Test

Mercosur: l’Union européenne donne son feu vert, sans la France

Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l’Union européenne a donné son feu vert à l’accord de libre-échange avec le Mercosur vendredi, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France.Grâce à ce soutien d’une majorité d’Etats européens, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen pourrait se rendre dès lundi au Paraguay afin de signer ce traité commercial avec l’Amérique latine. L’Italie a été décisive pour valider l’accord, ardemment soutenue par l’Espagne et l’Allemagne. Berlin a salué un “signal important” d’une Europe qui mise sur de “nouveaux partenariats” quand “d’autres se referment et adoptent une politique commerciale de plus en plus agressive”.Comme la Hongrie, la Pologne, l’Irlande et l’Autriche, la France a voté contre cet accord “d’un autre âge” et compte poursuivre la bataille au Parlement européen, qui se penchera sur la ratification du traité dans les semaines qui viennent.Le scrutin pourrait être serré dans l’hémicycle où les considérations nationales pèseront. Environ 150 eurodéputés, sur 720, appellent à se tourner vers la justice pour tenter d’obtenir la suspension de l’application de l’accord, alors que la contestation agricole s’amplifie.- Le Pont de l’Europe bloqué -La FNSEA, le premier syndicat agricole français, a promis un grand rassemblement devant le siège du Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier.Dès vendredi, une cinquantaine de tracteurs d’agriculteurs français et allemands ont bloqué le Pont de l’Europe reliant Strasbourg à Kehl, de l’autre côté du Rhin.Deux autoroutes à la frontière franco-belge étaient également bloquées, ainsi qu’un dépôt pétrolier dans le Nord de la France.Des agriculteurs et leurs tracteurs étaient aussi à Paris jeudi et vendredi pour dénoncer tout à la fois le Mercosur, le prix des engrais et la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.Négocié depuis 1999, cet accord crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, entre l’Union européenne, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.Pour ses détracteurs, il va bousculer l’agriculture européenne à coup de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants. Pour ses thuriféraires, il va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, bousculée par la concurrence chinoise et les droits de douane aux Etats-Unis.En supprimant une large part des droits de douane, ce traité favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages. Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de boeuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.- “Echec diplomatique” français -Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord. L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.Sur ce volet, les Vingt-Sept se sont alignés vendredi sur la position mieux disante du Parlement européen pour protéger les agriculteurs en cas de déstabilisation du marché.La Commission déclenchera une enquête si les prix du Mercosur sont inférieurs d’au moins 5% à ceux de l’UE et que le volume des importations augmente de plus de 5%. Et elle pourra temporairement remonter les taxes douanières en cas de préjudice grave.Mardi, Ursula von der Leyen avait également proposé un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE, avec 45 milliards d’euros débloqués de façon anticipée.Mais rien n’y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle. En France, empêtrée dans l’instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, “pas acceptable en l’état”.Mais la pression était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l’accord. Et même malgré le non d’Emmanuel Macron au Mercosur, l’extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d’aboutir. La gauche radicale a également annoncé le dépôt d’une motion de censure à l’Assemblée.L’UE va aller signer un accord commercial contre l’avis de la première puissance agricole européenne, une situation quasiment inédite.Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes en faveur des agriculteurs. Mais c’est “un échec diplomatique et tactique”, cingle un ancien ministre français, anonymement. 

A la Bourse de Paris, le CAC 40 atteint des sommets inédits

Le CAC 40, l’indice vedette de la Bourse de Paris, a établi un record en séance vendredi, à 8.317,82 points, dans un début d’année marqué par la forte hausse des valeurs de la défense en Europe, recherchées en raison du contexte géopolitique tendu.Vers 12H15 GMT (13H15, heure de Paris), le CAC 40 progressait de 0,84%, à 8.312,77 points, peu après avoir dépassé son dernier point haut du 13 novembre 2025.En cette sixième séance de 2026, l’indice affiche une progression d’environ 2% depuis le début de l’année, en ligne avec les autres principales places boursières européennes, qui elles aussi ont signé des records cette semaine.L’indice DAX, équivalent du CAC 40 pour la Bourse de Francfort, a atteint de nouveaux sommets en séance et en clôture, tout comme le FTSE 100 londonien et l’Ibex 35 madrilène.Sur la cote parisienne, les plus fortes progressions depuis le début de l’année sont à attribuer aux entreprises de la défense et de l’aéronautique. Thales grimpe de plus de 15%, Airbus de plus de 7% et Safran de près de 6%.”Le marché a conclu l’année 2025 en pensant qu’on s’acheminait vers un début de solution sur la crise ukrainienne et puis 2026 a débuté sur l’opération américaine au Venezuela et le marché se demande si c’était la première d’une série d’actions militaires des Etats-Unis”, commente Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marchés à IG France.Samedi dernier, des forces spéciales américaines ont enlevé le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas et les ont transportés à New York pour y être jugés pour des accusations de trafic de drogue. Depuis, Donald Trump a déclaré ouvertement que les États-Unis allaient “diriger” le Venezuela et que les entreprises américaines contrôleraient son pétrole.”Dès lors qu’on cible le Venezuela, on considère que les Etats-Unis envoient aussi un message de force brute et géopolitique fort à la Chine et à la Russie, mais les tensions sur le Groenland jouent aussi pour les investisseurs européens, parce qu’elles touchent directement l’Union européenne, ce qui tend fortement les relations diplomatiques”, poursuit l’analyste.Le président américain martèle que les Etats-Unis doivent prendre le contrôle du Groenland, territoire autonome danois, pour assurer leur sécurité face à la Chine et à la Russie.La Maison Blanche, tout en refusant d’exclure l’option militaire, a fait savoir que le président réfléchissait “activement” à un achat de l’immense île arctique.Outre les valeurs de la défense, celles du luxe, qui pèsent lourd dans l’indice CAC 40, progressent depuis le début de l’année: Hermès s’octroie 3,16%, L’Oréal 4,49% et Kering 5,91%. La première capitalisation boursière du CAC 40, LVMH, leader du secteur, est en revanche à l’équilibre.

