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Ballots de cocaïne en mer et ports secondaires, nouvelles vagues du trafic

Pour contourner les terminaux géants de conteneurs maritimes comme Le Havre, davantage surveillés, les trafiquants de cocaïne ciblent les ports secondaires hexagonaux et larguent aussi des ballots à l’approche des côtes, récupérés ensuite par des complices.”Il y a quelques années, on ne voyait pas ces phénomènes”, expose à l’AFP Jean-Pierre Stephan, représentant du syndicat Solidaires des douanes de l’inter-région de Bretagne-Pays de la Loire. “Maintenant on revoit complètement notre façon de penser: on est peut-être au début de l’histoire ici, la marchandise rentre par ici, plus seulement par les grands ports”, développe-t-il.Le transport maritime est le vecteur majeur d’acheminement de la cocaïne en France et Le Havre la principale porte d’entrée, d’après le dernier bilan de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Or, “le renforcement des mesures de sécurité au port du Havre a permis de réduire son utilisation par les narcotrafiquants”, stipule l’organisme public.Les flux se reportent ailleurs. “Dunkerque, Rouen, Montoir-de-Bretagne” sont des ports “parmi les plus exposés”, cite depuis 2024 une commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic. D’autres facteurs expliquent que des ports pas concernés jusqu’ici apparaissent dans les radars. “Le trafic de stupéfiants n’est pas du tout monolithique ni monopolistique”, résume pour l’AFP l’économiste Clotilde Champeyrache. “On a énormément d’organisations criminelles qui coopèrent pour acheminer les stupéfiants. Donc chacun a un peu ses portes d’entrée”, enchaîne cette experte, auditionnée par une autre commission sénatoriale sur le financement de la criminalité organisée.- “Quantités jamais vues” -“Pour les ports qui me concernent, du Finistère Nord et un peu la Bretagne plus largement, à partir de 2023, on est sur des saisies de quantités jamais vues auparavant, des centaines de kilos”, détaille Jean-Pierre Stephan.Le quart nord-ouest n’est pas seul concerné. La Rochelle (sud-ouest) a aussi fait les gros titres pour plus de 124 kg de cocaïne découverts en 2022 dans une cargaison de pâte à papier venue du Brésil. “Ça rentre par différents vecteurs maritimes, que ce soit les navires de commerce, navires de plaisance”, synthétise le douanier.Il n’y a pas besoin “d’avoir une capacité d’emport énorme, un volume de 400 kg de cocaïne sur un voilier, c’est quand même extrêmement rentable”, éclaire pour l’AFP un agent de terrain de la lutte anti-trafics, souhaitant rester anonyme. Les ballots largués en mer reviennent également de manière récurrente dans l’actualité depuis une poignée d’années. Comme les près de 700 kilos, conditionnés et imperméabilisés en plusieurs dizaines de paquets, flottant au large de Fécamp (Seine-Maritime) en 2023. C’est la technique dite du “drop-off”: “pour éviter un éventuel risque de contrôle dans l’enceinte portuaire, on va larguer la marchandise avant destination”, décrit Clotilde Champeyrache. Le bateau à la feuille de route suspecte évite ainsi une inspection et une embarcation locale moins repérable récupère la marchandise. Quand le stratagème capote, des ballots échouent sur les plages. – “Marins pêcheurs sollicités” -“On peut imaginer que certains marins pêcheurs sont sollicités par les trafiquants pour récupérer les colis munis de AirTag (traceur disponible dans le commerce pour une somme modique, ndlr) ou de balises”, reprend l’agent de terrain anonyme. Et d’ajouter: “les pêcheurs sont en ce moment un peu, comment dire, pas sous surveillance, mais ça fait partie des hypothèses”.”On a des indices, ça reste des indices”, pointe Jean-Pierre Stephan au sujet d’éventuels marins pêcheurs impliqués. “Le monde de la pêche connaît des difficultés actuellement. Et ce n’est pas un mystère, le monde de la pêche est touché par la consommation de stupéfiants”, poursuit le douanier. Une fois “le doigt mis dans la consommation” de stupéfiants-stimulants pour tenir les cadences, des pêcheurs sont susceptibles d’être en “lien avec des réseaux”.Face à ces nouveaux ressorts, la source anonyme déplore “des trous dans la raquette”, avec un maillage contraint budgétairement. “On a fermé beaucoup de services, notamment répartis sur les côtes”, regrette aussi Jean-Pierre Stephan. “Les moyens humains et techniques des douanes ne sont pas au niveau de la menace”, a alerté une commission d’enquête sénatoriale l’an dernier. 

