Test

Budget: députés et sénateurs échouent à se mettre d’accord, pas de budget avant la fin de l’année

Députés et sénateurs ont échoué à s’entendre vendredi sur le budget de l’État, écartant la perspective d’un texte adopté avant la fin de l’année, un échec au moins provisoire pour le Premier ministre Sébastien Lecornu.Entre le gouvernement et les socialistes d’un côté, la droite sénatoriale et les oppositions de l’autre, chacun se renvoie la balle sur la responsabilité de cette impasse.Face à ce scénario, le gouvernement avait déjà annoncé qu’il préparait une loi spéciale pour permettre le prélèvement des impôts et assurer la continuité de l’Etat, avant une reprise des débats sur le budget début 2026.Cette procédure exceptionnelle avait déjà été activée l’an dernier après la chute du gouvernement Barnier. Le texte devrait être examiné par les deux chambres au début de la semaine prochaine.Le Premier ministre a annoncé réunir, à partir de lundi, les principaux responsables politiques pour les “consulter sur la marche à suivre pour protéger les Français et trouver les conditions d’une solution”.L’échec de la commission mixte paritaire (CMP), où sept députés et sept sénateurs n’ont pas réussi à se mettre d’accord, marque la fin de deux mois de discussions parlementaires autour de ce texte financier crucial.Dès le départ, le compromis semblait quasi impossible entre une droite sénatoriale attachée aux économies et aux baisses d’impôts et une Assemblée où la gauche réclamait plus de recettes et moins de coupes budgétaires.Et le pari de Sébastien Lecornu de faire adopter le budget sans recours au 49.3 dans une chambre basse sans majorité était particulièrement ambitieux.- La faute à qui ? -C’est donc un échec pour le Premier ministre, même s’il a réussi à faire adopter mardi l’autre budget, celui de la Sécurité sociale, en obtenant un vote favorable des socialistes en échange d’une suspension de la réforme des retraites.Pour l’exécutif et le PS, le coupable est tout désigné : les sénateurs LR, accusés d’intransigeance sur les recettes à trouver.La patron du Parti socialiste Olivier Faure a accusé la droite sénatoriale de “faire le choix de bloquer le pays”. Sébastien Lecornu a plus sobrement regretté “l’absence de volonté d’aboutir de certains parlementaires”.Car, derrière les désaccords budgétaires, une guerre des chefs s’exacerbe à mesure que les échéances électorales se rapprochent.Une ministre accuse ainsi Bruno Retailleau, patron de LR, d’avoir attisé la radicalité des sénateurs de son parti, dans une guerre larvée avec le chef des députés LR Laurent Wauquiez.Au Palais du Luxembourg, on renvoie la balle à Matignon.”La responsabilité de cet échec incombe au gouvernement qui a soigneusement, méthodiquement, scrupuleusement organisé l’impossibilité d’un accord”, ont rétorqué Mathieu Darnaud (Les Républicains) et Hervé Marseille (UDI), chefs des groupes LR et centriste du Sénat, très remontés, dans un communiqué commun.Bruno Retailleau avait émis les mêmes critiques un peu plus tôt, fustigeant un texte qui “aurait envoyé la France dans le mur de la dette” et appelant le gouvernement à recourir au 49.3 à la rentrée. A l’Assemblée, la gauche, hors socialistes, a dénoncé un gouvernement qui se “défausse” sur les parlementaires, selon les mots d’Eric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances.Pour le groupe écologistes, l’échec est dû à “la désunion profonde du bloc gouvernemental, incapable de s’accorder sur des priorités claires et de construire une majorité parlementaire”. – “Sparadrap” -Cap sur la loi spéciale donc, avant la reprise des discussions en janvier.A moins que le gouvernement ne se dirige vers les ordonnances avant la fin de l’année, s’interroge Jean-Philippe Tanguy (RN), trouvant Sébastien Lecornu “très ambigu”. Son groupe, le Rassemblement national, continue d’appeler à un retour aux urnes, “seule solution” à la crise, dit-il.La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a rappelé vendredi matin le coût d’une loi spéciale. “L’an dernier, on avait estimé à 12 milliards le coût d’avoir six à huit semaines sans budget.””C’est un sparadrap”, cela permet de “faire tourner le pays” mais il faudra bien que le Parlement s’accorde en début d’année, a aussi répété dans la matinée Mme Bregeon.Un député envisage avec sérénité la poursuite des discussions en janvier, escomptant qu’un accord puisse être plus facilement trouvé une fois les sénateurs sortis de l’équation, lors d’une nouvelle lecture et d’une lecture définitive à l’Assemblée. “Entre députés à l’Assemblée, je suis beaucoup plus optimiste qu’on y arrive rapidement”, a dit cette source.Outre l’urgence de disposer d’un budget, s’ajoutera la volonté du monde politique de tourner la page budgétaire avant les municipales de mars. Dans ce contexte, Éric Coquerel estime que les socialistes seront moins enclins à maintenir un rapport de force : il prédit “un 49.3 à bas coût”.cma-sl-ama-sac/sde/frd/

