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Un monde qui “marche sur la tête”: récit d’une grande colère agricole

“France, veux-tu encore de tes paysans ?”: depuis plus d’un an, la question résonne d’Occitanie aux Ardennes. Une colère profonde est montée des campagnes pour réclamer un “revenu décent” et “un peu de considération” dans un monde agricole chahuté par le changement climatique.Céréalier dans l’Eure, Guy Désile, 58 ans, a eu peur de “griller les plombs” et désespère de voir “les dettes s’accumuler”. A l’autre bout du pays, une sécheresse persistante dans l’Aude a poussé Nicolas Castan, 42 ans, à arracher les vignes plantées par son père et son grand-père.Dans l’Aisne, le couple Wever en a “marre” des injonctions: “couper à cette date, planter à ce moment, déclarer ceci et cela… Qu’on nous laisse travailler”.Haro sur l’Europe et ses “normes”, les charges “toujours en hausse”, la “concurrence déloyale” des volailles ou du sucre d’Ukraine… à l’automne 2023, la grogne s’amplifie.Partie du Tarn, une campagne de retournement des panneaux signalétiques des communes essaime partout en France. Une façon de dire qu'”on marche sur la tête”, un slogan que la puissante FNSEA imprimera sur des t-shirts, tentant de rattraper un mouvement qui déborde les canaux syndicaux habituels.- “Prédateurs” -En Occitanie, entre sécheresse et crise de l’élevage, c’est un jeune éleveur, Jérôme Bayle, qui lance le premier blocage d’autoroute, l’A64, le 18 janvier 2024. Les manifestants entrent “en résistance agricole”.Dix jours plus tard, en Haute-Garonne, le Premier ministre Gabriel Attal annonce des premières mesures d’urgence, dont l’abandon de la hausse de la taxe sur le carburant agricole.Insuffisant. Au-delà des aides, les manifestants réclament “une vision d’avenir” face au nombre d’agriculteurs passé de 2,3 millions en 1955 à moins de 500.000.”Notre fin sera votre faim”: fin janvier, des dizaines de routes et sections d’autoroutes sont bloquées, des rassemblements organisés devant des administrations ou sur des ronds-points, rappelant les “gilets jaunes”.La FNSEA, alliée aux Jeunes agriculteurs (JA), engage ses légions de tracteurs, menaçant de bloquer Paris; la Coordination rurale (CR) mène des actions coup de poing, déversant fruits et légumes à la frontière espagnole; la Confédération paysanne vise centrales d’achat et géants laitiers, désignés “prédateurs du revenu paysan”.La réglementation sur les haies, régies par une douzaine de textes, est brandie en symbole d’un mille-feuille administratif à simplifier d’urgence.- “On en crève” -Le mouvement fait tache d’huile en Europe, des Pays-Bas à la Pologne où la solidarité avec le voisin ukrainien se fissure au nom de la “souveraineté alimentaire”.”Enfant on en rêve, adulte on en crève”: le 30 janvier, sur un barrage des Yvelines, Marion Roulleau, 41 ans, aimerait bien que ses enfants reprennent sa ferme mais surtout “qu’ils soient heureux”.En France, où près d’un ménage agricole sur deux vit sous le seuil de pauvreté, cette crise est liée, comme les précédentes, à la fragilité économique des exploitations, très endettées, et à un modèle qui repose à 60% sur des subventions publiques.Pour l’historien Edouard Lynch, face à l’urgence climatique, “on demande aux agriculteurs de changer un système qu’on leur a imposé il y a des décennies” sans apporter de réel soutien à la transition – qui devient un repoussoir.En février 2024, le président Emmanuel Macron est hué au Salon de l’agriculture, en dépit des plus de 500 millions d’euros d’aide promis. “Ici c’est chez nous”, clament des agriculteurs qui ont enfoncé une rangée de CRS avant d’être repoussés.Le chef de l’Etat déambule sous bonne garde, après s’être engagé à élever l’agriculture au rang d'”intérêt général majeur”.Pendant les moissons est adopté en première lecture à l’Assemblée le très attendu projet de loi d’orientation agricole, qui vise à faciliter l’installation de nouveaux agriculteurs et dépénalise certaines atteintes à l’environnement. La dissolution puis la censure du gouvernement ulcèrent les agriculteurs, en attente de “concret”. La loi sera finalement adoptée jeudi à la veille du Salon 2025.- “Fierté” -A l’automne 2024, la situation est plus explosive qu’un an auparavant. A cause de l’excès de pluies, la France connaît sa pire récolte de blé en 40 ans et voit ses vendanges chuter d’un quart. Les troupeaux subissent une vague d’épidémies dévastatrices.Les agriculteurs redescendent dans la rue. Le cri de ralliement est l’opposition à l’accord de libre-échange UE-Mercosur. Ils craignent une souveraineté bâtie sur les importations.FNSEA comme CR réclament des “moyens de production”, autrement dit des pesticides et de l’eau, à une nouvelle ministre de l’Agriculture (Annie Genevard) bienveillante. La Confédération paysanne dénonce, elle, un recul sur l’environnement que les agriculteurs seront “les premiers à payer”.Début 2025, en pleine campagne pour les élections aux chambres d’agriculture, qui déterminent la représentativité des syndicats, la surenchère prévaut. Les actions sont plus ponctuelles mais aussi plus radicales: le siège de l’institut agronomique Inrae est muré par des militants FNSEA, une antenne de l’Office de la biodiversité saccagée par des “bonnets jaunes” de la CR.La Coordination rurale, dont certains cadres ne font plus mystère de leur proximité avec l’extrême droite, réalise une percée historique. Pour la première fois, l’alliance FNSEA-JA perd sa majorité absolue et voit basculer une quinzaine de chambres. Une énorme secousse.En Haute-Garonne, c’est la liste indépendante soutenue par Jérôme Bayle qui s’est imposée, avec la volonté de “casser le système” et de “rendre leur fierté” aux agriculteurs.Une “fierté” choisie comme thème du salon de l’Agriculture 2025, qui se veut comme une respiration dans un monde agricole à l’image de la société: fracturé.

