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Lutte contre le narcotrafic: la confidentialité des messageries cryptées en débat

Accéder aux messages des trafiquants de drogue sur les plateformes chiffrées telles que WhatsApp ou Signal: la mesure portée par une proposition de loi, soutenue par le gouvernement, continue d’agréger contre elle de nombreux acteurs et experts de la cybersécurité.L’obligation pour les messageries d’ouvrir sur requête des services de police l’accès aux conversations de personnes mises sur écoute figure dans le texte adopté à l’unanimité au Sénat début février.L’article a été supprimé à l’Assemblée nationale en commission des lois début mars. Mais la majorité présidentielle insiste, avec un amendement au but similaire déposé par trois députés, qui devrait être examiné dans la semaine. L’un d’eux, Paul Midy, défend une “réécriture complète de l’article, pour prendre en compte la totalité des inquiétudes” au sujet de sa version initiale.En question: les modalités d’accès aux échanges qui mettraient en péril la sécurité de l’ensemble des utilisateurs.Le “chiffrement de bout en bout” mis en place par Whatsapp, Signal mais aussi Messenger (Facebook) revient à brouiller les conversations, les rendant indéchiffrables y compris pour les plateformes elles-mêmes. Celles-ci n’ont donc pas les moyens, actuellement, de livrer leur contenu. – “Porte dérobée” -Les députés de la gauche et du centre opposés à l’article initial s’inquiétaient de l’introduction d’un mécanisme de “porte dérobée”, ou “backdoor”, permettant à un tiers d’accéder à des messages chiffrés, ouvrant en même temps une faille de sécurité.Dans son amendement, “il n’y a pas de backdoor, il n’y a pas d’atteinte au chiffrement”, insiste Paul Midy. Le texte, en effet, exige de ne pas “porter atteinte à la prestation de cryptologie” et renvoie les modalités techniques à l’approbation d’une commission.Sur X mercredi, la ministre chargée du Numérique, Clara Chappaz, s’est réjouie “de l’ouverture d’une discussion technique exigeante avec les messageries”, après s’être inquiétée mardi, dans un message supprimé depuis, de ne pas avoir “à ce jour de solution technique pour accéder à des communications ciblées sans affaiblir la sécurité du système tout entier”. L’évolution de l’article ne convainc toutefois ni les plateformes de messagerie, ni les acteurs de la cybersécurité. Pour eux, introduire un processus permettant de lire des messages cryptés revient nécessairement à ouvrir une brèche exploitable par des individus mal intentionnés.- Solution “impossible” -“Modifier les mécanismes de sécurité, (…) c’est la garantie de multiplier les erreurs et vulnérabilités involontaires qui pourront ensuite être exploitées par les cybercriminels”, a ainsi indiqué le directeur adjoint de Docaposte — filiale numérique de La Poste française — et ancien directeur de l’agence de sécurité informatique (Anssi), Guillaume Poupard, sur le réseau LinkedIn. “Si c’est possible sur réquisition judiciaire, ça sera aussi possible pour un pirate”, pointe Patrick Blum, délégué général de l’Association française des correspondants à la protection des données personnelles. La “technique du fantôme”, évoquée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui consiste à intégrer un utilisateur tiers dans une conversation privée de manière invisible, est aussi critiquée.Pour Benoit Grunemwald, expert cybersécurité chez ESET, société de logiciels, “c’est juste impossible d’avoir un chiffrement de bout en bout, (…) une complète sécurité et confidentialité des messages, et qu’en même temps un tiers puisse y accéder”. Le président de la messagerie chiffrée française Olvid, désignée par le gouvernement en 2023 pour être utilisée dans les ministères, tient la même position auprès de l’AFP. “L’idée de l’utilisateur fantôme, je comprends qu’elle soit séduisante. (…) Mais, en réalité, dès lors qu’on doit vraiment mettre les mains dans le cambouis, elle pose un nombre de problèmes considérable”, martèle Thomas Baignères. À l’image d’autres services, tels que Proton et Signal, il refuse d’appliquer de telles solutions. “On ne peut pas implémenter ce genre de choses de manière sûre”, tranche-t-il. 

