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Les tarifs des mutuelles en hausse de 4,3 et 4,7% en 2026

Les complémentaires santé à statut mutualiste augmenteront leurs cotisations en moyenne de 4,3% (contrats individuels) et 4,7% (contrats d’entreprise), a annoncé mardi la Fédération nationale de la mutualité française, avertissant d’une “urgence absolue” à maîtriser les dépenses de santé.La hausse est moins forte que les années précédentes (+6% en 2025 en moyenne, +8,1% en 2024, +4,7% en 2023), mais elle reste à un niveau largement supérieure à celle observée avant le Covid (+2,6% par an en moyenne sur la décennie 2010-2020).Chaque année, l’annonce des tarifs mutualistes donne une indication des tarifs de l’ensemble du marché. Les mutuelles représentent un petit peu moins de la moitié du marché des complémentaires santé, le reste étant détenu par les assureurs privés, et par des organismes paritaires.”L’augmentation des dépenses de santé”, couvertes par la Sécurité sociale et les complémentaires santé, “s’intensifie depuis 2020, à +4,4% par an”, indique la Mutualité pour justifier la hausse de ses cotisations.Les mutuelles devront aussi absorber en 2026 de nouveaux transferts de charge depuis l’Assurance maladie, et une nouvelle taxe prévue dans le budget 2026 de la Sécu, qui leur coûtera 1 milliard d’euros, ajoute-t-elle.Dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026 – que l’Assemblée nationale devrait, sauf surprise, adopter définitivement dans l’après-midi -, “on est arrivés à bloquer le doublement des franchises médicales, tant mieux, mais malheureusement la solution de facilité de cette TVA sur la santé, cette taxe d’un milliard, pèsera à terme sur nos concitoyens”, a déclaré le président de la Mutualité, Eric Chenut, mardi matin sur RTL.”Avec une taxe sur les contrats qui grimpe à 16%, la France est une +anomalie européenne+”, dénonce l’organisation. “Le gouvernement et les parlementaires s’apprêtent sciemment à faire payer les assurés mais sans l’assumer et en tentant de déplacer la responsabilité sur les complémentaires santé”, ajoute-t-elle.Face aux critiques selon lesquelles les mutuelles profitent largement de la situation, le patron de la Mutualité a dénoncé “une accusation absolument scandaleuse: les mutuelles sont des organismes à but non lucratif, à gouvernance démocratique”, et “quand on ajuste les cotisations, c’est au strict minimum, pour garantir l’équilibre, la pérennité de nos entreprises”.Déplorant “une forme de déni collectif” et “des politiques trop à court terme” alors que “notre population vieillit et (que) les besoins en santé augmentent”, Eric Chenut a prévenu que “notre effort, individuel et collectif, pour se soigner (…) va être de plus en plus important si l’on ne s’attaque pas à la régulation des dépenses de santé”.”Agir pour l’efficience, réduire les actes redondants, lutter contre la fraude, investir massivement dans la prévention” deviennent “une urgence absolue”, plaide la Mutualité. 

Dermatose: la mobilisation se poursuit au lendemain de la visite de Genevard

La mobilisation se poursuit mardi contre la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), avec plusieurs axes routiers toujours bloqués dans le Sud-Ouest, au lendemain de la visite en Occitanie de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, venue défendre sa stratégie.Le Premier ministre Sébastien Lecornu tient à 10H30 à Matignon une réunion sur l’agriculture, avec les ministres concernés par cette crise.En Haute-Garonne, l’autoroute A64 est toujours bloquée au niveau de Carbonne, où les agriculteurs ont passé une quatrième nuit, ainsi qu’au niveau de Muret, où de la terre et des bottes de paille ont été installées sur la chaussée lundi par une intersyndicale (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne).”Au vu des annonces de la ministre hier (les blocages) ne sont pas prêt de se lever”, a déclaré à l’AFP Guillaume Bénazet, secrétaire départemental Haute-Garonne des jeunes agriculteurs. “Tout ce qu’on avait proposé, notamment la fin de l’abattage total, rien n’a été étudié. Donc on continue”, a-t-il poursuivi. “Il n’y a aucune raison, vu la position de la ministre, que les blocages ne continuent pas”, a confirmé Jonathan Kirchner, secrétaire général de la Confédération paysanne 31, syndicat qui réclame de concert avec la Coordination rurale la fin de l’abattage systématique et l’extension générale de la vaccination.En Gironde, l’A63 était toujours fermé à la circulation au niveau de Cestat, où s’est produit lundi soir un accident faisant un blessé grave lorsque deux voitures ont tenté de rejoindre un tronçon fermé, a indiqué la préfecture. Lundi, Annie Genevard a assuré “entendre” la détresse des éleveurs lors d’une réunion de crise à la préfecture de Toulouse, après avoir assisté à la vaccination d’un troupeau de blondes d’Aquitaine en Haute-Garonne. L’élargissement du territoire de vaccination dans le Sud-Ouest, visant 600.000 à 1 million de bovins, est “un premier infléchissement du protocole”, a estimé la ministre tout en rappelant que les “trois piliers” de la stratégie sanitaire restaient l’abattage systématique dès la détection d’un cas, la vaccination et la restriction de mouvements.”Les autres pays n’abattent plus, ce n’est pas vrai”, a assuré lundi Sébastien Rey, éleveur tarnais présent sur le barrage de la rocade albigeoise, se disant “écœuré” par les propos d’Annie Genevard.Une “cellule de dialogue scientifique” réunissant experts en santé animale et représentants professionnels va être créée dès mardi, a ajouté lundi soir dans un communiqué le ministère.En dépit d’un nouveau cas de DNC détecté dimanche dans une petite ferme de l’Aude, où les dix bovins du foyer ont été euthanasiés, la ministre a souligné plus tôt lundi que tous les cas étaient désormais éradiqués et que la situation était “sous contrôle”.

