Fin de l’alerte enlèvement dans l’Orne, la fillette pas retrouvée

Le dispositif alerte enlèvement déclenché mardi soir à Alençon (Orne) a été levé mercredi, bien que la fillette de 3 ans n’ait pas été retrouvée, a annoncé le ministère de la Justice.”Sur décision du parquet d’Alençon, il est mis fin à l’alerte enlèvement”, a indiqué le ministère, précisant que “l’enquête se poursuit”. L’enfant, prénommée Khuslen et d’origine mongole, a été enlevée lundi soir selon l’alerte diffusée mardi.Le parquet n’a pas donné plus de précisions dans l’immédiat sur les raisons de la levée de la procédure.Le ravisseur présumé de la fillette, son père, pourrait avoir pris la fuite dans un véhicule blanc Peugeot 308, selon les informations diffusées mardi soir.L’enfant à “la peau mate”, “yeux et cheveux noirs” et “mèche sur le front”, portait “un ensemble gris, une tétine et un doudou Mickey” au moment des faits, précisait l’alerte qui décrit le ravisseur présumé comme portant “une grosse tache rouge dans le cou”, et comme étant vêtu d'”un pull vert” et de baskets. Il était précisé que le suspect, âgé de 36 ans, mesurait 1,69 m, et avait “l’allure mince”, les cheveux bruns” et “les yeux noirs”.Sollicité par l’AFP pour fournir des précisions sur le contexte de cet enlèvement et le profil du suspect, le parquet d’Alençon n’avait pas réagi dans l’immédiat.Le 25 septembre, le dispositif alerte enlèvement avait déjà été déclenché dans l’Orne, avec succès, après la disparition d’une enfant de douze ans enlevée par un ami de son père à Dompierre.Le suspect et la mineure, saine et sauve, avaient été retrouvés quelques heures plus tard en Loire-Atlantique, grâce à un signalement dans une supérette.Les enquêteurs avaient mobilisé un important dispositif de recherches, avec notamment 120 gendarmes, un hélicoptère et un drone, dans le cadre d’un “plan Epervier”.Le suspect, âgé de 34 ans et sous tutelle, a été mis en examen pour enlèvement, séquestration, viol et agression sexuelle aggravés, puis placé en détention provisoire.Adopté en France en février 2006, “alerte-enlèvement” est un dispositif d’alerte massive et immédiate déployé pour aider à la recherche d’un enfant présumé enlevé. Il est largement inspiré du plan “Amber Alert”, créé au Texas en 1996, après l’enlèvement et l’assassinat de la petite Amber Hagerman.Il a été déclenché en France à plus d’une trentaine de reprises depuis sa création.

Nouvelle-Zélande: la mer se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale, selon une étude

Les mers et océans qui entourent la Nouvelle-Zélande se réchauffent beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale, ont affirmé des chercheurs dans une nouvelle étude commandée par le gouvernement et publiée mercredi.Selon le rapport, nommé “Notre environnement marin”, les eaux de la Nouvelle-Zélande se réchauffent 34% plus rapidement que la moyenne mondiale.Les températures à la surface relevées sur quatre sites ont augmenté en moyenne de 0,16°C à 0,26°C par décennie de 1982 à 2023.Les chercheurs ont établi un lien entre le réchauffement climatique et les perturbations des vastes courants océaniques qui tourbillonnent entre la Nouvelle-Zélande et l’Antarctique.L’étude a aussi révélé que de nombreuses espèces, comme les manchots à yeux jaunes, avaient du mal à s’adapter à des eaux plus chaudes et plus acides.”Au regard de ces conclusions, nous devons changer notre façon de gérer l’environnement marin néo-zélandais”, a averti Shane Geange, conseiller maritime au ministère néo-zélandais de la Conservation.”Nous disposons désormais de suffisamment de preuves pour agir, et tout retard risquerait de causer davantage de dommages à nos écosystèmes marins”, a-t-il poursuivi.Les chercheurs ont également noté que l’élévation du niveau de la mer s’accélérait dans de nombreux endroits. Plus de 200.000 logements en Nouvelle-Zélande se trouveraient dans des zones exposées à un risque d’inondations, en partie liées à ce phénomène.