Le monde agricole ne décolère pas contre le Mercosur, voté à Bruxelles

Repli des tracteurs de la Coordination rurale et entrée en scène de ceux de la Confédération paysanne, qui dénonce l’interpellation de deux de ses responsables devant l’Arc de Triomphe: la mobilisation agricole se poursuit vendredi en France, contre le Mercosur et la politique sanitaire du gouvernement.Le vote vendredi à Bruxelles de ce traité de libre-échange entre l’Union européenne et des pays latino-américains, malgré l’opposition de la France et des agriculteurs qui craignent un déferlement de boeuf, volailles et sucre produits avec des normes moins disantes que les règles européennes, devrait amplifier la colère qui éclate depuis début décembre dans les campagnes.Deux porte-parole de la Confédération paysanne ont été interpellés devant l’Arc de Triomphe où ils marchaient avec des militants après une opération escargot sur le périphérique parisien. Le syndicat a dénoncé des “arrestations scandaleuses” et “violentes”.Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur X “une grave mise en cause de la liberté de manifestation”, peu après le dépôt par son parti la France insoumise d’une motion de censure contre le gouvernement, notamment pour protester contre l’accord de libre-échange.Avant l’aube, plusieurs dizaines d’agriculteurs de la Confédération paysanne sont entrés sur le périphérique à l’est, porte de Montreuil, avec six tracteurs. Vers 11H00, des tracteurs étaient bloqués dans l’ouest de Paris, porte Maillot, accompagnés de militants de la CGT et des Soulèvements de la terre.”C’est le Mercosur qu’il faut abattre, pas nos vaches!”, a déclaré Nicolas Fortin, secrétaire général du 3e syndicat agricole français, historiquement marqué à gauche, opposé au libre-échange et très engagé contre la gestion actuelle de l’épizootie de dermatose qui frappe les bovins.- “Un exploit” -Une position défendue la veille par les “bonnets jaunes” de la Coordination rurale (CR), 2e syndicat agricole, coutumier des opérations coup de poing et dont certains responsables dans le Sud-Ouest ne cachent pas leur proximité avec l’extrême droite.”Mercosur mort à coup sûr”, clamait une pancarte accrochée à un tracteur de la CR jeudi à l’Arc de Triomphe, où ils n’ont pas été inquiétés par les forces de l’ordre.Après avoir cheminé de leurs bastions du Sud-Ouest, de Normandie ou du Nord, les agriculteurs de la CR ont réussi leur démonstration de force, parvenant à entrer dans la capitale, jusque devant l’Assemblée nationale malgré les interdictions de rassemblements non déclarés devant le grandes institutions parisiennes.Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensées jeudi par le ministère de l’Intérieur en Ile-de-France, hors de la capitale. Laurent Nunez a assumé de n’avoir pas dispersé cette action “illégale”.Dans la soirée, le président du syndicat, l’éleveur Bertrand Venteau, a appelé ses troupes au repos, promettant de “revenir” en force si besoin.- Actions dans plusieurs régions -Des actions sont prévues vendredi dans plusieurs régions, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne.Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France-Belgique. L’entrepôt pétrolier de Haulchin (Nord) est bloqué par des tracteurs de la CR.La gendarmerie a fait état de plusieurs blocages routiers à 7h30, à Beaune (Bourgogne) mais aussi en Lozère, dans le Tarn et dans le Pays Basque.L’accès au dépôt de carburant de Bassens, sur le port de Bordeaux, est toujours bloqué par des agriculteurs de la CR.”C’est une descente aux enfers (…) Les produits qui rentrent du Mercosur sont moins chers, parce qu’ils produisent du maïs sur des milliers d’hectare”, avec des OGM interdits en Europe, se désole ean-Michel Larrère, président de la FDSEA des Landes lors d’un rassemblement dans une zone portuaire près de Bayonne. “C’est une distorsion complète”, ajoute cet éleveur de poulet qui compare son prix, 7 euros, au “poulet ukrainien deux fois moins cher au poulet brésilien à 2,5 euros”.Depuis début décembre, la mobilisation s’est durcie, pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, la signature imminente du traité de libre-échange UE-Mercosur, la faiblesse des prix des céréales et la hausse de celui des engrais. Les annonces de Paris et de Bruxelles en faveur des agriculteurs n’ont pas suffi et l’annonce d’un “non” au Mercosur de la France, qui n’est pas parvenue à réunir une minorité de blocage à Bruxelles, signifie surtout, pour les syndicats, la “faiblesse” et “l’isolement” de la première puissance agricole européenne.La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés des Jeunes agriculteurs, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier contre l’accord de libre-échange.

