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Ukraine, commerce… Macron presse Xi, qui refuse toute responsabilité dans la guerre

Le président français Emmanuel Macron a pressé jeudi son homologue chinois Xi Jinping d’oeuvrer à la fin de la guerre en Ukraine et à corriger les déséquilibres commerciaux, mais a entendu son hôte rejeter fermement toute part de responsabilité dans la poursuite de la crise ukrainienne.”La Chine soutient tous les efforts pour la paix” et “continuera à jouer un rôle constructif pour une solution à la crise” ukrainienne, a dit M. Xi. “En même temps, elle s’oppose fermement à toute tentative irresponsable visant à rejeter la faute ou à diffamer quiconque”, a-t-il ajouté alors que M. Macron n’a publiquement formulé aucun grief.Lors d’une apparition commune devant les médias, M. Macron a dit avoir “longuement évoqué” avec son homologue le conflit en Ukraine, “menace vitale pour la sécurité européenne”. “J’espère que la Chine pourra se joindre à notre appel et à nos efforts pour parvenir dans les meilleurs délais à tout le moins à un cessez-le-feu”, a-t-il dit.Il avait auparavant qualifié la coopération avec la Chine de “déterminante” sur l’Ukraine. Il avait plus largement reconnu l’existence de “désaccords” avec la Chine, mais avait affirmé “la responsabilité de savoir les dépasser”.Le président chinois, accompagné de son épouse Peng Liyuan, a reçu M. Macron et son épouse Brigitte dans le cadre monumental du Palais du peuple, décor des congrès du Parti communiste chinois. Ils ont écouté les hymnes nationaux et passé en revue la garde, avant d’être salués par des enfants auxquels M. Macron a adressé un baiser de la main.Le chef de l’Etat français, arrivé mercredi soir, accompagné également par 35 dirigeants de grands groupes (Airbus, EDF, Danone..) et d’entreprises familiales, du luxe à l’agroalimentaire, a assisté à la signature d’un certain nombre d’accords.Il s’agit de sa quatrième visite d’Etat en Chine depuis qu’il a été élu président en 2017. Xi Jinping a lui-même été reçu en France en grande pompe en 2024 et l’Elysée présente le temps que M. Xi passera avec M. Macron d’ici à vendredi, y compris à titre privé, comme un signe de l’importance accordée à la relation.Cependant, les différends avec la France et, plus largement l’Europe, sont profonds. L’Europe voudrait voir la Chine user de son influence pour mettre fin à la guerre à ses portes.La Chine n’a jamais condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Partenaire économique et politique primordial de la Russie, elle est le premier pays acheteur de combustibles fossiles russes au monde, y compris de produits pétroliers, alimentant ainsi la machine de guerre. Des Européens l’accusent de fournir des composants militaires à Moscou, ce que dément Pékin.- Diplomatie des pandas -Le président chinois a réservé un traitement privilégié à son homologue russe Vladimir Poutine en septembre en l’invitant, avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, à un défilé militaire géant célébrant les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale.Les déséquilibres commerciaux constituent un autre lourd contentieux, avec les pratiques commerciales chinoises jugées déloyales, des voitures électriques à l’acier.La relation entre la Chine et l’Union européenne se caractérise par un déficit commercial massif (357 milliards de dollars) en défaveur de l’UE.M. Macron semble avoir été entendu dans son appel à plus d’investissements chinois en France et à des investissements croisés, avec un partage de technologies comparable à celui opéré par les Européens et qui a contribué au décollage économique de Pékin.”Nous voulons accueillir davantage de projets chinois dans le domaine des batteries, de la mobilité décarbonée, de la robotique industrielle, du photovoltaïque, de l’éolien”, a dit M. Macron. Une lettre d’intention a été signée en ce sens.”Les deux parties se sont engagées à promouvoir le développement équilibré des relations économiques et commerciales bilatérales, à accroître les investissements réciproques et à offrir un environnement commercial équitable”, a dit M. Xi, dont le pays a livré en 2025 aux Etats-Unis une intense guerre commerciale aux retombées mondiales.”L’interdépendance n’est pas un risque et la convergence d’intérêts n’est pas une menace”, a-t-il dit.M. et Mme Macron devaient quitter Pékin jeudi en fin d’après-midi à destination de Chengdu, dans la province du Sichuan (sud-ouest), où les deux couples présidentiels se retrouveront dans un cadre plus informel, comme en 2024 en France.M. Macron, populaire en Chine, aura un échange avec des étudiants tandis que son épouse se rendra à la base de recherche pour la reproduction des pandas géants. Les deux pays se sont entendus sur la poursuite de la coopération pour la conservation de l’animal emblématique, devenu quasiment ambassadeur de la Chine.

