AFP Top News

Le Soleil avait rendez-vous avec la Lune pour une éclipse partielle

Le Soleil avait rendez-vous avec la Lune, venue cacher un bout de l’astre samedi, lors d’une éclipse partielle visible sur une partie de l’hémisphère Nord, de l’est du Canada à la Sibérie.L’éclipse, la dix-septième du XXIe siècle et la première de l’année, a duré environ quatre heures. Elle a démarré à 08H50 GMT (09H50 à Paris) pour s’achever vers 12H43 GMT (13H43 à Paris). “Les premiers continentaux à la voir (étaient) les habitants de Mauritanie et du Maroc et les derniers ceux du nord de la Sibérie”, a précisé à l’AFP Florent Deleflie, astronome à l’Observatoire de Paris-PSL, chargé pour la France du calcul des éphémérides.Elle était aussi visible en Europe, selon le Laboratoire Temps-Espace de l’Observatoire de Paris. Et a atteint son maximum à 10H47 GMT (11H47 heure de Paris) au-dessus du nord-est du Canada et Groenland.C’est là que l’éclipse a été la plus spectaculaire, couvrant 90% de la surface apparente du Soleil. Pas suffisamment toutefois pour que le ciel soit obscurci.Une éclipse de Soleil se produit lorsque le Soleil, la Lune et la Terre sont alignés dans cet ordre. Quand l’alignement est quasiment parfait, le cône d’ombre de la Lune touche la surface de la Terre et obstrue l’intégralité du disque solaire: l’éclipse est totale.Cette fois-ci, “l’alignement n'(était) pas suffisamment parfait pour que le cône d’ombre touche la surface terrestre. Il rest(ait) dans l’espace, ce qui signifie qu’il n’y (avait) nulle part et à aucun moment d’éclipse totale”, explique M. Deleflie.- Attention aux yeux -En France métropolitaine, l’éclipse était visible entre 10H00 et 12H00 GMT (11H00 et 13H00 de Paris) et entre 10 à 30% de la surface de l’astre étaient occultés selon les régions.A l’oeil nu, aucune différence n’était donc perceptible. Les plus chanceux, qui ont pu profiter du spectacle lorsque le ciel était dégagé, ont dû se munir d’équipements adaptés pour protéger ses yeux.La lumière intense du Soleil peut en effet provoquer des brûlures oculaires et entraîner des lésions irrémédiables.Il est indispensable de se procurer des lunettes spéciales éclipse en parfait état. “Le moindre défaut sur la surface des lunettes, si elles ne sont pas neuves, même un trou microscopique, peut engendrer des brûlures de l’œil”, selon l’astronome.Autre possibilité, il fallait se rendre dans une association d’astronomie ou un centre d’observation, qui organisaient des animations pour l’admirer à l’aide d’instruments grossissants munis de filtres adaptés. Et observer au passage tâches et protubérances solaires.Cette éclipse solaire est intervenue quinze jours après une éclipse totale de Lune, qui avait fait “rougir” notre satellite naturel. Ce qui est “souvent le cas” car la Lune a fait dans l’intervalle “un demi-tour autour de la Terre, inversant en quelque sorte la configuration”, souligne M. Deleflie.En France métropolitaine, la dernière éclipse partielle remonte au 25 octobre 2022.Le 12 août 2026, se produira une éclipse totale, dont la zone de totalité ne traversera pas l’Hexagone, mais qui donnera lieu à une obscuration du disque solaire de 92 % vue depuis Paris et de 96 % vue depuis Marseille.

Scène de crime à la fac: des étudiants sur la piste de la “science forensique”

