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Marine Le Pen dans l’attente d’un jugement qui peut faire basculer sa carrière politique

Attendue par ses juges lundi matin pour connaître son sort judiciaire dans l’affaire des assistants d’eurodéputés, Marine Le Pen joue son avenir politique depuis que le parquet a réclamé son inéligibilité immédiate, qui l’empêcherait de concourir à la présidentielle de 2027.”C’est un monde qui peut s’effondrer… L’Histoire se joue lundi”: parmi la garde rapprochée de la patronne de l’extrême droite française, le compte à rebours tourne au supplice chinois. La prévenue Marine Le Pen – outre l’inéligibilité, cinq ans d’emprisonnement dont deux fermes et 300.000 euros d’amende ont été requis contre elle au terme d’un procès long de deux mois à l’automne – jure de son côté ne pas y penser “du tout”.Dans Le Figaro, cette semaine, elle répétait son mantra, “la peur n’écarte pas le danger”, rare expression publique sur cette échéance que, dans les troupes lepénistes, on estime malgré tout impréparée.”Il y a un côté amateur…”, s’agace un influent député RN, en rembobinant un film qu’il juge mal monté: “D’abord, on a dit que c’était pas un procès politique pour, en fait, après les réquisitions dire: +Si, quand même, un peu…+”. Le scénario s’est révélé, selon le même, mal écrit: “Ce procès a révélé que si vous ne travaillez pas, vous ne pouvez pas prouver que vous avez travaillé…””Et puis il y a eu quoi depuis la fin du procès?”, interroge-t-il. “Un 20H de TF1, le hashtag +Je soutiens Marine+ sur Twitter… et puis c’est tout.”Qui sera présent lundi aux côtés de Marine Le Pen dans la salle d’audience pour lui témoigner de son soutien? “On ne sait pas, on ne nous dit rien, on ne nous demande rien, parce qu’on en parle pas: tout le monde fait le tatou, en se rentrant dans sa carapace, et le sujet est tabou”, illustre un autre proche, qui glisse au passage “ne pas comprendre” que Jordan Bardella ne daigne pas s’afficher aux côtés de sa mentor au palais de justice.Une réunion devrait néanmoins avoir lieu ce week-end autour du président du RN pour déterminer les “éléments de langage”.- “Plan B” comme Bardella -Quoi qu’il arrive, Marine Le Pen sera confrontée à une équation à multiples inconnues une fois la décision connue.Si les magistrats du tribunal correctionnel devaient la condamner, la députée du Pas-de-Calais a assuré dans Le Figaro qu’elle “défendra à nouveau (son) innocence” en interjetant appel.Ses proches s’interrogent néanmoins tout haut quant à l’opportunité d’un deuxième procès si aucune peine d’inéligibilité n’était prononcée, ou si l’empêchement de se présenter aux élections était inférieur à deux ans, ce qui lui permettrait de recouvrer ses droits civiques suffisamment tôt pour concourir à la prochaine présidentielle. Inconvénient: ne pas faire appel d’une condamnation reviendrait à admettre sa culpabilité.Une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire, c’est-à-dire immédiate, ainsi que l’a réclamé le parquet pour les cinq prochaines années, ouvrirait par ailleurs un abysse d’incertitudes.Seule une hypothétique décision en appel davantage clémente pourrait alors lui permettre de se placer sur la ligne de départ pour 2027… à condition que ce deuxième procès ait lieu avant l’échéance électorale. “Et puis si elle est condamnée à l’exécution provisoire, ça fait une préparation à la présidentielle particulière, quand même, c’est une épée de Damoclès”, observe un proche.Un autre, pessimiste, convoque pour commenter cette affaire l’antienne lepéniste du “Système”, supposément derrière les malheurs du parti à la flamme, qu’il compare “au bus du film Speed: ils ne peuvent plus s’arrêter, sinon le bus explose”. Manière de s’attendre à une lourde condamnation.Jusqu’à imaginer que Marine Le Pen renonce? “Non. Le verbe est créateur”, coupe court un député, refusant l’évocation même de cette hypothèse. Si l’idée d’un “plan B”, comme Bardella, pour porter les couleurs du parti dès la présidentielle de 2027 est réclamée par certains militants – aucun cadre, en revanche, ne s’y risque.L’opinion publique, si: dans une étude Ifop-Fiducial parue début mars, 60% des Français pronostiquaient une candidature de Jordan Bardella à la présidence de la République dans deux ans. Mieux, 43% la “souhaitent”. Un point de plus que Marine Le Pen.

Evasion mortelle de Mohamed Amra: le rappeur Koba LaD et cinq personnes mis en examen