Après trois ans d’hégémonie, OpenAI rattrapé par les doutes et la concurrence

ChatGPT l’a catapultée comme aucune start-up avant elle, mais après trois ans au sommet, OpenAI est rattrapé par la concurrence, suscitant critiques et doutes dans le milieu de la tech et chez les investisseurs.”OpenAI est le prochain Netscape, condamné et en pleine hémorragie de cash”, a écrit sur X, début décembre, l’investisseur Michael Burry, rendu célèbre par le film “The Big Short”.Il faisait référence au portail qui contrôlait, début 1996, près de 90% du marché des navigateurs internet, mais plus que 1% neuf ans plus tard.”C’était écrit”, a surenchéri Gary Marcus, chercheur connu pour son scepticisme à l’égard de la façon dont se structure l’écosystème autour de l’intelligence artificielle (IA). “OpenAI a perdu son avance et a voulu beaucoup trop en faire.”La jeune entreprise de San Francisco restera, à jamais, le génie qui a fait sortir l’IA générative de sa bouteille.Son désormais célèbre chatbot ChatGPT a battu, haut la main, tous les records de croissance pour un produit grand public, passé de rien en novembre 2022 à plus de 800 millions d’utilisateurs par semaine actuellement.Sa valorisation atteint 500 milliards de dollars, un montant de très loin inédit avant que SpaceX ne la détrône il y a quelques jours.Mais côté pile, OpenAI va finir l’année sur une perte de plusieurs milliards de dollars et ne prévoit pas d’être rentable avant 2029.La même entreprise s’est engagée à payer plus de 1.400 milliards de dollars à des fabricants de puces et bâtisseurs de centres de données pour démultiplier ses capacités de calcul, cruciales pour le développement de l’IA.Sa trajectoire financière pose question, d’autant que Google revendique désormais 650 millions d’utilisateurs mensuels de son interface d’IA Gemini.- “Part du gâteau” -Commercial hors pair, charmeur, le patron d’OpenAI, Sam Altman, a montré, pour la première fois, des signes d’agacement en réponse à une question sur ces contrats à plus de 1.000 milliards début novembre.Quelques jours plus tard, il a prévenu, en interne, que le groupe risquait de connaître “un contexte chahuté” et un “environnement économique défavorable”, mentionnant les avancées de Google.Il a ensuite lancé une “alerte rouge”, enjoignant à ses équipes de concentrer leurs efforts sur ChatGPT.Jeudi, OpenAI a dévoilé un nouveau modèle d’IA, GPT-5.2, dont les performances se situent aux premiers rangs dans beaucoup d’évaluations, annonçant, le même jour, un partenariat d’ampleur avec Disney.”OpenAI investit de très très grosses sommes d’argent dans la mise au point de ses modèles, mais quant à savoir comment cela va se traduire économiquement, ce n’est pas clair”, estime Ashu Garg, associé au sein de la société de capital-investissement Foundation Capital.S’agissant d’une entreprise déficitaire aux engagements considérables, que dire de la valorisation d’OpenAI, qui “lève (aujourd’hui) de l’argent à des prix pour lesquels le retour sur investissement fait question”, dit-il.”Je m’attends depuis longtemps à ce que la valorisation d’OpenAI baisse parce que la concurrence se rapproche et que sa structure capitalistique n’est vraiment pas adaptée, mais elle continue à monter”, observe, interdit, Espen Robak, pourtant spécialiste reconnu de la valorisation d’actifs non cotés au sein du cabinet Pluris Valuation Advisors.Selon les avis, cette période plus inconfortable pourrait amener OpenAI à repousser son entrée en Bourse, ou au contraire l’accélérer pour en appeler aux petits épargnants, dont plusieurs millions restent fascinés.Certains reprochent aussi au petit prince de l’IA de s’être trop diversifié, des infrastructures au réseau social vidéo Sora, en passant par la conception d’un appareil connecté.Mais en dehors de quelques commentateurs radicaux, très rares sont ceux qui voient OpenAI imploser.”Il n’y aura pas de vainqueur” dans la course à l’IA, prédit Angelo Zino, analyste de CFRA, “mais il faudra plusieurs fournisseurs de modèles de qualité”, parmi lesquels OpenAI, qui peut réussir sans rester numéro un, selon lui.Il semble par ailleurs, que beaucoup des accords passés avec des fournisseurs de puissance informatique, processeurs ou “cloud” offrent des conditions assez flexibles.En cette période plus agitée, la présence au capital d’un actionnaire de référence comme Microsoft (27% du capital) est précieuse, d’autant que le partenariat étroit avec le géniteur de Windows lui assure des revenus récurrents et conséquents.”Toutes ces entreprises auront leur part du gâteau”, insiste Angelo Zino, “et le gâteau va devenir beaucoup plus gros.”