La Grande mosquée de Paris prise dans la brouille diplomatique franco-algérienne

La brouille diplomatique franco-algérienne place en position inconfortable la Grande mosquée de Paris, attaquée plus ou moins directement sur son lien avec Alger, et qui organise mardi son quatrième “iftar des ambassadeurs”. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est annoncé à ce repas de rupture de jeûne du ramadan, mais pas Bruno Retailleau, alors que le précédent ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin répondait à l’invitation depuis 2022.L’institution doit composer avec d’autres changements, en cette période de ramadan qui voit traditionnellement l’envoi, en renfort temporaire, d’environ 80 “imams psalmodieurs” algériens. Cette année, aucun n’est venu: “le consulat n’a pas reçu de demande de visa” de la part d’Alger, explique une source gouvernementale.”La situation est compliquée”, soupire le recteur de la Grande mosquée Chems-eddine Hafiz.Pour le sociologue et chercheur au CNRS Franck Frégosi, “la Grande mosquée de Paris fait les frais de la détérioration des relations franco-algériennes”.En janvier, l’institution a été accusée d’avoir organisé, avec l’appui des autorités algériennes, un très rentable système monopolistique de certification halal pour les produits européens destinés à l’Algérie.Le lien de M. Hafiz avec l’Algérie a aussi été questionné, notamment par l’ancien ambassadeur de France à Alger Xavier Driencourt qui l’a invité début janvier sur CNews à s’occuper “de religion et non de politique”, n’étant “pas l’ambassadeur officieux de l’Algérie”.Le recteur, qui a dénoncé des “attaques totalement mensongères”, défend son institution. “La Grande mosquée de Paris ne s’est jamais cachée d’avoir une relation (construite) entre l’Algérie et la France. Nous sommes une passerelle vertueuse entre les deux. Ce n’est pas une question d’influence ou de quoi que ce soit”, affirmait-il début mars à des journalistes.Inaugurée en 1926, la Grande moquée bénéficie depuis le début des années 1980 d’un financement annuel de l’Etat algérien d’environ 2 millions d’euros.L’institution a été montrée du doigt après le refus du recteur de participer à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023, pour ne pas défiler aux côtés du Rassemblement national.Un “tournant” pour Chems-eddine Hafiz: “avant, j’étais le musulman qu’il fallait fréquenter à tout prix. Après je deviens le pire des antisémites”.- “laxisme” -La Grande mosquée “avait jusqu’à présent été présentée comme le bon soldat de la République, un peu comme le modèle du bon islam républicain”, note Franck Fregosi, auteur d’un récent ouvrage “Gouverner l’islam en France” (Ed. Seuil).Au point d’apparaître comme l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, après la disgrâce en 2021 du Conseil français du culte musulman (CFCM), représentant de l’islam de France depuis 2003.En 2022, entre les deux tours de la présidentielle, M. Hafiz avait même organisé un “iftar républicain de soutien à la réélection d’Emmanuel Macron”, en présence de l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.”La Grande mosquée de Paris s’est sentie pointée du doigt par un ministère qui avait plutôt été bienveillant à son égard”, explique M. Fregosi, en soulignant la stratégie de fermeté de Bruno Retailleau, qui “veut apparaître comme celui qui a réussi ce que les autres n’ont jamais osé faire” sur la structuration de l’islam en France.La crise diplomatique entre Paris et Alger, née de la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental fin juillet 2024, s’est enflammée autour de l’emprisonnement de l’écrivain Boualem Sansal, arrêté le 16 novembre 2024 à Alger. Dans ce contexte le recteur s’est aussi vu reprocher de ne pas avoir appelé à sa libération.”Le regarde laxiste qu’on portait sur la Grande mosquée de Paris ne peut plus être le même depuis l’affaire Sansal”, estime un bon connaisseur du dossier, qui voit l’institution “prise dans ses ambiguïtés”.La crise a aussi un volet migratoire, et Bruno Retailleau a menacé samedi de démissionner si Paris cédait sur le renvoi de ressortissants algériens en situation irrégulière.Dans un billet très politique début mars, M. Hafiz avait lui dénoncé les “faiseurs de peurs” qui dans la classe politique et les médias nourrissent “une éternelle mise en procès” de l’immigration algérienne.

