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Disparition d’uranium au Niger: enquête ouverte à Paris pour vol en bande organisée 

Une enquête pour vol en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère a été ouverte à Paris, après la disparition d’uranium sur un site auparavant exploité par un groupe français au Niger, a indiqué le parquet à l’AFP, confirmant une information de franceinfo.Quelques semaines après avoir annoncé la nationalisation du site de la Somaïr en juin, la junte militaire au pouvoir au Niger avait annoncé mettre sur le marché international l’uranium produit par cette filiale du géant français Orano (ex-Areva), située à Arlit, dans le nord du Niger. Fin novembre, Orano avait averti dans un communiqué qu’un chargement d’uranium avait quitté le site minier de la Somaïr.Le groupe précisait ne pas être “à l’initiative de ce convoi et le condamner fermement”.L’exploitation de l’uranium au Niger est au centre d’un bras de fer entre la junte, au pouvoir depuis un coup d’Etat perpétré en juillet 2023, et le groupe Orano: un dossier qui illustre les tensions entre l’ex-puissance coloniale française et les militaires nigériens.La junte n’a jamais caché sa volonté de se tourner vers de nouveaux partenaires, comme l’Iran ou la Russie, quand Moscou a déclaré en juillet sa volonté d’exploiter l’uranium nigérien.”Le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production”, a déclaré un journaliste de la télévision d’Etat Télé Sahel, rapportant des propos tenus récemment par le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani.Selon la télévision d’Etat, ce dernier a revendiqué en novembre “le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance”.Jusqu’à la nationalisation par la junte militaire, la Somaïr, Société des mines de l’Aïr, était détenue à 63,4% par Orano et à 36,6% par l’Etat du Niger.Depuis la perte de contrôle opérationnel de ses trois filiales minières dans le pays en décembre 2024, Orano, dont le capital est détenu à plus de 90% par l’Etat français, a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’Etat du Niger. Fin septembre, l’entreprise a annoncé la décision en sa faveur d’un tribunal concernant la mine de la Somaïr.Selon Orano, ce tribunal a enjoint au Niger de ne pas vendre l’uranium produit par la Somaïr, dont le site compte environ 1.300 tonnes de concentré, représentant une valeur marchande de 250 millions d’euros.Selon Wamaps, groupe de journalistes ouest-africains spécialisé dans l’actualité sécuritaire au Sahel, 1.000 tonnes d’uranium non enrichi aurait quitté Arlit. Une partie serait stockée à Niamey, l’autre serait en route vers le port de Lomé, la capitale togolaise, en passant par le Burkina Faso.L’enquête a été confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure.

Le caviar de béluga, le trésor du lac Kardjali en Bulgarie

Pour Matey Mateev, novembre et décembre sont les mois les plus intenses de l’année. Au cœur des Rhodopes, la montagne qui aurait vu naître le personnage mythique d’Orphée, son exploitation de caviar de béluga, sur le lac Kardjali, met les bouchées doubles pour honorer les commandes du monde entier à l’approche des fêtes.”Dans ce lac, les esturgeons bénéficient de conditions naturelles comparables à celles de la mer Noire et de la mer Caspienne, leurs mers d’origine : il est profond et l’eau qui l’alimente provient d’une montagne restée vierge”, explique M. Mateev, les joues rosies par le froid.L’homme de 53 ans, dont l’énergie tranche avec l’atmosphère paisible autour de ce lac de retenue — l’un des plus grands du pays — fait partie des pionniers du secteur en Bulgarie. Né dans cette montagne verdoyante du sud de la Bulgarie, connue pour sa biodiversité exceptionnelle et ses rivières limpides, il s’est lancé au milieu des années 1990, alors que le pays, à peine sorti du régime totalitaire communiste, traversait une grave crise économique.Différentes espèces d’esturgeons sont élevées pour leur caviar dans le monde entier, mais M. Mateev s’est spécialisé dans l’un des plus rares: le béluga.Avec un peu plus de 520 kilos par an — selon les dernières statistiques d’Eurostat pour 2023 —, ce pays des Balkans figure parmi les principaux producteurs européens de ce “roi des caviars”.- Maturation lente -M. Mateev raconte avoir commencé à élever des poissons pour leur chair, se tournant un peu “par hasard” vers l’esturgeon puis, vers son caviar. Le béluga est parmi les plus grands créatures d’eau douce, peut vivre plus de 100 ans et mesurer jusqu’à six mètres de long. Mais son élevage requiert un investissement important et du temps : sa maturation est en effet lente et il devient fertile tardivement, autour de 15 ans contre sept à dix ans pour les autres espèces.”Par exemple, aujourd’hui, nous ne produisons du caviar de béluga qu’à partir de poissons de plus de 20 ans”, explique M. Mateev. Son fils Boris, 25 ans, remarque amusé: “Certains sont de ma génération, d’autres plus âgés que moi”.Dans le laboratoire où est extrait et affiné le caviar, M. Mateev travaille avec son frère et son fils. “Chaque kilo de caviar passe entre mes mains”, affirme-t-il, ajoutant exporter “presque partout dans le monde, sur quasiment tous les continents, surtout vers la France”. Le produit fini est transporté dans des boîtes d’un kilo, souvent par avion. A 2.000 kilomètres du lac de Kardjali, on le retrouve dans les vitrines de luxe parisiennes, vendu dans de petites boîtes rondes sous différentes marques. “Actuellement, nous sommes en pleine saison de consommation, car Noël approche”, souligne Olivier Veillet, directeur régional chez Caviar de Neuvic, une maison de caviar du VIe arrondissement de Paris.”Le caviar béluga reste le plus cher (…) Pour une boîte de 30 grammes, par exemple, vous êtes à 192 euros”, ajoute-t-il devant la vitrine réfrigérée qui renferme le précieux met.Charles de Saint-Vincent, dirigeant de la Maison Boutary, souligne que “globalement, c’est deux à quatre fois plus cher qu’un caviar +classique+”, soit de 3.000 à 8.000 euros le kilo.- “Grey babies” – Ce qui fait la spécificité du béluga, outre sa rareté, ce sont ses gros grains gris quand les autres caviars sont plutôt bruns. L’actrice américaine Elizabeth Taylor les “appelait ses +grey babies+”, souligne M. Saint-Vincent, auteur de “Caviar : manuel décomplexé à l’usage de l’amateur”.Au goût, “c’est un caviar riche mais non fort, doux et intense à la fois, riche notamment au niveau de la texture et de ce côté vraiment très beurré qui reste”, décrit-il.Les champions européens de la production de caviar d’esturgeons sont l’Italie (environ 65 tonnes) et la France (44,5 tonnes), selon Eurostat. Avec une production annuelle mondiale d’environ 500 tonnes, dominée par la Chine, celle de béluga, qui représente environ 1% de la production totale, reste donc une niche, selon M. Saint-Vincent. La Bulgarie a su tirer son épingle du jeu parce que les eaux bulgares du Danube et de la mer Noire sont l’habitat naturel des esturgeons, dont le béluga, ces espèces sont familières aux Bulgares, estime-t-il.Les conditions particulièrement favorables du lac de Kardjali jouent aussi beaucoup.Aujourd’hui, le pays compte une poignée de fermes d’esturgeons, principalement de l’espèce osciètre, dont la plupart de la production est concentrée dans trois fermes autour de ce lac des Rhodopes. Si l’élevage d’esturgeons prospère, leurs congénères sauvages restent gravement menacés, victimes de la surpêche et de la pollution depuis les années 1980. Poussant le gouvernement Bulgare à annoncer en décembre une interdiction indéfinie, à partir du 1er janvier 2026, de sa pêche. 

