L’avocate de Cédric Jubillar appelle à mettre fin au “cauchemar” de l’accusé

L’affaire Jubillar, c’est “la chronique d’un désastre judiciaire annoncé”, a fustigé jeudi l’avocate de la défense Emmanuelle Franck, appelant les jurés de la cour d’assises du Tarn à mettre fin au “cauchemar” de Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse, en l’acquittant.Mercredi soir, le ministère public a requis 30 ans de réclusion criminelle contre Cédric Jubillar, jugé depuis le 22 septembre pour le meurtre de Delphine, la mère de leurs deux enfants, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, un village du Tarn.”C’est difficile d’arrêter de parler. Tant que je plaide je continue à le défendre (…) mais je vais me taire car c’est seulement dans le silence et le recueillement que vous pourrez mettre fin à ce cauchemar”, a dit aux jurés Emmanuel Franck, émue, pour conclure sa plaidoirie de plus de trois heures qui sera suivie dans l’après-midi par celle de son associé, Alexandre Martin.A la barre, elle a longuement dénoncé le travail des enquêteurs de la gendarmerie, assénant: “Rien de pire que des gendarmes qui ont des certitudes de bonne foi mais qui, pour combler les vides (de l’enquête), font des choses de mauvaise foi”.L’avocate toulousaine a même parfois qualifié de “honteux” ou de “dégoûtants” certains aspects de leur travail, dénonçant par exemple des contacts entre enquêteurs et témoins, hors procédure. “C’est tout ce que combat l’avocat, c’est tout ce que doit combattre la justice”, a-t-elle tonné.- “Pétage de plomb” -Alors que parties civiles et avocats généraux ont estimé qu’un “pétage de plomb” de l’accusé a pu conduire au meurtre de l’infirmière de 33 ans, Me Franck affirme: “Un pétage de plomb, c’est ce qu’on appelle un crime pulsionnel, un crime passionnel, celui qui laisse le plus de traces, parce qu’on ne contrôle rien, on éclabousse tout”. Or, fait-elle remarquer, il n’y a aucune trace.Cédric Jubillar, insiste-t-elle, “ne sait plus comment dire qu’il est innocent (…). Il a mis depuis quatre ans le pied dans une machine à broyer”.L’avocate reprend tous les éléments du dossier, l’attitude de Cédric Jubillar, le cri d’effroi entendu par les voisines, la téléphonie, jetant le discrédit sur chacun d’entre eux, tentant d’introduire le doute dans l’esprit des jurés en ponctuant ses affirmations d’un “ça colle pas”.”On fabule, on raconte une histoire, on essaie de faire rentrer des ronds dans des carrés”, accuse-t-elle. “C’est bien beau de parler d’indices mais encore faut-il qu’ils s’imbriquent entre eux.”Dans son box vitré, vêtu de noir, le peintre-plaquiste de 38 ans assiste, concentré et impassible, à la plaidoirie, affalé en avant, menton appuyé sur ses bras croisés, ou adossé à sa chaise, les mains jointes.Au sujet des enfants du couple Jubillar, Louis, 11 ans, et Elyah, six ans, Me Franck regrette l’utilisation par l’accusation de la parole de l’aîné, qui n’avait alors que six ans. “Derrière ce procès spectacle, il y a deux invisibles qui attendent, deux orphelins de mère”, à qui on dit “que papa a tué maman”, “il faut être sûr et certain pour leur dire cela, et peut-on l’être ?”, a questionné l’avocate.- “Derniers remparts” -“Vous êtes les derniers remparts de ce cirque judiciaire”, a-t-elle dit aux jurés, en haussant le ton. Au fil des audiences, des contradictions sont apparues dans les déclarations de Cédric Jubillar, pointées par l’accusation et les parties civiles.Mercredi, dans son réquisitoire, l’avocat général Pierre Aurignac avait déclaré: “Le crime parfait attendra, le crime parfait, ce n’est pas le crime sans cadavre mais celui pour lequel on n’est pas condamné, et vous allez être condamné M. Jubillar”.Selon lui, “pour défendre l’idée de l’innocence de M. Jubillar, il faut écarter quatre experts, faire taire 19 témoins et tuer le chien pisteur” qui a permis d’établir que la mère de famille n’a pas quitté son domicile vivante. Durant les quatre semaines du procès, les parties civiles ont espéré en vain des aveux dans cette affaire sans corps, ni scène de crime, ni preuves irréfutables.Vendredi, la parole sera donnée une dernière fois à l’accusé, avant que les trois magistrats et les six jurés se retirent pour délibérer et ensuite rendre leur verdict, selon leur intime conviction. Sept sur neuf doivent déclarer Cédric Jubillar coupable, pour qu’il soit condamné. Si trois votent “non coupable”, il sera acquitté.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Deux ONG publient une carte de France des polluants dans l’eau du robinet

