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Les tracteurs de la Coordination rurale tentent de gagner Paris “coûte que coûte”

Faisant fi des intempéries, des interdictions préfectorales ou des derniers gestes gouvernementaux, les convois de tracteurs de la Coordination rurale tentent de rejoindre “coûte que coûte” le centre de Paris jeudi pour manifester la colère du monde agricole.”On viendra coûte que coûte crier nos revendications”, a déclaré à l’AFP Eloi Nespoulous, président de la Coordination rurale (CR) d’Occitanie, à la tête d’un cortège de 40 tracteurs.Le président du deuxième syndicat agricole, coutumier des actions musclées, Bertrand Venteau, entend porter “pacifiquement” ses demandes aux parlementaires et sur des lieux parisiens “symboliques”, quitte à voir la moitié de ses troupes “finir en garde à vue”.Selon un porte-parole de la CR, “plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de tracteurs” se trouvaient mercredi soir aux portes de Paris, tandis que les forces de l’ordre recensaient à la mi-journée au moins une centaine de tracteurs positionnés dans des départements aux alentours, en Seine-et-Marne, Essonne et Eure-et-Loir, selon une source policière.De fait, les tracteurs pourront s’élancer dans Paris, mais contrairement à ce que souhaitait la CR, en dehors des secteurs sensibles des lieux de pouvoir (Elysée, Matignon, Parlement, ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique), et des périmètres de l’Anses, de l’Inrae et du marché de Rungis, selon un arrêté de la Préfecture de police de Paris.Des heurts et interpellations ont émaillé certains déplacements, mais sans les arrêter.Le but pour la CR est de protester notamment contre l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur mais aussi contre la gestion par l’Etat de l’épizootie de dermatose nodulaire bovine (DNC) qui a attisé la colère agricole début décembre dans le Sud-Ouest, bastion historique de la CR.Une région aussi emblématique des difficultés qui pèsent sur les agriculteurs: précarité, changement climatique, surproduction de vin… La CR y a mené des actions d’ampleur mercredi autour de Toulouse.En Gironde, vers 22H00, des manifestants de la Coordination rurale occupaient les abords d’un dépôt pétrolier, à Bassens, au moyen d'”une quarantaine d’engins agricoles, camions et véhicules légers”, a annoncé le préfet du département dans un communiqué sur X.- Concurrence déloyale -Depuis l’hiver 2024, les agriculteurs demandent des simplifications administratives et un allègement des normes, notamment européennes, jugées trop contraignantes et propice à créer une concurrence déloyale.Ni la loi d’orientation agricole, adoptée début 2025, ni la loi dite Duplomb et encore moins les promesses de Paris et Bruxelles n’ont convaincu les syndicats, reçus plusieurs fois à Matignon mais aussi à l’Elysée depuis décembre.La FNSEA et ses alliés des Jeunes agriculteurs (JA) ont appelé à la mobilisation nationale dimanche dernier mais pour des actions locales, en début de semaine et sans grands déplacements, contrairement à 2024, quand la puissante alliance syndicale avait lancé ses tracteurs sur Paris.Des actions locales, à l’initiative de la FNSEA mais aussi de ses adversaires de la Confédération paysanne, auront aussi lieu jeudi.Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau présentera ses vœux à la presse à 10H00 à Paris.En attendant, le syndicat, accusé de cogestion avec l’Etat par les deux autres syndicats, a temporisé, annonçant mardi que le Premier ministre Sébastien Lecornu leur avait promis des mesures “concrètes” d’ici la fin de semaine.- Ligne rouge du Mercosur -Le “chiffon rouge” pour le syndicat dominant est l’accord commercial UE-Mercosur dont la probable signature lundi pourrait intensifier la mobilisation.La Commission européenne a tenté de répondre aux inquiétudes des agriculteurs en brandissant les clauses de sauvegarde à l’étude, puis une rallonge budgétaire anticipée pour la politique agricole commune 2028-2034, alors qu’elle prévoyait de l’amputer dans son projet initial.Les négociations pour la prochaine PAC ne font toutefois que commencer et la France se tourne plus vers le dossier de la taxe carbone européenne aux frontières pour arracher l’exclusion des engrais de ce mécanisme qui augmenterait drastiquement les coûts pour les agriculteurs.Si Bruxelles a ouvert la porte à une telle suspension, Emmanuel Macron s’est montré plus affirmatif: la taxe “sera révisée pour permettre la suspension de son application aux engrais, tandis que les droits de douane sur les engrais et intrants seront abaissés rapidement”, a-t-il assuré mercredi soir sur X, dans la foulée de la ministre Annie Genevard.”Ce ne sont pas des avancées, on repousse des choses”, s’est désolé mercredi soir Edouard Legras, vice-président de la CR sur RTL.