Mobilisation agricole: les appels à la “trêve de Noël” se multiplient

Les appels à une “trêve de Noël” se multiplient après l’annonce du report de l’accord UE-Mercosur mais la colère des agriculteurs persiste sur le terrain face à la gestion de la dermatose bovine par le gouvernement, dont le chef Sébastien Lecornu reçoit vendredi les syndicats agricoles.Le gouvernement “ne tolérera plus de nouveaux blocages” des agriculteurs pendant les fêtes de Noël, même si les forces de l’ordre agiront “avec discernement”, a prévenu la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur RTL. L’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a précisé à l’AFP que cette volonté d’éviter tout nouveau blocage était en place depuis 48 heures. Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a semblé d’accord sur le principe d’une “trêve” pour Noël, qu’il a toutefois conditionnée après son rendez-vous avec le Premier ministre à un “courrier” promis “d’ici ce soir” par Sébastien Lecornu avec “l’ensemble des intentions” de Matignon, afin de rassurer les adhérents FNSEA.Un nouveau rendez-vous est prévu autour du 8 janvier pour un travail sur “la vision” du Premier ministre sur l’agriculture, et pour obtenir des “réponses d’ici le Salon de l’agriculture” sur la “crise viticole”, la “production” (donc l’accès aux pesticides et à l’eau), mais aussi les engrais dont le coût pourrait gonfler avec la taxe carbone européenne.”Vision” que la FNSEA attend du président Emmanuel Macron depuis les crises – Ukraine, inflation, crises sanitaires – qui ont suivi son discours fondateur sur l’agriculture à Rungis en 2017.A la sortie de leur rendez-vous avec le Premier ministre, leurs alliés des Jeunes agriculteurs ont rejoint l’appel à la trêve. “Mais croyez-moi, à la rentrée on va se revoir (…) parce que le compte n’y est pas”, a prévenu leur président Pierrick Horel.L’enjeu sera de voir si cet appel tient sur le terrain puisque la puissante alliance FNSEA-JA, qui a perdu du terrain aux dernières élections syndicales dans le Sud-Ouest, n’est pas à la barre des principaux blocages dans la région.Coordination rurale (CR) et Confédération paysanne, reçues après la FNSEA, ont amplifié leurs blocages ces derniers jours, la colère ayant été ravivée par la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Ces deux syndicats ont été rejoints localement par des Jeunes agriculteurs (JA) et parfois des adhérents de la FNSEA.”Puisqu’on nous demande de faire la trêve pour les manifestations (…), on attend une trêve de l’abattage complet des troupeaux”, a déclaré sur Ici Occitanie Lionel Candelon, président de la chambre d’agriculture du Gers issu de la CR, depuis un blocage de l’A64 près de Carbonne.Il répondait à la ministre Annie Genevard, aussi interrogée sur l’antenne locale, qui a éludé la question de l’abattage systématique en cas de détection d’un cas de dermatose, en renvoyant à la cellule de dialogue scientifique mise en place pour étudier des protocoles alternatifs.- Empêcher les nouveaux blocages -Jeudi, le ministère de l’Intérieur dénombrait 110 actions en cours mobilisant 5.000 personnes, contre 80 actions mercredi, 75 mardi, 45 lundi et 27 dimanche.Les principaux blocages du Sud-Ouest étaient encore en cours vendredi matin.A Agen, des dizaines de mannequins en combinaison et bottes ont été pendus aux arbres pour symboliser le suicide des agriculteurs devant la préfecture du Lot-et-Garonne, où 300 personnes se sont rassemblées à l’appel de la Coordination rurale.Le préfet de la Vienne a annoncé déposer plainte après des incidents dans la nuit avec un “groupe de manifestants de la Coordination rurale”.Au Touquet (Pas-de-Calais), quelques dizaines de manifestants accompagnés de tracteurs se sont rassemblés devant la villa d’Emmanuel Macron.Le mouvement “vise la politique européenne menée aujourd’hui, car nous sommes en train de refaire marche arrière. Nous manifestons contre l’accord Mercosur, la baisse de la PAC, la taxe sur les engrais, la concurrence déloyale”, explique Benoît Hédin, vice-président de la FDSEA de Montreuil-sur-Mer, à l’origine de l’action.Jeudi, quelque 10.000 agriculteurs européens ont manifesté à Bruxelles contre la signature de l’accord entre l’UE et des pays du Mercosur.La Commission semblait déterminée à arracher d’ici vendredi un feu vert des Vingt-Sept mais le soutien de l’Italie à la France, opposée à la signature, a finalement conduit jeudi soir la présidente de la commission Ursula von der Leyen à le reporter à janvier. Un report insuffisant pour les agriculteurs français.bur-im-llb-mdz/abb/de/ale