Les ONG Générations Futures et Data For Good ont mis en ligne jeudi un site proposant une carte interactive des principaux polluants chimiques présents dans l’eau du robinet en France, espérant permettre ainsi “un accès plus facile du public à ces informations”.PFAS (“polluants éternels”), pesticides et leurs métabolites, nitrates, perchlorates, etc.: grâce à cet outil, appelé “Dans Mon Eau” (consultable à l’adresse https://dansmoneau.fr/), “vous pourrez savoir, où que vous habitiez, si vous êtes exposés via l’eau du robinet” à ces substances, indiquent les deux ONG, qui ont souhaité rendre plus accessibles et compréhensibles des données déjà publiques.Les données compilées pour cette carte, qui sera “actualisée tous les mois”, sont “issues  du contrôle sanitaire effectué par les Agences Régionales de Santé (ARS) pour chaque unité de distribution d’eau potable (UDI)”, indiquent les deux ONG.Un moteur de recherche permet de rentrer l’adresse de son domicile et de consulter les données qui lui correspondent, avec “les résultats des dernières analyses effectuées sur chaque catégorie de polluants”, des données “actualisées tous les mois, permettant ainsi d’identifier au plus tôt de nouvelles situations problématiques”, expliquent les ONG.Il est également possible de connaître l’historique de l’exposition, avec des bilans annuels (à partir de 2020), indiquant les pourcentages d’analyses non conformes retrouvées chaque année.Cette carte révèle notamment “une grande hétérogénéité” sur le territoire, selon les auteurs de cet outil: “Le nord de la France est particulièrement concerné par la majorité des cas de non conformité et des recommandations de non consommation de l’eau”, soulignent les auteurs, qui ajoutent que “la très grande majorité des cas de non conformité à la réglementation, recensés au 29 août 2025, sont dus à la présence de métabolites de pesticides.”- Suivi lacunaire des PFAS -“De manière générale, la qualité de l’eau est globalement bonne en France avec actuellement plus de 87% des UDI conformes à la réglementation et sans dépassement de limites sanitaires”, indiquent Générations Futures et Data For Good.Elles précisent toutefois que ce chiffre est “à interpréter avec prudence”, car il exclut les métabolites (molécules issues de la dégradation des pesticides) classés comme “non pertinents” par les autorités sanitaires).Les ONG soulignent un suivi inégal des PFAS ou “polluants éternels”, utilisés dans de nombreux objets pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur, mais ayant pour certains des effets dléétères sur la santé.Il manque des analyses “dans plus de la moitié” des UDI (52,4%)”, indiquent les ONG, évoquant l’Occitanie et les départements d’outre-mer.Concernant les pesticides, 5,7% (1.377) des UDI en France sont en non conformité” pour ces substances, selon le rapport.Un métabolite est responsable à lui tout seul de 86% de ces cas de non conformités, le chloridazone desphényl, métabolite du chloridazone, un herbicide qui a été utilisé principalement dans la culture des betteraves des années 1960 jusqu’en 2020, année de son interdiction en France et en Europe.