“J’ai perdu New York”: au Canada, la guerre commerciale de Trump asphyxie certaines petites entreprises

En ce début d’hiver, si le carnet de commandes se vide pour l’entreprise canadienne Arctic Snowplows, spécialisée dans les déneigeuses, ce n’est pas faute de neige… mais de clients américains. Installée en Ontario (centre-est) à proximité de la frontière canado-américaine, cette société vend, depuis des décennies, ses produits en acier aux Etats-Unis “partout où il y a de la neige”.Près d’un an après le début de la guerre commerciale engagée par le président Donald Trump, Arctic Showplows a perdu certains clients, les acheteurs refusant d’assumer le surcoût dû aux nouveaux droits de douane sur l’acier.”Ajouter 500 dollars au prix d’une déneigeuse à 10.000 dollars, c’est un énorme choc”, explique à l’AFP Mike Schulz, président d’Arctic Snowplows.”Nous ne pouvons pas absorber cela et les clients aux Etats-Unis ne le veulent pas non plus”, ajoute-t-il tandis qu’autour de lui les employés s’affairent, fer à souder à la main, dans l’usine de London, à près de 200 kilomètres au sud-ouest de Toronto.Avec la baisse des ventes aux Etats-Unis, l’entreprise fondée en 1969 s’achemine vers des “temps très incertains”, avec des conséquences directes sur l’emploi, a-t-il dit.- Licenciements -A l’approche de la deuxième année de l’administration Trump, la majorité des échanges entre les Etats-Unis et le Canada reste exemptée de droits de douane, le président américain continuant à respecter une grande partie de l’actuel accord de libre-échange nord-américain.Mais le Canada a été particulièrement touché par les tarifs imposés sur certains secteurs comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre.Algoma Steel, l’un des plus grands sidérurgistes du Canada, vient d’annoncer le licenciement de 1.000 employés, en raison des “droits de douane sans précédent imposés par les Etats-Unis”.Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a déclaré la semaine dernière que le protectionnisme américain se traduirait par “des coûts plus élevés et des revenus en baisse” pour les Canadiens. “Ce n’est pas simplement un ralentissement conjoncturel, c’est une transition structurelle”, a-t-il ajouté.Pour faire pièce à cette guerre commerciale initiée par Donald Trump, le Premier ministre canadien Mark Carney mise sur deux axes: l’accroissement du commerce intérieur et la recherche de nouveaux marchés en Asie et en Europe.- “Prudents” -Pour Arctic Snowplows, cette stratégie a ses limites. Si l’entreprise a constaté une embellie commerciale du côté du marché intérieur, les ventes au Canada ne représentent qu’une “fraction” de ce que l’entreprise réalise historiquement aux États-Unis.”Super, j’ai trouvé un revendeur à Saskatoon, mais j’ai perdu New York…, souligne Mike Schulz. J’aime l’aspect patriotique mais le volume n’y est tout simplement pas”, ajoute-t-il.Et pour Kyla Brooks, responsable des ventes, cette stratégie pourrait aussi être à double tranchant. “Nous devons être prudents dans notre message”, explique-t-elle. L’entreprise ne peut pas se permettre de perdre ses clients américains restants en poussant trop fort “ce message pro-canadien”.Quant à l’Europe: “Regardez la taille de notre produit. On peut dire: super, on va l’expédier en Europe, raconte Mike Schulz mais si on le fait, ça va faire un trajet en bateau plutôt cher”.Ce dernier est également de plus en plus sceptique vis-à-vis de la stratégie de négociation de M. Carney, élu par les Canadiens pour ses compétences économiques.Il a choisi ces derniers mois d’annuler la plupart des droits de douane canadiens imposés en représailles sur les importations américaines pour faciliter le dialogue avec les Etats-Unis, mais en vain jusqu’ici. Donald Trump a même cessé toutes les négociations commerciales bilatérales il y a quelques semaines. Une situation qui “frustre” particulièrement Mike Schulz. La réplique canadienne avait permis de rétablir un équilibre avec ses concurrents américains et c’est aujourd’hui fini. Et, déplore-t-il, il n’y “aucune indication” laissant penser qu'”un accord est imminent”.

