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L’audience de Shein devant le tribunal judiciaire renvoyée au 5 décembre

L’audience qui devait se tenir mercredi devant le tribunal judiciaire de Paris pour la possible suspension de la plateforme Shein a été renvoyée au 5 décembre, après demande de l’avocat de l’Etat qui réclame plus de temps.L’avocat de l’Etat a regretté avoir reçu tardivement, mardi soir, les arguments de défense de Shein, dont l’Etat demande une suspension du site pendant trois mois après la découverte de la vente sur la plateforme de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes de catégorie A.Selon M. Le Gunehec, il existe une “contestation assez radicale par Shein de la possibilité même (pour l’Etat) de venir voir le juge”. Il a demandé plus de temps pour analyser les pièces fournies par Shein.- “Volte-face” -Pour l’avocate de Shein, Julia Bombardier, s’exprimant à la sortie de la salle d’audience, il s’agit d’une “volte-face totale” et le renvoi demandé par l’Etat indique que “le gouvernement n’est pas confortable sur le dossier”.De son côté, le ministère public ne s’est pas opposé à la demande de renvoi mais a d’ores et déjà indiqué qu’il ne s’associerait pas à la demande de blocage du site Shein formulée par l’Etat.Selon l’autre conseil de Shein, Kami Haeri, lors de l’audience, la demande de suspension est “obsolète” car les produits incriminés ont été retirés du site de e-commerce après la découverte de leur vente par la Répression des fraudes (DGCCRF) le 31 octobre.Au niveau européen, la Commission européenne “soupçonne que la plateforme de Shein puisse présenter un risque systémique pour les consommateurs dans toute l’Union européenne” et lui a adressé une série de demandes détaillées, a-t-elle précisé mercredi.Shein a pris acte de la demande de renvoi, annonce l’entreprise dans un communiqué à l’AFP. Le groupe fondé en Chine en 2012 mais basé à Singapour explique avoir eu l’intention de présenter mercredi “en détail les dispositifs complets de contrôle (…) déjà en place ainsi que les améliorations significatives que nous avons apportées à nos systèmes de sécurité, de contrôle et de conformité”. Outre la suspension, la vente de contenu pédopornographique peut être punie de sept ans d’emprisonnement et 100.000 euros d’amende. L’absence de filtrage pour les mineurs, comme la vente d’armes, est elle passible de trois ans de prison et 75.000 euros d’amende, selon le code pénal.- Pas seulement Shein -Par ailleurs, la procédure d’assignation devant le tribunal judiciaire utilisée contre Shein va être actionnée par le gouvernement envers deux autres plateformes, AliExpress et Joom, pour ventes de “poupées pédopornographiques”, a annoncé mercredi le ministre du Commerce Serge Papin sur TF1.Cette procédure sera engagée “dans les prochains jours”, a précisé le cabinet du ministre à l’AFP.”C’est un combat qui vise à protéger les consommateurs, qui vise aussi à protéger les enfants, les adolescents”, a expliqué M. Papin.Le ministre avait déjà annoncé mi-novembre le signalement à la justice par le gouvernement des plateformes AliExpress et Joom en même temps que eBay, Temu, Wish, pour la vente de produits illégaux.AliExpress avait assuré que “les annonces concernées (par le signalement) ont été retirées”, après l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris, conjointement à d’autres concernant Shein, Temu, Wish et eBay.La plateforme de commerce en ligne AliExpress est la propriété du géant technologique chinois Alibaba, tandis que Joom est une plateforme russe fondée en 2016.Dans une résolution non contraignante adoptée mercredi, le Parlement européen a lui demandé la possibilité de suspendre plus rapidement les plateformes de e-commerce en cas de violation grave du droit de l’UE.Début novembre, le gouvernement français avait déjà essayé de suspendre Shein avec une procédure administrative. Le groupe avait retiré en conséquence les produits concernés et avait suspendu toutes les ventes réalisées sur son site français par des vendeurs tiers, sa place de marché (ou “marketplace”), ainsi que celles hors habillement. Une première “victoire” selon le gouvernement.