Ceasefire halts deadly Afghanistan-Pakistan fighting

A ceasefire along the frontier between Afghanistan and Pakistan was holding on Thursday, officials on both sides said, after dozens of troops and civilians were killed in cross-border clashes.In Spin Boldak, a focal point of recent clashes on the Afghan side, an AFP journalist saw shops reopening and residents returning to homes they had fled during the fighting. The 48-hour ceasefire was aimed at allowing time to “find a positive solution… through constructive dialogue”, according to Islamabad.Pakistan is facing a resurgence of attacks against its security forces on its western border with Afghanistan, led by the Pakistani Taliban and its affiliates.Forty civilians were killed and 170 others wounded on Wednesday, according to Spin Boldak’s director of public health Karimullah Zubair Agha.The UN Assistance Mission in Afghanistan (UNAMA) earlier reported at least 18 civilians killed and more than 350 wounded in the violence.”Our houses were bombed, a child was wounded. I heard the plane myself,” Abdul Zahir, a 46-year-old resident, told AFP. “It’s terrifying.”Hundreds of residents and Taliban officials attended the funeral of seven members of the same family in Spin Boldak, an AFP journalist saw.Islamabad accuses Kabul of offering safe haven to militants who plan their frequent assaults from Afghan soil — a charge the Taliban government denies.Pakistani officials on the northern and southern border with Afghanistan told AFP on Thursday that “no violence was reported overnight, and the ceasefire remains in effect”.A senior security official in Peshawar told AFP: “Additional paramilitary troops have been deployed to counter potential… militant activity that could jeopardise the ceasefire.”Shortly before the truce was announced, blasts were reported in the capital Kabul and the southern province of Kandahar province, where the Afghan Taliban’s shadowy supreme leader lives.UN rights chief Volker Turk welcomed the ceasefire and appealed to “both parties to prevent any further harm to civilians & commit to a lasting ceasefire”.- ‘Precision strikes’ -The first explosions that struck Afghanistan last week, which the Taliban blamed on Islamabad, hit while Afghanistan’s top diplomat was on an unprecedented visit to India — Pakistan’s eastern neighbour and rival.Taliban authorities then launched an offensive at the border, prompting Islamabad to vow a strong response of its own.Exchanges of fire from Saturday killed dozens of people, with renewed violence from Wednesday also causing civilian casualties, according to Kabul.The Taliban government officially blamed Wednesday’s blasts in the Afghan capital on an explosion of an oil tanker and a generator.However, Pakistani security sources said the military targeted an armed group with “precision strikes” in Kabul, as well as hitting Afghan Taliban bases in Kandahar.There were blackouts overnight and into Thursday morning in some areas of Kabul, caused by electricity cables damaged in the explosions, AFP journalists in the city said. AFP journalists saw municipal workers carrying out repairs in a Kabul neighbourhood on Thursday morning, where the road was charred and apartment windows had been blown out.At least five people were killed and 35 wounded in Wednesday’s explosions in Kabul, an Italian NGO that runs a hospital in the city said.”We started receiving ambulances filled with wounded people, and we learned that there had been explosions a few kilometres away from our hospital,” Dejan Panic, EMERGENCY’s country director in Afghanistan, said in a statement.The casualties suffered shrapnel wounds, blunt force trauma and burns, with 10 in critical condition, the NGO said. 