“Des cancers plein le village”: la face sombre du recyclage au Vietnam

Lanh est convaincue que les tonnes de plastique recyclées dans son village près de Hanoï, au Vietnam, ont provoqué le cancer du sang de son mari, mais elle continue de passer ses journées à trier les ordures pour pouvoir payer ses frais médicaux.Accroupie entre des montagnes de plastique, elle arrache minutieusement les étiquettes de bouteilles de Coca-Cola, d’Evian et de thé local afin qu’elles puissent être fondues et transformées en petits granulés réutilisables.”Ce travail est extrêmement sale. La pollution environnementale est vraiment très importante”, témoigne cette femme de 64 ans, qui a demandé à n’être identifiée que par son prénom. “Il y a des cas de cancer plein le village, des gens qui n’attendent plus que de mourir.”Situé au sud de Hanoï, la capitale vietnamienne étouffée par le smog, Xa Cau est l’un des centaines de villages dits “artisanaux” qui recyclent une petite partie des 1,8 million de tonnes de déchets plastique générées chaque année au Vietnam.Le recyclage vaut mieux que les décharges sauvages, mais les méthodes rudimentaires utilisées localement et le manque de règlementation génèrent des émissions dangereuses et exposent les ouvriers à des produits chimiques toxiques, selon les experts. “Le contrôle de la pollution de l’air est nul dans ce type d’installations”, pointe Hoang Thanh Vinh, spécialiste du sujet au sein du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). “ La manière actuelle de recycler dans les villages n’est absolument pas bonne pour l’environnement.”- Bouée de sauvetage -La plupart des déchets vient du Vietnam, dont l’appétit de consommation a explosé avec la rapide croissance économique du pays, peuplé de 100 millions d’habitants. Mais une partie vient aussi d’autres pays d’Asie, ainsi que d’Europe et des États-Unis, qui en envoient chaque année des centaines de milliers de tonnes. “Les déchets nationaux ne suffisent pas. Je dois importer de l’étranger”, confirme Dinh, la voix couverte par le vacarme des lourdes machines de son usine de granulés de polypropylène à Minh Khai, un autre “village de plastique” près de Hanoï. Le secteur a été une bouée de sauvetage pour beaucoup de villageois, créant emplois et revenus dans des communautés en difficulté.”Cette activité nous permet de nous enrichir”, se félicite Nguyen Thi Tuyen, 58 ans, qui vit avec son mari dans une maison à deux étages à Xa Cau. “Aujourd’hui, toutes les maisons sont en dur, alors que nous n’étions avant qu’un village de paysans.”- “Forcément des effets” -Le gouvernement vietnamien a pris des mesures pour limiter les dégâts environnementaux, en interdisant notamment de brûler les déchets non recyclables ou en encourageant à construire des usines plus modernes et plus propres.Mais les déchets inutilisables continuent d’être brûlés ou jetés dans des terrains vagues, et les eaux usées non traitées sont souvent déversées directement dans les cours d’eau, relève Hoang Thanh Vinh. D’après le spécialiste, une analyse de sédiments a révélé à Minh Khai “une contamination très élevée au plomb et la présence de dioxines”, ainsi que de furane : autant de substances associées au cancer.L’espérance de vie de leurs habitants était inférieure de 10 ans à la moyenne nationale en 2008, d’après le ministère de l’Environnement.Il n’existe pas de données sur les taux de cancer dans les villages, et ni les autorités locales ni le ministère de l’Environnement n’ont répondu aux sollicitations de l’AFP.Tous les ouvriers interrogés par l’AFP à Xa Cau et Minh Khai ont affirmé avoir des collègues ou des proches atteints d’un cancer.L’exposition prolongée à cet “environnement toxique” expose inévitablement les habitants à des “risques sanitaires” élevés, observe Xuan Quach, coordinateur de l’organisation Alliance zéro déchet Vietnam.”Faire ce travail a forcément des effets sur la santé”, estime Dat, 60 ans, qui trie du plastique à Xa Cau depuis dix ans. “Dans ce village, les cas de cancer ne manquent pas.”

