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Congrès du PS: les deux candidats à la conquête de Boris Vallaud

Arrivés en tête du premier tour du congrès du Parti socialiste, Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol, qui se tiennent dans un mouchoir de poche, se lancent à la conquête des voix du troisième homme, Boris Vallaud, devenu faiseur de roi. Selon des résultats provisoires, qui doivent être consolidés dans la journée par une commission de recollement, le premier secrétaire sortant Olivier Faure est arrivé légèrement en tête du premier tour avec autour de 42% des voix, devant le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol. Les deux hommes s’affronteront donc pour le second tour, prévu le 5 juin, et le patron des députés PS, Boris Vallaud, arrivé troisième, avec de 17 à 20% des voix, devient l’arbitre de ce duel, seuls ses voix permettant aux deux adversaires d’être majoritaires au sein des instances du parti.Le député des Landes, qui s’est placé en candidat de “la réconciliation” du parti, fracturé depuis le précédent congrès fratricide de Marseille en 2023, ne s’est pas encore exprimé sur ses intentions, mais il devait réunir ses troupes mercredi soir par visioconférence, a précisé son entourage.   Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol ont chacun aussitôt revendiqué leur proximité avec le député des Landes, qui soutenait M. Faure au précédent congrès.”Je vais chercher à rassembler l’ensemble des socialistes au-delà de leurs sensibilités et bien sûr, au premier rang desquels, Boris. Parce que depuis sept ans, nous avons tout entrepris ensemble et que nous partageons une même conception”, a fait valoir M. Faure auprès de l’AFP, exhortant M. Vallaud à le “rejoindre” pour “former une nouvelle direction”.Peu auparavant, Nicolas Mayer-Rossignol avait lancé un appel similaire sur RTL, espérant que le député des Landes intègre son “collectif de direction”, pour “forger une dream team”.Assurant être au coude-à-coude avec Olivier Faure, M. Mayer-Rossignol et deux membres de son équipes, la maire de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy et le député de l’Eure Philippe Brun, ont affirmé, lors d’une conférence de presse, que les militants avaient demandé “un changement d’orientation” du parti et que “la ligne d’opposition était désormais majoritaire”.Ils ont également réclamé un débat avec Olivier Faure, comme le souhaitait Boris Vallaud avant le premier tour, ce qu’avait refusé le premier secrétaire. “Je répondrai en temps voulu” à cette demande, a évacué mercredi M. Faure.- “Convergence” -“Nous appelons à une convergence avec Boris”, a insisté Philippe Brun, en pointant leurs points communs.Pour la présidentielle, principal enjeu de ce congrès, “Boris propose un candidat socialiste avant un élargissement” au reste de la gauche, “comme nous”, a fait valoir M. Brun.Nicolas Mayer-Rossignol défend “l’affirmation socialiste”, et prône la création d’un grand parti socialiste (un “GPS”) agrégeant “ceux qui sont au PS et ceux qui sont à l’extérieur”, comme Raphaël Glucksmann, Benoît Hamon ou Bernard Cazeneuve. De cette confédération émergera un candidat social-démocrate en vue de 2027, qui ira ensuite discuter avec les autres partenaires de gauche, à l’exception de LFI.Olivier Faure, à la tête du PS depuis 2018, défend lui l’union de la gauche non mélenchoniste pour la présidentielle de 2027, avec la mise en place d’une plateforme programmatique allant du leader de Place publique Raphaël Glucksmann à l’ex-député LFI François Ruffin, en vue d’une candidature commune.Boris Vallaud prône “un processus en deux temps”, qui passe par “l’affirmation des socialistes” – valeur cardinale des opposants d’Olivier Faure qui lui ont longtemps reproché d’être dépendant de LFI – et “un processus ouvert vis-à-vis de la gauche +de Glucksmann à Ruffin+”, la formule d’Olivier Faure. Philippe Brun a aussi souligné, que comme Nicolas Mayer-Rossignol, Boris Vallaud voulait remettre “le PS au travail”, et qu’il souhaitait une école de formation interne, à l’image de celle que M. Brun a lui-même créée.Dans le camp de Boris Vallaud, on soulignait avant le premier tour que le patron des députés ne se prononcerait peut-être pas pour un des deux candidats. Reste que ses soutiens sont pour la plupart d’ex partisans de Nicolas Mayer-Rossignol ou d’Olivier Faure, qui auront peut-être à coeur de revenir vers leur ligne d’origine.    “Beaucoup m’ont dit +à partir du 27 mai, je soutiens Olivier Faure+”, relatait ainsi récemment un proche du premier secrétaire, soulignant aussi que “tout ce que propose Boris, on va le reprendre”.