Trump veut rallier les majors pétrolières à sa stratégie au Venezuela

Donald Trump a promis vendredi “au moins 100 milliards de dollars” d’investissements au Venezuela des grands groupes pétroliers américains, qu’il tente de rallier à sa stratégie de mise sous tutelle du pays pour de nombreuses années.”Au moins 100 milliards de dollars seront investis par les GRANDES COMPAGNIES PÉTROLIÈRES, que je rencontrerai toutes aujourd’hui à la Maison Blanche”, a écrit le président américain sur son réseau social Truth Social.Il s’est félicité de la “coopération” avec le Venezuela, “notamment ce qui concerne la reconstruction (…) des infrastructures pétrolières et gazières” du pays et a affirmé avoir de ce fait “annulé” une “deuxième vague d’attaques précédemment envisagée” contre Caracas.Donald Trump avait officialisé la réception vendredi de “tous les grands patrons du secteur pétrolier ici à la Maison Blanche”, dans un entretien jeudi avec la chaîne Fox News.Le président américain a indiqué que “14 entreprises” étaient attendues, “les plus importantes personnes dans le pétrole dans le monde”, et assuré que ces sociétés allaient “dépenser au moins 100 milliards” de dollars au Venezuela.Selon NBC News, les dirigeants d’Exxon Mobil, Chevron et ConocoPhillips notamment sont attendus à la Maison Blanche.Seul Chevron dispose aujourd’hui d’une licence au Venezuela. Les deux autres groupes ont quitté le territoire en 2007, refusant les conditions de l’ancien dirigeant Hugo Chavez imposant que l’Etat devienne actionnaire majoritaire de toutes les entreprises présentes dans le pays. Le président américain ne cache pas que le pétrole est au coeur de sa stratégie pour le pays, dont il a fait capturer le président désormais déchu Nicolas Maduro.Caracas dispose des plus grandes réserves prouvées de brut du monde avec 303.221 millions de barils, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), devant l’Arabie saoudite (267.200 millions) et l’Iran.Mais la production est faible, plafonnée à 1 million de barils par jour, après des décennies de sous-investissement qui ont laissé les infrastructures pétrolières en piteux état.Pour Donald Trump, voilà une manne qu’il suffit d’exploiter pour faire baisser encore les cours du brut, l’une de ses priorités.Encore faut-il convaincre les majors américaines d’investir malgré l’instabilité politique, les questions sur la sécurité et la perspective de lourdes dépenses pour remettre l’outil de production en état.- “Beaucoup de temps” -Le président américain avait annoncé mardi que les “autorités par intérim du Venezuela (allaient) remettre aux Etats-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole sous sanction et de haute qualité”, soit de un à deux mois de production.”Ce pétrole sera vendu au prix du marché et l’argent sera contrôlé par moi”, avait-t-il ajouté. Il a plus tard assuré que les recettes serviraient au Venezuela uniquement pour acheter des produits américains.Le ministre américain de l’Energie, Chris Wright, a lui jugé possible d’ “obtenir plusieurs centaines de milliers de barils par jour de production supplémentaire à court et moyen terme, si les conditions sont réunies”.Washington a instauré, durant le premier mandat de Donald Trump, un embargo pétrolier visant à asphyxier économiquement le pays qui dépend de ses exportations d’or noir.Et à son retour à la Maison Blanche l’an dernier, le républicain a mis fin à l’essentiel des licences permettant aux multinationales du pétrole et du gaz d’opérer au Venezuela, à l’exception de celle de Chevron.Washington se dit prêt à lever les sanctions “de manière sélective” pour pouvoir commercialiser le pétrole vénézuélien sur le marché du pétrole traditionnel.”A long terme, nous créerons les conditions pour que les grandes entreprises américaines qui étaient présentes auparavant, ou qui ne l’étaient pas mais qui souhaitent s’implanter, puissent s’y installer”, a assuré mercredi Chris Wright.Mais “pour revenir aux chiffres historiques de production (…), cela nécessite(ra) des dizaines de milliards de dollars et beaucoup de temps”, a reconnu le ministre, promettant le soutien de l’administration américaine.Le brut vénézuélien est réputé visqueux, difficile à raffiner. Le ministère américain de l’Energie prévoit déjà d’expédier du pétrole léger pour qu’il soit mélangé à la production vénézuélienne, afin de “l’optimiser”.Il compte aussi autoriser l’envoi d’équipements et d’experts dans le pays pour remettre à niveau les infrastructures.