Macron prévient qu’il “n’y aura pas de solution militaire israélienne à Gaza”

Emmanuel Macron a affirmé mercredi que la reprise des frappes israéliennes à Gaza constituait “un retour en arrière dramatique”, et a prévenu qu’il n’y aurait “pas de solution militaire” possible dans le territoire palestinien.”Il faut que les hostilités cessent immédiatement et que les négociations reprennent de bonne foi sous les auspices américains”, a dit le président français aux côtés du roi de Jordanie Abdallah II, reçu à l’Elysée. “Nous appelons de nos vœux une cessation permanente des hostilités et une libération de tous les otages” retenus par le mouvement islamiste palestinien Hamas dans la Bande de Gaza, a-t-il ajouté.Le souverain jordanien a aussi dénoncé “une étape extrêmement dangereuse” qui ajoute “une nouvelle dévastation à une situation humanitaire déjà désastreuse”, appelant la communauté internationale à agir “immédiatement” pour “un retour au cessez-le-feu”.Il a plaidé poour une reprise de l’aide internationale, déplorant “le blocage” par Israël de la fourniture d’eau et d’électricité qui “met en danger la vie d’une population extrêmement vulnérable”.Selon Emmanuel Macron, la reprise du conflit est “dramatique pour les Palestiniens de Gaza, à nouveau plongés dans la terreur des bombardements, dramatique pour les otages et leurs familles qui vivent dans le cauchemar de l’attente et de l’incertitude d’une libération que nous souhaitons plus que tout, dramatique pour la région tout entière qui tente de se relever en plus d’une année de guerre et de bouleversements”.Emmanuel Macron a aussi estimé que le Hamas avait “été vaincu”, et qu’il était “dépourvu du parrain qui l’avait poussé au crime du 7 octobre” 2023 lors de son attaque meurtrière sans précédent contre Israël, dans une allusion à l’Iran. “L’axe de la résistance est aujourd’hui une illusion”, a-t-il martelé en faisant là aussi référence à Téhéran et ses alliés au Moyen-Orient, dont le Hamas et le mouvement libanais Hezbollah, considérablement affaiblis par les frappes israéliennes.Le président français a appelé à “retrouver le chemin d’une solution politique”, apportant son soutien au plan des dirigeants arabes pour Gaza, “qui propose un cadre crédible de reconstruction et des éléments pour garantir la sécurité et installer une nouvelle gouvernance qui ne peut pas être celle du Hamas”.Pour le chef de l’Etat, “les ferments d’une nouvelle architecture de sécurité” régionale “sont là”, mais “il manque aujourd’hui une pièce à cet ensemble éminemment complexe”: “un État palestinien”.Il a rappelé qu’il coprésiderait en juin aux Nations unies “une conférence pour les deux Etats”, palestinien et israélien, avec le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, avec lequel il doit aussi “échanger” mercredi soir.

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Aigle royal tué par une éolienne: décision renvoyée au 9 avril