En soins palliatifs, une équipe mobile hospitalière au côté de patients et soignants

“Merci beaucoup de venir me voir”, souffle Rose, le regard vague. Le jour où l’Assemblée nationale légifère sur la fin de vie et la création d’un droit à “l’aide à mourir”, une équipe de soins palliatifs entoure l’octogénaire, épuisée par un cancer incurable, pour adoucir sa fin de vie.Assise sur le lit, le Dr Isabelle Triol, cheffe de service soins palliatifs sur trois sites en région parisienne dont l’hôpital Antoine-Béclère AP-HP lui tient la main et échange quelques mots avec sa fille, tandis qu’Emma Renard, psychomotricienne, s’enquiert du moral de la patiente.Toutes deux font partie d’une équipe mobile de soins palliatifs dont le rôle est d’aider les soignants de divers services – oncologie, urgences, gériatrie, réanimation… – à prendre en charge des patients en fin de vie souvent âgés, aux pathologies multiples.Cette prise en charge globale inclut “la gestion de la douleur du patient, ses difficultés respiratoires, ses problèmes digestifs… Et bien sûr aussi son anxiété, ses angoisses de mort, sa dépression”, explique le Dr Triol, ainsi que la prise en compte de son contexte social et l’accompagnement de sa famille.A mesure que l’état du patient s’aggrave, lorsque les traitements ne permettent pas de contrôler la maladie, il est informé des thérapeutiques possibles pour stabiliser la maladie et de leurs effets secondaires. Il pourra alors formuler ce qu’il juge important dans sa prise en charge et un “projet cohérent, ouvert et évolutif” défini avec lui, ses proches et l’équipe médicale, pourra voir le jour.Hospitalisation en unité de soins palliatifs, “retour à la maison pour décéder parmi les siens” avec des soins à domicile, “départ vers son pays d’origine pour organiser des funérailles”: les perspectives pour la fin de vie sont diverses. “Une patiente m’a dit: +Je sais que je suis condamnée, je veux passer le plus de temps possible avec ma famille+. On essaie de la sevrer de la machine qui l’aide à respirer, mais pour l’instant on n’y arrive pas”, rapporte le Dr Triol.”S’adapter à chaque situation est parfois très compliqué: un patient en grande détresse respiratoire a pu mourir chez lui car sa famille était très impliquée, une infirmière était mobilisée et les traitements nécessaires pour le soulager en cas de détresse respiratoire étaient prêts à être administrés”, relate la gériatre Elise Mercadier.La loi Claeys-Leonetti de 2016 reconnaît le droit du patient atteint d’une affection grave et incurable à une “sédation profonde et continue jusqu’au décès”, afin de lui éviter une souffrance réfractaire et de subir une obstination déraisonnable.- “Désir ambivalent” -En réanimation, où les soins sont “lourds, invasifs, potentiellement douloureux”, il faut “réfléchir sur le sens de ces soins: est-on dans une obstination raisonnable, ce qui est notre métier, ou déraisonnable, ce qui est hors la loi ?”, résume le chef de service Charles Damoisel.Collaborer avec l’équipe de soins palliatifs est “hyper vital, cela permet de réajuster notre niveau de soins pour aller vers une prise en charge raisonnée”, dit-il.Si l’accès aux soins palliatifs est un droit fondamental en France depuis 1999, seul un malade en fin de vie sur deux y a accès par manque de structures, de soignants, de moyens…Mardi, les députés ont adopté à l’unanimité en première lecture une proposition de loi visant à renforcer les soins palliatifs.Ils ont aussi approuvé une deuxième proposition, moins consensuelle, créant un “droit à l’aide à mourir” pour des malades atteints d’une affection grave et incurable, en phase terminale, dont la “souffrance physique ou psychologique” est “constante”. “Si la loi évolue, il faudra voir comment adapter notre pratique sans que cela heurte notre façon de concevoir le soin, afin de rester dans un accompagnement du patient”. Car en soins palliatifs, “on reste dans l’intentionnalité de soulager le patient, pas de le tuer”, souligne le Dr Triol.Lorsque le patient “n’est pas soulagé, il exprime un désir de mort mais celui-ci est très fluctuant, très ambivalent”, estime-t-elle. Seules quelques personnes sont “très déterminées, leur décision est prise de longue date”.Pour elle, “il faut rester dans la nuance et prendre des décisions collégiales”. Car le pire serait “de revenir aux euthanasies faites à la sauvette, par un médecin tout seul, la nuit, comme lorsque j’étais encore étudiante”.

