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L’Eglise fait le point sur sa lutte contre les violences sexuelles

Trois ans et demi après le séisme du rapport Sauvé sur les violences sexuelles dans l’Eglise catholique, la Conférence des évêques de France (CEF) a donné lundi à Lourdes le coup d’envoi d’ un “point d’étape” de deux jours sur la lutte contre ce fléau.En parallèle, le sanctuaire de Lourdes a commencé lundi martin à masquer certaines mosaïques du prêtre slovène Marko Rupnik, accusé d’agressions sexuelles: un “nouveau pas symbolique”, après la décision en juillet de ne plus éclairer les mosaïques la nuit, pour que “l’entrée dans la basilique soit facilitée pour toutes les personnes qui aujourd’hui ne peuvent pas en franchir le seuil”, a expliqué l’évêque de Tarbes-Lourdes, Jean-Marc Micas.Le colloque, rassemblant plus de 300 participants, est organisé en amont de l’assemblée plénière de la CEF, qui élira mercredi un nouveau président.”Notre intention, pendant ce jour et demi, est de mesurer le chemin parcouru, de tracer des perspectives pour la suite”, a affirmé le président de la CEF, Eric de Moulins-Beaufort, dans son discours d’ouverture.Il a remercié les nombreuses victimes présentes: “leur décision de nous parler leur a parfois valu du mépris. Ils et elles nous ont puissamment aidés”.Parmi ces victimes, Nathalie, 69 ans, victime à 14 ans d’un prêtre parisien, s’est dite “un peu étonnée que le terme viol soit très peu utilisé: agression sexuelle pour moi c’est un peu trop policé”.”Les victimes attendent des choses très concrètes”, a ajouté Christian Guéritauld, du collectif Les Voix libérées, après la pose ce mois-ci dans la basilique de Tours d’une plaque en hommage au chef de choeur qui les a agressés.Regis Dubourg, qui a lui joué un rôle de coordinateur, explique être “venu pour vérifier que dans l’institution-Eglise personne ne dise qu’il faut tourner la page”. “Comment cartographier les risques à venir?”, s’est-t-il interrogé.- “Discours de vérité” -Egalement présent, le recteur de la Grande mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz a jugé “important que nous puissions regarder ensemble ce type de réalités”.Hasard de la géographie: le colloque se tient à une vingtaine de kilomètres de l’établissement d’enseignement catholique Notre-Dame-de-Bétharram, au centre de multiples révélations de violences sexuelles.Mgr de Moulins-Beaufort a indiqué avoir rencontré dimanche, “dans la conscience du travail à faire”, Alain Esquerre et Pascal Gélie, du collectif des personnes victimes à Bétharram.L’occasion selon Pascal Gélie, présent au colloque, d’un “discours de vérité”. Il a aussi invité la future direction de la CEF, qui prendra ses fonctions en juillet, à “ne pas tourner la page”.Ce “point d’étape” est organisé trois ans et demi après la publication du rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique) qui a estimé à 330.000 le nombre de mineurs victimes depuis les années 1950. Dans le sillage de ces révélations, l’Eglise avait reconnu sa responsabilité institutionnelle et créé deux instances de reconnaissance pour les victimes ainsi que neuf groupes de travail, qui avaient émis des recommandations en mars 2023.Où en est-on de leur mise en oeuvre? Un rapport présenté au colloque salue “une réelle volonté de changement” même si “c’est forcément un long processus” car “il s’agit d’entrer dans un changement profond de culture”.Parmi les mesures recensées: un cours en ligne sur le “risque d’instrumentalisation de la parole de Dieu”, une “charte de bientraitance pour la protection des mineurs”, un outil d’auto-diagnostic pour les communautés accueillant des mineurs, des procédures d’accueil et de formation des futurs prêtres…”Le chemin est ouvert, mais il est loin d’être achevé”, a affirmé Mgr de Moulins-Beaufort.Mardi matin une table ronde réunira le président de la Ciase Jean-Marc Sauvé, et ceux des deux commissions de réparation décidées en 2021: Marie Derain de Vaucresson pour l’Inirr (Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation) et Antoine Garapon pour la CRR (Commission reconnaissance et réparation).En parallèle du colloque, l’association Mouv’Enfants de victimes de violences sexuelles compte organiser lundi dans un hôtel de Lourdes un “faux procès de l’Eglise et de l’Etat pour crime contre l’humanité”.