Wall Street pas convaincue par une nouvelle salve de données économiques

La Bourse de New York a terminé globalement en baisse mercredi, la publication d’indicateurs sur l’emploi aux Etats-Unis ayant mis un terme à la série de records des indices américains.Après avoir clôturé la veille à des sommets, le Dow Jones et l’indice élargi S&P 500 ont cédé respectivement 0,94% et 0,34%. Seul l’indice Nasdaq, à forte coloration technologique, est parvenu à grappiller 0,16%.Wall Street “a tenté de poursuivre sur sa lancée de hausses des derniers jours, mais n’y est pas parvenue”, commente auprès de l’AFP Steve Sosnick, d’Interactive Brokers.Les investisseurs ont accueilli en début de journée plusieurs séries de données sur l’emploi américain.Selon l’enquête régulière ADP/Stanford Lab, le secteur privé a enregistré 41.000 créations nettes d’emplois au mois de décembre aux Etats-Unis, soit un peu moins qu’attendu. Mais c’est mieux qu’en novembre, où les destructions avaient dépassé les créations.Le rapport JOLTS a relevé lui un nombre d’offres d’emplois en novembre au plus bas depuis septembre 2024.Ces indicateurs “n’ont pas été particulièrement encourageants” sur l’état du marché du travail américain, estime Steve Sosnick.Mais ils n’ont pas non plus été “suffisants pour modifier les anticipations concernant les futures baisses de taux de la Fed”, ajoute l’analyste.Les experts s’attendent toujours à ce que la banque centrale américaine maintienne ses taux au niveau actuel lors de sa prochaine réunion de politique monétaire, fin janvier.La publication, vendredi, du rapport officiel sur l’emploi aux Etats-Unis pour le mois de décembre pourra changer ces attentes: les précédents assouplissements monétaires ont été décidés pour stimuler le marché du travail américain.En parallèle, la place newyorkaise reste de marbre face aux vues de Donald Trump sur le Groenland ou le pétrole vénézuélien.”Les marchés boursiers ne réagissent pas très bien aux événements géopolitiques lorsque ceux-ci n’ont pas d’incidence directe sur les bénéfices, les revenus ou les flux de trésorerie des entreprises”, souligne Steve Sosnick.Sur le marché obligataire, le rendement de l’emprunt américain à dix ans se détendait vers 21H30 GMT, à 4,15% contre 4,17% à la clôture la veille.A la cote, les entreprises du secteur de la défense ont terminé en forte baisse, plombées par le souhait de Donald Trump de leur interdire de verser des dividendes à leurs actionnaires ou de procéder à des rachats d’actions, sous peine de se voir privées de contrats publics.Lockheed Martin a perdu 4,82%, Northrop Grumman 5,50% et General Dynamics 4,18%.Les grands propriétaires immobiliers ont aussi pris un coup, là aussi en raison de déclarations du président américain. Selon lui, les grands investisseurs institutionnels ne devraient plus pouvoir acheter de maisons individuelles.Invitation Homes a perdu 6,01%, American Homes 4 Rent 4,32% et AvalonBay Communities a cédé 2,28%. Le fonds d’investissement Blackstone, qui détient un large portefeuille de propriétés, a lui aussi été touché, perdant mercredi 5,58%.La biotech Ventyx Biosciences (+36,62% à 13,73 dollars) s’est envolée après des informations de presse annonçant son rachat par le laboratoire Eli Lilly. L’acquisition a finalement été confirmée après la clôture.

Sous pression américaine, l’industrie pétrolière vénézuélienne en pleine confusion