Décarbonation des transports: l’Occitanie inaugure l’autoroute ferroviaire Sète-Calais

Dans le port de Sète (Hérault) une rangée de camions semi-remorques et leurs chauffeurs attendent patiemment de “prendre le train”. Quasi simultanément, en face, une autre rangée de poids-lourds se prépare à descendre des wagons: l’autoroute ferroviaire est née.Le “déchargement horizontal” des remorques de camions, permis par les wagons et dispositifs surbaissés inventés par le constructeur ferroviaire alsacien Lohr, va permettre de “transporter des conteneurs entre la Turquie et la Grande-Bretagne sans voir la route”, a salué mardi la présidente de la région Occitanie Carole Delga lors de l’inauguration du nouveau terminal ferroviaire au port de Sète-Frontignan, en présence du PDG de la SNCF Jean Castex.Le lancement de cette autoroute ferroviaire entre Sète et Calais avait été annoncé par M. Castex lui-même lorsqu’il était Premier ministre en 2020. Elle permettra de transporter 40.000 remorques de camions par an, enlevant autant de poids lourds émetteurs de CO2 de la route, contre 15.000 cette année.En Occitanie, elle s’ajoute à celle qui relie Le Boulou près de Perpignan à la gare de Bettembourg au Luxembourg.- “Un tapis roulant” – Cette exploitation, lancée en 2007, supprime 100.000 camions par an de la route, selon Marie-José Navarre, vice-présidente de Lohr, fabricant alsacien des wagons qui permettent d’accueillir facilement tout type de remorque de camion sans intervention de grues. “Cette liaison, très rentable, c’est un tapis roulant” avec cinq départs par jour, dit-elle.Christian Morin, directeur du site, se réjouit de voir arriver à Sète un nouveau client pour son autoroute ferroviaire: le géant de la vente en ligne Amazon, dont des containers sont visibles sur le port. Le Boulou est tellement saturé, explique-t-il, que les containers Amazon venus d’Espagne en partance pour le Nord de l’Europe viennent à Sète pour être expédiés à Calais.Une troisième autoroute ferroviaire, Cherbourg-Bayonne, a été inaugurée en juillet, celle-ci pour le compte de l’armateur Britanny Ferries. Une quatrième, Bayonne-Bettembourg doit être lancée mi décembre, par VIIA, filiale de Rail Logistics Europe, le nouveau pôle fret de la SNCF.Mercredi, le port de Dunkerque a annoncé qu’il se lançait aussi dans le ferroutage en confiant au groupe Modalis la construction d’un terminal dédié. Il doit être mis en service en mars.  Mais pour M. Castex, les choses ne vont pas assez vite. “Le transport ferroviaire de marchandises ne représente encore que 3% du total du transport de fret” entre la France et l’Espagne, il y a beaucoup à faire, s’est-il désolé devant la presse. Au niveau national, cette part est de 11%, selon l’autorité de régulation des transports ART.Le développement du ferroutage, annoncé depuis plus de 25 ans, est compliqué à mettre en œuvre: il est très couteux en investissements de nouveaux matériels et nécessite que les infrastructures (tunnels, ponts) par lesquelles passent ces nouveaux trains soient adaptées tout le long de très longs parcours. “On travaille sur le temps long”, a ajouté le nouveau patron de la SNCF, confronté parallèlement à l’échec de la ligne de marchandises dite des “primeurs” entre Perpignan et Rungis, fermée depuis l’été 2024, et n’a trouvé aucun repreneur malgré les relances du même Jean Castex lorsqu’il était à Matignon. – Prototype unique au monde – Le transport de marchandises par rail, c’est “la voie à suivre” appuie Carole Delga, qui a fait de la décarbonation des transports une priorité.Mardi, elle a présidé au baptême de la première drague capable de fonctionner à l’hydrogène vert, dans le port de Sète. Ce bateau de 70 mètres, va aspirer le sable et les sédiments pour éviter l’envasement des ports. Conçu par le cabinet d’architecture navale LMG Marin, basé à Toulouse, c’est un prototype unique au monde, qui a reçu le soutien financier de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Il pourra être loué avec ses 20 marins à d’autres ports méditerranéens pour leur éviter de faire venir des dragues couteuses d’Europe du Nord, a indiqué Mme Delga.Mardi, à Sète, a également été inauguré un quai électrique pour réduire les émissions des bateaux à quai qui n’utiliseront plus leurs moteurs diesel en escale. Ce raccordement électrique sera obligatoire pour les bateaux de croisière et de conteneurs d’ici 2030 dans toute l’Union européenne.