Le cinéaste Yves Boisset est mort à 86 ans

Le cinéaste Yves Boisset, qui a marqué les années 1970 avec des films engagés et politiques comme “Dupont Lajoie” sur le racisme ordinaire, est mort lundi à l’âge de 86 ans, a annoncé sa famille à l’AFP.En 1975, sort son film le plus célèbre, “Dupont Lajoie”, à partir de meurtres racistes à Marseille commis quelques années plus tôt. Jean Carmet crève l’écran. Bagarres et intimidations de l’extrême droite ont lieu lors du tournage et de la sortie en salles. Yves Boisset était soigné depuis plusieurs jours à l’hôpital franco-britannique de Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine, où il s’est éteint.En 1972, c’est “L’Attentat”, avec Jean-Louis Trintignant, inspiré par l’assassinat en France de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka. Le film s’en prend au pouvoir gaulliste. L’équipe est interdite de tournage sur plusieurs lieux.Un an plus tard, sort “R.A.S” (pour “Rien à signaler”). Il est l’un des premiers cinéastes à s’emparer de la guerre d’Algérie. Une histoire d’insoumission dont le leader d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, et ses amis disent tout le mal qu’ils pensent. La censure exige que les scènes de torture soient écourtées.Scénariste de ses films, il réalise aussi “Espion, lève-toi” (Lino Ventura), “Canicule” (Lee Marvin) ou “Bleu comme l’enfer” (Lambert Wilson). Un de ses autres principaux succès a été “Un taxi mauve” (Philippe Noiret et Charlotte Rampling).Fatigué qu’on lui mette en permanence des bâtons dans les roues, il avait arrêté le cinéma en 1991 au profit de la télévision. Il avait notamment signé en 1993 “L’Affaire Seznec”, en 1995 “L’Affaire Dreyfus” et en 1997 “Le Pantalon”, sur les fusillés pour l’exemple de la guerre 14-18.  “Yves Boisset a été critique puis réalisateur engagé. Il a réussi de beaux portraits de créatures pas banales, pris position ds des combats nécessaires et laisse une œuvre solide, engageante et d’un naturel convaincant. Ce n’est pas rien. Quelqu’un de simple. Simplement quelqu’un”, a salué l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob sur les réseaux sociaux.Côté politique, Younous Omarjee, vice-président LFI du Parlement européen, a raconté qu’il avait travaillé avec le cinéaste à un scénario sur l’avocat Jacques Vergès et la lutte des planteurs de canne à La Réunion, projet qui n’a finalement pas vu le jour. L’élu a fait part de sa “tristesse à l’annonce de la disparition (d’un) réalisateur engagé qui incarnait un cinéma social trop peu soutenu”.

