AFP Top News

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Déchets toxiques: la justice autorise le confinement définitif à Stocamine

Le tribunal administratif de Strasbourg a autorisé mardi le confinement définitif de déchets toxiques sur le site de Stocamine (Haut-Rhin), rejetant les requêtes de la collectivité européenne d’Alsace, d’associations et de riverains, qui redoutent l’impact pour la nappe phréatique.Le tribunal a jugé que le déstockage des 42.000 tonnes de déchets (cyanure, arsenic, mercure…) entreposés dans cette ancienne mine de potasse à Wittelsheim, option défendue par les requérants, n’était plus réalisable en toute sécurité, notamment en raison de la dégradation des infrastructures.Le confinement définitif “constitue désormais, en l’état des meilleures techniques disponibles, la mesure la plus susceptible de préserver la ressource en eau et par suite le droit des générations futures à satisfaire leurs propres besoins”, indique le tribunal administratif dans son jugement.Cette solution consiste à construire des barrières en béton autour des blocs contenant les déchets et à remblayer les puits y donnant accès de manière à assurer une étanchéité.C’est une “déception”, a déclaré à l’AFP Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. L’association se bat en justice contre le confinement définitif des déchets. “C’est extrêmement grave puisqu’on joue avec la santé de millions de personnes, avec l’eau potable de millions de personnes”, a-t-il déploré. “Mais pour nous ce n’est pas la fin d’un combat, on ne s’interdit absolument aucune procédure légale pour faire revenir l’État à la raison dans ce dossier”. Le jugement du tribunal administratif peut faire l’objet d’un appel devant la cour administrative d’appel de Nancy dans un délai de deux mois. Il marque une nouvelle étape dans le bras de fer qui oppose depuis des années défenseurs de l’environnement et l’Etat.Si l’autorisation d’entreposer ces déchets était initialement temporaire, l’État, par un arrêté de la préfecture du Haut-Rhin du 28 septembre 2023, a prolongé pour une durée illimitée l’autorisation de stockage. La société des Mines de Potasse d’Alsace (MDPA), gestionnaire du site et détenue à 100% par l’État, a entamé depuis un vaste chantier pour couler des barrières de béton dans les galeries souterraines.- Dégradation des galeries -La décision de l’Etat et les travaux qui ont suivi suscitent une certaine opposition en Alsace. Des élus, des riverains et des associations redoutent que le maintien des déchets en profondeur, même sous le béton, ne pollue à terme la nappe phréatique d’Alsace. En cause: l’état de la mine, trop dégradé selon eux pour empêcher une infiltration d’eau qui finira, au contact des déchets, par contaminer la nappe phréatique, malgré la présence des barrières de béton.Mais le tribunal administratif a écarté la possibilité de déstockage, considérant que le confinement définitif constituait la mesure la plus susceptible de préserver l’environnement à court, moyen et long termes. A l’audience le 15 mai, le rapporteur public Alexandre Therre s’était prononcé en faveur de la poursuite des travaux de confinement, estimant que la “dégradation très significative” des galeries, où “les toits s’affaissent et les murs se rapprochent”, empêchait d’extraire “en toute sécurité” les déchets.Le jugement rendu mardi “entérine un fait accompli au mépris de l’environnement, de la santé et des alertes répétées” des citoyens et de la communauté scientifique, a déploré le député LFI du Bas-Rhin Emmanuel Fernandes dans un communiqué.”Malheureusement, ça devient une méthode de gouvernance, on le voit dans d’autres dossiers, comme l’A69 dans le sud de la France”, a renchéri Stéphane Giraud.Dans un rare communiqué transpartisan publié fin mai, neuf parlementaires alsaciens de tous bords avaient réclamé l’arrêt des travaux de confinement et le déstockage des déchets.”On ne parle pas des galeries qui ne sont pas effondrées et dans lesquelles l’extraction est encore possible” a regretté Sabine Drexler, sénatrice LR du Haut-Rhin et élue à la Collectivité européenne d’Alsace. “Et aujourd’hui vous avez une possibilité de retraitement des déchets qui n’était pas possible il y a 20 ans quand on les a descendus”, a-t-elle souligné auprès de l’AFP.Dans un rapport publié en décembre 2024, la Cour des comptes calculait que les retards successifs du chantier du confinement définitif avaient coûté à l’Etat 226 millions d’euros supplémentaires depuis 2013. 

