Au procès de Joël Guerriau, la soirée sous drogue qui a traumatisé Sandrine Josso
Perverse tentative de soumission chimique ou rocambolesque inadvertance ? Au procès Ă Paris de l’ex-sĂ©nateur JoĂ«l Guerriau pour avoir lourdement droguĂ© la dĂ©putĂ©e Sandrine Josso, les deux protagonistes ont livrĂ© lundi des lectures opposĂ©es de ce retentissant huis clos.L’ancien Ă©lu centriste de Loire-Atlantique, qui a dĂ©missionnĂ© en octobre dernier du SĂ©nat, est jugĂ© lundi et mardi par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir droguĂ© Ă l’ecstasy son amie politique de dix ans afin de la violer. Dans cette affaire souvent perçue comme un cas emblĂ©matique de soumission chimique, le prĂ©venu de 68 ans nie toute motivation sexuelle.”Je suis allĂ©e voir un ami, je suis allĂ©e le cĹ“ur lĂ©ger fĂŞter sa réélection. Au fur et Ă mesure de la soirĂ©e, j’ai dĂ©couvert un agresseur, en fait”, rĂ©sume d’une voix faible Ă la barre Sandrine Josso, 50 ans, veste bleu Ă©lectrique sur tenue noire, devant une salle comble.De mots lents, pesĂ©s, la parlementaire MoDem refait devant le tribunal le fil de la soirĂ©e qui a fait basculer sa vie, la dĂ©cortiquant image par image comme sur le canapĂ© du psychiatre qui la suit dĂ©sormais.InvitĂ©e le 14 novembre 2023 au soir par JoĂ«l Guerriau Ă cĂ©lĂ©brer sa fraĂ®che réélection au SĂ©nat, Sandrine Josso dĂ©barque vers 20h, entre deux sĂ©ances Ă l’AssemblĂ©e nationale, Ă son pied-Ă -terre du 6e arrondissement. ArrivĂ©e dans le petit triplex, elle dĂ©couvre Ă sa grande surprise son hĂ´te en jogging dĂ©contractĂ©, et qu’elle est l’unique invitĂ©e.Il lui demande si elle souhaite du champagne blanc ou rosĂ©, elle choisit le blanc. Il prĂ©pare les verres sur le comptoir de sa kitchenette et les lui sert. En bouche, le champagne s’avère “sucrĂ©”, “comme un peu gluant”.”J’ai pensĂ© que c’Ă©tait peut-ĂŞtre un mauvais champagne. LĂ , il a insistĂ© pour qu’on trinque Ă nouveau. Je trouvais ça Ă©tonnant. Et puis il allait vers le variateur (de lumière). Et puis après il mettait fort l’intensitĂ©, puis il baissait. Il revenait s’asseoir. Il disait +mais tu bois rien+”, raconte Sandrine Josso.- “Je suis un imbĂ©cile” -Au bout d’une vingtaine de minutes, elle commence Ă se sentir mal: palpitations cardiaques, bouffĂ©es de chaleur ou de froid, nausĂ©es, tremblements… La panique la gagne totalement lorsqu’elle le voit manipuler, Ă la cuisine, un sachet transparent Ă cĂ´tĂ© de sa coupe de champagne.”Sa tenue vestimentaire, le fait qu’il soit montĂ© sur pile, qu’il me force Ă boire, je me dis qu’il a mis quelque chose dans mon verre. LĂ je comprends qu’il faut que je parte, je comprends le danger”, dit Sandrine Josso, qui a dĂ» se faire retirer quatre dents depuis les faits tant le stress lui crispe la mâchoire.En grande dĂ©tresse, parlant et se tenant debout avec difficultĂ©, persuadĂ©e qu’elle s’apprĂŞte Ă mourir tant son cĹ“ur bat Ă toute vitesse, elle quitte prĂ©cipitamment vers 22H00 le domicile de JoĂ«l Guerriau et demande Ă des collègues de la rĂ©cupĂ©rer Ă l’AssemblĂ©e nationale.TransportĂ©e Ă l’hĂ´pital, les analyses toxicologiques relèvent une forte intoxication de son corps Ă l’ecstasy, avec une prĂ©sence de MDMA Ă hauteur de 388 nanogrammes par millilitre de sang. Une concentration très nettement supĂ©rieure Ă une prise rĂ©crĂ©ative de cette drogue euphorisante.AssociĂ©e Ă l’alcool, la MDMA peut provoquer des trous de mĂ©moire. Cette drogue n’est toutefois utilisĂ©e que dans 2% des cas avĂ©rĂ©s de soumission chimique en 2018, a relevĂ© un expert au cours de l’instruction.InterrogĂ© durant trois heures avant elle, JoĂ«l Guerriau justifie par une abracadabrante inadvertance l’intoxication de son amie “Sandrine” – qui le nomme, elle, “M. Guerriau” – dans un contexte d’Ă©pisode dĂ©pressif.La veille de sa venue, en proie Ă une “crise d’angoisse”, “pas bien du tout” après une “journĂ©e horrible”, il dit avoir versĂ© la poudre d’ecstasy, fournie par un collègue sĂ©nateur pour l'”aider”, dans une coupe pour la prendre. Mais il aurait finalement changĂ© d’avis et rangĂ© la coupe dans le placard, laissant la drogue au fond du verre, oubliant mĂŞme sa prĂ©sence.”Ça paraĂ®t incomprĂ©hensible”, fait remarquer, dubitatif, le prĂ©sident Thierry Donard.Ce n’est qu’au cours de la soirĂ©e avec Sandrine Josso, dĂ©clare d’une voix posĂ©e et doucereuse JoĂ«l Guerriau Ă ses juges, qu’il se rappelle soudain avoir oubliĂ© la drogue au fond d’un des deux verres qu’il a servis.La dĂ©putĂ©e note le regard “insistant” de son ami. Lui assure qu’il l’observe pour voir si elle a des symptĂ´mes dont il devrait s’inquiĂ©ter. “Je ne vois aucun signe, rien, ça me rassure.””Bref, je suis un imbĂ©cile”, conclut-il… allant mĂŞme jusqu’Ă saluer l’engagement politique de Sandrine Josso contre le flĂ©au de la soumission chimique.Le procès continue mardi.