A Paris, la défense de Carlos Ghosn demande la nullité de son mandat d’arrêt

La cour d’appel de Paris a examiné jeudi plusieurs requêtes de la défense de Carlos Ghosn, qui demande la nullité du mandat d’arrêt le visant pour corruption et trafic d’influence notamment, a appris vendredi l’AFP de sources proches du dossier.Après une audience à huis clos, la chambre de l’instruction rendra sa décision le 27 mars.Carlos Ghosn, 70 ans, est visé depuis avril 2023 par un mandat d’arrêt international émis par une juge d’instruction parisienne. Dans cette information judiciaire, le parquet national financier (PNF) a requis en novembre que l’ex-patron de Renault-Nissan soit jugé pour corruption et trafic d’influence notamment, aux côtés de la ministre de la Culture Rachida Dati.Cette dernière est soupçonnée par les enquêteurs d’avoir perçu “en toute confidentialité, voire en toute opacité” 900.000 euros entre 2010 et 2012 pour des prestations de conseil actées dans une convention d’honoraires signée le 28 octobre 2009 avec RNBV, filiale de l’alliance Renault-Nissan, mais sans avoir réellement travaillé, alors qu’elle était avocate et députée européenne (2009-2019). M. Ghosn et Mme Dati contestent.Au cours de l’enquête, la juge d’instruction a convoqué M. Ghosn pour l’interroger. Celui-ci ne s’est pas présenté. La magistrate a ensuite émis un mandat d’arrêt. La défense argue qu’il était impossible à M. Ghosn de se rendre en France.Réfugié au Liban depuis fin 2019, après avoir fui le Japon et désormais visé par un mandat d’arrêt du Japon, M. Ghosn fait l’objet d’une interdiction judiciaire de sortir du territoire libanais.Jeudi, ses avocats ont demandé la nullité du mandat d’arrêt de la magistrate parisienne et déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) dénonçant un usage “détourné” du mandat d’arrêt, ont relaté à l’AFP des sources proches du dossier.A leurs yeux, le mandat n’aurait pas été émis pour réellement “permettre son audition ou son jugement en bonne et due forme” mais pour “continuer” les investigations et “empêcher toute défense”.M. Ghosn fait également l’objet d’un autre mandat d’arrêt depuis 2022 dans des investigations à Nanterre encore en cours, notamment pour abus de biens sociaux et blanchiment en bande organisée en lien avec le distributeur omanais Suhail Bahwan Automobiles.La loi française prévoit que le fait d’être à l’étranger peut justifier un mandat d’arrêt “sans même essayer de faire venir la personne”, a expliqué vendredi une source proche du dossier à l’AFP.Mais la défense de M. Ghosn estime qu’un mandat n’est valable que si la personne s’est “volontairement” soustraite à la justice, selon cette source.Sa défense a aussi demandé un accès au dossier judiciaire, malgré le mandat d’arrêt et à l’instar des personnes mises en examen, et déposé une deuxième QPC à ce sujet.Par ailleurs, sa défense estime que les poursuites le visant sont prescrites. Après un refus de la juge d’instruction de constater la prescription, ses avocats ont fait appel et déposer une troisième QPC.Contactés par l’AFP, ses conseils n’ont pas souhaité commenter. Les avocats de Renault, partie civile, non plus.