Deux corps ensanglantés, sans vie, gisent sur le gazon. Après un brief rapide dans un bâtiment attenant, treize jeunes techniciens enfilent une combinaison blanche, des lunettes, un masque et des gants. Prêts à gérer leur première scène de crime.Ils sont étudiants, et passent leur examen pour obtenir un diplôme universitaire en “science forensique”, terme désignant l’ensemble des techniques de recherche et d’exploitation des indices pour résoudre des crimes.Pour valider leur deuxième année à la CY Forensic School de Neuville-sur-Oise, au nord-ouest de Paris, les élèves, inscrits aussi en licence de biologie, doivent œuvrer sans faire d’erreur de procédure.Les initiateurs de ce cursus créé il y a deux ans sont partis d’un constat: l’absence de ce type de formation en France.”Ce n’était qu’après (les études supérieures, NDLR) qu’il y avait un recrutement et une formation interne à la police nationale ou à la gendarmerie nationale pour acculturer ces nouveaux spécialistes à l’ensemble de la science forensique”, explique à l’AFP le directeur de l’école, le général de gendarmerie François Daoust, venu observer la mise en pratique.Le groupe de treize étudiants est scindé en deux. À chacun un cadavre.Une jeune fille circule avec un sac poubelle, une autre appose des post-it orange sur les indices, une troisième prend des photos. L’étudiant désigné pour être secrétaire s’installe sous un barnum pour distribuer le matériel et placer les indices sous scellés afin que rien ne soit “pollué”.- Séries policières -Les étudiants “sont toujours emballés. Ils touchent du doigt la réalité”, sourit Bruno Dolou, major de gendarmerie à la retraite, qui les encadre avec un collègue.Sur les deux promotions ouvertes, “plus de 600 demandes pour 20 places” ont été présentées sur Parcoursup, selon François Daoust. Un engouement que le directeur explique notamment par le succès des programmes d’enquêtes criminelles. “Nos jeunes sont biberonnés aux séries télévisées, Les Experts, NCIS… Et pour eux, c’est magique”.Dans sa tenue blanche, Solène Lecarreaux, 19 ans, raconte avoir grandi en regardant des séries policières et écoute maintenant “beaucoup de podcasts” tout en suivant les affaires criminelles sur les réseaux sociaux.Sa formation lui permet d’analyser ces affaires: “dès qu’on a des informations, on regarde, on épluche ce qui est dit, puis on essaie de chercher” des éléments de preuve, explique la jeune femme, photographe sur cette scène de crime grandeur nature.Mais ce qui se passe à la télé ne reflète pas la réalité du métier. Les étudiants ont “beaucoup d’images préconçues sur le rôle de la police scientifique”, reconnaît Cédric Picot, enseignant-expert. “Une des premières choses que nous faisons au sein du DU science forensique, c’est de rétablir un peu la vérité”.”Dans les séries, les films, les inspecteurs arrivent et sont en costume cravate, alors que normalement on est censé être comme ça”, abonde Mélanie Fraysse, 19 ans, en désignant son équipement.- Ouvert aux professionnels -Yves Thomas, 19 ans, aimerait devenir “technicien d’investigation criminelle”.”C’est globalement le même métier que celui qu’on vient de réaliser ce matin”, explique le jeune homme, ravi à l’idée de prélever “toutes les traces que l’on voit”, faire “ses propres expertises dans son laboratoire”.Le cursus est également ouvert aux professionnels. Deux élèves sont issus de laboratoires privés, venus pour “engranger des connaissances” transversales, explique le général Daoust.Parcourant une bouteille de bière avec une lumière blanche, une étudiante aperçoit ce qui pourrait être une empreinte digitale. Elle y dépose une fine poudre noire avec un pinceau.”Ils vont la prendre en photo avec un test centimétrique et à l’issue, cette photo devient un fichier numérique” qui sera étudié et comparé pour essayer d’identifier à qui l’empreinte appartient, détaille Bruno Dolou.”Stand-By !”. Les étudiants se rassemblent autour de leur encadrant, inquiets.”Vous n’avez pas vu les projectiles dans le rocher. Quand il y a tir d’arme à feu, il y a probablement des projectiles autour”, déclare l’ancien gendarme en désignant des balles encastrées dans la paroi. Les étudiants se remettent au travail, un peu déçus mais déterminés à mener à bien la mission.”Si je devais recruter dans ma cellule d’identification criminelle, je pourrais les embaucher”, s’enthousiasme Bruno Dolou, “mais ils ont encore beaucoup à apprendre”.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Incendies en Corée du Sud: les flammes reprennent après avoir été éteintes

Les autorités sud-coréennes ont déployé samedi des hélicoptères pour lutter contre la reprise des flammes dans une zone du sud-est du pays, selon un responsable des services forestiers.Les flammes sont reparties tôt samedi matin à Angong, ville de la province du Gyeongsang du Nord (sud-est), poussant les autorités à déployer huit hélicoptères danscette zone, selon cette source.Les pompiers, aidés par la pluie, étaient pourtant parvenus à éteindre vendredi le principal incendie de la région.”Il semble que les braises se soient ravivées”, a précisé le responsable des services forestiers, ajoutant qu’il était prévu “de déployer davantage d’hélicoptères dans la zone d’Andong”.Le bilan de ces incendies de forêt, qui ont débuté le week-end dernier, s’est par ailleurs alourdi à 29 morts et 40 blessés, dont 10 grièvement.Plus de 2.900 maisons ont été détruites, selon un dernier bilan, et un responsable a déclaré jeudi que quelque 35.000 hectares de forêt étaient partis en fumée.Il s’agit des feux de forêt les plus meurtriers et destructeurs jamais enregistrés en Corée du Sud, après le brasier d’avril 2000 qui avait consumé 23.913 hectares sur la côte est.Les feux ont détruit plusieurs sites historiques, notamment le complexe du temple de Gounsa à Uiseong, dont la construction remonterait au VIIe siècle.La plupart des victimes de l’incendie, qui a frappé les zones rurales d’Andong et d’Uiseong, étaient âgées de 60 à 80 ans, selon les services forestiers sud-coréens.Parmi les victimes figurent également un pilote dont l’hélicoptère s’est écrasé mercredi alors qu’il était engagé contre le feu, ainsi que quatre pompiers et d’autres membres des opérations de secours qui ont perdu la vie après avoir été piégés par les flammes.