La confusion règne dans l’industrie pétrolière vénézuélienne entre un président américain qui exige des millions de barils, des pétroliers saisis, des capacités de stockage saturées qui font craindre un arrêt de la production, et des autorités affaiblies.À Maracaibo, berceau de la production pétrolière vénézuélienne, peu de pétroliers mouillent sur le célèbre lac, que ce soit pour charger du brut ou sortir en direction de la haute mer où est déployée la flottille de guerre américaine avec notamment le plus grand porte-avion du monde. “Ils ont du pétrole bloqué au Venezuela. Ils ne peuvent pas le déplacer à cause de notre quarantaine et parce qu’il est sous sanctions. Nous allons prendre entre 30 et 50 millions de barils de pétrole”, a souligné mercredi le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio.- Réservoirs pleins -Le ministre américain de l’Energie, Chris Wright, a affirmé mercredi que Washington contrôlerait “pour une période indéterminée” la commercialisation du pétrole vénézuélien.En réponse, la compagnie géante publique PDVSA a publié mercredi un communiqué reconnaissant être en train de négocier avec Washington tout en évoquant une “transparence et un bénéfice pour les deux parties”. Mercredi, les forces Américaines, qui avaient déjà saisi deux pétroliers frappés de sanctions, ont maintenu la pression maximum en en saisissant deux autres, dans le cadre de l’embargo dont fait l’objet le Venezuela. Quatre jours après la spectaculaire capture du président vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier.Dans ce contexte, de nombreuses compagnies maritimes ont restreint leurs activités: certains navires sous sanctions ne lèvent pas l’ancre et tandis que d’autres prennent le risque. Les rotations de pétroliers se poursuivent, mais dans une moindre nombre.Conséquence: les capacités de stockage sont saturées tandis que le pétrole continue de sortir des derricks de l’est et du sud du lac. “Nous avons les réservoirs pleins de pétrole et c’est dangereux, on ne peut pas garder des tanks avec un risque de débordement”, ont indiqué à l’AFP des sources consultées dans l’Etat pétrolier du Zulia (ouest).”Elles (les autorités) ordonnent aux coentreprises de réduire la production en attendant des navires qui emporteront le pétrole”, a indiqué un opérateur. Les coentreprises sont des structures créées par l’ex-président défunt Hugo Chavez (1999-2013), qui prévoit la participation majoritaire de la compagnie publique Pétroles du Venezuela (PDVSA) aux côtés d’autres sociétés énergétiques, notamment de pays alliés comme la Chine, la Biélorussie et la Russie. En plus de Chevron déjà présent, d’autres compagnies pétrolières américaines pourraient arriver, espère M. Rubio. – Bateaux fantômes -Le Venezuela produit 1 million de barils par jour (b/j), après être tombé en 2020 à un minimum de 350.000 b/j lors de la première année d’embargo des Etats-Unis. Le pays aspire à revenir à une production de 3,5 millions, mais l’outil industriel est dans un état lamentable du fait de décennies de sous-investissement dans les infrastructures, alors que l’augmentation de la production nécessite des investissements énormes, selon des experts et des ouvriers. Les majors américaines et occidentales sont dès lors dans les starting-blocks. Si le pays dispose des plus grandes réserves d’or noir prouvées au monde, il y a eu peu ou pas d’explorations récentes, faute de moyens.”Nous travaillons avec la production que nous fournissent les gisements déjà explorés”, souligne une source du secteur, alors que d’immenses possibles gisements sont en attente d’être extraits dans l’est du pays. Alors que le Venezuela a eu recours à une flotte de “bateaux fantômes” (shadow tankers) pour commercialiser son brut après l’embargo imposé par Donald Trump en 2019, la nouvelle donne pourrait changer les habitudes. La Chine, la Russie et l’Iran figurent parmi les principales destinations.Des analystes estiment même qu’il pourrait y avoir une levée des sanctions, avec les conditions imposées par Donald Trump. En attendant, mercredi, le pétrolier Nord Star, “dont le propriétaire enregistré est Corniola Limited et dont le gestionnaire et opérateur est Krape Myrtle Co LTD”, basé à Hong Kong, tous deux sanctionnés par le Trésor américain, mouillait dans la baie du lac de Maracaibo, a constaté l’AFP. “La flotte fantôme continue de travailler, avec des risques, mais elle sort”, ont indiqué des sources consultées par l’AFP à Maracaibo. David Smilde, professeur à l’Université Tulane (Nouvelle-Orléans), souligne lui que Caracas a toujours voulu vendre son pétrole aux Etats-Unis au prix du marché et pas “avec des rabais en utilisant des bateaux fantômes”. Mais selon lui, maintenant “les Etats-Unis s’emparent vraiment du pétrole, en font ce qu’ils veulent et l’utiliseront peut-être pour se rembourser le coût d’une opération militaire, et rien ne revient au Venezuela… Ca pourrait susciter des tensions à l’intérieur”.

La France suspend les importations de produits traités avec 5 pesticides interdits dans l’UE

Avocats, mangues et autres agrumes ne pourront plus entrer en France s’ils contiennent certaines substances interdites en Europe: le gouvernement français a officialisé mercredi cette mesure “conservatoire”, à quelques jours de la signature du traité de libre échange UE-Mercosur, qui fait craindre aux agriculteurs une concurrence accrue.L’arrêté, qui entre en vigueur jeudi, est pris pour une durée d’un an maximum, dans l’attente de “mesures appropriées par la Commission européenne”, selon le texte paru au Journal officiel.Celui-ci concrétise une annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu et de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard pour répondre à l’inquiétude du monde agricole quant à l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur, qui ne respectent pas les même normes que les pays européens.”Compte tenu du profil des produits”, le texte concerne “pas mal l’Amérique du Sud. Mais ça n’est pas un arrêté dirigé contre l’Amérique du Sud, il est dirigé contre tout pays du monde qui traiterait les fruits et légumes concernés avec une de ces cinq substances”, indiquait-on au ministère de l’Agriculture en début de semaine. Les substances concernées sont quatre fongicides – le mancozèbe, utilisé pour traiter les avocats, les mangues ou encore les poivrons, le thiophanate-méthyl (coings, agrumes, avoine…), le carbendazime et le bénomyl (tomates, graines de soja, blé…) – et un herbicide, le glufosinate (pommes de terre).L’interdiction doit encore obtenir un feu vert le 20 janvier de la Commission européenne, qui peut “soit ne pas s’y opposer (…), soit (…) le généraliser à tout le reste de l’Union européenne (…), (soit) s’y opposer”, détaillait mardi le ministère de l’Agriculture.Mais Bruxelles, à l’issue d’une réunion spéciale des ministres européens de l’Agriculture, a annoncé mercredi vouloir interdire à l’importation tous les résidus de trois de cinq substances visées par l’arrêt du gouvernement français (carbendazime, bénomyl and thiophanate-méthyl).”C’est une victoire française”, s’est réjouie Annie Genevard sur BFMTV.Depuis des mois, la ministre appelle au “patriotisme alimentaire” et affirme pousser Bruxelles à harmoniser les règles concernant les pesticides, plaidant pour que les produits importés respectent les normes, notamment environnementales, imposées dans l’Union européenne.- “Pas beaucoup d’impact” -L’arrêté demande également aux entreprises du secteur alimentaire de mettre en oeuvre des contrôles afin de s’assurer que les produits importés ne contiennent pas les substances interdites en question. Cela passe notamment par “la collecte” ou “l’analyse” d’informations “sur la provenance des denrées alimentaires acquises”, ou encore des “analyses” permettant de prouver “l’absence de résidu quantifiable” des substances interdites. Interrogé sur le sujet sur BFMTV/RMC, le PDG de Carrefour Alexandre Bompard a estimé que cet arrêté “n’aura(it) pas beaucoup d’impact”, assurant que son groupe contrôlait déjà, avant la publication de l’arrêté, “l’existence ou non de ces résidus”. Et “il n’y a pas de traces de résidus” dans “99,9%” de ces contrôles, selon le dirigeant. “Ce sera 100% après l’arrêté”, promet-il.  L’arrêté se fonde “sur la réglementation sanitaire européenne qui autorise les États membres, avec des motifs justifiés, de déroger aux règles européennes et de prendre de façon unilatérale des dispositions d’interdiction d’import de substances interdites lorsqu’elles sont présentes à des niveaux préoccupants”, a expliqué le ministère de l’Agriculture. Ce n’est pas la première fois que certains produits sont temporairement interdits d’importation pour des motifs sanitaires: une clause de sauvegarde avait été actionnée en 2016 pour interdire l’importation de cerises traitées au diméthoate, un insecticide dangereux pour la santé, en attendant son interdiction dans l’UE à partir de 2019.L’arrêté prévoit une durée d’écoulement des stocks d’au maximum un mois après son entrée en vigueur. 