Nissan bondit en Bourse dans l’espoir d’un recours à Tesla, Moody’s abaisse sa note

L’action de Nissan a bondi de plus de 11% vendredi, sur l’espoir de voir le groupe américain Tesla investir dans le constructeur japonais en difficultés, dont la note avait été quelques moments plus tôt dégradée en catégorie spéculative par l’agence Moody’s.Nissan, massivement endetté et dont la marge d’exploitation s’est effondrée, avait ouvert fin 2024 avec son rival plus robuste Honda des négociations en vue d’une fusion, pour associer leurs forces dans l’électrique.Mais ces discussions ont été abandonnées mi-février sur fond de vifs désaccords, et Nissan, dont la situation financière reste précaire, est en quête d’un allié alternatif.Aux aguets, le géant taïwanais de l’assemblage électronique Foxconn (Hon Hai), fournisseur d’Apple, a rappelé la semaine dernière être ouvert à un rachat de la participation de Renault –qui détient 35% du capital de Nissan.Or, selon le Financial Times, qui cite des sources proches, un groupe de hauts responsables économiques et politiques nippons a une autre solution en tête: le champion américain de la voiture électrique Tesla.Cette publication a provoqué vendredi l’euphorie des investisseurs: le titre Nissan a bondi de quelque 11% à la Bourse de Tokyo, avant de clôturer en hausse de 9,47%.Ces responsables –parmi lesquels l’ancien Premier ministre Yoshihide Suga et un ex-membre du conseil d’administration de Tesla– ont “élaboré des plans” pour approcher l’entreprise d’Elon Musk et lui demander de devenir “un investisseur stratégique” dans Nissan, assure le FT.Contactés par l’AFP, Nissan et Renault se sont refusés à tout commentaire.-“Investisseur stratégique”-Le projet envisage “un consortium d’investisseurs, avec Tesla comme principal bailleur de fonds” et “la possibilité d’un investissement minoritaire de Foxconn”, afin d'”empêcher une prise de contrôle totale” par le taïwanais, indique le FT.Ils estiment que Tesla pourrait “souhaiter acquérir les usines de Nissan aux États-Unis”, qui l’aideraient à doper sa production sur le sol américain afin de mieux échapper aux barrières douanières de l’administration Trump.Le groupe de M. Musk assemble certes localement ses voitures électriques vendues aux Etats-Unis, mais il s’approvisionne en composants auprès d’usines au Mexique et ailleurs dans le monde.Nissan possède deux usines d’assemblage dans le Tennessee et le Mississippi, d’une capacité annuelle combinée d’un million de véhicules –mais avec une production actuellement moitié moindre.M. Suga, qui a démissionné de son poste de Premier ministre en 2021 mais demeure une figure majeure de la politique japonaise, a commencé sa carrière à Yokohama, ville où Nissan est basé. Ces informations de presse sont apparues moins d’une heure après l’annonce par l’agence de notation Moody’s Ratings d’une dégradation de la note de Nissan en catégorie spéculative.La note assignée aux obligations du constructeur a été abaissée à Ba1, contre Baa3 auparavant, en raison de la “détérioration” de sa capacité à honorer ses engagements financiers –avec donc le risque de le voir faire défaut sur certaines dettes.-“Faible rentabilité”-Cette décision “reflète la faible rentabilité de Nissan due au ralentissement de la demande pour sa gamme de modèles vieillissants”, a insisté Moody’s.Il souligne le ralentissement persistant des ventes en Chine, face à la concurrence acérée des marques locales.Mais aussi les difficultés de Nissan aux Etats-Unis, son plus gros marché, où il doit gérer des stocks élevés en raison d’une gamme de modèles trop anciens qui n’attirent plus les acheteurs –faute de proposer des véhicules sur le créneau en plein boom des hybrides.La note reste assortie d’une perspective négative: selon Moody’s, le flux de trésorerie disponible devrait rester négatif jusqu’à début 2026, et les barrières douanières attendues aux Etats-Unis devraient pénaliser encore davantage ses activités.Ayant vu sa marge opérationnelle s’effondrer presque entièrement, Nissan prévoit d’être déficitaire sur son exercice décalé 2024/25, après une perte nette inattendue de 14 milliards de yens (87 millions d’euros) au troisième trimestre (octobre-décembre). Sur cette période, ses ventes ont plongé de 12,2% sur un an en Chine, où sa production a fondu de 14,7%.Pour tenter de se redresser, Nissan avait annoncé début novembre vouloir supprimer 9.000 postes dans ses effectifs mondiaux et réduire de 20% sa capacité de production –avec notamment ses sites aux Etats-Unis dans son radar.Pour autant, le constructeur pourrait hésiter à céder ces usines américaines à son concurrent Tesla, alors que les Etats-Unis restent un marché de croissance clé pour ses ventes et bénéfices.