IA: Meta soupçonné par l’UE d’entraver la concurrence dans WhatsApp

L’UE a lancé jeudi une enquête sur le géant américain de la tech Meta, propriétaire de WhatsApp, pour une possible infraction aux règles de la concurrence liée aux fonctions d’intelligence artificielle (IA) dans l’application de messagerie. Cette nouvelle enquête démontre la détermination de Bruxelles à réguler les entreprises du numérique, malgré les pressions répétées des Etats-Unis de Donald Trump, qui accusent l’UE de cibler injustement les champions américains du secteur.Selon la Commission européenne, une nouvelle politique annoncée par Meta “pourrait empêcher les fournisseurs tiers d’intelligence artificielle de proposer leurs services via WhatsApp”, ce qui, si ces soupçons étaient confirmés, constituerait un abus de position dominante.Un porte-parole de WhatsApp, contacté par l’AFP, a rejeté catégoriquement ces allégations.Au moment où “les activités d’IA sont en plein développement”, Bruxelles veut s’assurer “que les citoyens et les entreprises bénéficient pleinement de cette révolution technologique, en empêchant les détenteurs de positions dominantes d’en profiter pour évincer les concurrents”, souligne pour sa part Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Concurrence.- Robots conversationnels -Actuellement, explique l’exécutif européen, WhatsApp permet aux entreprises d’échanger avec leurs clients via sa plateforme, et certaines le font en utilisant des services d’IA développés par des fournisseurs indépendants de Meta, sous la forme de robots conversationnels ou “chatbots” qui répondent par exemple aux questions des consommateurs.Mais selon la Commission, de nouvelles règles de fonctionnement annoncées par Meta pourraient priver d’accès ces fournisseurs tiers, au bénéfice de son propre service, baptisé Meta AI.”Ces affirmations sont sans fondement”, a réagi un porte-parole de WhatsApp sollicité par l’AFP. La multiplication des chatbots d’IA utilisant l’interface de programmation (API) de WhatsApp destinée aux entreprises “met nos systèmes à rude épreuve, alors qu’ils n’ont pas été conçus pour supporter une telle charge”, d’où les changements annoncés, a-t-il indiqué.En outre, “le secteur de l’IA est extrêmement concurrentiel et les utilisateurs ont accès aux services de leur choix de multiples façons, notamment via les boutiques d’applications, les moteurs de recherche (…) et les systèmes d’exploitation”, a ajouté ce porte-parole.- Pressions américaines -Fin novembre, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, avait appelé l’UE à “rééquilibrer” ses lois régulant la tech, comme le DSA et le DMA, deux lois phares entrées récemment en vigueur, en proposant en échange une diminution des droits de douane imposés par Washington sur l’acier européen.Une idée aussitôt rejetée par plusieurs responsables européens, qui ont réaffirmé le droit souverain de l’Union européenne à adopter et appliquer ses propres lois, et rappelé qu’elles s’appliquaient à toutes les entreprises actives sur le marché européen, quelle que soit leur nationalité.Il ne s’agit pas du premier contentieux entre Meta et l’UE.Le groupe a écopé en avril d’une amende de 200 millions d’euros pour infraction à la concurrence dans le cadre du DMA, le règlement sur les marchés numériques entré en vigueur l’an dernier, concernant l’utilisation à des fins publicitaires des données personnelles des utilisateurs de ses plateformes comme Facebook et Instagram. Le groupe américain a fait appel de cette décision.Auparavant, l’UE avait sanctionné le groupe à hauteur de 798 millions d’euros en novembre 2024, pour avoir abusé de sa position dominante dans les petites annonces en ligne, en liant son service Facebook Marketplace à Facebook.Meta faisait déjà l’objet depuis juillet d’une enquête en Italie liée au déploiement de son assistant d’IA dans WhatsApp, l’autorité de la concurrence italienne (AGCM) estimant qu’il pourrait nuire à ses concurrents. Bruxelles a précisé qu’elle veillerait à mener ses investigations sans empiéter sur cette enquête italienne. 

Pétrole, armement et diplomatie : Poutine en Inde pour une copieuse visite bilatérale