Les investigations sur l’évasion mortelle en 2024 du narcotrafiquant Mohamed Amra progressent: six personnes ont été mises en examen vendredi dont le rappeur Koba LaD, qui a été placé sous contrôle judiciaire.”La mise en examen de Koba LaD dans ce dossier ne repose tout simplement sur rien. Ses auditions ont permis de démontrer que Koba LaD n’a aucun lien avec l’évasion et la cavale de Mohamed Amra, il ne les a pas préparées, ne les a pas financées, n’en était pas informé et n’y a pas participé”, ont réagi dans un communiqué ses deux avocats, Mes Stéphane Cherqui et Arthur Vercken. “Il n’est pas mis en examen en raison de preuves qui seraient au dossier mais à cause de sa notoriété et au seul prétexte qu’il connaît des protagonistes de l’affaire”, ont-ils ajouté.De son vrai nom Marcel Junior Loutarila, Koba LaD, 24 ans, avait été extrait de sa cellule lundi. Il est actuellement en détention provisoire en attendant d’être jugé pour homicide involontaire aggravé, après la mort d’un de ses passagers dans un accident de voiture en septembre 2024 à Créteil.A l’issue de sa garde à vue, il a été mis en examen par un juge d’instruction de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), ont indiqué à l’AFP deux sources proches du dossier.Il est poursuivi pour association de malfaiteurs en vue de commettre un délit puni de cinq ans et a été placé sous contrôle judiciaire, contrairement aux réquisitions du parquet, selon l’une des sources et une source judiciaire.Le rappeur est soupçonné d’avoir été un soutien financier de la cavale de Mohamed Amra au seul motif que sa société a augmenté de près de 1.000 euros le salaire d’un associé quatre mois avant l’évasion et que cet associé aurait utilisé cette augmentation pour payer en espèces le loyer d’un appartement à Compiègne (Oise) ayant servi de planque au narcotrafiquant, selon la source proche.Cinq autres personnes ont été mises en examen vendredi et incarcérées, a indiqué la source judiciaire. “L’instruction permettra de déterminer avec précision et de manière personnifiée le rôle matériel et l’intention de mon client”, a réagi Me Reda Ghilaci, avocat d’un mineur soupçonné d’avoir recélé une voiture volée ayant servi au commando. Lundi, 23 personnes ont été interpellées en France et deux en Allemagne dans le dossier de l’évasion du narcotrafiquant au péage d’Incarville (Eure), au cours de laquelle deux agents pénitentiaires avaient été tués le 14 mai 2024, a précisé le parquet.Les personnes arrêtées en Allemagne sont “désignées par les autorités roumaines comme ayant accompagné Mohamed Amra dans son périple vers la Roumanie”, selon la même source.Un homme, interpellé à Marseille lundi, sera présenté samedi aux juges d’instruction, a précisé la source judiciaire.Les autres gardes à vue ont été levées.Par ailleurs, un homme de 24 ans, Adonis C., considéré comme “un très proche” de Mohamed Amra par les enquêteurs, “s’est présenté mercredi au service de l’immigration de Phuket en Thaïlande”, selon le parquet. En fuite, il faisait l’objet d’une notice rouge Interpol. Son extradition en France est attendue la semaine prochaine.Deux autres suspects, arrêtés au Maroc, sont dans l’attente d’une extradition.- “Basses œuvres” – Au moins 34 personnes, dont Mohamed Amra et Koba LaD, sont désormais mises en examen dans cette affaire aux multiples ramifications. Parmi les suspects figurent, selon les enquêteurs, des membres présumés du commando ayant attaqué aux fusils d’assaut le fourgon pénitentiaire transportant Mohamed Amra ainsi que des personnes semblant avoir eu un rôle logistique plus secondaire.   Après neuf mois de cavale, Mohamed Amra avait été interpellé à Bucarest le 22 février, remis à la France, puis mis en examen et incarcéré à l’isolement.Certains suspects sont soupçonnés d’appartenir à la “Black Manjak Family”, présentée comme une organisation criminelle basée en Normandie et spécialisée dans les stupéfiants avec de possibles liens avec Koba LaD.Selon une troisième source proche du dossier, la “BMF” serait d’abord “une sorte de label, un signe de reconnaissance autour de Koba LaD”. Ce groupe pourrait avoir une “double activité, la sécurité de rappeurs et des basses œuvres pour se financer”, selon elle.En janvier, Koba LaD a été condamné à 15 mois d’emprisonnement à Melun pour des violences en 2022 sur son manager historique, que le musicien accuse d’escroquerie à son encontre.

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En Albanie, les déchets de la dictature empoisonnent encore Elbasan