Safran inaugure en Inde un site géant de maintenance pour son moteur d’avion vedette

Safran a inauguré mercredi à Hyderabad, en Inde, un centre de maintenance pour son moteur d’avion phare, le Leap, une étape stratégique pour le groupe français dans un pays où le trafic aérien connaît une croissance fulgurante.”L’ouverture de ce site illustre l’importance de l’Inde pour notre groupe”, a souligné mercredi le directeur général de Safran, Olivier Andriès. “Nous sommes fiers d’accompagner la croissance rapide des marchés d’aéronautique civil et militaire dans le pays” et de “contribuer à (son) autonomie stratégique du pays”. Safran entend tripler son chiffre d’affaires en Inde d’ici 2030 pour dépasser les 3 milliards d’euros, dont la moitié sera générée par les implantations indiennes, et multiplier par cinq ses approvisionnements dans le pays. “Au cours des onze dernières années, l’écosystème de l’aviation en Inde a fait un bond décisif, doublant le nombre d’aéroports, d’avions et de passagers”, a rappelé mercredi le ministre de l’Aviation civile, Kinjarapu Rammohan Naidu.Présenté comme le plus grand centre mondial de maintenance et de réparation des moteurs Leap, le site inauguré mercredi est situé à proximité de l’aéroport d’Hyderabad (sud), une ville de 10 millions d’habitants. Fabriqué par Safran et l’américain GE dans le cadre de leur coentreprise CFM, Leap équipe tous les Boeing 737 MAX, environ 60% des Airbus A320neo – les modèles les plus vendus des deux avionneurs – et les COMAC C919 chinois. – “Réduire la dépendance” -Opérationnel début 2026, cet immense atelier de 45.000 m2 a nécessité un investissement de 200 millions d’euros. A terme, il sera doté d’une capacité annuelle de maintenance de 300 moteurs Leap qui équipent la majorité des monocouloirs de nouvelle génération.L’Inde est le troisième marché mondial de CFM, avec cinq compagnies exploitant plus de 400 appareils équipés de moteurs Leap et plus de 2.000 moteurs en commande.Lancé avec 250 employés, le site d’Hyderabad en accueillera à terme jusqu’à 1.100.Jusqu’à présent, les compagnies indiennes faisaient réviser ses moteurs à l’étranger. “D’ici 2030, jusqu’à 90% de la maintenance des moteurs Leap des compagnies indiennes seront réalisés dans cet atelier”, s’est félicité le ministre Naidu. “Cela réduira considérablement la dépendance aux centres étrangers et les coûts, et raccourcira les délais d’exécution”.Safran vend ses moteurs à perte et tire le gros de ses marges des services après-vente et de l’entretien.Présent en Inde depuis soixante-dix ans, notamment dans les turbines d’hélicoptères, le groupe y a récemment renforcé son implantation. Il possède désormais 18 sites industriels et environ 3.000 collaborateurs.- “Ligne d’assemblage” -Safran et la société indienne Hindustan Aeronautics Limited produisent à Bangalore des composants pour les moteurs CM56 et Leap.Cette inauguration a été l’occasion pour les dirigeants du groupe français et des représentants du gouvernement indien de poser la première pierre du futur atelier de maintenance du moteur M88, qui équipe le chasseur Rafale de Dassault Aviation.Il représente un investissement de plus de 40 millions d’euros, pourra réviser plus de 600 modules de moteurs par an et emploiera à terme 150 personnes.Fin avril, New Delhi a signé un accord pour l’acquisition de 26 nouveaux avions de combat pour sa marine. Cette commande est venue s’ajouter à une première, en 2016, de 36 Rafale pour l’armée de l’air indienne.D’autres commandes pourraient être passées dans les prochains mois par New Delhi . “Si cela se concrétise, nous nous engageons pleinement à aller encore plus loin en termes de +Make in India+ (Fabriqué en Inde). Une décision sera de commencer à développer une ligne d’assemblage de ce moteur”, s’est engagé M. Andriès, avec notamment des pièces fabriquées et achetées en Inde.L’Inde est “le seul pays au monde pour lequel nous serions prêts à faire, un tel transfert de technologie”, a-t-il affirmé.Lundi, Safran a par ailleurs signé un accord pour la création d’une coentreprise avec Bharat Electronics Limited, destinée à la production de l’armement air-sol modulaire Hammer.

Le PS propose un emprunt “forcé” auprès des plus riches, la France n’en a “pas besoin” selon Lescure