Automobile: l’UE prête à assouplir l’objectif du tout-électrique en 2035

Coup de frein pour une mesure environnementale phare, ou ballon d’oxygène pour sauver l’industrie automobile en péril? L’interdiction de vendre des voitures neuves à moteur essence ou diesel dans l’UE en 2035 devrait être assouplie mardi après des mois d’intenses tractations.L’industrie automobile européenne est “en danger de mort”, avait lancé en mars le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, qui va présenter à Strasbourg des mesures de soutien au secteur, avec plusieurs autres membres de l’exécutif européen.Les constructeurs du Vieux Continent sont plombés par des ventes durablement atones, tandis que leurs rivaux chinois, dont BYD, voient leurs parts de marché s’envoler avec leurs modèles électriques aux prix attractifs.Résultat, depuis des mois, la pression monte sur l’UE pour qu’elle revienne sur une mesure emblématique du grand “Pacte vert européen”, adoptée lors du premier mandat d’Ursula von der Leyen à Bruxelles : l’interdiction de vendre des voitures neuves non-électriques (modèles hybrides compris), à partir de 2035.Selon l’influent élu allemand Manfred Weber, leader de la droite (PPE) au Parlement européen, Bruxelles va remplacer cet objectif par une obligation, pour les constructeurs, de réduire de 90% les émissions de CO2 de leurs flottes.Concrètement, les voitures hybrides rechargeables ou celles munies de prolongateurs d’autonomie resteraient autorisées dans des proportions limitées.Une source au sein de la Commission a confirmé à l’AFP ce nouveau principe.Cependant, des responsables de l’exécutif européen ont incité ces derniers jours à la prudence, la décision ne devant être actée que mardi par la Commission, et faisant l’objet d’intenses manœuvres de la part des Etats membres.”Il y a une demande claire de plus de flexibilité sur les objectifs de CO2″, souligne Paula Pinho, porte-parole de la Commission, assurant que Bruxelles “cherche un équilibre”.D’un côté, un bloc d’Etats qui comprend notamment l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, défend becs et ongles la “neutralité technologique”, c’est-à-dire l’autorisation après 2035 des véhicules roulant à l’essence ou au diesel, en misant sur des innovations technologiques qui permettraient de réduire fortement les émissions de CO2.L’Italie défend aussi les biocarburants (ou agrocarburants), une alternative aux carburants pétroliers. Mais leur bilan en termes de gaz à effet de serre est très décrié.- Un soutien aux batteries -A l’inverse, la France et l’Espagne appellent l’UE à dévier le moins possible de l’objectif 2035.Selon eux, revenir sur l’interdiction des véhicules à moteur thermique saperait les lourds investissements des constructeurs pour se convertir au tout-électrique.  Et cela risquerait d’étouffer la filière européenne des batteries pour voitures électriques, en pleine éclosion.La Commission doit d’ailleurs dévoiler mardi, outre la révision de l’objectif 2035, de nouvelles mesures pour aider ce secteur naissant, ainsi qu’un plan sur le “verdissement” des flottes professionnelles.La France milite aussi pour la “préférence européenne”, c’est-à-dire l’obligation pour les industriels qui bénéficient d’aides publiques de se fournir en composants “made in Europe”.Une façon de soutenir toute la chaîne des équipementiers et sous-traitants.”L’Europe doit d’abord récompenser les constructeurs automobiles qui vont faire le choix d’acheter des composants fabriqués sur son sol”, a plaidé jeudi la ministre française de la Transition écologique Monique Barbut.Enfin, la Commission veut encourager le développement de petits véhicules électriques aux tarifs “abordables”. Un projet annoncé en septembre par Ursula von der Leyen, “pour ne pas laisser la Chine et d’autres conquérir ce marché”.”Nos demandes ne sont pas des souhaits facultatifs, ce sont des exigences essentielles pour maintenir la rentabilité du secteur, préserver les emplois, financer la décarbonation et rester compétitifs face à une concurrence mondiale féroce”, a résumé Sigrid de Vries, dirigeante de l’association des constructeurs automobiles européens (ACEA). L’ONG environnementale T&E prévient au contraire que ralentir l’électrification du secteur serait “une erreur stratégique”, qui creuserait encore plus le retard des Européens par rapport à la concurrence asiatique.”Si les constructeurs obtiennent des concessions, j’espère qu’au moins ils arrêteront de polluer le débat” autour des véhicules électriques, a déclaré son directeur William Todts.

Ultime vote sur le budget de la Sécu à l’Assemblée, tractations sous tension sur celui de l’Etat

