuis 2 ou 3 ans il y a une très grosse augmentation de la masse d’algues”, détaille-t-il. “Si ça continue d’augmenter, dans 10 ans ou 15 ans, l’ostréiculture ne sera pas viable sur une baie comme ici… Elle risque de disparaître”.Car ces marées vertes engendrent des “milliers d’heures” supplémentaires pour les ostréiculteurs, contraints de remettre les algues en suspension dans l’eau pour éviter qu’elles ne pourrissent au fond de la mer et asphyxient les huîtres, explique M. Le Provost. Un bateau de l’entreprise, normalement dédié à la production, sert uniquement à passer la herse dans les parcs ostréicoles pour remuer les tonnes d’algues qui s’y accumulent. Et comme les ulves s’accrochent aux huîtres, les ostréiculteurs ne peuvent même pas s’en débarrasser en ramenant cette masse verte à terre, sous peine de perdre une partie de leur production. – “Coexistence impossible”-“Si on ne gère pas ce problème, la conchyliculture a vraiment du souci à se faire dans la baie de Morlaix”, confirme Fabrice Pernet, chercheur et spécialiste des huîtres à l’Ifremer. Ulves et huîtres sont “totalement incompatibles: la coexistence n’est pas possible”, souligne le biologiste. Invasives, ces algues déstabilisent l’écosystème, entrent en compétition avec le phytoplancton dont se nourrissent les mollusques marins et asphyxient le milieu en diminuant la quantité d’oxygène dans l’eau, détaille-t-il.”Et moins d’oxygène, c’est moins de croissance”, souligne M. Pernet, qui ajoute que “les algues vertes diminuent les capacités immunitaires de l’huître et la rendent plus vulnérable”.Avec d’autres chercheurs, il a montré que la mortalité des huîtres contaminées par un herpèsvirus très répandu était deux fois plus importante en présence d’algues vertes.- 3.000 porcs/km2-Présentes à l’état naturel, ces ulves prolifèrent à cause des importantes quantités de lisier et d’engrais azoté épandus dans les champs, dont les excédents sont lessivés par les pluies puis emportés vers les côtes bretonnes par les fleuves.Avec 6,6 millions de cochons en 2023, la Bretagne est la 6e région porcine en Europe et concentre plus de la moitié du cheptel français sur seulement 5% du territoire de l’Hexagone. On compte presque deux cochons par Breton et la production dépasse 3.000 porcs au km2 dans certaines parties du pays du Léon. Le taux de nitrate a certes diminué dans les fleuves bretons depuis 20 ans, mais il reste largement suffisant pour alimenter des marées vertes, dès que les conditions météorologiques s’y prêtent. Et, ces dernières années, des printemps ensoleillés, couplés à une mer plus chaude, ont favorisé la prolifération d’algues vertes plus tôt dans l’année, à une saison où les fleuves charrient de fortes quantités de nutriments vers la mer, décrit Sylvain Ballu, chef de projet surveillance marées vertes au Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva).”On a une fenêtre de prolifération plus longue et sur une période plus favorable”, précise-t-il, en s’interrogeant sur un possible effet du réchauffement climatique, alors que la température des océans bat des records depuis 2023.La loi Duplomb adoptée au Parlement le 8 juillet, qui facilite l’agrandissement ou la création de bâtiments d’élevage intensif, ne risque pas d’améliorer la situation, estime Arnaud Clugery, porte-parole de l’association Eau et rivières de Bretagne. “C’est une autoroute pour les élevages porcins”, dit-il. “Or, historiquement, c’est quand l’élevage hors-sol s’est développé en Bretagne que les marées vertes sont apparues.”Le phénomène “est à plus de 90% d’origine agricole”, a confirmé la Cour des comptes en 2021.