Shein échappe à une suspension par la justice, réclamée par l’Etat

Le tribunal judiciaire de Paris a rejeté vendredi la demande de l’Etat de blocage provisoire du site Shein en France, jugeant la mesure “disproportionnée” après le retrait volontaire des produits illicites vendus par le géant asiatique de l’e-commerce.Le tribunal a reconnu l’existence d’un “dommage grave à l’ordre public” (la vente de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes, d’armes et de médicaments) mais a estimé que ces ventes étaient “ponctuelles” et constaté que la plateforme avait retiré les produits.La justice a toutefois fait “injonction” à Shein de ne pas rétablir la vente de “produits sexuels pouvant caractériser un contenu à caractère pornographique, sans la mise en place de mesures de vérification d’âge”. La demande de l’Etat de réclamer à Shein “a minima” le maintien de la suspension de sa place de marché (marketplace), qui héberge les produits commercialisés par des vendeurs tiers, n’a pas été entendue. “Seuls certains produits de la marketplace ont été identifiés, dans la présente procédure, comme manifestement illicites et dommageables, alors que la plateforme +fr.Shein.com+ propose à la vente plusieurs centaines de milliers d’articles”, a relevé le tribunal dans sa décision.Le tribunal explique n’avoir pas observé que les objets interdits avaient été mis en vente “de façon récurrente et massive” et a au contraire salué la réaction “rigoureuse et rapide” de Shein après le signalement de la présence de ces articles.Même si l’Etat est débouté, la marketplace Shein ne devrait pas rouvrir directement en totalité, mais progressivement, avaient expliqué ses avocats pendant l’audience. L’entreprise reconnait notamment des difficultés à instaurer un filtre d’âge efficace pour les produits pornographiques. En conséquence, la catégorie sexuelle réservée aux adultes resterait fermée pour le moment, comme c’est le cas au niveau mondial depuis le scandale apparu en France.

Perrier peut continuer à vendre de “l’eau minérale naturelle”

Au coeur d’un scandale depuis plusieurs mois sur la qualité de ses eaux, le géant agroalimentaire suisse Nestlé va finalement pouvoir continuer à utiliser l’appellation haut de gamme “eau minérale naturelle” pour sa marque phare Perrier.Les autorités françaises avaient jusqu’à fin mars pour se prononcer mais c’est finalement juste avant le début des vacances de fin d’année qu’elles ont publié leur décision: Nestlé Waters pourra bien continuer à produire du Perrier avec l’appellation “eau minérale naturelle” sur son site de Vergèze (Gard), mais seulement sur deux de ses forages.Selon un arrêté du préfet du Gard, Jérôme Bonet, publié vendredi et révélé par Radio France et Le Monde, l’entreprise “est autorisée à exploiter (…) après traitement et renforcement au gaz carbonique, l’eau minérale naturelle source Perrier issue du mélange des eaux des captages Romaine VI et Romaine VII” sur le site gardois.Fin novembre, un hydrogéologue, désigné par l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, s’était “prononcé favorablement sous réserves”, émettant des recommandations.L’arrêté impose que les contrôles sanitaires soient renforcés, avec par exemple sur les forages un suivi des paramètres microbiologiques chaque semaine. Et d’ici deux ans, la transmission d’un bilan pour “attester que la stabilité de la composition minérale de l’eau, la pureté originelle et la protection suffisante de la nappe exploitée sont vérifiées”.Et en cas de dépassement des valeurs limites réglementaires, les forages doivent être arrêtés.- “Incompréhensible” -Les trois autres forages du site, pour lesquels Nestlé n’avait pas demandé d’autorisation, “ne sont plus autorisés à l’exploitation” et leur canalisations devront être démantelées.Nestlé Waters est au coeur d’un scandale après avoir admis en 2024 avoir utilisé par le passé des traitements interdits pour ses eaux. Ils ont été remplacés par une microfiltration à 0,2 micron dont la légalité a elle aussi été contestée, l’eau minérale naturelle ne pouvant faire l’objet de désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques. Nestlé Waters est ensuite passé à une microfiltration à 0,45 micron, ce qui l’a contraint à déposer en juillet de nouvelles demandes d’autorisation préfectorale pour pouvoir continuer à utiliser l’appellation “eau minérale naturelle”.Dans un communiqué, l’entreprise salue cette décision pour cette marque “emblématique du patrimoine français”.Elle “a été accueillie avec beaucoup de soulagement par toutes les équipes (…) qui ont travaillé sans relâche ces dernières années pour la réussite de cette transformation. C’est aussi une nouvelle importante pour le territoire gardois”, souligne Laure Goutagneux, directrice générale de Nestlé Waters France, citée dans le communiqué.En revanche pour Foodwatch, “cette décision est incompréhensible car Nestlé +n’a démontré que partiellement que les traitements de microfiltration à 0,45 µm n’avaient pas d’impact sur le microbisme naturel de l’eau+, selon l’Autorité régionale de la santé d’Occitanie citée par Le Monde”. L’association estime que “la fraude, qui consiste à filtrer les eaux en bouteille, demeure caractérisée”.En décembre, Radio France avait révélé de nouveaux épisodes de contaminations depuis le retrait progressif des filtres interdits avec des milliers de palettes de bouteilles vertes bloquées après la détection “d’écarts bactériologiques”.En novembre, le tribunal judiciaire de Nanterre avait autorisé la poursuite de la commercialisation des eaux Perrier sous l’appellation “eau minérale naturelle”, après un recours introduit en référé par l’UFC-Que Choisir.

