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Bétharram: le rectorat inspecte l’établissement au cœur du scandale

Le contrôle par le rectorat de Bordeaux de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, épicentre d’une vague de dénonciations d’agressions sexuelles et de violences passées au sein de l’enseignement catholique, a débuté lundi pour quatre jours, trois décennies après sa dernière – et unique – inspection.Sept inspecteurs et une conseillère technique des services sociaux se sont rendus sur les deux sites de l’institution qui accueille 500 élèves dans les Pyrénées-Atlantiques : dans un collège à Lestelle-Bétharram, le site historique, et dans une école et un lycée à Igon, une commune voisine.”Nous sommes tenus à la confidentialité, nous ne commenterons notre mission ni avant, ni pendant, ni à l’issue”, a déclaré l’un des agents aux journalistes sur place.Lors d’un point-presse à Bordeaux, la rectrice de l’académie, Anne Bisagni-Faure, a souligné que ce contrôle concernait le “fonctionnement actuel” de l’établissement et le respect de son contrat avec l’État, notamment en matière de protection de l’enfance et de la jeunesse.L’institution béarnaise n’a fait l’objet d'”aucune remontée récente”, a-t-elle ajouté, précisant que le rapport d’inspection, non public, devrait être remis aux autorités “d’ici une quinzaine de jours”.Selon le degré de gravité des éventuels dysfonctionnements ou manquements relevés, les inspecteurs pourront faire des “recommandations” pour les corriger, ou bien “mettre en demeure l’établissement” d’y remédier dans un délai fixé, voire “proposer au préfet de résilier le contrat”, préalable à une éventuelle fermeture administrative, a précisé la rectrice.- Plan national -Cette inspection intervient dans le cadre d’un plan national de contrôle des établissements catholiques sous contrat, dont la Cour des comptes avait dénoncé l’insuffisance en 2023 et que le ministère de l’Éducation nationale veut renforcer.”Pendant des années”, ils “n’étaient pas inspectés”, “il faut que ça change”, a déclaré la ministre de l’Education, Élisabeth Borne, lundi sur franceinfo.Un décret va contraindre ces écoles privées, comme dans le public, à des remontées d’informations systématiques sur les faits de violences, et “60 inspecteurs supplémentaires” seront engagés dans les deux prochaines années pour contrôler 40% de ces établissements qui scolarisent environ deux millions d’élèves.En Nouvelle-Aquitaine, tous les établissements “pour lesquels des signalements nous sont remontés” seront contrôlés d’ici la fin de l’année, a indiqué la rectrice.”Il faut qu’on se donne tous les moyens de recueillir la parole des élèves”, a parallèlement souligné Mme Borne. Des questionnaires seront mis en place pour les élèves internes et/ou participant à des voyages scolaires, des situations où ils sont “particulièrement vulnérables”.La précédente – et unique – visite d’un inspecteur dans l’établissement, rebaptisé en 2009 Le Beau Rameau (“bèth arram” en béarnais), remonte au printemps 1996. Une plainte avait alors attiré l’attention pour la première fois sur cette institution fondée en 1837: elle émanait du père d’un adolescent qui avait eu le tympan crevé par la violente claque d’un surveillant laïc. – Commissions d’enquête -François Bayrou, à l’époque ministre de l’Éducation, avait diligenté une enquête administrative. Le rapport, établi rapidement, avait conclu que Notre-Dame-de-Bétharram n’était “pas un établissement où les élèves sont brutalisés”.Une conclusion qui “ne tient pas la route actuellement”, a regretté le mois dernier son auteur, alors que le parquet de Pau a reçu plus de 150 plaintes d’anciens élèves visant des religieux et personnels laïcs pour des faits de violences, agressions sexuelles et viols, quasi tous prescrits.Après trois gardes à vue, un ancien surveillant a été mis en examen et écroué le 21 février pour des faits commis au début des années 1990 puis en 2004.La congrégation des pères de Bétharram, qui a longtemps dirigé l’établissement, a reconnu samedi pour la première fois le caractère “systémique” des violences commises et confié à un groupe de réflexion une commission d’enquête indépendante chargée d’apporter “réparation” à toutes les victimes.Alors que l’affaire a engendré une vague de dénonciations similaires à l’encontre d’autres institutions catholiques dans les Hautes-Pyrénées, les Landes, en Haute-Vienne ou dans le Finistère, une commission d’enquête parlementaire va se pencher les modalités du contrôle des établissements par l’État.Elle prévoit d’auditionner Élisabeth Borne et François Bayrou, qui a déclaré dimanche qu’il répondrait aux questions “s’il a une convocation officielle”, tout en répétant se sentir victime d’une “manœuvre de déstabilisation”.Les corapporteurs de cette commission, Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (Renaissance), se sont rendus lundi à l’inspection académique et à la préfecture de Pau “avec une liste de documents à consulter”.”Sur le terrain, on voit un certain nombre de manquements et de questionnements qui nous serviront pour les auditions à venir”, a expliqué devant la presse Mme Spillebout, alors que leur mission se poursuit mardi à Lestelle-Bétharram puis à Bayonne au Conseil départemental et à la direction diocésaine.