Budget: échec du compromis entre députés et sénateurs, pas de budget avant la fin de l’année

Députés et sénateurs ont échoué à s’entendre vendredi sur le budget de l’État, écartant la perspective d’un texte adopté avant la fin de l’année, un échec au moins provisoire pour le Premier ministre Sébastien Lecornu.Entre le gouvernement et les socialistes d’un côté, la droite sénatoriale et les oppositions de l’autre, chacun se renvoie la balle de la responsabilité de cette impasse.Face à ce scénario, le gouvernement avait déjà annoncé qu’il préparait une loi spéciale pour permettre le prélèvement des impôts et assurer la continuité de l’Etat, avant une reprise des débats sur le budget début 2026.Cette procédure exceptionnelle avait déjà été activée l’an dernier après la chute du gouvernement Barnier. Le texte devrait être examiné par les deux chambres au début de la semaine prochaine.Le Premier ministre a annoncé réunir, à partir de lundi, les principaux responsables politiques pour les “consulter sur la marche à suivre pour protéger les Français et trouver les conditions d’une solution”.L’échec de la commission mixte paritaire (CMP), où sept députés et sept sénateurs n’ont pas réussi à se mettre d’accord, marque la fin de deux mois de discussions parlementaires autour de ce texte financier crucial.Dès le départ, le compromis semblait quasi impossible entre une droite sénatoriale attachée aux économies et aux baisses d’impôts et une Assemblée où la gauche réclamait plus de recettes et moins de coupes budgétaires.Et le pari de Sébastien Lecornu de faire adopter le budget sans recours au 49.3 dans une chambre basse sans majorité était particulièrement ambitieux.- La faute à qui ? -C’est donc un échec pour le Premier ministre, même s’il a réussi à faire adopter mardi l’autre budget, celui de la Sécurité sociale, en obtenant un vote favorable des socialistes en échange d’une suspension de la réforme des retraites.Pour l’exécutif et le PS, le coupable est tout désigné : les sénateurs LR, accusés d’intransigeance sur les recettes à trouver.La patron du Parti socialiste Olivier Faure a accusé la droite sénatoriale de “faire le choix de bloquer le pays”. Sébastien Lecornu a plus sobrement regretté “l’absence de volonté d’aboutir de certains parlementaires”.Avant l’ouverture de la réunion, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait invité députés et sénateurs à “ne pas confondre le budget 2026 avec la présidentielle 2027”. Car derrière les désaccords budgétaires, une guerre des chefs s’exacerbe à mesure que les échéances électorales se rapprochent.Une ministre accuse ainsi Bruno Retailleau, patron de LR, d’avoir attisé la radicalité des sénateurs de son parti, dans une guerre larvée avec le chef des députés LR Laurent Wauquiez.Au Palais du Luxembourg, on renvoie la balle à Matignon.Bruno Retailleau a accusé sur X le gouvernement d’avoir “créé les conditions pour qu’un accord sur le budget soit impossible”. L’ancien ministre a fustigé un texte qui “aurait envoyé la France dans le mur de la dette” et appelé le gouvernement à recourir au 49.3 à la rentrée. A l’Assemblée, la gauche, hors socialistes, a dénoncé un gouvernement qui se “défausse” sur les parlementaires, selon les mots d’Eric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances.Pour le groupe écologistes, l’échec est dû à “la désunion profonde du bloc gouvernemental, incapable de s’accorder sur des priorités claires et de construire une majorité parlementaire”. – “Sparadrap” -Cap sur la loi spéciale donc, avant la reprise des discussions en janvier.A moins que le gouvernement ne se dirige vers les ordonnances avant la fin de l’année, s’interroge Jean-Philippe Tanguy (RN) trouvant Sébastien Lecornu “très ambigu”. Son groupe, le Rassemblement national, continue d’appeler à un retour aux urnes, “seule solution” à la crise, dit-il.La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a rappelé vendredi matin le coût d’une loi spéciale. “L’an dernier, on avait estimé à 12 milliards le coût d’avoir six à huit semaines sans budget.””C’est un sparadrap”, cela permet de “faire tourner le pays”, mais il faudra bien que le Parlement s’accorde en début d’année, a aussi répété dans la matinée Mme Bregeon.Un député envisage avec sérénité la poursuite des discussions en janvier, escomptant qu’un accord puisse être plus facilement trouvé une fois les sénateurs sortis de l’équation, lors d’une nouvelle lecture et d’une lecture définitive à l’Assemblée. “Entre députés à l’Assemblée, je suis beaucoup plus optimiste qu’on y arrive rapidement”, a dit cette source.Outre l’urgence de disposer d’un budget, s’ajoutera la volonté du monde politique de tourner la page budgétaire avant les municipales de mars. Dans ce contexte, Éric Coquerel estime que les socialistes seront moins enclins à maintenir un rapport de force : il prédit “un 49.3 à bas coût”.cma-sl-ama-sac/sde/sla