L’accord avec le Mercosur approche, l’UE compte sur le soutien de l’Italie

La Commission européenne s’est efforcée mercredi d’adresser d’ultimes gestes aux agriculteurs et table sur un soutien de l’Italie pour signer l’accord avec les pays latino-américains du Mercosur dans les prochains jours.Bruxelles espère obtenir l’aval des États européens vendredi, pour une possible signature de ce traité de libre-échange avec l’Amérique Latine dès lundi au Paraguay.L’horizon s’est dégagé grâce à la position de plus en plus favorable de l’Italie, décisive dans ce dossier.Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani a salué mercredi soir de nouvelles mesures de l’UE en faveur des agriculteurs et “les énormes avantages” du traité avec le Mercosur. “Nous avons toujours soutenu la conclusion de cet accord, en insistant sur la nécessité de prendre dûment en compte les préoccupations légitimes du secteur agricole”, a-t-il assuré.Car l’Union européenne doit composer avec la colère de nombreux agriculteurs européens, notamment en France où la contestation repart de plus belle.Pour faire avaler la pilule du Mercosur, l’exécutif européen avait spécialement réuni les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept mercredi à Bruxelles.La Commission a lâché du lest sur certaines revendications agricoles, parfois sans lien direct avec le Mercosur.Ainsi, pour réduire le coût des engrais, l’UE a par exemple ouvert la voie à une suspension temporaire d’un mécanisme européen de taxe carbone aux frontières sur les fertilisants.La décision n’est pas encore définitivement prise, mais “la taxe carbone sur les engrais pourra être suspendue avec effet rétroactif au 1er janvier 2026”, s’est déjà réjouie la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard.En attendant, l’UE promet de réduire certains droits de douane sur l’engrais azoté et l’ammoniac.- Interdiction de pesticides -Concernant les pesticides interdits en Europe, mais dont certaines traces se retrouvent dans les importations, Bruxelles entend interdire tous les résidus pour trois substances: carbendazim, benomyl and thiophanate-methyl, dans des produits comme les agrumes, les mangues ou les papayes.Paris avait fait monter la pression en publiant un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues…) traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l’UE, une mesure soumise toutefois à un feu vert de la Commission, dont la décision est attendue dans une dizaine de jours.Surtout, Ursula von der Leyen avait proposé dès mardi un geste budgétaire dans la future Politique agricole commune (PAC) 2028-2034 de l’Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d’euros dès 2028.Mais le traité de libre-échange avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay reste un “chiffon rouge” qui pourrait entraîner des “mobilisations plus importantes” encore, ne cesse de marteler le premier syndicat agricole français, la FNSEA.Convois vers Paris et rassemblements locaux, la contestation est vive en France, où des agriculteurs dénoncent à la fois la concurrence accrue des pays latino-américains et la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.De plus, la tempête politique couve en France. Si Emmanuel Macron soutient le Mercosur, “il prend le risque d’une censure” du gouvernement, a lancé le chef de la droite Bruno RetailleauA ce stade, Paris maintient son opposition au Mercosur “en l’état”, car le “compte n’y est toujours pas”, a répété le gouvernement mercredi matin.Mais sans autres alliées que la Pologne et la Hongrie, la France ne sera pas en mesure de bloquer l’accord, que plébiscitent l’Allemagne et l’Espagne pour relancer l’économie européenne.La France votera-t-elle contre l’accord ? Politiquement, signer un tel traité contre l’avis de la première puissance agricole d’Europe embarrasserait la Commission.Bruxelles insiste sur les garanties apportées aux agriculteurs. Les quotas de produits détaxés — bœuf, volaille…. — seront limités, souligne la Commission, et accompagnés de mesures de “sauvegarde” pour les produits agricoles les plus sensibles.L’exécutif européen promet d’intervenir en cas de déstabilisation du marché, avec la possibilité si nécessaire de rétablir des droits de douane. L’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur permettrait notamment à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux. Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.Après la signature du traité, il devra encore être ratifié par le Parlement européen, où le scrutin pourrait être serré.