La Pyramide, une “belle histoire” Michelin sur la route du soleil

Premier restaurant trois étoiles de l’histoire du Guide Michelin, la Pyramide reste, 200 ans après sa naissance à Vienne en Isère, une étape incontournable de la mythique Nationale 7 pour les voyageurs gourmets qui descendent vers le Sud.Des anciennes maisons comme celle-ci, il n’y en a plus beaucoup!”, glisse à l’AFP le chef Patrick Henriroux, 66 ans, à la tête de ce monument du patrimoine gastronomique français.L’établissement, aujourd’hui estampillé deux étoiles au prestigieux guide rouge, est installé dans une imposante bâtisse classée Relais & Châteaux 4 étoiles, située non loin d’un obélisque romain auquel il doit son nom.La Pyramide a bien changé depuis son ouverture en 1822, lorsqu’elle n’était encore qu’une modeste auberge où l’on faisait ripaille. La salle principale, moderne en noir et blanc, est émaillée de jaune, “un peu de soleil sur la route du Midi”, explique le chef. Aux beaux jours, les clients peuvent faire le plein de lumière attablés entre les buis du jardin. Sa réputation n’est plus à faire depuis l’obtention en 1933 de ses trois étoiles au Michelin, conservées durant 53 ans grâce au célébrissime chef Fernand Point.Se formera dans ce “chaudron de la cuisine française” toute la crème de la gastronomie tricolore: les frères Troisgros, Alain Chapel ou encore Paul Bocuse, dont Fernand Point a été le “maître à penser”.- “Moins de crème” -À une trentaine de kilomètres au sud de Lyon, Vienne fut aussi une étape quasi obligatoire de la “route des vacances”, la N7 direction la Côte d’Azur, très prisée du temps de l’essor de l’automobile et des congés payés.La Pyramide devient alors un lieu de mondanités. Parmi les signataires de son livre d’or: Picasso, Jean Cocteau, ou des stars américaines comme Clark Gable, Joséphine Baker…”C’est bien la dernière fois que je séjourne à la Pyramide! Comment! Le saucisson chaud est délicieux, la truite est rosée, la poularde fond, le vin pétille, la pâtisserie va droit au cœur, et moi qui voulais maigrir! On ne m’y reprendra pas!”, y écrivit Colette en 1933.Aujourd’hui, “on va dire qu’il y a un peu moins de crème, un peu moins de beurre…”, rassure Patrick Henriroux. “On ne boxe plus dans les mêmes catégories”, poursuit le chef originaire de Haute-Saône, qui a repris les rênes de cette institution avec sa femme en 1989.Celle-ci n’était alors plus référencée au Guide Michelin en raison de travaux après la mort de la veuve Point, mais le nouveau couple a vite regagné une étoile, puis deux en 1992.- “Racines” -En ce jour de printemps, des tortellini de butternut au chèvre frais côtoient dos de cabillaud et aspic de jeunes poireaux sur le “menu du marché”, à 97 euros le midi. Le soir, compter au minimum 199 euros pour le menu gastronomique.Un plat signature? Le “piano au chocolat”, en clin d’œil au festival local Jazz à Vienne. “Mais on nous demande parfois le turbo au champagne de Fernand Point, la crème soufflée de crabe dormeur au caviar, ou le gâteau Marjolaine…”, des recettes phares d’antan, ajoute Patrick Henriroux.Point d’honneur est de “ne jamais oublier les racines du restaurant, de continuer la belle histoire”.Réalisant près de 45.000 couverts par an, la Pyramide attire toujours les touristes de passage sur la route mais surtout ses voisins: 65% des clients sont originaires de Rhône-Alpes.Ludovic Chambéry, un enseigniste de 51 ans, travaille à côté et s’accorde parfois une pause méridienne dans cet établissement qu’il juge “hyper qualitatif et bon enfant, à l’ambiance conviviale”.”On fait à manger pour nos clients, pas pour le Michelin”, tient à rappeler M. Henriroux, assurant ne pas chercher à décrocher une troisième étoile, car “le vrai génie, c’est de durer.”À quelques jours de la cérémonie du Michelin, les cuisines sont tout de même sur le qui-vive: le chef de renom Georges Blanc vient d’apprendre la perte de sa troisième étoile à Vonnas (Ain), après 44 ans au firmament.Boris Henriroux, fils de Patrick et assistant-directeur de la Maison Pyramide, garde confiance: “Pour l’instant, dit-il, le téléphone n’a pas encore sonné, c’est plutôt bon signe!” 

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

L’explorateur Bertrand Piccard en mission pour rendre la décarbonation “désirable”