Sauf surprise, l’Assemblée nationale devrait définitivement adopter mardi le budget de la Sécurité sociale pour 2026, un succès arraché à force de concessions par Sébastien Lecornu, qui risque toutefois de ne pas réussir le même pari pour le budget de l’Etat, à l’issue bien plus incertaine.Alors qu’approche la date butoir du 31 décembre, l’heure est aux dernières tractations pour les parlementaires, au terme de longues semaines de débats. Tous les yeux sont désormais braqués sur le projet de loi de finances (PLF), avec des négociations décisives jusqu’au week-end.Il y a une semaine pourtant, beaucoup doutaient d’une possible adoption du premier des deux textes budgétaires, la loi de financement de la Sécurité sociale, qui doit notamment acter la suspension de la réforme des retraites.Pour le PS, qui a érigé cette mesure en condition de sa non-censure, l’étape doit marquer le succès de sa stratégie de négociation avec l’exécutif, à rebours du reste de la gauche. Et pour le Premier ministre, elle couronnerait au moins temporairement sa méthode du compromis.Après un dernier passage express au Sénat vendredi, le texte revient mardi dans l’hémicycle, où les députés devront renouveler le scrutin serré de la semaine dernière (247 voix contre 234), à haut risque en l’absence de majorité et de 49.3.Les socialistes, quoique dans l’opposition, avaient consenti à massivement voter pour. Hésitant jusqu’au dernier moment à voter contre, les Ecologistes s’étaient en majorité abstenus. Et malgré les consignes d’abstention de leur parti, 18 députés LR et 9 Horizons l’avaient soutenu.Au gouvernement, une issue semblable est attendue mardi, même s’il “faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de démobilisation” dans l’hémicycle, concède un ministre.Les syndicats FO et CGT ont appelé à des rassemblements devant l’Assemblée, critiquant notamment la limitation de la durée des arrêts maladie, ou une taxe sur les mutuelles dont ils craignent la répercussion sur les cotisations.Le texte prévoit par ailleurs la création d’un nouveau congé de naissance, ou d’un “réseau France santé” voulu par M. Lecornu pour l’accès aux soins.Le gouvernement a vu sa copie profondément remaniée par les députés, qui ont supprimé le gel des pensions de retraite et minima sociaux, et contraint l’exécutif à renoncer à doubler les franchises médicales.Le déficit anticipé pour la Sécurité sociale est de 19,4 milliards d’euros en 2026 (contre 23 milliards en 2025). Mais au prix de transferts de 4,5 milliards d’euros des caisses de l’Etat vers celles de la Sécu.- Négociations députés-sénateurs -Des transferts qui contribuent à compliquer l’équation pour le budget de l’Etat, où ils doivent être compensés.La copie du budget de l’Etat adoptée lundi au Sénat, qui a peiné à trouver des économies significatives dans les dépenses, porterait le déficit à 5,3% du PIB. Or le gouvernement a placé l’objectif à 5%.Une commission mixte paritaire (CMP) réunissant sept députés et sept sénateurs doit tenter de trouver un accord vendredi et possiblement samedi, une opération périlleuse au vu des divergences entre les deux chambres.L’Assemblée avait massivement rejeté le texte en première lecture.Les négociations avant et pendant la CMP porteront notamment sur la question des recettes, alors que les socialistes réclament des mesures de justice fiscale, quand la droite se montre intransigeante dans son refus de nouveaux prélèvements.”Il ne pourra pas y avoir d’accord sur un budget qui augmenterait considérablement les impôts et ne réduirait pas significativement la dette”, insiste le chef des Républicains Bruno Retailleau.Même si l’ancien socle commun, majoritaire au sein de la CMP, trouve un accord, il faudra encore qu’il puisse être adopté la semaine prochaine à l’Assemblée.Et ce alors que les socialistes promettent cette fois de s’abstenir au mieux, et les Écologistes de voter contre.Autres possibilités: utiliser le 49.3 en s’assurant d’une non-censure dans la foulée — comme le plaident l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne ou l’ex-président François Hollande — ou se résoudre à une loi spéciale, avec une reprise des négociations en janvier.Une dernière option loin de remporter l’enthousiasme général.”Il faut que ça s’arrête cette séquence budgétaire”, estime un cadre socialiste. “On connaît toutes les données du problème. Si le compromis est possible, alors il faut qu’il ait lieu maintenant.”

L’Europe s’attaque à la crise du logement

Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne veut s’attaquer à l’immense crise du logement qui frappe le Vieux continent en présentant mardi un plan pour encourager la construction et encadrer les locations de courte durée.Les statistiques sont vertigineuses.Près de 1,3 million de personnes vivent sans abri dans l’UE — soit deux fois la population du Luxembourg.Au cours des 15 dernières années, le prix des logements a augmenté de 60%. Celui des locations a lui grimpé de près de 30%, selon l’institut européen des statistiques.”Pour bien trop d’Européens aujourd’hui, se loger est devenu une source d’angoisse”, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.Afin de tenter d’endiguer cette crise, qui frappe l’ensemble des 27 pays de l’Union européenne, ses équipes ont élaboré un “plan pour le logement abordable”, qui sera présenté mardi après-midi.- “Engouement” – Pourquoi avoir tant attendu pour agir sur ce dossier?Le logement ne fait en principe pas partie des compétences de l’Union européenne comme le sont l’agriculture, l’immigration ou le commerce: il revient aux Etats membres d’agir directement.Mais la gauche pousse pour que l’Europe se saisisse malgré tout du problème.”Nous défendons cette cause depuis des années, mais nous avons eu du mal à la placer au cœur de la politique européenne”, assure l’eurodéputée socialiste Irene Tinagli.Pour l’élue italienne, cette crise “est répandue à travers tout le continent” et loin d’affecter uniquement les centre-villes des métropoles européennes.A la tête de la Commission logement du Parlement européen, elle assure d’ailleurs avoir rencontré une ribambelle de maires européens réclamant que la Commission prenne le dossier à bras le corps.Face à ces sollicitations répétées, Bruxelles a donc concocté la toute première stratégie européenne sur le logement.”Nous avons nous-mêmes été surpris par l’engouement autour de ce dossier”, confie une source au sein de la Commission.- Encadrer les locations de courte durée -Selon une ébauche du plan consultée par l’AFP, l’exécutif européen prévoit de présenter une loi pour encadrer les locations de courte durée, du type Airbnb, notamment dans les grandes villes touristiques, où de nombreux habitants leur reprochent de contribuer à la flambée des loyers.La crise est particulièrement marquée en Espagne, pays qui a accueilli en 2024 un nombre record de visiteurs.Cette proposition de loi pourrait entre autres inclure un plafonnement du nombre de nuitées autorisées.Bruxelles veut également dynamiser le secteur de la construction.”L’idée n’est pas de proposer un texte exigeant que chaque Etat membre construise tant de maisons qui coûtent maximum tant d’euros”, explique cette source au sein de l’exécutif européen.Mais plutôt de contrer les pénuries de main d’œuvre via un grand programme de formation d’apprentis et de modifier certaines normes environnementales afin d’accélérer la délivrance de permis de construire.La Commission estime que le continent aura besoin de plus de deux millions de logements par an pour répondre à la demande actuelle.Elle souhaite également faciliter les investissements des Etats membres dans ce secteur et mobiliser le secteur privé.Selon ses calculs, jusqu’à 375 milliards d’euros pourraient être mobilisés à cet effet d’ici 2029.