Le monde agricole ne décolère pas, des tracteurs sur le périphérique parisien

Repli des tracteurs de la Coordination rurale et entrée en scène de ceux de la Confédération paysanne sur le périphérique parisien: la mobilisation agricole se poursuit vendredi en France, contre le Mercosur et la politique sanitaire du gouvernement.Le “non” de la France au Mercosur, finalement décidé par le président Emmanuel Macron, et la quasi-certitude d’un vote en faveur de ce traité de libre-échange entre l’Union européenne et des pays latino-américains laissent un goût amer aux agriculteurs, mobilisés depuis des mois contre ce traité.Avant l’aube, plusieurs dizaines d’agriculteurs de la Confédération paysanne sont entrés sur le périphérique parisien, porte de Montreuil, avec six tracteurs, bloquant la circulation, un peu avant 7h30.”Non! Non! Non au Mercosur!”, ont-ils scandé, brandissant des fumigènes, a constaté une journaliste de l’AFP.”C’est le Mercosur qu’il faut abattre, pas nos vaches!”, a déclaré Nicolas Fortin, secrétaire général du 3e syndicat agricole français, historiquement opposé au libre-échange et très engagé dans l’opposition à la gestion actuelle de l’épizootie de dermatose qui frappe les bovins.- “Un exploit” -Accompagnés de militants du mouvement écologiste Les Soulèvements de la terre et d’étudiants d’AgroParisTech, ils ont dit leur rejet de la “maladie du libre-échange”.Une position défendue la veille par les “bonnets jaunes” de la Coordination rurale (CR), 2e syndicat agricole, coutumier des opérations coup de poing et idéologiquement très loin de l’altermondialisme de la Confédération paysanne.”Mercosur mort à coup sûr”, clamait une pancarte accrochée à un tracteur de la CR parvenu jeudi au pied de l’Arc de Triomphe.Après avoir cheminé de ses bastions du Sud-Ouest, de Normandie ou du Nord, les agriculteurs de la CR ont réussi leur démonstration de force, parvenant à entrer dans la capitale, jusque devant l’Assemblée nationale.Dans la soirée, le président du syndicat, l’éleveur Bertrand Venteau, a appelé ses troupes au repos. L’ensemble des agriculteurs et leurs engins avaient quitté Paris vers 22H00, selon la police.”Ce qui a été fait, c’est un exploit”, a-t-il dit à ses troupes, juché sur un tracteur, promettant de “revenir” en force si besoin. Des actions de blocages routiers et manifestations sont prévues dans certaines régions, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne, soit un troisième hiver d’affilée marqué par des mouvements d’agriculteurs.Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France-Belgique, selon la préfecture.La gendarmerie a fait état de plusieurs blocages routiers à 7h30, à Beaune (Bourgogne) mais aussi en Lozère, dans le Tarn et dans le Pays Basque.L’accès au dépôt de carburant de Bassens, sur le port de Bordeaux, par des agriculteurs de la CR se poursuit, ont constaté des journalistes de l’AFP.- Prêts à “revenir” -Depuis début décembre, la mobilisation s’est durcie dans les campagnes françaises, pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, la signature imminente du traité de libre-échange UE-Mercosur, la faiblesse des prix des céréales et la hausse de celui des engrais.L’annonce d’un “non” au Mercosur de la France, qui n’est pas parvenue à réunir une minorité de blocage à Bruxelles, signifie surtout, pour les syndicats, la “faiblesse” et “l’isolement” de la première puissance agricole européenne.En dépit des déclarations jeudi soir de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui a revendiqué “un non puissant” contre ce traité et vanté les avancées obtenues par Paris, notamment pour faire baisser le prix des engrais et préserver le budget de la Politique agricole commune (PAC).Ces dernières semaines, le gouvernement français et Bruxelles ont multiplié les annonces, mais la pilule du Mercosur ne passe pas pour de nombreux agriculteurs, qui craignent l’arrivée de bœuf, sucre et de volailles sud-américains produits avec des normes moins disantes que celles imposées aux européens.La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés des Jeunes Agriculteurs, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier. De son côté, le président de la CR a promis un combat “dur et long”. Il a de nouveau appelé à un “moratoire sur les contrôles” dans les fermes jusqu’à la présidentielle.Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensées jeudi par le ministère de l’Intérieur en Ile-de-France, hors de la capitale.