Le complexe sidérurgique d’Elbasan, jadis fierté du régime communiste albanais avec ses usines et ses milliers d’ouvriers, est aujourd’hui l’un des lieux les plus pollués du pays, qui produit des centaines de tonnes de déchets, dont certains dangereux.Construit dans les années 1970, ce géant industriel a fermé ses portes en 1990, à la chute de la dictature, pour les rouvrir quelques années plus tard lorsqu’une partie des usines ont été privatisées. Des 500 usines qui tournaient sous la dictature d’Enver Hoxha, il n’en reste qu’une cinquantaine, où travaillent 1.500 ouvriers, au cœur d’un site de 160 hectares en plein centre du pays.Des usines désaffectées, tout ce qui pouvait être récupéré, démonté, a été revendu, ne laissant derrière les pillages que des murs décrépis et des tas de déchets dangereux.Malgré les risques, tout le monde peut entrer, et nombreux sont ceux qui gagnent leur vie en fouillant dans les déchets à la recherche des métaux à revendre, enveloppés d’un air lourd et nauséabond.”C’est une zone où sont stockées, depuis plus de 35 ans, 1,5 à 2 millions de tonnes de déchets dangereux qui polluent l’eau, l’air et le sol”, résume Beqir Kila, ingénieur et militant écologiste connu en Albanie.Les résultats des analyses réalisées par différents groupes d’experts indépendants montrent des taux de plomb, de nickel et de chrome au moins trois fois supérieurs aux normes européennes.Situé à cinq kilomètres à peine de la ville d’Elbasan, 115.000 habitants, le complexe industriel est en tête des “sites à risque, à fort potentiel de pollution provenant des déchets de métaux lourds comme le ferronickel et le ferrochrome. Un héritage qui continue de polluer les eaux du fleuve de Shkumbin”, a reconnu dans un rapport publié en janvier l’Agence nationale de l’Environnement.Si les autorités connaissent la situation, elles ne proposent aucune solution, ni le moindre début d’investissement, accusent les écologistes. “Stockées plein air, à la merci des conditions atmosphériques, ces déchets subissent des modifications et tous les éléments dangereux et toxiques qu’ils contiennent s’infiltrent dans la terre et dans l’eau”, affirme M. Kila en montrant ses mains couvertes de poussière noire.- Catastrophique -“Nous considérons que la pollution dans la zone industrielle de l’ancien complexe sidérurgique d’Elbasan est catastrophique”, abonde Ahmet Mehmeti, un expert d’environnement.Aux problèmes créés par les déchets hérités des vieilles usines s’ajoutent les polluants et les émissions des nouvelles usines. Nombre d’entre elles ne s’embarrassent pas de filtres, ou bien ne les activent que de temps, sans trop se soucier des lois.Les chiffres officiels sur la pollution de l’air autour d’Elbasan sont de toute façon inexistants : l’évaluation de la qualité de l’air est confiée à chacune des entreprises qui y exerce.”Un jeu de cache-cache avec les autorités qui convient parfaitement aux entreprise”, explique M. Mehmeti, plus intéressées selon lui à “réduire aux maximum les coûts”.Sur place, il n’est pas difficile de voir en plein jour d’immenses cheminées – dont une crache une fumée noire comme la suie. La présence d’une équipe de journalistes coupe comme par magie l’émission de fumée.Contactée, l’entreprise qui exploite cette usine n’avait pas répondu.”Les déchets contiennent du chrome, du nickel, du zinc… les rejets passent dans l’eau, coulent dans le fleuve à côté qui sert à l’irrigation des terres et se retrouve avec les fruits et les légumes dans nos assiettes”, explique M. Mehmeti, abattu et soucieux.Depuis des années, les signalements de maladies génétiques et de cancers sont en hausse dans la région, affirme-t-il.”Les émissions de plomb ont provoqué des défaillances cérébrales, surtout chez les enfants mais aussi des problèmes génétiques sur les bétails et les volailles”, reconnait M. Kila.Quant aux déchets qui ne sont pas laissés à l’air libre, l’Albanie, qui n’a pas les capacités de traitement nécessaires, en exporte.”L’Albanie dispose d’une loi sur l’exportation des déchets dangereux et non dangereux, mais le problème se trouve dans le manque de contrôle des procédures”, explique Lavdosh Ferruni, un autre militant écologiste.A l’été 2024, 102 conteneurs de déchets sont ainsi partis d’Elbasan vers la Thaïlande, où ils devaient être recyclés. Mais après le signalement d’un lanceur d’alerte soupçonnant que ces déchets étaient dangereux et n’avaient pas été enregistrés comme tels, ils ont dû faire demi-tour.Le parquet de la ville de Durres, en coopération avec l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), a ouvert une enquête, mais pour l’instant, les déchets sont toujours en Albanie.Contacté, le ministère de l’Environnement et du Tourisme n’a pas répondu à l’AFP. 

Dans les Alpes, la drogue aussi monte en station

“Je me suis fait avoir, c’est le jeu”, admet un skieur tout juste contrôlé par des gendarmes avec un joint de cannabis, en sortant éméché d’un bar en haut des pistes de Val Thorens.Comme dans toutes les Alpes, deux types de consommateurs de drogues coexistent dans cette station savoyarde: les touristes et les saisonniers, unis dans leur envie de faire la fête.Pour freiner leurs consommations, les gendarmes mènent régulièrement des opérations de contrôle en haut des pistes, accompagnés de chiens cynophiles.En ce jour de mars, l’adjudante Lucie Torresan travaille avec la chienne Olympe, qui renifle les skieurs. “S’il y a quelque chose qui l’intéresse, elle marque, c’est-à-dire qu’elle va s’asseoir”, explique-t-elle.En un après-midi, trois personnes ont été mises à l’amende ce “qui reste dans les standards”, d’après le major Frédéric Gentil en charge des opérations. Selon lui, sur les pistes on retrouve en majorité du cannabis, sous la forme d’herbe ou de résine, mais aussi de la cocaïne.Lors d’un festival, début janvier, “des groupes de tour-opérateurs anglais venus avec leurs dealers consommaient directement sur des clés de voiture” décrit-il, évoquant un usage plus “décomplexé” de la part des touristes.Mais ils ne sont pas les seuls consommateurs. “Pour preuve”, souligne le major, “quand on fait des dossiers stupéfiants, il y a deux tarifs différents, un tarif pour les saisonniers, plus alléchant, et un tarif pour les touristes”. L’an dernier, le gramme de cocaïne coûtait 70 euros pour les premiers, 100 pour les seconds.- Vulnérable -Ziani Lahrache, 22 ans, saisonnier originaire d’Avignon, confirme: “Ca arrive quand même assez fréquemment qu’il y ait des gens qui consomment de la cocaïne. Après, je vais dire que ce n’est pas autant répandu que le cannabis”.”Quand on est en saison, le mot tourne vite” et un ou deux dealeur fournit toute la station, ajoute le jeune homme qui avoue consommer de temps en temps du cannabis.Au delà des contrôles inopinés, les forces de l’ordre mènent des opérations ciblées contre ces vendeurs. En février, un dealeur a ainsi été arrêté à Chamonix et a été condamné à huit mois d’emprisonnement ferme.Les trafiquants ciblent le public saisonnier parce qu’il présente “une somme de vulnérabilités qui va le rendre plus fragile”, explique Camille Fauchet, 37 ans, chef de service dans un centre de soins d’accompagnement et de prévention à l’addictologie (CSAPA) à Annecy.Parmi ces facteurs: la précarité des contrats, l’intensité du travail, les difficultés liées au logement, l’environnement festif et l’isolement géographique.Cela fait écho à l’explosion de la consommation de drogue en France. Selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 1,1 million de personnes déclarent avoir consommé de la cocaïne au moins une fois en 2023, soit deux fois plus qu’en 2021. Et les travailleurs, notamment dans le domaine de la restauration, sont particulièrement concernés. Ils en consomment “pour supporter des cadences intensives”, expliquait récemment à l’AFP Ivana Obradovic, directrice adjointe de l’OFDT.- Ambiance festive -Autre difficulté dans les stations de ski, l’accès aux soins qui reste compliqué, puisqu’elles se situent en moyenne à “1H30 de route” des premiers CSAPA et les médecins en altitude “sont prisonniers de la traumatologie”.”Pour quelqu’un qui va vouloir amorcer des soins, c’est-à-dire d’honorer un minimum de rendez-vous par semaine, c’est compliqué”, souligne Camille Fauchet.”Dans nos stations où le milieu est un peu festif, c’est sûr que ça existe” déplore Claude Jay, maire des Bellevilles, dont dépend la station de Val Thorens. Pour tenter de juguler le phénomène, la municipalité a mis en place une “Maison des saisonniers” avec des actions de sensibilisation menées par des associations ou des entreprises, cherche à améliorer leurs conditions de logement et à stabiliser leurs contrats.Grâce à ces efforts, “certains s’installent et sortent de l’ambiance festive”, se satisfait le maire.Les saisons peuvent, d’ailleurs, fournir l’occasion de se sevrer, souligne Camille Fauchet. Selon elle, certains utilisateurs “ont trouvé un autre rythme, en coupant avec un milieu” qui les freinait. 