Le tribunal de Montpellier a reporté au 9 avril sa décision dans le dossier de la mort d’un aigle royal reproducteur, qui a percuté il y a trois ans la pale d’une éolienne à Bernagues, dans le nord de l’Hérault.”Le délibéré est prorogé au 9 avril a 14H00″, a indiqué mercredi le président de la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire, sans plus de précisions.Le 10 janvier 2023, vers 08H15, un aigle royal muni d’un GPS, volant à 50 km/h, avait percuté une pale d’une des sept éoliennes exploitées sur le massif de l’Escandorgue, sur les contreforts du Massif central, par la société Energie Renouvelable du Languedoc (ERL), filiale du groupe Valeco, selon le rapport d’enquête sur cet incident de l’Office français de la biodiversité (OFB).L’OFB avait mis en évidence un “dysfonctionnement du système de détection des oiseaux” lors de l’approche de l’aigle, qui avait, après avoir été percuté, “chuté lourdement” au pied de l’éolienne, où il sera retrouvé six jours plus tard.L’oiseau, qui appartient à une espèce protégée, était le mâle reproducteur d’un couple ayant installé son nid dès 2008 à trois km du lieu où ERL a construit ses éoliennes en 2016, selon France Nature Environnement (FNE), l’une des six associations parties civiles dans cette affaire.Lors de l’audience, le 22 janvier, le parquet avait réclamé une peine de 750 euros d’amende, dont 500.000 avec sursis, à l’encontre d’ERL, assortie d’une suspension d’activité avec exécution provisoire, ainsi que 150.000 euros d’amende (dont 100.000 avec sursis) contre le gérant de l’entreprise.Dans le cadre d’une autre procédure, la cour d’appel de Nîmes a ordonné le 7 décembre 2023 la démolition du parc éolien de Bernagues et la remise en état des lieux pour défaut de permis de construire valide. ERL a formé un pourvoi devant la Cour de cassation, dont la décision est toujours attendue.Par ailleurs, le même tribunal de Montpellier doit rendre le 7 avril sa décision dans une affaire similaire, qui oppose cette fois EDF Renouvelables à France Nature Environnement. L’électricien est accusé d’être responsable de la mort de centaines d’oiseaux protégés, dont de rares faucons crécerellettes, dans son parc éoliens d’Aumelas, également dans l’Hérault.

Le procès de proches de l’ex-Premier ministre cambodgien Hun pour un attentat visant l’opposition s’est ouvert à Paris

Le procès de deux hauts responsables de la garde rapprochée de l’ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen s’est ouvert mercredi à Paris, près de trente ans après une attaque à la grenade visant Sam Rainsy, une figure de l’opposition, à Phnom Penh en 1997.Dans le box des accusés: personne. Sur le banc des avocats de la défense: personne. Et à côté du président de la cour d’assises, aucun juré populaire.Seuls les bancs des parties civiles sont occupés, par Sam Rainsy et son épouse.Il s’agit d’un procès par défaut, en l’absence des accusés Hing Bun Heang et Huy Piseth, 68 et 69 ans aujourd’hui, résidant au Cambodge.Les deux hommes, visés par un mandat d’arrêt émis par la France en 2020, encourent la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité de tentative d’assassinat.Le 30 mars 1997, plusieurs grenades avaient explosé en plein rassemblement de l’opposition pour dénoncer la corruption du système judiciaire. L’attaque ciblait Sam Rainsy, ancien ministre des Finances et principal adversaire politique du Premier ministre de l’époque, Hun Sen.Sam Rainsy, 76 ans aujourd’hui, avait été légèrement blessé par l’explosion tandis qu’au moins 16 personnes étaient tuées, dont son garde du corps, et 150 autres blessées en plein cœur de Phnom Penh.”Dans quelques jours, cela va faire 28 ans, mais pour moi c’est comme si c’était hier”, a déclaré à la barre Sam Rainsy, invité par le président à raconter sa version des faits. “Je revois les morts, les blessés, les flaques de sang. Cette scène continue de me hanter”, a poursuivi le Cambodgien, naturalisé français en 1974.En novembre 2000, exilé en France, cette figure de l’opposition avait déposé plainte à Paris et une information judiciaire avait été ouverte contre X en janvier 2001 du chef de tentative d’assassinat.Vingt ans plus tard, au terme d’une instruction close puis rouverte, la juge d’instruction Sabine Khéris avait conclu que Hing Bun Heang avait recruté des hommes pour perpétrer l’attentat et que Huy Piseth avait facilité la fuite des lanceurs de grenades.La magistrate s’est essentiellement appuyée sur les investigations menées par la police fédérale américaine (FBI), les Nations unies, la Commission des affaires étrangères du Sénat américain, ainsi que l’ONG Human Rights Watch.- “Politicien dérangé” -Devant la cour d’assises, Sam Rainsy a rappelé qu’au moment de la manifestation du 30 mars 1997, son parti d’opposition allait former une alliance qui menaçait l’autorité de Hun Sen, l’homme fort du pays.”J’ai appris en France la culture du dialogue, j’ai donc essayé de trouver un terrain d’entente mais c’est un langage que Hun Sen ne comprend pas et il a continué au fil des ans à éliminer l’opposition”, a regretté Sam Rainsy. Depuis le Cambodge, l’un des accusés a répondu la semaine dernière aux questions d’un journaliste de l’AFP, niant toute implication dans l’attentat. “Je suis pas du tout inquiet parce que je ne suis pas impliqué (…). Je l’ai expliqué beaucoup de fois. Ça n’a rien à voir avec moi”, avait déclaré Hing Bun Heang, chef de l’unité des gardes du corps du Premier ministre au moment des faits.”Venez me poursuivre au Cambodge”, a-t-il lancé, qualifiant Sam Rainsy de “politicien dérangé”.Homme fort du Cambodge, Hun Sen est devenu Premier ministre en 1985, à seulement 32 ans, et n’a démissionné qu’en 2023 au profit de son fils, Hun Manet.En presque 40 ans à la tête du pays, il n’a pas hésité à museler l’opposition pour se maintenir au pouvoir, bâillonnant la presse et condamnant ses adversaires à des peines de prison motivées par des considérations politiques, selon des défenseurs des droits humains.”Il faut tout faire pour que tout ça ne se reproduise plus”, a déclaré Sam Rainsy devant la cour d’assises, confronté aux photos sanglantes prises après l’attentat projetées par le président.  Le verdict devrait être rendu le 21 mars.