TikTok signe un accord et échappe à l’interdiction aux Etats-Unis

Le réseau social chinois TikTok a signé un accord avec des groupes proches de l’administration Trump, créant la coentreprise américaine exigée par la loi pour éviter son interdiction aux Etats-Unis, après d’interminables tractations.Tiktok et son propriétaire, le groupe chinois ByteDance, ont signé cet accord avec trois investisseurs – le groupe Oracle du multimillardaire Larry Ellison, la société d’investissement Silver Lake et le fonds émirati MGX -, selon un mémo interne du directeur général du groupe Shou Chew, dévoilé jeudi par des médias américains et consulté par l’AFP.Cette signature était attendue depuis septembre. Donald Trump avait annoncé un accord après d’intenses négociations avec Pékin sur l’avenir du réseau social, très prisé de la jeunesse et objet de multiples controverses à travers le monde.Le président américain avait de nouveau prorogé, jusqu’au 23 janvier 2026, l’application d’une loi votée lors du mandat de son prédécesseur Joe Biden.Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, n’a pas commenté l’accord vendredi, réaffirmant seulement que la position de Pékin sur le dossier était “cohérente et claire”.La loi de 2024, dans l’esprit des législateurs américains, entend empêcher la Chine de mettre la main sur des données personnelles d’utilisateurs aux Etats-Unis et d’influencer l’opinion via le puissant algorithme qui préside au défilement des courtes vidéos.TikTok, qui revendique aux Etats-Unis 170 millions d’utilisateurs, a admis que des employés basés en Chine avaient eu accès à des données de certains d’entre eux, mais a assuré que rien n’avait été communiqué au gouvernement chinois.- Majorité américaine -La future coentreprise, nommée “TikTok USDS Joint Venture LLC”, opèrera comme une entité indépendante” de TikTok “avec autorité sur la protection des données” des utilisateurs américains, “la sécurité de l’algorithme, la modération du contenu” et la conformité du réseau social, selon le mémo du directeur général de la société.Conformément à un décret signé en septembre par Donald Trump, “la coentreprise américaine sera détenue majoritairement par des investisseurs américains, gouvernée par un nouveau conseil d’administration de sept membres dont la majorité sera américaine, et soumise à des conditions qui protègent les données des Américains et la sécurité nationale des Etats-Unis”, assure le document.Oracle, Silver Lake et MGX, réputés proches de l’administration Trump, détiendront à parts égales 45% de la coentreprise. Des investisseurs de ByteDance, dont plusieurs fonds américains, détiendront 30,1% et ByteDance les 19,9% restants.En revanche, TikTok conservera le contrôle aux Etats-Unis de ses activités commerciales (publicité, vente en ligne, communication…) et de “l’interopérabilité mondiale” de l’application.L’évolution ou non du contrôle de ByteDance sur ces activités de TikTok sur le sol américain n’est pas évoquée par le mémo.”Il y a encore du travail à accomplir au fur et à mesure que nous approchons de l’échéance du 22 janvier 2026″, poursuit Shou Chew.- Accusations en Europe -De fait, la conformité de la structure sera scrutée de près. En septembre, le président de la commission aux Affaires chinoises de la Chambre des représentants, le républicain John Moolenaar, avait prévenu qu’il effectuerait “une revue complète” de l’accord, accusant ByteDance d’être “un acteur malveillant”.L’application, qui compte plus d’un milliard et demi d’utilisateurs, est dans le viseur de plusieurs autorités dans le monde. Elle est accusée de cantonner ses utilisateurs dans des silos via un algorithme opaque, et de favoriser désinformation et contenus illégaux, violents ou obscènes.ByteDance n’a pas commenté officiellement l’accord.”Maintenir l’activité américaine est en soi une victoire” pour le groupe, a déclaré à l’AFP Li Chengdong, fondateur du cabinet chinois de conseil en technologies Dolphin.La résolution du dossier permet à ByteDance de se concentrer sur de nouveaux projets, notamment dans l’intelligence artificielle, et pourrait l’aider à se diriger vers une introduction en bourse, a-t-il ajouté.Zhang Yi, du cabinet d’études iiMedia, a estimé pour sa part que le marché américain était d’une “importance capitale pour TikTok”, mais averti que l’accord ne garantissait pas une navigation sans heurts à l’avenir.”La partie américaine pourrait encore tirer parti de son pouvoir réglementaire (…) pour imposer des exigences injustes à TikTok”, a-t-il redouté.TikTok fait l’objet de multiples procédures dans l’Union européenne. En France, le réseau social est soupçonné de pousser les plus “vulnérables au suicide” et fait l’objet depuis novembre d’une enquête judiciaire.Des manquements sur la protection des données, alimentant la crainte de communications aux autorités chinoises, lui ont valu une amende de 530 millions d’euros en Irlande, au nom de l’Union européenne. Une autre procédure est en cours.