Stockage de l’énergie et matériaux poreux en vue pour le Nobel de chimie

Des avancées fondamentales dans le stockage d’énergie ou dans la recherche sur des matériaux poreux capables de stocker des gaz figurent parmi les travaux susceptibles d’être récompensés mercredi par le Nobel de chimie 2025, selon des experts.Ce Nobel, annoncé à 11H45 (09H45 GMT) est le troisième Nobel scientifique après la médecine lundi et la physique mardi qui a distingué un trio de chercheurs pour la mise en évidence d’un mécanisme quantique, “l’effet tunnel”, à une échelle macroscopique.Pour ce Nobel de chimie, des spécialistes estiment que des travaux ayant un impact sur l’environnement et le climat pourraient être distingués.”La chimie fondamentale sur laquelle travaille Omar Yaghi pourrait correspondre à cette finalité. En effet, cette chimie peut servir de catalyseur pour toutes sortes de choses liées à la fois au climat et à l’environnement”, estime Lars Broström, spécialiste des sciences à la radio publique suédoise SR, auprès de l’AFP.Ce chimiste américain d’origine jordanienne travaille sur ce qu’on appelle “les réseaux métallo-organiques” (MOF ou RMO).”Ce sont des matériaux poreux qui peuvent stocker des gaz, purifier l’eau ou servir de catalyseurs”, explique-t-il. Leur porosité très élevée augmente ainsi leur utilité dans le stockage et la production d’énergie propre.Le nom de M. Yaghi a déjà été cité aux côtés des Japonais Susumu Kitagawa et Makoto Fujita, également considérés comme des pionniers de cette technologie.Dans ce même domaine des MOF, le magazine Chemistry Views cite les travaux d’un autre chercheur américain, originaire de Cisjordanie, Omar Farha.- Spécialiste des batteries -Le cabinet Clarivate met lui en avant les travaux du chimiste français Jean-Marie Tarascon, spécialiste des batteries et expert du stockage électrochimique de l’énergie. M. Tarascon “est un pionnier dans le domaine de la technologie des batteries”, dit à l’AFP David Pendlebury, responsable de l’analyse de la recherche au sein du cabinet Clarivate.Il a ainsi obtenu en France la médaille d’or 2022 du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), ayant travaillé très tôt sur les batteries lithium-ion et plus tard sur la batterie ion-sodium, utile pour le stockage des énergies renouvelables.Clarivate s’appuie sur le recensement des études les plus citées dans les articles scientifiques pour cibler ses favoris.Le spécialiste de la radio SR mentionne aussi le nom du chimiste américain Harry B. Gray, dont les recherches ont porté sur “la façon dont les électrons se déplacent dans les molécules de nos cellules vivantes”. “C’est le genre de condition préalable fondamentale pour la photosynthèse et l’utilisation de l’énergie cellulaire, par exemple. Il s’agit d’un sujet typique pour le prix Nobel”, selon M. Broström.Un autre nom souvent cité est celui du biochimiste américano-taïwanais Chi-Huey Wong, dont le magazine scientifique Chemistry Views a noté qu’il était surtout connu pour avoir mis au point des méthodes de “synthèse d’hydrates de carbone et de glycoprotéines complexes, facilitant ainsi leur application dans des contextes thérapeutiques”.Le magazine mentionne également Karl Deisseroth, psychiatre et neurologue américain, cité depuis une dizaine d’années comme lauréat possible pour avoir développé le domaine de l’optogénétique, qui utilise la lumière pour contrôler les cellules. L’Allemand Herbert W. Roesky, connu pour sa “synthèse de nouveaux composés et matériaux”, a également été mentionné par le magazine.L’an dernier, le prix Nobel de chimie avait été décerné à l’Américain David Baker et à un tandem formé du Britannique Demis Hassabis et de l’Américain John Jumper, pour avoir percé les secrets des protéines, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle et l’informatique.Pour les lauréats du millésime 2025, le chèque accompagnant le prix est de 11 millions de couronnes (920.000 euros), à partager en cas de multiples gagnants.