Evasion mortelle de Mohamed Amra: le rappeur Koba LaD mis en examen et placé sous contrôle judiciaire

Les investigations sur l’évasion mortelle en 2024 du narcotrafiquant Mohamed Amra progressent: le rappeur Koba LaD a été mis en examen vendredi à Paris et placé sous contrôle judiciaire, ses avocats dénonçant un dossier reposant “sur rien”.”La mise en examen de Koba LaD dans ce dossier ne repose tout simplement sur rien. Ses auditions ont permis de démontrer que Koba LaD n’a aucun lien avec l’évasion et la cavale de Mohamed Amra, il ne les a pas préparées, ne les a pas financées, n’en était pas informé et n’y a pas participé”, ont réagi dans un communiqué ses deux avocats, Mes Stéphane Cherqui et Arthur Vercken. “Il n’est pas mis en examen en raison de preuves qui seraient au dossier mais à cause de sa notoriété et au seul prétexte qu’il connaît des protagonistes de l’affaire”, ont-ils ajouté.De son vrai nom Marcel Junior Loutarila, Koba LaD, 24 ans, avait été extrait de sa cellule lundi. Il est actuellement en détention provisoire en attendant d’être jugé pour homicide involontaire aggravé, après la mort d’un de ses passagers dans un accident de voiture en septembre 2024 à Créteil.A l’issue de sa garde à vue, il a été mis en examen par un juge d’instruction de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), ont indiqué à l’AFP deux sources proches du dossier.Il est poursuivi pour association de malfaiteurs en vue de commettre un délit puni de cinq ans et a été placé sous contrôle judiciaire, contrairement aux réquisitions du parquet, a précisé l’une des sources.Le rappeur est soupçonné d’avoir été un soutien financier de la cavale de Mohamed Amra au seul motif que sa société a augmenté de près de 1.000 euros le salaire d’un associé quatre mois avant l’évasion et que cet associé aurait utilisé cette augmentation pour payer en espèces le loyer d’un appartement à Compiègne (Oise) ayant servi de planque au narcotrafiquant, selon cette source.Cinq autres personnes ont été présentées vendredi à des juges d’instruction en vue de leur mise en examen. “L’instruction permettra de déterminer avec précision et de manière personnifiée le rôle matériel et l’intention de mon client”, a réagi Me Reda Ghilaci, avocat d’un mineur soupçonné d’avoir recélé une voiture volée ayant servi au commando. Lundi, 23 personnes ont été interpellées en France et deux en Allemagne dans le dossier de l’évasion du narcotrafiquant au péage d’Incarville (Eure), au cours de laquelle deux agents pénitentiaires avaient été tués le 14 mai 2024, a précisé le parquet.Les personnes arrêtées en Allemagne sont “désignées par les autorités roumaines comme ayant accompagné Mohamed Amra dans son périple vers la Roumanie”, selon la même source.Un homme, interpellé à Marseille lundi, “sera présenté ultérieurement aux juges d’instruction”, a-t-il complété.Les autres gardes à vue ont été levées.Par ailleurs, un homme de 24 ans, Adonis C., considéré comme “un très proche” de Mohamed Amra par les enquêteurs, “s’est présenté mercredi au service de l’immigration de Phuket en Thaïlande”, selon le parquet. En fuite, il faisait l’objet d’une notice rouge Interpol. Son extradition en France est attendue la semaine prochaine.Deux autres suspects, arrêtés au Maroc, sont dans l’attente d’une extradition.- “Basses œuvres” – Au moins 34 personnes, dont Mohamed Amra et Koba LaD, sont désormais mises en examen dans cette affaire aux multiples ramifications. Parmi les suspects figurent, selon les enquêteurs, des membres présumés du commando ayant attaqué aux fusils d’assaut le fourgon pénitentiaire transportant Mohamed Amra ainsi que des personnes semblant avoir eu un rôle logistique plus secondaire.   Après neuf mois de cavale, Mohamed Amra avait été interpellé à Bucarest le 22 février, remis à la France, puis mis en examen et incarcéré à l’isolement.Certains suspects sont soupçonnés d’appartenir à la “Black Manjak Family”, présentée comme une organisation criminelle basée en Normandie et spécialisée dans les stupéfiants avec de possibles liens avec Koba LaD.Selon une troisième source proche du dossier, la “BMF” serait d’abord “une sorte de label, un signe de reconnaissance autour de Koba LaD”. Ce groupe pourrait avoir une “double activité, la sécurité de rappeurs et des basses œuvres pour se financer”, selon elle.En janvier, Koba LaD a été condamné à 15 mois d’emprisonnement à Melun pour des violences en 2022 sur son manager historique, que le musicien accuse d’escroquerie à son encontre.