Les révolutions aéronautiques sont souvent portées par des explorateurs, les industries capitalisant ensuite sur ce qu’elles jugeaient impossible, et il en sera de même pour la décarbonation, déclare à l’AFP le Suisse Bertrand Piccard qui avait réussi le premier tour du monde en ballon en 1999.Explorateur, psychiatre et président de la Fondation Solar Impulse, il a été invité cette semaine au sommet annuel d’Airbus sur les innovations dans l’aviation, qui vit une nouvelle révolution, celle de la décarbonation, dans un contexte morose pour l’écologie.La fondation de Bertrand Piccard et celle d’Airbus ont signé à cette occasion un partenariat de trois ans visant à stimuler le progrès en matière de durabilité.”Ce n’est pas Concorde qui a passé le mur du son la première fois, c’est (le pilote d’essai américain) Chuck Yeager qui l’a fait en 1947. Et une fois qu’il a franchi le mur du son, l’industrie a pu fabriquer des avions supersoniques” à la fin des années 1960, rappelle Bertrand Piccard, 67 ans. “Dans l’Histoire, ce n’est jamais l’industrie qui prend le risque d’être un pionnier. Il faut toujours un explorateur au début. Ensuite, l’industrie peut capitaliser sur son succès”, ajoute-t-il.- “Rendre désirable” -C’est comme cela qu’il voit aujourd’hui le combat pour l’hydrogène alors qu’Airbus a remis à plus tard le développement de son avion à hydrogène 100% électrique qui verra le jour vers 2040-2045 et non en 2035 ; l’industrie n’est pas prête à remplir les réservoirs plus tôt. “Mon but c’est de montrer qu’avec de l’hydrogène, on peut faire un tour du monde, sans escale, sans émission. Il faut le rendre désirable”, s’enthousiasme Bertrand Piccard. En 1999, il avait réalisé avec le pilote britannique Brian Jones le premier tour du monde en ballon sans escale en 21 jours. Autre tour du monde, cette fois-ci aux manettes de l’avion fonctionnant uniquement à l’énergie solaire Solar Impulse en plusieurs escales, entre mars 2015 et juillet 2016, avec le Suisse André Borschberg.Son nouveau projet Climate Impulse, un avion avec l’hydrogène vert pour carburant, doit faire son premier vol en 2026. “Il faut sortir de l’idée que la décarbonation c’est cher et sacrificiel, il faut montrer qu’en modernisant, on sera plus compétitifs. Ce sera mieux pour la santé et la qualité de l’air et c’est aussi une question de coût- on aura moins de gaspillage financier, d’énergie et de ressources”, souligne-t-il. “Dans l’aviation, on n’est pas encore rentable en décarbonant, mais par contre on est déjà rentable en étant efficient, les avions consomment 80% de moins de carburant qu’il y a 40 ou 50 ans”, ajoute-t-il. – Argument pour Trump -L’efficience, c’est un argument auquel pourrait être sensible Donald Trump qui est sorti de l’accord de Paris sur le climat et promeut les énergies fossiles à tout-va, estime Bertrand Piccard. “Il y a beaucoup de solutions qui sont des solutions de bon sens, et qui marcheraient même s’il n’y avait pas de changement climatique. C’est ce discours qu’on doit tenir à Trump: c’est un meilleur business d’être efficient”.Il ne faut pas non plus sous-estimer les Chinois qui n’apparaissent pas comme les champions du monde en écologie mais pourraient faciliter l’avènement de l’avion à hydrogène, souligne-t-il. “Quand on voit le photovoltaïque, si le prix s’est écroulé, c’est parce que les Chinois ont commencé à produire en masse. S’ils se mettent à produire de l’hydrogène en masse, cela va faire du bien au monde entier”, conclut Bertrand Piccard. 

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Séisme : plus de 1.000 morts en Birmanie, recherches tous azimuts pour des survivants