Stockage de l’énergie et matériaux poreux en vue pour le Nobel de chimie

Des avancées fondamentales dans le stockage d’énergie ou dans la recherche sur des matériaux poreux capables de stocker des gaz figurent parmi les travaux susceptibles d’être récompensés mercredi par le Nobel de chimie 2025, selon des experts.Ce Nobel, annoncé à 11H45 (09H45 GMT) est le troisième Nobel scientifique après la médecine lundi et la physique mardi qui a distingué un trio de chercheurs pour la mise en évidence d’un mécanisme quantique, “l’effet tunnel”, à une échelle macroscopique.Pour ce Nobel de chimie, des spécialistes estiment que des travaux ayant un impact sur l’environnement et le climat pourraient être distingués.”La chimie fondamentale sur laquelle travaille Omar Yaghi pourrait correspondre à cette finalité. En effet, cette chimie peut servir de catalyseur pour toutes sortes de choses liées à la fois au climat et à l’environnement”, estime Lars Broström, spécialiste des sciences à la radio publique suédoise SR, auprès de l’AFP.Ce chimiste américain d’origine jordanienne travaille sur ce qu’on appelle “les réseaux métallo-organiques” (MOF ou RMO).”Ce sont des matériaux poreux qui peuvent stocker des gaz, purifier l’eau ou servir de catalyseurs”, explique-t-il. Leur porosité très élevée augmente ainsi leur utilité dans le stockage et la production d’énergie propre.Le nom de M. Yaghi a déjà été cité aux côtés des Japonais Susumu Kitagawa et Makoto Fujita, également considérés comme des pionniers de cette technologie.Dans ce même domaine des MOF, le magazine Chemistry Views cite les travaux d’un autre chercheur américain, originaire de Cisjordanie, Omar Farha.- Spécialiste des batteries -Le cabinet Clarivate met lui en avant les travaux du chimiste français Jean-Marie Tarascon, spécialiste des batteries et expert du stockage électrochimique de l’énergie. M. Tarascon “est un pionnier dans le domaine de la technologie des batteries”, dit à l’AFP David Pendlebury, responsable de l’analyse de la recherche au sein du cabinet Clarivate.Il a ainsi obtenu en France la médaille d’or 2022 du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), ayant travaillé très tôt sur les batteries lithium-ion et plus tard sur la batterie ion-sodium, utile pour le stockage des énergies renouvelables.Clarivate s’appuie sur le recensement des études les plus citées dans les articles scientifiques pour cibler ses favoris.Le spécialiste de la radio SR mentionne aussi le nom du chimiste américain Harry B. Gray, dont les recherches ont porté sur “la façon dont les électrons se déplacent dans les molécules de nos cellules vivantes”. “C’est le genre de condition préalable fondamentale pour la photosynthèse et l’utilisation de l’énergie cellulaire, par exemple. Il s’agit d’un sujet typique pour le prix Nobel”, selon M. Broström.Un autre nom souvent cité est celui du biochimiste américano-taïwanais Chi-Huey Wong, dont le magazine scientifique Chemistry Views a noté qu’il était surtout connu pour avoir mis au point des méthodes de “synthèse d’hydrates de carbone et de glycoprotéines complexes, facilitant ainsi leur application dans des contextes thérapeutiques”.Le magazine mentionne également Karl Deisseroth, psychiatre et neurologue américain, cité depuis une dizaine d’années comme lauréat possible pour avoir développé le domaine de l’optogénétique, qui utilise la lumière pour contrôler les cellules. L’Allemand Herbert W. Roesky, connu pour sa “synthèse de nouveaux composés et matériaux”, a également été mentionné par le magazine.L’an dernier, le prix Nobel de chimie avait été décerné à l’Américain David Baker et à un tandem formé du Britannique Demis Hassabis et de l’Américain John Jumper, pour avoir percé les secrets des protéines, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle et l’informatique.Pour les lauréats du millésime 2025, le chèque accompagnant le prix est de 11 millions de couronnes (920.000 euros), à partager en cas de multiples gagnants.

A Simandou, la Guinée s’apprête à exploiter son trésor de fer

Aux pieds des monts de la chaîne du Simandou, dans les plaines luxuriantes de la Guinée forestière, des milliers de camions, ouvriers et excavateurs ont commencé à dévorer la montagne et son manteau de verdure tropicale.Un projet minier titanesque promet d’y propulser ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest au rang des plus grands exportateurs de fer mondiaux, suscitant l’espoir de faire décoller l’économie du pays mais aussi l’inquiétude des populations locales quant à l’impact environnemental et social du projet.Dans quelques semaines, la Guinée exportera ses premières cargaisons de minerai de fer, lançant officiellement la production, plusieurs décennies après la découverte de ces gisements dans le sud-est du pays.”Il n’y a pas si longtemps, tout ceci était de la forêt vierge”, souligne Chris Aitchison, directeur général de SimFer, un des exploitants du site, en saluant l’accomplissement d’une “tâche monumentale” à tous les niveaux.Pour désenclaver cette région située à des centaines de kilomètres des côtes atlantiques, il aura fallu 18,5 milliards d’euros d’investissements des partenaires industriels, la construction de plus de 650 kilomètres de voies ferrées et d’un port.