Déchets toxiques: la justice autorise le confinement définitif à Stocamine

Le tribunal administratif de Strasbourg a autorisé mardi le confinement définitif de déchets toxiques sur le site de Stocamine (Haut-Rhin), rejetant les requêtes de la collectivité européenne d’Alsace, d’associations et de riverains, qui redoutent l’impact pour la nappe phréatique.Le tribunal a jugé que le déstockage des 42.000 tonnes de déchets (cyanure, arsenic, mercure…) entreposés dans cette ancienne mine de potasse à Wittelsheim, option défendue par les requérants, n’était plus réalisable en toute sécurité, notamment en raison de la dégradation des infrastructures.Le confinement définitif “constitue désormais, en l’état des meilleures techniques disponibles, la mesure la plus susceptible de préserver la ressource en eau et par suite le droit des générations futures à satisfaire leurs propres besoins”, indique le tribunal administratif dans son jugement.Cette solution consiste à construire des barrières en béton autour des blocs contenant les déchets et à remblayer les puits y donnant accès de manière à assurer une étanchéité.C’est une “déception”, a déclaré à l’AFP Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. L’association se bat en justice contre le confinement définitif des déchets. “C’est extrêmement grave puisqu’on joue avec la santé de millions de personnes, avec l’eau potable de millions de personnes”, a-t-il déploré. “Mais pour nous ce n’est pas la fin d’un combat, on ne s’interdit absolument aucune procédure légale pour faire revenir l’État à la raison dans ce dossier”. Le jugement du tribunal administratif peut faire l’objet d’un appel devant la cour administrative d’appel de Nancy dans un délai de deux mois. Il marque une nouvelle étape dans le bras de fer qui oppose depuis des années défenseurs de l’environnement et l’Etat.Si l’autorisation d’entreposer ces déchets était initialement temporaire, l’État, par un arrêté de la préfecture du Haut-Rhin du 28 septembre 2023, a prolongé pour une durée illimitée l’autorisation de stockage. La société des Mines de Potasse d’Alsace (MDPA), gestionnaire du site et détenue à 100% par l’État, a entamé depuis un vaste chantier pour couler des barrières de béton dans les galeries souterraines.- Dégradation des galeries -La décision de l’Etat et les travaux qui ont suivi suscitent une certaine opposition en Alsace. Des élus, des riverains et des associations redoutent que le maintien des déchets en profondeur, même sous le béton, ne pollue à terme la nappe phréatique d’Alsace. En cause: l’état de la mine, trop dégradé selon eux pour empêcher une infiltration d’eau qui finira, au contact des déchets, par contaminer la nappe phréatique, malgré la présence des barrières de béton.Mais le tribunal administratif a écarté la possibilité de déstockage, considérant que le confinement définitif constituait la mesure la plus susceptible de préserver l’environnement à court, moyen et long termes. A l’audience le 15 mai, le rapporteur public Alexandre Therre s’était prononcé en faveur de la poursuite des travaux de confinement, estimant que la “dégradation très significative” des galeries, où “les toits s’affaissent et les murs se rapprochent”, empêchait d’extraire “en toute sécurité” les déchets.Le jugement rendu mardi “entérine un fait accompli au mépris de l’environnement, de la santé et des alertes répétées” des citoyens et de la communauté scientifique, a déploré le député LFI du Bas-Rhin Emmanuel Fernandes dans un communiqué.”Malheureusement, ça devient une méthode de gouvernance, on le voit dans d’autres dossiers, comme l’A69 dans le sud de la France”, a renchéri Stéphane Giraud.Dans un rare communiqué transpartisan publié fin mai, neuf parlementaires alsaciens de tous bords avaient réclamé l’arrêt des travaux de confinement et le déstockage des déchets.”On ne parle pas des galeries qui ne sont pas effondrées et dans lesquelles l’extraction est encore possible” a regretté Sabine Drexler, sénatrice LR du Haut-Rhin et élue à la Collectivité européenne d’Alsace. “Et aujourd’hui vous avez une possibilité de retraitement des déchets qui n’était pas possible il y a 20 ans quand on les a descendus”, a-t-elle souligné auprès de l’AFP.Dans un rapport publié en décembre 2024, la Cour des comptes calculait que les retards successifs du chantier du confinement définitif avaient coûté à l’Etat 226 millions d’euros supplémentaires depuis 2013. 