Procès du RN: inéligibilité immédiate pour Marine Le Pen

Marine Le Pen est inéligible, à effet immédiat, compromettant sa candidature en 2027. Le tribunal de Paris n’a pas encore annoncé la peine ordonnée à son encontre au procès des assistants parlementaires européens, mais a déjà annoncé une inéligibilité avec exécution immédiate, provoquant le départ de la salle d’audience de la cheffe de file de l’extrême droite.”Le tribunal a pris en considération, outre le risque de récidive, le trouble majeur à l’ordre public, en l’espèce le fait que soit candidate à l’élection présidentielle une personne déjà condamnée en première instance”, a déclaré la présidente Bénédicte de Perthuis.Cette annonce – avant le détail des peines – a laissé la salle sans voix. Après un moment de flottement, et alors que la présidente commençait à appeler les prévenus un à un, Marine Le Pen a échangé quelques mots avec son avocat, puis s’est levée et quitté la salle d’audience.Elle a ensuite traversé le tribunal sans un mot, puis est montée dans une voiture qui l’attendait, suivie d’une nuée de caméras. Elle s’est rendue aussitôt au siège parisien du RN.- Le Kremlin condamne -Quelques minutes à peine après l’énoncé du jugement, le Kremlin a déploré une “violation des normes démocratiques”.Le prononcé d’une peine d’inéligibilité “apparaît nécessaire”, a justifié la présidente, soulignant la “gravité des faits”. Elle a mis en avant “leur nature systématique, de leur durée, du montant des fonds détournés” mais aussi de “la qualité d’élu” des personnes condamnées, et de l’atteinte portée à la confiance publique et aux règles du jeu démocratique”.Au terme de près de deux heures de lecture d’un jugement, le tribunal a considéré qu’un “système”, “centralisé, optimisé” avait bien été mis en place pour permettre au Rassemblement national (ex-Front national) de faire “des économies” en payant, entre 2004-2016, des assistants parlementaires “fictifs” qui travaillaient en réalité pour le parti.Evoquant une “double tromperie”, à l’égard du Parlement européen et des électeurs, la présidente a souligné que le “système” mis en place équivalait à un “contournement des règles des partis politiques et du fonctionnement démocratique”.Au début de l’audience et devant Marine Le Pen, assise en veste bleue au premier rang, aux côtés notamment du vice-président du parti Louis Aliot, le tribunal a rapidement annoncé que les neuf eurodéputés poursuivis étaient coupables de détournement de fonds publics, et les douze assistants coupables de recel. “Il a été établi que toutes ces personnes travaillaient en réalité pour le parti, que leur député ne leur avait confié aucune tâche”, qu’ils “passaient d’un député à l’autre”, a-t-elle détaillé.”Il ne s’agissait pas de mutualiser le travail des assistants mais plutôt de mutualiser les enveloppes des députés” pour faire faire “des économies” au parti en étant “directement financé par le Parlement européen”, a-t-elle poursuivi, sous les protestations à voix basse de Marine Le Pen.- “Au coeur du système” -Cette dernière était “au coeur de ce système”, encore plus quand elle a pris la suite de Jean-Marie Le Pen à la tête du parti à partir de 2011. “Elle s’est inscrite avec autorité et détermination dans le fonctionnement instauré par son père” dès 2004, a estimé le tribunal. “Que les choses soient claires”, avait commencé la présidente, “Personne n’est jugé pour avoir fait de la politique, c’est pas le sujet. La question, c’était de savoir si les contrats ont reçu une exécution ou pas”.Il n’y a pas eu d'”enrichissement personnel” mais “il y a bien un enrichissement du parti”, martèle la présidente, notant aussi que les salaires octroyés aux assistants parlementaires était plus “confortables” que ce que le parti aurait pu se permettre.Au terme de deux mois de procès (30 septembre-27 novembre) et à la surprise générale, l’accusation avait requis à l’encontre de la cheffe de file de l’extrême droite une peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (s’appliquant immédiatement, même en cas d’appel) en plus de cinq ans de prison dont deux ferme (une peine aménageable), ainsi que 300.000 euros d’amende.Si elle fait appel, vu les délais habituels de la justice, on peut imaginer que son second procès se tienne dans au moins un an, soit une décision pas avant l’automne 2026, quelques mois avant la présidentielle.Mais si elle est déjà officiellement inéligible durant cette période, cela risque de perturber sa marche vers l’élection : “ça fait une préparation à la présidentielle particulière, quand même”, reconnaissait un membre de sa garde rapprochée la semaine dernière, parlant d'”épée de Damoclès”. “Lundi, c’est un monde qui peut s’effondrer”.Selon un sondage Ifop pour le JDD publié ce week-end, si une élection présidentielle se tenait aujourd’hui, la cheffe de file du Rassemblement national arriverait largement en tête au premier tour, avec entre 34% et 37% des intentions de vote en fonction des candidats face à elle.