Israel’s Netanyahu says determined to secure return of all hostages

Israel’s Prime Minister Benjamin Netanyahu said on Thursday that he was determined to ensure that Hamas hands back the remains of hostages still in Gaza, adding that the fight “is not over yet”.Under a ceasefire agreement spearheaded by US President Donald Trump, Hamas returned the last 20 surviving hostages to Israel, and said it had handed back all the bodies of deceased captives that it could access.The ceasefire also saw the war, sparked by Hamas’s unprecedented October 7, 2023 attack on Israel, grind to a halt after two years of agony for the families of hostages, and bombardment and hunger in Gaza.The remains of 19 hostages are still unaccounted for, with Hamas saying it would need specialist recovery equipment to retrieve the rest from the ruins of Gaza.At a state ceremony to mark the second anniversary of the October 7 attack, Netanyahu said Israel was “determined to secure the return of all hostages”.”The fight is not over yet, but one thing is clear — whoever lays a hand on us knows they will pay a very heavy price,” he said.Earlier, an Israeli group campaigning for the return of the hostages demanded that the government delay implementing the next stages of the truce if Hamas fails to return the remaining captives’ bodies.During the war, the Hostages and Missing Families Forum consistently demanded an end to the fighting to allow the return of those taken hostage during the October 7 attack.”As long as Hamas breaches the agreements and continues to hold 19 hostages, there can be no unilateral progress on Israel’s part,” the Hostages and Missing Families Forum said.- ‘Total defeat’ -It urged the government to “immediately halt the implementation of any further stages of the agreement as long as Hamas continues to blatantly violate its obligations regarding the return of all hostages and the remains of the victims”.According to Trump’s 20-point plan for Gaza, the next phases of the truce should include the disarming of Hamas, the offer of amnesty to Hamas leaders who decommission their weapons and establishing the governance of post-war Gaza.Israel’s Defence Minister Israel Katz on Wednesday threatened to resume fighting if Hamas does not honour the terms of the agreement.”If Hamas refuses to comply with the agreement, Israel, in coordination with the United States, will resume fighting and act to achieve a total defeat of Hamas, to change the reality in Gaza and achieve all the objectives of the war,” a statement from his office said.But Trump appeared to call for patience in order to safeguard the deal.”It’s a gruesome process, I almost hate to talk about it, but they’re digging, they’re actually digging,” he said of Hamas’s search for hostages’ remains.”There are areas where they are digging and they’re finding a lot of bodies. Then they have to separate the bodies, you wouldn’t believe this. And some of those bodies have been in there a long time, and some of them are under rubble.”The families of surviving hostages were able, after two long years without their loved ones, to rejoice in their return.- ‘My children are home’ -“My children are home! Two years ago, one morning, I lost half of my family. Two of my children, two of my daughters-in-law, and two of my granddaughters were lost on the face of the earth. The world collapsed on me and my family in an instant,” said Sylvia Cunio, mother of Ariel and David Cunio who were released from captivity.”For two years, I didn’t breathe. For two years, I felt like I had no air. And today, I stand here, in front of you, and I want to shout out loud, David and Ariel are here!”Kobi Kalfon, father of released hostage Segev Kalfon, said his son had suffered emotional and physical abuse while in captivity.”We now start a new journey, his journey to rehabilitation. It will not be simple, but we will be with him, hand in hand,” he said.Israel, meanwhile, returned the bodies of 30 Palestinians to Gaza on Thursday, the territory’s health ministry said.Under the ceasefire deal, Israel was to turn over the bodies of 15 Palestinians for every deceased Israeli returned.For many in Gaza, while there was relief that the bombing had stopped, the road to recovery felt impossible, given the sheer scale of the devastation.”There’s no water — no clean water, not even salty water, no water at all. No essentials of life exist — no food, no drink, nothing. And as you can see, all that’s left is rubble,” said Mustafa Mahram, who returned to Gaza City after the ceasefire.”An entire city has been destroyed.”The war killed at least 67,938 people in Gaza, according to the health ministry in the Hamas-run territory, figures the United Nations considers credible.The data does not distinguish between civilians and combatants but indicates that more than half of the dead are women and children.The war was sparked by Hamas’s October 7 attack on Israel, which resulted in the deaths of 1,221 people, mostly civilians, according to an AFP tally based on official Israeli figures.

Stocks fluctuate as traders weigh China-US row, tech earnings

Stock markets were mixed Thursday as investors weighed the latest volleys in the China-US trade war and strong tech earnings.Nestle shares surged eight percent after the Swiss food giant announced that it will cut 16,000 jobs worldwide over the next two years. Equities have largely been in flux since US President Donald Trump last week reignited his tariff row with Beijing, threatening 100 percent levies on Chinese goods in retaliation for its recent rare-earth export controls.In Europe, the Paris stock market was up 0.7 percent in early afternoon trade as French Prime Minister Sebastien Lecornu survived a no-confidence vote.London dipped following data that showed lacklustre growth in the UK economy, six weeks ahead of the government’s annual budget.That followed a largely positive day in Asia, led higher by technology shares on AI-driven optimism. Shares in Taiwanese tech titan TSMC rose after it reported another record net profit on skyrocketing demand for microchips to power iPhones and artificial intelligence.Tokyo, Shanghai, Taipei and Seoul were all up, while Hong Kong closed lower.Investors also kept an eye on developments in the recent flare-up in tensions between the United States and China.”The US-China spat looks set to take another turn,” said Joshua Mahony, chief market analyst at Scope markets.He added that China could “turn up the pressure by further deepening the trade conflict in the knowledge that it could spark a sharp slump in US equity markets”.Beijing on Thursday said the latest US moves to expand export controls and levy new port fees on Chinese ships have been “profoundly detrimental” to trade talks between the two superpowers.Treasury Secretary Scott Bessent appeared to take a more conciliatory tone, proposing a longer pause in their tariffs as they look to resolve the rare earths row.Since May, the world’s two largest economies have suspended sky-high levies on each other for three months at a time as they work towards a full trade deal.Concerns over China-US tensions, bets on US rate cuts and a weaker dollar have helped push gold to daily records. It hit a peak of $4,243.25 on Thursday.Oil prices rose as Trump said Indian Prime Minister Narendra Modi had promised him that New Delhi will stop buying Russian oil.India’s rupee held onto gains after its strongest rally since June, bouncing from near a record low, after the central bank stepped in.”The Indian Rupee’s significant rally… was primarily driven by central bank intervention, a softer dollar index, and supportive factors like lower crude oil prices and renewed foreign fund inflows,” Dilip Parmar, senior analyst at HDFC Securities, told AFP.- Key figures at around 1050 GMT -London – FTSE 100: DOWN 0.2 percent at 9,409.45 pointsParis – CAC 40: UP 0.7 percent at 8,129.36Frankfurt – DAX: UP 0.1 percent at 24,208.09Tokyo – Nikkei 225: UP 1.3 percent at 48,277.74 (close)Hong Kong – Hang Seng Index: DOWN 0.1 percent at 25,888.51 (close)Shanghai – Composite: UP 0.1 percent at 3,916.23 (close)New York – Dow: FLAT at 46,253.31 (close)Euro/dollar: UP $1.1657 from $1.1645 on WednesdayPound/dollar: UP at $1.3434 from $1.3400Dollar/yen: DOWN at 151.21 yen from 151.24 yenEuro/pound: DOWN at 86.77 percent from 86.90 penceBrent North Sea Crude: UP 0.5 percent at $62.24 per barrelWest Texas Intermediate: UP 0.6 percent at $58.62 per barrel