L’Île-de-France menacée à terme par des sécheresses sévères, selon l’OCDE

Les épisodes de sécheresse intense sont une menace croissante pour Paris et sa région qui pourront coûter jusqu’à 2,5 milliards d’euros, sans entraîner toutefois de restrictions d’eau potable, observe lundi l’OCDE, qui appelle à renforcer la prévention des risques.En 2024, Barcelone avait “échappé de peu à une pénurie d’eau”, mais avait dû imposer des restrictions de consommation “très strictes” à sa population après trois ans de sécheresse, observe Jo Tyndall, directrice de la direction Environnement de l’Organisation de coopération et de développement économiques.Si Paris n’est pas encore confrontée à de telles crises, les sécheresses n’en sont pas moins “une menace croissante pour les habitants”, en particulier après 2050, prévient l’organisation dans un rapport de 200 pages.Les habitants des grandes villes sont particulièrement vulnérables au manque d’eau du fait de l’imperméabilisation de leurs sols qui réduit la capacité des nappes souterraines à se recharger, tandis que la hausse des températures aggrave le phénomène des îlots de chaleur. Ces tendances sont amplifiées par le réchauffement climatique, qui assèche les sols plus rapidement, fait chuter le niveau des nappes phréatiques à des seuils critiques et favorise l’alternance d’épisodes de sécheresses prolongées et de pluies torrentielles.Longtemps perçue comme bien pourvue en ressources hydriques, l’Île-de-France a subi une augmentation des températures moyennes de 2°C depuis 1990 et le réchauffement climatique augmente la probabilité de sécheresses sévères dans la région.En cas de sécheresse aussi grave qu’en 1921, des restrictions d’irrigation, de navigation et d’usage de l’eau dans l’industrie devraient être imposées “pendant plus de 150 jours” pour préserver l’approvisionnement en eau potable des habitants, ont calculé les auteurs.Le développement de l’Île-de-France, qui concentre 19% de la population et un tiers de la production économique, accentue encore davantage les besoins en eau, donc le risque de sécheresse.L’agriculture, qui occupe 50% de la superficie, a vu ses besoins en eau “plus que doubler depuis 2012” et ceux-ci devraient encore “s’accroître de 45% d’ici 2050”, préviennent les auteurs, qui pointent aussi le développement de la production de froid via l’eau de la Seine pour les besoins de climatisation.- Ressources raréfiées -Les prélèvements d’eau en Île-de-France servent principalement à l’alimentation en eau potable (57%), l’industrie (20%), la production d’énergie (13%), aux canaux (7%) et à l’irrigation (3%). Jusqu’à présent, la région s’était montrée résiliente grâce à un “solide réseau d’infrastructures fluviales”, notamment quatre lacs réservoirs qui “jouent un rôle crucial dans le maintien des niveaux d’eau et garantissent l’approvisionnement en eau potable et en eau à usage industriel, agricole et énergétique lorsque les ressources en eau se raréfient”.Mais selon l’OCDE, un épisode de sécheresse majeur pourrait “gravement perturber les activités économiques” et engendrer jusqu’à 2,5 milliards d’euros de pertes de production agricole et manufacturière à horizon 2100. Ce à quoi s’ajoutent des risques de dégâts sur l’habitat liés au retrait des argiles sous l’effet de la sécheresse, ou de potentiels conflits d’usage avec des agriculteurs d’autres régions si ces dernières étaient mises à contribution pour approvisionner l’Île-de-France en eau potable. “On sait qu’on va être plus exposés mais on n’a pas quantifié la vulnérabilité des activités ou des populations”, a commenté pour l’AFP Sophie Lavaud, rédactrice du rapport.Ce qu’elle explique notamment par “la confiance placée par les autorités dans les lacs réservoirs, qui alimentent les fleuves à hauteur de 70% lors des périodes d’étiage”.Les auteurs préconisent de réduire les prélèvements d’eau, même s’ils reconnaissent que la marge de manoeuvre est faible, l’Île-de-France étant déjà bonne élève.Ils recommandent aussi “une solide évaluation des risques” de sécheresse à l’aune du changement climatique pour mettre en place une stratégie après 2030, ou encore d’allouer la ressource en eau en fonction des besoins de chaque usager. Aujourd’hui, les usagers peuvent procéder à des prélèvements illimités, sauf en cas de sécheresse, s’ils démontrent “que la ressource ou les écosystèmes n’en pâtiront pas”.Le rapport appelle enfin à développer la réutilisation des eaux industrielles ou la collecte des eaux de pluie.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