Arts de la table: le verrier Arc placé en redressement judiciaire

Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, a été placé mercredi en redressement judiciaire en raison d’une “dégradation sévère et continue” de son environnement de marché, faisant redouter des centaines de suppressions d’emplois.Ce groupe bicentenaire, qui emploie 5.700 salariés dans le monde, dont encore 3.500 à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de multiples plans de refinancement soutenus par l’État, le dernier il y a un an à peine.Le tribunal de commerce de Lille Métropole a validé mercredi sa demande de placement en redressement judiciaire.C’est “le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s’adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé”, estime le directeur général d’Arc France Nick Hodler, cité dans un communiqué du groupe.”Notre modèle doit encore se transformer en profondeur (…), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs”, prévient M. Hodler.”Il y a plusieurs centaines d’emplois qui sont clairement en jeu, ça pourrait être de l’ordre de 500 personnes”, craint Frédéric Specque, délégué syndical central CGT au sein d’Arc France, interrogé par l’AFP.- Une offre de reprise -L’environnement de marché pour Arc est très difficile, confirme ce syndicaliste, entre “la baisse de la consommation et la baisse du pouvoir d’achat” et la concurrence effrénée des produits importés d’Asie.”On est envahi de produits chinois qui copient les nôtres sans la qualité, mais qui sont quatre à cinq fois moins chers. Donc tant qu’on aura ça, on peut faire tous les plans qu’on veut, on sera toujours trop chers”, regrette M. Specque.Timothée Durand, membre d’une famille de propriétaires historiques d’Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu’en 2024, va présenter un projet de reprise, précise l’entreprise dans son communiqué, qualifiant cette offre de “sérieuse” et “réaliste”.”Il a Arc dans les tripes, je pense qu’il a envie que la boîte de son grand-père continue, que les boîtes françaises continuent”, espère Patrice Bollengier, délégué syndical CFE-CGC.Timothée Durand avait déjà proposé une offre de reprise en 2024, alors rejetée, même si son projet était “cohérent”, selon ce syndicaliste.”L’État sera attentif aux conséquences humaines et sociales” de ce redressement judiciaire, “dans la continuité du soutien apporté par l’État à ce groupe depuis plusieurs années”, a réagi le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin dans une déclaration transmise à l’AFP.Le ministre compte rencontrer jeudi M. Durand, a-t-il précisé, tout en soulignant que “l’Etat examinerait avec sérieux” toutes les autres offres de reprise éventuellesLe préfet du Pas-de-Calais, les présidents de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand (LR) et du département Jean-Claude Leroy (PS), ainsi que d’autres élus locaux doivent recevoir jeudi à Arras les organisations syndicales d’Arc pour “échanger sur la situation, le déroulement de la procédure et les dispositifs d’accompagnement susceptibles d’être mobilisés”, selon un communiqué commun.Fondé en 1825, Arc produit notamment de la vaisselle (verres, assiettes) sous ses marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d’Arques Paris et Chef&Sommelier, mais aussi des produits d’entrée de gamme pour le géant suédois de l’ameublement Ikea. Mais le groupe fait face à des difficultés chroniques depuis les années 2000: en 20 ans, ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois. Il avait failli disparaître en 2014, avant d’être racheté l’année suivante par un investisseur américain, Dick Cashin.Le groupe revendique pour 2024 un chiffre d’affaires de 688 millions d’euros au niveau mondial, dont un peu plus de 400 millions d’euros pour Arc France, société accusant des pertes chroniques depuis des années et très endettée.La perte nette d’Arc France s’élevait à plus de 32 millions d’euros en 2024, d’après des documents financiers disponibles en lignes.  Ces dernières années, Arc France a été durement touchée par la pandémie de Covid-19, la flambée des coûts de l’énergie et l’inflation, et a aussi souffert des inondations historiques dans le Pas-de-Calais en 2023-2024.Début 2025? un plan de refinancement de 42 millions d’euros avait été validé par la justice, avec l’arrivée notamment de deux nouveaux actionnaires minoritaires.En parallèle, l’État avait accordé à Arc un nouveau prêt de 30 millions d’euros et renoncé à une partie de ses anciennes créances, alors qu’il avait déjà prêté plus de 138 millions d’euros au groupe entre 2020 et 2023. 

Cambodge : Chen Zhi, accusé de superviser des centres de travail forcé pour des arnaques en ligne, extradé en Chine