Nucléaire: l’Elysée vise désormais 2038 pour la mise en service du premier réacteur EPR2

L’Elysée a annoncé qu’il visait désormais l’horizon 2038 au lieu de 2035 pour la mise en service du premier des six futurs réacteurs EPR2 voulus par Emmanuel Macron, une relance nucléaire qui devrait s’appuyer sur un prêt de l’Etat à taux préférentiel et un renforcement de la souveraineté en uranium.  Le président de la République avait annoncé en février 2022 un programme de construction de 6 nouveaux réacteurs nucléaires et une option pour 8 autres avec une mise en service vers 2035 pour le premier d’entre eux, à Penly. Mais un audit gouvernemental de février 2022 mentionnait déjà l’horizon 2037 pour les premières mises en service. L’Elysée évoque désormais d'”ici 2038″ pour la “première mise en service”, selon le communiqué de la présidence diffusé à l’issue d’un conseil de politique nucléaire (CPN) autour d’Emmanuel Macron, le 4e depuis 2022.Aux conditions de 2020, le coût estimé à 51,7 milliards d’euros en 2022 est à présent évalué à 67,4 milliards, ce qui revient à 79,9 milliards aux conditions plus récentes de 2023, selon un rapport de la Cour des comptes de janvier sur la base d’un chiffrage d’EDF de fin 2023. Le mois dernier, le ministre chargé de l’Energie Marc Ferracci avait fixé les ordres de grandeur, en évoquant un coût “en-dessous de 100 milliards d’euros”, tenant compte notamment de l’inflation.Pour connaître le chiffre définitif, il faudra patienter: EDF a indiqué le 20 février que la présentation du devis complet du programme prendrait encore “plusieurs mois”.- “Moins d’urgence” -Alors comment financer ces réacteurs qui doivent permettre à la France, avec les énergies renouvelables, de réduire sa dépendance aux énergies fossiles importées?Lundi, les participants ont “examiné les grands principes du schéma de financement” de ce programme, précisant qu’il serait notamment “basé sur un prêt de l’État bonifié couvrant au moins la moitié des coûts de construction”, selon la présidence. Un tel modèle a déjà été validé par l’Union européenne pour le financement de la centrale tchèque de Dukovany essentiellement par un prêt de l’Etat à taux zéro.En France, il serait assorti d’un contrat sur la production nucléaire à un prix garanti par l’Etat de 100 euros maximum du mégawattheure, selon le communiqué. Concrètement, si l’électricité nucléaire d’EDF est vendue sur les marchés au-delà de ce seuil, EDF doit verser des recettes à l’Etat ; en-dessous, c’est l’Etat qui compense EDF. L’Elysée espère “finaliser dans les prochaines semaines les discussions entre l’État et EDF” et “initier rapidement les échanges avec la Commission européenne, dans la perspective d’une décision finale d’investissement d’EDF en 2026”, au lieu de fin 2025, pour cette étape clé préalable au lancement du chantier. Pourquoi ce décalage? “Il y a moins d’urgence alors autant prendre du temps pour réussir le programme”, souligne une source proche d’EDF. Car le contexte est bien différent du spectre des pénuries d’électricité en 2022 dans le sillage de la guerre en Ukraine: “depuis, la production d’EDF est revenue au niveau d’avant crise énergétique, les efforts de sobriété ont porté leurs fruits, et comme la demande d’électricité n’augmente pas au niveau envisagé, il n’y a pas d’urgence”, ajoute la même source. – “Relancer la recherche” -L’objectif d’EDF et de son unique actionnaire, l’Etat, est bien d’éviter la répétition du scénario de Flamanville, le chantier de l’EPR normand émaillé d’une série de dérapages de coûts et de calendrier. D’où le rappel du conseil de politique nucléaire sur “la nécessité pour EDF de consolider la maîtrise industrielle du programme”.Au moment où l’atome connaît un regain d’intérêt dans le monde, le CPN s’est également penché sur le risque de “tensions importantes” sur la demande d’uranium qui sert à fabriquer le combustible nucléaire, et a validé “le soutien que l’État apportera à Orano (ex-Areva, NDLR) sur l’approvisionnement en uranium de la France à moyen et long terme”.Le Conseil de politique nucléaire a aussi “lancé des travaux préparatoires” en vue de “relancer la recherche sur la fermeture du cycle, qui permettra à terme de se passer des importations d’uranium naturel”, dans la deuxième moitié du siècle. Sur la question des mini-réacteurs (SMR ou small modular reactors), le CPN a appelé le CEA “à engager des discussions” avec les start-up qui développent les projets les plus avancés en vue d’implantation sur ses sites nucléaires dans le sud à Marcoule et Cadarache 

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Dans les abysses, l’appétit minier a lancé une course pour nommer une faune et une flore méconnues