Disparition d’uranium au Niger: enquête ouverte à Paris pour vol en bande organisée 

Une enquête pour vol en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère a été ouverte à Paris, après la disparition d’uranium sur un site auparavant exploité par un groupe français au Niger, a indiqué le parquet à l’AFP, confirmant une information de franceinfo.Quelques semaines après avoir annoncé la nationalisation du site de la Somaïr en juin, la junte militaire au pouvoir au Niger avait annoncé mettre sur le marché international l’uranium produit par cette filiale du géant français Orano (ex-Areva), située à Arlit, dans le nord du Niger. Fin novembre, Orano avait averti dans un communiqué qu’un chargement d’uranium avait quitté le site minier de la Somaïr.Le groupe précisait ne pas être “à l’initiative de ce convoi et le condamner fermement”.L’exploitation de l’uranium au Niger est au centre d’un bras de fer entre la junte, au pouvoir depuis un coup d’Etat perpétré en juillet 2023, et le groupe Orano: un dossier qui illustre les tensions entre l’ex-puissance coloniale française et les militaires nigériens.La junte n’a jamais caché sa volonté de se tourner vers de nouveaux partenaires, comme l’Iran ou la Russie, quand Moscou a déclaré en juillet sa volonté d’exploiter l’uranium nigérien.”Le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production”, a déclaré un journaliste de la télévision d’Etat Télé Sahel, rapportant des propos tenus récemment par le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani.Selon la télévision d’Etat, ce dernier a revendiqué en novembre “le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance”.Jusqu’à la nationalisation par la junte militaire, la Somaïr, Société des mines de l’Aïr, était détenue à 63,4% par Orano et à 36,6% par l’Etat du Niger.Depuis la perte de contrôle opérationnel de ses trois filiales minières dans le pays en décembre 2024, Orano, dont le capital est détenu à plus de 90% par l’Etat français, a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’Etat du Niger. Fin septembre, l’entreprise a annoncé la décision en sa faveur d’un tribunal concernant la mine de la Somaïr.Selon Orano, ce tribunal a enjoint au Niger de ne pas vendre l’uranium produit par la Somaïr, dont le site compte environ 1.300 tonnes de concentré, représentant une valeur marchande de 250 millions d’euros.Selon Wamaps, groupe de journalistes ouest-africains spécialisé dans l’actualité sécuritaire au Sahel, 1.000 tonnes d’uranium non enrichi aurait quitté Arlit. Une partie serait stockée à Niamey, l’autre serait en route vers le port de Lomé, la capitale togolaise, en passant par le Burkina Faso.L’enquête a été confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure.

Le caviar de béluga, le trésor du lac Kardjali en Bulgarie

Pour Matey Mateev, novembre et décembre sont les mois les plus intenses de l’année. Au cœur des Rhodopes, la montagne qui aurait vu naître le personnage mythique d’Orphée, son exploitation de caviar de béluga, sur le lac Kardjali, met les bouchées doubles pour honorer les commandes du monde entier à l’approche des fêtes.”Dans ce lac, les esturgeons bénéficient de conditions naturelles comparables à celles de la mer Noire et de la mer Caspienne, leurs mers d’origine : il est profond et l’eau qui l’alimente provient d’une montagne restée vierge”, explique M. Mateev, les joues rosies par le froid.L’homme de 53 ans, dont l’énergie tranche avec l’atmosphère paisible autour de ce lac de retenue — l’un des plus grands du pays — fait partie des pionniers du secteur en Bulgarie. Né dans cette montagne verdoyante du sud de la Bulgarie, connue pour sa biodiversité exceptionnelle et ses rivières limpides, il s’est lancé au milieu des années 1990, alors que le pays, à peine sorti du régime totalitaire communiste, traversait une grave crise économique.Différentes espèces d’esturgeons sont élevées pour leur caviar dans le monde entier, mais M. Mateev s’est spécialisé dans l’un des plus rares: le béluga.Avec un peu plus de 520 kilos par an — selon les dernières statistiques d’Eurostat pour 2023 —, ce pays des Balkans figure parmi les principaux producteurs européens de ce “roi des caviars”.- Maturation lente -M. Mateev raconte avoir commencé à élever des poissons pour leur chair, se tournant un peu “par hasard” vers l’esturgeon puis, vers son caviar. Le béluga est parmi les plus grands créatures d’eau douce, peut vivre plus de 100 ans et mesurer jusqu’à six mètres de long. Mais son élevage requiert un investissement important et du temps : sa maturation est en effet lente et il devient fertile tardivement, autour de 15 ans contre sept à dix ans pour les autres espèces.”Par exemple, aujourd’hui, nous ne produisons du caviar de béluga qu’à partir de poissons de plus de 20 ans”, explique M. Mateev. Son fils Boris, 25 ans, remarque amusé: “Certains sont de ma génération, d’autres plus âgés que moi”.Dans le laboratoire où est extrait et affiné le caviar, M. Mateev travaille avec son frère et son fils. “Chaque kilo de caviar passe entre mes mains”, affirme-t-il, ajoutant exporter “presque partout dans le monde, sur quasiment tous les continents, surtout vers la France”. Le produit fini est transporté dans des boîtes d’un kilo, souvent par avion. A 2.000 kilomètres du lac de Kardjali, on le retrouve dans les vitrines de luxe parisiennes, vendu dans de petites boîtes rondes sous différentes marques. “Actuellement, nous sommes en pleine saison de consommation, car Noël approche”, souligne Olivier Veillet, directeur régional chez Caviar de Neuvic, une maison de caviar du VIe arrondissement de Paris.”Le caviar béluga reste le plus cher (…) Pour une boîte de 30 grammes, par exemple, vous êtes à 192 euros”, ajoute-t-il devant la vitrine réfrigérée qui renferme le précieux met.Charles de Saint-Vincent, dirigeant de la Maison Boutary, souligne que “globalement, c’est deux à quatre fois plus cher qu’un caviar +classique+”, soit de 3.000 à 8.000 euros le kilo.- “Grey babies” – Ce qui fait la spécificité du béluga, outre sa rareté, ce sont ses gros grains gris quand les autres caviars sont plutôt bruns. L’actrice américaine Elizabeth Taylor les “appelait ses +grey babies+”, souligne M. Saint-Vincent, auteur de “Caviar : manuel décomplexé à l’usage de l’amateur”.Au goût, “c’est un caviar riche mais non fort, doux et intense à la fois, riche notamment au niveau de la texture et de ce côté vraiment très beurré qui reste”, décrit-il.Les champions européens de la production de caviar d’esturgeons sont l’Italie (environ 65 tonnes) et la France (44,5 tonnes), selon Eurostat. Avec une production annuelle mondiale d’environ 500 tonnes, dominée par la Chine, celle de béluga, qui représente environ 1% de la production totale, reste donc une niche, selon M. Saint-Vincent. La Bulgarie a su tirer son épingle du jeu parce que les eaux bulgares du Danube et de la mer Noire sont l’habitat naturel des esturgeons, dont le béluga, ces espèces sont familières aux Bulgares, estime-t-il.Les conditions particulièrement favorables du lac de Kardjali jouent aussi beaucoup.Aujourd’hui, le pays compte une poignée de fermes d’esturgeons, principalement de l’espèce osciètre, dont la plupart de la production est concentrée dans trois fermes autour de ce lac des Rhodopes. Si l’élevage d’esturgeons prospère, leurs congénères sauvages restent gravement menacés, victimes de la surpêche et de la pollution depuis les années 1980. Poussant le gouvernement Bulgare à annoncer en décembre une interdiction indéfinie, à partir du 1er janvier 2026, de sa pêche. 