Perpétuité pour l’auteur du féminicide de Chahinez, brûlée vive à Mérignac

Mounir Boutaa a été condamné vendredi à la réclusion criminelle à perpétuité pour “l’assassinat” il y a quatre ans de son épouse Chahinez Daoud, brûlée vive à Mérignac, une affaire retentissante dans laquelle des policiers avaient été sanctionnés.Le 4 mai 2021, ce maçon franco-algérien avait tiré au fusil dans les jambes de la victime, avant de l’asperger d’essence et de mettre le feu, dans un “acharnement meurtrier destiné à exterminer” qui a marqué “profondément toute notre société”, a déclaré l’avocate générale Cécile Kauffman devant la cour d’assises de la Gironde, qui a suivi ses réquisitions.La peine de l’accusé de 48 ans, a été assortie d’une période de sûreté de 22 ans. A l’issue de celle-ci, un tribunal d’application des peines statuera sur sa période de rétention.”C’est une sanction extrêmement lourde dans la mesure où ça signifie qu’il n’a quasiment aucun espoir de sortir un jour de détention”, a déclaré l’une de ses avocates, Me Anaïs Divot, en refusant de se prononcer sur un éventuel appel et en s’interrogeant sur le “sens de cette peine pour une personne qui souffre de troubles psychiatriques en réalité”.”Paranoïaque” aux “traits narcissiques”, Mounir Boutaa a basculé progressivement “dans une pathologie psychotique”, faisant de sa conjointe “la cause de tous ses maux”, selon les experts psychiatriques qui ont conclu durant l’instruction à l’altération de son discernement, ce qui aurait pu limiter la peine à 30 ans de réclusion.- “Dangerosité” –  La cour a écarté cette diminution de peine, comme l’avait requis l’avocate générale en raison de “la dangerosité de cette homme”, de son “incapacité à se réinsérer”.”La peine tient compte de la gravité des faits et de la personnalité de l’accusé”, a estimé l’avocat de la famille de la victime Me Julien Plouton, qui l’avait dépeint en “figure emblématique” des auteurs de féminicides, au “cheminement typique”, passant “d’un amour surdimensionné” à la “dévalorisation” de celle qui devint “le diable en personne”.Caché depuis l’aube dans un fourgon inconnu de la victime et aménagé pour observer sans être vu, Mounir Boutaa avait épié toute la journée les allées et venues de la jeune femme de 31 ans, avec laquelle il s’était marié en 2015, avant de passer à l’acte.Il a maintenu à la barre qu’il voulait “lui faire la peur de sa vie” mais sans la tuer, convaincu qu’elle lui était infidèle – ce qu’aucun élément de l’enquête n’a confirmé.La mort de Chahinez, “c’était pas moi, c’était mon corps, pas mon esprit”, a-t-il répété. “Bien sûr que je regrette”, “je l’aimais”, a-t-il fini par lâcher jeudi, sans s’excuser. “Tuer parce qu’on aime à la folie est une aberration”, a cinglé l’avocate générale. “Chahinez était bien vivante quand cet homme a allumé le feu”, “son corps a brûlé à 85%”.La victime, mère de trois enfants dont deux issus d’une première union, “vivait dans la peur” et se savait condamnée, ont témoigné des amies.Son téléphone était vérifié, son compte Facebook contrôlé et ses papiers administratifs déchirés par son mari pour l’empêcher de travailler. “Il voulait tout maîtriser: la façon de s’habiller, la façon de cuisiner”, a dénoncé une sœur de Chahinez Daoud.Mais elle “n’a pas voulu être prisonnière, être un jouet, c’est pour ça qu’elle a été tuée”, a dit son père, qui a souri à l’annonce du verdict pendant que sa femme sanglotait brièvement.- “Emblématique” -L’ancienne épouse de Mounir Boutaa a aussi raconté à la cour avoir subi “gifles, coups de pieds, insultes”, et une emprise similaire.La défense a évoqué un homme “en souffrance permanente”, “envahi par ses croyances” qui n’a pas pu préméditer son acte exhortant les jurés à ne pas juger “une affaire symbole” mais à “comprendre” celui qui “n’est pas le monstre décrit dans la presse”.Avant que la cour se retire pour délibérer pendant près de cinq heures, l’accusé a demandé pardon “au monde entier”. Il n’a pas réagi à l’annonce du verdict.Un mois et demi avant sa mort, Chahinez Daoud avait déposé une nouvelle plainte contre celui qu’elle cherchait à quitter.Mais celle-ci fut mal enregistrée par un policier qui venait lui-même d’être condamné pour violences conjugales, parmi une série de “défaillances” pointées ultérieurement par une enquête administrative sur l’affaire, pour lesquelles la famille de la victime a engagé une procédure contre l’État. Cinq fonctionnaires ont été sanctionnés et ce dossier a conduit le ministère de l’Intérieur à préconiser une révocation automatique des policiers et gendarmes condamnés définitivement pour certains faits, dont les violences intrafamiliales. tsq-kal/gf/cbn

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Les nuages changent sous l’effet du réchauffement, compliquant les prévisions climatiques