Mercosur: fort d’un bref répit, Macron reste prudent pour la suite

Sous pression en France, Emmanuel Macron a remporté à Bruxelles une bataille avec le report à janvier d’un vote sur l’accord commercial avec le Mercosur, grâce au soutien-clé de l’Italie. Un répit fragile qui l’expose dans un mois à une nouvelle flambée de colère agricole.Ce report représente “une avancée mais pas une victoire”, a estimé vendredi la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard. C’était “la seule décision raisonnable”, a-t-elle ajouté sur X.Le président français était arrivé jeudi sur la défensive comme rarement, lui qui s’affiche volontiers à l’initiative lors des sommets européens.”Je n’aime pas qu’on balade les gens, donc je ne vais pas balader nos agriculteurs”, avait-il haussé la voix devant la presse, invoquant un “bon sens un peu paysan”.L’heure était grave: la Commission européenne semblait déterminée à arracher d’ici vendredi un feu vert des Vingt-Sept, à la majorité qualifiée, à cet accord de libre échange avec le bloc latino-américain, pour le signer samedi au Brésil. Quitte à passer outre l’opposition française.Avec un allié de poids, l’Allemagne. Le bras de fer entre Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz s’étalait ainsi sur la place publique alors qu’ils avaient mis en scène depuis le printemps l’image d’un couple réconcilié et à nouveau moteur en Europe.Le président français demandait lui le “report” de toute décision, sous la pression des agriculteurs qui manifestent en France et dans la capitale belge, conjuguée à celle d’une classe politique française quasi-unanimement opposée à ce texte.”Si aujourd’hui il y a une volonté de passage en force”, “je vous le dis très clairement, la France s’opposera”, “on doit être respectés”, a-t-il martelé jeudi matin.Au bout d’une journée de conciliabules dans les coulisses du sommet bruxellois, il a gagné son pari.- “Opération d’enfumage” -Mais dans la chorégraphie de cette journée cruciale, c’est la Première ministre italienne Giorgia Meloni, souvent présentée comme une rivale d’Emmanuel Macron sur la scène européenne, qui est apparue comme la clé du dénouement.Le président brésilien Lula, pourtant proche de son homologue français, a publiquement déclaré avoir accepté de transmettre à ses partenaires du Mercosur la demande de report d’un mois formulée par la dirigeante italienne lors d’un appel.Cette ouverture a rebattu les cartes.Et dans la soirée, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé que la signature du traité était reportée à janvier.”Meloni joue très finement, c’est un grand sommet pour elle”, glisse un diplomate européen. Un autre se montre encore plus cinglant: “Macron ne lui dira jamais publiquement merci, et elle ne dira jamais l’avoir fait comme une faveur à son endroit”.En France, la position d’Emmanuel Macron alimente en tout cas les commentaires de ses opposants sur une supposée perte d’influence à seize mois de la fin de son mandat.”Nouvelle opération d’enfumage avec le report de la signature”, a protesté Manon Aubry, eurodéputée du parti de gauche radicale La France insoumise.Les mêmes problèmes risquent d’ailleurs de se poser à nouveau en janvier pour le chef de l’Etat. Comme l’a résumé la FNSEA, premier syndicat agricole français, “le Mercosur, c’est toujours non” pour le monde paysan comme pour la plupart des partis politiques hexagonaux.Emmanuel Macron a jugé à l’issue du sommet, dans la nuit de jeudi à vendredi, qu’il était “trop tôt” pour dire s’il pourra accepter l’accord en janvier, sans toutefois l’exclure.”Je l’espère, parce que ça veut dire qu’on aura obtenu des avancées (…) historiques”, a-t-il expliqué.Pour cela, il demande la concrétisation de ses trois exigences auxquelles Bruxelles a déjà commencé à répondre: une “clause de sauvegarde” en cas de déstabilisation des marchés agricoles, des “clauses miroirs” en matière de normes sanitaires et environnementales, et des contrôles sanitaires accrus à l’importation.Emmanuel Macron, qui sur le fond considère l’accord commercial comme bon pour plusieurs filières, notamment viticole et industrielle, a reconnu jeudi que la réponse européenne à ces “conditions” avançait “dans la bonne direction”.Mais “nous avons besoin d’avoir ces avancées, que le texte change de nature, qu’on parle d’un autre accord”, qui “permette de protéger nos agriculteurs”, a-t-il prévenu dans la nuit.Surtout, il a ouvert un autre front, dans l’espoir de calmer la colère des campagnes: la “bataille” pour maintenir les revenus des agriculteurs dans la future politique agricole commune (PAC), face à de premières propositions européennes jugées insatisfaisantes à Paris.