- Défi logistique -Un défi logistique considérable à la hauteur des gains espérés de ces gisements renfermant plusieurs milliards de tonnes de minerai d’une rare qualité.Le prix du minerai de fer, qui sert à fabriquer l’acier, a explosé depuis le début des années 2000, dopé par la fièvre de construction chinoise.Depuis la confirmation des gisements par le géant minier anglo-australien Rio Tinto au milieu des années 90, l’histoire de Simandou est jalonnée de batailles judiciaires, sur fonds de valses politiques et d’affaires de corruption.La junte du général Mamadi Doumbouya, arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 2021, se targue d’avoir donné le dernier coup d’accélérateur pour que le projet devienne enfin réalité.Sur les quatre gisements miniers de Simandou, deux seront exploités par le consortium sino-singapourien Winning Consortium Simandou (WCS) et les deux autres par SimFer, un consortium détenu par Rio Tinto et le géant chinois Chinalco.Une équipe de l’AFP a eu accès à la mine de SimFer, à l’extrémité sud de la chaîne du Simandou, quelques semaines avant le lancement de la production prévue le 11 novembre.Sur les flancs du Mont Ouéléba, culminant à 1.300 mètres d’altitude, les excavateurs ont commencé à dévorer la montagne et des piles du minerai noir sont déjà prêts à être exportés. – Gigantesque site -Des milliers de personnes travaillent jour et nuit sur le gigantesque site de la mine, long de 55 kilomètres.Il faudra encore deux ans et demi de travaux pour achever les infrastructures et atteindre l’objectif de rythme de production annuelle de 60 millions de tonnes extraites sur le site.Un gigantesque convoyeur en construction permettra d’acheminer le minerai aux pieds de la montagne, où il sera chargé sur des trains qui rejoindront la côte.L’entreprise SimFer assure qu’elle fait tout pour limiter les impacts environnementaux et sur les populations locales, en conformité avec les standards internationaux.Elle souligne qu’elle formera sur place ces trois prochaines années 225 étudiants de la région à des métiers techniques qualifiés, qu’une banque de graines collecte des échantillons de la flore locale pour la restaurer, et qu’elle réhabilite les terres exploitées au fur et à mesure.Simfer dit également avoir dépensé plusieurs centaines de millions de dollars pour déplacer ses activités sur le flanc Est de la montagne dans le but de préserver une population de chimpanzés vivant près de la mine.Toutefois, un rapport de l’organisme Advocates for Community Alternatives (ACA) a de son côté démontré, analyses à l’appui, que des sols et des cours d’eau ont été pollués près des mines de SimFer et Winning, du port, et le long du chemin de fer.- Pollution de l’eau -Principale source de pollution, le ruissellement dans les cours d’eau alentours de la terre mise au jour par la construction du site. “C’est un gros problème pour nous”, admet Chris Aitchison de SimFer. “Nous construisons des systèmes pour contenir les sédiments”, souligne-t-il. Après 36 heures de train depuis Simandou, le minerai sera exporté par le complexe portuaire de Morébaya. Situés à l’embouchure d’un fleuve, les deux terminaux de SimFer et de Winning exporteront 120 millions de tonnes de minerai par an quand la production battra son plein.Le paysage montagneux a fait place aux palmiers de l’estuaire et aux bâtiments flambants neufs du terminal portuaire de SimFer: des milliers d’ouvriers s’affairent sur le site dont la construction doit s’achever en septembre 2026.- Mode de vie menacé -A quelques kilomètres de l’effervescence du port, le village de Touguiyiré, dans la préfecture de Forécariah, offre un tout autre spectacle, loin des promesses de prospérité économique. Sur les rivages des eaux calmes du fleuve, une pirogue revient de la pêche. Le butin est maigre. Quelques femmes trient les petits poissons sur le débarcadère tandis que les hommes recousent les filets.Depuis l’arrivée des bateaux de dragage travaillant à relier le port aux terminaux d’export en haute mer, les poissons ont disparu, et avec eux tout un mode de vie.”Avant, les pirogues revenaient avec 10 bassines de poissons. Maintenant, elles reviennent avec seulement deux”, se lamente Aissata Cissé, une vendeuse de 54 ans. Les pêcheurs doivent désormais s’aventurer en haute mer, avec des pirogues pas toujours adaptées. Selon Bissiry Camara, un représentant local, trois des leurs y sont récemment morts.Autrefois, ce petit village comptait une soixantaine de pirogues et ses quelques 3.000 habitants vivaient d’une pêche abondante. Seuls trois bateaux fonctionnent encore, selon les pêcheurs.Pour compenser ces pertes, Winning et Simfer ont distribué aux habitants de la nourriture et du matériel pour aller pêcher en haute mer, comme des moteurs.Mais faute de revenus pérennes, les pêcheurs n’ont plus les moyens d’entretenir leurs pirogues et celles-ci restent échouées sur le rivage. “La vie de ces pêcheurs est totalement menacée”, déplore Alkaly Bangoura, membre d’un comité de suivi des impacts du projet Simandou dans la préfecture de Forécariah. Il lance, désabusé: “On espérait un avenir meilleur avec Simandou, mais maintenant c’est la désillusion”.