“Conclave” sur les retraites: fumée blanche ou pas ?

Accord ou positions irréconciliables: impulsé par François Bayrou, le “conclave” des partenaires sociaux sur les retraites est entrée mardi matin dans sa dernière journée, avec la prise en compte de la pénibilité en point central des discussions.Le Premier ministre s’est dit prêt lundi à accorder “quelques jours de plus”, au-delà de la date butoir de mardi, aux cinq participants encore présents – CFDT, CFTC, CFE-CGC côté syndical, Medef et CPME côté patronal. Mais “on n’a pas besoin de plus de temps”, “il faut que ça se termine ce soir”, a plaidé sur RTL mardi matin, la numéro un de la CFDT Marylise Léon. Selon elle, “la balle est dans le camp des organisations patronales”, notamment sur le sujet de la pénibilité sur lequel il y a “blocage”.En arrivant au conclave mardi matin, le négociateur de la CPME (patronat des petites et moyennes entreprises) Eric Chevée a qualifié d'”insupportable pour nous” la proposition de la CFDT, qui consiste à donner un coup de fouet au compte pénibilité déjà existant pour arriver à faire partir plus tôt les personnes ayant eu un travail pénible.”Notre proposition est la seule voie de passage”, a-t-il dit, en allusion à un dispositif proposé par la CPME, qui consisterait à créer des “points d’usure” pour les personnes “qui doivent porter des charges lourdes, subir des postures pénibles ou des vibrations mécaniques”, ouvrant “droit à des formations, des aides à la reconversion”.- “A côté du sujet” -La question à discuter mardi est de savoir “combien de personnes” pourront “partir plus tôt” du fait qu’ils ont fait un travail usant, a-t-il expliqué.La négociatrice de la CFTC, Pascale Coton a redit de son côté à son arrivée que le passage à 66 ans de l’âge de départ sans décote (contre 67 ans) était également “vraiment une ligne rouge” pour son organisation. “C’est un mandat que j’ai de mon organisation, on ne peut pas faire autrement”.Lundi, François Bayrou a manifestement pris de court les participants en lançant une proposition de dernière minute: accorder une “prime” aux salariés seniors.Sur RTL, Mme Léon s’est dite “sceptique”, en notant que “ça arrive un peu tard”, que “ce n’est pas chiffré”, ajoutant ne pas être “sûre que ça soit le problème du régime des retraites en fait”.Pour le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi, “ce n’est pas là le sujet”. Cette prime “ne permettra pas d’avoir un accord avec les syndicats”, a-t-il jugé sur RMC.”C’est complètement à côté du sujet”, a tranché Sophie Binet (CGT, syndicat parti du conclave en mars) sur franceinfo, en notant que globalement, “la stratégie du patronat, c’est de concéder quelques miettes pour graver dans le marbre les 64 ans”.- “50/50” -Pour le Premier ministre, qui avait lancé ce nouveau format de discussions après un compromis noué avec les socialistes pour éviter une censure du gouvernement, la fin du conclave est un instant de vérité.François Bayrou s’était alors engagé à présenter un éventuel accord des partenaires sociaux devant le Parlement.Dimanche, tant Marylise Léon que Patrick Martin, le président du Medef, ont estimé à 50/50 la probabilité que le conclave arrive à un accord.Même si ça ne faisait pas grand mystère depuis le début, le Medef a entériné depuis mardi dernier qu’il ne bougerait pas sur l’âge de départ à 64 ans. Cela ne signifie pas forcément une fin de non-recevoir pour les syndicats. Tout dépendra de ce que le patronat lâchera en termes de carrière des femmes, de pénibilité, ou d’augmentation de cotisation.  Car au-delà des aménagements qui pourraient être apportés à la réforme Borne, les partenaires sociaux doivent aussi parvenir à trouver les recettes financières pour permettre le retour à l’équilibre du système des retraites en 2030, alors que la prévision de déficit pour cette échéance est aujourd’hui de 6,6 milliards d’euros.Pour les sources de financement, les syndicats ne rejettent pas l’idée que les retraités puissent être mis à contribution. Les scénarios envisagés tournent autour d’une sous-indexation des retraites sur l’inflation – comme c’est déjà le cas pour les retraites complémentaires Agirc-Arrco – ou d’une augmentation des taux de CSG susceptible d’épargner les retraités modestes.Mais “Medef et CPME ne veulent pas participer à l’effort financier”, grince Pascale Coton pour la CFTC: les organisations patronales refusent en effet d’augmenter les cotisations salariales ou patronales.