L’accord UE-Mercosur reporté en janvier, von der Leyen confiante

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite vendredi “confiante” de parvenir à signer l’accord commercial avec les pays du Mercosur en janvier, après un report provoqué par la France et l’Italie sur fond de mobilisation agricole.Ce report n’est “pas suffisant” pour la FNSEA, le premier syndicat agricole français, qui a appelé ses adhérents à rester mobilisés, car “le Mercosur, c’est toujours NON!”.Négocié depuis plus de 25 ans, ce traité de libre-échange permettrait notamment à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay.Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.Le président brésilien Lula avait ouvert la voie à ce report, après un échange téléphonique avec Giorgia Meloni. La cheffe du gouvernement italien lui a demandé de la “patience”, tout en assurant que l’Italie soutiendrait l’accord in fine, a-t-il relaté.- “Interminable” -Ce délai supplémentaire est un revers pour la Commission européenne, l’Allemagne et l’Espagne qui poussaient pour une signature dans les prochains jours.Ce ne sera pas “réglé cette année, mais il semble désormais presque certain que cela va se faire”, nuance une source gouvernementale allemande, qui vise une signature “mi-janvier”, car l’Italie sera cette fois “à bord”.La puissante fédération allemande de l’industrie chimique et pharmaceutique (VCI) a quant à elle fait part de sa “frustration” face à une “interminable partie de bras de fer”.L’exécutif européen espérait parapher ce traité de libre-échange samedi au Brésil. Mais Ursula von der Leyen avait besoin au préalable de l’aval d’une majorité qualifiée d’Etats membres à Bruxelles, dont l’ont privée la France et l’Italie notamment.A l’issue du sommet, Emmanuel Macron a demandé que le texte “change de nature”, avec davantage de garanties pour les agriculteurs. Il a réclamé en parallèle “le maintien des revenus de nos agriculteurs dans la future” politique agricole commune (PAC). Le président français n’exclut pas d’accepter l’accord en janvier, mais il est “trop tôt pour le dire”.- Lacrymogènes et vitres brisées -En marge de ce sommet européen entre chefs d’Etat et de gouvernement jeudi à Bruxelles, des milliers d’agriculteurs sont venus faire entendre leur colère.Avec pneus en feu, jets de pommes de terre et de projectiles auxquels ont répondu des canons à eau et des tirs de gaz lacrymogènes de la police. La situation a été particulièrement tendue autour des institutions européennes, protégées par un important dispositif policier.Selon la police belge, 7.300 personnes, avec une cinquantaine de tracteurs, ont pris part à la manifestation autorisée, principalement dans le calme.Mais 950 tracteurs supplémentaires s’étaient massés dans le quartier européen, engorgeant plusieurs rues.Des personnes masquées ont brisé en outre plusieurs vitres d’un bâtiment du Parlement, a constaté l’AFP.Mercosur, taxes sur les engrais, réforme de la Politique agricole commune (PAC): les sujets de mécontentement sont nombreux, ont rappelé plusieurs manifestants.Le Mercosur? “C’est de la concurrence déloyale, ils vont importer des produits, traités avec des choses que nous, on n’a pas le droit d’utiliser. (…) On nous ramène des poulets de merde”, fustigeait la Française Florence Pellissier, 47 ans, agricultrice de grande culture (betterave, maïs, colza) en Seine-et-Marne près de Paris.”On a l’impression qu’aujourd’hui, Ursula (von der Leyen) veut passer en force”, a aussi dénoncé Maxime Mabille, producteur laitier belge.”Notre fin = votre faim”, résumait un slogan peint sur un cercueil noir. De nombreux agriculteurs européens reprochent aux pays du Mercosur de ne pas respecter les réglementations environnementales et sociales auxquelles eux-mêmes sont soumis.Ces inquiétudes s’ajoutent à celles sur la réforme des subventions de la PAC, que la Commission européenne est accusée de vouloir “diluer” dans le budget européen.Pour les agriculteurs français, la gestion par le gouvernement Lecornu de l’épizootie de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) vient encore amplifier le mécontentement.