Vladimir Poutine est arrivé jeudi en ami en Inde, pour une visite très attendue, dans le contexte des sanctions douanières imposées à New Delhi par Donald Trump en représailles à ses achats de pétrole russe.Le président russe, qui ne s’était plus rendu à New Delhi depuis 2021, a été accueilli à l’aéroport de New Delhi par le Premier ministre Narendra Modi, avec lequel il devait dîner en privé en soirée, en préambule à leurs entretiens officiels vendredi.Dans un entretien accordé à India Today avant son départ, M. Poutine s’est dit “très heureux” de revoir son “ami” M. Modi, se réjouissant de la “coopération très large” entre leurs deux pays.Voici les principaux sujets au menu de leurs discussions:PétroleL’Inde est l’un des principaux importateurs de pétrole russe, à rebours des Occidentaux qui ont coupé leur robinet de brut à cause de la guerre en Ukraine.En 2024, la Russie a livré aux raffineries indiennes 36% de leur consommation, selon la plateforme d’informations commerciales Kpler.L’Inde, qui importe 85% de ses besoins en or noir, y a trouvé moyen de remplir ses cuves à bon prix. Mais les Etats-Unis l’ont punie en août d’une surtaxe de 50% sur ses exportations au motif que ces achats financent l’effort de guerre de Moscou en Ukraine.Donald Trump a assuré que Narendra Modi lui avait promis de renoncer au pétrole russe, en pleine tractations commerciales entre leurs deux pays.New Delhi n’a rien confirmé. Mais les statistiques récentes révèlent que ses achats auprès de Moscou ont baissé.”Nous n’avons aucun doute que ces échanges bénéficient largement à l’Inde, et sont avantageux pour les deux parties”, a noté avant la visite du président russe son porte-parole, Dmitri Peskov.”Il y aura peut-être une réduction des achats d’énergie (indiens) sous pression américaine, mais le lien sera maintenu car les deux pays ont stratégiquement besoin l’un de l’autre”, a jugé pour l’AFP Nandan Unnikrishnan, du centre de réflexion Observer Research Foundation, proche du gouvernement indien.DéfenseMême si l’Inde s’est récemment tournée vers d’autres fournisseurs – dont la France – et privilégie les équipements nationaux, la Russie reste une de ses principales sources d’approvisionnement en matériels militaires.Selon l’Institut international pour la recherche sur la paix (SIPRI) de Stockholm, la part des équipements russes dans l’arsenal indien a reculé de 76% sur la période 2009-2013 à 36% en 2019-2023.Tirant les enseignements de sa confrontation militaire avec le Pakistan en mai, New Delhi a manifesté son intérêt pour l’achat de nouveaux missiles sol-air russes de type S-400.”Il ne fait aucun doute que ce sujet sera évoqué pendant la visite”, a indiqué M. Peskov.La presse indienne a par ailleurs souligné l’intérêt de New Delhi pour le chasseur russe de 5e génération Su-57.CommerceLa Russie arrive au 4e rang des partenaires commerciaux de l’Inde avec des échanges bilatéraux chiffrés à 68,7 milliards de dollars – un record – sur l’année 2024-25, selon les statistiques officielles.Mais la relation reste très déséquilibrée. Plus de 90% de ce montant – 63,8 milliards de dollars – provient des importations indiennes, pour l’essentiel des hydrocarbures. En retour, l’Inde vend à la Russie des machines-outils et des médicaments pour l’essentiel.”Nous voulons diversifier nos échanges et faire en sorte de les rééquilibrer”, a fait savoir un haut-diplomate indien s’exprimant sous couvert d’anonymat.”Notre volonté est de maintenir et même d’accroître le volume de nos échanges bilatéraux”, a pour sa part assuré Dmitri Peskov, “sans laisser qui que ce soit d’autre s’en mêler”.DiplomatieLe haut-diplomate indien a qualifié la relation de son pays avec la Russie de “la plus stable des temps modernes”.Jusqu’à ce jour, l’Inde a évité de condamner ouvertement l’invasion russe en Ukraine, tout en réussissant à maintenir ses liens avec l’Europe et les Etats-Unis.Narendra Modi a rarement haussé le ton vis-à-vis de Vladimir Poutine sur ce thème, sauf en 2022 lors d’une rencontre en Ouzbékistan où il avait exigé la fin de la guerre “le plus vite possible”.Il a depuis répété à de multiples reprises son attachement à un ordre mondial “multipolaire” et résisté aux injonctions occidentales à s’éloigner de Moscou.”Nous sommes unis par notre vision commune d’un avenir mondial multipolaire”, a abondé M. Peskov.

Déchets radioactifs: étape clé franchie pour le projet de stockage Cigéo, jugé conforme aux attentes de sûreté

Le projet de Cigéo à Bure (Meuse), où doivent être enfouis à partir de 2050 les déchets nucléaires les plus dangereux, a franchi jeudi une étape clé avec la présentation de l’avis technique du gendarme du nucléaire, qui juge ses conditions de sûreté “satisfaisantes” en l’état.Avec cet avis, fruit de 30 mois de travaux d’expertise et d’instruction, ce projet peut désormais être soumis aux consultations obligatoires de l’enquête publique dans le courant du second semestre 2026. Il reviendra ensuite au gouvernement de délivrer ou non l’autorisation de création du site à travers un décret pris en Conseil d’Etat, une décision attendue au mieux en 2028.”C’est une étape clé très importante, mais ce n’est pas la fin de l’histoire”, a déclaré à l’AFP Pierre Bois, directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). De fait, bien des phases techniques et réglementaires jalonneront ce projet hors norme qui doit s’étaler sur 150 ans, de sa construction jusqu’à la fermeture définitive du stockage vers 2170. Lancé en 1991, le projet Cigéo, contesté par des écologistes et des associations locales, doit accueillir à 500 mètres sous terre des déchets de centrales nucléaires devant rester hautement radioactifs pendant plusieurs centaines de milliers d’années. Au total, 83.000 mètres cubes, dont la moitié déjà produits, sont destinés à reposer dans des alvéoles – en fait des tunnels de stockage. Ceux-ci accueilleront les déchets les plus nocifs, dit de “haute activité”, ainsi que les déchets dits de “moyenne activité à vie longue”. Cet avis, présenté jeudi au Parlement, vient synthétiser trois avis intermédiaires rendus en 2024 et 2025 en apportant un éclairage technique sur le dossier de demande de création, déposé début 2023 par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), mais sans constituer “un feu vert”.”Sur de nombreux points”, l’évaluation préliminaire de sûreté présentée par l’Andra dans son dossier est “satisfaisante”, a déclaré Pierre Bois, devant les parlementaires de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.L’ASNR précise toutefois que “d’autres compléments” devront ensuite être apportés par l’Andra à l’occasion des grands jalons du projet, dont la mise en service progressive est prévue “à l’horizon 2050” avec les premières descentes de colis radioactifs dans les alvéoles, a ajouté Olivier Dubois, commissaire de l’autorité.- “Lacunes” -Parmi les sujets de vigilance identifiés, certains portent sur la performance des ouvrages de scellement bouchant les galeries souterraines, la vitesse de corrosion des conteneurs métalliques contenant les déchets “haute activité”, la maîtrise du risque d’explosion dans les alvéoles et la maîtrise du risque d’incendie en cas de stockage de colis de déchets bitumés, des boues radioactives conditionnées dans du bitume et qui présentent un risque d’échauffement.”Malgré toutes ces lacunes, vous donnez un avis favorable et vous demandez à l’Andra de faire cette démonstration (de sûreté) plus tard”, y compris quand le projet sera autorisé, s’est étonné le député LFI Maxime Laisney, membre de l’Opecst, en évoquant une situation qui “renforce le sentiment du fait accompli”.En cas de feu vert, l’autorisation d’exploitation débutera par une phase pilote “permettant de conforter le caractère réversible et la démonstration de sûreté de l’installation, notamment par un programme d’essais”, précise la loi. Les nombreux jalons qui restent à passer “seront autant d’occasions de vérifier un certain nombre de points techniques et de revenir vers la société civile en l’informant et la consultant le cas échéant”, a expliqué Pierre Bois à l’AFP.Le site a été pensé pour accueillir les déchets existants et futurs des installations nucléaires déjà autorisées à fin 2016, ce qui comprend notamment les réacteurs actuels d’EDF dont l’EPR de Flamanville, les sites d’Orano (cycle du combustible) et du CEA (recherche), mais pas les déchets des six nouveaux réacteurs dont le gouvernement soutient la construction. Ainsi, toute éventuelle extension de capacité devra faire l’objet d’une nouvelle autorisation.La France a fait le choix d’un stockage dans une couche géologique argileuse profonde, âgée de 160 millions d’années, censée garantir la sûreté du stockage, tandis que la Suède et la Finlande ont opté pour un terrain granitique.