La France n’a aucun problème pour se financer sur les marchés et “pas besoin” d’un emprunt “forcé” auprès des plus aisés, a affirmé mercredi le ministre de l’Économie Roland Lescure, en réaction à un dispositif proposé par les sénateurs socialistes dans le budget.”Le ministre des Finances, quand il se lève le matin, il a quand même pas mal de problèmes à régler. Heureusement, il y en a un qui ne lui pose pas de problème, c’est le financement de la dette”, a déclaré M. Lescure sur France Inter. “Aujourd’hui, les gens continuent à prêter à la France, et c’est tant mieux. Donc a priori pas besoin d’un emprunt, qui plus est forcé”, a-t-il ajouté. “Surtout s’il est forcé, je pense que cela ne donnerait pas forcément un message très positif”, a-t-il souligné. Plusieurs amendements socialistes au projet de loi de finances pour 2026, mis en avant par Les Echos, proposent d’instaurer un emprunt obligatoire à taux zéro, pour environ 20.000 des contribuables les plus aisés. Plus mesurée, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a affirmé que le gouvernement n’avait “pas tranché de position” sur une proposition qu’il regardait “avec bienveillance”. “Il faut qu’on regarde avec les socialistes les modalités de mise en œuvre”, a-t-elle ajouté lors du compte-rendu du Conseil des ministres, tout en rappelant la position du “socle commun”: pas de taxe qui “viendrait détruire l’emploi, grever l’innovation, freiner tout ce qui fait la croissance française et la réussite des entreprises françaises”.”Ce n’est pas une taxe, ce n’est pas un impôt. C’est du patriotisme fiscal, certes obligatoire, mais qui ne va impacter qu’à la marge les plus grandes fortunes”, a plaidé auprès de l’AFP le président du groupe socialiste au Sénat Patrick Kanner, ravi de voir que cette proposition “interpelle” le gouvernement. “C’est une contribution exceptionnelle, de l’argent frais qui rentre et qu’on n’ira pas emprunter sur les marchés à des taux élevés”, a ajouté le sénateur PS du Nord, qui a peu d’espoirs de voir sa proposition adoptée au Sénat mais table sur son retour par la suite dans la discussion parlementaire.La proposition pourrait rapporter entre 6 et 15 milliards d’euros selon les critères retenus, selon lui. Elle “concernerait 0,05% des foyers fiscaux”, a-t-il calculé.Un amendement identique a été déposé au Sénat par le groupe écologiste. Les débats commencent jeudi sur le projet de loi de finances, rejeté par l’Assemblée nationale en première lecture.”Que les socialistes soient nostalgiques des années Mitterrand, je le comprends. La dernière fois qu’on a fait ça, c’était le gouvernement Mauroy en 1983. Qu’on puisse examiner toutes les formes (…) créatives, innovantes, de financement de la dette de l’État, pourquoi pas. Mais attention, aujourd’hui, je n’ai pas de problème de financement. Je ne compte pas en avoir l’année prochaine non plus”, a réagi M. Lescure.  

Dette américaine, boom de l’IA : les risques pour la stabilité financière demeurent élevés, selon la BCE

Déficits américains élevés et risque de correction brutale des valorisations des entreprises technologiques: ces facteurs outre-Atlantique font peser des risques importants sur la stabilité financière en zone euro, souligne mercredi la Banque centrale européenne.Les États-Unis enregistrent “des déficits budgétaires durablement élevés” qu’il faut financer, alimentant des inquiétudes sur leur capacité à rembourser leur dette à long terme, alors que les taux d’intérêt d’emprunt sont élevés, indique l’institution monétaire dans son rapport semestriel sur la stabilité financière. “Combinées aux inquiétudes du marché concernant l’indépendance des banques centrales, ces évolutions ont affaibli le rôle de valeur refuge des bons du Trésor américain et le dollar américain”, note la BCE.Un dollar plus faible peut, en retour, “amplifier les effets des droits de douane américains sur les exportateurs de la zone euro”, car les entreprises européennes vendant aux États-Unis voient leur compétitivité affectée.Les marchés financiers mondiaux, largement influencés par ce qui se passe aux États-Unis, pourraient aussi être perturbés et cela pourrait mettre à mal la stabilité financière en Europe, ajoute la BCE. Ces tensions se manifesteraient notamment par “des fluctuations désordonnées des devises, des effets négatifs sur la compétitivité commerciale et des variations des coûts de financement pour les États, les entreprises et les banques” du continent.Les marchés ont déjà été secoués en avril quand le président Trump a lancé sa guerre commerciale, obligeant à réévaluer le profil de risque des actifs américains. Depuis, “le risque d’une guerre commerciale a été écarté”, a souligné le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, lors d’une conférence téléphonique.Ces tensions font toutefois partie du paysage mondial, marqué par “des annonces de droits de douane, pauses et revirements”, relève le rapport. La BCE alerte également sur les risques liés à l’engouement autour de l’intelligence artificielle, conduisant à des valorisations excessives des marchés dans la tech américaine, ce qui pourrait entraîner des corrections brutales en Bourse.”Les marchés anticipent un scénario très favorable, dans lequel l’IA serait entièrement mise en œuvre et adoptée”, a pointé M.de Guindos.La tâche de la banque centrale est quant à elle d'”identifier les faiblesses possibles si ce scénario ne se réalise pas, ou s’il y a un accident”.Son message se veut cependant rassurant, la situation actuelle n’étant pas comparable “avec celle des entreprises lors de la bulle Internet” au tournant des année 2000.A l’époque, de nombreuses start-ups technologiques et sites web avaient atteint des capitalisations boursières astronomiques, souvent sans bénéfices réels ni modèle économique viable, avant de s’écrouler.