Combien? Quel profil? Les personnes sans domicile dans la loupe de l’Insee

Combien y a-t-il vraiment de personnes sans domicile en France ? Quels sont leurs parcours, leurs besoins ? Près de quinze ans après la dernière étude d’ampleur de l’Insee, une nouvelle enquête est en cours. Les associations espèrent que ses résultats produiront un “électrochoc”. Lancée le 31 mars, cette étude de terrain auprès de 10.000 à 15.000 personnes fréquentant des services d’aide destinés aux plus précaires en métropole doit s’achever le 5 juillet. Les premiers résultats seront disponibles fin 2026.”Ce n’est pas un recensement en tant que tel”, explique à l’AFP Thomas Lellouch, directeur du projet à l’Institut national de la statistique et des études économiques. “Au-delà du chiffre sur lequel on est très attendus, on cherche vraiment à connaître quels sont les profils, les conditions de vie, les parcours des personnes sans domicile”.”Depuis 2012, le nombre de places d’hébergement a beaucoup augmenté, donc le nombre de personnes sans domicile, et les associations constatent sur le terrain que les profils ont beaucoup changé, d’où l’importance de dresser un panorama au plus proche de la réalité”, ajoute-t-il. Plus de 4.000 visites des enquêteurs de l’Insee ont été programmées dans 100 agglomérations, auprès de personnes de plus de 16 ans et fréquentant des structures d’aides. – À disposition des associations -Sont concernées les personnes sans abri (celles dormant dans la rue ou dans un autre lieu non prévu pour l’habitation comme un hall d’immeuble, un parking, un jardin public, une gare…) mais également les personnes mises à l’abri dans le cadre d’un dispositif d’hébergement (en centre collectif, à l’hôtel ou dans un logement ordinaire).Les résultats de cette étude, menée avec la Drees, le service statistiques des ministères sociaux, seront ensuite mis à disposition des différents acteurs et du grand public.”Les chercheurs vont s’en emparer pour travailler sur les mécanismes d’exclusion et les problématiques liées à la grande précarité”, souligne Thomas Lellouch. “Les administrations pourront s’en servir pour mettre en place des politiques publiques. Quant aux associations, elles s’en servent comme des données de référence pour appuyer leur activité de plaidoyer auprès des institutions”.La précédente étude de l’Insee, de 2012, avait fait état de 143.000 personnes sans domicile, un chiffre en augmentation de 50% par rapport à la première enquête de 2001. Parmi les personnes sans domicile adultes francophones: 10% étaient à la rue sans solution d’hébergement – autrement dit sans-abri, deux sur cinq étaient des femmes et un sur quatre avait entre 18 et 29 ans et un sur quatre avait un emploi.- Tablettes -En treize ans, la méthode de l’Insee a évolué. Les maraudes ont été intégrées au champ de l’enquête et de nouveaux outils sont utilisés. “Avant, tout était sur papier, maintenant c’est sur tablette. On a des questionnaires en langue étrangère qu’on a fait traduire et qu’on a préenregistré sous forme de fichiers audio”, souligne Thomas Lellouch.Dans les questions, les thématiques autour de l’accès à l’alimentaire et à l’eau ont été enrichies tout comme les relations sociales, les recours aux associations ou les violences subies.Cette nouvelle étude était une demande forte des associations concernées, qui alertent sur une dégradation de la situation. Faute de données actualisées, la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) a entamé son propre décompte. Publié en février, son dernier rapport fait état de 350.000 personnes sans domicile en France. Pour les associations, loin d’être anecdotique, l’absence de chiffres officiels a tend à invisibiliser ce public et empêcher des “politiques ambitieuses”.”C’est un atout d’avoir des chiffres consensuels qu’il est plus difficile de contester”, déclare à  l’AFP Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés. “Les premiers résultats tomberont en pleine campagne présidentielle, on a l’espoir qu’ils produisent un électrochoc. Même si on n’est pas naïfs: il faudra une réaction très forte pour, a minima, enrayer cette dynamique négative”. 