La justice administrative autorise la reprise du chantier de l’A69

La justice administrative a tranché: le chantier de l’autoroute Toulouse-Castres, fortement contesté depuis deux ans par les écologistes, va pouvoir reprendre à partir de mi-juin, après trois mois d’arrêt.La cour administrative d’appel de Toulouse a prononcé “un sursis à l’exécution des jugements rendus le 27 février annulant les autorisations environnementales délivrées par l’Etat”.La décision “constitue un véritable soulagement”, a réagi le ministre des Transports Philippe Tabarot. “Le juge a reconnu comme sérieux l’argument en faveur de l’existence d’une raison impérative d’intérêt public majeur du projet”.”Les travaux reprendront à partir de mi-juin de manière progressive.”, a-t-il ajouté tout en appelant à rester “vigilants”, “sur la prise en compte des enjeux de protection de l’environnement”.La cour se prononçait sur un recours en urgence déposé par l’Etat, visant à redémarrer ce chantier de 53 kilomètres. Elle doit encore trancher sur le fond dans plusieurs mois.- “Très attendue” -Cette décision intervient cinq jours avant le vote à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi dite de “validation” adoptée au Sénat à une large majorité le 15 mai. “Cette reprise était très attendue par nos concitoyens, considère le député du Tarn Philippe Bonnecarrère. L’Assemblée nationale pourra ainsi débattre sereinement lundi de l’étape suivante: la proposition de loi de validation. Aucune obstruction ne peut maintenant se justifier”.Ce texte, contesté par les opposants qui le jugent contraire à la constitution, prévoit d’autoriser la poursuite du chantier, sans attendre que la cour d’appel administrative se prononce sur le fond, dans plusieurs mois.Le maire DVD de Castres Pascal Bugis a salué la décision et regretté “un gâchis sur un plan financier”, car l’arrêt des travaux “aura augmenté le coût du chantier”.”Une infrastructure de cette nature, a-t-il insisté, c’est important pour le développement du territoire. Preuve en est, depuis fin février, les hésitations de la part d’investisseurs potentiels”. A l’avenir, “il faudra que les recours soient purgés quand on démarre (un chantier), afin qu’il n’y ait plus d’aléas par la suite. Il faudra tirer des leçons”, a ajouté le maire de Castres.- Mobilisation annoncée -Julie Rover, une des avocates des opposants à l’A69, s’est dite “stupéfaite” et “surprise” par “l’absence de motivations” dans la décision de la cour administrative.Le 27 février, à la surprise générale, le tribunal administratif de Toulouse avait arrêté le chantier de cette autoroute entamé en 2023, faute de “raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM)” justifiant les atteintes à l’environnement.Le 21 mai, lors de l’audience devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public, magistrat dont les avis sont en général suivis, s’était dit favorable à une reprise du chantier, estimant que l’importance des villes de Castres, Mazamet et Toulouse, justifiait “par nature qu’elles soient reliées par des infrastructures routières rapides”.”Il n’y a pas de projet qui +par nature+ disposerait” d’une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), avait répliqué Alice Terrasse, avocate de la Voie est libre, collectif d’opposants. Depuis le début des travaux en mars 2023, ces militants écologistes ont occupé des arbres pour éviter leur abattage, tenté d’installer des ZAD (“zones à défendre”) sur le tracé ou organisé des rassemblements de milliers de personnes, parfois émaillés d’incidents violents avec les forces de l’ordre.Ils ont appelé à une nouvelle mobilisation les 4, 5 et 6 juillet, ainsi qu’à des rassemblements devant les préfectures mercredi à 18H30 pour “laisser éclater leur colère”. Thomas Brail, figure de la contestation, perché à plusieurs reprises dans des arbres pour éviter leur abattage, s’est dit “atterré” et a annoncé qu’il entamerait une grève de la soif, dès la reprise des travaux.Ces derniers mois, les partisans de l’A69 se sont aussi fait entendre, notamment en manifestant en masse le 8 mars à Castres avec comme slogan: “A69, on finit!”. A l’instar de l’association Via81, ils voient dans l’autoroute une solution de désenclavement du bassin de population de Castres-Mazamet, qui compte environ 100.000 habitants.Or, pour les opposants, ce bassin n’est pas enclavé et, même s’il l’était, une autoroute ne serait certainement pas une garantie de désenclavement, fustigent-ils.L’A69 devait initialement être mise en service fin 2025, selon la société Atosca, en charge des travaux, une échéance qui ne pourra pas être respectée.Pour finaliser le chantier, Atosca doit maintenant rapatrier dans le Tarn un millier de salariés et de nombreux engins de chantier.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