La délocalisation des profits ampute recettes fiscales et revenus des salariés, selon une étude

Quelque 300 grandes entreprises françaises délocalisent à l’étranger chaque année plus de 10 milliards d’euros de profits réalisés en France, grevant les recettes fiscales à hauteur de 3,7 milliards d’euros et les revenus des salariés, selon une étude de l’Observatoire européen de la fiscalité diffusée jeudi.Ces travaux de l’organisation dirigée par l’économiste Gabriel Zucman sont publiés en pleine discussion parlementaire sur le budget et pourraient nourrir le débat sur les modalités de taxation des entreprises. Les quatre auteures de l’étude s’appuient sur des données “inédites” issues de 314 entreprises multinationales françaises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 millions d’euros sur la période 2016-2022.Depuis 2016, les entreprises doivent renseigner auprès des autorités fiscales les profits réalisés dans le monde entier ce qui est une “révolution pour la recherche dans ce domaine”, détaille Alice Chiocchetti à l’AFP, l’une des auteures de l’étude, chercheuse à la Paris School of Economics.D’après cette étude, les multinationales françaises déclarent 18% de leur bénéfice avant impôts réalisé en France hors du pays, soit 10,3 milliards d’euros par an entre 2016 et 2022, principalement dans des paradis fiscaux comme le Luxembourg, la Suisse, Singapour, les Pays-Bas et Hong-Kong.  Cette pratique de délocalisation des profits engendre un manque à gagner pour les recettes fiscales estimé à 3,7 milliards d’euros par an sur la même période, ce qui correspond à 7% du total de l’impôt sur les sociétés. Pour parvenir à cette estimation globale, “on fait l’hypothèse que si ces profits étaient relocalisés en France, ils seraient taxés au même taux qu’actuellement”, et il s’agit d’une “hypothèse assez conservatrice, car on sait qu’elle bénéficient de crédits d’impôts qui leurs permettent d’avoir des taux effectifs faibles” par rapport au taux normal d’imposition, détaille à l’AFP Alice Chiocchetti.Le phénomène est très concentré avec près de 50% des profits délocalisés qui concernent les 15 plus grandes entreprises de l’échantillon selon l’étude, et il se traduit par divers mécanismes d’optimisation fiscale, par exemple la localisation d’actifs de propriété intellectuelle (comme les brevets, NDLR) dans des pays à faible fiscalité afin d’y transférer des profits.- Partage du bénéfice -La pratique a des conséquences sur la redistribution du bénéfice aux salariés car les primes de participation sont calculées en fonction du bénéfice réalisé en France. “Pour les salariés des 314 entreprises de l’échantillon travaillant pour une filiale identifiée comme délocalisant des profits (soit 800.000 salariés sur 2 millions au total), cela engendre une perte de revenus comprise entre 357 euros et 919 euros par an en moyenne sur la période, selon les deux hypothèses retenues”, précise Mme Chiocchetti. Et ce sont les travailleurs aux plus faibles salaires qui sont le plus affectés, souligne l’étude.   Fin novembre, plus de 500 salariés et ex-salariés du groupe laitier Lactalis avaient déposé plainte auprès du Parquet national financier (PNF), considérant être victimes d’une fraude fiscale de leur employeur.L’entreprise avait réglé 475 millions d’euros au fisc en décembre 2024, et les salariés lui reprochent d’avoir minoré son bénéfice et amputé les primes de participation versées aux salariés. D’autres groupes sont également visés par des accusations similaires. Les entreprises françaises qui délocalisent leurs profits “ne sont pas les plus agressives sur le plan fiscal, et les entreprises américaines semblent être de loin celles qui font le plus d’optimisation fiscale”, note Alice Chiocchetti.L’une des pistes soulevée dans l’étude consisterait à prendre en compte la “profitabilité mondiale” de ces multinationales pour calculer le partage de la valeur. 