Retraites: Eric Lombard “plutôt” favorable à une contribution accrue des retraités

Le ministre de l’Économie Éric Lombard a dit vendredi être “plutôt” partisan d’une contribution accrue des retraités à l’effort financier en faveur du système de retraites, tout en jugeant que la France n’avait “absolument pas les moyens” d’abroger la réforme de 2023 et de revenir aux 62 ans.Pour lui, abroger la réforme de 2023, comme la CGT le souhaite, “est extrêmement coûteux et on n’en a absolument pas les moyens, donc c’est non”, a-t-il dit sur RTL.Au lendemain de la remise d’un rapport de la Cour des comptes sur le financement du système que la juridiction financière juge “préoccupant”, M. Lombard a jugé “assez illogique” que le niveau de vie des retraités soit, “en moyenne, supérieur au niveau de vie des salariés”.Les retraités devraient-ils contribuer davantage à l’effort national? “Plutôt oui”, a-t-il répondu. “Rééquilibrer le niveau de vie entre les retraités et les salariés est une piste de solution qui me paraît raisonnable”, a-t-il ajouté alors qu’on l’interrogeait sur la possibilité de désindexer les pensions de l’inflation, comme évoqué par la Cour des comptes.Le ministre a néanmoins souligné que “c’était aux partenaires sociaux de se prononcer”.La ministre en charge des Comptes publics, Amélie de Montchalin s’est pour sa part réjouie sur TF1 que le diagnostic de la Cour des comptes offre désormais “une photo claire, partagée, indiscutable de la situation”. Elle a toutefois rappelé, avant que les partenaires sociaux n’entrent dans le dur des discussions sur l’avenir de la réforme de 2023 le 27 février: “on ne peut pas avoir plus de déficit”.Pour la ministre du Travail et de l’Emploi Astrid Panosyan-Bouvet interrogée sur franceinfo, le retour à 62 ans “peut faire partie des discussions” mais “rien n’arrive gratuitement.””Si effectivement des partenaires sociaux veulent se saisir de la question des 62 ans, il faut, eu égard à la trajectoire financière, qu’ils montrent comment on y arrive”, a-t-elle posé. M. Lombard a considéré par ailleurs “qu’on est à un moment de bascule historique” de la géopolitique mondiale, qui va “obliger les Européens à prendre en main leur destin”.Cela passe par “une vision européenne” de la défense, qui “va coûter plus cher”, a-t-il remarqué.Il a observé que, “si on avait le taux d’emploi de l’Allemagne, on n’aurait pas de déficit” : “il faudra sans doute travailler plus”, a-t-il convenu.Il a évoqué “un horizon de 5 à 10 ans pour réfléchir à l’évolution de notre modèle, dans le cadre d’un débat public”. Le ministre a par ailleurs assuré que la surtaxe d’impôts sur les sociétés prévue en 2025 pour les entreprises réalisant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires ne durerait bien qu’un an: “c’est un engagement que nous avons pris”, “dans un monde de concurrence”, a-t-il expliqué.M. Lombard, enfin, a qualifié “d’ânerie” l’interprétation parfois faite de propos qu’il avait tenus le 17 janvier sur BFMTV, où il expliquait que le financement par les entreprises de la transition écologique risquait d’écorner leur rentabilité, mais qu’il “fallait l’accepter”, sous peine que “le dérèglement climatique tue l’économie”.”Je n’ai jamais demandé que les entreprises soient moins rentables!” s’est-il exclamé, se félicitant ensuite sur X que “les chefs d’entreprise aient les yeux plus ouverts sur les bouleversements du monde que beaucoup de commentateurs”.

Zone euro: l’activité économique poursuit sa légère croissance en février (PMI Flash)

L’activité économique du secteur privé dans la zone euro a poursuivi sa “très légère croissance” en février, malgré un ralentissement dans les services très marqué en France, selon l’indice PMI Flash publié vendredi par S&P Global.L’indice calculé sur la base de sondages d’entreprises s’élève à 50,2, inchangé par rapport à janvier, soit un niveau proche de la stagnation. Un chiffre situé au-dessus de la barre des 50 signale une croissance de l’activité, tandis qu’un chiffre en deçà reflète une contraction.”L’activité économique de la zone euro est presque à l’arrêt. La récession s’est certes quelque peu atténuée dans le secteur manufacturier, mais la très faible croissance du secteur des services permet tout juste à la région de se maintenir en zone d’expansion”, a commenté Cyrus de la Rubia, économiste pour la Hamburg Commercial Bank (HCOB), partenaire de S&P Global.”L’instabilité politique en France et la menace de droits de douane aux Etats-Unis engendrent un fort climat d’incertitude”, a-t-il souligné, estimant que les données de février “ne permettent guère d’espérer une reprise prochaine de la croissance” au sein des 20 pays partageant la monnaie unique européenne.La très faible croissance globale au sein de la zone euro “masque de fortes disparités entre pays”, note S&P Global, dans son communiqué. Alors que l’activité a augmenté pour le deuxième mois consécutif en Allemagne — à son rythme le plus élevé depuis neuf mois –, elle a fortement reculé en France, avec le plus fort taux de contraction depuis près d’un an et demi.”En dehors des deux principales économies de la région, l’activité globale a enregistré une forte expansion”, relève S&P Global.