La justice administrative autorise la reprise du chantier de l’A69

La justice administrative a tranché: le chantier de l’autoroute Toulouse-Castres, fortement contesté depuis deux ans par les écologistes, va pouvoir reprendre à partir de mi-juin, après trois mois d’arrêt.La cour administrative d’appel de Toulouse a prononcé “un sursis à l’exécution des jugements rendus le 27 février annulant les autorisations environnementales délivrées par l’Etat”.La décision “constitue un véritable soulagement”, a réagi le ministre des Transports Philippe Tabarot. “Le juge a reconnu comme sérieux l’argument en faveur de l’existence d’une raison impérative d’intérêt public majeur du projet”.”Les travaux reprendront à partir de mi-juin de manière progressive.”, a-t-il ajouté tout en appelant à rester “vigilants”, “sur la prise en compte des enjeux de protection de l’environnement”.La cour se prononçait sur un recours en urgence déposé par l’Etat, visant à redémarrer ce chantier de 53 kilomètres. Elle doit encore trancher sur le fond dans plusieurs mois.- “Très attendue” -Cette décision intervient cinq jours avant le vote à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi dite de “validation” adoptée au Sénat à une large majorité le 15 mai. “Cette reprise était très attendue par nos concitoyens, considère le député du Tarn Philippe Bonnecarrère. L’Assemblée nationale pourra ainsi débattre sereinement lundi de l’étape suivante: la proposition de loi de validation. Aucune obstruction ne peut maintenant se justifier”.Ce texte, contesté par les opposants qui le jugent contraire à la constitution, prévoit d’autoriser la poursuite du chantier, sans attendre que la cour d’appel administrative se prononce sur le fond, dans plusieurs mois.Le maire DVD de Castres Pascal Bugis a salué la décision et regretté “un gâchis sur un plan financier”, car l’arrêt des travaux “aura augmenté le coût du chantier”.”Une infrastructure de cette nature, a-t-il insisté, c’est important pour le développement du territoire. Preuve en est, depuis fin février, les hésitations de la part d’investisseurs potentiels”. A l’avenir, “il faudra que les recours soient purgés quand on démarre (un chantier), afin qu’il n’y ait plus d’aléas par la suite. Il faudra tirer des leçons”, a ajouté le maire de Castres.- Mobilisation annoncée -Julie Rover, une des avocates des opposants à l’A69, s’est dite “stupéfaite” et “surprise” par “l’absence de motivations” dans la décision de la cour administrative.Le 27 février, à la surprise générale, le tribunal administratif de Toulouse avait arrêté le chantier de cette autoroute entamé en 2023, faute de “raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM)” justifiant les atteintes à l’environnement.Le 21 mai, lors de l’audience devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public, magistrat dont les avis sont en général suivis, s’était dit favorable à une reprise du chantier, estimant que l’importance des villes de Castres, Mazamet et Toulouse, justifiait “par nature qu’elles soient reliées par des infrastructures routières rapides”.”Il n’y a pas de projet qui +par nature+ disposerait” d’une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), avait répliqué Alice Terrasse, avocate de la Voie est libre, collectif d’opposants. Depuis le début des travaux en mars 2023, ces militants écologistes ont occupé des arbres pour éviter leur abattage, tenté d’installer des ZAD (“zones à défendre”) sur le tracé ou organisé des rassemblements de milliers de personnes, parfois émaillés d’incidents violents avec les forces de l’ordre.Ils ont appelé à une nouvelle mobilisation les 4, 5 et 6 juillet, ainsi qu’à des rassemblements devant les préfectures mercredi à 18H30 pour “laisser éclater leur colère”. Thomas Brail, figure de la contestation, perché à plusieurs reprises dans des arbres pour éviter leur abattage, s’est dit “atterré” et a annoncé qu’il entamerait une grève de la soif, dès la reprise des travaux.Ces derniers mois, les partisans de l’A69 se sont aussi fait entendre, notamment en manifestant en masse le 8 mars à Castres avec comme slogan: “A69, on finit!”. A l’instar de l’association Via81, ils voient dans l’autoroute une solution de désenclavement du bassin de population de Castres-Mazamet, qui compte environ 100.000 habitants.Or, pour les opposants, ce bassin n’est pas enclavé et, même s’il l’était, une autoroute ne serait certainement pas une garantie de désenclavement, fustigent-ils.L’A69 devait initialement être mise en service fin 2025, selon la société Atosca, en charge des travaux, une échéance qui ne pourra pas être respectée.Pour finaliser le chantier, Atosca doit maintenant rapatrier dans le Tarn un millier de salariés et de nombreux engins de chantier.

Pour le chirurgien pédocriminel Le Scouarnec, l’heure du verdict approche

L’ex-chirurgien pédocriminel Joël Le Scouarnec, qui encourt la peine maximale de 20 ans de prison pour viols et agressions sexuelles, va connaître mercredi le sort que lui réserve la justice après trois mois d’audience devant la cour criminelle du Morbihan.Cet homme aujourd’hui âgé de 74 ans, qualifié de “diable” par l’avocat général, est accusé d’avoir commis des viols et agressions sexuelles sur 299 personnes, dont une large majorité de patients mineurs au moment des faits, de 1989 à 2014. Il a reconnu l’ensemble des faits, endossant également la responsabilité pour la mort de deux victimes, l’une par overdose et l’autre par suicide.”À la cour, je ne sollicite aucune mansuétude. Accordez-moi simplement le droit de devenir meilleur et de reconquérir cette part d’humanité qui m’a tellement fait défaut”, a demandé l’accusé, invité lundi une dernière fois à prendre la parole au terme de ce procès débuté le 24 février.L’avocat général Stéphane Kellenberger a requis contre lui la peine maximale de 20 ans de réclusion assortie d’une série de mesures de sûreté en raison de sa “dangerosité”.Il a notamment requis une “rétention de sûreté”, une mesure rare qui concerne essentiellement des délinquants sexuels et qui permet de placer dans un centre unique en France un criminel présentant un risque élevé de récidive après la fin de sa peine.Pour Manon Lemoine, que Joël Le Scouarnec a reconnu avoir violée à l’âge de 11 ans, l’adoption de cette mesure par la cour est “le véritable enjeu” du verdict. “Si (elle) n’est pas prononcée, c’est une honte”, a-t-elle déclaré à l’AFP.Son avocate, Me Marie Grimaud, a elle espéré que “la cour ne passera pas à côté (…) du risque de dangerosité extrêmement important” de Joël Le Scouarnec.”Archi-coupable”, il “ne demande pas à échapper à la peine requise par l’avocat général”, a affirmé l’un des avocats de la défense, Me Maxime Tessier, estimant que son client est allé “le plus loin dans ce qu’on peut attendre d’un accusé devant la cour criminelle”. Il a “le droit à la repentance”, a-t-il rappelé.Le verdict, qui sera prononcé par la présidente de la cour Aude Buresi, est attendu au tribunal judiciaire de Vannes à partir de 14H30, selon la cour d’appel de Rennes.- “Bombe atomique” -Tout au long du procès, Joël Le Scouarnec a voulu “avancer et réparer”, une “démarche volontaire”, a plaidé lundi Me Thibaut Kurzawa, l’un de ses conseils.Certains avocats des parties civiles y ont vu eux un simple tour de passe-passe: “reconnaître tout, c’est ne rien reconnaître”, a ainsi remarqué Me Giovanni Bertho-Briand.”Il nous a été martelé votre grande repentance, la grande sérénade de +j’ai changé+”, s’est agacé Me Delphine Caro. “Mais à qui ferez-vous croire que vous avez changé?””Vous êtes le pire pédophile de masse qui ait jamais existé (…) la bombe atomique de la pédophilie”, a lancé Me Thomas Delaby.Débuté le 24 février, ce procès fleuve a réuni quelque 60 avocats de parties civiles qui ont plaidé, tantôt individuellement, tantôt en se regroupant autour de thèmes précis, pendant presque trois jours.Les victimes “ne vous pardonneront jamais. Jamais”, a asséné à l’accusé Me Delaby.”Aucune peine ne pourra être à la hauteur de la souffrance des parties civiles”, a rappelé Me Romane Codou.- “Plus jamais ça” -Ce procès ne sera vraisemblablement pas le dernier de l’ex-chirurgien pédocriminel: “il y aura probablement une autre procédure”, notamment sur les victimes encore non identifiées, a lancé l’avocat général lors de ses réquisitions.Un collectif de victimes manifestera à 13H30 devant le tribunal judiciaire. Une rencontre aura lieu le 11 juin avec le ministre de la Santé Yannick Neuder, a annoncé à l’AFP Manon Lemoine, membre de ce collectif qui dénonce le “silence politique” entourant le procès.”Je vais agir avec le ministre de la Justice (Gérald Darmanin, NDLR) pour que plus jamais (…) on ne puisse se retrouver à avoir exposé des patients, des enfants vulnérables” à des “prédateurs sexuels”, a déclaré M. Neuder sur France Info, qui se propose au cours de cette rencontre de “les écouter”.”Ce qu’on a envie de dire, c’est plus jamais ça. Comment on a-t-on pu en arriver à une situation comme celle-ci?”, s’est-il interrogé.