L’Etat poursuit sa lutte contre les plateformes, Shein devant le tribunal

Face au “Far West” des plateformes d’e-commerce, le gouvernement multiplie les procédures pour les mettre au pas: Shein passe devant le tribunal judiciaire de Paris mercredi et l’Etat s’apprête à assigner en justice AliExpress et Joom.Pour le géant asiatique Shein, l’État, via son avocat, réclame la suspension pour trois mois minimum du site en France et une réouverture sous conditions.Si elle n’est pas attendue mercredi, la décision du tribunal doit être rendue dans les prochains jours.Après la découverte le 31 octobre de la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes de catégorie A sur le site de Shein, l’État a multiplié les procédures envers l’entreprise dont une assignation devant le tribunal judiciaire, qui lui vaut l’audience de mercredi.Selon le code pénal, la vente de contenu pédopornographique peut être punie de sept ans d’emprisonnement et 100.000 euros d’amende. L’absence de filtrage pour les mineurs, comme la vente d’armes, est elle passible de trois ans de prison et 75.000 euros d’amende.La procédure de mercredi n’est “pas une fin en soi”, avait expliqué le ministère de l’Economie mardi, le gouvernement étant dans son ensemble en “ordre de marche” contre “la récurrence systémique des dérives” de Shein et d’autres plateformes.- Pas seulement Shein -C’est cette même procédure d’assignation devant le tribunal judiciaire que veut utiliser le gouvernement envers deux autres plateformes, AliExpress et Joom, pour ventes de “poupées pédopornographiques”, a annoncé mercredi le ministre du Commerce Serge Papin sur TF1.L’assignation en justice est l’acte qui permet de saisir officiellement un juge civil d’un différend entre deux parties. Elle permet de notifier à une personne ou entité visée qu’une procédure judiciaire est engagée contre elle.Cette procédure sera engagée “dans les prochains jours”, a précisé le cabinet du ministre à l’AFP.”C’est un combat qui vise à protéger les consommateurs, qui vise aussi à protéger les enfants, les adolescents”, a expliqué M. Papin.Le ministre avait déjà annoncé mi-novembre le signalement à la justice par le gouvernement des plateformes AliExpress et Joom en même temps que eBay, Temu, Wish, pour la vente de produits illégaux.AliExpress avait assuré que “les annonces concernées (par le signalement) ont été retirées”, après l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris, conjointement à d’autres concernant Shein, Temu, Wish et eBay.La plateforme de commerce en ligne AliExpress est la propriété du géant technologique chinois Alibaba, tandis que Joom est une plateforme russe fondée en 2016.- “Protectionnisme” -Avec une certaine “dose de protectionnisme”, M. Papin dit vouloir protéger “notre industrie” et “nos commerçants” en mettant fin au “Far West numérique”.Selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, “l’objectif n’est pas de s’opposer au commerce pour s’opposer au commerce. On sait bien par ailleurs que beaucoup de Français commandent sur ces plateformes” qui proposent des produits à bas coût.Le gouvernement se dit conscient des difficultés liées au pouvoir d’achat des Français mais veut que les “produits qui sont vendus” sur ces plateformes soient “légaux” et “conformes”.Le gouvernement avait déjà essayé de suspendre Shein avec une procédure administrative début novembre. Le groupe avait retiré en conséquence les produits incriminés et avait été plus loin en suspendant toutes les ventes réalisées sur son site français par des vendeurs tiers, sa place de marché (ou “marketplace”), ainsi que celles hors habillement. Une première “victoire” selon le gouvernement.L’entreprise fondée en Chine en 2012 mais basée à Singapour a ouvert un magasin au grand magasin BHV à Paris début novembre et prévoit d’en ouvrir cinq autres en France. mvn-ole-hrc-led/ak/eb