Allemagne : du vent, du soleil, des batteries et un virage énergétique inachevé

Dans les plaines du nord de l’Allemagne, une centaine de conteneurs tapissent un champ battu par les vents : ils stockeront bientôt de l’électricité verte, jalon supplémentaire dans la course à la transition énergétique qui passe par l’abandon du charbon prévu au plus tard en 2038.L’installation construite à Bollingstedt, un village près de Kiel, pourra dès le printemps alimenter 170.000 foyers pendant deux heures le matin et le soir.Après les mâts d’éolienne et les panneaux solaires, l’Allemagne se couvre progressivement d’unités de stockage d’énergie renouvelable.Ces batteries de grande capacité “comblent une lacune ” en permettant d’emmagasiner l’électricité excédentaire et de la restituer aux heures de forte demande, explique Tobias Badelt, porte-parole d’Eco-Stor, l’entreprise qui installe le parc de Bollingstedt.Dans la campagne pour les élections législatives de dimanche, la question des prix de l’énergie s’est imposée aux candidats qui ont rivalisé de promesses pour ramener les coûts à des niveaux plus supportables pour les ménages et les entreprises.Car la première économie européenne mène une transformation énergétique aux allures d’acrobatie : sevrée de gaz russe bon marché depuis l’invasion russe de l’Ukraine, elle prévoit de fermer ses centrales à charbon en 2038 au plus tard, après avoir éteint ses derniers réacteurs nucléaire en 2023 – une décision prise une décennie plus tôt par l’ancienne chancelière Angela Merkel après la catastrophe de Fukushima.- Retards -Restent les renouvelables -– éolien, solaire, biomasse, hydraulique –- qui ont connu un bond spectaculaire et ont couvert près de 60% de l’électricité produite dans le pays l’an dernier, pour un objectif de 80% à l’horizon 2030.Mais la production intermittente des renouvelables met le réseau sous tension : lors des pics de soleil et de vent, l’infrastructure est saturée, et lors des creux, le pays importe du courant à prix fort. Cet hiver, l’Allemagne a dû s’appuyer sur le nucléaire français et le charbon polonais pour éviter des coupures.Pour parer à ce déséquilibre, les batteries stationnaires connaissent un développement exponentiel : quelque 100 nouveaux grands systèmes de stockage d’une capacité de 0,8 GWh, proche de la capacité installée d’un réacteur nucléaire, ont été mis en service en 2024, plus du double de l’année précédente.Il en faudra cependant beaucoup plus pour pallier l’intermittence du solaire et l’éolien. Et le pays doit s’équiper d’un deuxième parc de production -de centrales au gaz convertissables à l’hydrogène- car les batteries ne peuvent assurer que quelques heures de réserve.L’Allemagne doit aussi étendre le réseau de transport d’électricité, très insuffisant pour acheminer l’énergie produite au nord par les éoliennes vers les zones de consommation au sud. Autant de chantiers qui n’avancent pas assez vite et que l’implosion en novembre du gouvernement centriste d’Olaf Scholz a encore retardé. Alors que les besoins en électricité vont exploser avec l’essor des chauffages décarbonés et des véhicules électriques. – Climat et croissance -Favoris des sondages, Friedrich Merz a attaqué la politique énergétique “idéologique” du chancelier sortant social-démocrate Olaf Scholz et de ses alliés du parti des Verts.S’il ne remet pas en cause la sortie progressive des énergies fossiles et les objectifs climatiques, “nous ne sortirons de nulle part tant que nous n’aurons pas décidé où nous entrerons”, a-t-il prévenu, estimant qu’un arrêt de la production d’électricité au charbon et au gaz sans alternative valable “mettrait grandement en danger l’industrie en Allemagne”.Les conservateurs ont évoqué, avec des pincettes, une possible relance du nucléaire. La perspective n’est pas jugée très réaliste par les experts : les installations sont déjà en cours de démantèlement, le personnel manque et il faudrait recommencer les procédures d’autorisation.Autant d’ambiguïtés qui inquiètent les militants écologistes.Les milliards d’investissements nécessaires pour financer les technologies vertes, comme la production d’hydrogène, placera aussi le futur gouvernement face à un dilemme budgétaire. Les conservateurs sont arc-boutés sur la rigueur des finances publiques et réticents à assouplir les sacro-saintes règles d’endettement du pays.Si le prochain parlement ne parvient pas à assouplir cette règle, “les fonds manqueront aussi pour la transition énergétique”, dit à l’AFP Wilfried Rickels, de l’institut économique IfW à Kiel. 