Taxis : nouvelle phase de mobilisation en vue, aux formes “plus sporadiques”

Au lendemain de réunions avec le gouvernement jugées “pas satisfaisantes” , la mobilisation des taxis semble entrer mercredi dans une nouvelle phase, aux formes différentes, notamment via des “actions sporadiques”, a indiqué mercredi Emmanuelle Cordier, présidente de la Fédération nationale du taxi (FNDT). À Paris, le lieu de ralliement du boulevard Raspail, près des ministères, où les taxis enchaînent depuis neuf jours les nuits de mobilisation, ponctuées de mises à feu de pétards et de fumigènes, s’est en partie “vidé cette nuit”, selon Mme Cordier, mais des rassemblements pourraient reprendre dans la journée. “Des équipes devraient arriver dans la journée, mes adhérents ont majoritairement décidé de continuer le mouvement, ils sont très remontés.” Mais, ce qui ressort, ce sont des actions “plus sporadiques, moins issues des fédérations”, prévient-elle.Mardi, deux réunions se sont tenues au ministère des Transports puis au ministère de la Santé, sans déboucher sur des mesures jugées suffisantes. Des contrôles renforcés ont été annoncés pour limiter la maraude et le “racolage” des VTC et des réunions techniques sont prévues jusqu’au 11 juin, mais les représentants syndicaux déplorent une absence “d’avancées significatives”.À Pau, fief du Premier ministre François Bayrou, où environ 200 taxis ont organisé une opération escargot mardi après-midi, des taxis venus de plusieurs départements sont attendus, et la Coordination rurale souhaite rejoindre la contestation, selon Mme Cordier. “J’ai demandé d’arrêter à mes gars hier soir vers 23h, parce qu’on n’a rien obtenu”, a en revanche confié à l’AFP Pino, taxi parisien très suivi sur les réseaux sociaux et organisateur des mouvements de contestation. “Neuf jours, c’est pas possible. On doit se reposer, tous mes gars doivent se reposer.” Pour lui, aucune action ne devrait avoir lieu ce mercredi aux abords des aéroports de Roissy et d’Orly, dans les gares parisiennes ou autour du stade Roland-Garros où ont lieu en ce moment les Internationaux de France de tennis.Les chauffeurs de taxis sont mobilisés depuis une semaine contre une convention qui modifie leur rémunération pour le transport de patients, qui représente une part significative de leur chiffre d’affaires pour certains d’entre eux, notamment en zone rurale. La nouvelle tarification, qui doit entrer en vigueur le 1er octobre, prévoit une prise en charge de 13 euros par l’Assurance maladie, puis un tarif kilométrique. L’objectif des pouvoirs publics est de limiter la croissance des dépenses de transport sanitaire. 