Plus de 1.000 personnes ont perdu la vie en Birmanie dans le puissant séisme de magnitude 7,7 qui a frappé la région vendredi et aussi endeuillé la Thaïlande, selon un nouveau bilan des autorités samedi, tandis que les secours multiplient les efforts pour rechercher des survivants.Le tremblement de terre, peu profond, ce qui a augmenté son impact, s’est produit vendredi au nord-ouest de la ville birmane de Sagaing (centre) vers 06H20 GMT (12H50 en Birmanie et 13H20 en Thaïlande), suivi par une réplique de magnitude de 6,4 (révisée ensuite à 6,7) quelques minutes après.Les secousses ont provoqué des scènes de chaos et de désolation en Birmanie, où l’effondrement de maisons, d’immeubles, de ponts ou de sites religieux laissent craindre une catastrophe de grande ampleur dans un pays rendu exsangue par le conflit civil qui dure depuis le coup d’Etat de la junte de 2021.Jamais un séisme d’une telle intensité n’avait frappé la Birmanie depuis des décennies, selon les géologues américains, les secousses étant suffisamment puissantes pour semer la terreur à 1.000 kilomètres de l’épicentre, parmi des millions d’habitants de Bangkok où les séismes sont rarement ressentis.Au moins 1.007 personnes ont été tuées, et 2.389 blessées en Birmanie, a indiqué samedi la junte au pouvoir, en majorité dans la région de Mandalay, la deuxième ville de Birmanie, considérée comme la zone la plus sinistrée. Mais les moyens de communication étant endommagés, l’étendue du désastre reste encore à difficile à évaluer, et le bilan humain pourrait encore fortement s’aggraver.A Mandalay, plus de 90 personnes seraient piégées dans les décembres d’un immeuble d’habitation de douze étages, selon un responsable de la Croix-Rouge.Des journalistes de l’AFP ont aussi vu sur place une pagode vieille de plusieurs siècles réduite à l’état de ruines. “Ca a commencé à secouer, puis c’est devenu sérieux”, a déclaré un soldat à un point de contrôle à l’extérieur du temple.”Le monastère s’est aussi effondré. Un moine est mort. Il y a quelques blessés, on a sorti quelques autres des décombres et les a conduits à l’hôpital.”- Appel au secours -“Personne au monastère n’ose dormir à l’intérieur, parce qu’on a entendu qu’un autre tremblement de terre pourrait se produire. Je n’ai jamais ressenti quelque chose comme ça de ma vie”, a détaillé le militaire.Près de l’aéroport de Mandalay, des agents de sécurité ont refoulé des journalistes. “C’est fermé depuis hier (vendredi)”, a lancé l’un d’eux. “Le plafond s’est effondré mais personne n’a été blessé.”Les destructions sur le site pourraient compliquer les opérations de secours dans un pays, où la guerre civile qui dure depuis le coup d’Etat du 1er février 2021 a décimé le système de santé et isolé ses dirigeants du reste du monde.Le chef de la junte Min Aung Hlaing a lancé un rare appel à l’aide internationale, invitant “tout pays, toute organisation” à venir apporter son secours. Par le passé, les régimes militaire étaient réticents à demander un soutien de l’étranger après des catastrophes naturelles.Les autorités ont déclaré l’état d’urgence dans les six régions les plus affectées. Dans un hôpital de la capitale Naypyidaw, des centaines de blessés ont été pris en charge à l’extérieur en raison des dégâts subis par le bâtiment, ont constaté vendredi des journalistes de l’AFP.Un avion chargé de kits d’hygiène, de couvertures, de nourriture et d’autres produits de première nécessité a atterri samedi à Rangoun, en provenance d’Inde. La Chine a annoncé l’envoi d’une équipe de 82 secouristes. La Corée du Sud, l’Organisation mondiale de la santé et la Malaisie se sont aussi déjà mobilisés.”Nous allons les aider (…) C’est terrible ce qu’il se passe”, a déclaré le président américain Donald Trump vendredi.Le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a transmis ses condoléances aux victimes en Birmanie et en Thaïlande, tandis que le président chinois Xi Jinping a envoyé un message faisant part de “sa profonde tristesse” au chef de la junte.Les agences humanitaires ont prévenu que la Birmanie n’était absolument pas préparée à faire face à une catastrophe de cette ampleur. Le conflit civil a déplacé quelque 3,5 millions de personnes, selon les Nations unies, qui ont prévenu fin janvier que 15 millions de Birmans risquaient de souffrir de la faim en 2025, avant même que le tremblement de terre ne survienne.- Accouchement en plein air -De l’autre côté de la frontière, en Thaïlande, des secouristes se sont relayés toute la nuit à la recherche de survivants dans les décombres d’un bâtiment en construction de 30 étages qui s’est effondré à Bangkok en quelques secondes sous l’effet des secousses. La chute de la tour a englouti des dizaines d’ouvriers, piégés dans une montagne de gravats et de poutres d’acier déformées.Le gouverneur de Bangkok Chadchart Sittipunt a déclaré à l’AFP qu’une dizaine de personnes ont été tuées dans la capitale thaïlandaise, la plupart sur le site de construction, mais prévenu que le bilan pourrait s’alourdir.L’opération de secours a déployé des drones à imagerie thermique rechercher des signes de vie parmi les décombres, les autorités pensant avoir détecté des signes de vie d’au moins 15 personnes.La métropole de Bangkok a ordonné le déploiement de plus d’une centaine de spécialistes pour contrôler la sécurité des bâtiments, après avoir reçu plus de 2.000 signalements de dommages.Environ 400 personnes ont passé la nuit de vendredi à samedi dans des parcs ouverts en raison de l’urgence, leurs domiciles n’étant pas assez sûrs pour y retourner, selon le gouverneur. A Bangkok, où les séismes sont extrêmement rares, les secousses ont été illustrées par des images spectaculaires : foule d’habitants évacués dans les rues, ou des piscines sur le toit d’immeubles ou d’hôtels qui débordent.Une femme a dû accoucher en plein air après avoir été évacuée d’un hôpital. Un chirurgien a également continué à opérer un patient à l’extérieur, après qu’il a fallu quitter d’urgence le bloc, a indiqué un porte-parole à l’AFP. burx-ah/thm