La Bourse de Paris en hausse, Air Liquide salué après ses résultats

La Bourse de Paris gagnait du terrain vendredi et est notamment tiré par la hausse du géant français des gaz industriels Air Liquide, salué après la publication de ses résultats.L’indice vedette CAC 40 avançait légèrement de 0,24%, soit de 19,35 points à 8.141,93 vers 09H55. Mais sur l’ensemble de la semaine, le CAC 40 accuse un léger repli de 0,43% à ce stade de la séance et se dirigeait vers son premier bilan hebdomadaire négatif depuis six semaines.”Il était temps de respirer après plusieurs semaines d’envolée. Pour l’instant, ce mouvement de respiration n’est en rien inquiétant. Les flux continuent d’affluer sur les actions européennes, toujours motivés par des niveaux de valorisation attrayants”, explique Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM.La décote des actions européennes est “d’environ 33% par rapport aux actions américaines”, a-t-il précisé.Sur le marché parisien vendredi, le géant français des gaz industriels Air Liquide gagnait 3,25% à 178,40 euros peu avant 10H00 après avoir publié un bénéfice net 2024 à un nouveau record. Il s’inscrit ainsi au dessus de la barre des 3 milliards d’euros pour la deuxième année consécutive. Parmi les indicateurs de la séance, le climat des affaires s’est légèrement amélioré en février en France, notamment dans les secteurs des services et de l’industrie, alors qu’il demeurait stable dans le commerce de détail et s’est détérioré dans le secteur du bâtiment, selon l’Insee. En revanche, l’activité du secteur privé a connu en février son plus fort recul depuis septembre 2023, selon l’indice PMI Flash HCOB, publié par l’agence de notation S&P Global et la Hamburg Commercial Bank (HCOB).L’indice composite de l’activité globale s’est replié à 44,5 contre 47,6 en janvier, un plus bas de 17 mois. Un indice inférieur à 50 signale une contraction de l’activité.GTT porté par la demande de GNLLe français GTT, qui fabrique des systèmes de cuves pour le transport et le stockage du gaz liquéfié (GNL), a annoncé avoir signé en 2024 “sa deuxième meilleure année en termes de performance commerciale”, porté par les projets de construction de méthaniers.Le titre s’envolait de plus de 13,75% à 152,20 euros.Imerys recherchéLe groupe de minéraux industriels Imerys a fait état d’un  chiffre d’affaires en baisse de 5% à 3,6 milliards d’euros en 2024, mais son Ebitda (bénéfice net avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) s’est amélioré ainsi que la marge.L’action gagnait 3,74% à 31,04 euros.

Dauphins: réouverture de la pêche dans le golfe de Gascogne, après quatre semaines d’arrêt

Les bateaux de plus de huit mètres ont repris la mer dans la nuit de jeudi à vendredi dans le golfe de Gascogne, après quatre semaines d’arrêt pour protéger les dauphins.Les effets sur les captures accidentelles de petits cétacés de cette fermeture spatio-temporelle, visant environ 300 bateaux du Finistère à la frontière espagnole, ne seront pas connus immédiatement. L’an dernier, les premiers éléments du bilan de la première période d’interdiction de la pêche, en janvier-février 2024, n’avaient été communiqués qu’en octobre. Elle avait contribué à diviser par quatre le nombre de dauphins morts par capture accidentelle dans la zone (1.450 sur l’hiver 2023-2024 contre 6.100 en moyenne entre 2017 et 2023), selon l’observatoire Pelagis, qui coordonne le Réseau national échouages. Le CIEM, organisme scientifique international de référence, estime à 4.900 décès au maximum par an le niveau soutenable pour l’espèce.A La Rochelle, le “Cap Horn II” et le “Souvenir”, fileyeurs de respectivement 15 et 16 mètres de long avec six marins à bord chacun, devaient quitter le port de La Rochelle, pour pêcher de la sole, dès la réouverture.Pendant les quatre semaines d’arrêt, l’armateur Christophe Bénéteau a “fait des petits travaux à bord, changé les batteries…” “J’aurais aimé pouvoir le sortir de l’eau et m’occuper du carénage mais je n’avais pas le droit. Nous sommes indemnisés à 85% mais nous devrions l’être à 100%. On nous interdit de travailler alors que nous jouons le jeu”, a déclaré mercredi à l’AFP le pêcheur, qui a installé sur ses navires des caméras et des effaroucheurs, émettant un signal répulsif. Le ministère de la Transition écologique a promis fin janvier que le dispositif d’aide aux “navires touchés par la fermeture ainsi que les mareyeurs”, doté de 20 millions d’euros, serait ouvert “dès la fin de la période de fermeture”.”Certains bateaux de plus de huit mètres qui en avaient la possibilité ont fait le choix de partir pêcher la civelle pendant cet arrêt”, dans des estuaires hors du golfe, souligne de son côté Julien Lamothe, directeur de FROM (Fonds régional d’organisation du marché du poisson) Sud Ouest.Le directeur du port de pêche rochelais, Christophe Bertaud, anticipe, lui, déjà des pertes colossales, avec seulement deux escales de bateaux et 518 euros de redevance, comme l’an dernier, contre 60 escales et 50.000 euros de redevance en février 2023. “Et à la différence des pêcheurs, nous ne touchons aucune indemnité”, déplore-t-il. 