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Sur les bords du lac Tanganyika, des Burundais impuissants face à la montée des eaux

D’élégants vestiges de Gatumba rappellent des jours prospères mais pour beaucoup de Burundais, les lieux évoquent surtout des souvenirs douloureux : un bébé sauvé des eaux in extremis, une maison qui s’écroule, la vie qui s’arrête et reste suspendue aux crues du lac Tanganyika.”Nous sommes sous l’eau depuis des années”, résume auprès de l’AFP Asha, une mère de quatre enfants de 32 ans chaussée de bottes de caoutchouc, dans son salon à nouveau immergé.Le réchauffement climatique a aggravé les crues du deuxième lac africain, au-dessus de son niveau normal depuis 2018, empêchant souvent la rivière Ruzizi de s’y jeter, selon des experts. En conséquence, le cours d’eau et son embouchure débordent, inlassablement.En 2023, de lourdes pluies ont provoqué des inondations qui ont poussé des milliers de personnes, dont la famille d’Asha, à chercher refuge sur des sites temporaires à proximité. Mais ces sites ont eux-mêmes été inondés un an plus tard.Certains ont été déplacés dans des camps plus loin. Asha et sa famille ont alors choisi de rentrer à Gatumba.Cette ville à la périphérie de Bujumbura, la capitale burundaise, se développait tous azimuts il y a quelques années encore, grâce à ses terres fertiles et à son dynamisme économique lié à sa proximité avec la frontière congolaise.Mais les eaux ont depuis avalé de nombreux quartiers, devenus fantomatiques. Des enfants naviguent au milieu de nombreuses maisons désaffectées sur des radeaux faits de bouteilles en plastique. Les crues qui arrivaient “jusqu’à la taille” ont également détruit les cultures et les écoles, raconte Asha, qui vivait autrefois de ses récoltes. Aujourd’hui, sa famille a souvent faim, soupire-t-elle, et ses enfants sont coincés à la maison. “Ce n’est pas que nous ne voulons pas déménager. Nous ne pouvons pas nous le permettre à cause du manque d’emplois”, explique-t-elle.- “Tout perdu” -Le Burundi est l’un des pays les plus pauvres du monde, classé 187e sur 193 par l’ONU pour son indice de développement humain. Il est aussi particulièrement fragilisé par les effets du réchauffement climatique, avec de lourdes conséquences pour sa population.Environ 16.000 Burundais sont actuellement déplacés en raison de catastrophes naturelles, estime le chef de mission de l’ONG Save the Children dans le pays, Geoffrey Kirenga, interrogé par l’AFP, soulignant que le chiffre varie régulièrement.En 2024, des pluies diluviennes, aggravées par le phénomène climatique El Niño, avaient fait près de 100.000 déplacés et emporté des vies humaines, bien qu’aucun bilan n’avait été donné.Ariella, mère de sept enfants, fait partie de ces sinistrés climatiques. Sa famille et elle vivent dans le camp de Gateri, situé sur une zone vallonnée dans le nord du pays. Egalement originaire de Gatumba, elle raconte avoir “tout perdu” en 2020. Sa maison s’est écroulée, l’un de ses bébés – heureusement rattrapé de justesse – a manqué d’être emporté par les flots. Sa famille a ensuite été déplacée dans deux camps successifs. Où “l’eau est revenue”, souffle-t-elle.Elle vit désormais plus loin de la Ruzizi, et à l’abri des crues, mais les terres sont plus pauvres et l’argent manque, tandis que des coupes drastiques dans l’aide humanitaire commencent à se faire sentir, notamment dans les rations alimentaires. “Nous nous demandons souvent à quoi ressemblera notre avenir”, raconte Ariella, qui se refuse à retourner à Gatumba, car, dit-elle, l’eau y cache hippopotames et crocodiles. “Ce sera sans aucun doute très difficile.”- Choléra -L’augmentation du niveau du lac est cyclique, souligne le professeur burundais Bernard Sindayihebura, mais le réchauffement climatique l’a aggravée, tandis que la construction “anarchique” dès l’époque coloniale dans le pays l’a rendu particulièrement vulnérable. A Bujumbura même, sur la rive nord du lac Tanganyika, des parties de routes et bâtiments sont immergés. M. Sindayihebura croit encore à l’avenir de ces quartiers, à condition de construire des digues. Mais il faut pour cela que le niveau du lac “extrêmement déréglé” retourne à la normale. Ce qui prendra “10 ans au minimum”, estime-t-il.Face à ce problème insoluble, Save the Children demande des fonds pour continuer à aider les plus vulnérables, alors que l’administration Trump a suspendu 83% des projets humanitaires américains, quand les Etats-Unis fournissaient jusqu’ici 40% du total de l’aide mondiale. A Gatumba, certains, comme Asha, tentent de vivre avec les crues. Son mari Claude, 30 ans, raconte que des résidents ont construit l’année dernière une digue artisanale – à l’efficacité limitée. D’autres ont installé des tentes sur leurs toits pour échapper aux eaux et aux herbes hautes ayant pris possession de nombreux bâtiments. Les habitants restant font ce qu’ils peuvent, remarque Jean-Marie Niyonkuru, chef du quartier de 42 ans. Mais la vie dans les crues n’est pas sans conséquences : “les enfants souffrent de diarrhée car l’eau s’est mélangée aux eaux des toilettes, inondant ainsi les rues. Il y a beaucoup de choléra”.