Affaire Bétharram: Alain Esquerre, l’homme seul qui réunit toutes les victimes

Adolescent, “il voulait servir Dieu”. Aujourd’hui, Alain Esquerre, homme seul et révolté depuis toujours, incarne le combat des plus de 150 victimes de violences, agressions sexuelles et viols commis pendant plusieurs décennies à Bétharram (Pyrénées-Atlantiques). Jeudi, en tant que porte-parole de ces victimes, il sera entendu à l’Assemblée nationale par la commission d’enquête parlementaire sur le contrôle des établissements scolaires, puis rencontrera la ministre de l’Education Elisabeth Borne, à qui il présentera un projet d’office national chargé de superviser les collèges-lycées dotés d’internats. Avec la création, en octobre 2023, d’un groupe d’anciens élèves victimes de l’établissement catholique privé béarnais, Alain Esquerre a ouvert une boîte de Pandore. Lui se voit comme un lanceur d’alerte. Mais Pascal Gélie et Frédéric (ce dernier n’a pas souhaité donner son nom), deux membres du collectif des victimes, le décrivent plutôt comme un “révolté”, un “petit gars modeste et solitaire du Béarn en train de changer les choses”.”Je savais au fond de moi depuis toujours que j’allais faire ma vie tout seul”, avoue Alain Esquerre, qui a renoncé à sa vocation de prêtre, mais en a gardé l’allure: visage fin surmonté de lunettes rectangulaires, éternelle chemise dont le col dépasse sur son pull.  A 53 ans, celui qui travaille comme responsable régional d’une association d’aide aux aveugles expérimente enfin la “communauté”, “l’esprit de camaraderie” qu’il aurait “tellement aimé vivre” enfant.Il se souvient avoir été “admiratif” du courage d’enfants “qui prenaient des coups d’adultes”. “Ils avaient parfois la lèvre ouverte, le nez en sang et ils ne baissaient pas le regard, ils tenaient tête, l’air de dire +Tu ne me briseras pas+”. – 30 ans de combat -Le 15 février, sa voix se casse à l’évocation des récits des victimes, après une rencontre à Pau avec le Premier ministre François Bayrou. Mais de cette journée, il retient surtout un coup de fil de deux heures, reçu le soir, d’un ancien élève qui le harcelait à Bétharram.”Ça a été un moment extrêmement intense parce que j’ai découvert que ce fils de notable avait été abusé pendant deux ans. J’entends un homme de mon âge me dire +J’ai une femme, j’ai des enfants, mais j’ai fait une tentative de suicide à 17 ans et je ne sais pas ce que veut dire le mot bonheur+. On a fondu en larmes et je lui ai demandé pardon de lui en avoir voulu pendant des décennies”.A l’automne 2023, il croise l’ancien surveillant général de Bétharram, aujourd’hui mis en examen pour “viol aggravé” et “agression sexuelle aggravée”, encore en poste dans l’établissement. “Je l’avais déjà vu, mais jamais en compagnie d’élèves de 10 à 12 ans”.L’ancien élève reprend alors son combat contre l’institution entamé quand il étudiait le droit. En 1996, il accompagne la famille d’un enfant giflé qui a perdu 40% de son audition; en 1998 et 2000, il dénonce dans la presse locale “les pratiques moyenâgeuses de l’institution”. Mais quand il crée le groupe Facebook, en 2023, il se demande s’il est “capable de porter ce dossier” dont il n’imaginait pas “l’étendue de la monstruosité”.  – Nettoyer les écuries -“Dès le début, il a pressenti ce qu’allait devenir l’affaire et il s’est senti investi d’une mission”, analyse Frédéric. “Il symbolise tout ce qu’on n’a pas pu faire pendant toutes ces années.””Le petit Esquerre, il était mignon et gentil, et aujourd’hui c’est lui qui terrasse le colosse, c’est très biblique”, considère Pascal Gélie, qui voit en lui “une icône de la révolte des enfants martyrisés et abusés”. Toute sa vie, Alain Esquerre a habité à 700 mètres de l’institution, où il est entré en CM1. Il est d’ailleurs resté “un enfant de Bétharram” et rend régulièrement visite à “des amis” à la maison de retraite des pères de Bétharram.”Très paradoxal”, convient celui qui a lu chaque récit et parlé à chaque victime, avant de transmettre à la justice les 152 plaintes enregistrées à ce jour. Une autre forme de sacerdoce. “C’est sale, ça fait mal aux tripes, mais il faut nettoyer les écuries. Il faut bien que quelqu’un s’y attelle”, assène-t-il. En seize mois, le chemin parcouru est à la fois “énorme” et “pas grand-chose”. “Notre combat est ferme et déterminé. Nous participons à l’histoire en direct”.

‘Living in dictatorship’: Istanbul mayor’s arrest sparks anger

“We’re living in a dictatorship,” said Kuzey, an Istanbul shopkeeper after police detained the city’s popular opposition mayor Ekrem Imamoglu on corruption allegations. The early morning detention of Imamoglu on graft charges was purely political, Kuzey said as he opened his shop near Taksim Square.The move came days before Imamoglu, the main political rival of Turkey’s …

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Début des réquisitions au procès Nemmouche avec un hommage aux ex-otages “revenus de l’enfer”