L’Île-de-France menacée à terme par des sécheresses sévères, selon l’OCDE

Les épisodes de sécheresse intense sont une menace croissante pour Paris et sa région qui pourront coûter jusqu’à 2,5 milliards d’euros, sans entraîner toutefois de restrictions d’eau potable, observe lundi l’OCDE, qui appelle à renforcer la prévention des risques.En 2024, Barcelone avait “échappé de peu à une pénurie d’eau”, mais avait dû imposer des restrictions de consommation “très strictes” à sa population après trois ans de sécheresse, observe Jo Tyndall, directrice de la direction Environnement de l’Organisation de coopération et de développement économiques.Si Paris n’est pas encore confrontée à de telles crises, les sécheresses n’en sont pas moins “une menace croissante pour les habitants”, en particulier après 2050, prévient l’organisation dans un rapport de 200 pages.Les habitants des grandes villes sont particulièrement vulnérables au manque d’eau du fait de l’imperméabilisation de leurs sols qui réduit la capacité des nappes souterraines à se recharger, tandis que la hausse des températures aggrave le phénomène des îlots de chaleur. Ces tendances sont amplifiées par le réchauffement climatique, qui assèche les sols plus rapidement, fait chuter le niveau des nappes phréatiques à des seuils critiques et favorise l’alternance d’épisodes de sécheresses prolongées et de pluies torrentielles.Longtemps perçue comme bien pourvue en ressources hydriques, l’Île-de-France a subi une augmentation des températures moyennes de 2°C depuis 1990 et le réchauffement climatique augmente la probabilité de sécheresses sévères dans la région.En cas de sécheresse aussi grave qu’en 1921, des restrictions d’irrigation, de navigation et d’usage de l’eau dans l’industrie devraient être imposées “pendant plus de 150 jours” pour préserver l’approvisionnement en eau potable des habitants, ont calculé les auteurs.Le développement de l’Île-de-France, qui concentre 19% de la population et un tiers de la production économique, accentue encore davantage les besoins en eau, donc le risque de sécheresse.L’agriculture, qui occupe 50% de la superficie, a vu ses besoins en eau “plus que doubler depuis 2012” et ceux-ci devraient encore “s’accroître de 45% d’ici 2050”, préviennent les auteurs, qui pointent aussi le développement de la production de froid via l’eau de la Seine pour les besoins de climatisation.- Ressources raréfiées -Les prélèvements d’eau en Île-de-France servent principalement à l’alimentation en eau potable (57%), l’industrie (20%), la production d’énergie (13%), aux canaux (7%) et à l’irrigation (3%). Jusqu’à présent, la région s’était montrée résiliente grâce à un “solide réseau d’infrastructures fluviales”, notamment quatre lacs réservoirs qui “jouent un rôle crucial dans le maintien des niveaux d’eau et garantissent l’approvisionnement en eau potable et en eau à usage industriel, agricole et énergétique lorsque les ressources en eau se raréfient”.Mais selon l’OCDE, un épisode de sécheresse majeur pourrait “gravement perturber les activités économiques” et engendrer jusqu’à 2,5 milliards d’euros de pertes de production agricole et manufacturière à horizon 2100. Ce à quoi s’ajoutent des risques de dégâts sur l’habitat liés au retrait des argiles sous l’effet de la sécheresse, ou de potentiels conflits d’usage avec des agriculteurs d’autres régions si ces dernières étaient mises à contribution pour approvisionner l’Île-de-France en eau potable. “On sait qu’on va être plus exposés mais on n’a pas quantifié la vulnérabilité des activités ou des populations”, a commenté pour l’AFP Sophie Lavaud, rédactrice du rapport.Ce qu’elle explique notamment par “la confiance placée par les autorités dans les lacs réservoirs, qui alimentent les fleuves à hauteur de 70% lors des périodes d’étiage”.Les auteurs préconisent de réduire les prélèvements d’eau, même s’ils reconnaissent que la marge de manoeuvre est faible, l’Île-de-France étant déjà bonne élève.Ils recommandent aussi “une solide évaluation des risques” de sécheresse à l’aune du changement climatique pour mettre en place une stratégie après 2030, ou encore d’allouer la ressource en eau en fonction des besoins de chaque usager. Aujourd’hui, les usagers peuvent procéder à des prélèvements illimités, sauf en cas de sécheresse, s’ils démontrent “que la ressource ou les écosystèmes n’en pâtiront pas”.Le rapport appelle enfin à développer la réutilisation des eaux industrielles ou la collecte des eaux de pluie.