- Espoir économique -Les autorités promettent pourtant que la mine va faire décoller l’économie du pays.Les rues de Conakry sont tapissées d’une myriade de panneaux vantant le rêve Simandou, largement mis en avant par la junte lors de la dernière campagne référendaire.L’Etat, qui détient 15% des parts de la ligne de chemin de fer, compte sur cette dernière pour désenclaver des zones entières et développer l’agriculture de régions très fertiles.”Une nouvelle économie va émerger”, promet le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah, interrogé par l’AFP, en soulignant qu’elle “devra être diversifiée pour nous permettre de sortir de cette logique des pays exportateurs bruts”.Jusqu’ici, malgré la grande richesse du sous-sol guinéen, notamment avec la bauxite qui sert à fabriquer l’aluminium, les populations ne bénéficient que très peu des retombées de l’industrie minière, et l’économie nationale peine à décoller.- Opacité de l’accord -“Il y a déjà eu d’autres projets miniers qui ont suscité beaucoup d’espoir (…) mais avec des résultats très limités”, rappelle Oumar Totiya Barry, directeur exécutif de l’Observatoire Guinéen des Mines et Métaux, un organisme indépendant.Le chercheur doute notamment du potentiel de désenclavement du projet Simandou, soulignant que sa ligne de chemin de fer “passe très loin de toutes les grandes villes de la Guinée”.Quant au contenu de l’accord négocié entre les industriels et l’Etat guinéen en 2022, il reste opaque, en dépit de l’obligation par le code minier guinéen de publier ces contrats.Traditionnellement, des réductions fiscales sont accordées aux miniers en échange des larges sommes investies. Mais ni l’Etat, ni SimFer, ni Winning, sollicités par l’AFP, n’ont voulu s’exprimer sur ce point.Le Premier ministre promet toutefois la transparence, assurant qu’une fois que la production aura démarré, “il n’y a pas de raison que les choses ne soient pas mises à la disposition du public”.

A Simandou, la Guinée s’apprête à exploiter son trésor de fer

Aux pieds des monts de la chaîne du Simandou, dans les plaines luxuriantes de la Guinée forestière, des milliers de camions, ouvriers et excavateurs ont commencé à dévorer la montagne et son manteau de verdure tropicale.Un projet minier titanesque promet d’y propulser ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest au rang des plus grands exportateurs de fer mondiaux, suscitant l’espoir de faire décoller l’économie du pays mais aussi l’inquiétude des populations locales quant à l’impact environnemental et social du projet.Dans quelques semaines, la Guinée exportera ses premières cargaisons de minerai de fer, lançant officiellement la production, plusieurs décennies après la découverte de ces gisements dans le sud-est du pays.”Il n’y a pas si longtemps, tout ceci était de la forêt vierge”, souligne Chris Aitchison, directeur général de SimFer, un des exploitants du site, en saluant l’accomplissement d’une “tâche monumentale” à tous les niveaux.Pour désenclaver cette région située à des centaines de kilomètres des côtes atlantiques, il aura fallu 18,5 milliards d’euros d’investissements des partenaires industriels, la construction de plus de 650 kilomètres de voies ferrées et d’un port.- Défi logistique -Un défi logistique considérable à la hauteur des gains espérés de ces gisements renfermant plusieurs milliards de tonnes de minerai d’une rare qualité.Le prix du minerai de fer, qui sert à fabriquer l’acier, a explosé depuis le début des années 2000, dopé par la fièvre de construction chinoise.Depuis la confirmation des gisements par le géant minier anglo-australien Rio Tinto au milieu des années 90, l’histoire de Simandou est jalonnée de batailles judiciaires, sur fonds de valses politiques et d’affaires de corruption.La junte du général Mamadi Doumbouya, arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 2021, se targue d’avoir donné le dernier coup d’accélérateur pour que le projet devienne enfin réalité.Sur les quatre gisements miniers de Simandou, deux seront exploités par le consortium sino-singapourien Winning Consortium Simandou (WCS) et les deux autres par SimFer, un consortium détenu par Rio Tinto et le géant chinois Chinalco.Une équipe de l’AFP a eu accès à la mine de SimFer, à l’extrémité sud de la chaîne du Simandou, quelques semaines avant le lancement de la production prévue le 11 novembre.Sur les flancs du Mont Ouéléba, culminant à 1.300 mètres d’altitude, les excavateurs ont commencé à dévorer la montagne et des piles du minerai noir sont déjà prêts à être exportés. – Gigantesque site -Des milliers de personnes travaillent jour et nuit sur le gigantesque site de la mine, long de 55 kilomètres.Il faudra encore deux ans et demi de travaux pour achever les infrastructures et atteindre l’objectif de rythme de production annuelle de 60 millions de tonnes extraites sur le site.Un gigantesque convoyeur en construction permettra d’acheminer le minerai aux pieds de la montagne, où il sera chargé sur des trains qui rejoindront la côte.L’entreprise SimFer assure qu’elle fait tout pour limiter les impacts environnementaux et sur les populations locales, en conformité avec les standards internationaux.Elle souligne qu’elle formera sur place ces trois prochaines années 225 étudiants de la région à des métiers techniques qualifiés, qu’une banque de graines collecte des échantillons de la flore locale pour la restaurer, et qu’elle réhabilite les terres exploitées au fur et à mesure.Simfer dit également avoir dépensé plusieurs centaines de millions de dollars pour déplacer ses activités sur le flanc Est de la montagne dans le but de préserver une population de chimpanzés vivant près de la mine.Toutefois, un rapport de l’organisme Advocates for Community Alternatives (ACA) a de son côté démontré, analyses à l’appui, que des sols et des cours d’eau ont été pollués près des mines de SimFer et Winning, du port, et le long du chemin de fer.