Ils ont survécu au “Guantanamo à l’envers” et sont venus à la barre raconter leur supplice, “sans haine” mais pour “la justice”. Au procès de Mehdi Nemmouche, le parquet antiterroriste a commencé ses réquisitions en disant son “admiration du courage” des ex-otages revenus des geôles du groupe Etat islamique.Les deux représentants de l’accusation doivent requérir toute la journée devant la cour d’assises spéciale de Paris, après un mois d’un “grand procès”, comme le qualifie le premier à prendre la parole, Benjamin Chambre.Pas un “grand procès” grâce à “ceux” dans le box “qui n’ont jamais eu l’intention d’assumer leurs responsabilités”, lance-t-il en pointant Mehdi Nemmouche et ses deux coaccusés, tous trois tête baissée, mais par la “personnalité des otages”.Entre 2012 et 2014 et de “façon systématique”, un total de 25 journalistes et humanitaires européens ou nord-américains avaient été enlevés en Syrie par le groupe naissant Etat islamique (EI), dont 16 “sont revenus de l’enfer et 10 ont témoigné devant vous dans un récit d’une grande humanité, retenue, et dignité”, dit-il.”Même les morts nous ont touchés par les témoignages de proches ou les lettres” qu’ils avaient écrites. “Malgré les supplices subis, la culpabilité propre aux revenants, les traumatismes physiques ou psychologiques, aucun ne s’est livré à de la haine ou à un esprit de revanche”, et tous ont témoigné pour la “justice”, “pour ceux qui ne sont pas rentrés, pour les milliers d’anonymes syriens suppliciés”. Citant Hannah Arendt, il oppose les deux côtés de la salle : le banc des parties civiles où sont assis les journalistes français Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres (Edouard Elias est absent ce jour) “ceux de l’action et la parole” et de l’autre, dans le box, “ceux qui ont cessé de penser” et “agi en barbares”. A l’audience, dit le procureur antiterroriste, les témoignages des victimes ont permis d’apercevoir “l’oeuvre de terreur” mise en place par “des hommes (qui) ont entrepris de réduire l’humanité à néant”. – “Déshumanisés” -“Les sévices, cruautés et tortures imposées vont frapper les esprits, tout comme le sort de ceux sauvagement assassinés”, à genoux, mains dans le dos en tenue orange pour rappeler celles des détenus de la prison américaine Guantanamo, “dans des vidéos de propagande qui feront le tour de monde”, rappelle-t-il. Les ex-otages “broyés par les jihadistes” ont été torturés, tués, “déshumanisés” en étant appelés “par des chiffres” plutôt que leurs noms, “obligés d’imiter des cris d’animaux”. Comme des milliers d’hommes et femmes syriens, eux “torturés des nuits entières sans interrogatoires simplement pour les amener à la mort”.Car ces jihadistes venus rejoindre un “pseudo Etat islamique” pour défendre les musulmans et “combattre Bachar al Assad” comme l’avait soutenu Mehdi Nemmouche, ont en réalité fait de Syriens leurs “premières victimes”, dit Benjamin Chambre. Ils ont “hiérarchisé les victimes”, et dans leur système, “la vie d’un Syrien vaut moins que celle d’un Français”.Les geôliers des otages occidentaux étaient surtout des jihadistes étrangers, souligne le magistrat. Des hommes représentant “les volontaires les plus violents, dénués de tout scrupule, qui s’illustreront ensuite” dans plusieurs attentats en Europe.Ce sera le cas de Mehdi Nemmouche, rappelle le procureur, qui avait été le premier d’une longue série à revenir en Europe pour commettre un attentat, en mai 2014 au musée juif de Bruxelles où il avait abattu quatre personnes. Il a été condamné à la perpétuité en 2019 en Belgique, et encourt la même peine en France.Les ex-otages l’ont reconnu sans l’ombre d’un doute à l’audience comme pendant les dix ans d’enquête. “C’est la voix qui m’emmerdait pendant des heures”, qui “me terrorisait, qui me faisait chier en cellule”. Celle de celui “qui parlait trop, qui parlait tout le temps”, avait décrit Edouard Elias à la barre.Mehdi Nemmouche, qui avait gardé le silence pendant l’enquête, a nié en bloc dès les premières minutes du procès avoir jamais été geôlier, comme son coaccusé Abdelmalek Tanem (pas reconnu par les otages pour sa part).La défense plaidera jeudi, le verdict est attendu vendredi.