Mercosur: l’UE proche d’un accord après vingt-cinq ans de suspense

Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne est sur le point de conclure l’accord commercial avec le Mercosur, qui pourrait recevoir l’aval des Etats européens vendredi, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France.Depuis 1999, la Commission européenne mène des tractations ardues pour créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.Entre fausses promesses de dénouement imminent et longues mésententes, les négociations ont achoppé des années durant sur la question agricole.Cette fois, Bruxelles croit l’accord à portée de main.Pour ses détracteurs, il va bousculer l’agriculture européenne à coups de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants. Pour ses thuriféraires comme l’Allemagne et l’Espagne, cet accord va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, affaiblie par la concurrence chinoise et les droits de douane aux Etats-Unis.En dépit de la contestation redoublée des agriculteurs européens, en particulier en France, Ursula von der Leyen espère parapher ce traité lundi au Paraguay.Avant de se rendre en Amérique latine, la présidente de la Commission européenne a besoin de la bénédiction des Etats européens, à la majorité qualifiée, lors d’un vote attendu ce vendredi en fin de matinée.L’Italie, qui avait demandé un délai supplémentaire en décembre, semble cette fois prête à donner son aval, potentiellement décisif.La France est toujours contre, comme l’a annoncé Emmanuel Macron jeudi soir, invoquant un “rejet unanime” de la classe politique hexagonale.La Pologne, la Hongrie, l’Irlande, mais aussi l’Autriche devraient également s’y opposer, sans parvenir à bloquer l’accord pour autant.Ce traité entre l’UE et quatre pays du Mercosur créerait une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, réclamée par les milieux d’affaires.En supprimant une large part des droits de douane, il favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages. Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de boeuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.- “Echec diplomatique” pour la France -Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord. L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles ou un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE.Mais rien n’y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle. “Il y a beaucoup de peine. Il y a beaucoup d’énervement et ça devient de plus en plus tendu”, confiait Judy Peeters, un représentant des agriculteurs belges, lors d’une action de blocage jeudi soir sur un échangeur autoroutier au sud de Bruxelles.En Grèce, les agriculteurs ont multiplié cette semaine les barrages routiers et intensifié leur mobilisation entamée fin novembre, notamment contre le Mercosur.En France, des tracteurs étaient à Paris jeudi et vendredi pour dénoncer tout à la fois le Mercosur, le prix des engrais ou la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.Empêtré dans l’instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, “pas acceptable en l’état”.Mais la pression politique était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l’accord. Et même malgré le non d’Emmanuel Macron au Mercosur, l’extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d’aboutir.L’Union européenne s’apprête à approuver un traité commercial contre l’avis de la première puissance agricole du continent, une situation quasiment inédite.Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes “incontestables” en faveur des agriculteurs.Mais c’est “un échec diplomatique et tactique”, cingle un ancien ministre français, anonymement.La France s’est isolée en disant que cet accord était “épouvantable”, quand l’Italie peut se targuer d’une “tactique assez habile qui permet à (Giorgia) Meloni de dire +c’est moi qui décide+”, estime-t-il.Paris explique néanmoins que la partie n’est pas terminée, puisque l’accord, s’il est bien signé, doit encore être soumis au Parlement européen pour ratification, dans quelques semaines.Le scrutin pourrait être serré dans l’hémicycle où les considérations nationales pèseront. La FNSEA, le premier syndicat agricole français, a appelé à un grand rassemblement devant le siège du Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier.