- Pollution de l’eau -Principale source de pollution, le ruissellement dans les cours d’eau alentours de la terre mise au jour par la construction du site. “C’est un gros problème pour nous”, admet Chris Aitchison de SimFer. “Nous construisons des systèmes pour contenir les sédiments”, souligne-t-il. Après 36 heures de train depuis Simandou, le minerai sera exporté par le complexe portuaire de Morébaya. Situés à l’embouchure d’un fleuve, les deux terminaux de SimFer et de Winning exporteront 120 millions de tonnes de minerai par an quand la production battra son plein.Le paysage montagneux a fait place aux palmiers de l’estuaire et aux bâtiments flambants neufs du terminal portuaire de SimFer: des milliers d’ouvriers s’affairent sur le site dont la construction doit s’achever en septembre 2026.- Mode de vie menacé -A quelques kilomètres de l’effervescence du port, le village de Touguiyiré, dans la préfecture de Forécariah, offre un tout autre spectacle, loin des promesses de prospérité économique. Sur les rivages des eaux calmes du fleuve, une pirogue revient de la pêche. Le butin est maigre. Quelques femmes trient les petits poissons sur le débarcadère tandis que les hommes recousent les filets.Depuis l’arrivée des bateaux de dragage travaillant à relier le port aux terminaux d’export en haute mer, les poissons ont disparu, et avec eux tout un mode de vie.”Avant, les pirogues revenaient avec 10 bassines de poissons. Maintenant, elles reviennent avec seulement deux”, se lamente Aissata Cissé, une vendeuse de 54 ans. Les pêcheurs doivent désormais s’aventurer en haute mer, avec des pirogues pas toujours adaptées. Selon Bissiry Camara, un représentant local, trois des leurs y sont récemment morts.Autrefois, ce petit village comptait une soixantaine de pirogues et ses quelques 3.000 habitants vivaient d’une pêche abondante. Seuls trois bateaux fonctionnent encore, selon les pêcheurs.Pour compenser ces pertes, Winning et Simfer ont distribué aux habitants de la nourriture et du matériel pour aller pêcher en haute mer, comme des moteurs.Mais faute de revenus pérennes, les pêcheurs n’ont plus les moyens d’entretenir leurs pirogues et celles-ci restent échouées sur le rivage. “La vie de ces pêcheurs est totalement menacée”, déplore Alkaly Bangoura, membre d’un comité de suivi des impacts du projet Simandou dans la préfecture de Forécariah. Il lance, désabusé: “On espérait un avenir meilleur avec Simandou, mais maintenant c’est la désillusion”.- Espoir économique -Les autorités promettent pourtant que la mine va faire décoller l’économie du pays.Les rues de Conakry sont tapissées d’une myriade de panneaux vantant le rêve Simandou, largement mis en avant par la junte lors de la dernière campagne référendaire.L’Etat, qui détient 15% des parts de la ligne de chemin de fer, compte sur cette dernière pour désenclaver des zones entières et développer l’agriculture de régions très fertiles.”Une nouvelle économie va émerger”, promet le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah, interrogé par l’AFP, en soulignant qu’elle “devra être diversifiée pour nous permettre de sortir de cette logique des pays exportateurs bruts”.Jusqu’ici, malgré la grande richesse du sous-sol guinéen, notamment avec la bauxite qui sert à fabriquer l’aluminium, les populations ne bénéficient que très peu des retombées de l’industrie minière, et l’économie nationale peine à décoller.- Opacité de l’accord -“Il y a déjà eu d’autres projets miniers qui ont suscité beaucoup d’espoir (…) mais avec des résultats très limités”, rappelle Oumar Totiya Barry, directeur exécutif de l’Observatoire Guinéen des Mines et Métaux, un organisme indépendant.Le chercheur doute notamment du potentiel de désenclavement du projet Simandou, soulignant que sa ligne de chemin de fer “passe très loin de toutes les grandes villes de la Guinée”.Quant au contenu de l’accord négocié entre les industriels et l’Etat guinéen en 2022, il reste opaque, en dépit de l’obligation par le code minier guinéen de publier ces contrats.Traditionnellement, des réductions fiscales sont accordées aux miniers en échange des larges sommes investies. Mais ni l’Etat, ni SimFer, ni Winning, sollicités par l’AFP, n’ont voulu s’exprimer sur ce point.Le Premier ministre promet toutefois la transparence, assurant qu’une fois que la production aura démarré, “il n’y a pas de raison que les choses ne soient pas mises à la disposition du public”.