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Le Vectis Progress, un “cargo à voile” porté par le vent pour limiter le fioul

L’imposante structure en métal de 20 mètres de haut surplombe désormais la proue du Vectis Progress, un cargo amarré à Hull, en Angleterre: cette voile “rigide” exploite le vent pour réduire le fioul des navires marchands, une technologie en progression dans un secteur très polluant.Ces voiles modernes, qui renvoient à une époque où le vent était le seul moyen de se déplacer sur les océans, utilisent une énergie gratuite et largement disponible.Une alternative écologique au fioul lourd qui, contrairement à l’hydrogène, au méthanol ou à l’électricité, ne présente pas de défaut en matière de coût, de disponibilité ou de stockage.Après une nuit de labeur et une courte sieste, George Thompson, le fondateur de GT Wings, la start-up qui a produit cette aile en métal, est de retour sur le pont du Vectis Progress.”On n’a pas beaucoup dormi ces derniers jours”, s’excuse-t-il, regard tourné vers les ouvriers du chantier naval, casques blancs et gilets fluo, qui ajustent, perchés sur une nacelle, des plaques métalliques à quelques heures du départ.Voilà trois ans que ce passionné de voile a lancé sa propre technologie, jugeant qu'”il y avait un vide dans le marché”.L’entreprise a rapidement attiré des fonds, y compris du gouvernement britannique, qui investit 3,7 millions de livres dans le cadre de son programme de décarbonation du transport maritime.- America’s Cup et Formule 1 -Car avec environ 1 milliard de tonnes de dioxyde de carbone émises chaque année, ce secteur est responsable de 2,89% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon l’Organisation maritime internationale (OMI), qui entend atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.Accoudé à une rambarde, Martin Harrop, chef de produit de GT Wings, pointe l’imposante structure blanche et rouge.  “C’est de la haute technologie”, s’enthousiasme-t-il.Cette voile, baptisé AirWing, est similaire à celui d’une aile d’avion, mais à la verticale.Sa spécificité est qu’elle possède en plus des ventilateurs internes, qui accélèrent l’air qui les traversent, précise M. Harrop, en supervisant les derniers ajustements avant le grand départ à destination de Trois-Rivières, dans l’est du Canada.La jeune pousse britannique compte désormais neuf employés, “certains ayant participé à l’America’s Cup, une course à la voile de haute performance, d’autres venus du milieu de la Formule 1, ce qui apporte l’expertise nécessaire pour un projet” où l’aérodynamisme est crucial, raconte le fondateur.”Fabriquer tous les composants en 12 mois sans chaîne d’approvisionnement et en partant de zéro a été un défi majeur”, insiste M. Harrop.- 10% d’économies -La structure du bateau a dû être modifiée, avec neuf tonnes d’acier en plus et l’installation de plus de 7,5km de câbles électriques.Pour palier la perte de visibilité provoquée par l’aile, tout en se conformant aux règles de cabotage, “nous avons installé des caméras, un radar supplémentaire sur la proue et reconfiguré les feux de navigation”, explique Simon Merritt, responsable de la flotte de Carisbrooke, dont fait partie le Vectis Progress.L’entreprise a mesuré des économies de carburant de 8%, mais espère atteindre 10% sur une route entre l’Europe et le Canada où le vent souffle fort, confie M. Merritt.Les bénéfices financiers dépendent des cours du carburant, mais ils s’élèveraient à près de 1.000 dollars par jour selon Carisbrooke.Le nombre de navires utilisant le vent comme propulsion auxiliaire est encore limité, “environ 80″, selon George Thompson. Mais leur développement est poussé par l’Organisation maritime internationale, qui devrait présenter des mesures en avril.”L’industrie a pris un peu de retard au démarrage mais le nombre d’installations liées au vent devrait doubler tous les ans dans les prochaines années”, assure Lise Detrimont, déléguée générale de l’association Wind Ship spécialisée sur le sujet. 