Agriculture: les départs en vacances menacés par les colères paysannes

Le gouvernement français tentera de déminer vendredi les colères paysannes qui s’agglomèrent contre la gestion sanitaire de la dermatose bovine, la signature d’un accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur ou la baisse du budget européen de l’agriculture, et qui menacent de bloquer les routes des départs en vacances.Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit recevoir séparément à partir de 08H30 à Matignon les représentants des quatre principales organisations agricoles, en commençant par les Jeunes Agriculteurs, suivis de la FNSEA, puis la Coordination rurale, jusqu’à la Confédération paysanne vers midi.Depuis plusieurs jours, des foyers de contestation émergent, essentiellement dans le sud-ouest, s’opposant aux abattages systématiques des troupeaux de bovins où sont détectés des cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC).La fronde, menée principalement par la Coordination rurale et la Confédération paysanne, est matérialisée par des dépôts de pneus, paille, palettes, fumier et déchets plastiques sur les autoroutes ou devant des bâtiments de l’État, ainsi que par le blocage de certaines routes secondaires.Jeudi, le ministère de l’Intérieur a dénombré 110 actions en cours mobilisant quelque 5.000 personnes, contre 80 actions mercredi, 75 mardi, 45 lundi et 27 dimanche.Le ministre des Transports Philippe Tabarot a plaidé, sur Europe 1 et CNews, contre “un blocage plus dur” afin de ne pas entraver davantage la circulation des véhicules et des marchandises à l’approche du dernier week-end avant Noël, “ô combien important pour notre pays économiquement”.- “Pas de signature définitive” -“Vendredi, déjà classé +orange+ par Bison futé pour les départs en vacances, peut s’annoncer encore plus compliqué avec de nouvelles actions prévues”, a néanmoins prévenu jeudi soir le gestionnaire d’autoroutes Vinci.Le gouvernement entend juguler la maladie et la crise en vaccinant très rapidement “75% du cheptel dans 95% des fermes” soit 750.000 bovins, pour tenter de parvenir à une immunité collective dès février.L’objectif est ainsi d’éviter d’avoir recours à une vaccination générale qui ferait perdre à la France son statut “indemne d’épidémie” et lui interdirait toute exportation de viande bovine. Jeudi, 400.000 doses de vaccin supplémentaires ont été acheminées des Pays-Bas vers Toulouse. Mais les calendriers se bousculent et les crises agricoles s’additionnent. Jeudi aussi, quelque 10.000 agriculteurs européens, dont un gros contingent venu du nord de la France en tracteur, essentiellement membres des Jeunes Agriculteurs et de la FNSEA, ont manifesté à Bruxelles contre la signature de l’accord entre l’UE et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay).Négocié depuis plus de 25 ans, ce traité de libre-échange permettrait à l’UE d’exporter davantage de véhicules, machines, vins et spiritueux dans ces quatre pays. Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.- “Citoyens de seconde zone” -La Commission semblait au départ déterminée à arracher d’ici vendredi un feu vert des Vingt-Sept à la majorité qualifiée sur cet accord, mais le soutien de l’Italie à la France, opposée à la signature, a finalement conduit jeudi soir la présidente de la commission Ursula von der Leyen à en annoncer le report à janvier.La FNSEA a immédiatement réagi en estimant que ce n’était “pas suffisant”, appelant ses adhérents à rester “mobilisés”.Deuxième sujet de mécontentement, le “mécanisme d’ajustement carbone aux frontières” (MACF) que l’Europe souhaite mettre en place pour lutter notamment contre les importations d’engrais moins vertueux sur le plan environnemental et climatique que les produits européens.”Ce mécanisme prévoit l’instauration d’une taxe sur l’azote, entre 50 et 100 euros la tonne (…) et nos trésoreries ne pourront pas le supporter”, a affirmé Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. Enfin, troisième sujet de mécontentement: “une baisse de 22% du budget de la politique agricole commune” à prévoir.”Nous avons besoin de revenus, nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone, l’Europe a aussi besoin d’une vision pour son agriculture”, a résumé M. Rousseau.