Aux 4.000 de La Courneuve, une collecte de mémoires pour clore 40 ans de rénovation urbaine

La Courneuve, sa cité des 4.000 et son “dernier des géants”. Vouée à une démolition prochaine qui va clore 40 ans de rénovation urbaine, l’ultime longue barre de logements a fait l’objet d’un projet mémoriel pour faire entrer la parole des habitants dans l’histoire.Ils s’appellent André Zeitoun, Juliette Nikonoff et Aly Diouara. Respectivement entraîneur de boxe thaïe, militante communiste et député de Seine-Saint-Denis, ils ont pour point commun d’avoir habité au Mail de Fontenay, longue barre de 15 étages emblématique de la cité des 4.000 à La Courneuve.Si elle trône encore fièrement au coeur du quartier profondément transformé depuis sa construction dans les années 1960, sa destruction est prévue en 2028. Avec douze autres habitants, représentatifs de différentes générations, ils ont participé au projet “4.000 vies”, une série d’entretiens filmés menés par des historiens de l’Amulop, l’Association pour un musée du logement populaire.Les capsules vidéos ont été diffusées samedi au cinéma L’Etoile, en présence de certains participants. A l’écran, le visage souriant de Samira Alitouche apparaît. Pendant plusieurs minutes, elle raconte son enfance dans la cité des 4.000 Sud, son installation dans une autre cité de La Courneuve et son envie irrépressible de revenir aux 4.000. “Y’a un truc, c’est bizarre ce lien qu’on a avec ce bâtiment”, explique-t-elle.”Je ne vais pas quitter les 4.000 (…) Pour aller où ?”, “Je suis attachée à cette cité, c’est toute ma vie”, lance celle qui y habite toujours. A la fin de la projection, le micro circule parmi la cinquantaine de spectateurs, jusqu’à arriver dans les mains de Samira Alitouche.”C’est important qu’on laisse une trace”, affirme la mère de famille qui se dit “contente d’avoir fait ce témoignage pour rendre hommage à mes parents”.”On est dans la micro-histoire. On part des histoires singulières des habitants qu’on va replacer dans une histoire plus globale”, explique à l’AFP Sébastien Radouan, historien de l’architecture et membre de l’Amulop, convaincu que “les 4.000 sont un lieu de mémoire de l’Histoire de France”.Une partie des vidéos – des montages d’environ sept minutes enrichis d’archives photos – est déjà disponible sur la chaîne Youtube de l’Amulop. L’intégralité des entretiens a été déposée aux archives de la ville, commanditaire du projet. “C’est une trace matérielle, la trace de l’habitant, pas de l’institution”, se réjouit Mikaël Petitjean, responsable de l’unité développement culturel et patrimonial de la municipalité.- 40 ans de démolition – Depuis 40 ans, le quartier des 4.000 est englué dans un long processus de rénovation urbaine, entamé avec l’explosion de la barre Debussy en 1986, inédite à l’époque.Dans les années 1980, la doctrine prescrivait la réhabilitation des grands ensembles, dont les 4.000 est l’un des plus symboliques de France, plutôt que la démolition.La destruction du Mail de Fontenay “vient clore cette histoire de démolition 40 ans après”, selon Sébastien Radouan qui regrette la disparition du “dernier élément tangible des 4.000”. Debussy, Renoir, Ravel, Presov, Balzac… au gré des démolitions, la ville de La Courneuve a pris l’habitude de les accompagner, le plus souvent avec des créations artistiques, comme en 2004 avec “Le Chant des 4000. Ravel et Présov”, un CD de chansons composées avec les habitants. “On a constaté sur tous ces projets-là que des artistes arrivent et travaillent avec une matière mémorielle mais on déplorait qu’il n’en reste rien pour les historiens”, décrypte Claire Andrieu, directrice du service culture de La Courneuve. Dans la commande de la ville à l’Amulop, figurait, outre le recueil des mémoires, la production d’un rapport sur la cité des 4.000.Sur 80 pages, les historiens Muriel Cohen et Sébastien Radouan retracent toute l’histoire urbaine et sociale du quartier, en l’enrichissant des entretiens avec les habitants lors de ce projet de trois ans.”Pour la première fois, on a une synthèse historique globale suffisamment développée pour qu’on y apprenne de vraies choses” et pour “donner un matériau aux artistes qui interviennent qui soit fiable”, salue Mikaël Petitjean.Ce rapport a d’ailleurs été très utile à la compagnie La Zankà, en résidence au Mail de Fontenay depuis janvier. Dans le prolongement de la démarche mémorielle et jusqu’au printemps 2026, les artistes animeront des ateliers avec les habitants dans le cadre de leur projet intitulé “Les doux déplacements du dernier des géants”.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Emmenés enfants en Syrie par leurs parents jihadistes, ces Français qui veulent être rapatriés