Décarbonation: l’Occitanie inaugure l’autoroute ferroviaire Sète-Calais

Dans le port de Sète (Hérault) une rangée de camions semi-remorques et leurs chauffeurs attendent patiemment de “prendre le train”. Quasi simultanément, en face, une autre rangée de poids lourds se prépare à descendre des wagons: l’autoroute ferroviaire est née.Le “déchargement horizontal” des remorques de camions, permis par les wagons et dispositifs surbaissés inventés par le constructeur ferroviaire alsacien Lohr, va permettre de “transporter des conteneurs entre la Turquie et la Grande-Bretagne sans voir la route”, a salué mardi la présidente de la région Occitanie Carole Delga lors de l’inauguration du nouveau terminal ferroviaire au port de Sète-Frontignan, en présence du PDG de la SNCF Jean Castex.Le lancement de cette autoroute ferroviaire entre Sète et Calais avait été annoncé par M. Castex lui-même lorsqu’il était Premier ministre en 2020. Elle pourra permettre de transporter à terme 40.000 remorques de camions par an, enlevant autant de poids lourds émetteurs de CO2 de la route, contre 15.000 attendus cette année.En Occitanie, elle s’ajoute à celle qui relie Le Boulou près de Perpignan à la gare de Bettembourg au Luxembourg.- “Un tapis roulant” – Cette exploitation, lancée en 2007, supprime au moins 100.000 camions par an de la route, selon Marie-José Navarre, vice-présidente de Lohr, fabricant alsacien des wagons qui permettent d’accueillir facilement tout type de remorque de camion sans intervention de grues. “Cette liaison, très rentable, c’est un tapis roulant” avec cinq départs par jour, dit-elle.Christian Morin, directeur du site, se réjouit de voir arriver à Sète un nouveau client: le géant de la vente en ligne Amazon, dont des containers sont visibles sur le port. Le Boulou est tellement saturé, explique-t-il, que les containers Amazon venus d’Espagne en partance pour le Nord de l’Europe viennent à Sète pour être expédiés à Calais.Une troisième ligne d’autoroute ferroviaire, Cherbourg-Bayonne, a été inaugurée en juillet cette année, celle-ci pour le compte de l’armateur Britanny Ferries. Une quatrième, Bayonne-Bettembourg doit être lancée mi décembre, par VIIA, filiale de Rail Logistics Europe, le nouveau pôle fret de la SNCF, qui exploite aussi Sète et Le Boulou.Mais pour M. Castex, les choses ne vont pas assez vite. “Le transport ferroviaire de marchandises ne représente encore que 3% du total du transport de fret”, il y a beaucoup à faire, s’est-il désolé devant la presse.Le développement du ferroutage, ou autoroutes ferroviaires, annoncé depuis plus de 25 ans, est compliqué à mettre en œuvre car toutes les normes internationales du transport doivent être alignées (camions, rails, sécurité…), et très couteux en investissements. “On travaille sur le temps long” a ajouté le nouveau patron de la SNCF, confronté parallèlement à l’échec de la ligne de marchandises dite des “primeurs” entre Perpignan et Rungis, qui est fermée depuis l’été 2024, et n’a trouvé aucun repreneur malgré le soutien et les relances du même Jean Castex lorsqu’il était à Matignon. – Prototype unique au monde – Le transport de marchandises par rail, c’est “la voie à suivre” appuie Carole Delga, qui a fait de la décarbonation des transports une priorité.Mardi, elle a présidé au baptême de la première drague capable de fonctionner à l’hydrogène vert, dans le port de Sète. Ce bateau de 70 mètres, va aspirer le sable et les sédiments pour éviter l’envasement des ports. Conçu par le cabinet d’architecture navale LMG Marin, basé à Toulouse, c’est un prototype unique au monde, qui a reçu le soutien financier de l’Ademe. Il pourra être loué avec ses 20 marins à d’autres ports méditerranéens pour leur éviter de faire venir des dragues couteuses d’Europe du Nord, a indiqué Mme Delga.Mardi, à Sète, a également été inauguré un quai électrique pour réduire les émissions des bateaux à quai qui n’utiliseront plus leurs moteurs diesel en escale. Ce raccordement électrique sera obligatoire pour les bateaux de croisière et de conteneurs d’ici 2030 dans toute l’Union européenne.