L’accusation requiert au procès de Lafarge pour financement du terrorisme

La parole est à l’accusation mardi au procès du cimentier français Lafarge et de huit anciens responsables, soupçonnés d’avoir payé des groupes jihadistes en Syrie jusqu’en 2014, dont l’Etat islamique (EI), dans le but d’y maintenir l’activité d’une cimenterie, en dépit de la guerre civile qui faisait rage.Au terme de quatre semaines de débats, et après les plaidoiries des parties civiles, les deux représentantes du parquet national antiterroriste (Pnat) vont prendre leurs réquisitions à l’encontre des prévenus, jugés pour financement d’entreprises terroristes et pour certains aussi pour non-respect de sanctions financières internationales.Avec Lafarge, avalé en 2015 par le groupe suisse Holcim, comparaissent à Paris l’ancien PDG du cimentier français Bruno Lafont, cinq ex-responsables de la chaîne opérationnelle ou de la chaîne de sûreté de l’entreprise et deux intermédiaires syriens, dont l’un, central dans le dossier, vit à l’étranger et ne s’est pas présenté au procès. Il est visé par un mandat d’arrêt international.Lafarge est soupçonné d’avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), plusieurs millions d’euros à des groupes rebelles jihadistes – dont certains, comme l’EI et Jabhat al-Nosra, ont été classés comme “terroristes” – afin de maintenir l’activité d’une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Cette usine avait ouvert en 2010 avec un investissement de 680 millions d’euros.Alors que les autres multinationales avaient quitté le pays en 2012, Lafarge n’a évacué cette année-là que ses employés de nationalité étrangère, et maintenu l’activité de ses salariés syriens jusqu’en septembre 2014, date à laquelle le groupe EI a pris le contrôle de l’usine.La société, qui a déjà accepté de payer une amende de 778 millions de dollars aux Etats-Unis dans le cadre d’un accord de plaider-coupable, risque cette fois-ci jusqu’à 1,125 million d’euros d’amende pour le financement du terrorisme. Pour la violation d’embargo, l’amende encourue est nettement plus lourde, allant jusqu’à 10 fois le montant de l’infraction qui sera retenu in fine par la justice.Les personnes physiques risquent de leur côté dix ans d’emprisonnement et 225.000 euros d’amende pour le financement du terrorisme.Pendant le procès, divers courriels et compte-rendus échangés entre les différents protagonistes, dont certains sont accablants, ont été méticuleusement examinés par le tribunal correctionnel. – Ligne de défense malmenée –  Les prévenus ont expliqué avoir été l’objet de “racket” de la part des différentes factions armées qui encerclaient l’usine, et y avoir cédé, pensant que la situation ne durerait pas aussi longtemps.”Soit on se faisait taxer – c’était pas nouveau, ce système est généralisé au niveau de la Syrie – soit on fermait”, a ainsi déclaré Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de la multinationale.La thèse de la défense, selon laquelle les autorités françaises – la diplomatie et les services de renseignement – approuvaient la présence de Lafarge en Syrie et étaient au courant des versements aux jihadistes, s’est dégonflée à l’audience.La société faisait effectivement remonter en haut lieu des informations du terrain, ont témoigné plusieurs personnes, dont l’ancien directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, qui avait été mis en examen dans le dossier avant de bénéficier d’un non-lieu. Mais cela ne signifiait pas que les autorités savaient que le groupe finançait les groupes armés, et qu’elles lui avaient donné un “blanc-seing”, ont déclaré ces témoins.Dans leurs plaidoiries vendredi, les avocats des parties civiles ont dénoncé le cynisme des prévenus, qui ont choisi de maintenir l’activité “coûte que coûte”, au détriment de la sécurité des salariés, qui devaient franchir, la peur au ventre, les checkpoints tenus par les rebelles pour rejoindre l’usine.La position de l’ex-patron Bruno Lafont, affirmant ne pas avoir été au courant des versements illicites, a été notamment critiquée.”Lorsqu’on est aux commandes, on est responsable, diriger une grande multinationale ça oblige, on a des milliers de personnes sous sa hiérarchie”, a observé Me Julie Février, avocate de l’ONG Sherpa. “On ne peut pas sérieusement croire que quand la guerre éclate (…), on ne surveille pas ce qui se passe près de l’usine” et “qu’on est tenus à l’écart des confidences”, a-t-elle estimé.Après les réquisitions, ce sera au tour des avocats de la défense de plaider, jusqu’au 19 décembre. Délibéré attendu en 2026.