Le magnat chinois Chen Zhi, accusé de superviser des centres de travail forcé pour des arnaques en ligne au Cambodge a été arrêté dans ce pays, et extradé en Chine, a annoncé mercredi Phnom Penh.Les autorités cambodgiennes “ont arrêté trois ressortissants chinois, Chen Zhi, Xu Ji Liang et Shao Ji Hui, et les ont extradés vers la République populaire de Chine”, a déclaré le ministère cambodgien de l’Intérieur dans un communiqué. L’opération a été menée mardi “dans le cadre de la coopération en matière de lutte contre la criminalité transnationale” et conformément à une demande des autorités chinoises, a-t-il ajouté. Elle est l’aboutissement de plusieurs mois d’enquête en coopération, selon la même source.Chen Zhi a perdu sa nationalité cambodgienne par décret royal en décembre, a précisé Phnom Penh.Les autorités chinoises n’ont pas commenté dans l’immédiat l’extradition.En octobre, le ministère de la Justice américain a annoncé avoir inculpé M. Chen, l’accusant d’avoir dirigé des opérations dans des camps de travail forcé à travers le Cambodge, où des centaines de travailleurs victimes de trafic humain étaient détenus dans des installations semblables à des prisons, entourées de hauts murs et de barbelés.- 15 milliards de dollars -Les enquêteurs américains ont saisi des bitcoins d’une valeur d’environ 15 milliards de dollars, la plus grosses saisie judiciaire de l’histoire des Etats-Unis.Prince Holding Group est l’un des plus importants conglomérats cambodgiens, opérant dans plus de 30 pays dans les domaines de l’immobilier, des services financiers et de la consommation depuis 2015.Cet empire commercial est aussi soupçonné de blanchiment de fonds obtenus illégalement.Selon Washington, Prince Holding Group servait de paravent à “l’une des plus grandes organisations criminelles transnationales d’Asie”. Prince Group a démenti ces accusations.”Cette mise en accusation représente l’un des coups les plus importants jamais portés contre le fléau mondial du trafic d’êtres humains et de la fraude financière facilitée par le numérique”, s’est félicitée la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi.Chen Zhi risque jusqu’à 40 ans de prison s’il est reconnu coupable aux États-Unis de fraude électronique et de blanchiment d’argent, en lien avec environ 127.271 bitcoins saisis par Washington. Selon l’acte d’accusation américain, les complices étaient contraints, sous la menace de violences, de mettre en œuvre des escroqueries, des systèmes d’investissement en cryptomonnaie qui consistent à gagner la confiance des victimes au fil du temps avant de leur dérober leurs fonds. – Conseiller du Premier ministre -Ces escroqueries ciblent des victimes dans le monde entier et causent des pertes se chiffrant en milliards de dollars. Des centres d’escroquerie situés au Cambodge, en Birmanie et dans la région utilisent de fausses offres d’emploi pour attirer des ressortissants étrangers, dont beaucoup de Chinois, dans des complexes spécialement aménagés, où ils sont contraints de commettre des fraudes en ligne. Depuis 2015 environ, le groupe Prince opérait dans plus de 30 pays sous couvert d’activités légitimes dans l’immobilier, les services financiers et la consommation, ont déclaré les procureurs américains.Chen et de hauts responsables auraient usé de leur influence politique et corrompu des fonctionnaires dans plusieurs pays pour protéger leurs activités illicites.Au Cambodge, Chen a été conseiller du Premier ministre Hun Manet et de son père, l’ancien dirigeant Hun Sen.M. Chen est un “acteur profondément infiltré au sein de l’État cambodgien”, a fait valoir l’expert en criminalité transnationale Jacob Sims. “Son influence s’étend à tous les échelons du gouvernement, et le groupe Prince agit depuis longtemps comme une organisation de soutien majeure au parti au pouvoir”, avait expliqué Sims à l’AFP en 2025. Prince a affirmé que des déclarations similaires faites dans un rapport de Sims étaient des “allégations diffamatoires”.Selon les experts, ce pays d’Asie du Sud-Est abrite des dizaines de centres d’escroquerie où des dizaines de milliers de personnes se livrent à des arnaques en ligne – certaines de leur plein gré, d’autres victimes de trafic – au sein d’un secteur pesant plusieurs milliards de dollars. 