Heavyweight seven eye finish line in race to succeed Olympics chief Bach

The race to succeed Thomas Bach as president of the International Olympic Committee is nearing the finish with Juan Antonio Samaranch Junior, Sebastian Coe and Kirsty Coventry widely seen to be clear of the remaining quartet.Any of those three would be an historic winner in the election in Greece on Thursday.Samaranch would emulate his father …

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Colombie: un réseau de partage pour sauver les fruits en danger d’extinction

Pays à la biodiversité rare, la Colombie regorge de fruits pour certains en voie de disparition. Gian Paolo Daguer, un ingénieur environnement, alimente bénévolement un réseau de production, d’entraide et de promotion pour sauvegarder ces saveurs et textures uniques.L’homme de 47 ans a lancé le projet “Frutas de Colombia” sur différents réseaux sociaux où il publie de nombreuses vidéos décrivant l’apparence, le goût, la texture et de possibles utilisations de fruits endémiques de Colombie, pour l’immense majorité inconnus des Colombiens eux-mêmes.Sur une récente publication de février, il a présenté le Churumbelo (Chalybea macrocarpa), une baie légèrement ovale au “goût de poire” endémique du département colombien de Boyaca (centre-est). Il affirme que le Churumbelo est “en danger d’extinction” en raison d’un “faible nombre dans son environnement naturel”.Sa passion bénévole fait de lui une référence pour un cercle croissant d’amateurs. Sur un groupe de discussions, des biologistes, agriculteurs ou restaurateurs partagent leurs connaissances, s’organisent pour échanger des graines ou développer le commerce de ces fruits.C’est une “vision holistique où tous ces savoirs différents confluent avec l’intention de conserver la biodiversité et les fruits qui poussent en Colombie”, déclare-t-il à l’AFP.Il n’existe pas d’inventaire précis des fruits comestibles de Colombie, mais selon Carolina Castellanos, biologiste de l’Institut Humboldt, “c’est l’un des pays les plus riches en nombre d’espèces de plantes”.Selon elle, au moins 3.000 espèces “alimentaires”, tiges, feuilles, fruits ou graines ont été recensées. Mais pas de décompte spécifique pour les seuls fruits.Sur ces 3.000 espèces, 10% seraient en danger d’extinction.