En Bretagne, la vanille fleurit dans d’anciennes serres à tomates

La vanille deviendra-t-elle un jour un produit typiquement breton, au même titre que la galette-saucisse ou le beurre salé? Trois producteurs des Côtes-d’Armor ont en tout cas déjà commencé à récolter et commercialiser les précieuses gousses.Ce pari débute en 2019. Comme chaque année, les maraîchers de l’association de coopératives Prince de Bretagne sont rassemblés par Florian Josselin, responsable de l’innovation, pour faire un état des lieux des recherches sur l’acclimatation de diverses cultures. Au menu cette fois, le safran, le chou kale et la fameuse vanille de l’île de la Réunion.Trois maraîchers sont immédiatement séduits par l’idée de pouvoir cultiver cette liane tropicale dans leurs serres à tomates vieillissantes. Comme “il faut quatre ans avant d’obtenir les premières gousses commercialisables”, ils décident de se lancer dans l’aventure par leurs propres moyens, sans attendre le résultat des premiers essais de la station expérimentale de Pleumeur-Gautier (Côtes-d’Armor), explique l’un d’eux, Pierre Guyomar.Les premiers plants viables de Vanilla planifolia arrivent de la Réunion l’année suivante. “Pendant trois ans, il a fallu bouturer et rebouturer pour développer de belles touffes” de cette plante de la famille des orchidées, fragile et qui déteste les excès de température ou de lumière, souligne Pierre Guyomar.Les maraîchers bretons procèdent empiriquement, en s’appuyant sur leur expertise de la production de légumes sous serres.Pour acclimater la liane, qui pousse presque sans effort dans les sous-bois de l’océan Indien, ils ont aussi bénéficié du micro-climat exceptionnellement tempéré de cette bande côtière, qui ne connaît “ni gel ni canicule”, relève Florian Josselin.- Échanges de bons procédés -Une fois les lianes bien développées, les maraîchers n’avaient plus qu’à déclencher la floraison en abaissant la température de la serre de quelques degrés et en taillant pour générer un stress. Comme à la Réunion ou Madagascar, il leur faut ensuite polliniser chaque fleur à la main, une par une à l’aide d’un cure-dents. Une opération baptisée “mariage”, indispensable pour que se développent les gousses de vanille, fruit de la plante.Difficulté supplémentaire, les “marieurs” doivent être mobilisés sept jours sur sept pendant la période de floraison car la fleur de vanillier n’est ouverte que le matin et sera tombée dès le lendemain si elle n’a pas été pollinisée.Les gousses qui se formeront doivent rester au minimum neuf mois sur la liane pour que leur concentration en vanilline, la molécule qui donne à la vanille son arôme unique, soit parfaite.Atout des maraîchers bretons sur leurs collègues d’outre-mer: dans leurs serres bien tempérées, ils n’ont à craindre ni champignon ni insecte ravageur ni vol. “On va donc pouvoir cueillir les gousses à un stade de maturité optimal”, gage de qualité, lance M. Guyomar.Les gousses vertes une fois récoltées, reste à les transformer en vanille commercialisable. Un processus délicat d’ébouillantement, de séchage et d’affinage pour lequel les producteurs bretons ont bénéficié des conseils de collègues de la Réunion.En retour, les maraîchers aident depuis 2022 des vanilliculteurs réunionnais, confrontés à une chute drastique de la production en raison du changement climatique, à installer des serres et des ombrières permettant de mieux réguler les conditions de chaleur et d’humidité.”C’est du gagnant-gagnant”, se réjouit M. Guyomar.Les premières gousses costarmoricaines ont été commercialisées fin 2024 et les maraîchers espèrent que leur vanille, censée produire pendant sept ans, s’avèrera rentable.”Mais il y a encore énormément de choses à apprendre”, estime Pierre Guyomar.”Moi j’ai trop fécondé il y a deux ans, j’ai perdu la moitié de ma culture”, témoigne son collègue Hervé Gorieu, maraîcher à Paimpol. “Pour la relancer, je n’ai fait aucune floraison cette année afin qu’elle se renforce”, explique-t-il.D’où l’importance des essais en cours à la station de Pleumeur-Gautier pour déterminer le nombre optimal de fleurs à féconder sur un plant, souligne Florian Josselin.Des expérimentations similaires ont déjà permis à cinq producteurs bretons de commercialiser des agrumes (citron caviar, yuzu, kumquat) et “on travaille sur le fruit de la passion, une autre liane qui s’adapte très bien dans les vieilles serres également, sans chauffage”, ajoute l’expert.

Gastronomie: les affûteurs de couteaux, des artisans aussi rares qu’indispensables