La Fashion Week de Londres débute avec l’humeur sombre du styliste Harris Reed

La mode théâtrale du créateur queer Harris Reed a pris un virage plus sombre jeudi en ouverture de la Fashion Week de Londres, coup d’envoi de quatre jours de défilés dans la capitale britannique pour une édition marquée par plusieurs absences.Exit le papier peint coloré et les auréoles romantiques: le designer anglo-américain de 28 ans a créé la surprise en faisant apparaître des silhouettes toujours spectaculaires, mais plus obscures et épurées dans les galeries du musée Tate Britain.”C’était important de se rebeller un peu cette saison”, a confié à l’AFP Harris Reed, qui est aussi directeur artistique de Nina Ricci.Le styliste aux longs cheveux roux, créateur de la jupe à crinoline portée par le chanteur Harry Styles en Une de Vogue en 2020, prône un “romantisme non binaire”, et ses tenues ont séduit de nombreuses stars comme Lil Nas X, Adele et Beyoncé.L’actrice britannique Florence Pugh a ouvert le show avec un monologue récité sur une musique inquiétante, vêtue d’une robe noire transparente et d’un corsage pointant comme les cornes du diable.”Je suis retourné aux racines de la mode londonienne: grave, très théâtrale”, a expliqué Harris Reed, mais aussi un peu “punk”.Perchées sur des talons vertigineux, les modèles portent des jupes à crinoline et des bustiers démesurés, noirs et dorés, qui leur font comme des “armures” et les protègent au moment où “le monde traverse une période difficile”, a souligné le créateur queer.Jusqu’à lundi soir, les podiums londoniens verront se succéder les collections automne-hiver 2025 d’Erdem, Simone Rocha, Richard Quinn, Roksanda et l’emblématique Burberry en clôture.La marque au célèbre tartan, confrontée à des difficultés, fait l’objet de rumeurs sur un départ de son directeur créatif Daniel Lee, arrivé il y a un peu plus de deux ans, et qui a tant bien que mal tenté de moderniser la maison britannique.Il pourrait être remplacé, selon plusieurs médias, par l’Anglais Kim Jones, qui a quitté la tête de Dior Homme fin janvier après sept ans.- “Période difficile” -Une absence fait aussi parler d’elle cette saison: celle de JW Anderson, marque du prodige nord-irlandais Jonathan Anderson, également directeur créatif de la griffe espagnole Loewe. Son nom est cité comme possible recrue chez Dior.Le styliste, qui a remporté le prix du créateur de l’année 2024 aux British Fashion Awards, était également absent à la semaine de la mode masculine de Milan et à Paris, où défile habituellement Loewe, propriété de LVMH, comme Dior.Pour la première fois cette année, les jeunes créateurs sélectionnés pour rejoindre le programme NewGen du British Fashion Council (BFC), organisateur de la Fashion Week, doivent répondre à des exigences de durabilité lors de la réalisation de leur collection.Le BFC, qui finance cet incubateur, marche ainsi dans les pas de la très écolo “petite” semaine de la mode de Copenhague, qui a mis en place une politique similaire depuis 2023.L’objectif est d’étendre cette politique peu à peu à toutes les marques qui défilent à Londres.Le BFC avait également annoncé qu’il interdirait l’usage de peaux d’animaux exotiques, comme le crocodile ou le serpent, dès cette édition automne-hiver 2025. Une annonce toutefois symbolique, puisqu’aucune marque de la Fashion Week londonienne n’en utilise.Cette édition est raccourcie de près d’un jour par rapport à la précédente Fashion Week automne-hiver, en l’absence de stylistes comme Molly Goddard ou Nensi Dojaka.Des designers comme Dilara Fındıkoğlu et Conner Ives, au programme de cette édition, se limitent désormais à un défilé par an, quand d’autres ont réduit la voilure à une simple présentation ou un dîner.La directrice du BFC, Caroline Rush, reconnaît que la période est “particulièrement difficile” pour les marques britanniques, qui ont subi le contrecoup de la pandémie, du Brexit et de la fermeture en 2024 du site de vente en ligne spécialisé dans le luxe Matchesfashion.”Nous travaillons étroitement avec ces entreprises pour les aider à traverser” cette période, a-t-elle déclaré à l’AFP, soulignant l’importance pour les marques de la Fashion Week, où se pressent influenceurs, journalistes et acheteurs du monde entier.Après 16 ans à la tête du BFC, Caroline Rush sera remplacée dans quelques mois par Laura Weir, directrice créative du grand magasin britannique Selfridges.