- “Science citoyenne” -Pour sauver les fruits menacés de disparition, M. Daguer est en contact avec divers agriculteurs passionnés qui font vivre ces arbres, arbustes ou plantes dans de petits potagers domestiques ou en pleine forêt. Il reçoit des graines, les collectionne et les distribue ensuite dans des enveloppes via la poste.Son but : “conserver”, “récupérer”, “informer”.Gian Paolo Daguer raconte que ce goût pour les fruits rares lui vient de l’enfance, de ses voyages en famille à travers la Colombie rurale où il dégustait des fruits qu’il ne trouvait pas sur les étals de Bogota.Son travail bénévole a été déterminant pour cataloguer une nouvelle espèce, le Quinguejo (Myrcia coquiensis), une baie noire qui pousse sur un arbre de 3 à 9 mètres dans la forêt tropicale humide du département de Choco (nord-ouest).M. Daguer l’a repéré pour la première fois sur les réseaux sociaux, a trouvé un agriculteur fin connaisseur du fruit et a ensuite participé à l’étude de l’Université nationale qui lui a donné le nom de Quinguejo en référence au hameau où il a été trouvé.Pour lui, il ne s’agit que de “science citoyenne” où “les savoirs se rejoignent”.- Manger pour conserver -Selon la biologiste Castellanos, ces fruits ont été oubliés et relégués au “second plan” en raison de nouvelles habitudes alimentaires en marge des écosystèmes colombiens.”Partout dans le monde on mange tous la même chose”, si bien que le régime alimentaire s’est “homogénéisé”, dit-elle.La restauratrice Antonuela Ariza, qui participe aux échanges initiés par M. Daguer, a inclus au menu de son restaurant le “Mini-Mal” des fruits généralement inconnus du palais des habitants de Bogota.Elle confectionne dans sa cuisine une sauce avec de la goyave aigre pour accompagner un poisson pané, une mayonnaise avec du camu-camu (semblable au raisin) et du piment noir amazonien pour relever des crevettes fraîches, et un cocktail avec du copoazu, dont la chair blanchâtre a un goût apparenté au cacao.Consciente de la richesse naturelle de la Colombie, elle entend “promouvoir la biodiversité, pouvoir raconter à un client l’histoire d’un fruit, lui faire goûter une nouvelle saveur mais aussi pouvoir lui raconter tout ce qui se passe autour de ce fruit, la forêt d’où il provient, les personnes qui en prennent soin”.Car “ce que nous ne mangeons pas se perd”, dit-elle.

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Climat: en Allemagne, un paysan péruvien devant la justice face à un géant de l’énergie