L’Union européenne trouve un accord sur une nouvelle génération d’OGM

Les députés européens et les Etats membres de l’UE ont scellé un accord dans la nuit de mercredi à jeudi pour autoriser des plantes issues de nouvelles techniques génomiques (NGT) dans l’agriculture au sein de l’Union.Qualifiées de “nouveaux OGM” par leurs détracteurs, ces NGT permettent de modifier le génome d’une plante mais sans introduire d’ADN étranger, contrairement aux OGM de première génération.Les semences obtenues par NGT sont donc bien des organismes génétiquement modifiés mais ne sont pas “transgéniques”.Variétés résistantes à la sécheresse ou aux maladies, moins gourmandes en pesticides, blé pauvre en gluten… Les grands syndicats agricoles soutiennent ardemment ces biotechnologies, qui inquiètent les organisations environnementales.Au Parlement, l’eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), rapporteure de ce texte, s’est réjouie d’une “avancée majeure”.- Changement climatique -“Cette technologie permettra de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d’obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites”, a-t-elle assuré.Le centriste français Pascal Canfin a lui aussi salué une “excellente nouvelle”, avec “davantage de solutions” face aux pénuries d’eau.Le compromis scellé dans la nuit assouplit les règles actuelles pour une partie des NGT, dites de catégorie 1, qui, sous réserve d’un nombre limité de mutations, seront considérées comme équivalentes aux variétés conventionnelles.Les NGT résistantes aux herbicides ou produisant des insecticides ne seront pas autorisées sur le marché, au nom de la durabilité.Et dans l’agriculture biologique, aucune NGT ne sera autorisée.L’autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) s’était montrée favorable à l’approche de Bruxelles visant à autoriser une partie des NGT.Plus prudente, l’agence sanitaire française, l’Anses, avait quant à elle préconisé dans un avis de 2024 une évaluation “au cas par cas” des “risques sanitaires et environnementaux” avant toute mise sur le marché.Le débat sur ces biotechnologies est tendu en Europe, où cette technique “d’édition” génomique était jusqu’ici classée dans la catégorie des OGM, tous interdits à la culture, à l’exception du maïs Monsanto 810, cultivé sur de petites surfaces en Espagne et au Portugal.La simplification des règles était réclamée par la puissante organisation agricole Copa-Cogeca, comme par les grands semenciers, au nom de la compétitivité européenne face aux Etats-Unis et à la Chine, qui autorisent les NGT.Le Copa-Cogeca, qui regroupe les syndicats agricoles majoritaires, appelait à “libérer le potentiel” des NGT afin de placer “l’Europe sur un pied d’égalité avec ses principaux concurrents”. – Absence d’étiquetage – Des organisations environnementales et le secteur de l’agriculture biologique dénoncent à l’inverse une pente dangereuse, qui pourrait faire “courir des risques majeurs pour notre agriculture et notre alimentation”, avance l’ONG Pollinis.L’une de ses responsables Charlotte Labauge pointe notamment l’absence d’étiquetage dans les produits finaux, “une atteinte grave aux droits fondamentaux des consommateurs” selon elle.D’après l’accord, la présence de NGT de catégorie 1 devra figurer sur les sacs de semences achetés par les agriculteurs, mais pas dans l’étiquetage du produit final.Les débats se sont éternisés de longs mois au sein de l’Union européenne sur cette question de la traçabilité ainsi que sur les brevets dont pourront bénéficier ces NGT.Les eurodéputés et certains Etats membres redoutaient que ces brevets viennent déstabiliser le secteur agricole.Des ONG mettent aussi en garde contre une concentration de brevets onéreux aux mains de multinationales, au détriment de petits agriculteurs.Au Parlement, le socialiste français Christophe Clergeau a critiqué le compromis scellé dans la nuit. “On joue aux apprentis sorciers, on enlève aux consommateurs leur liberté de choix” et “on jette les agriculteurs dans les bras de grands groupes internationaux”, a-t-il affirmé à l’AFP.Cet accord doit désormais être approuvé une dernière fois par les Etats membres et le Parlement européen, pour entrer en vigueur.Entre la phase de test des nouvelles variétés et leur commercialisation, il faudra plusieurs années avant que des aliments produits avec des NGT arrivent dans les assiettes des Européens.

Bois plutôt que pétrole: le pari d’un industriel face à la crise de la chimie allemande