Dans les profondeurs froides et obscures du Pacifique, l’immense plancher océanique est constellé de galets riches en métaux convoités par l’industrie, au milieu d’une multitude d’espèces étranges, quasi totalement inconnues de la science.D’un côté, l’industrie minière se bat pour obtenir le droit d’excaver les fonds marins de la zone de Clarion Clipperton (CCZ), immense plaine à plus de 3.000 mètres de profondeur, entre Hawaï et le Mexique. De l’autre, des chercheurs, en grande partie financés par les entreprises, s’y précipitent pour identifier et cartographier des milliers d’espèces mystérieuses.La zone, longtemps perçue comme un désert sous-marin, est désormais connue pour abriter une faune et une flore abondantes: un concombre de mer géant surnommé “l’écureuil gélatineux”, une crevette aux longues pattes velues, des vers ou des éponges flottantes attachées aux rochers.C’est l’intérêt pour les “nodules”, ces “galets de métaux” comme le cobalt et le manganèse, recherchés pour les batteries, les panneaux solaires ou les écrans tactiles, qui a ouvert la voie à l’exploration scientifique. “Nous avons une bien meilleure compréhension de cette partie du monde que si nous n’avions pas essayé de l’exploiter”, admet Tammy Horton, du Centre océanographique national du Royaume-Uni (NOC).Mais pour les défenseurs de l’environnement, cette biodiversité est le véritable trésor de ces abysses. Et elle risque de disparaître avant même d’être découverte, sous l’énorme panache de sédiments millénaires que l’exploitation minière soulèverait.Les nodules eux-mêmes lui offre un habitat unique, sorte de jardins de corail en miniature.Les scientifiques ont prélevé des échantillons avec des appareils de collecte lancés depuis des navires et ont déployé des véhicules télécommandés pour prendre des photos. Un cliché peut dévoiler une seule ophiure, animal ressemblant à une étoile de mer, mais il est rare que les chercheurs voient deux fois la même créature. Il existe “un nombre considérable d’espèces rares “, rendant cette région comparable à l’Amazonie, a déclaré Tammy Horton.- Long et méticuleux -Environ 90% des 5.000 espèces animales recensées dans la CCZ étaient nouvelles pour la science, selon le premier bilan publié en 2023 dans la revue Nature Ecology and Evolution.L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), fondée sous l’égide de l’ONU, s’est fixé pour objectif de décrire plus d’un millier d’espèces d’ici à 2030 dans les régions convoitées par l’industrie. Chaque animal doit être esquissé, disséqué et doté d’un “code-barres” moléculaire, sorte d’empreinte ADN pour permettre à d’autres chercheurs de l’identifier. Il a fallu un an à Tammy Horton et une équipe pour décrire 27 amphipodes, sorte de petit crustacé, sur plus d’une centaine encore sans nom.Mais l’AIFM, censée finaliser cette année son code minier, est pressée d’aller plus vite, alors que l’entreprise canadienne The Metals Company prévoit de soumettre la toute première demande d’exploitation en juin.Pour l’association Fauna & Flora, l’exploitation risque de perturber la chaîne alimentaire, voire accentuer le changement climatique en libérant le carbone contenue dans les sédiments, source de réchauffement supplémentaire. – Souvenirs de la guerre froide -Le plus ancien site minier expérimental est une bande de fond excavée dans le plus grand secret en 1979.Selon Daniel Jones, autre professeur du NOC qui a fouillé les archives pour le localiser, l’expérimentation est née d’une complexe manigance de la CIA pour récupérer un sous-marin nucléaire russe.Après avoir fait semblant de mener une exploration minière en guise de couverture, la CIA avait décidé de louer le navire pour une véritable tentative, raconte Daniel Jones, qui a retrouvé une vieille photo de la machine d’environ huit mètres de large qui a raclé les fonds.Son équipe s’est rendue sur place en 2023 et a constaté que les traces, plus de 40 ans après, étaient encore visibles sur le plancher océanique.Il y avait “les premiers indices d’un rétablissement biologique” le long des sillons, a déclaré M. Jones, mais la densité de population animale n’avait pas retrouvé sa densité normale.Les nodules eux-mêmes se sont probablement formés il y a des millions d’années: des fragments solides – dent de requin, os d’oreille de poisson – se sont déposés sur les fonds, puis agrandis à un rythme infiniment lent par l’accumulation de minéraux dans l’eau.Mais selon le Conseil consultatif des académies européennes des sciences (EASAC), le besoin en nodules pour la transition énergétique a été exagéré.Une fois lancée, l’exploitation des grands fonds marins sera difficile à arrêter, met en garde Michael Norton, directeur de l’environnement à l’EASAC: “C’est une voie à sens unique. Une fois engagé, on ne fait plus demi-tour de son plein gré”.

Huthis report new US strikes after major rallies in rebel-held Yemen

Huthi media said fresh US strikes hit Yemen on Monday, after huge crowds gathered in the conflict-torn country to protest earlier bombings targeting the Iran-backed rebel group.Tens of thousands of demonstrators, many waving assault rifles, daggers or Korans, chanted “Death to America, death to Israel!” in the capital Sanaa.There were also large crowds in Saada, …

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En Allemagne, un paysan péruvien devant la justice face à un géant de l’énergie

Dix ans après le début de son combat judiciaire, un paysan péruvien a fait face lundi devant la justice allemande au géant de l’énergie RWE, à qui il demande de réparer les effets du changement climatique dans les Andes.Pour cette affaire emblématique, très suivie par les défenseurs de l’environnement, Saul Luciano Lliuya a fait le déplacement au tribunal de Hamm, dans le nord-ouest de l’Allemagne, loin de sa ferme de Huaraz, dans l’ouest du Pérou.Selon l’ONG Germanwatch, qui soutient l’agriculteur, sa maison est menacée par la fonte des glaciers des Andes, qui ont déjà fait “remonter dangereusement à plusieurs reprises” le niveau du lac Palcacocha situé au-dessus de sa ville.”Les glaciers sont en train de fondre, de disparaître petit à petit”, a dit l’agriculteur de 44 ans, père de deux enfants, lundi avant l’audience.”Certains lacs comme celui de Palcacocha sont devenus un risque pour moi et pour plus de 50.000 personnes qui vivent dans cette zone”, a-t-il déclaré devant un décor en carton représentant des glaciers.M. Lliuya et Germanwatch demandent à RWE, l’un des principaux groupes énergétiques d’Allemagne, de participer symboliquement aux travaux pour réduire le niveau d’eau du lac.- Quote-part des émissions -Motif: bien qu’il n’ait aucune centrale au Pérou, le conglomérat fait partie des trois plus grands émetteurs de gaz à effet de serre en Europe, et est responsable de 0,47% des émissions mondiales, selon un rapport.Les plaignants exigent donc de RWE une quote-part correspondante de 17.000 euros aux 3,5 millions d’euros de travaux.La première journée d’audience a été consacrée à l’analyse des risques climatiques dans la région de Huaraz, et notamment celui d’un débordement du lac glaciaire, a expliqué un avocat du camp des plaignants.Les réponses des deux experts mandatés par le tribunal à des questions essentiellement géologiques sont cruciales pour la suite de l’affaire.Le tribunal doit en effet d’abord évaluer le risque de crue pour la maison de M. Lliuya. Si celui-ci est considéré comme sérieux, il examinera ensuite dans quelle mesure le changement climatique et les émissions de RWE contribuent à une potentielle inondation.Selon Noah Walker-Crawford, chercheur de la Londons School of Economics engagé auprès des plaignants, les experts “reconnaissent qu’il existe un risque” que la maison du paysan subisse une inondation en raison de “la fonte des glaciers”.Une deuxième et dernière journée d’audience est prévue mercredi. Une décision est possible dès ce jour mais “il est plus probable” que les juges se prononcent “d’ici trois ou quatre semaines”, a estimé Noah Walker-Crawford.Fin 2017, l’agriculteur avait obtenu un premier succès lorsque sa requête avait été jugée recevable en appel, après avoir été retoquée en première instance.Cette décision avait suscité l’espoir des militants de l’environnement d’en faire un cas précurseur de “justice climatique mondiale”, concept politique selon lequel le Nord pollueur doit dédommager les pays du Sud victimes de la pollution.Depuis, la procédure a avancé lentement, ralentie notamment par la pandémie de Covid-19.”Je n’aurais jamais pensé que cela prendrait autant de temps”, a dit avant le procès Saul Luciano Lliuya, qui a déposé plainte il y a près de dix ans.- “Juridiquement inadmissible” -De son côté, l’énergéticien allemand juge la requête “juridiquement inadmissible”.Pour le groupe qui exploite en Allemagne plusieurs mines de lignite, un minerai très polluant, il n’est “pas possible d’attribuer juridiquement les effets spécifiques d’un changement climatique à un seul émetteur”.Le groupe soutient notamment qu’il a toujours respecté les réglementations nationales sur les émissions de gaz à effet de serre et s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. RWE s’est notamment engagé à cesser la production d’électricité au charbon d’ici à 2030 dans le bassin rhénan, tout en investissant massivement dans l’éolien et le solaire.Avec cette procédure, Germanwatch dit vouloir faire “pression” pour forcer les responsables politiques “à agir et à dire que, oui, les grands émetteurs sur cette planète doivent finalement contribuer sur le principe de pollueur-payeur”, a déclaré lundi Christoph Bals, directeur politique de l’ONG.Les litiges contre gouvernements et sociétés polluantes se multiplient ces dernières années.