Dix ans après le début de son combat judiciaire, un paysan péruvien fait face lundi devant la justice allemande au géant de l’énergie RWE, à qui il demande de réparer les effets du changement climatique dans les Andes.Pour cette affaire emblématique, très suivie par les défenseurs de l’environnement, Saul Luciano Lliuya a fait le voyage depuis le Pérou afin d’être présent au tribunal de Hamm, dans le nord-ouest de l’Allemagne, loin de sa ferme de Huaraz, dans l’ouest du Pérou, où cet agriculteur élève poulets et moutons et cultive maïs et quinoa.Selon l’ONG Germanwatch, qui soutient l’agriculteur, sa maison est menacée par la fonte des glaciers des Andes, qui ont déjà fait “remonter dangereusement à plusieurs reprises” le niveau du lac Palcacocha situé au-dessus de sa ville. M. Lliuya et Germanwatch demandent à RWE, l’un des principaux groupes énergétiques d’Allemagne, de participer symboliquement aux travaux pour réduire le niveau d’eau du lac.- Quote-part des émissions -Motif: bien qu’il n’ait aucune centrale au Pérou, le conglomérat fait partie des trois plus grands émetteurs de gaz à effets de serre en Europe, et est responsable de 0,47% des émissions mondiales, selon un rapport.Les plaignants exigent donc de RWE une quote-part correspondante de 17.000 euros aux 3,5 millions d’euros de travaux.Fin 2017, l’agriculteur avait obtenu un premier succès lorsque sa requête avait été jugée recevable en appel, après avoir été retoquée en première instance.Cette décision avait suscité l’espoir des militants de l’environnement d’en faire un cas précurseur de “justice climatique mondiale”, concept politique selon lequel le Nord pollueur doit dédommager les pays du Sud victimes de la pollution.Depuis, la procédure a avancé lentement, ralentie notamment par la pandémie de Covid-19.En 2022, neuf experts mandatés par le tribunal se sont rendus au Pérou observer la situation.”Je n’aurais jamais pensé que cela prendrait autant de temps”, a dit avant le procès Saul Luciano Lliuya, qui a déposé plainte il y a près de dix ans.Ce père de deux enfants, âgé de 44 ans, a assuré lors d’une conférence de presse à Lima avoir “pleine confiance” en l’issue de la procédure.De son côté, l’énergéticien allemand juge la requête “juridiquement inadmissible”.M. Lliuya “tente de créer un précédent selon lequel chaque émetteur individuel de gaz à effet de serre en Allemagne pourrait être tenu légalement responsable des effets du changement climatique dans le monde”, estime le groupe de Essen (ouest) dans une réponse à l’AFP.Or, il n’est “pas possible d’attribuer juridiquement les effets spécifiques d’un changement climatique à un seul émetteur”, souligne RWE, qui exploite en Allemagne plusieurs mines de lignite, un minerai très polluant.Le groupe soutient notamment qu’il a toujours respecté les réglementations nationales sur les émissions de gaz à effet de serre et s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. RWE s’est notamment engagé à cesser la production d’électricité au charbon d’ici à 2030 dans le bassin rhénan, tout en investissant massivement dans l’éolien et le solaire.- Justice climatique -Mais alors que “ce sont principalement des individus” et “des Etats qui supportent le coût de la crise climatique”, il est désormais “temps que des entreprises comme RWE contribuent équitablement aux coûts des dommages qu’elles ont contribué à causer”, rétorque Francesca Mascha Klein, juriste pour Germanwatch.Le tribunal doit d’abord évaluer le risque de crue pour la maison de M. Lliuya. Si celui-ci est considéré comme sérieux, il examinera ensuite dans quelle mesure le changement climatique et les émissions de RWE contribuent à une potentielle inondation.L’audience est prévue jusqu’à mercredi. Les litiges contre gouvernements et sociétés polluantes se multiplient ces dernières années.”Plus de 80 affaires ont déjà été déposées contre les principaux producteurs de carbone, et ce nombre a triplé chaque année depuis l’Accord de Paris” en 2015, souligne Joana Setzer, chargée de recherche à la London School of Economics.Début 2023, les habitants de l’île indonésienne de Pari, menacée par la montée des eaux, ont ainsi traduit en justice le géant cimentier suisse Holcim.Là aussi, la procédure judiciaire devrait prendre de nombreuses années. L’île pourrait être engloutie d’ici 2050, selon des experts. 