Johannes Brodowski, un responsable régional d’une forêt de l’Est de l’Allemagne, examine un tas de bois de hêtre fraîchement coupé, destiné à remplacer les énergies fossiles dans des procédés de l’industrie chimique. Un pari écologique dont la rentabilité reste incertaine.Le groupe papetier finlandais UPM, spécialisée dans les biomatériaux, a inauguré durant l’été 2025 une raffinerie de produits biochimiques en Allemagne, un investissement de 1,3 milliard d’euros réalisé sans aide publique.Celui-ci a tout d’un défi, en pleine crise industrielle allemande. La chimie est particulièrement pénalisée par les coûts de l’énergie élevés et les surcapacités mondiales, si bien que la production du secteur, jadis un fleuron, est à son plus bas depuis 1995.Dans la région de Leuna, ancien bastion industriel très pollué de l’ex-RDA, UPM veut démontrer qu’on peut réussir en se sevrant des hydrocarbures grâce à la biomasse, c’est-à-dire en transformant des matières organiques en bioénergie.A partir de procédés innovants mais coûteux, l’entreprise espère convaincre une variété d’industries, en Europe comme en Asie, de verdir.Aujourd’hui, plus de 80% des produits chimiques allemands reposent sur des matières fossiles importées, selon Paul Münnich d’Agora Energiewende, un groupe d’expert de la transition énergétique. – Vestes polaires -Misant sur certaines propriétés du hêtre, UPM a passé un contrat d’approvisionnement avec le Land de Saxe-Anhalt, riche en forêts.Vêtu d’une veste orange fluo, Johannes Brodowski, responsable adjoint des opérations forestières régionales, explique que le groupe finlandais s’intéresse aux branches, moins commercialisées que les troncs et en général incinérées dans les usines.A l’avenir, elles pourront servir à fabriquer “des vestes polaires”, explique le garde forestier qui, ravi de ce nouveau débouché pour la sylviculture, table sur une hausse de 20 à 30% de la production régionale de hêtre.Le bois est transformé au parc chimique de Leuna, qui héberge plus d’une centaine d’entreprises. Ici flotte une odeur d’oeuf pourri caractéristique de cette industrie. Sur le site d’UPM, une autre senteur, plus sucrée, s’échappe d’un bâtiment. A l’intérieur, les copeaux de bois sont traités pour qu’ils éclatent “comme du pop-corn” jusqu’à former une bouillie, mise à fermenter dans d’immenses cuves métalliques, explique Martin Ledwon, vice-responsable de la communication de l’entreprise.A la fin du processus, deux types de produits: d’une part, des liquides utilisés pour fabriquer des vêtements ou des bouteilles, et d’autre part une poudre brune pouvant remplacer le noir de carbone issu d’énergies fossiles, qu’on retrouve notamment dans les pneus.- Décision “courageuse” -Le site espère tourner à plein régime en 2027 avec une production annuelle de 220.000 tonnes de produits chimiques.Ce serait une rare éclaircie en pleine crise de l’industrie chimique allemande, illustrée par la fermeture prochaine, près de Leuna, de deux usines du groupe américain Dow.Mais la rentabilité du projet est incertaine : les investissements et les délais de construction ont plus que doublé, principalement à cause de la pandémie de Covid-19. Ouvrir l’usine a donc été une “décision très courageuse”, juge Harald Dialer, responsable du site. Mais il veut y croire: “Grâce à des chaînes d’approvisionnement locales, nous pouvons être compétitifs et répondre aux besoins des marchés internationaux.”UPM aimerait pouvoir compter sur un coup de main de l’Etat allemand. Mais l’arrivée au pouvoir d’une coalition dominée par les conservateurs du chancelier Friedrich Merz a rangé au second plan les considérations écologiques. Confronté à une économie en berne, le gouvernement mise d’avantage sur la dérèglementation que la durabilité pour accroître la compétitivité industrielle. Harald Dialer admet volontiers qu’au lancement du projet en 2020, le développement durable était “plus au centre du débat”.Le responsable d’UPM avance donc d’autres arguments. Pour lui, le gouvernement et l’UE devraient appuyer l’industrie du Vieux Continent en imposant des quotas aux produits chimiques chinois à bas prix mais plus polluants. Des incitations financières “sont aussi nécessaires pour passer du pétrole fossile à la biomasse durable”, juge de son côté Paul Münnich d’Agora Energiewende.

Egypte: Sainte-Catherine, haut-lieu de pèlerinage sur le Sinaï, s’inquiète d’un mégaprojet immobilier