Deux militaires tués par un train à un passage à niveau dans le Pas-de-Calais

Une violente collision, dont les causes et circonstances restent à éclaircir: deux militaires sont morts lundi matin quand un TER a percuté leur véhicule  à un passage à niveau près d’Arras.”Une voiture a été percutée ce matin par un train au niveau d’un passage à niveau” à Bailleul-Sir-Berthoult, dans le Pas-de-Calais, a déclaré SNCF Réseau, confirmant une information du quotidien régional la Voix du Nord. La délégation à l’information et à la communication de la Défense (Dicod) a pour sa part confirmé “un accident ce matin (lundi, NDLR) occasionnant la mort de deux militaires”.”Deux de nos militaires ont perdu la vie dans un tragique accident près d’Arras. Mes pensées vont à leurs familles, leurs frères d’armes, aux blessés ainsi qu’à tous ceux qui s’engagent pour défendre la Nation” a réagi sur X le président Emmanuel Macron.Une personne qui se trouvait dans le train a été légèrement blessée par des éclats de verre, a précisé SNCF Réseau. Cette personne et le conducteur du train, choqué, ont été pris en charge par les secours.Ce TER était toujours arrêté en début d’après-midi au milieu des champs, à quelque dizaines de mètres du passage à niveau dont les barrières étaient relevées, a constaté une journaliste de l’AFP sur place.Une riveraine agricultrice dit avoir entendu le train klaxonner puis freiner sans pouvoir s’arrêter à temps avant de percuter une voiture. Après avoir entendu les passagers crier, “on y a été” et “le moteur était sorti de la voiture, il y avait plein de trucs à terre tout partout”, a décrit Marion Saudmont, 28 ans, qui a appelé les pompiers.- Circulation des TER perturbée -Selon SNCF Réseau, le train, qui reliait Hazebrouck (Nord) à Arras, transportait une centaine de passagers. La circulation a été interrompue dans les deux sens sur l’axe concerné entre Arras et Lens et les trains détournés par Douai et Ostricourt. Les voyageurs du train de la collision ont été transférés dans deux bus à destination d’Arras. Un homme était mort percuté par un train à ce même passage à niveau en juin dernier, selon la Voix du Nord, mais selon le maire de Bailleul-Sir-Berthoult, il s’agissait alors d’un suicide. Ce lundi, “c’est vraiment un accident. Pourquoi? Comment? On ne sait pas donc attendons le résultat de l’enquête”, a commenté l’élu, Bernard Tournant. En 2023, 39 accidents impliquant un train ont été recensés en France, d’après la base de données des accidents corporels de la circulation. Ces accidents s’avèrent souvent graves, puisque 29 d’entre eux étaient mortels, soit 74%. La France compte 15.000 passages à niveau, dont 60% sont équipés de dispositifs automatiques (feux de signalisation et/ou barrières), selon la même source. SNCF Réseau, qui mène des campagnes de sensibilisation sur les bons comportements à adopter aux passages à niveau, rappelle que la distance de freinage d’un train est “10 fois supérieure à celle d’un véhicule: à 100 km/h, un train a besoin de 1 km pour s’arrêter”.

Terres rares: face au monopole chinois, une usine de recyclage franco-japonaise en construction en France