Inde: Safran inaugure un site de maintenance de son moteur vedette

Safran a inauguré mercredi à Hyderabad en Inde, un centre de maintenance pour son moteur d’avion phare le Leap, une étape stratégique pour le groupe français dans un pays où le trafic aérien connaît une croissance fulgurante. “L’ouverture de ce site illustre l’importance de l’Inde pour notre groupe”, a souligné mercredi le directeur général de Safran Olivier Andriès. “Nous sommes fiers d’accompagner la croissance rapide des marchés d’aéronautique civil et militaire dans le pays ainsi qu’à contribuer à l’autonomie stratégique du pays”, a-t-il ajouté lors de l’inauguration. Safran entend tripler son chiffre d’affaires en Inde d’ici 2030 pour dépasser les 3 milliards d’euros, dont la moitié sera générée par les implantations indiennes, et multiplier par cinq ses approvisionnements dans le pays. Les perspectives dans le quatrième marché aérien au monde sont immenses pour le groupe français. “Au cours des 11 dernières années, l’écosystème de l’aviation en Inde a fait un bond décisif, doublant le nombre d’aéroports, d’avions et de passagers”, a rappelé mercredi le ministre de l’Aviation civile, Kinjarapu Rammohan Naidu.Le plus grand centre au monde de maintenance et de réparation des moteurs Leap inauguré mercredi, se situe à proximité de l’aéroport d’Hyderabad, une ville du centre du pays de près de dix millions d’habitants. Fabriqué par Safran et l’américain GE dans le cadre de leur coentreprise CFM, Leap équipe tous les Boeing 737 MAX et environ 60% des Airbus A320neo – les modèles les plus vendus des deux avionneurs – ainsi que les appareils chinois COMAC C919. Opérationnel à partir de début 2026, cet immense atelier d’une superficie de 45.000 m2 représente un investissement total de 200 millions d’euros et sera opérationnel début 2026. A terme, il sera doté une capacité annuelle de maintenance de 300 moteurs Leap qui équipent aujourd’hui la majorité des avions monocouloirs de nouvelle génération. L’Inde est le troisième marché mondial de CFM avec cinq compagnies aériennes indiennes exploitant plus de 400 appareils équipés de ses moteurs Leap et plus de 2.000 moteurs en commande. Au départ, ce site emploiera plus de 250 personnes et jusqu’à 1.100 à terme chargées de démonter, inspecter et réassembler plus de 300 réacteurs par an. Jusqu’à présent, les compagnies indiennes faisaient réviser les deux moteurs que comptent ces appareils monocouloir à l’étranger. “D’ici 2030, jusqu’à 90% de la maintenance des moteurs Leap des compagnies indiennes sera réalisée dans cet atelier, s’est félicité le ministre de l’Aviation civile, Kinjarapu Rammohan Naidu. “Cela permettra de réduire considérablement la dépendance aux centres étrangers, les coûts et de raccourcir les délais d’exécution”, a-t-il souligné.

Le chinois JD.com a accepté les conditions posées par Bercy en vue d’une entrée indirecte au capital de Fnac Darty, affirme Lescure

Le géant chinois de l’e-commerce JD.com a accepté les conditions posées par Bercy pour devenir de manière indirecte le deuxième actionnaire de Fnac Darty, a indiqué mercredi le ministre de l’Economie, Roland Lescure sur France Inter.Soulignant que Fnac n’était “pas un commerçant comme un autre”, Roland Lescure a affirmé s’être entretenu avec le groupe JD.com pour le “sensibiliser au caractère culturel du commerce en question et (…) pour poser des conditions. Ils les ont acceptées”. “Ces conditions sont très simples”, a-t-il explicité: “ils vont rester un actionnaire (…) dormant, aucun droit de gouvernance, aucun impact sur la gestion de l’entreprise”. “On passe d’un actionnaire allemand à un actionnaire chinois, qui n’aura aucun impact ni sur la gestion, la gouvernance”, a-t-il ajouté. JD.com, qui veut renforcer sa présence en Europe, est en cours de finalisation du rachat, pour quelque 2,2 milliards d’euros, du distributeur allemand Ceconomy, qui détient 22% du capital du distributeur français, ce qui en fait le deuxième actionnaire derrière le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky (28%). En septembre, face à l’arrivée attendue de JD.com au capital de Fnac Darty, le ministère de l’Economie avait demandé au groupe chinois de déposer une demande d’examen au titre du contrôle des investissements étrangers en France (IEF), ce qu’il a fait. Cette procédure visant à préserver les intérêts économiques de la France dans certains secteurs sensibles n’était finalement pas applicable dans ce cas, a expliqué Bercy à l’AFP, ajoutant avoir néanmoins demandé à JD.com de respecter certaines conditions dans le cadre de l’opération. Parmi ces dernières, outre la non intervention dans la gestion, “JD et Ceconomy se sont engagés à ne pas augmenter leur participation au capital de Fnac” et à ne pas en prendre le contrôle, selon le ministère de l’Economie.”La gouvernance de Fnac, qui est composée d’administrateurs indépendants, ne sera pas modifiée”, a-t-il ajouté.  Le directeur général de Fnac Darty, Enrique Martinez, a dit mercredi avoir “pris acte des annonces du ministre de l’Economie et des Finances et des garanties obtenues par le gouvernement de la part de JD.com dans l’hypothèse où le rachat de Ceconomy serait mené à son terme”. “Ceconomy n’est pas représenté au conseil d’administration et n’aura pas d’influence directe ou indirecte dans la gouvernance de notre groupe, qui pourra ainsi continuer à déployer sa feuille de route stratégique”, a-t-il ajouté dans une réaction écrite transmise à l’AFP. JD.com a par ailleurs lancé en France sa plateforme de vente en ligne Joybuy, où l’on trouve tous types de produits, de l’électronique aux vêtements, en passant par de l’alimentaire.