Au sommet du Mont Sinaï en Egypte, près de l’endroit où, selon les trois religions du Livre, Dieu a parlé à Moïse, un bruit incessant trouble le silence: l’écho des engins de chantier qui s’affairent en contrebas.L’Egypte boucle sur ces terres isolées du sud du Sinaï un mégaprojet immobilier conçu pour attirer un tourisme de masse dans la bourgade de Sainte-Catherine, haut lieu de pèlerinage, avec son antique monastère orthodoxe, et de randonnées en montagne.Des experts en patrimoine et des habitants accusent les travaux d’avoir déjà abîmé le site, classé réserve naturelle et patrimoine mondial de l’Unesco. Il abrite le plus ancien monastère chrétien continuellement habité au monde et des tribus de Bédouins, désormais inquiets pour leurs terres ancestrales. “La Sainte-Catherine que nous connaissions n’existe plus. La prochaine génération ne connaîtra que ces bâtiments”, se désole un guide expérimenté de la tribu Jabaliya, en pointant un hôtel cinq étoiles, près d’une oliveraie où les bips d’un bulldozer en marche arrière couvrent le chant des oiseaux. Comme plusieurs témoins interrogés par l’AFP sur ce projet d’un budget de près de 300 millions de dollars, baptisé “Grande Transfiguration” ou “Révélation de Sainte-Catherine”, ce guide a demandé l’anonymat par crainte de représailles. “Il faut appeler les choses par leur nom: défiguration et destruction”, gronde John Grainger, ancien gestionnaire d’un projet de développement local piloté par l’Union européenne. La bourgade de maisons en briques rouges parsemée de vergers est désormais envahie d’hôtels – pas encore ouverts -, dont un complexe tentaculaire du groupe Steinberger, avec un centre de conférence et des centaines d’unités d’habitation. En juillet, l’association militante World Heritage Watch a appelé l’Unesco à inscrire le site sur la liste des patrimoines en danger. Mais le mois dernier, l’organisation a élu à sa tête Khaled El-Enany, ancien ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités. C’est pendant son mandat que l’Egypte a lancé le projet et démoli au Caire des pans entiers du cimetière historique de la Cité des Morts – également classé Unesco.- Mutinerie au monastère -A la lisière du mégaprojet, au pied du mont biblique du Sinaï, deux douzaines de moines en habits noirs entretiennent l’antique sanctuaire. En mai, un tribunal égyptien a statué que le monastère se trouvait sur des terres appartenant à l’Etat et que les moines orthodoxes grecs étaient simplement “autorisés à l’utiliser”, déclenchant une querelle diplomatique avec la Grèce et une kyrielle de réactions indignées des patriarcats orthodoxes. L’Egypte a défendu la décision judiciaire qui, selon ses détracteurs, laisse le lieu de culte et ses occupants à la merci du bon vouloir des autorités. En septembre, l’archevêque de Sainte-Catherine a été contraint de démissionner après une mutinerie sans précédent liée à son positionnement pendant la crise. Malgré les tensions, les moines ouvrent chaque matin leurs portes aux visiteurs, principalement des randonneurs levés à l’aube, accompagnés de guides de la tribu Jabaliya. Chaque année, ces Bédouins en tunique traditionnelle accompagnent des centaines de milliers de fidèles et de voyageurs. Ils réclament depuis des décennies de meilleurs services publics et des infrastructures pour sortir leur communauté de la pauvreté. Longtemps marginalisés, ils craignent maintenant que les projets de développement ne se fassent à leurs dépens. – “Pas de place pour nous” -En 2022, des bulldozers ont rasé le cimetière séculaire de la bourgade et des centaines de défunts ont été exhumés.”Ils sont arrivés un jour sans rien dire et ils ont détruit notre cimetière”, confie le guide. Aujourd’hui, le site funéraire sert de parking. Le bureau du gouverneur du Sinaï Sud n’a pas souhaité répondre aux questions de l’AFP sur l’impact local du projet.L’Unesco avait demandé en 2023 à l’Egypte “d’arrêter la mise en oeuvre de tout développement”, de réaliser une étude d’impact et d’élaborer un plan de conservation. Cela n’a pas stoppé le chantier, que le gouvernement a déclaré en janvier avoir achevé à 90%. Les responsables gouvernementaux vantent ses avantages économiques et affirment que les décisions ont été prises en consultation avec la communauté. Mais les locaux rencontrés par l’AFP disent avoir été ignorés.”Personne ne sait ce qu’il se passera demain. Peut-être qu’ils nous diront de partir, qu’il n’y a plus de place pour nous”, regrette le guide. “Tu sais qu’ils ont détruit la moitié de ma maison?”, lance, apparemment désinvolte, un septuagénaire à un ami, tant l’information semble devenue banale dans ce grand chantier. Dans tout le pays, nombre de ceux qui ont vu leurs maisons démolies pour de récents projets touristiques, viaducs ou développements immobiliers se plaignent d’insuffisants dédommagements de l’Etat. A Sainte-Catherine, malgré les perturbations des travaux et la flambée des prix, beaucoup espèrent que le tourisme apportera la prospérité.Mais un responsable local exprime des doutes, en désignant un hôtel cinq-étoiles quasiment achevé, par delà les vignes et les cyprès: “ces hôtels sont énormes, les coûts astronomiques. Est-ce qu’ils seront remplis? C’est le vrai problème”. 

Cryptos, Bourses, gestionnaires d’actifs… Bruxelles dévoile son projet de super gendarme financier

Confier à un puissant gendarme la surveillance d’une large partie des acteurs financiers de l’UE: c’est la mesure phare d’un projet dévoilé jeudi par Bruxelles qui pourrait bouleverser la régulation financière du continent, en quête d’autonomie face aux Etats-Unis de Donald Trump.La Commission européenne a détaillé une série de propositions visant à confier à l’autorité européenne des marchés financiers Esma, une agence ayant pour l’instant un simple rôle de coordination, des pouvoirs renforcés au détriment des régulateurs nationaux.Un premier pas vers la création d’un marché des capitaux européen unifié, à même de rivaliser avec les autres puissances financières mondiales, selon Bruxelles.”Ne pas agir ne mènera qu’à une voie : une Europe qui investit trop peu, croît trop lentement et se fait distancer sur le plan géopolitique”, a déclaré la Commissaire aux Services financiers Maria Luis Albuquerque, lors d’une conférence de presse.Le projet envisage de transférer à l’Esma la supervision et l’octroi des licences d’exercice pour les prestataires de services liés aux cryptomonnaies. Ce rôle revient pour le moment aux autorités nationales, mais certains Etats sont accusés d’être trop laxistes.L’Esma a relevé des manquements à Malte, où le secteur est florissant, et qui s’oppose logiquement à toute centralisation. L’institution aurait aussi la charge de surveiller toutes les infrastructures de marchés “significatives”, c’est-à-dire ayant une taille suffisamment importante ou des activités transfrontalières.Cela concernerait les places boursières, mais aussi les chambres de compensation qui servent d’intermédiaire pour sécuriser et réaliser des transactions, ou les dépositaires centraux qui les enregistrent. L’Esma aurait enfin “rôle de surveillance renforcé” des “grands groupes de gestion d’actifs”. Elle pourrait aller jusqu’à suspendre les permis européens des fonds en cas de manquement grave de leur gestionnaire et d’inaction des autorités locales.Pour assurer ces missions, l’Esma, qui réunit les représentants des autorités nationales avec un rôle surtout consultatif, serait dotée d’un nouvel exécutif indépendant, avec des pouvoirs renforcés.Le projet pourrait provoquer un vif débat entre Etats membres.Si la France pousse pour donner plus de pouvoir à l’Esma, basée à Paris, le Luxembourg, place forte de la gestion d’actifs en Europe, tient à conserver une régulation nationale adaptée aux demandes locales.L’Allemagne qui cherche à préserver la place de Francfort, se dit favorable “à un renforcement de la convergence”, mais veut que cela “apporte une valeur ajoutée”, a indiqué son ministère des Finances à l’AFP avant la publication de cette proposition.