La Bourse de Paris dans le vert avant l’emploi américain, rebond du luxe

La Bourse de Paris évoluait en hausse vendredi, dans l’attente des chiffres de l’emploi aux Etats-Unis pour le mois de décembre et de la décision de la Cour suprême américaine sur la légalité d’une partie des droits de douane de Donald Trump.Vers 9H50 (heure de Paris), le CAC 40 avançait de 41,15 points, soit 0,54%, à 8.284,62 points.Jeudi, l’indice vedette parisien avait pris 0,12% à 8.243,47 points.La place parisienne profite d’un bond de ses poids lourds du secteur du luxe: Hermès gagnait 2,48% à 2.189,00 euros, Kering 2,70% à 318,70 euros et LVMH 1,50% à 643,80 euros. Le géant des cosmétiques L’Oréal bondissait de 4,01% à 377,35 euros.Ils avaient chuté après l’annonce par Pékin d’un durcissement des contrôles sur les exportations de biens chinois à double usage civil et militaire vers le Japon, ce qui pourrait affecter les précieux acheminements de terres rares et accroître les tensions entre les deux pays.Les deux nations asiatiques sont des débouchés cruciaux pour ces entreprises.Les investisseurs sont rassurés vendredi par les clarifications du ministère chinois du Commerce, qui a précisé jeudi que ces restrictions ne cibleraient que des équipements de défense.Ces développements mis à part, “les investisseurs préfèrent rester un peu en retrait (…), la prudence domine et les prises de positions restent limitées”, relève John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank.Ils attendent en effet la publication du rapport sur l’emploi aux Etats-Unis au mois de décembre, une donnée déterminante pour anticiper l’évolution de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine.Une dégradation du marché de l’emploi serait interprétée comme un signe du ralentissement de l’activité, ce qui offrirait davantage de marges de manoeuvre à la Fed pour baisser ses taux, un scénario positif pour les marchés d’actions.En même temps, “des chiffres trop faibles pourraient peser sur le moral” des investisseurs, suscitant des inquiétudes sur la solidité de la première économie mondiale, tempère Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.Autre point d’attention majeur des marchés: la décision attendue de la Cour suprême des Etats-Unis sur la potentielle illégalité d’une large partie des droits de douane américains imposés par Donald Trump à ses partenaires commerciaux.Il s’agit de “l’un des plus grands tests pour les actions mondiales” depuis l’imposition de “ces droits de douane en avril”, qui avaient fait plonger les marchés, avant un rebond, relève Patrick Munnelly, de Tickmill Group.En France, plusieurs indicateurs ont dessiné vendredi un paysage économique morose.La production industrielle est restée “quasi stable” en novembre, en baisse de 0,1% par rapport à octobre et les dépenses de consommation des ménages français en biens sont reparties à la baisse (-0,3%) après trois mois de hausse, selon l’Insee.Côté obligataire, le rendement de l’emprunt français à dix ans était de 3,52%, contre 3,53% la veille en clôture. Son équivalent allemand, référence en Europe, était égalemet stable, à 2,86%.BNP Paribas recommandéLe groupe bancaire français BNP Paribas bondissait de 2,97% à 84,95 euros, après que J.P Morgan a relevé sa recommandation de “neutre” à “à surpondérer” en raison d’une amélioration de la rentabilité du groupe.

Au Vietnam, les entreprises résistent aux droits de douane américains

Dans une usine du sud du Vietnam, par‑dessus le bruit des scies circulaires et le vrombissement régulier des ponceuses, des centaines d’ouvriers s’affairent à honorer des commandes de mobilier haut de gamme.Les meubles sont destinés à embellir des hôtels de luxe et des résidences au Moyen-Orient, en Europe et aux Etats-Unis. L’entreprise de mobilier Jonathan Charles, basée au Vietnam, n’a pas eu à s’inquiéter des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump.Les commandes américaines, qui représentent plus de la moitié des activités de l’entreprise, sont restées stables en 2025, a soutenu son patron cette semaine, confirmant une précédente prévision selon laquelle ses opérations résisteraient aux droits de douane.”Ma première réaction a été de paniquer”, confie le patron Jonathan Sowter.”Mais après y avoir réfléchi un moment, j’ai compris que c’était un terrain de jeu équitable. Tous mes concurrents sont en Asie”, analyse-t-il.Selon lui, “ajouter simplement 20% de droits de douane sur les produits vietnamiens ne signifie pas que l’Amérique peut produire moins cher que le Vietnam”.- Hausse des exportations -Le Vietnam a résisté aux droits de douane américains mis en place l’année dernière, que beaucoup pensaient délétères pour son modèle de développement tourné vers les exportations.Le pays a enregistré l’an dernier une hausse de 28% de ses exportations vers les États-Unis, tandis que son excédent commercial a gonflé à 134 milliards de dollars, selon des chiffres officiels publiés cette semaine.Son économie a progressé de 8%, dépassant les attentes des analystes. Le pays devrait même devancer le reste de l’Asie, avance HSBC. “Le Vietnam a gagné encore plus de parts de marché pour certains produits, comme les chaussures, les textiles et l’électronique grand public”, explique Yun Liu, économiste chargée de l’ASEAN chez HSBC.Cependant, les producteurs d’entrée de gamme, notamment ceux dont les marges sont plus faibles, ont souffert. Certains annoncent des licenciements ou une réduction de leurs activités. Le groupe Thanh Cong, qui fournit de grandes marques de vêtements comme Adidas et Lacoste, a indiqué à l’AFP que ses expéditions vers les États-Unis avaient diminué l’an dernier, sans préciser dans quelle mesure.Les entreprises exportant des produits de la mer et agricoles ont, elles, observé une légère croissance des exportations, selon les données officielles.”Il y a eu une brève période d’hésitation lorsque Trump a annoncé le montant des droits de douane”, se rappelle le directeur d’Eatu Cafe, Tran Dinh Trong, dont l’entreprise a vu ses commandes américaines augmenter.Les commandes des Etats-Unis ont rapidement repris, décrit-il, précisant que “notre coopérative est optimiste et observe des signes positifs pour exporter vers les États-Unis”.- Prévisions optimistes -En 2018, le Vietnam est apparu comme l’un des grands gagnants de la première guerre commerciale de Donald Trump, bénéficiant d’un afflux d’investissements de la part de fabricants chinois cherchant à éviter les droits de douane américains, alors tournés vers la Chine.Mais la hausse de l’excédent commercial avec Washington a placé Hanoï dans la ligne de mire de M. Trump lorsqu’il est revenu à la Maison-Blanche en 2025.Ses annonces en avril de droits de douane de 46% sur les importations vietnamiennes a choqué le pays, même s’ils ont ensuite été négociés à 20% pour la plupart des produits.Le gouvernement américain a précisé que les produits transbordés de Chine via un pays tiers devront s’acquitter de taxes de 40%, même si les contours de cette règle n’ont pas été bien définis.Selon Linh Nguyen, spécialiste du Vietnam au cabinet de conseil Control Risks, la hausse des exportations vietnamiennes vers les États-Unis reflète en partie l’augmentation des opérations d’assemblage en phase finale au Vietnam et la réexportation de produits fabriqués ailleurs.”Les données indiquent d’où partent les expéditions, pas nécessairement où la valeur est ajoutée”, soutient-elle.Des acheteurs américains ont également probablement avancé leurs commandes en raison de l’incertitude, gonflant artificiellement les chiffres de 2025, ajoute-t-elle.Même ainsi, Mme Liu de HSBC s’attend à ce que la demande d’électronique, entre autres produits – portée en partie par l’essor de l’intelligence artificielle – soutienne les exportations du Vietnam cette année.HSBC prévoit que l’économie du pays va croître de près de 7% en 2026, tandis que Hanoï vise une croissance d’au moins 10%.