Santé: Vautrin précise les économies à réaliser

Franchises médicales, affections longue durée, arrêts maladie… La ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, détaille les mesures d’économie pour freiner les dépenses de santé l’an prochain dans une interview au Monde publiée samedi matin.Le Premier ministre a demandé mi-juillet que les dépenses de santé soient freinées de “l’ordre de” cinq milliards d’euros l’an prochain, en demandant notamment un effort de “responsabilisation” des Français.Mme Vautrin rappelle que François Bayrou a notamment annoncé “le doublement du plafond des franchises médicales” à 100 euros par an (soit les sommes non remboursées au patient, fixées à 1 euro par boîte de médicament). Soulignant qu'”il faut arrêter avec cette idée que l’Assurance-maladie, +c’est gratuit, j’y ai droit+”, elle précise qu’il y aura un plafond fixé “à 8 euros maximum par mois”, et réaffirme que ces franchises seront payées “au comptoir”.Concernant les affections longue durée (ALD), également citées par François Bayrou parmi les mesures d’économies, Mme Vautrin indique qu’il s’agira d’abord de “faciliter la sortie de ce régime, quand le médecin déclare que vous êtes pleinement guéris d’un accident vasculaire cérébral ou d’un cancer, par exemple”.Elle ajoute que le gouvernement entend “interroger le maintien du remboursement à 100% des cures thermales et des médicaments dont le service médical rendu est faible pour les patients en ALD”.Sur un autre sujet sensible, objet de “dérive” selon M. Bayrou, celui des arrêts maladie, la ministre explique que le transfert de la prise en charge de ces arrêts, jusqu’au 7e jour, à l’employeur est une piste “à l’étude” et “doit faire l’objet de discussions avec les partenaires sociaux”.”Dans cette hypothèse, les entreprises seraient amenées à prendre le relais sur cette période supplémentaire de carence, du quatrième au septième jour”, dit-elle.Mme Vautrin indique encore que le gouvernement entend “mettre fin à des abus” et souhaite “limiter tout premier arrêt de travail à 15 jours en médecine de ville”, et à “un mois en sortie d’hospitalisation”, l’idée étant d’avoir “une réévaluation plus régulière des situations”.En matière de prévention, la ministre relève que “les résidents d’Ehpad sont aujourd’hui vaccinés contre la grippe à hauteur de 85%”, estimant qu’il reste “au moins dix points supplémentaires de taux de vaccination” à atteindre. “Pour cela, je souhaite que la vaccination devienne obligatoire pour les personnes âgées en établissement”, indique-t-elle.Elle pointe aussi le “nomadisme médical”, en estimant que le recours à un deuxième avis “se comprend tout à fait après le diagnostic d’une pathologie”, mais que “ce n’est pas le cas d’une 3e, 4e, 5e consultation identique auprès d’autres praticiens (…) Il faut limiter leur prise en charge”, dit-elle.

Santé: Vautrin précise les économies à réaliser

Franchises médicales, affections longue durée, arrêts maladie… La ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, détaille les mesures d’économie pour freiner les dépenses de santé l’an prochain dans une interview au Monde publiée samedi matin.Le Premier ministre a demandé mi-juillet que les dépenses de santé soient freinées de “l’ordre de” cinq milliards d’euros l’an prochain, en demandant notamment un effort de “responsabilisation” des Français.Mme Vautrin rappelle que François Bayrou a notamment annoncé “le doublement du plafond des franchises médicales” à 100 euros par an (soit les sommes non remboursées au patient, fixées à 1 euro par boîte de médicament). Soulignant qu'”il faut arrêter avec cette idée que l’Assurance-maladie, +c’est gratuit, j’y ai droit+”, elle précise qu’il y aura un plafond fixé “à 8 euros maximum par mois”, et réaffirme que ces franchises seront payées “au comptoir”.Concernant les affections longue durée (ALD), également citées par François Bayrou parmi les mesures d’économies, Mme Vautrin indique qu’il s’agira d’abord de “faciliter la sortie de ce régime, quand le médecin déclare que vous êtes pleinement guéris d’un accident vasculaire cérébral ou d’un cancer, par exemple”.Elle ajoute que le gouvernement entend “interroger le maintien du remboursement à 100% des cures thermales et des médicaments dont le service médical rendu est faible pour les patients en ALD”.Sur un autre sujet sensible, objet de “dérive” selon M. Bayrou, celui des arrêts maladie, la ministre explique que le transfert de la prise en charge de ces arrêts, jusqu’au 7e jour, à l’employeur est une piste “à l’étude” et “doit faire l’objet de discussions avec les partenaires sociaux”.”Dans cette hypothèse, les entreprises seraient amenées à prendre le relais sur cette période supplémentaire de carence, du quatrième au septième jour”, dit-elle.Mme Vautrin indique encore que le gouvernement entend “mettre fin à des abus” et souhaite “limiter tout premier arrêt de travail à 15 jours en médecine de ville”, et à “un mois en sortie d’hospitalisation”, l’idée étant d’avoir “une réévaluation plus régulière des situations”.En matière de prévention, la ministre relève que “les résidents d’Ehpad sont aujourd’hui vaccinés contre la grippe à hauteur de 85%”, estimant qu’il reste “au moins dix points supplémentaires de taux de vaccination” à atteindre. “Pour cela, je souhaite que la vaccination devienne obligatoire pour les personnes âgées en établissement”, indique-t-elle.Elle pointe aussi le “nomadisme médical”, en estimant que le recours à un deuxième avis “se comprend tout à fait après le diagnostic d’une pathologie”, mais que “ce n’est pas le cas d’une 3e, 4e, 5e consultation identique auprès d’autres praticiens (…) Il faut limiter leur prise en charge”, dit-elle.