Pour échapper au monopole chinois sur les métaux stratégiques, la startup lyonnaise Carester a posé lundi la première pierre d’une usine de recyclage de terres rares à Lacq (sud-ouest), pour alimenter les filières de l’automobile ou des éoliennes, avec des financements japonais et français.Objectif affiché, la souveraineté. L’usine Caremag, permettra “de se doter d’une technologie sur laquelle la Chine est en position monopolistique puisqu’elle fournit 98% du marché européen”, a indiqué la ministre de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher, qui a soutenu le projet dès sa conception lorsqu’elle était ministre de l’Industrie.Les terres rares et les aimants permanents, qui résistent à la démagnétisation, jouent un rôle-clé dans la transition énergétique, mais aussi dans l’industrie électronique, pour les moteurs de véhicules électriques, les générateurs d’éoliennes, la robotique ou les pompes.L’usine commencera de produire fin 2026, début 2027. A terme, elle devrait employer 92 personnes pour recycler 2.000 tonnes par an d’aimants permanents afin de produire quelque 800 tonnes de terres rares légères (néodyme et praséodyme). Elle devrait aussi raffiner 5.000 tonnes de concentrés miniers pour produire 600 tonnes de terres rares lourdes séparées (oxydes de dysprosium et terbium), soit environ 15% de la production mondiale actuelle. Au total, le projet a reçu 216 millions d’euros de financements japonais et français.Quelque 110 millions sont apportés par les sociétés japonaises partenaires Jogmec (organisation publique pour la sécurité des métaux et de l’énergie) et le trader en métaux Iwatani. Et 106 millions d’euros viennent de l’Etat français sous forme de subventions et avances remboursables dans le cadre des appels à projets France Relance et France 2030, ainsi qu’un crédit d’impôt industrie verte.Selon l’entreprise, ce sera le premier recycleur européen de terres rares et le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées.La construction, autorisée depuis 2023, “représente une avancée majeure vers l’indépendance de l’Europe en terres rares pour les aimants permanents”, a déclaré le président de Carester, Frédéric Carencotte au cours d’un bref entretien téléphonique avec l’AFP.- “partenaires long terme” -“Pour contrecarrer le risque de dumping” sur les prix, venant notamment d’industriels chinois désireux de maintenir leur monopole mondial, l’entreprise a “trouvé des partenaires long terme”, avec une “vision commune”, associant notamment l’Etat japonais et l’Etat français, a ajouté M. Carencotte.Côté européen, le groupe automobile Stellantis a ainsi signé un contrat s’engageant à acheter une partie de la production, a indiqué M. Carencotte.Côté japonais, “50% de la production” sera vendu à la société de trading japonaise partenaire, charge à elle de vendre les oxydes de terres rares lourdes produits par Caremag à “un ou des partenaires industriels japonais”, a-t-il ajouté, sans donner de nom.De son côté, Mme Pannier-Runacher a fait référence à “un partenariat stratégique de long terme comme on a su en construire avec Toyota à Valenciennes”.Sur le plan environnemental, la future usine promet des standards élevés: “Mon usine ne rejettera pas d’effluents liquides”, a assuré M. Carencotte à l’AFP. Ainsi du nitrate d’ammonium, coproduit des opérations, sera reconcentré et vendu comme fertilisant, et 80% des rejets directs de CO2 seront recyclés, a-t-il indiqué.”L’objectif n’est pas que d’extraire des métaux rares, mais également de les transformer et de les recycler”, avait indiqué dimanche le ministre de l’Industrie Marc Ferracci dans un entretien à la Tribune, consacré au développement de l’exploitation du sous-sol minier français.Ainsi en France, trois autres projets industriels visent le recyclage d’aimants permanents.La start-up MagREEsource a inauguré en juin, en Isère, la première usine-test d’Europe produisant des aimants permanents à partir d’aimants recyclés, à hauteur de 50 tonnes par an.Le groupe belge Solvay exploite par ailleurs, à La Rochelle, une usine de fabrication de produits de performance à base de terres rares. Il doit prochainement lancer la production des premières tonnes d’oxydes de terres rares pour des aimants permanents.Le groupe minier Orano a aussi lancé en 2022 le projet Magnolia, ayant pour ambition de structurer un outil industriel de fabrication d’aimants permanents haute- performance.

Emilie Dequenne, “Rosetta” pour toujours au cinéma, emportée par le cancer

Révélée à 18 ans dans “Rosetta”, fauchée à 43 ans par un cancer rare, au terme d’une lutte acharnée qu’elle avait rendue publique: le cinéma est en deuil lundi, au lendemain de la mort de l’actrice multirécompensée Emilie Dequenne.Des frères Dardenne qui l’ont révélée, à Tahar Rahim et Vincent Macaigne, qui ont partagé l’affiche avec elle, les hommages pleuvent après le décès de l’actrice belge, unanimement saluée pour son talent et son énergie.Emilie Dequenne est décédée après avoir passé plusieurs jours en soins palliatifs au centre Gustave Roussy, en région parisienne. Ses obsèques auront lieu le 26 mars à 15H30, au crématorium du Père-Lachaise à Paris, sans fleurs ni couronnes.La famille appellera aux dons pour la recherche médicale contre le cancer, a précisé à l’AFP son agent, Danielle Gain.En octobre 2023, Emilie Dequenne avait annoncé être atteinte d’un corticosurrénalome (cancer du système endocrinien), diagnostiqué deux mois auparavant et qui la tenait éloignée des plateaux. Elle rendait public son combat contre le cancer, martelant qu’il ne s’agissait “pas d’une maladie honteuse”. Elle est décédée après une rémission, puis une rechute.Plusieurs longs-métrages avec Emilie Dequenne vont être diffusés à la télévision pour lui rendre hommage: France 3 propose lundi soir “Une femme de ménage” de Claude Berri, Canal+ Cinéma(s) programme mardi soir “Survivre”, sa dernière apparition, et “Rosetta” est annoncé vendredi soir sur France 5. – “L’archange foudroyé” -Elle a été fauchée “en plein vol, c’est l’archange foudroyé”, a déclaré le réalisateur Luc Dardenne. “Elle était toujours partante, toujours prête à partir au combat, toujours. Elle adorait tourner, c’était sa vie”, a-t-il ajouté sur franceinfo.A 17 ans, Emilie Dequenne remporte avec ce film le prix d’interprétation à Cannes et offre leur première Palme d’or aux réalisateurs. “Rarement une comédienne aura autant marqué l’histoire du Festival de Cannes comme l’a fait Emilie Dequenne lors de son surgissement en +Rosetta+”, a salué le délégué général du festival, Thierry Frémaux, auprès de l’AFP. “Révoltée à l’écran, elle était la douceur même dans la vie, une vie qui s’achève scandaleusement tôt, tant elle avait encore d’amour à donner. Nous la pleurons.”Emilie Dequenne redoutait d’être réduite au rôle de Rosetta, femme précaire luttant sur tous les fronts. “Elle disait toujours, mais je ne suis pas Rosetta !”, se souvient Luc Dardenne.Sa carrière sera bien plus vaste, avec une cinquantaine de films (“La fille du RER” d’André Téchiné (2009), “À perdre la raison” (2012) de Joachim Lafosse, “Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait”, d’Emmanuel Mouret…), dans lesquels elle saura varier les registres.Comme chez Lucas Belvaux, qui la dirige en coiffeuse fan de karaoké dans “Pas son genre”. “C’était un rôle extrêmement difficile, et ça a été une révélation. Emilie, qui jouait toujours des rôles sombres, s’est emparée du film et lui a amené quelque chose d’inattendu dans l’énergie. C’était plus que du talent, il y avait énormément de générosité”, a confié le réalisateur à l’AFP.Ou en mère de famille, chez Lukas Dhont (“Close”) qui se souvient d’une actrice “jamais effrayée d’avancer vers l’inconnu, vers l’obscurité” puis de “repartir, dans une autre direction, vers la lumière”.- Tapis rouge -Acteurs et actrices ont multiplié les messages sur les réseaux sociaux : “Pas de mots. Je pense à toi, à ta famille”, a écrit l’acteur Jean Dujardin. Juliette Binoche l’a remerciée d’avoir partagé ce qu’elle traversait “avec tant d’ardeur et de générosité”.”Tout ce que tu étais, comme actrice et comme femme, inspirait l’admiration et l’amour”, a salué sa compatriote Virginie Efira. Leïla Bekhti salue une “grande dame, grande âme, grande actrice, une reine”.”Le cinéma francophone perd, trop tôt, une actrice de talent qui avait encore tant à lui offrir”, a regretté sur X la ministre de la Culture française, Rachida Dati.En mai 2024, la comédienne était apparue sur le tapis rouge à Cannes au bras de son mari l’acteur Michel Ferracci, souriante, les cheveux courts à cause de son traitement, pour les 25 ans de “Rosetta” et pour présenter son dernier film, “Survivre”. Quelques semaines plus tard, sur France Inter, elle avait assuré qu'”on peut vivre des moments beaux, forts, magiques, en dépit de la maladie, c’est possible”. jfg-reb-kf-fbe-mng/mch/mpm