Lutte contre le narcotrafic: gouvernement et députés prêts à batailler

Les députés entament lundi une semaine de débats houleux sur la proposition de loi sénatoriale visant à lutter contre le fléau du narcotrafic, le gouvernement n’entendant pas renoncer à certaines dispositions combattues par la gauche et une partie de la macronie au nom de la défense des libertés publiques.La proposition de loi “visant à sortir la France du piège du narcotrafic”, portée au Sénat par Étienne Blanc (LR) et Jérôme Durain (PS), y avait été adoptée à l’unanimité le 4 février. L’une de ses principales mesures, parmi les plus consensuelles, prévoit la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco).Les votes devraient être plus partagés à l’Assemblée, au vu de la tournure des débats en commission des lois début mars.Le texte y a certes été adopté, mais avec le seul soutien du RN et de la coalition gouvernementale, et après avoir été amputé de plusieurs mesures phares. Les socialistes – comme les écologistes et les communistes – se sont abstenus, bien que l’un des leurs, Roger Vicot, soit corapporteur du texte. Les Insoumis ont voté contre.Les députés ont ainsi supprimé un article visant à obliger les plateformes de messagerie chiffrée (Signal, WhatsApp…) à permettre l’accès aux correspondances des trafiquants pour les services de renseignement. La ministre du Numérique Clara Chappaz et le président de la commission des lois, Florent Boudié (Renaissance), s’y étaient eux-mêmes montrés opposés.Egalement supprimé, un article proposant la mise en place d’un “dossier coffre” ou “procès-verbal distinct” permettant de stocker des informations recueillies via des techniques spéciales d’enquête sans que les avocats des narcotrafiquants ne puissent y accéder lors de la procédure judiciaire.Une disposition qui met à mal le principe du contradictoire, et dont la députée Eléonore Caroit (apparentée au groupe Ensemble pour la République), parmi d’autres, avait souhaité la suppression.- “Sursaut” -Auprès du Parisien, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a défendu ces deux articles, qui font l’objet d’amendements de rétablissement de la coalition gouvernementale, soulignant que le Conseil d’Etat a “ratifié” le “dossier coffre”.Alors que “le narcotrafic est une menace existentielle” qui “menace nos institutions”, il a espéré un “sursaut” des députés. Ces derniers “doivent donner à l’Etat une loi fondatrice car aujourd’hui, nous ne luttons pas à armes égales”, a-t-il souligné.D’autres mesures, votées en commission, ne manqueront pas de susciter de très vifs débats. Ainsi de l’idée de créer un nouveau régime carcéral d’isolement pour les narcotrafiquants les plus dangereux, portée par le ministre de la Justice Gérald Darmanin.L’idée a particulièrement crispé les socialistes, qui se sont abstenus sur le texte en commission pour cette raison, selon M. Vicot.M. Darmanin, suivant en cela un avis du Conseil d’Etat, devrait soutenir l’amendement du rapporteur Vincent Caure portant “à deux ans renouvelables”, plutôt que quatre, la durée d’affectation dans ces quartiers de haute sécurité.Egalement très polémiques: la généralisation de la visioconférence pour les détenus des quartiers de haute sécurité, le passage à 120 heures de garde à vue pour les “mules”, l’activation à distance des appareils électroniques fixes et mobiles – autant de mesures que certains députés du “socle commun” veulent réintroduire après leur suppression en commission. Invité de CNews dimanche, le député et coordinateur de LFI Manuel Bompard a dénoncé un texte “inefficace et dangereux”. Le député LFI Antoine Léaument se dit de son côté “chaud bouillant” à l’approche des débats, espérant convaincre au-delà des rangs Insoumis.La mobilisation des quatre groupes de la coalition gouvernementale, dont les représentants étaient peu présents en commission, sera une des clés du devenir du texte. “Je sais que je peux compter (sur les députés LR) pour (le) soutenir”, a dit M. Retailleau, écartant l’idée que les jeux d’appareil à droite puissent porter préjudice à la proposition de loi, alors qu’il est comme le patron des députés LR Laurent Wauquiez en campagne pour la présidence du parti.M. Darmanin, qui a reçu les représentants des différents groupes au cours du mois de mars, oppositions comprises, accueillera de son côté lundi soir à son ministère les membres de la coalition gouvernementale.