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Chasseurs jugés à Foix: les parties civiles demandent réparation pour la mort de l’ours

Les associations écologistes ont demandé mercredi réparation du préjudice environnemental lors de la dernière journée du procès de 16 chasseurs jugés pour leur participation à une battue au sanglier dans les Pyrénées, en 2021, qui s’est soldée par la mort accidentelle d’une ourse. A la mi-journée, le procureur Olivier Mouysset devait prononcer son réquisitoire. L’après-midi sera consacrée aux plaidoiries de la défense, qui espère obtenir la relaxe des prévenus, puis la décision du tribunal correctionnel de Foix sera mise en délibéré à une date ultérieure.Lors de sa plaidoirie, Me François Ruffié, avocat de l’Association pour la sauvegarde et la protection des animaux sauvages (ASPAS), partie civile, a pointé des “imprudences et négligences” et lancé aux prévenus: “vous êtes les gardiens” de la biodiversité, “nul n’est censé ignorer la loi et les limites de la réserve”.Il a demandé au tribunal de condamner solidairement les 16 prévenus à verser 175.000 euros, l’équivalent du coût de réintroduction d’un ours.Quinze chasseurs ayant participé à la battue dans la réserve naturelle du Mont Valier, en Ariège, sont jugés pour diverses infractions à la chasse, alors que celui qui a tiré sur l’ourse Caramelles, un retraité de 81 ans, est jugé pour “destruction d’espèce protégée”. L’ours est en effet une espèce en voie d’extinction dans le massif pyrénéen, malgré un programme de restauration de la population lancé dans les années 1990.L’avocate de plusieurs associations écologistes constituées parties civiles, Me Alice Terrasse, “ne voit pas comment les 16 chasseurs pourraient ne pas être condamnés”.- Nouveau lâcher d’ours -“Nous voulons que la faute soit actée et une réparation du préjudice environnemental. Il faut a minima qu’un ours soit réintroduit pour compenser la mort de Caramelles”, a précisé Me Terrasse qui exige 100.000 euros pour financer l’opération. Car même si ce procès n’apportera pas de réponse à cette revendication des associations pro-ours, les parties civiles, a souligné l’avocate, réclament “que l’Etat tienne ses engagements” et procède à de nouveaux lâchers pour compenser la disparition des ours tués par l’Homme, déjà quatre depuis 2020. Mardi, le procès a été marqué par l’interrogatoire du chasseur de 81 ans, invité à relater les circonstances qui l’avaient conduit à presser la détente, le 20 novembre 2021, dans une zone escarpée à 1.300 mètres d’altitude.”Elle m’a attrapé la cuisse gauche, j’ai paniqué et j’ai tiré un coup de carabine. Elle a reculé en grognant, elle m’a contourné et m’a mordu le mollet droit, je suis tombé, elle me bouffait la jambe, j’ai réarmé ma carabine et j’ai tiré. Elle est morte cinq mètres plus bas”, a déclaré le prévenu.Les chasseurs qui se sont succédé à la barre ont reconnu des négligences, démontrant une méconnaissance des règles de chasse en vigueur dans la réserve, tout en plaidant leur bonne foi.Les débats ont par ailleurs porté sur la connaissance qu’avaient les prévenus du fait qu’ils se trouvaient à l’extérieur de la zone de chasse autorisée – à 400 mètres environ, lorsque l’ourse a été tuée. “La chasse n’est pas interdite dans la réserve, elle est interdite en battue”, a tenu à préciser la présidente du tribunal Sun Yung Lazare.Me Ruffié a pointé quant à lui le “danger” de cette méthode de chasse, dans une zone de présence potentielle de l’ours.Les limites de la réserve du Mont Valier étaient-elles signalées? La question a été mardi au centre des débats. Des photos diffusées à l’audience montrent des R pour “réserve” de couleur rouge sur fond blanc, peints sur des arbres, à peines visibles ou illisibles.”La limite est mal marquée (…) on ne sait jamais vraiment où on est”, s’est défendu à la barre l’un des deux responsables de la battue.”Votre obligation de chasseur est de savoir où vous chassez”, a tonné le procureur Olivier Mouysset. L’avocat de la défense, Charles Lagier, qui demande la relaxe des prévenus, a pointé une défaillance des services de l’Etat, qui auraient dû selon lui avertir les chasseurs de la présence de l’ours dans la réserve, et leur demander de cesser les battues.