Mobilisation agricole: les appels à la “trêve de Noël” se multiplient

Les appels à une “trêve de Noël” se multiplient après l’annonce du report de l’accord UE-Mercosur mais la colère des agriculteurs persiste sur le terrain face à la gestion de la dermatose bovine par le gouvernement, dont le chef Sébastien Lecornu reçoit vendredi les syndicats agricoles.Le gouvernement “ne tolérera plus de nouveaux blocages” des agriculteurs pendant les fêtes de Noël, même si les forces de l’ordre agiront “avec discernement”, a prévenu la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur RTL. L’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a précisé à l’AFP que cette volonté d’éviter tout nouveau blocage était en place depuis 48 heures. Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a semblé d’accord sur le principe d’une “trêve” pour Noël, qu’il a toutefois conditionnée après son rendez-vous avec le Premier ministre à un “courrier” promis “d’ici ce soir” par Sébastien Lecornu avec “l’ensemble des intentions” de Matignon, afin de rassurer les adhérents FNSEA.Un nouveau rendez-vous est prévu autour du 8 janvier pour un travail sur “la vision” du Premier ministre sur l’agriculture, et pour obtenir des “réponses d’ici le Salon de l’agriculture” sur la “crise viticole”, la “production” (donc l’accès aux pesticides et à l’eau), mais aussi les engrais dont le coût pourrait gonfler avec la taxe carbone européenne.”Vision” que la FNSEA attend du président Emmanuel Macron depuis les crises – Ukraine, inflation, crises sanitaires – qui ont suivi son discours fondateur sur l’agriculture à Rungis en 2017.A la sortie de leur rendez-vous avec le Premier ministre, leurs alliés des Jeunes agriculteurs ont rejoint l’appel à la trêve. “Mais croyez-moi, à la rentrée on va se revoir (…) parce que le compte n’y est pas”, a prévenu leur président Pierrick Horel.L’enjeu sera de voir si cet appel tient sur le terrain puisque la puissante alliance FNSEA-JA, qui a perdu du terrain aux dernières élections syndicales dans le Sud-Ouest, n’est pas à la barre des principaux blocages dans la région.Coordination rurale (CR) et Confédération paysanne, reçues après la FNSEA, ont amplifié leurs blocages ces derniers jours, la colère ayant été ravivée par la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Ces deux syndicats ont été rejoints localement par des Jeunes agriculteurs (JA) et parfois des adhérents de la FNSEA.”Puisqu’on nous demande de faire la trêve pour les manifestations (…), on attend une trêve de l’abattage complet des troupeaux”, a déclaré sur Ici Occitanie Lionel Candelon, président de la chambre d’agriculture du Gers issu de la CR, depuis un blocage de l’A64 près de Carbonne.Il répondait à la ministre Annie Genevard, aussi interrogée sur l’antenne locale, qui a éludé la question de l’abattage systématique en cas de détection d’un cas de dermatose, en renvoyant à la cellule de dialogue scientifique mise en place pour étudier des protocoles alternatifs.- Empêcher les nouveaux blocages -Jeudi, le ministère de l’Intérieur dénombrait 110 actions en cours mobilisant 5.000 personnes, contre 80 actions mercredi, 75 mardi, 45 lundi et 27 dimanche.Les principaux blocages du Sud-Ouest étaient encore en cours vendredi matin.A Agen, des dizaines de mannequins en combinaison et bottes ont été pendus aux arbres pour symboliser le suicide des agriculteurs devant la préfecture du Lot-et-Garonne, où 300 personnes se sont rassemblées à l’appel de la Coordination rurale.Le préfet de la Vienne a annoncé déposer plainte après des incidents dans la nuit avec un “groupe de manifestants de la Coordination rurale”.Au Touquet (Pas-de-Calais), quelques dizaines de manifestants accompagnés de tracteurs se sont rassemblés devant la villa d’Emmanuel Macron.Le mouvement “vise la politique européenne menée aujourd’hui, car nous sommes en train de refaire marche arrière. Nous manifestons contre l’accord Mercosur, la baisse de la PAC, la taxe sur les engrais, la concurrence déloyale”, explique Benoît Hédin, vice-président de la FDSEA de Montreuil-sur-Mer, à l’origine de l’action.Jeudi, quelque 10.000 agriculteurs européens ont manifesté à Bruxelles contre la signature de l’accord entre l’UE et des pays du Mercosur.La Commission semblait déterminée à arracher d’ici vendredi un feu vert des Vingt-Sept mais le soutien de l’Italie à la France, opposée à la signature, a finalement conduit jeudi soir la présidente de la commission Ursula von der Leyen à le reporter à janvier. Un report insuffisant pour les agriculteurs français.bur-im-llb-mdz/abb/de/ale