Ils entretiennent, aiguisent et sont capables de redonner vie aux lames les plus émoussées: de plus en plus rares, les affûteurs-rémouleurs n’en restent pas moins indispensables dans le quotidien des cuisiniers. “Un couteau qui coupe, c’est un couteau avec lequel, paradoxalement, on a moins de risques de se blesser. Parce que, quand on n’est pas sûr de son couteau, on force un peu, et c’est là qu’on a des soucis”, explique à l’AFP le chef Jérôme Banctel, à la tête du restaurant trois étoiles Le Gabriel, à Paris.”Les cuisiniers recherchent des artisans compétents pour bien entretenir leurs couteaux, parce qu’un couteau, ça a un certain prix. Et surtout, ils aiment leurs couteaux”, souligne par ailleurs l’affûteur parisien Flavien Walterscheid, qui travaille régulièrement pour le chef étoilé. Pas question donc de confier ses outils à n’importe qui. Dans la capitale, la question est rapidement réglée: ces artisans se comptent sur les doigts de la main et possèdent chacun leur méthode, que ce soit sur le fond ou sur la forme, parfois très loin de l’image du rémouleur qui arpentait les villages avec sa camionnette.- “Oiseau de nuit” -Initialement dans le bâtiment, Flavien Walterscheid s’est reconverti il y a cinq ans. Autodidacte, il a créé un concept sans doute “unique au monde”: un bar à couteaux. Il s’agit d’un bar à vin situé dans le 3e arrondissement qui lui sert aussi d’atelier.S’il travaille essentiellement sur du “backstand” (ponceuse à bandes), le trentenaire est spécialiste de l’affûtage sur pierre japonaise, qu’il réserve aux “lames d’exception”. “L’emploi de la pierre, ça respecte vraiment le produit en lui-même”, estime-t-il.De son côté, Élian Delétrain travaille sur une meule à bandes abrasives dans son atelier, une cave située dans le 14e arrondissement, où ses clients lui apportent couteaux, ciseaux de couture, sécateurs et même parfois sabres et katanas.L’homme de 27 ans, qui se décrit comme un “oiseau de nuit”, propose également d’aller chercher les couteaux tard le soir après le service et de les ramener comme neuf le lendemain au petit matin. Au volant de son atelier-mobile, une camionnette aménagée, Michel (qui n’a pas souhaité donner son nom) sillonne quant à lui Paris et l’ouest parisien sous le nom de “Titi Rémouleur”. Béret vissé sur la tête, cet ancien ingénieur de 59 ans se rend chez ses clients, des restaurateurs, bouchers, maisons de couture mais aussi quelques ministères, comme Matignon. Il se sert d’une meule à eau. “Ce n’est plus tellement utilisé maintenant, parce que ça prend énormément de temps. Mais ça permet un travail très net et plus durable”, affirme-t-il. – Seconde vie -Des profils très variés, qui ont tous la passion du métier. Michel s’est récemment reconverti “pour pouvoir travailler de ses mains” et il ne regrette rien. “Quand j’étais au bureau, je comptais les années avant de m’arrêter. Maintenant, ce n’est même plus dans ma tête”, assure-t-il. “Ce n’est pas un métier qu’on fait pour l’argent. Moi, j’aime trop les couteaux”, explique de son côté Élian Delétrain. “Même quand j’en ai 50 à faire, je mets mes écouteurs et je suis dans un autre monde”, poursuit-il. “Quand tu sais décrocher le regard de ce que tu fais, il y a un côté qui est très méditatif”, abonde Flavien Walterscheid. Ce dernier souligne également la satisfaction de pouvoir donner une seconde vie à ces outils si précieux, dont certains valent des centaines d’euros. “Il y a des gens qui jettent leurs couteaux en pensant qu’ils ne sont plus bons”, regrette-t-il.Mais tout est possible, assure l’affûteur, en prenant l’exemple d’un couteau abîmé après avoir perdu la bataille contre un homard. Affûté, “on n’aura plus un éminceur, on aura un trancheur, mais on aura un truc qui sera toujours là”.”Ça ne sert à rien de jeter. Après, il faut juste les confier à des gens qui savent le faire”, conclut-il.

A Bétharram, le soutien aux victimes mais aussi à l’institution

Ils soutiennent “ce que vivent les victimes et leurs souffrances”, mais ont une “totale confiance” dans l’équipe pédagogique actuelle: des dizaines de parents d’élèves sont venus prendre des renseignements ou inscrire leurs enfants vendredi soir aux journées portes ouvertes du collège de Bétharram.”Bien entendu qu’on soutient tout à fait ce que vivent les victimes et leurs souffrances. On compatit bien entendu”, déclare Emmanuelle, mère de deux enfants scolarisés dans l’institution catholique béarnaise de Lestelle-Bétharram, au coeur d’une tempête depuis le dépôt de plus de 150 plaintes pour violences physiques et sexuelles subies par d’anciens élèves. “Cependant, ma dernière elle va y aller, elle va rentrer en 6e. Et j’ai une confiance les yeux fermés en Monsieur Clercq, le proviseur”, a-t-elle ajouté, soulignant que sa fille aînée a “été épanouie” en 4e et 3e. “Elle s’est fait des nouveaux copains, elle a eu des activités et c’est ce qui lui a convenu en termes d’enseignement”.”Ce n’était pas sévère comme autrefois. On connaissait tous la réputation qu’avait Lestelle(-Bétharram) autrefois. On l’entendait quand on était d’ici, mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti”, a-t-elle poursuivi.Les gifles, le supplice du “perron”, obligeant les adolescents jugés agités à rester en sous-vêtements une à deux heures dehors en plein hiver sur le perron bordant le gave de Pau, font partie des sévices dénoncés entre 1957 et 2004, selon le procureur de Pau, Rodolphe Jarry.Un ancien prêtre et deux anciens surveillants du collège-lycée, fondé en 1837 à Lestelle-Bétharram et rebaptisé “Le Beau Rameau” en 2009, ont été placés en garde à vue le mois dernier. Le plus jeune des laïcs a été mis en examen et écroué pour des agressions sexuelles et viols commis de 1991 à 2004. – “Aucune remontée récente” -L’institution, qui accueille au total 500 élèves, en tenant compte de l’école et du lycée située à Igon, une commune voisine, n’a toutefois fait l’objet “d’aucune remontée récente”, a déclaré la semaine dernière la rectrice de l’Académie de Bordeaux, Anne Bisagni-Faure, au premier jour d’une inspection académique portant sur son “fonctionnement actuel” et le respect de son contrat avec l’Etat.Le lendemain de l’arrivée des inspecteurs académiques, l’établissement a aussi reçu la visite des rapporteurs d’une commission d’enquête parlementaire, créée le mois dernier à la suite de ce scandale. Bétharram “est médiatisé pour le moment, peut-être que demain ça sera un autre,” relativise Yvan, père d’un fils scolarisé et qui se renseigne pour sa fille. “Il y en a tellement qu’on ne sait même plus, sinon il faudrait qu’on fasse l’école à la maison”.Sylvain assure, lui, n’avoir eu “aucun problème avec l’enfant qui est scolarisé”. “On a une totale confiance dans l’équipe pédagogique”, ajoute-t-il.Côté élèves, “ça nous a atteints”, reconnaît Leïla, en 4e, “mais on a été accompagnés au mieux qu’on pouvait”, avec notamment la mise en place de cellules d’écoute psychologique. “On était plutôt bien dans notre établissement, malgré les caméras qui sont venues”.”On se rendait compte de rien, ça ne se remarquait pas, le collège était super”, déclare à ses côtés Daniel, élève de 3e.Le surveillant mis en examen et écroué le mois dernier était encore en poste en février 2024, mais tous deux assurent n’avoir jamais été en contact avec lui, car il travaillait surtout avec les internes.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Alternative au bois, une start-up tunisienne transforme les grignons d’olives en énergie