La cour d’appel administrative de Toulouse autorise la reprise du chantier de l’A69

La justice administrative a tranché: le chantier de l’autoroute Toulouse-Castres, fortement contesté depuis deux ans par les écologistes, va pouvoir reprendre, après trois mois d’arrêt. “La cour administrative d’appel de Toulouse prononce le sursis à l’exécution des jugements rendus le 27 février annulant les autorisations environnementales délivrées par l’Etat”, a écrit la juridiction dans un communiqué diffusé mercredi.La cour se prononçait sur un recours en urgence déposé par l’Etat, visant à redémarrer ce chantier de 53 kilomètres. Elle doit encore trancher sur le fond de ce dossier dans plusieurs mois.Cette décision intervient cinq jours avant le vote à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi dite de “validation” adoptée au Sénat à une large majorité le 15 mai. Ce texte est contesté par les opposants qui le jugent contraire à la constitution. Cette voie parlementaire prévoit d’autoriser la poursuite de la construction de l’A69, sans attendre que la cour d’appel administrative se prononce sur le fond du dossier.Le 27 février, à la surprise générale, le tribunal administratif de Toulouse avait arrêté le chantier de cette autoroute entamé en 2023, faute de “raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM)” justifiant les atteintes à l’environnement causées par l’A69.Le 21 mai, lors de l’audience devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public, magistrat dont les avis sont en général suivis, s’était dit favorable à une reprise du chantier, estimant que l’importance des villes de Castres, Mazamet et Toulouse, justifiait “par nature qu’elles soient reliées par des infrastructures routières rapides”.”Il n’y a pas de projet qui +par nature+ disposerait” d’une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), avait répliqué Alice Terrasse, avocate de la Voie est libre, collectif d’opposants. Depuis le début des travaux en mars 2023, ces militants écologistes ont occupé des arbres pour éviter leur abattage, tenté d’installer des ZAD (“zones à défendre”) sur le tracé ou organisé des rassemblements de milliers de personnes, parfois émaillés d’incidents violents avec les forces de l’ordre.Ces militants écologistes ont d’ailleurs appelé à une nouvelle mobilisation les 4, 5 et 6 juillet, ainsi qu’à des rassemblements devant les préfectures mercredi à 18h30 pour “laisser éclater leur colère”. Ces derniers mois, les partisans de l’A69 se sont aussi fait entendre, notamment en manifestant en masse le 8 mars à Castres avec comme slogan: “A69, on finit!”. A l’instar de l’association Via81, ils voient dans l’autoroute une solution de désenclavement du bassin de population de Castres-Mazamet, qui compte environ 100.000 habitants.Or, pour les opposants, ce bassin n’est pas enclavé et, même s’il l’était, une autoroute ne serait certainement pas une garantie de désenclavement, fustigent-ils.L’A69 devait initialement être mise en service fin 2025, selon la société Atosca, en charge des travaux. Une reprise qui sera de toute façon progressive, Atosca devant rapatrier dans le Tarn un millier de salariés et de nombreux engins de chantier.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

La cour d’appel administrative de Toulouse autorise la reprise du chantier de l’A69

La justice administrative a tranché: le chantier de l’autoroute Toulouse-Castres, fortement contesté depuis deux ans par les écologistes, va pouvoir reprendre, après trois mois d’arrêt. “La cour administrative d’appel de Toulouse prononce le sursis à l’exécution des jugements rendus le 27 février annulant les autorisations environnementales délivrées par l’Etat”, a écrit la juridiction dans un communiqué diffusé mercredi.La cour se prononçait sur un recours en urgence déposé par l’Etat, visant à redémarrer ce chantier de 53 kilomètres. Elle doit encore trancher sur le fond de ce dossier dans plusieurs mois.Cette décision intervient cinq jours avant le vote à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi dite de “validation” adoptée au Sénat à une large majorité le 15 mai. Ce texte est contesté par les opposants qui le jugent contraire à la constitution. Cette voie parlementaire prévoit d’autoriser la poursuite de la construction de l’A69, sans attendre que la cour d’appel administrative se prononce sur le fond du dossier.Le 27 février, à la surprise générale, le tribunal administratif de Toulouse avait arrêté le chantier de cette autoroute entamé en 2023, faute de “raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM)” justifiant les atteintes à l’environnement causées par l’A69.Le 21 mai, lors de l’audience devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public, magistrat dont les avis sont en général suivis, s’était dit favorable à une reprise du chantier, estimant que l’importance des villes de Castres, Mazamet et Toulouse, justifiait “par nature qu’elles soient reliées par des infrastructures routières rapides”.”Il n’y a pas de projet qui +par nature+ disposerait” d’une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), avait répliqué Alice Terrasse, avocate de la Voie est libre, collectif d’opposants. Depuis le début des travaux en mars 2023, ces militants écologistes ont occupé des arbres pour éviter leur abattage, tenté d’installer des ZAD (“zones à défendre”) sur le tracé ou organisé des rassemblements de milliers de personnes, parfois émaillés d’incidents violents avec les forces de l’ordre.Ces militants écologistes ont d’ailleurs appelé à une nouvelle mobilisation les 4, 5 et 6 juillet, ainsi qu’à des rassemblements devant les préfectures mercredi à 18h30 pour “laisser éclater leur colère”. Ces derniers mois, les partisans de l’A69 se sont aussi fait entendre, notamment en manifestant en masse le 8 mars à Castres avec comme slogan: “A69, on finit!”. A l’instar de l’association Via81, ils voient dans l’autoroute une solution de désenclavement du bassin de population de Castres-Mazamet, qui compte environ 100.000 habitants.Or, pour les opposants, ce bassin n’est pas enclavé et, même s’il l’était, une autoroute ne serait certainement pas une garantie de désenclavement, fustigent-ils.L’A69 devait initialement être mise en service fin 2025, selon la société Atosca, en charge des travaux. Une reprise qui sera de toute façon progressive, Atosca devant rapatrier dans le Tarn un millier de salariés et de nombreux engins de chantier.