Scruter les nuages ne sert pas qu’à prévoir la météo: pour les climatologues, percer le mystère des évolutions de la formation des cirrus et des stratus est devenu un enjeu clé pour prédire quelle trajectoire va suivre le réchauffement climatique causé par l’activité humaine.Les scientifiques observent que les nuages d’altitude s’élèvent plus haut, avec pour effet de retenir davantage de chaleur dans l’atmosphère. D’autres nuages réfléchissent moins qu’avant la lumière du soleil ou bien leur couverture rétrécit, permettant à plus d’énergie d’atteindre la planète.Ce rôle crucial des nuages, dans le réchauffement comme le refroidissement, est bien connu. Et de récentes recherches ont confirmé que les nuages – en l’occurrence une moindre présence de ceux-ci – ont contribué aux records de chaleurs mondiaux battus quasi sans relâche depuis 2023.Ce qui est moins certain, pour les scientifiques, c’est l’évolution des nuages à mesure que la planète se réchauffe. Auront-ils un effet modérateur ou amplificateur ? Et dans quelle proportion ?”C’est pourquoi les nuages représentent le plus grand défi: les comprendre est – et a été – le grand obstacle” de la climatologie, raconte à l’AFP Bjorn Stevens, spécialiste du sujet à l’Institut Max Planck en Allemagne.Des changements dans le régime des nuages pourraient signifier “un réchauffement beaucoup plus important ou beaucoup moins important” pour une même quantité de gaz à effet de serre émis par l’humanité, explique Robin Hogan, climatologue au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECWMF).”C’est une grand incertitude scientifique”, dit-il.Grâce aux observations satellites et à la puissance de calcul des superordinateurs, la modélisation numérique des nuages ne cesse de progresser.- Cercle vicieux -Mais la difficulté est grande, car l’influence des nuages diffère selon leur type, leur structure et leur altitude.Les nuages bas, stratus et cumulus, ont généralement un effet refroidissant: étendus, clairs et parfois épais, ils renvoient la lumière du soleil vers l’espace.Les nuages plus élevés et fibreux, les cirrus, ont au contraire un effet réchauffant, laissant passer la lumière du soleil et absorbant la chaleur réfléchie par la Terre.Avec le réchauffement climatique, certains nuages sont remontés plus haut, où ils ont un effet de serre plus important, explique M. Hogan.Dans le même temps, les preuves s’accumulent que la couche refroidissante des nuages inférieurs est en net déclin.Selon le climatologue Richard Allan, de l’université britannique de Reading, des nuages moins réfléchissants à cause du réchauffement alimentent ensuite à leur tour la hausse des températures dans un “cercle vicieux de rétroaction”.Au cours des 20 dernières années, des nuages de basse altitude plus faibles et plus sombres en moyenne ont entraîné un doublement du bilan énergétique de la Terre, contribuant au réchauffement record des océans depuis 2023, a conclu une étude publiée en mars, co-écrite par Richard Allan.Une autre étude, en décembre dans Science, a aussi pointé le net déclin des stratus au-dessus des océans comme un probable responsable du surplus de chaleur en 2023.Selon Bjorn Stevens, les scientifiques s’accordent sur le déclin de la couverture nuageuse mais plusieurs théories s’affrontent sur les causes du phénomène. “La question est de déterminer quelle part est due à la variabilité naturelle – les fluctuations décennales de la nébulosité – et quelle part est provoquée par le réchauffement” d’origine humaine, explique-t-il.Une autre théorie attribue ces évolutions aux décennies d’efforts mondiaux sur la qualité de l’air. Les aérosols, ces particules microscopiques en suspension dans l’air comme la poussière du désert, les résidus de feux de forêts ou de combustion du charbon, favorisent la formation des nuages et les rendent plus réfléchissants.Or des recherches ont suggéré que les politiques d’assainissement – en particulier une législation de 2020 réduisant le soufre du carburant maritime – ont réduit la couverture nuageuse et sa luminosité, accélérant involontairement le réchauffement. Pour Richard Allan, c’est une “combinaison” de facteurs, dont celui des aérosols, mais il est “probable” que les nuages bas “diminuent” d’abord sous l’effet du réchauffement.De nouveaux outils doivent réduire l’incertitude: en 2024, les agences spatiales européenne et japonaise ont lancé EarthCARE, un satellite révolutionnaire pour étudier le fonctionnement interne des nuages, qui a rejoint PACE, homologue de pointe de la NASA qui avait décollé trois mois avant.

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Polluants éternels: Eau de Paris veut faire payer les pollueurs