Apple lourdement condamné en France pour son dispositif de ciblage publicitaire

Apple a été condamné lundi par l’Autorité de la concurrence française à une amende de 150 millions d’euros pour abus de position dominante dans le cadre du ciblage publicitaire sur ses appareils, alors que des enquêtes similaires visent l’entreprise dans d’autres pays européens.Le géant américain se voit sanctionné pour l’utilisation de son dispositif ATT (“App Tracking Transparency”), présenté comme une protection supplémentaire des données privées des utilisateurs. Les “modalités de mise en œuvre (de ce dispositif) ne sont ni nécessaires, ni proportionnées à l’objectif affiché par Apple de protection des données”, ce qui pénalise les éditeurs tiers, a souligné l’instance lundi lors d’une conférence de presse.”Bien que nous soyons déçus par la décision d’aujourd’hui, l’Autorité de la concurrence française n’a pas exigé de changements spécifiques à l’App Tracking Transparency (ATT), a réagi Apple dans un communiqué.L’antitrust français a indiqué qu’il était du ressort de l’entreprise américaine de se mettre en conformité.Ce montant de 150 millions d’euros “nous a paru approprié” et “raisonnable”, a expliqué Benoît Coeuré, le président du gendarme français de la concurrence, qui représente selon lui “une somme assez modeste quand on prend en compte le chiffre d’affaires d’Apple”, qui avoisine les 400 milliards de dollars en 2024.Apple devra également publier un résumé de la décision sur son site internet pendant sept jours.- Petits éditeurs pénalisés -Pour justifier sa décision, l’Autorité de la concurrence relève que ce dispositif “engendre une multiplication des fenêtres de recueil de consentement compliquant excessivement le parcours des utilisateurs d’applications tierces” sur les Iphone et les Ipad.De plus, le fait pour l’utilisateur de devoir refuser deux fois, au lieu d’une, le traçage publicitaire sur les applications tierces “porte atteinte à la neutralité du dispositif, causant un préjudice économique certain aux éditeurs d’applications et aux fournisseurs de service publicitaire”.Le régulateur estime estime que le dispositif tel qu’il est mis en place par Apple “pénalise tout particulièrement les plus petits éditeurs” qui “dépendent en grande partie de la collecte de données tierces pour financer leur activité”.Introduit par le géant américain début 2021, le dispositif ATT donne lieu à l’ouverture d’une fenêtre de consentement à l’ouverture de chaque application.Si un utilisateur clique sur “non”, l’application perd l’accès à l’identifiant publicitaire de cette personne, un numéro unique qui permet de le pister en ligne.Ce dispositif était soupçonné de favoriser les propres services d’Apple au détriment des applications tierces.- “Victoire importante” -“Cette décision marque une victoire importante pour les 9.000 entreprises de l’écosystème des médias et de la publicité en ligne”, se sont félicités plusieurs acteurs du secteur dont Alliance Digitale, le Syndicat des régies internet et l’Union des entreprises de conseil et d’achat media, dans un communiqué commun.Ils avait saisi le gendarme français de la concurrence en 2020 pour dénoncer une entrave à leur capacité de ciblage, qui avait d’abord rejeté en 2021 une demande de mesures conservatoires mais avait poursuivi l’instruction au fond.Cette décision devrait être observée en Allemagne, où Apple est dans le collimateur depuis juin 2022.Le firme américaine y a subi mi-mars un revers juridique après que la justice a confirmé son placement sous surveillance renforcée, laissant le groupe sous la menace de mesures visant à encadrer son activité.Les autorités de la concurrence italienne, roumaine et polonaise ont aussi lancé des enquêtes similaires.De son côté, l’Union européenne a réaffirmé en février qu’elle défendrait fermement ses législations sur les services numériques ciblant les géants américains de la tech.Et ce, même en cas de mesures de rétorsion de la part de Washington: le président Trump a indiqué qu’il envisagerait des droits de douane en réponse aux “taxes, amendes et contraintes réglementaires sur les services numériques” qui s’appliqueraient à des entreprises américaines dans l’UE, et notamment les géants de la “tech”.

“Je ne peux pas produire à ce prix-là”: le plus gros maraîcher du Grand Est cesse sa production