Une pénurie de puces mémoire fait bondir les coûts de l’électronique grand public

Le développement à marche forcée de l’intelligence artificielle (IA) a créé une pénurie de puces de mémoire, faisant grimper les coûts de fabrication des produits électroniques grand public, ce qui pourrait augmenter leur prix.Depuis trois ans, l’attention s’est surtout concentrée sur les puces dites GPU, les processeurs nécessaires pour développer et utiliser les grands modèles d’IA générative.Mais si les GPU, ou leurs petits frères, les CPU, gèrent les demandes de calcul d’un serveur informatique ou d’une console de jeu, l’ensemble a aussi besoin de mémoire, assurée par d’autres puces, les RAM (Random Access Memory) ou DRAM.Il s’agit de la mémoire dite vive, mobilisable instantanément et qui n’a pas vocation à être conservée de façon permanente, comme c’est le cas sur un disque dur.”Le marché de la mémoire est à un moment charnière”, ont écrit, en décembre, les analystes du cabinet IDC, “où la demande dépasse sensiblement l’offre.”L’industrie s’adapte en urgence, s’en remettant à d’autres composants ou cherchant des lignes de production disponibles, “parce que la disponibilité est primordiale” dans un contexte ultra-concurrentiel, explique Craig Luhrmann, de l’équipe commerciale de Socionext, spécialiste des circuits intégrés.Et les prix se sont rapidement ajustés à ce déséquilibre, au sein d’un secteur dominé par les Sud-Coréens Samsung et SK Hynix, ainsi que l’Américain Micron. “Il y a deux ans, on était à un quart” des tarifs pratiqués aujourd’hui, selon lui.Pour ce vétéran de l’industrie, l’aspiration vient d’abord des centres de données, construits à toute allure pour suivre l’explosion de la demande d’IA générative.Mais l’intelligence artificielle bouleverse aussi l’architecture des ordinateurs personnels et des smartphones, sans compter l’émergence des objets connectés, exposés par dizaines cette semaine au salon de la technologie CES de Las Vegas, dans l’ouest des Etats-Unis, et capables de réaliser des opérations sans cesse plus complexes.- Compromis -Un groupe comme Nvidia, qui fabrique des GPU et CPU et ne vend quasiment qu’à des entreprises, peut se permettre d’absorber tout ou partie du surcoût des RAM, selon Craig Luhrmann, car ses marges sont très élevées (73% de marge opérationnelle).Mais ce n’est pas le cas pour beaucoup d’acteurs de l’électronique grand public.Certains “vont devoir faire des compromis”, avertit Michal Siwinski, responsable produit chez Arteris, dédié à la rationalisation des circuits intégrés.Pour les nouveautés IA, “peut-être que le chien” robot “va renifler et se rouler par terre, mais il ne pourra pas aboyer parce qu’il n’y aura pas assez de mémoire”, illustre le responsable.De manière générale, “cela peut vouloir dire qu’on va parfois utiliser moins de mémoire” volontairement, abonde Avi Greengart, président du cabinet Techsponential, ou “choisir pour des ordinateurs portables des puces conçues initialement pour des smartphones”.C’est un numéro d’équilibriste, car “vous ne voulez pas présenter un produit moins performant, mais vous ne voulez pas non plus vendre quelque chose qui va coûter 600 dollars de plus que l’an dernier”, poursuit l’analyste.Pour plusieurs observateurs, les équipementiers pourraient faire le choix de préserver les prix des produits de base tout en relevant ceux du haut de gamme, dont les consommateurs sont moins sensibles à ces ajustements.Malgré ces contorsions, IDC voit le marché des smartphones se contracter jusqu’à 5% en 2026 et s’attend à ce que l’émergence des PC IA, dotés de nouvelles fonctionnalités génératives, soit plus lente que prévue du fait de cette pénurie de mémoire.En vieil habitué, Craig Luhrmann rappelle que le marché des semi-conducteurs est hautement cyclique et anticipe un rattrapage classique des producteurs de RAM, puis une surcapacité tirant les prix vers le bas.Mais d’autres, notamment IDC, voient un profond recalibrage à l’oeuvre, qui pourrait prendre du temps.”La quantité de mémoire dont nous avons besoin va continuer à augmenter”, prévient Curtis Jazwiecki, de la startup Shirley OS, qui gère les besoins en IA d’un système informatique.”On agrège de plus en plus d’informations et on doit en extraire ce dont on a besoin de plus en plus vite”, relève-t-il.Pour Michal Siwinski, l’incapacité actuelle des fabricants à répondre à la demande est une aubaine et non un problème. “Les contraintes sont souvent très bonnes pour les ingénieurs”, dit-il, “car cela les force à trouver de nouvelles solutions.”