Faire appliquer le principe “pollueur-payeur”: la régie chargée de l’eau à Paris a porté plainte contre X pour pollution de son réseau d’eau potable aux polluants éternels (ou PFAS), afin que les fabricants de ces substances supportent le surcoût de la décontamination.”Le combat ne fait que commencer contre les responsables de ce scandale sanitaire. Ce n’est pas aux usagers de payer la facture”, a estimé la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, à l’origine de la plainte déposée vendredi par la régie municipale Eau de Paris au tribunal judiciaire.Celle-ci vise “les délits de pollution des eaux, de pollution des sols par abandon de déchets et de dégradation substantielle à l’environnement”, selon les motifs de la plainte contre X consultés par l’AFP.Le but est d’identifier les responsabilités des producteurs des substances chimiques “per- et polyfluoroalkylées”, dits PFAS ou polluants éternels, d’origine industrielle ou agricole, pour les faire contribuer au financement de la dépollution de l’eau du robinet des Parisiens.Ces coûts, évalués à “plusieurs dizaines de millions d’euros”, “ont largement augmenté ces dernières années et sont portés intégralement par les usagers à travers leurs factures d’eau”, a dénoncé auprès de l’AFP Dan Lert, le président d’Eau de Paris, chargée de l’approvisionnement et de la distribution de l’eau dans la capitale. L’eau potable distribuée à Paris est “100% conforme aux normes sanitaires, grâce aux traitements mis en place, et va le rester en 2026”, a tenu à rassurer le responsable, également adjoint écologiste à la maire en charge de la transition écologique, de l’eau et de l’énergie.La régie publique a cependant détecté la présence d’un PFAS non réglementé dans son réseau d’adduction, le TFA, “qui n’est pas intégré au contrôle sanitaire” selon l’élu.En outre, à partir d’avril, les 20 PFAS réglementés seront intégrés au contrôle de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, ce qui obligera Eau de Paris à “facturer la réalisation de 147 prélèvements supplémentaires sur ses ressources et son réseau en complément de son auto-surveillance”, détaille la plainte.”On ne peut pas aujourd’hui faire peser sur les distributeurs d’eau la responsabilité de cette pollution qui, jusqu’ici, n’était pas suivie, pas réglementée et est très complexe à traiter”, a réagi auprès de l’AFP Alexis Guilpart, chargé des questions d’eau à France Nature Environnement (FNE). Il a salué la démarche d’Eau de Paris, susceptible de mettre le producteur de la pollution “face à ses responsabilités”.- Origines multiples -Quasi indestructibles et présentes dans quantité d’objets et de produits (emballages, textiles, ustensiles de cuisine…), les substances chimiques “per- et polyfluoroalkylées”, dites PFAS, s’accumulent avec le temps dans l’air, le sol, l’eau, la nourriture et, in fine, dans le corps humain, notamment dans le sang et les tissus des reins ou du foie.Eau de Paris fait valoir “la multiplicité” des origines possibles de ces pollutions dans les périmètres de captage: les pesticides, mais aussi les industries polluantes classées pour la protection de l’environnement (ICPE, susceptible de créer des risques pour les tiers et riverains et/ou de provoquer des pollutions ou nuisances vis-à-vis de l’environnement).La contamination concerne “un périmètre très large”, a reconnu Dan Lert, puisque l’eau du robinet des Parisiens provient à 50% d’eaux de surface de la Seine et de la Marne et 50% de nappes souterraines situées en Bourgogne, en Seine-et-Marne et en Normandie.La plainte vise aussi à réparer une préjudice moral pour “atteinte à la réputation” du distributeur, étant donné “qu’à chaque révélation sur les pollutions de la ressource en eau, la confiance dans l’eau du robinet se dégrade”, fait valoir le président d’Eau de Paris. “C’est un moyen de mettre les autorités nationales face à leurs responsabilités dans la prévention des pollutions futures”, a-t-il poursuivi, jugeant que l’État n’était “pas à la hauteur”.Début mars, Anne Hidalgo avait adressé un courrier à la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher pour demander à l’État “d’interdire les PFAS afin de prévenir leur dissémination dans l’environnement”.Eau de Paris produit en moyenne 480.000 mètres cubes d’eau par jour afin d’approvisionner les plus de 2,1 millions habitants de la capitale, pour une consommation journalière moyenne de 120 litres par personne.

Polluants éternels: Eau de Paris veut faire payer les pollueurs

Faire appliquer le principe “pollueur-payeur”: la régie chargée de l’eau à Paris a porté plainte contre X pour pollution de son réseau d’eau potable aux polluants éternels (ou PFAS), afin que les fabricants de ces substances supportent le surcoût de la décontamination.”Le combat ne fait que commencer contre les responsables de ce scandale sanitaire. Ce n’est pas aux usagers de payer la facture”, a estimé la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, à l’origine de la plainte déposée vendredi par la régie municipale Eau de Paris au tribunal judiciaire.Celle-ci vise “les délits de pollution des eaux, de pollution des sols par abandon de déchets et de dégradation substantielle à l’environnement”, selon les motifs de la plainte contre X consultés par l’AFP.Le but est d’identifier les responsabilités des producteurs des substances chimiques “per- et polyfluoroalkylées”, dits PFAS ou polluants éternels, d’origine industrielle ou agricole, pour les faire contribuer au financement de la dépollution de l’eau du robinet des Parisiens.Ces coûts, évalués à “plusieurs dizaines de millions d’euros”, “ont largement augmenté ces dernières années et sont portés intégralement par les usagers à travers leurs factures d’eau”, a dénoncé auprès de l’AFP Dan Lert, le président d’Eau de Paris, chargée de l’approvisionnement et de la distribution de l’eau dans la capitale. L’eau potable distribuée à Paris est “100% conforme aux normes sanitaires, grâce aux traitements mis en place, et va le rester en 2026”, a tenu à rassurer le responsable, également adjoint écologiste à la maire en charge de la transition écologique, de l’eau et de l’énergie.La régie publique a cependant détecté la présence d’un PFAS non réglementé dans son réseau d’adduction, le TFA, “qui n’est pas intégré au contrôle sanitaire” selon l’élu.En outre, à partir d’avril, les 20 PFAS réglementés seront intégrés au contrôle de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, ce qui obligera Eau de Paris à “facturer la réalisation de 147 prélèvements supplémentaires sur ses ressources et son réseau en complément de son auto-surveillance”, détaille la plainte.”On ne peut pas aujourd’hui faire peser sur les distributeurs d’eau la responsabilité de cette pollution qui, jusqu’ici, n’était pas suivie, pas réglementée et est très complexe à traiter”, a réagi auprès de l’AFP Alexis Guilpart, chargé des questions d’eau à France Nature Environnement (FNE). Il a salué la démarche d’Eau de Paris, susceptible de mettre le producteur de la pollution “face à ses responsabilités”.- Origines multiples -Quasi indestructibles et présentes dans quantité d’objets et de produits (emballages, textiles, ustensiles de cuisine…), les substances chimiques “per- et polyfluoroalkylées”, dites PFAS, s’accumulent avec le temps dans l’air, le sol, l’eau, la nourriture et, in fine, dans le corps humain, notamment dans le sang et les tissus des reins ou du foie.Eau de Paris fait valoir “la multiplicité” des origines possibles de ces pollutions dans les périmètres de captage: les pesticides, mais aussi les industries polluantes classées pour la protection de l’environnement (ICPE, susceptible de créer des risques pour les tiers et riverains et/ou de provoquer des pollutions ou nuisances vis-à-vis de l’environnement).La contamination concerne “un périmètre très large”, a reconnu Dan Lert, puisque l’eau du robinet des Parisiens provient à 50% d’eaux de surface de la Seine et de la Marne et 50% de nappes souterraines situées en Bourgogne, en Seine-et-Marne et en Normandie.La plainte vise aussi à réparer une préjudice moral pour “atteinte à la réputation” du distributeur, étant donné “qu’à chaque révélation sur les pollutions de la ressource en eau, la confiance dans l’eau du robinet se dégrade”, fait valoir le président d’Eau de Paris. “C’est un moyen de mettre les autorités nationales face à leurs responsabilités dans la prévention des pollutions futures”, a-t-il poursuivi, jugeant que l’État n’était “pas à la hauteur”.Début mars, Anne Hidalgo avait adressé un courrier à la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher pour demander à l’État “d’interdire les PFAS afin de prévenir leur dissémination dans l’environnement”.Eau de Paris produit en moyenne 480.000 mètres cubes d’eau par jour afin d’approvisionner les plus de 2,1 millions habitants de la capitale, pour une consommation journalière moyenne de 120 litres par personne.