C’était le plus grand maraîcher du Grand Est : à Balgau (Haut-Rhin), Claude Keller, patron de l’entreprise ID3A, a décidé de mettre fin à son activité, essoré par l’impossibilité de vendre au juste prix ses légumes à la grande distribution.En 2024, sur 220 hectares de terres cultivées, l’entreprise a produit plus de quatre millions de salades, 1,5 million de bottes de radis, 320.000 choux blancs, 800 tonnes de navets, et encore des centaines de tonnes de persil et de céleri à destination des supermarchés français.Toutefois, dans les frigos grands comme des hangars et sur les champs qui s’étendent à perte de vue, pas un légume ne subsiste aujourd’hui. Au bord des parcelles, des montagnes de palettes et de cageots vides témoignent d’une époque désormais révolue.Les machines sont rachetées par des producteurs étrangers, les terres légumières vont être reconverties en grandes cultures (blé, orge, maïs) pour l’alimentation animale. Les supermarchés, eux, iront se fournir ailleurs.”On est en semaine 13 sur le calendrier. Normalement on aurait dû planter 50.000 batavias, 10.000 laitues, 25.000 feuilles de chêne blondes, et trois hectares de radis”, explique le chef d’entreprise en montrant les plannings de production de l’année précédente, restés accrochés sur de grands tableaux.Au lieu de ça, la PME a mis en place un plan de cessation d’activité, et licencie son personnel. Elle employait une douzaine de permanents et jusqu’à 70 saisonniers, soit 49 équivalents temps plein.- “Cadeau empoisonné” -La décision de mettre fin à cette activité entamée il y a 35 ans n’a pas été facile à prendre. “C’est des semaines et des mois où vous ne dormez pas la nuit”, témoigne l’agriculteur de 59 ans, qui a monté la société avec son père et y a fait toute sa carrière.”J’ai un fils qui nous a rejoint il y a un an, et je ne me voyais pas lui transmettre une entreprise comme ça. C’était un cadeau empoisonné”.A l’origine de ses difficultés, l’impossibilité de faire accepter à ses clients, les centrales d’achat des grandes surfaces, des hausses de prix pour répercuter “l’explosion des charges”, principalement l’augmentation du coût de l’énergie, des produits phytosanitaires et du transport.”Il y a un problème dans la filière”, analyse-t-il. “Personne n’a la droit de vendre à perte, que ce soit le grossiste, le distributeur, le magasin, ça paraît logique. Il n’y a qu’un seul maillon où on tolère la vente à perte, c’est nous, les producteurs, parce qu’on ne se base jamais sur le prix de revient, on ne parle que du prix du marché.”Ainsi en 2024, il a été contraint de vendre pendant des semaines ses salades à 50 centimes l’unité, quand elles lui coûtent 75 centimes à produire. “On a des produits frais, fragiles, on ne peut pas les stocker. C’est à vendre tout de suite ou alors c’est foutu. Ils jouent sur ce rapport de force, et nous on n’a pas le choix”.Il pointe la responsabilité des enseignes de la grande distribution et souligne le décalage entre le discours volontariste des grands patrons médiatiques et le comportement des directeurs de magasins, “qui mettent la pression”.- Concurrence des petits -Mais il n’élude pas non plus les limites du monde agricole. “Nous ne sommes que des petites PME, nous ne sommes pas organisés”, déplore-t-il, regrettant que l’interprofession n’ait “jamais réussi à mettre en place un bureau d’achat pour peser plus lourd dans les négociations”.Au final, il subit “la concurrence de petits producteurs, qui ne connaissent pas leurs prix de revient”, acceptent de baisser les prix et vendent à perte sans le savoir. “Tant que le prix de revient ne sera pas à la base de l’élaboration du prix de vente, je ne vois pas de sortie à notre problème”.Les grandes réformes, dont les lois Egalim, visant à protéger la rémunération des agriculteurs face à la grande distribution, n’y ont rien changé. “On pensait que ça nous aiderait, mais ça n’a pas été le cas. C’est le consommateur qui décide s’il achète nos produits, c’est lui qui a le pouvoir”.Pour son fils Léo, 24 ans, qui s’apprête à prendre la relève, l’arrêt du maraîchage laissera une petite cicatrice: “ça m’a fait mal au début”, confie-t-il sous sa casquette verte. “Mais j’ai pris conscience que c’était la meilleure chose à faire”.

Jusqu’à huit ans de prison au procès de vastes arnaques “Carton rouge”