Sur le cas Hanouna, Mélenchon à contre-courant de ses troupes

Ses lieutenants venaient d’effectuer à l’unisson un rare exercice d’autocritique sur l’affiche de La France insoumise représentant Cyril Hanouna. D’un tonitruant “taisez vous”, Jean-Luc Mélenchon a fait voler en éclat la communication de son parti, et relancé les interrogations sur sa stratégie.Le plus dur était fait. Après cinq jours de polémique, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, et la cheffe des députés Insoumis, Mathilde Panot, ont fini par reconnaître dimanche matin “une erreur”: avoir utilisé l’intelligence artificielle pour créer un visuel.En l’occurrence celui montrant le visage de Cyril Hanouna, d’origine juive tunisienne, en noir et blanc, sourcils froncés et grimace agressive.Censé battre le rappel des manifestations du 22 mars contre le racisme, il a surtout déclenché un tollé et de nouvelles accusations d’antisémitisme contre la formation de gauche radicale.Raison pour laquelle l’image a aussitôt été retirée, afin “qu’il n’y ait aucun ambiguïté sur ce sujet”, a fait valoir M. Bompard. Déjà, les jours précédents, plusieurs cadres Insoumis avaient plaidé une “maladresse” comme Eric Coquerel et Manon Aubry, ou une “défaillance” comme Paul Vannier.Un début de contrition collective, destiné aussi à apaiser le malaise qui s’est fait jour en interne, à l’instar du député apparenté Aymeric Caron déplorant les “communications catastrophiques qui se multiplient”.Mais pour Jean-Luc Mélenchon, pas question de faire amende honorable. Une erreur? “Pourquoi vous me posez cette question? De quel droit? Qui vous êtes? Vous m’accusez? Est-ce que vous m’accusez? Alors taisez-vous!”, a répliqué le triple candidat à la présidentielle au journaliste qui l’interrogeait dimanche midi sur France 3.De l’antisémitisme? “Pourquoi ça serait de l’antisémitisme? Ça suffit! Ça suffit maintenant!” a-t-il encore tonné, juste avant que l’émission ne se termine.- “Une stratégie assumée” -La colère en guise de réponse, signe d’une “fuite en avant” selon Jérôme Guedj, ancien protégé de Jean-Luc Mélenchon du temps où celui-ci était sénateur socialiste de l’Essonne – les deux hommes ont depuis rompu avec fracas.”Je le connais par coeur, ça puait la fausse indignation”, affirme l’actuel député PS, convaincu que son ex-mentor “veut jouer la victimisation”, quitte à entacher du soupçon d’antisémitisme les rassemblements contre le racisme organisés avec plus de 200 autres organisations.Un comble, d’autant que l’événement pourrait être l’occasion d’une grande réunion avec les socialistes, les communistes, les écologistes, et une partie des syndicats.”C’est l’illustration que tout ce que LFI touche à gauche, ils l’abiment”, insiste M. Guedj, convaincu que “l’entêtement” du patriarche Insoumis “montre que ce n’est pas une erreur, mais une stratégie assumée de transgression” dirigée vers “un électorat arabo-musulman” supposé “sensible à ce type de clin d’oeil antisémite”.Un choix peut-être délibéré, mais discuté jusque dans les rangs mélenchonistes. “Est-ce que l’objectif c’est de gagner en 2027?”, se demandait ainsi un député insoumis avant même la dernière fureur du grand chef.”Jean-Luc est très rationnel”, veut croire cet élu. De deux choses l’une, donc: “Soit il pense que c’est nécessaire aujourd’hui pour asseoir sa candidature”, mais dans ce cas “à deux ans de l’échéance, il serait temps de passer à la phase suivante”.Ou alors “il pense que c’est perdu, que Marine Le Pen va gagner et que son rôle est de fortifier un bataillon de résistants”. Défaitistes, les Insoumis? “J’ai parfois l’impression que notre stratégie est plutôt celle-là”.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Au Sénégal, les machines géantes d’un groupe minier français avalent terres et désert