Dans le Sud-Ouest, des blockhaus partent à la mer faute de protection

Devant un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale, Hervé Dejoux, archéologue amateur, raconte à des touristes l’histoire de la batterie des Arros, l’un des rares vestiges du Mur de l’Atlantique encore épargnés en Gironde par l’érosion du littoral.Située au Verdon-sur-Mer, tout au nord du Médoc, elle fut prise aux Allemands le 19 avril 1945 et est restée pratiquement intacte depuis, protégée par une digue construite au XIXe siècle en contrebas de la dune.Mais avec le recul du trait de côte, d’autres constructions sont désormais sur la plage, voire dans l’eau, comme à Grayan-et-l’Hôpital, un peu plus au Sud, ou au cap Ferret, au niveau du Bassin d’Arcachon.M. Dejoux, fondateur et président de l’association Forteresse Gironde Sud, estime que sur 131 ouvrages “lourds” – des blockhaus dont les murs font au moins deux mètres d’épaisseur – situés sur la bande côtière de 30 km qui va de la pointe de la Grave (à l’entrée de l’estuaire de la Gironde) à Montalivet, 37 sont ainsi tombés sur l’estran.Cet ancien chef de projet informatique organise des visites depuis une dizaine d’années pour faire connaître l’histoire de la batterie des Arros, composée de 20 bunkers et casemates, et milite pour la reconnaissance de ce patrimoine.”Ça fait partie de notre histoire, d’une histoire douloureuse certes, mais on n’efface pas l’histoire et c’est l’occasion d’apprendre aux plus jeunes ce qui s’est passé”, dit-il.- Valeur historique -À ce jour, la majorité de ces ouvrages défensifs ne bénéficient pas d’une protection patrimoniale.En Charente-Maritime, un inventaire mené en 1998 par le bureau d’études spécialisé Estuarium avait permis d’en classer quelques-uns, comme les batteries de Kora-Karola sur l’île de Ré ou Muschel à La Tremblade. Des bunkers jugés “exceptionnels par rapport au reste du Mur de l’Atlantique”, relève Christophe Bourel Le Guilloux, conservateur régional des Monuments historiques en Nouvelle-Aquitaine.Mais “cette étude n’existe pas pour le reste de la région”, ajoute-t-il, car “nos prédécesseurs ne s’intéressaient pas forcément à ce type de bâtiments”. “On n’a pas de consigne au niveau national pour analyser, comprendre et éventuellement protéger ces ouvrages.”D’autant qu’ils ont été construits en série: faut-il tous les préserver ou seulement “quelques-uns qui sont significatifs” ? “C’est toute la question”, souligne le conservateur régional, “car si l’on commence à protéger tous les bunkers, ça va faire beaucoup.”L’inscription aux Monuments historiques permettrait de mobiliser des fonds pour les entretenir et assurer leur transmission aux générations futures.À défaut, le label “Architecture contemporaine remarquable”, attribué en 2015 à la batterie des Arros, peut être envisagé mais il ne garantit aucune protection, tout comme l’inscription dans les documents d’urbanisme des collectivités.- Manque d’intérêt -De son côté, Hervé Dejoux déplore que les maires du littoral n’éprouvent pas d'”intérêt particulier pour ce patrimoine” et “ne jouent pas le jeu”.Peut-être, selon lui, parce que la côte girondine n’a pas le même poids historique que les plages de Normandie : “Il y a eu des combats de libération dans notre secteur mais ils n’ont jamais fait l’objet d’un film hollywoodien.”D’autres régions sont plus avancées que la Nouvelle-Aquitaine. La Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Normandie a lancé un inventaire officiel en 2015 et plus de 6.000 vestiges ont été répertoriés. La Bretagne a commencé le sien en 2023.Reste que “les Allemands n’avaient rien prévu de durable”, souligne Jean-Christophe Pellegrin, géographe à l’université Bordeaux-Montaigne, pour qui la montée des eaux aura forcément raison, un jour, des derniers blockhaus – sauf à les déplacer, opération coûteuse qui les dénaturerait aux yeux de certains.”À l’époque, ils étaient installés en haut des dunes. Pour les construire, ils tassaient le sable et coulaient directement le béton dessus (…) Avec l’érosion, la dune est attaquée, donc les bunkers vont glisser vers l’estran”, explique-t-il.D’autres solutions existent pour préserver cette histoire, comme la numérisation 3D. Cette technique a été utilisée notamment en 2016 pour conserver une trace des blockhaus de Saint-Clément-des-Baleines (Charente-Maritime), détruits pour des raisons de sécurité.