Le tribunal de Nancy a prononcé lundi des peines allant jusqu’à huit ans de prison à l’encontre de 20 personnes, et en a relaxé deux, dans l'”exceptionnelle” affaire dite “Carton rouge” de vastes escroqueries ayant fait plus d’un millier de victimes, dont plusieurs clubs de football, pour un préjudice total de 28 millions d’euros.L’homme dont l’enquête a établi qu’il était “le chef” de l’organisation de malfaiteurs, Mickaël Ibgui, en fuite et sous le coup d’un mandat d’arrêt, a été condamné à huit ans de prison, une peine conforme aux réquisitions du procureur Vincent Legaut.Dans ses réquisitions en novembre, le procureur avait réclamé une peine “suffisamment significative pour qu’elle soit prise en compte dans le calcul coût/avantages” pour les personnes qui réfléchiraient à se lancer dans des escroqueries depuis Israël, avec le soutien opérationnel de main d’oeuvre en France, comme c’est le cas de ce réseau.Les faits s’étaient déroulés entre 2016 et 2018: les victimes, des centaines de particuliers, avaient laissé leurs coordonnées sur des sites internet de vente de diamants ou de cryptomonnaies. Rapidement rappelées par des escrocs opérant depuis Marseille ou Israël, elles ont été arnaquées de sommes allant jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros.Seuls quatre hommes, sur les 22 prévenus étaient présents lundi matin – dont un en visioconférence – pour écouter le jugement.Youval Timsit, lui aussi sous le coup d’un mandat d’arrêt et avec une “large implication” dans l’organisation selon le procureur, a été condamné à sept ans de prison.Le “chef de bureau de Marseille”, où l’organisation créait notamment des sites internet servant de support aux escroqueries, Fabrice Houta, a écopé de cinq ans d’emprisonnement. Ce dernier était présent à l’annonce du délibéré. Fabrice Journo, dit Yoni, présenté comme “l’associé” de Mickaël Ibgui, a été condamné à la même peine.- “Signe fort” -Ils étaient poursuivis pour “association de malfaiteurs”, “escroqueries” et certains pour blanchiment.Deux personnes ont été relaxées, dont l’un, présent à l’énoncé du délibéré, a poussé un discret soupir de soulagement.Les autres prévenus, “informaticiens” ayant créé les sites internet servant de support aux escroqueries, ou “prête-noms” ayant permis l’ouverture de comptes bancaires où ont circulé les sommes flouées, ont été condamnés à des peines souvent assorties de sursis.Une majorité des personnes condamnées ont aussi écopé d’une interdiction d’exercer une profession commerciale ou industrielle, et de diriger une entreprise, pour 10 ans, 15 ans ou définitivement, selon les cas. Ils devront aussi indemniser les victimes.”Les condamnations sont rendues au niveau que l’on espérait, et c’est un signe fort pour (les malfaiteurs) qui continuent”, a réagi auprès de l’AFP Guy Grandgirard, président de l’association de défense des consommateurs ADC France. Celui-ci a de “grosses préoccupations” pour la situation actuelle, avec un nombre croissant d’escroqueries.L’enquête avait débuté en 2017 par les plaintes de clubs de foot professionnel (Sochaux, Angers et Toulouse) qui avaient versé aux escrocs entre 10.000 et 35.000 euros, dupés par des appels téléphoniques d’hommes se faisant passer pour agents d’un joueur.- Remboursement -Mais l’escroquerie a essentiellement visé des particuliers. Au total, 1.046 personnes se sont constituées parties civiles dans ce dossier, a précisé le président du tribunal, Stanislas Massonie.Trois d’entre elles, victimes d’une arnaque aux diamants, étaient présentes et ont entendu le président ordonner le remboursement, par les prévenus concernés par l’escroquerie, des sommes flouées et de 3.000 euros au titre du préjudice moral.”On n’est pas venus pour rien”, s’est félicité un couple venu du Jura et qui a requis l’anonymat.Pour la fédération France Victimes, qui a accompagné ces dernières tout au long de la procédure, il faut désormais déterminer la capacité des mis en cause “à indemniser les victimes” et “l’éligibilité de celles-ci aux fonds de garantie”.Au-delà de ce dossier extraordinaire par son nombre de parties civiles, il pourrait “y avoir un avant et un après le procès +Carton Rouge+”, selon la fédération: “Les solutions proposées aux victimes feront montre de la capacité à les accompagner face à un phénomène d’ampleur, en croissance constante”.La justice a saisi durant la procédure 2,8 millions d’euros, soit un dixième seulement du préjudice financier total.

Téléthon: près de 97 millions d’euros collectés, davantage qu’en 2023

Le Téléthon 2024 a permis de récolter près de 97 millions d’euros au profit de la recherche sur les maladies génétiques rares, selon le bilan définitif de ce marathon caritatif communiqué lundi.A l’issue de l’opération, parrainée par le chanteur Mika les 30 novembre et 1er décembre derniers, le compteur avait été arrêté sur près de 80 millions d’euros de promesses de dons. Mais le public avait encore la possibilité de donner ultérieurement, ce qui a permis d’arriver à la somme finale de 96.553.593 euros, contre 92,9 millions d’euros l’an dernier, a précisé l’AFM-Téléthon dans un communiqué.C’est en 2006 que le montant des promesses de dons a atteint son record, avec plus de 106 millions d’euros.”Ce Téléthon 2024 restera gravé dans nos mémoires car il a marqué un tournant dans nos victoires thérapeutiques, de plus en plus nombreuses y compris dans des maladies qui semblaient invincibles”, notamment dans la myopathie de Duchenne, a souligné Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’association AFM-Téléthon, citée dans le communiqué.Les fonds du Téléthon ciblent particulièrement les maladies rares, dont 95% restent sans traitement, voire sans diagnostic. Ils financent entre autres 40 essais cliniques, en cours ou en préparation, pour des maladies du sang, du foie, du muscle, de la vision, du système immunitaire.Au-delà des enjeux de recherche, le Téléthon reste un événement singulier: sa dernière édition s’est déclinée dans près de 15.000 communes et a rassemblé 10 millions de téléspectateurs au long des 30 heures d’antenne dédiées sur France Télévisions.Le Téléthon 2025 aura lieu les 5 et 6 décembre.