Bayrou et Borne relancent la réforme de la formation des enseignants

Plusieurs fois annoncée puis laissée de côté, la réforme de la formation des enseignants, “priorité absolue” pour tenter d’enrayer la crise des vocations, a été remise sur les rails vendredi par François Bayrou et Elisabeth Borne, en visite dans une école des Hauts-de-Seine.”Notre idée, notre orientation, c’est de retrouver l’esprit” des anciennes “écoles normales, de redonner aux futurs enseignants une formation pluridisciplinaire axée sur les fondamentaux. Et pour cela va être engagée pour la rentrée 2025 une réforme profonde de la formation”, a déclaré le Premier ministre lors d’une visite dans une école primaire de Rueil-Malmaison.Une semaine après avoir promis quatre chantiers “d’ici le 15 avril”, notamment dans le domaine de l’éducation, le Premier ministre, lui-même ancien professeur et ex-ministre de l’Education de 1993 à 1997, a affiché son ambition de voir enfin aboutir ce chantier. La réforme avait été présentée par le président Emmanuel Macron il y a un an pour répondre à la crise de recrutement, mais mise de côté ensuite en raison de la dissolution de l’Assemblée nationale. Elisabeth Borne a fait part début 2025 de sa volonté de la relancer.La ministre de l’Education nationale, numéro 2 du gouvernement, l’a qualifiée vendredi de “priorité absolue” face au manque d’attractivité du métier enseignant, après plusieurs autres changements de la formation qui n’ont pas donné les résultats escomptés. Les concours enseignants avaient ainsi été déplacés de la première année de master à la seconde par une réforme de 2021.”Les concours (enseignants) ne font plus le plein (…) Et en 2024, ce sont près de 3.000 postes qui sont restés vacants à l’issue des concours” a rappelé la ministre, estimant qu’il faut “agir”.Principal changement, la nouvelle réforme ramènera les concours enseignants à bac+3 au lieu de bac+5 aujourd’hui et ce, à partir de la session du printemps 2026. A la rentrée 2025, de premiers modules préparatoires aux nouveaux concours seront instaurés.- “Ecrire tous les jours” -Les enseignants seront ensuite formés pendant deux ans, jusqu’à l’obtention de leur master 2, années pendant lesquelles ils seront rémunérés: 1.400 euros net la première année, et 1.800 la deuxième, pour les professeurs des écoles comme ceux du second degré (collège et lycée).Pour le concours du premier degré, une licence spécifique de préparation au professorat des écoles sera, par ailleurs, mise en place, accessible dès l’obtention du bac. Le coût supplémentaire lié à la mise en place de cette réforme est estimé à environ 500 millions d’euros par an à partir de 2028, a-t-on indiqué de source gouvernementale.Mais, alors que tout reste à faire du côté des universités pour mettre en place concrètement ces nouvelles licences et masters, les syndicats de l’enseignement supérieur (Snesup-FSU, CFDT Education, CGT Ferc sup, FO ESR, Sud Education…) se sont “alarmés” cette semaine “de ce qu’aucune concertation n’ait été entamée avec les partenaires sociaux”.”En reprenant le projet de (l’ex-ministre de l’Education nationale) Nicole Belloubet, sans avoir mené aucune concertation, Elisabeth Borne acte une déqualification du métier enseignant avec un recrutement à bac+3″, a jugé pour sa part Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré. Elle juge “hasardeux” de “faire reposer la solution à la crise d’attractivité sur cette réforme”.Le SE-Unsa s’est, en revanche, montré “satisfait(…) que les arbitrages budgétaires aient enfin été rendus”, a indiqué sa secrétaire générale Elisabeth Allain-Moreno.M. Bayrou a aussi insisté vendredi sur l’importance d’une “reconquête de l’écrit” avec un plan en préparation pour la rentrée.”On ne peut pas accepter qu’au niveau du bac, il y ait 30% des élèves qui ne soient pas capables d’écrire convenablement”, a-t-il déclaré, après avoir assisté avec Mme Borne à un atelier d’écriture en CP.”Notre idée, notre programme, c’est qu’on ait à écrire et à lire tous les jours à l’école, au collège, au lycée”, “quelle que soit la discipline” ou le cours, a détaillé le Premier ministre, attendu mardi devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour exposer les prochains chantiers du gouvernement.