Dermatose: dans le Sud-Ouest, Genevard défend sa stratégie, assure “entendre” les éleveurs

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a assuré lundi à Toulouse “entendre” la détresse des éleveurs, mais a défendu sa gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), critiquée par une partie des agriculteurs et de la classe politique.Après avoir assisté à la vaccination d’un troupeau en Haute-Garonne, la ministre a rejoint la préfecture de Toulouse pour une “réunion de crise” en fin d’après-midi.Là, elle a assuré avoir entendu les éleveurs et présenté comme un “infléchissement” du protocole sanitaire l’élargissement du périmètre de la vaccination annoncé vendredi.Dans le sud de la France, 600.000 à 1 million de bovins doivent être vaccinés, selon la ministre.Une “cellule de dialogue scientifique” réunissant experts en santé animale et représentants professionnels va être créée dès mardi, a ajouté lundi soir dans un communiqué le ministère.En dépit d’un nouveau cas de DNC détecté dimanche dans une petite ferme de l’Aude, où les dix bovins du foyer ont été euthanasiés, la ministre a souligné plus tôt lundi que tous les cas étaient désormais éradiqués et que la situation était “sous contrôle”.Elle a rappelé les “trois piliers” de la stratégie sanitaire: l’abattage systématique dès la détection d’un cas, la vaccination et la restriction de mouvements, seuls à même de venir à bout de cette maladie animale très contagieuse, non transmissible à l’homme mais qui peut toucher très durement le cheptel.Dans une région frondeuse où la colère s’est vite convertie en actions, la ministre s’est tenue loin des blocages sur le terrain.Le ministère de l’Intérieur a recensé lundi 45 actions impliquant au moins 3.000 personnes à travers le pays, contre moins de 30 actions impliquant 1.000 personnes dimanche.- “Zéro proposition” -À la pointe de la mobilisation, les syndicats Coordination rurale, radicale et parfois ouvertement proche de l’extrême droite, et Confédération paysanne, classée à gauche, convergent de façon inhabituelle pour réclamer la fin de l’abattage systématique et l’extension générale de la vaccination.Interrogé par l’AFP au barrage de Carbonne sur l’A64, où était née la mobilisation agricole de janvier 2024, Jérôme Bayle, l’un des porte-voix de cette colère paysanne, a dit à l’AFP que la ministre venait avec “zéro proposition”.Sur le barrage, pas de drapeau syndical mais une colère immense. Les manifestants s’apprêtent à passer leur quatrième nuit sur place. Nombre d’entre eux n’envisagent pas de lever le camp “si rien ne bouge”.La crise n’est pas née dans le Sud-Ouest, qui n’est pas le cœur de l’élevage français, mais c’est ici que se cristallise la colère depuis deux ans, en réaction à la crise de la viticulture et aux crises sanitaires, alimentées par le changement climatique.Sur la rocade d’Albi, dans le Tarn, une quinzaine d’agriculteurs étaient aussi déterminés. L’un d’eux, Sébastien Rey, éleveur,assure que si la ministre ne donne pas de réponse satisfaisante, Albi allait devenir “un dépotoir” lundi soir.Plusieurs axes routiers ont aussi été bloqués lundi par des agriculteurs de la Coordination rurale en Gironde, en Dordogne et Haute-Vienne. Blocages aussi dans les Landes, où manifeste la Confédération paysanne.À Tours, le centre-ville a pris des allures de camp retranché, avec dépôt de pneus et de fumier devant la préfecture, et de bennes de pommes de terre devant l’hôtel de ville. À Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, quelque 70 tracteurs ont défilé dans les rues pour dire “stop au massacre” des bêtes.Tout en reconnaissant le drame individuel que constitue l’abattage d’un troupeau, le gouvernement tente d’en appeler “à la science” et à la “responsabilité” pour préserver le cheptel bovin français.- “Consensus scientifique” -Lundi soir, Annie Genevard a appelé à dresser “un mur sanitaire” contre la DNC, en respectant à la lettre les interdictions de déplacement de bétail. Elle a souligné que l’éradication des foyers était pour le moment la seule façon de lutter efficacement contre une maladie qui se propage grâce à un insecte piqueur, favorisé par la douceur automnale.Lui aussi en déplacement en Haute-Garonne, le président du premier syndicat agricole FNSEA, Arnaud Rousseau, a appelé avant tout à “suivre le consensus scientifique”, pour sortir le plus rapidement possible de cette crise.La fédération Culture Viande, qui regroupe les entreprises d’abattage et découpe, a de son côté mis en garde contre les conséquences économiques d’une vaccination généralisée : la France perdrait alors son statut indemne et “il en résulterait une complexification accrue des conditions d’exportation”.Mais face à la détresse des éleveurs et au risque d’un nouvel embrasement des campagnes, les critiques enflent sur la gestion de la crise chez des élus ruraux inquiets, comme au niveau national, du Rassemblement national à LFI.Lundi, plus de 200 maires et élus locaux d’Ariège se sont rassemblés à Foix pour appeler l’État à dialoguer avec les agriculteurs afin de réévaluer le protocole de lutte contre la DNC.