Budget: échec du compromis entre députés et sénateurs, pas de budget avant la fin de l’année

Députés et sénateurs ont échoué à s’entendre vendredi sur le budget de l’État, écartant la perspective d’un texte adopté avant la fin de l’année, un échec au moins provisoire pour le Premier ministre Sébastien Lecornu.Entre le gouvernement et les socialistes d’un côté, la droite sénatoriale et les oppositions de l’autre, chacun se renvoie la balle de la responsabilité de cette impasse.Face à ce scénario, le gouvernement avait déjà annoncé qu’il préparait une loi spéciale pour permettre le prélèvement des impôts et assurer la continuité de l’Etat, avant une reprise des débats sur le budget début 2026.Cette procédure exceptionnelle avait déjà été activée l’an dernier après la chute du gouvernement Barnier. Le texte devrait être examiné par les deux chambres au début de la semaine prochaine.Le Premier ministre a annoncé réunir, à partir de lundi, les principaux responsables politiques pour les “consulter sur la marche à suivre pour protéger les Français et trouver les conditions d’une solution”.L’échec de la commission mixte paritaire (CMP), où sept députés et sept sénateurs n’ont pas réussi à se mettre d’accord, marque la fin de deux mois de discussions parlementaires autour de ce texte financier crucial.Dès le départ, le compromis semblait quasi impossible entre une droite sénatoriale attachée aux économies et aux baisses d’impôts et une Assemblée où la gauche réclamait plus de recettes et moins de coupes budgétaires.Et le pari de Sébastien Lecornu de faire adopter le budget sans recours au 49.3 dans une chambre basse sans majorité était particulièrement ambitieux.- La faute à qui ? -C’est donc un échec pour le Premier ministre, même s’il a réussi à faire adopter mardi l’autre budget, celui de la Sécurité sociale, en obtenant un vote favorable des socialistes en échange d’une suspension de la réforme des retraites.Pour l’exécutif et le PS, le coupable est tout désigné : les sénateurs LR, accusés d’intransigeance sur les recettes à trouver.La patron du Parti socialiste Olivier Faure a accusé la droite sénatoriale de “faire le choix de bloquer le pays”. Sébastien Lecornu a plus sobrement regretté “l’absence de volonté d’aboutir de certains parlementaires”.Avant l’ouverture de la réunion, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait invité députés et sénateurs à “ne pas confondre le budget 2026 avec la présidentielle 2027”. Car derrière les désaccords budgétaires, une guerre des chefs s’exacerbe à mesure que les échéances électorales se rapprochent.Une ministre accuse ainsi Bruno Retailleau, patron de LR, d’avoir attisé la radicalité des sénateurs de son parti, dans une guerre larvée avec le chef des députés LR Laurent Wauquiez.Au Palais du Luxembourg, on renvoie la balle à Matignon.Bruno Retailleau a accusé sur X le gouvernement d’avoir “créé les conditions pour qu’un accord sur le budget soit impossible”. L’ancien ministre a fustigé un texte qui “aurait envoyé la France dans le mur de la dette” et appelé le gouvernement à recourir au 49.3 à la rentrée. A l’Assemblée, la gauche, hors socialistes, a dénoncé un gouvernement qui se “défausse” sur les parlementaires, selon les mots d’Eric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances.Pour le groupe écologistes, l’échec est dû à “la désunion profonde du bloc gouvernemental, incapable de s’accorder sur des priorités claires et de construire une majorité parlementaire”. – “Sparadrap” -Cap sur la loi spéciale donc, avant la reprise des discussions en janvier.A moins que le gouvernement ne se dirige vers les ordonnances avant la fin de l’année, s’interroge Jean-Philippe Tanguy (RN) trouvant Sébastien Lecornu “très ambigu”. Son groupe, le Rassemblement national, continue d’appeler à un retour aux urnes, “seule solution” à la crise, dit-il.La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a rappelé vendredi matin le coût d’une loi spéciale. “L’an dernier, on avait estimé à 12 milliards le coût d’avoir six à huit semaines sans budget.””C’est un sparadrap”, cela permet de “faire tourner le pays”, mais il faudra bien que le Parlement s’accorde en début d’année, a aussi répété dans la matinée Mme Bregeon.Un député envisage avec sérénité la poursuite des discussions en janvier, escomptant qu’un accord puisse être plus facilement trouvé une fois les sénateurs sortis de l’équation, lors d’une nouvelle lecture et d’une lecture définitive à l’Assemblée. “Entre députés à l’Assemblée, je suis beaucoup plus optimiste qu’on y arrive rapidement”, a dit cette source.Outre l’urgence de disposer d’un budget, s’ajoutera la volonté du monde politique de tourner la page budgétaire avant les municipales de mars. Dans ce contexte, Éric Coquerel estime que les socialistes seront moins enclins à maintenir un rapport de force : il prédit “un 49.3 à bas coût”.cma-sl-ama-sac/sde/sla