Le lancement des soldes refroidi par la météo hivernale

Mises à mal par un calendrier commercial saturé de promotions, les soldes d’hiver ont débuté mercredi dans une France perturbée par la neige et le froid, un contexte météo qui menace la fréquentation pour de nombreux commerçants déjà à la peine.Après un début de saison très doux et un mois de décembre décevant, les commerçants comptent sur cette période de promos qui court jusqu’au 3 février pour limiter la casse.”Il ne faut pas que la première semaine soit trop perturbée, mais dès qu’il y a un peu de neige, plus personne ne sort pour faire du shopping”, relève pour l’AFP Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce, qui représente les grandes enseignes.Vingt-et-un départements ont été placés en vigilance orange pour la neige et le verglas par Météo-France mercredi, contre 32 lors du précédent point, et les transports sont fortement perturbés.A Paris, l’observatoire de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Île-de-France a “observé des commerces vides, même dans les artères les plus commerçantes du 15e et du 6e arrondissement” et rencontré des commerçants “inquiets” par cette météo, qui risque de “pousser les consommateurs à privilégier le commerce en ligne”.Les commerces d’habillement sortent déjà d’un mois de décembre morose en raison notamment de températures clémentes et du Black Friday, qui siphonne une bonne partie des achats de Noël.- Consommateurs déjà “gavés” -“On a des attentes assez fortes sur le mois de janvier, d’autant plus qu’il y a du stock, donc on espère terminer mieux la saison qu’elle n’a commencé”, souligne Yohann Petiot. Les soldes “ne représentent plus l’événement commercial d’il y a 10 ou 20 ans quand les gens attendaient le matin devant la porte”, mais ça reste tout de même un “événement important inscrit dans le calendrier des Français”.Sous un soleil radieux mercredi matin à Strasbourg, loin de la pagaille des zones les plus perturbées par la neige, Frédéric Marchand, étudiant de 22 ans, sort avec un gros sac d’une grande enseigne dans le centre commercial Place des Halles: “Je fais rarement les soldes, je préfère acheter sur internet où il y a souvent des promos, mais comme je n’ai pas cours ce matin, qu’il fait beau et que j’ai besoin d’un nouveau manteau d’hiver, je me suis dit allons voir ! Et j’ai trouvé !”Comme Frédéric, 67% des Français n’attendent pas spécifiquement les soldes, mais restent avant tout opportunistes face à une bonne affaire, selon un sondage de l’application de shopping Joko. Selon ce sondage, 64% comptent profiter des soldes, autant en ligne qu’en boutique.Rencontrée aux Galeries Lafayette de Strasbourg, Ghyslaine, retraitée, fait les soldes “tous les ans” malgré la multiplication des promos toute l’année: “je trouve qu’on peut vraiment faire de bonnes affaires pendant la période officielle des soldes, surtout en hiver”, dit-elle.Si des fidèles restent au rendez-vous, pour les commerçants indépendants, “les soldes ont perdu leur force et leur signification” depuis des années, résume auprès de l’AFP Pierre Talamon, président de la Fédération nationale de l’habillement (FNH).Après les fêtes, les consommateurs arrivent début janvier déjà “gavés par le Black Friday et par des ventes privées”. Ajoutez à cela “les petits prix des plateformes” en ligne et vous avez “beaucoup de commerçants pris dans un étau”, regrette-t-il.Lors du cru 2025, les commerçants indépendants ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 5,5% par rapport à janvier 2024 (en comparaison, les grandes enseignes de l’Alliance du commerce ont stagné à -0,2% sur la période). Alors que 2026 devrait suivre cette tendance, la FNH demande au gouvernement de repousser les soldes de trois semaines. Les soldes “peuvent être un levier de croissance” mais il faut les “reconnecter à la réalité des saisons” et leur “redonner du sens en les positionnant en fin de saison”, selon M. Talamon.La Confédération des commerçants de France (CDF) défend elle aussi, dans un communiqué mercredi, un décalage du calendrier, qui ne correspond plus “au rythme réel de la consommation ni aux contraintes économiques des commerçants indépendants”, explique Pierre Bosche, son président.

Sous-location illégale: la Cour de cassation reconnaît la responsabilité d’Airbnb

Airbnb, simple hébergeur de contenus ou éditeur? La Cour de cassation a tranché mercredi estimant que la responsabilité de la plateforme pouvait être engagée si des internautes recouraient à ses services pour de la sous-location illicite.Les magistrats de la plus haute juridiction judiciaire ont estimé que “la société Airbnb n’a pas la qualité d’hébergeur internet car elle joue un rôle actif à l’égard des utilisateurs, lui permettant d’avoir connaissance et de contrôler les offres déposées sur sa plateforme”.”Dès lors elle ne bénéficie pas de l’exonération de responsabilité accordée aux hébergeurs et elle peut être tenue responsable si des internautes recourent à sa plateforme pour de la sous-location illicite”, indiquent-ils dans un communiqué.La Cour de cassation devait clarifier ce point après deux décisions en appel contradictoires: l’une à Paris en janvier 2023 où la cour d’appel avait estimé qu’Airbnb avait “largement contribué” à l’infraction commise par une locataire parisienne qui avait sous-loué illégalement son logement.L’autre, rendue par la cour d’appel d’Aix en Provence en septembre 2023, estimait au contraire que la plateforme n’était qu’un simple hébergeur de contenus, et n’était donc pas co-responsable d’une affaire de sous-location illégale dans un logement social.La Cour de cassation s’est notamment appuyée sur le droit européen pour trancher.”Selon la Cour de justice de l’Union européenne, un hébergeur internet doit jouer le rôle de simple +intermédiaire+ en se limitant à fournir de façon neutre un service purement technique et automatique de stockage et de mise à disposition des données fournies par ses clients. L’hébergeur internet ne joue donc aucun rôle actif dans le traitement de ces données: il ne lui en est confié ni la connaissance ni le contrôle”, rappelle la Cour de cassation.Or, “la société Airbnb ne joue pas un rôle neutre à l’égard de ses utilisateurs. Elle s’immisce dans la relation entre +hôtes+ et +voyageurs+: en leur imposant de suivre un ensemble de règles (lors de la publication de l’annonce ou de la transaction) dont elle est en mesure de vérifier le respect; en promouvant certaines offres par l’attribution de la qualité de +superhost+, exerçant ainsi une influence sur le comportement des utilisateurs”.- “Etape majeure” -Concrètement, l’arrêt de la cour d’appel d’Aix est cassé est l’affaire est renvoyée tandis que dans l’affaire parisienne, la Cour de cassation annule l’amende (32.399,61 euros) que devait verser Airbnb et la locataire, et renvoie l’affaire sur ce point, sachant qu’ils avaient été condamnés à verser 58.000 euros d’amende en première instance.”Les procédures judiciaires continuent dans ces deux affaires et nous sommes déterminés à explorer toutes les voies de recours possibles afin que la jurisprudence française reflète les principes européens de régulation des plateformes”, a réagi Airbnb dans une déclaration transmise à l’AFP, estimant que “ces décisions sont contraires au droit européen”.La plateforme assure par ailleurs appliquer “une politique de tolérance zéro” pour les cas de sous-locations illégales “portées à notre attention, allant jusqu’à la suppression des annonces concernées”.Jonathan Bellaïche, avocat de la propriétaire parisienne lésée, salue “une étape jurisprudentielle majeure dans la clarification du régime de responsabilité applicable aux plateformes numériques”.Il estime que “cela peut avoir comme effet de rendre Airbnb co-responsable de tous les abus qu’il peut y avoir sur leur plateforme”.”C’est l’aboutissement de dix ans de bataille”, se réjouit-il auprès d’une journaliste de l’AFP, indiquant avoir défendu pour la première fois un propriétaire victime de sous-location sur Airbnb en 2016, et “ça va changer beaucoup de choses dans le rapport de force”, poursuit-il.L’avocat avait déjà obtenu la reconnaissance du statut d’éditeur pour Abritel en 2024.Il a également fait condamner Airbnb à 8,2 millions d’amende pour des “manquements graves” à la collecte de la taxe de séjour en 2021 et 2022 sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime), puis Booking.com (574.000 euros d’amende) et Leboncoin (410.000 euros) pour les mêmes raisons.L’avocat représente également des hôteliers ainsi que la principale organisation patronale de l’hôtellerie, l’Umih, dans une procédure de concurrence déloyale à l’encontre d’Airbnb.