Benjamin Brière, “le poing levé”, raconte ses trois années de prison en Iran

Après avoir passé trois ans en prison en Iran, Benjamin Brière raconte dans un livre les épreuves subies derrière les barreaux, mais aussi les défis du retour en France et son combat pour faire revenir les deux derniers Français détenus par Téhéran.”C’est l’histoire d’un type qui croyait naïvement qu’il était possible d’échapper à son destin”, résume Benjamin Brière dans “Azadi” (“Liberté” en persan), à paraître le 23 octobre chez Robert Laffont.Son destin, c’est d’avoir été arrêté en pleine nuit, le 28 mai 2020, dans une région reculée d’Iran, que ce grand voyageur visitait seul à bord de son van. S’en sont suivis 1.079 jours de détention avant sa libération le 12 mai 2023.”Je demande à ne pas faire d’amalgame entre ce qui m’est arrivé et ce sublime pays et ses magnifiques habitants”, qui “sont aussi des otages de la République islamique”, insiste Benjamin Brière, interrogé par l’AFP.Depuis son retour à Lyon, sa ville, l’ex-prisonnier de 40 ans consacre une partie de son énergie à se battre pour la libération des deux derniers Français détenus en Iran, Cécile Kohler et Jacques Paris, arrêtés en mars 2023 et condamnés à de lourdes peines pour espionnage.”Je n’arriverai pas à lâcher tant que Cécile et Jacques ne seront pas rentrés”, affirme-t-il. Mais “tout le monde sait que leur sort ne se joue pas devant un tribunal. C’est du cirque (…) Tout se passe à un niveau plus élevé, diplomatique et politique”.L’espoir d’une libération a grandi quand le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a déclaré en septembre qu’un accord visant à les échanger contre une femme iranienne détenue en France approchait de sa “phase finale”.- “L’ennui est colossal” -Dans “Azadi”, Benjamin Brière ne cache rien des hauts, et souvent des bas, de sa vie dans le quartier de haute sécurité de la prison de Mashhad, la grande ville de l’est de l’Iran.”Il y a des journées d’errance totale. Je fixe le carrelage du mur, le contreplaqué du lit au dessus (…) L’ennui est colossal. Des détenus s’assomment de drogue”, témoigne-t-il. “J’écris pour ne pas devenir fou.”Il dépeint aussi les liens de camaraderie noués avec certains détenus, dont plusieurs ont ensuite été pendus, avec lesquels il apprend à parler le persan “des canailles”.  Remerciant l’ambassadeur de France Nicolas Roche, arrivé fin 2022, pour son “énergie à libérer les otages”, Benjamin Brière raconte être sorti de prison “le poing levé” en signe de défi, avec un autre détenu, le franco-irlandais Bernard Phelan.Deux ans et demi après, “je m’en sors plutôt très bien” grâce à “la carapace que je me suis créée derrière les barreaux”, reconnait-il.Mais la réinsertion dans la société est difficile car “il n’y a pas de suivi, pas d’accompagnement, pas d’aide”, surtout au niveau administratif, regrette-t-il.Il raconte ainsi le dialogue avec une employée des impôts qui lui demande pourquoi il n’avait rien déclaré pendant quatre ans: – “Parce que j’étais en prison” – “Oui, mais même en prison, on peut le faire”.- “Pas depuis l’Iran”.Le problème est qu’il “fallait qu’elle me mette dans une case et que, pour un cas comme le mien, rien n’est prévu”, relate-t-il.Benjamin Brière milite donc pour qu’un projet de loi soit adopté pour aider “les otages d’État” au même titre que sont soutenus les “otages” ou victimes de “groupes terroristes”. Ils pourraient ainsi bénéficier à leur retour d’un “guichet unique” qui “dépendrait de la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes (Diav)”, précise-t-il.