Wall Street recule face aux inquiétudes sur la consommation des ménages

La Bourse de New York a terminé en nette baisse jeudi, plombée par des prises de bénéfices et l’inquiétude des investisseurs face à une consommation des ménages en berne.Le Dow Jones a perdu 1,01%, l’indice Nasdaq 0,47% et l’indice élargi S&P 500 0,43%.Après le nouveau record, la veille en clôture, du S&P 500, “le marché a repris son souffle” jeudi, les investisseurs s’adonnant “à des prises de bénéfices”, a estimé auprès de l’AFP Patrick O’Hare, de Briefing.com.Les acteurs de la place américaine “se sont aussi un peu inquiétés du fait que le marché se négocie à un niveau trop haut”, a jugé l’analyste.Le marché d’actions est également “en forte baisse à la suite de la publication des résultats décevants (…) de Walmart”, a ajouté dans une note Jose Torres, d’Interactive Brokers.La chaîne américaine d’hypermarchés Walmart a fait légèrement mieux qu’attendu au quatrième trimestre de son exercice décalé, profitant notamment de l’essor du commerce sur internet, mais ses prévisions volontairement “prudentes” ont refroidi le marché.Pour l’année, il anticipe une croissance de 3% à 4% de son chiffre d’affaires et un bénéfice par action de 2,51 dollars (2,50 à 2,60 hors effets de change).Avant la publication de jeudi, le consensus de FactSet tablait sur un bénéfice par action proforma de 2,77 dollars pour l’exercice.En conséquence, l’action de l’enseigne a lâché 6,53% et plusieurs distributeurs ont été entraînés dans ce recul: Costco a perdu 2,61%, Target a baissé de 2,00%, Kroger s’est replié de 1,62%. Le géant du commerce en ligne Amazon a lui abandonné 1,65%.Les investisseurs ont accueilli les résultats de Walmart quelques jours seulement après que le département du Commerce a annoncé le plus gros recul mensuel en près de deux ans de la consommation des ménages aux Etats-Unis en janvier.Avec ses prévisions, “Walmart, un baromètre des dépenses de consommation, a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme, alors que les tensions commerciales croissantes menacent de faire grimper le coût des marchandises”, a estimé Jose Torres.Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts d’Etat américains à dix ans se détendait à 4,50% contre 4,53% la veille.Vendredi, l’attention du marché se portera sur la publication des données d’activité PMI Flash “qui aideront le marché à mieux comprendre si le secteur de l’industrie gagne du terrain et si le secteur des services perd de la vitesse”, anticipe Patrick O’Hare.Les investisseurs accueilleront également la publication des ventes de logement anciens avant séance.Ailleurs, à la cote, les croisiéristes ont pâti des annonces du nouveau secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, qui a assuré dans une interview à Fox News que les armateurs “ne paient pas d’impôt” et que cela allait “prendre fin”. Carnival a lâché 5,86%, Royal Caribbean Cruises 7,62%, Norwegian Cruise Line 4,89% et Viking Holdings 3,05%.Le géant chinois du commerce en ligne Alibaba a gagné du terrain (+8,09%), poussé par des résultats trimestriels au-dessus des attentes du marché, signe de sa relative bonne passe actuelle après plusieurs déconvenues.L’entreprise de Hangzhou (est de la Chine) possède certaines des plateformes de e-commerce les plus utilisées du pays (notamment Taobao), ce qui fait de ses performances un indicateur très scruté du moral des consommateurs.Le fabricant de jouets Hasbro s’est envolé (+12,95%) grâce à des résultats globalement meilleurs qu’attendu. L’entreprise a notamment présenté une nouvelle stratégie pour stimuler ses ventes annuelles.La chaîne de hamburgers Shake Shack, qui a publié des résultats globalement au-dessus des attentes, a pris de la vitesse (+11,13%), poussée par de bonnes ventes.