Au milieu des oliviers, dans l’atelier de l’ingénieur tunisien Yassine Khelifi, le moteur d’une machine vrombit pour transformer des grignons d’olives en briquettes de chauffage, alternative au bois et source énergétique vitale dans un pays fortement dépendant de ses importations de gaz et pétrole.”Nous extrayons de l’énergie et gagnons de l’argent à partir de déchets organiques mis au rebut”, explique à l’AFP Yassine Khelifi, 36 ans, fondateur de la start-up Bioheat, créée en 2022 dans le village de Sanhaja, près de Manouba (nord-ouest).Montrant des restes de “fitoura”, une pâte compressée de grignons d’olives (peaux, résidus de pulpe, fragments de noyaux), il est fier de “transformer une chose sans valeur en une source de richesse”.Ce matin-là, des ouvriers apportent les grignons par camions, ils sont insérés dans un moule qui fabrique des briquettes cylindriques, mises à sécher pendant 30 jours, au soleil et dans des serres, avant leur emballage pour livraison aux clients.La “fitoura” est utilisée depuis la nuit des temps en Tunisie pour allumer des feux (hammams et boulangeries), dans la cuisine (comme complément alimentaire) ou nourrir les animaux. Mais ces déchets du pressage des olives finissent en majorité dans la nature, polluant les sols.La Tunisie, qui figure parmi les cinq premiers producteurs mondiaux d’huile d’olive avec 340.000 tonnes pour la saison 2024/2025 en cours, génère près du double de déchets “fitoura” (600.000 tonnes cette année).Dans sa campagne natale, Yassine Khelifi a toujours vu les ouvriers du pressoir voisin utiliser la “fitoura”: “je me demandais comment ce matériau pouvait brûler si longtemps sans s’éteindre”.Cela lui donnera l’idée, des années plus tard, de “le transformer en énergie” afin de “réduire l’utilisation de bois de chauffage dans un pays victime de la déforestation et du changement climatique”.Cet ingénieur, analyste d’images satellitaires, s’est mis à son compte en 2015 pour vendre des poêles mais a constaté une pénurie de bois. Dès 2018, il a cherché en Tunisie et en Europe une machine capable de transformer les grignons en briquettes. En vain.Il a décidé de la construire lui-même, testant pendant quatre ans “tous types de moteurs et de pièces détachées”.Jusqu’à l’élaboration d’une briquette avec un taux d’humidité résiduel de 8%, soit environ la moitié de celui du bois de chauffage et “produisant des émissions de CO2 bien inférieures”.Bioheat, qui emploie aujourd’hui une dizaine de salariés, a trouvé des débouchés en Tunisie: des restaurateurs, des hôteliers et certaines écoles mal chauffées des régions déshéritées du nord-ouest, aux températures rigoureuses l’hiver.- “A encourager” -Mais la majorité (60%) de sa production (600 tonnes cette année) est désormais exporté vers la France et le Canada.Selim Sahli, 40 ans, propriétaire d’une maison d’hôtes près de Nabeul (est), est ravi d’avoir basculé du bois aux briquettes cet hiver: “c’est une énergie propre et facile à utiliser et d’un point de vue financier, j’ai réduit mes coûts de chauffage d’un tiers”.Ahmed Harrar, propriétaire d’une pizzeria en banlieue de Tunis, vante d’autres avantages: les briquettes peu humides produisent moins de fumée que le bois, au grand soulagement de ses voisins, et “la +fitoura+ donne à la pizza une saveur particulière”.Selon Noureddine Nasr, ancien expert de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en développement agricole et rural, une meilleure valorisation des grignons “aide à sauvegarder l’environnement, créer de l’emploi et de la richesse”. Ce type de projets sont “à encourager”, dit-il, car cette invention “contribue à réduire les achats énergétiques d’un pays fortement déficitaire”.La Tunisie dépend pour plus de 60% de ses besoins des importations de carburant et de gaz, selon des statistiques officielles. Et les approvisionnements en énergie pèsent sur le budget du pays, endetté à environ 80% de son PIB.Dans la création de sa start-up, Yassine Khelifi a dû affronter “un parcours semé d’embuches”: il a notamment rencontré des difficultés à réunir des fonds, à cause “des taux bancaires élevés”, préférant solliciter son entourage.Mais ses ambitions restent intactes. Il rêve de “devenir un acteur clé de la transition vers les énergies propres en Tunisie et pourquoi pas, à l’échelle mondiale”.