La justice se prononce sur la suspension de Shein en France

Il y aura-t-il du Shein à Noël? Le tribunal judiciaire de Paris doit rendre vendredi sa décision sur la demande de l’État de suspendre pour trois mois la plateforme asiatique d’e-commerce, qui vendait des produits interdits.Shein sera-t-il coupé de ses clients français, contraint de se soumettre à une supervision drastique de ses systèmes de contrôle ou bien totalement accessible à nouveau? La décision du tribunal est attendue vendredi après-midi, notamment par les nombreux clients de Shein.Des poupées sexuelles à l’apparence de fillettes, des armes de catégorie A et des médicaments interdits retrouvés sur la plateforme ont poussé l’État à demander une mesure radicale: bloquer le site du géant de la mode ultra-éphémère et assortir sa réouverture de conditions strictes.L’État réclame “a minima” que Shein soit contraint de maintenir la suspension de sa place de marché (marketplace), qui héberge les produits commercialisés par des vendeurs tiers, et demande globalement la suspension de toutes ventes hors habillement. La plateforme se dit, elle, victime d’une véritable “cabale” politique et médiatique, selon les termes de ses avocats lors de l’audience du 5 décembre.- “Failles” à corriger -Shein reconnaît la vente de ces produits mais se réfugie derrière le fait qu’ils ont été immédiatement retirés après signalement, et derrière les actions mises en place ensuite. Le groupe, fondé en Chine et basé à Singapour, estime avoir suffisamment agi, en allant même jusqu’à bloquer de lui-même toute sa marketplace en France.Depuis le 5 novembre, Shein ne vend plus que les vêtements de ses collections à bas prix, sans cesse renouvelées, fabriquées en Chine et en synthétique pour l’essentiel. Le temps de faire “un audit complet” et de corriger les “failles” de son site.Prenant en compte ces mesures, le ministère public a estimé lors de l’audience que le blocage total était disproportionné au regard de la jurisprudence européenne et s’y est opposé. Davantage que la présence d’un dommage actuel, la représentante du parquet avait insisté sur le rôle du tribunal pour “prévenir un dommage futur”.L’État exige que Shein prenne toute mesure efficace de filtrage et de contrôle pour éviter que des produits interdits soient remis en vente. Il demande aussi au groupe asiatique de mettre en place un filtrage d’âge pour empêcher les mineurs d’accéder aux contenus pornographiques. Le tout sous contrôle de l’Arcom, régulateur du numérique.Même si l’État est débouté, la marketplace Shein ne rouvrira pas d’un coup en totalité, mais progressivement, avaient expliqué ses avocats. L’entreprise reconnait notamment des difficultés à instaurer un filtre d’âge efficace. En conséquence, la catégorie sexuelle réservée aux adultes resterait fermée pour le moment, comme c’est le cas au niveau mondial depuis le scandale apparu en France.- “Long combat” -Quelle que soit la décision vendredi de la juridiction civile, Shein n’en a pas fini avec la justice: une enquête pénale a été ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’Office des mineurs, qui enquête également sur les plateformes AliExpress, Temu, Wish et eBay.”Ce qui s’appliquera à Shein s’appliquera aussi aux autres plateformes coupables des mêmes manquements”, a affirmé le ministre du Commerce Serge Papin mercredi à l’Assemblée nationale, s’attendant à un “long combat” contre ces géants de l’e-commerce.Une lutte portée également sur la scène européenne, la France réclamant des sanctions de la part de la Commission. Bruxelles a demandé des informations formelles à Shein mais n’a pas encore ouvert d’enquête, comme elle l’a fait contre AliExpress et Temu.Au coeur de la lutte contre le contenu illégal en ligne, le règlement européen sur les services numériques (DSA) serait non adapté aux plateformes d’e-commerce face à la déferlante de 12 millions de petits colis arrivant chaque jour en Europe et qui échappent aux contrôles, estime un rapport parlementaire présenté à l’Assemblée mercredi.

Colère agricole dans le Sud-Ouest: autoroutes perturbées, visite express de Lecornu

Les autoroutes du Sud-Ouest sont encore très largement perturbées jeudi soir par les mobilisations agricoles, tandis que le Premier ministre a effectué dans la matinée une visite express en Ariège auprès d’éleveurs touchés par des abattages liés à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).Dans les locaux de la sous-préfecture de Pamiers, le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, a rencontré hors presse les deux frères dont le troupeau de plus de 200 vaches a été abattu en fin de semaine dernière dans le village ariégeois des Bordes-sur-Arize, a appris l’AFP auprès de la préfecture.Dans la soirée, une douzaine d’agriculteurs de la Coordination rurale ont aspergé de sang animal l’une des façades de la préfecture du Tarn-et-Garonne à Montauban, ont constaté des journalistes de l’AFP. Le liquide d’un rouge sombre, à l’odeur fétide, s’est ensuite écoulé le long du trottoir en un petit torrent.Au volant de cinq tracteurs, dont un tirant une citerne contenant selon eux un millier de litres de sang, ils ont ensuite réservé le même sort aux locaux de la mutualité sociale agricole (MSA), à Montauban également, y déversant aussi ordures et fumier.Les grands axes d’Occitanie restent fortement touchés par les manifestations, selon Vinci Autoroutes, même si l’A61 entre Narbonne et Toulouse, occupée par des agriculteurs depuis mardi, a rouvert en fin d’après-midi. Le campement installé sur l’A20, au sud de Cahors, a par ailleurs été évacué jeudi soir, selon la préfète du Lot, Claire Raulin, mais la circulation ne devrait pas y être rétablie avant vendredi matin au plus tôt.Dans le reste du Sud-Ouest, des coupures dans les deux sens continuent de bloquer l’A64 (Bayonne-Toulouse), l’A63 près de Bordeaux, l’A20 (Toulouse-Paris) au niveau de Cahors, ou encore l’A89 sur l’axe Bordeaux-Lyon, au niveau de Périgueux.”On ne va pas lâcher. On s’est fait critiquer la dernière fois d’avoir quitté l’autoroute trop tôt”, a déclaré sur le barrage de l’A64 Benjamin Roquebert, éleveur et céréalier de 37 ans en Haute-Garonne, en référence à la mobilisation début 2024.- Garde à vue -“Tant que le gouvernement ne reviendra pas sur l’abattage systématique, on sera là”, a annoncé Jean-Louis, éleveur à la retraite n’ayant pas souhaité donner son nom de famille.Selon un photographe de l’AFP, une cinquantaine d’agriculteurs ont forcé jeudi matin un barrage de gendarmerie dans les Pyrénées-Orientales, avant de bloquer un rond-point permettant d’accéder à l’A9, au niveau du péage du Boulou, près de la frontière espagnole.A la suite de cette action, un manifestant a été placé en garde à vue pour violences sans ITT sur personne dépositaire de l’autorité publique, selon la préfecture du département.A Toulouse, le blocage du périphérique annoncé par des militants de la FNSEA n’a finalement pas eu lieu, alors qu’au sein du syndicat, certains font état de leur volonté de ralentir la mobilisation à l’approche de Noël.Un avis que ne partagent pas les Jeunes agriculteurs (JA) locaux. “On va pas rentrer chez nous en n’ayant rien obtenu”, a ainsi dit à l’AFP le co-secrétaire général des JA de Haute-Garonne, Thomas Klunker.Le trafic SNCF a quant à lui pu reprendre sur la ligne Toulouse-Narbonne, le blocage des voies effectif depuis deux jours à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) ayant été levé mercredi soir, a indiqué SNCF Réseaux.Seule la liaison Toulouse-Auch reste perturbée, en raison d'”éléments sur les voies” en gare d’Auch, selon la même source. Les autorités annoncent une “accélération majeure” de la campagne de vaccination des bovins contre la DNC dans le Sud-Ouest. Le préfet chargé de coordonner la cellule interministérielle sur ce dossier, Pascal Sanjuan, a supervisé jeudi la réception de doses arrivées par avion, avant d’être acheminées dans toute l’Occitanie.