A Kinshasa, des terres agricoles englouties par le béton

Le chant des oiseaux et le bruit d’une rivière dans les environs de Kinshasa offrent une quiétude oubliée dans la capitale grouillante de la République démocratique du Congo (RDC), qui ne cesse de s’étendre, en engloutissant les terres agricoles.La vallée de Kimwenza, située aux marges de la mégapole de quelque 17 millions d’habitants, a deux faces: un versant a déjà disparu sous le béton, l’autre est encore couvert de forêts et de champs où s’alignent sagement épinards, oseille et ciboulette, cultures typiques de l’agriculture locale qui est à la peine.Kimwenza était jusqu’à récemment considérée comme un “grenier” pour nourrir Kinshasa, explique à l’AFP Ruphin Kinzonzi, un agriculteur du coin.  Au lever du jour, une procession de commerçantes traverse la rivière sur un pont de bois, panier sur la tête. Elles viennent chercher au pied des champs de M. Kinzonzi les produits qu’elles livreront en ville. Des volumes toutefois insignifiants comparés aux besoins. La RDC dispose de près de 80 millions d’hectares de terres arables et quatre millions de terres irrigables. Mais seul 1% est cultivé, selon une étude la FAO publiée en 2022.Connu pour ses ressources minières, le pays connait un “effet d’éviction des secteurs de l’économie autres que le secteur minier”, note l’organisation. Les entreprises qui importent des produits alimentaires “parviennent souvent à contourner les barrières tarifaires”, ajoute-t-elle, tandis que les producteurs locaux doivent composer avec des routes en mauvais état, jalonnées de barrières où sont prélevées des taxes illégales.Poulets importés du Brésil critiqués pour leur mauvaise qualité, fruits et légumes sud-africains ou importés par avion d’Europe envahissent les supermarchés kinois, et les prix sont souvent exorbitants.- “Petits moyens” -Sylvia Nkelane a quitté son quartier pauvre et densément peuplé pour travailler à Kimwenza. Cette ancienne éducatrice de maternelle ne connaissait rien à l’agriculture, mais son école a fermé, et elle s’est retrouvée contrainte à la débrouille, comme des millions de Kinois précaires. Elle a du verser une caution pour avoir le droit d’exploiter sa petite parcelle d’environ dix mètres sur trois et paie chaque mois un loyer. “Mais c’est provisoire”, déplore la jeune femme, pieds nus dans la terre fraichement sarclée. “Ici, c’est une concession privée, nous sommes là juste pour quelque temps, et si devions partir, nous n’aurions nulle part où aller”, dit-elle. La spéculation immobilière pousse de nombreux propriétaires terriens à transformer les parcelles agricoles en terrains à bâtir. Par ailleurs, les petits cultivateurs comme Sylvia ont rarement les moyens d’acheter outils, engrais et insecticides. “On est obligé de faire avec nos petits moyens, c’est compliqué”, déplore Ruphin, son voisin de parcelle. Seule une petite moitié des ménages agricoles congolais accède à des semences de qualité, et la quasi-totalité n’utilisent pas d’engrais, selon une étude du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) parue en 2024.- Sol “pauvre” -Malgré les pluies abondantes, la région de Kinshasa n’est guère propice à l’agriculture. La faute aux “sols sableux, à faible capacité de rétention d’eau et pauvres en matière organique”, qui caractérisent les rives du fleuve Congo, selon la FAO.Au nord-ouest de la ville, une ferme pilote, soutenue par le Programme alimentaire mondial (PAM), tente de transformer ce sable en terre exploitable.  Plants de carottes et papayers ont surgi d’un rectangle de terre sombre, grâce à une technique de fertilisation à base d’engrais biologiques, obtenus avec un mélange de compost et de fientes de poules, développée par Oswald Symenouh, agronome à la tête de l’entreprise qui exploite la ferme.”Ca permet la rétention d’eau, parce que la texture du sol a changé”, explique-t-il. Mais il faut environ “deux ans pour que ce sol soit bon à utiliser pour les différentes cultures maraichères”. Un investissement à long terme difficilement envisageable pour des petits agriculteurs, qui doivent être “formés et accompagnés”, concède-t-il.  Selon l’ONU, plus de 26 millions de personnes en RDC risquent de se trouver en situation d’insécurité alimentaire sévère d’ici début 2026.