Violences sexuelles à Saint-Stanislas à Nantes: la justice va diligenter des enquêtes

Le parquet de Nantes prévoit de diligenter des enquêtes pénales sur certains faits après avoir reçu une trentaine de courriers concernant des violences sexuelles commises au collège-lycée catholique Saint-Stanislas, remontant pour la plupart aux années 1960.Fin septembre, un mois après la conférence de presse qui avait rendu publics de premiers témoignages sur des faits courant des années 1950 à 1990, le diocèse avait dit avoir récolté 63 signalements à propos de cet établissement. Sur les 31 courriers reçus par la justice, transmis par l’évêché ou directement adressés au parquet, quinze émanent de victimes et seize de témoins, a indiqué jeudi le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy. “Certaines personnes se sont également rendues dans des commissariats de police pour donner des informations ou déposer plainte”, a-t-il ajouté.Neuf personnes sont mises en cause, principalement des membres du clergé, certaines décédées. “Selon les situations, des enquêtes pénales vont être diligentées”, a ajouté le procureur, sans donner davantage de détails. Une enquête avait déjà été ouverte début septembre après le suicide en 2024 d’un quadragénaire ayant confié à des proches avoir été victime de violences sexuelles lorsqu’il était interne au collège. Les premiers témoignages évoqués par le diocèse, récoltés depuis début 2025 et émanant de victimes ou de leurs familles, décrivaient des viols, des agressions sexuelles et des attouchements, commis au sein de l’internat et pour “au moins une victime” des faits survenus lors de vacances organisées par l’établissement. – “Système de prédation” – Fin septembre, un collectif de victimes a été fondé. “C’est en le constituant qu’on a découvert qu’on était passés dans le même système de prédation, avec des auteurs différents pour certains, communs pour d’autres”, a expliqué à l’AFP Emmanuel Cocaul, 60 ans, élève à Saint-Stanislas entre 1976 et 1984. Dès 2020, il avait témoigné auprès de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) d’agressions sexuelles commises par un aumônier – décédé depuis – entre ses 11 et 14 ans. “J’ai toujours su que c’était anormal, mais le système ne reposait pas, à la différence de Bétharram par exemple, sur de la violence physique directe. C’était beaucoup plus doucereux, c’était un rapport de force, d’autorité”, a-t-il déclaré. Un autre membre du collectif, qui a préféré rester anonyme, décrit une agression sexuelle subie de la part d’un professeur de catéchèse – également décédé – au milieu des années 1960, dans la chambre du religieux. “Peut-être que ce type de prêtre repère les élèves solitaires. A la récréation j’étais seul, j’étais la brebis fragile, facile à attraper”, raconte cet enseignant à la retraite de 70 ans, ajoutant avoir ressenti une “grande tristesse” mais aussi une “once de soulagement” après avoir appris qu’il n’était pas la seule victime. – D’autres établissements -Lors de leur conférence de presse fin août, l’évêque de Nantes et le directeur de l’enseignement catholique avaient assuré qu’un travail d’archive allait être mené à Saint-Stanislas et dans le diocèse pour éventuellement “détecter s’il y a eu des choses dissimulées, mises sous le tapis”. Depuis 2021 et la publication du rapport de la Ciase, Saint-Stanislas a été plusieurs fois la cible de tags accusant des hommes d’Eglise de viol.Au-delà de Saint-Stanislas, le parquet a dit jeudi avoir reçu 14 courriers concernant d’autres établissements, notamment à Nantes et Saint-Nazaire. De son côté, le diocèse a indiqué jeudi à l’AFP avoir reçu 95 mails depuis son appel à témoignages lancé fin août, tous établissements confondus. Le rapport de la Ciase publié en 2021 estimait à 330.000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles au sein de l’Eglise. Parmi elles, 108.000 auraient été agressées dans le cadre de l’enseignement scolaire catholique, a estimé depuis le président de la Ciase, Jean-Marc Sauvé.