Mercosur: fort d’un bref répit, Macron reste prudent pour la suite

Sous pression en France, Emmanuel Macron a remporté à Bruxelles une bataille avec le report à janvier d’un vote sur l’accord commercial avec le Mercosur, grâce au soutien-clé de l’Italie. Un répit fragile qui l’expose dans un mois à une nouvelle flambée de colère agricole.Ce report représente “une avancée mais pas une victoire”, a estimé vendredi la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard. C’était “la seule décision raisonnable”, a-t-elle ajouté sur X.Le président français était arrivé jeudi sur la défensive comme rarement, lui qui s’affiche volontiers à l’initiative lors des sommets européens.”Je n’aime pas qu’on balade les gens, donc je ne vais pas balader nos agriculteurs”, avait-il haussé la voix devant la presse, invoquant un “bon sens un peu paysan”.L’heure était grave: la Commission européenne semblait déterminée à arracher d’ici vendredi un feu vert des Vingt-Sept, à la majorité qualifiée, à cet accord de libre échange avec le bloc latino-américain, pour le signer samedi au Brésil. Quitte à passer outre l’opposition française.Avec un allié de poids, l’Allemagne. Le bras de fer entre Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz s’étalait ainsi sur la place publique alors qu’ils avaient mis en scène depuis le printemps l’image d’un couple réconcilié et à nouveau moteur en Europe.Le président français demandait lui le “report” de toute décision, sous la pression des agriculteurs qui manifestent en France et dans la capitale belge, conjuguée à celle d’une classe politique française quasi-unanimement opposée à ce texte.”Si aujourd’hui il y a une volonté de passage en force”, “je vous le dis très clairement, la France s’opposera”, “on doit être respectés”, a-t-il martelé jeudi matin.Au bout d’une journée de conciliabules dans les coulisses du sommet bruxellois, il a gagné son pari.- “Opération d’enfumage” -Mais dans la chorégraphie de cette journée cruciale, c’est la Première ministre italienne Giorgia Meloni, souvent présentée comme une rivale d’Emmanuel Macron sur la scène européenne, qui est apparue comme la clé du dénouement.Le président brésilien Lula, pourtant proche de son homologue français, a publiquement déclaré avoir accepté de transmettre à ses partenaires du Mercosur la demande de report d’un mois formulée par la dirigeante italienne lors d’un appel.Cette ouverture a rebattu les cartes.Et dans la soirée, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé que la signature du traité était reportée à janvier.”Meloni joue très finement, c’est un grand sommet pour elle”, glisse un diplomate européen. Un autre se montre encore plus cinglant: “Macron ne lui dira jamais publiquement merci, et elle ne dira jamais l’avoir fait comme une faveur à son endroit”.En France, la position d’Emmanuel Macron alimente en tout cas les commentaires de ses opposants sur une supposée perte d’influence à seize mois de la fin de son mandat.”Nouvelle opération d’enfumage avec le report de la signature”, a protesté Manon Aubry, eurodéputée du parti de gauche radicale La France insoumise.Les mêmes problèmes risquent d’ailleurs de se poser à nouveau en janvier pour le chef de l’Etat. Comme l’a résumé la FNSEA, premier syndicat agricole français, “le Mercosur, c’est toujours non” pour le monde paysan comme pour la plupart des partis politiques hexagonaux.Emmanuel Macron a jugé à l’issue du sommet, dans la nuit de jeudi à vendredi, qu’il était “trop tôt” pour dire s’il pourra accepter l’accord en janvier, sans toutefois l’exclure.”Je l’espère, parce que ça veut dire qu’on aura obtenu des avancées (…) historiques”, a-t-il expliqué.Pour cela, il demande la concrétisation de ses trois exigences auxquelles Bruxelles a déjà commencé à répondre: une “clause de sauvegarde” en cas de déstabilisation des marchés agricoles, des “clauses miroirs” en matière de normes sanitaires et environnementales, et des contrôles sanitaires accrus à l’importation.Emmanuel Macron, qui sur le fond considère l’accord commercial comme bon pour plusieurs filières, notamment viticole et industrielle, a reconnu jeudi que la réponse européenne à ces “conditions” avançait “dans la bonne direction”.Mais “nous avons besoin d’avoir ces avancées, que le texte change de nature, qu’on parle d’un autre accord”, qui “permette de protéger nos agriculteurs”, a-t-il prévenu dans la nuit.Surtout, il a ouvert un autre front, dans l’espoir de calmer la colère des campagnes: la “bataille” pour maintenir les revenus des agriculteurs dans la future politique agricole commune (PAC), face à de premières propositions européennes jugées insatisfaisantes à Paris.