La signature de l’accord UE-Mercosur reportée en janvier

La signature de l’accord commercial entre l’Union européenne et des pays du Mercosur a été reportée en janvier, a annoncé jeudi Ursula von der Leyen aux 27 Etats membres, au moment où les agriculteurs faisaient entendre leur colère à Bruxelles.Ce délai offre un répit de courte durée à la France, qui ne cesse de marteler que l’accord n’est pas acceptable en l’état.Mais ce report n’est “pas suffisant” pour la FNSEA, le premier syndicat agricole français, qui a appelé ses adhérents à rester mobilisés, car “le Mercosur, c’est toujours NON!”.Négocié depuis plus de 25 ans, ce traité de libre-échange permettrait notamment à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay.Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.Le président brésilien Lula avait ouvert la voie à ce report quelques heures plus tôt, après un échange téléphonique avec Giorgia Meloni. La cheffe du gouvernement italien lui a demandé de la “patience”, tout en assurant que l’Italie soutiendrait l’accord in fine, a-t-il relaté.- “Interminable partie de bras de fer” -Ce délai supplémentaire est un revers pour la Commission européenne, l’Allemagne et l’Espagne qui poussaient pour une signature dans les prochains jours.Ce ne sera pas “réglé cette année, mais il semble désormais presque certain que cela va se faire”, nuance une source gouvernementale allemande, qui vise une signature “mi-janvier”.La puissante fédération allemande de l’industrie chimique et pharmaceutique (VCI) a quant à elle fait part de sa “frustration” face à une “interminable partie de bras de fer”.La présidente de la Commission européenne espérait parapher ce traité de libre-échange samedi, lors du sommet du Mercosur au Brésil.Mais Ursula von der Leyen avait besoin au préalable de l’aval d’une majorité qualifiée d’Etats membres à Bruxelles, dont l’ont privée la France et l’Italie notamment.”Le compte n’y est pas pour signer cet accord”, avait ainsi répété Emmanuel Macron jeudi matin.- Lacrymogènes et vitres brisées -En marge de ce sommet européen entre chefs d’Etat et de gouvernement jeudi à Bruxelles, des milliers d’agriculteurs sont venus faire entendre leur colère.Avec pneus en feu, jets de pommes de terre et de projectiles auxquels ont répondu des canons à eau et des tirs de gaz lacrymogènes de la police. La situation a été particulièrement tendue autour des institutions européennes, protégées par un important dispositif policier.Selon la police belge, 7.300 personnes, avec une cinquantaine de tracteurs, ont pris part à la manifestation autorisée, principalement dans le calme.Mais 950 tracteurs supplémentaires s’étaient massés dans le quartier européen, engorgeant plusieurs rues.Dès la matinée, la police a usé de canons à eau pour disperser certains manifestants. Des feux de pneus ou de poubelles ont émaillé la manifestation.Des personnes masquées ont brisé en outre plusieurs vitres d’un bâtiment du Parlement, a constaté l’AFP.Mercosur, taxes sur les engrais, réforme de la Politique agricole commune (PAC): les sujets de mécontentement sont nombreux, ont rappelé plusieurs manifestants.Le Mercosur? “C’est de la concurrence déloyale, ils vont importer des produits, traités avec des choses que nous, on n’a pas le droit d’utiliser. (…) On nous ramène des poulets de merde”, fustigeait la Française Florence Pellissier, 47 ans, agricultrice de grande culture (betterave, maïs, colza) en Seine-et-Marne près de Paris.”On a l’impression qu’aujourd’hui, Ursula (von der Leyen) veut passer en force, elle veut imposer sa loi”, a aussi dénoncé Maxime Mabille, producteur laitier belge.La Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen, a revendiqué 10.000 manifestants venus de plusieurs pays, notamment de nombreux Français.”Notre fin = votre faim”, résumait un slogan peint sur un cercueil noir. De nombreux agriculteurs européens reprochent aux pays du Mercosur de ne pas respecter les réglementations environnementales et sociales auxquelles eux-mêmes sont soumis.Ces inquiétudes s’ajoutent à celles sur la réforme des subventions de la PAC, que la Commission européenne est accusée de vouloir “diluer” dans le budget européen.Pour les agriculteurs français, la gestion par le gouvernement Lecornu de l’épizootie de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) vient encore amplifier le mécontentement.