La clémentine corse, Petit Poucet centenaire qui parie sur la qualité

Elle est sucrée, finement acidulée et vendue “le cul vert” avec ses feuilles: la clémentine corse, qui fête ses 100 ans, est un Petit Poucet face au géant espagnol mais a su trouver sa niche haut de gamme sur le marché français.Issue d’une hybridation mandarine-orange douce en Algérie au début du XXe siècle par le frère Clément, un religieux français qui lui a donné son nom, la clémentine “a été plantée en Corse en 1925”, explique à l’AFP Jean-Paul Mancel, président de l’Association pour la promotion et la défense de la clémentine de Corse (Aprodec), sur son exploitation de Sainte-Lucia-di-Moriani (Haute-Corse).Depuis 2007, la quasi-unique clémentine française (quelques tonnes sont produites dans les Alpes-maritimes) se distingue par son indication géographique protégée (IGP), qui garantit le respect d’un cahier des charges très strict: taux de sucre, niveau d’acidité, calibre (46 à 68 mm), couleur naturelle “sans activateur de coloration” avec jusqu’à 1/5e de peau verte, absence de pépin et teneur en jus de 42 % minimum.Ce label de qualité est essentiel pour sa promotion, car si la clémentine corse pèse 90 millions d’euros, selon M. Mancel, avec 48.600 tonnes récoltées en 2024 dont 36.000 vendues sous IGP, elle fait figure de poids plume face aux géants du secteur. Numéro 1 mondial, la Chine a produit 25 millions de tonnes en 2021, devant l’Espagne (2 millions), la Turquie (1,8 million) et le Maroc (1,2 million), selon les chiffres de la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.Producteurs et autorités insistent donc sur le fait que les clémentines corses, à la différence des importées, “ne subissent aucun traitement après avoir été cueillies à la main et à maturité”, les feuilles vertes “faisant preuve de sa fraîcheur”, comme le souligne le ministère de l’Agriculture.Quatre-vingt-dix à 95% de la production est expédiée par voie maritime vers les étals de France continentale dans un “délai maximal de 24 heures”, insiste l’Aprodec, qui réunit 205 producteurs insulaires et pèse 2.000 emplois dont 1.000 saisonniers marocains, spécialistes de la coupe.- “Le nouveau produit à la mode” -Toutes choses qui ont un prix: la clémentine corse se vend près du double que ses concurrentes espagnoles ou marocaines: en supermarchés sur l’île, l’espagnole s’achetait lundi 2,80 euros le kilo contre 5,20 euros pour l’insulaire.L’agrume corse ne représente d’ailleurs qu’une petite fraction des clémentines consommées en France, qui en importe 200.000 tonnes par an, principalement d’Espagne et du Maroc.Pour rentabiliser au mieux la filière, notamment les fruits non admis dans l’IGP (quelque 12.000 tonnes en 2024), deux unités de transformation ont été créées dans l’île dont l’atelier Corse Fruit et Légume, en 2018 à Linguizzetta (Haute-Corse). L’an dernier, quelque “3.000 tonnes de clémentines” y ont été transformées, principalement en “jus, huile essentielle” ou base pour glaces ou boissons, explique à l’AFP Caroline Albertini, ingénieure production de l’usine.Autre débouché, la gastronomie. Au restaurant “Rosette et Charlot” d’Ajaccio, le chef Romain Rotondi voit l’agrume “un peu comme le nouveau produit à la mode”, qui peut “s’utiliser sous toutes ses formes, en sauce, en dessert, sur un plat, sur un canard”.Au Carls, à Ajaccio, le chef argentin Sébastien Burgos mise également sur elle pour réinventer le cheesecake, remplaçant le speculoos par le canistrelli associé à une crème de clémentine, “plus léger et plus local”. Pour l’heure, la récolte du centenaire qui vient de commencer s’annonce “très moyenne”, “sous les 30.000 tonnes” à cause de “l’excès de pluie pendant la floraison”, anticipe M. Mancel. Mais en tendance, depuis 2019, la production insulaire a presque doublé et la surface plantée est aujourd’hui de 1.700 hectares, selon le service de la statistique de l’agriculture (Agreste).A l’inverse, l’Espagne, touchée par des “épisodes de chaleur (..) qui ont freiné le développement des fruits”, accuse une baisse de production “pour la cinquième année” de suite et un niveau “au plus bas depuis au moins une décennie”, relève l’observatoire des marchés FruiTrop.