A Simandou, la Guinée s’apprête à exploiter son trésor de fer

Aux pieds des monts de la chaîne du Simandou, dans les plaines luxuriantes de la Guinée forestière, des milliers de camions, ouvriers et excavateurs ont commencé à dévorer la montagne et son manteau de verdure tropicale.Un projet minier titanesque promet d’y propulser ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest au rang des plus grands exportateurs de fer mondiaux, suscitant l’espoir de faire décoller l’économie du pays mais aussi l’inquiétude des populations locales quant à l’impact environnemental et social du projet.Dans quelques semaines, la Guinée exportera ses premières cargaisons de minerai de fer, lançant officiellement la production, plusieurs décennies après la découverte de ces gisements dans le sud-est du pays.”Il n’y a pas si longtemps, tout ceci était de la forêt vierge”, souligne Chris Aitchison, directeur général de SimFer, un des exploitants du site, en saluant l’accomplissement d’une “tâche monumentale” à tous les niveaux.Pour désenclaver cette région située à des centaines de kilomètres des côtes atlantiques, il aura fallu 18,5 milliards d’euros d’investissements des partenaires industriels, la construction de plus de 650 kilomètres de voies ferrées et d’un port.- Défi logistique -Un défi logistique considérable à la hauteur des gains espérés de ces gisements renfermant plusieurs milliards de tonnes de minerai d’une rare qualité.Le prix du minerai de fer, qui sert à fabriquer l’acier, a explosé depuis le début des années 2000, dopé par la fièvre de construction chinoise.Depuis la confirmation des gisements par le géant minier anglo-australien Rio Tinto au milieu des années 90, l’histoire de Simandou est jalonnée de batailles judiciaires, sur fonds de valses politiques et d’affaires de corruption.La junte du général Mamadi Doumbouya, arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 2021, se targue d’avoir donné le dernier coup d’accélérateur pour que le projet devienne enfin réalité.Sur les quatre gisements miniers de Simandou, deux seront exploités par le consortium sino-singapourien Winning Consortium Simandou (WCS) et les deux autres par SimFer, un consortium détenu par Rio Tinto et le géant chinois Chinalco.Une équipe de l’AFP a eu accès à la mine de SimFer, à l’extrémité sud de la chaîne du Simandou, quelques semaines avant le lancement de la production prévue le 11 novembre.Sur les flancs du Mont Ouéléba, culminant à 1.300 mètres d’altitude, les excavateurs ont commencé à dévorer la montagne et des piles du minerai noir sont déjà prêts à être exportés. – Gigantesque site -Des milliers de personnes travaillent jour et nuit sur le gigantesque site de la mine, long de 55 kilomètres.Il faudra encore deux ans et demi de travaux pour achever les infrastructures et atteindre l’objectif de rythme de production annuelle de 60 millions de tonnes extraites sur le site.Un gigantesque convoyeur en construction permettra d’acheminer le minerai aux pieds de la montagne, où il sera chargé sur des trains qui rejoindront la côte.L’entreprise SimFer assure qu’elle fait tout pour limiter les impacts environnementaux et sur les populations locales, en conformité avec les standards internationaux.Elle souligne qu’elle formera sur place ces trois prochaines années 225 étudiants de la région à des métiers techniques qualifiés, qu’une banque de graines collecte des échantillons de la flore locale pour la restaurer, et qu’elle réhabilite les terres exploitées au fur et à mesure.Simfer dit également avoir dépensé plusieurs centaines de millions de dollars pour déplacer ses activités sur le flanc Est de la montagne dans le but de préserver une population de chimpanzés vivant près de la mine.Toutefois, un rapport de l’organisme Advocates for Community Alternatives (ACA) a de son côté démontré, analyses à l’appui, que des sols et des cours d’eau ont été pollués près des mines de SimFer et Winning, du port, et le long du chemin de fer.