L’accord UE-Mercosur reporté en janvier, von der Leyen confiante

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite vendredi “confiante” de parvenir à signer l’accord commercial avec les pays du Mercosur en janvier, après un report provoqué par la France et l’Italie sur fond de mobilisation agricole.Ce report n’est “pas suffisant” pour la FNSEA, le premier syndicat agricole français, qui a appelé ses adhérents à rester mobilisés, car “le Mercosur, c’est toujours NON!”.Négocié depuis plus de 25 ans, ce traité de libre-échange permettrait notamment à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay.Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.Le président brésilien Lula avait ouvert la voie à ce report, après un échange téléphonique avec Giorgia Meloni. La cheffe du gouvernement italien lui a demandé de la “patience”, tout en assurant que l’Italie soutiendrait l’accord in fine, a-t-il relaté.- “Interminable” -Ce délai supplémentaire est un revers pour la Commission européenne, l’Allemagne et l’Espagne qui poussaient pour une signature dans les prochains jours.Ce ne sera pas “réglé cette année, mais il semble désormais presque certain que cela va se faire”, nuance une source gouvernementale allemande, qui vise une signature “mi-janvier”, car l’Italie sera cette fois “à bord”.La puissante fédération allemande de l’industrie chimique et pharmaceutique (VCI) a quant à elle fait part de sa “frustration” face à une “interminable partie de bras de fer”.L’exécutif européen espérait parapher ce traité de libre-échange samedi au Brésil. Mais Ursula von der Leyen avait besoin au préalable de l’aval d’une majorité qualifiée d’Etats membres à Bruxelles, dont l’ont privée la France et l’Italie notamment.A l’issue du sommet, Emmanuel Macron a demandé que le texte “change de nature”, avec davantage de garanties pour les agriculteurs. Il a réclamé en parallèle “le maintien des revenus de nos agriculteurs dans la future” politique agricole commune (PAC). Le président français n’exclut pas d’accepter l’accord en janvier, mais il est “trop tôt pour le dire”.- Lacrymogènes et vitres brisées -En marge de ce sommet européen entre chefs d’Etat et de gouvernement jeudi à Bruxelles, des milliers d’agriculteurs sont venus faire entendre leur colère.Avec pneus en feu, jets de pommes de terre et de projectiles auxquels ont répondu des canons à eau et des tirs de gaz lacrymogènes de la police. La situation a été particulièrement tendue autour des institutions européennes, protégées par un important dispositif policier.Selon la police belge, 7.300 personnes, avec une cinquantaine de tracteurs, ont pris part à la manifestation autorisée, principalement dans le calme.Mais 950 tracteurs supplémentaires s’étaient massés dans le quartier européen, engorgeant plusieurs rues.Des personnes masquées ont brisé en outre plusieurs vitres d’un bâtiment du Parlement, a constaté l’AFP.Mercosur, taxes sur les engrais, réforme de la Politique agricole commune (PAC): les sujets de mécontentement sont nombreux, ont rappelé plusieurs manifestants.Le Mercosur? “C’est de la concurrence déloyale, ils vont importer des produits, traités avec des choses que nous, on n’a pas le droit d’utiliser. (…) On nous ramène des poulets de merde”, fustigeait la Française Florence Pellissier, 47 ans, agricultrice de grande culture (betterave, maïs, colza) en Seine-et-Marne près de Paris.”On a l’impression qu’aujourd’hui, Ursula (von der Leyen) veut passer en force”, a aussi dénoncé Maxime Mabille, producteur laitier belge.”Notre fin = votre faim”, résumait un slogan peint sur un cercueil noir. De nombreux agriculteurs européens reprochent aux pays du Mercosur de ne pas respecter les réglementations environnementales et sociales auxquelles eux-mêmes sont soumis.Ces inquiétudes s’ajoutent à celles sur la réforme des subventions de la PAC, que la Commission européenne est accusée de vouloir “diluer” dans le budget européen.Pour les agriculteurs français, la gestion par le gouvernement Lecornu de l’épizootie de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) vient encore amplifier le mécontentement.