Dans un vacarme assourdissant, la “plus grosse drague minière au monde” et la gigantesque usine flottante d’un groupe minier français fendent les dunes du singulier désert de Lompoul, au Sénégal, une vision digne du film “Dune”.Vingt-quatre heures sur 24, les deux machines géantes aspirent le précieux sable minéralisé des dunes de ce désert. Auparavant, elles ont avalé celui contenu dans des terres agricoles fertiles avoisinantes, qui produisent la majorité des légumes frais consommés au Sénégal. La drague mobile se déplace avec l’usine flottante sur un bassin d’eau artificiel long d’un demi kilomètre, aspirant 7.000 tonnes par heure de sable brut et d’eau mélangés, une eau pompée à plus de 450 mètres de profondeur.Cette mine colossale et itinérante du groupe minier français Eramet a causé depuis 2014 le déplacement de milliers d’habitants et paysans dans cette région agricole aux écosystèmes fragiles. Elle a aussi engouffré des kilomètres de terres le long de la côte atlantique de ce pays – l’impressionnant tracé de l’avancée de la mine étant visible depuis l’espace.  C’est l’histoire d'”un désespoir et d’une désillusion qu’on a eu avec ce projet”, lance à l’AFP Gora Gaye, 47 ans, maire de la communauté rurale de Diokoul Diawrigne, qui englobe le magnifique désert de Lompoul, l’un des plus petits au monde, un écosystème unique de dunes balayées par la brise de l’océan.Cet atout d’écotourisme dans ce pays en partie sahélien est actuellement défiguré par la mine. Depuis 2014, le groupe minier exploite ces dunes – utilisant la “plus grosse drague minière au monde” selon Eramet – pour en extraire les minéraux (zircon, ilménite, rutile et leucoxène), exportés à travers le monde pour le marché du bâtiment et ses dérivés, la métallurgie, la céramique.Une équipe de l’AFP a eu un accès rare aux installations de la mine, composée de la drague, de l’usine flottante de séparation des sables minéralisés et non minéralisés, d’une autre usine séparant les différents minerais par tri magnétique et électrostatique, d’un tronçon de chemin de fer privé jusqu’au port de Dakar, de logements, bureaux, routes sillonnées de véhicules 4X4, dénotant avec le calme de cette région arpentée par les dromadaires, les vipères et les oiseaux marins.Pendant des années, le sort des villageois déplacés et leur mobilisation dénonçant un accaparement des terres et un système de compensation “dérisoire” ont été peu écoutés, voire étouffés, à la faveur d’autorités locales et nationales complaisantes, dénoncent les détracteurs de la mine.- Écosystème unique -Mais la controverse a récemment pris une ampleur nationale quand la mine est entrée dans la zone du désert de Lompoul (nord). Se joignant aux paysans, des élus locaux et entrepreneurs notamment dans le tourisme ont dénoncé vivement l’impact de ces activités. Fin janvier, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye lui-même a fait des déclarations fortes en Conseil des ministres au sujet de l’industrie extractive. “L’exploitation des ressources minières dans plusieurs localités du pays ne participe pas activement au développement territorial et ne profite pas aux populations locales”, a-t-il lancé.Lors du Conseil du 12 mars, il a donné des directives à ses ministres sur la “transparence dans la gouvernance des ressources naturelles”, leur demandant de “veiller à la gestion optimale des impacts environnementaux et sociaux de l’exploitation minière et pétrolière sur le bien-être des populations”.Se réclamant du souverainisme et élu en 2024 sur un agenda de rupture avec les pratiques du passé, le nouveau pouvoir au Sénégal est scruté sur d’éventuelles décisions concernant les activités d’EGC. C’est en 2004 que les autorités sénégalaises en place à l’époque ont accordé au groupe minier – détenu à 27% par l’Etat français et 4ème producteur mondial de zircon – cette concession pour y exploiter ce convoité sable minéralisé. L’Etat du Sénégal détient 10% du capital de la filiale sénégalaise d’Eramet, Grande Côte Opérations (GCO), renommée depuis Eramet Grande Côte (EGC).”La mine, elle avance; le sort des personnes quand la mine est passée ce n’est plus le problème” d’Eramet, estime Cheikh Yves Jacquemain, hôtelier franco-sénégalais et propriétaire d’un écolodge de tentes traditionnelles dans le désert.A 150 mètres seulement de son campement, les deux machines tournent à plein régime. Parmi les sept sites d’hébergement touristique de Lompoul, six ont accepté le dédommagement de EGC ou une relocalisation. M. Jacquemain est toujours en négociation avec EGC pour obtenir des compensations financières “justes”, pour lui et ses 40 employés.Le groupe minier est accusé de “dégrader les dunes et les sols”, de “menacer les ressources hydriques”, ainsi que la sécurité alimentaire et les activités économiques.Des communautés pointent une détérioration de leurs conditions de vie. L’une des récriminations est un système d’indemnisation jugé “dérisoire”, basé sur un barème national datant des années 70 et qui ne valorise pas la terre agricole par rapport à la perte irrémédiable de revenus provenant de ces zones fertiles. – “Entreprise responsable” -EGC répond à l’AFP qu’en “entreprise responsable”, le groupe indemnise les habitants “cinq fois plus” l’hectare nu que ce barème national, et qu’au total l’indemnisation moyenne est de 8 à 10 millions de FCFA l’hectare (entre 12.190 et 15.240 euros).Le maire de Diokoul Diawrigne indique à l’AFP que lui et sa communauté ont rejeté en 2022 l’étude d’impact environnementale présentée par GCO lors d’une audience publique. Mais l’étude a malgré tout été validée au niveau ministériel à l’époque. Reconnaissant qu'”au début” le projet minier avait suscité “un espoir” parmi la population, il n’a apporté, selon lui, que des “promesses non tenues, une destruction de notre écosystème, des intimidations, des déplacements de villages de manière catastrophique et un recul sur le plan du développement économique dans la zone des Niayes”. Les détracteurs de la mine s’inquiètent du bouleversement de cet écosystème d’une biodiversité rare, composé de cuvettes interdunaires, des oasis où les sols permettent une agriculture “qui a produit jusqu’à un passé récent 80% des légumes frais consommés au Sénégal”.Au fil des années, les habitants déplacés ont été relogés dans “quatre grands nouveaux villages” équipés de commodités, “un total de 586 maisons et des infrastructures communautaires (centre de santé, école, etc…) ont été construites à ce jour” par le groupe minier et 3.142 personnes sont concernées, indique EGC.  