- Pollution de l’eau -Principale source de pollution, le ruissellement dans les cours d’eau alentours de la terre mise au jour par la construction du site. “C’est un gros problème pour nous”, admet Chris Aitchison de SimFer. “Nous construisons des systèmes pour contenir les sédiments”, souligne-t-il. Après 36 heures de train depuis Simandou, le minerai sera exporté par le complexe portuaire de Morébaya. Situés à l’embouchure d’un fleuve, les deux terminaux de SimFer et de Winning exporteront 120 millions de tonnes de minerai par an quand la production battra son plein.Le paysage montagneux a fait place aux palmiers de l’estuaire et aux bâtiments flambants neufs du terminal portuaire de SimFer: des milliers d’ouvriers s’affairent sur le site dont la construction doit s’achever en septembre 2026.- Mode de vie menacé -A quelques kilomètres de l’effervescence du port, le village de Touguiyiré, dans la préfecture de Forécariah, offre un tout autre spectacle, loin des promesses de prospérité économique. Sur les rivages des eaux calmes du fleuve, une pirogue revient de la pêche. Le butin est maigre. Quelques femmes trient les petits poissons sur le débarcadère tandis que les hommes recousent les filets.Depuis l’arrivée des bateaux de dragage travaillant à relier le port aux terminaux d’export en haute mer, les poissons ont disparu, et avec eux tout un mode de vie.”Avant, les pirogues revenaient avec 10 bassines de poissons. Maintenant, elles reviennent avec seulement deux”, se lamente Aissata Cissé, une vendeuse de 54 ans. Les pêcheurs doivent désormais s’aventurer en haute mer, avec des pirogues pas toujours adaptées. Selon Bissiry Camara, un représentant local, trois des leurs y sont récemment morts.Autrefois, ce petit village comptait une soixantaine de pirogues et ses quelques 3.000 habitants vivaient d’une pêche abondante. Seuls trois bateaux fonctionnent encore, selon les pêcheurs.Pour compenser ces pertes, Winning et Simfer ont distribué aux habitants de la nourriture et du matériel pour aller pêcher en haute mer, comme des moteurs.Mais faute de revenus pérennes, les pêcheurs n’ont plus les moyens d’entretenir leurs pirogues et celles-ci restent échouées sur le rivage. “La vie de ces pêcheurs est totalement menacée”, déplore Alkaly Bangoura, membre d’un comité de suivi des impacts du projet Simandou dans la préfecture de Forécariah. Il lance, désabusé: “On espérait un avenir meilleur avec Simandou, mais maintenant c’est la désillusion”.- Espoir économique -Les autorités promettent pourtant que la mine va faire décoller l’économie du pays.Les rues de Conakry sont tapissées d’une myriade de panneaux vantant le rêve Simandou, largement mis en avant par la junte lors de la dernière campagne référendaire.L’Etat, qui détient 15% des parts de la ligne de chemin de fer, compte sur cette dernière pour désenclaver des zones entières et développer l’agriculture de régions très fertiles.”Une nouvelle économie va émerger”, promet le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah, interrogé par l’AFP, en soulignant qu’elle “devra être diversifiée pour nous permettre de sortir de cette logique des pays exportateurs bruts”.Jusqu’ici, malgré la grande richesse du sous-sol guinéen, notamment avec la bauxite qui sert à fabriquer l’aluminium, les populations ne bénéficient que très peu des retombées de l’industrie minière, et l’économie nationale peine à décoller.- Opacité de l’accord -“Il y a déjà eu d’autres projets miniers qui ont suscité beaucoup d’espoir (…) mais avec des résultats très limités”, rappelle Oumar Totiya Barry, directeur exécutif de l’Observatoire Guinéen des Mines et Métaux, un organisme indépendant.Le chercheur doute notamment du potentiel de désenclavement du projet Simandou, soulignant que sa ligne de chemin de fer “passe très loin de toutes les grandes villes de la Guinée”.Quant au contenu de l’accord négocié entre les industriels et l’Etat guinéen en 2022, il reste opaque, en dépit de l’obligation par le code minier guinéen de publier ces contrats.Traditionnellement, des réductions fiscales sont accordées aux miniers en échange des larges sommes investies. Mais ni l’Etat, ni SimFer, ni Winning, sollicités par l’AFP, n’ont voulu s’exprimer sur ce point.Le Premier ministre promet toutefois la transparence, assurant qu’une fois que la production aura démarré, “il n’y a pas de raison que les choses ne soient pas mises à la disposition du public”.