200 km/h dans le blanc: à Paris-Orly, la neige déclenche une mission commando

Dans le brouillard et sous les flocons, un convoi de véhicules jaunes avance lentement pour dégager les pistes. À l’aéroport Paris-Orly, les volontaires de l’équipe d’hiver défient mercredi une neige “exceptionnelle”.”On avait une prévision de 3 à 6 centimètres de neige sur huit heures, mais six centimètres sont tombés en une heure et demie”, raconte à l’AFP Jérôme Lauferon, directeur des aires aéronautiques à Orly.Des précipitations brutales et inhabituelles depuis plusieurs années, souligne le responsable. Ce qui relèverait de la routine au Canada ou en Russie déclenche une alerte maximale à Paris où les chutes de neige se font de plus en plus rares et dont les aéroports ne sont pas conçus pour une logistique hivernale lourde.Avant les premiers flocons lundi, la cellule d’anticipation a été mise en place dimanche et fonctionne 24 heures sur 24 tout comme le “poste de commandement neige”.  C’est alors que commence l’aventure humaine: la gestion de la neige à Orly repose sur cinq responsables qui s’appuient sur quelque 300 volontaires qui quittent leurs bureaux chez le groupe ADP (Aéroports de Paris) pour affronter les éléments. – “Commando d’hiver” -“Cela fait plaisir de pousser les flocons”, s’enthousiasme Stephen Chasseriaud, 58 ans, chauffeur de déneigeuse.  Ancien pilote, actuellement responsable interface-travaux voierie, il a passé son permis poids lourds pour rejoindre il y a 12 ans les rangs des volontaires du “service hivernal”. “On est en mode commando”, sourit-il, un souvenir de son service militaire et du stage commando grand froid.  “Cela permet de voir une autre facette de l’aéronautique. C’est une expérience humaine riche, on se sent utile”. Même ressenti pour Benjamin Sinegre, responsable de stratégie environnementale à Paris-Orly et lui aussi volontaire, content de quitter son bureau pour s’installer au commandement neige. “C’est enivrant de vivre l’instant présent et d’aider l’aéroport à tourner”, confie-t-il.Sa mission: dispatcher les cinq “trains neige”, chacun composé de plusieurs véhicules, entre les pistes et les voies de circulation des avions. – 200 km/h au décollage -Robin Durand, responsable de la cellule de l’anticipation, embarque une équipe de AFP à bord d’une voiture jaune qui circule sur les pistes et supervise le déneigement. A la tête de chaque “train neige” un véhicule convoyeur ouvre la voie, guidant cinq déneigeuses équipées de larges lames pour pousser la neige. Derrières elles, un véhicule qui récupère la neige et l’éjecte hors des pistes et finalement un épandeur qui répand du formiate de potassium, équivalent du sel routier, mais moins corrosif pour les avions et plus efficace contre la glace.  “Ce produit sert à abaisser le point de congélation: là où l’eau gèle normalement à 0°C, le sel jusqu’à -5°C et le formiate protège jusqu’à -15 ou -20”, explique-t-il.  Dans les aéroports l’enjeu est crucial en cas de chute de neige et de verglas: si sur une route, les voitures peuvent adapter leur vitesse en fonction des conditions climatiques, un avion en phase de décollage ou d’atterrissage doit atteindre la vitesse de 200 km/h en toute circonstance. Les pistes longues sont déneigées en 35 à 45 minutes en moyenne et pendant la durée du déneigement, le trafic sur la piste est interrompu. Ce qui réduit les capacités de l’aéroport et peut causer la réduction du nombre de vols des compagnies.  Une centaine de vols ont ainsi été annulés mercredi matin dans les aéroports parisiens, dont une cinquantaine à Paris-Orly sur 517 sur une journée. “On n’est pas surpris par la neige”, assure Coralie Chabot, responsable du centre opérationnel en ajoutant que les entraînements ont été menés “toutes les semaines” depuis septembre.”La neige comme aujourd’hui est assez exceptionnelle et nous se sommes pas dimensionnées en termes d’équipes”, ni en termes de postes de stationnement pour les avions, conclut-elle.