Mercosur: l’UE proche du but après vingt-cinq ans de suspense

Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l’Union européenne touche du doigt l’accord commercial avec le Mercosur, qui pourrait recevoir l’aval des Etats européens vendredi, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France.Depuis 1999, la Commission européenne mène des tractations ardues pour créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.Entre fausses promesses de dénouement imminent et longues mésententes, les négociations ont achoppé des années durant sur la question agricole.Cette fois, Bruxelles croit l’accord à portée de main.Pour ses détracteurs, il va bousculer l’agriculture européenne à coups de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants. Pour ses thuriféraires comme l’Allemagne et l’Espagne, cet accord va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, affaiblie par la concurrence chinoise et les droits de douane aux Etats-Unis.En dépit de la contestation redoublée des agriculteurs européens, Ursula von der Leyen espère parapher ce traité lundi au Paraguay.Avant de s’envoler vers l’Amérique latine, la présidente de la Commission européenne a besoin de la bénédiction des Etats européens, à la majorité qualifiée, lors d’un vote attendu ce vendredi.L’Italie, qui avait demandé un délai supplémentaire en décembre, semble cette fois prête à donner son aval, potentiellement décisif.La France est toujours contre, comme l’a annoncé Emmanuel Macron jeudi soir, invoquant un “rejet unanime” de la classe politique hexagonale.La Pologne, la Hongrie, l’Irlande, mais aussi l’Autriche devraient également s’y opposer, sans parvenir à bloquer l’accord pour autant.Ce traité entre l’UE et quatre pays du Mercosur créerait une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, réclamée par les milieux d’affaires.En supprimant une large part des droits de douane, il favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages. Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de boeuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.- “Echec diplomatique” pour la France -Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord.L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi Bruxelles. L’accord avec le Mercosur est “essentiel sur le plan économique, politique, stratégique et diplomatique”, a insisté Olof Gill, un porte-parole de la Commission.Et “les priorités agricoles ont été au coeur” des discussions, a-t-il assuré jeudi. “Nous avons négocié comme des fous”.Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles ou un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE.Mais rien n’y a fait. La colère agricole est repartie de plus belle, en particulier en France, où des tracteurs étaient à Paris jeudi pour dénoncer tout à la fois le Mercosur, le prix des engrais ou la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.Empêtré dans l’instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, “pas acceptable en l’état”.Mais la pression politique était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l’accord. Et même malgré le non d’Emmanuel Macron au Mercosur, l’extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d’aboutir.L’Union européenne s’apprête à approuver un traité commercial contre l’avis de la première puissance agricole du continent, une situation quasiment inédite.Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes “incontestables” en faveur des agriculteurs.Mais c’est “un échec diplomatique et tactique”, cingle un ancien ministre français, anonymement.La France s’est isolée en disant que cet accord était “épouvantable”, quand l’Italie peut se targuer d’une “tactique assez habile qui permet à (Giorgia) Meloni de dire +c’est moi qui décide+”, estime-t-il.Paris explique néanmoins que la partie n’est pas terminée, puisque l’accord, s’il est bien signé, doit encore être soumis au Parlement européen pour ratification, dans quelques semaines.Le scrutin pourrait être serré dans l’hémicycle où les considérations nationales pèseront. Environ 150 eurodéputés (sur 720) voudraient saisir la justice pour tenter de s’opposer à l’application de l’accord.