Réunis sur la place du village des “recasés” de Foth, à 120 km au nord de Dakar, un alignement de concessions en dur sur une zone dépourvue de végétation, Omar Keïta et une vingtaine d’autres chefs de familles déplacées ont visiblement besoin d’exprimer leur colère.”On veut retourner sur nos terres et que notre village soit reconstruit pour retrouver notre vie d’avant… Je lance un appel au président du Sénégal et même à la France!”, s’exclame Omar, 32 ans, visage soucieux.Il ose à peine montrer la chambre – “prêtée par son grand frère” – et la promiscuité où il vit “depuis six ans” avec sa femme et ses trois enfants: un lit, une commode, et un matelas pour lui par terre. Il déclare qu’on ne lui a pas attribué de maison. Des affirmations que nie le directeur général de EGC, Frédéric Zanklan: “chaque famille est relogée selon l’état de la famille au moment du recensement”, dit-il à l’AFP, ajoutant que si les familles s’agrandissent “ce n’est pas de leur fait”. – Appel au président –  Omar réplique qu’avant son déplacement, il “avait (ses) champs et (sa) maison”. “On gagnait nos vies dignement mais GCO a remis ma vie à zéro, je dois tout reconstruire…”.  “Le sol était fertile dans notre village, mais ici je suis même obligé d’aller travailler dans les champs d’autres personnes”, indique-t-il.   Dans la cour de sa concession, Ibrahima Ba, 60 ans, ne décolère pas non plus: “nous avons régressé dans tous les sens”. “Je suis toujours agriculteur. La différence est que dans mon village, le sol était très fertile, l’eau était douce, on n’avait aucun problème”. “Nous demandons au président Diomaye Faye et à son Premier ministre de venir en aide à la population de Foth et des Niayes; nous croyons qu’ils peuvent faire quelque chose parce que c’est un pays étranger qui veut détruire la vie des citoyens sénégalais”, lâche-t-il.Dans un entretien à l’AFP, M. Zanklan déclare que la société est “dans un cadre tout à fait légal” dans ses activités, qui “respectent la convention minière” signée avec le gouvernement.  “C’est un projet qui bénéficie au Sénégal”, plaide-t-il. EGC affirme avoir “généré 149 millions d’euros de retombées économiques pour le Sénégal en 2023”, et avoir versé “25 millions d’euros sous forme d’impôts, de taxes et de dividendes” sur un chiffre d’affaires de la société de 215 millions d’euros en 2023.       Il met en avant les “près de 2.000 personnes qui travaillent au niveau de la mine et des usines de séparation, dont 97% sont des Sénégalais, et 48% de ces travailleurs proviennent du bassin d’emploi local”, affirme-t-il. En 2023, l’Initiative pour la transparence dans l’industrie extractive (ITIE) a classé EGC comme 4ème contributeur minier au budget de l’Etat du Sénégal, souligne-t-il.La société indique aussi être “la première entreprise minière à restituer les terres valorisées au Sénégal”, après un processus de réhabilitation constaté par l’AFP sur une partie de la zone avec des essences d’arbres permettant une diversification des cultures. Mais les communautés déplorent que les terres ne leur sont pas “rendues”, mais remises à l’Etat sénégalais – la terre étant propriété de la Nation dans ce pays et les paysans qui l’exploitent en ayant l’usufruit.  – “Un moratoire” -Dans la même région, arpentant un champ sans culture et montrant des mares brunâtres, Serigne Mar Sow déplore les “dégâts incommensurables” de la mine, selon lui.L’eau pompée pour la drague est redéversée dans le bassin artificiel et s’infiltre vers la nappe phréatique superficielle. EGC assure ainsi que les activités maraîchères “en bénéficient”.  “On cultivait ici des légumes et des bananes et vous voyez que toutes les plantes sont mortes, c’est à cause de cette eau qui inonde nos champs car la drague de GCO se trouve à 2,5 km d’ici”, se désole pour sa part M. Sow. “Le sol n’est plus fertile”.Montrant des plants de manioc et des bananiers morts, il accuse cette eau redéversée de contenir des “produits chimiques”.”Il y a 15 à 20 parcelles qui ont été abandonnées à cause de cette eau qui remonte. Il y a une diminution drastique de nos espaces de récolte” et des emplois afférents. De son côté, EGC affirme que le processus d’extraction “est purement mécanique” et qu'”aucun produit chimique n’est utilisé”.Aujourd’hui, le maire de Diokoul Diawrigne “demande à l’Etat de faire un moratoire, d’arrêter la mine pour un moment, et qu’on évalue via des études sérieuses l’ensemble des dégâts qui ont été causés et qui vont l’être, en comparaison à ce que cela a rapporté à l’Etat et aux communautés”.   “Il ne faut pas qu’on ferme les yeux sur ce drame; quel que soit ce que le Sénégal gagne dans cette affaire, il faudra se tourner vers les communautés, voir ce qu’elles sont en train de vivre et les accompagner”. Frédéric Zanklan estime de son côté qu’il n’y a “pas besoin de moratoire”. “S’il y a des inquiétudes, toute autorité peut venir voir par elle-même”.Il précise que le groupe espère augmenter la capacité d’absorption de la drague à 8.500 tonnes par heure à partir de 2026.Un moratoire, “cela voudrait dire 2.000 personnes au chômage et l’arrêt des retombées économiques pour l’Etat du Sénégal: ce serait irresponsable alors que le pays a vraiment besoin de se développer”, estime-t-il. En attendant, de jour comme de nuit, la drague continue à engouffrer les dunes de Lompoul avec fracas, loin de la quiétude passée du plus petit désert d’Afrique.