Procès du RN: Marine Le Pen fixée sur son sort et son avenir politique

Inéligible tout de suite, ou pas ? L’avenir politique immédiat de Marine Le Pen, et notamment sa participation à la présidentielle de 2027, est suspendu à la décision qui sera rendue lundi matin par le tribunal de Paris.Le tribunal commencera à rendre son jugement à 10H00 – la lecture devrait durer au moins deux heures. Marine Le Pen sera présente, selon son avocat Me Rodolphe Bosselut.Au terme de deux mois de procès (30 septembre-27 novembre) et à la surprise générale, l’accusation avait requis à l’encontre de la cheffe de file de l’extrême droite une peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (s’appliquant immédiatement, même en cas d’appel) en plus de cinq ans de prison dont deux ferme (une peine aménageable), ainsi que 300.000 euros d’amende.La peine d’inéligibilité était attendue car elle est obligatoire pour le détournement de fonds publics (le délit reproché à Marine Le Pen), mais l’exécution provisoire l’était beaucoup moins.- “Un monde peut s’effondrer” -“Je lis ici et là que nous serions fébriles. Personnellement, je ne le suis pas, mais je comprends qu’on puisse l’être : avec l’exécution provisoire, les juges ont un droit de vie ou de mort sur notre mouvement”, a commenté la cheffe de file du Rassemblement national dans La Tribune Dimanche.”Je ne crois pas qu’ils iront jusque là”, a-t-elle ajouté, dans une de ses rares expressions publiques sur cette échéance.Si elle est condamnée, vu les délais habituels de la justice, on peut imaginer que son second procès se tienne dans au moins un an, soit une décision pas avant l’automne 2026, quelques mois avant la présidentielle.Mais si elle est déjà officiellement inéligible durant cette période, cela risque de perturber sa marche vers l’élection : “ça fait une préparation à la présidentielle particulière, quand même”, reconnaissait un membre de sa garde rapprochée la semaine dernière, parlant d'”épée de Damoclès”. “Lundi, c’est un monde qui peut s’effondrer”.”Nos électeurs regarderont cela de près, dans tous les cas de figure, ça ne nous affaiblira pas et on sera au combat pour remporter les élections”, a quant à lui assuré le vice-président du RN Louis Aliot, qui risque également une condamnation dans ce dossier.Et si Marine Le Pen était empêchée de se présenter à la présidentielle, “il ne fait pas mystère qu’aujourd’hui Jordan Bardella serait le mieux placé évidemment” pour lui succéder, a ajouté M. Aliot lundi matin sur TF1. Si lui-même était frappé d’une peine d’inéligibilité avec exécution immédiate, il devrait démissionner de la mairie de Perpignan.Selon un sondage Ifop pour le JDD publié ce week-end, si une élection présidentielle se tenait aujourd’hui, la cheffe de file du Rassemblement national arriverait largement en tête au premier tour, avec entre 34% et 37% des intentions de vote en fonction des candidats face à elle.- “Jeu démocratique” -Le tribunal a bien en tête les enjeux inédits de sa décision. Notamment parce que Marine Le Pen a passé une grande partie de son procès à leur expliquer “la réalité” de la vie politique. En balayant en bloc les accusations de “système” mis en place pendant près de 15 ans dans son parti pour payer avec l’argent de l’Europe des assistants parlementaires “fictifs” qui auraient en vérité travaillé pour le RN (ex-Front national).Ses 24 coprévenus (plus le parti, contre qui une amende de 4,3 millions d’euros, dont 2 millions ferme a été requise) – neuf ex-eurodéputés frontistes et leurs 12 anciens assistants parlementaires – ont quasi unanimement suivi sa ligne, malgré un dossier parfois accablant. Si le tribunal décide qu’elle est coupable, jugera-t-il, comme l’accusation, les faits assez graves pour justifier de potentiellement “priver” les Français de candidate, comme leur avait dit Marine Le Pen lors de son dernier interrogatoire ?La justice ne peut pas être comptable des “ambitions” politiques de chacun, avaient justifié les procureurs dans leurs réquisitions, en demandant l’inéligibilité immédiate pour tous les prévenus.Selon eux, le “système” mis en place pour le parti en vue de “soulager les finances” est “inédit”. De par sa durée – 2004 à 2016 -, son ampleur – 4,5 millions de préjudice estimé -, et ce caractère “organisé” qui s’est “renforcé” quand Marine le Pen a pris la tête du parti en 2011 – et ne s’est arrêté qu’après un signalement du Parlement européen.Une “atteinte grave et durable aux règles du jeu démocratique”, a dit l’accusation.

En Ardèche, la communauté autogérée Longo Maï a pris racine

Dans une forêt de pins ardéchoise, le cheval Tonnerre, un puissant Trait du Nord, tracte des troncs fraîchement abattus qui assurent les revenus de la communauté Longo Maï de Treynas, l’une des rares du mouvement néo-rural des années 1970 à avoir survécu.Ici pas de hiérarchie, pas de salariat, pas de propriété individuelle : la communauté, au coeur d’un conflit avec des chasseurs qui sera jugé jeudi, a développé une véritable entreprise forestière sans renoncer à ses valeurs anticapitalistes.Outre la formation de stagiaires, sa trentaine de membres exploitent une grande parcelle de pins Douglas, ont leur propre scierie où ils découpent poutres et planches avant de les vendre. La communauté en vit correctement.”On est obligé de parler de chiffres parce que c’est le langage que les gens comprennent, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse”, dit Manuel Merlhiot, membre historique de Treynas. Leur activité sylvestre est à l’image leur engagement politique, avance-t-il: “faire d’autres propositions, viables, à l’encontre du système industriel”.Ses membres sont aussi épris de “liberté”, explique Charlie Baumann, 25 ans. Elevé dans une autre communauté, il est arrivé ici après une première expérience de salariat. “Ca ne me convient pas du tout. Obéir à quelqu’un…”- Cavale -La communauté de Treynas a été fondée dans le sillage du mouvement contestataire de Mai-1968 sur la commune isolée de Chanéac par Pierre Conty, le père de Manuel Merlhiot. En 1977, ce paysan anarchiste braque une banque et tue trois personnes dans sa cavale.La communauté condamne les actes de son fondateur – dont ni elle ni Manuel n’a plus jamais eu de nouvelles – et rejoint à la fin des années 1980 le réseau des coopératives Longo Maï, (“Que ça dure longtemps” en provençal), connues pour leur pacifisme.La communauté originelle, fondée dans les Alpes-de-Haute-Provence, connaît à ses débuts des rapports houleux avec l’Etat, notamment car elle accueille des réfugiés et déserteurs du monde entier.Les choses se normalisent avec le temps. Et quand d’autres communauté autogérées échouent, le réseau s’inscrit dans la durée grâce à “des succès que les communautés remportent chacune dans leur spécialité”, souligne Marc Ollivier, chercheur du CNRS à la retraite et observateur amical de Longo Maï.Il compte désormais une dizaine de communautés en France, Autriche, Suisse, Allemagne, Ukraine, soit environ 200 personnes, dont Treynas.Sur cette colline d’Ardèche, elles vivent dans des maisons de pierre et de bois, qui appartiennent à une fondation. Dans la cuisine, les repas sont préparés et pris en commun. En ce jour de pâtes bolognaise, la viande vient de la ferme, la salade du potager.  – Compte commun -“On n’est pas très différents des familles normales, mais plus nombreux”, sourit Sandra Belhache. “Il y a 36 manières de vivre la vie en collectif”, explique la quadragénaire. Ici, il est possible d’avoir des effets personnels mais “l’argent qu’on récolte par nos activités est sur un compte utilisé par tout le monde”. Tous se retrouvent pour des réunions, prendre les décisions par consensus, débattre de l’actualité.Pour Marc Ollivier, c’est l’autre facteur de la longévité de Longo Maï: ses “conditions de fonctionnement”, une démocratie directe et participative, “fascinent les jeunes”. Certains concèdent en souriant qu’il n’est pas toujours facile de s’y plier, mais tous acceptent l’issue des débats.”Il faut se côtoyer si on veut s’en sortir”, assure Emmanuelle, 61 ans dont 45 à Longo Maï, fière d’avoir créé “des lieux ouverts avec beaucoup de rencontres, d’échanges”.Malgré ces succès, les crimes du fondateur des lieux et le mode de vie alternatif de ses occupants suscitent encore des incompréhensions, qui ont éclaté publiquement en décembre 2023 quand Manuel Merlhiot a tué sept chiens de chasse entrés sur la propriété.Poursuivi en justice, il a expliqué avoir tiré pour les empêcher de dévorer les cochons de la ferme. Mais la diffusion de photos des bêtes abattues a suscité un “torrent de menaces et d’actes d’intimidation” contre la communauté qui a, à son tour, porté plainte. Chasseurs contre membres de la communauté: le parquet a décidé de juger les deux camps le même jour, et le procès se tiendra jeudi à Privas.