Iles avait 11 ans quand son père jihadiste l’a emmené de force de la France vers la Syrie. Détenu un temps avec sa mère, il a grandi, puis été enfermé sans elle dans un autre camp, et compte depuis les jours, implorant la France de le rapatrier.Cela fait “cinq ans et cinq jours” précisément, confiait la semaine dernière le jeune homme à la silhouette menue, aujourd’hui âgé de 21 ans, à une délégation française composée notamment d’avocats venus lui rendre visite au centre Orkesh dans le nord-est syrien.Lui a été incarcéré encore mineur avant d’être enfermé, sans nouvelles ou presque de sa mère et de sa fratrie. Eux sont toujours retenus à Roj, l’un des camps contrôlés comme d’autres centres et prisons par les forces kurdes.Des dizaines de milliers de personnes, d’une cinquantaine de nationalités et soupçonnées de liens avec l’organisation jihadiste Etat islamique, y sont retenues.Le rapatriement des quelque 120 enfants et de la cinquantaine de femmes françaises encore retenus reste sensible en France dix ans après la vague d’attentats sur son sol.”En 2021 et 2023, Iles voit les services de renseignement français, il dit qu’à chaque fois il a cru qu’il allait rentrer, parce que c’est ce qu’on lui a dit”, a expliqué lundi lors d’une conférence de presse à Paris l’avocate Amélie Morineau, présidente de la commission Libertés et droits de l’homme du Conseil national des barreaux (CNB).Comme quatre autres jeunes majeurs, il réitère aujourd’hui sa volonté de revenir.”Les soldats-enfants en droit international sont des victimes de guerre”, a rappelé Me Marie Dosé, indiquant avoir déposé en France le 10 avril auprès du doyen des juges d’instruction à Paris une plainte pour détention arbitraire et traitement inhumain et dégradant.Devenus majeurs dans les camps ou les prisons du nord-est syrien, “ils vont de peur en peur, de centre en centre puis en prison”, enfermés 25 par chambre, 10 heures sur 24, décrit l’avocate. A la presse, la délégation a montré des vidéos des jeunes hommes, leur visage s’illuminant en lisant des lettres de proches ou en écoutant des messages audio transmis par les avocats.- “Quelle responsabilité d’un enfant ?” -En juillet 2023, une rapporteuse spéciale de l’ONU sur la promotion et la protection des droits de l’Homme dans la lutte antiterroriste alertait déjà sur le sort de ces adolescents. Fionnuala Ni Aolain dénonçait comment ils étaient et restent systématiquement séparés de leur mère dans les camps, les dommages irréparables et une “violation des lois internationales”.Lundi, Matthieu Bagard, président du pôle expertise Syrie de l’ONG Avocats sans frontières France, a évoqué “les violences physiques” en détention, “les graves problèmes psychologiques” et la “quasi impossibilité d’avoir accès à des soins”.”Quelle est la responsabilité d’un enfant de six ans ?”, interroge l’avocat en présentant le cas d’un adolescent de 16 ans, emmené de force en Syrie quand il en avait six, puis arraché à sa mère à 14 ans. Cette dernière refuse d’être rapatriée. Mais elle a signé un consentement pour que son fils le soit.Outre cinq jeunes majeurs, trois mères de famille demandent aussi “fermement leur rapatriement” et “réaffirment leur consentement” dans des vidéos enregistrées par la délégation lors de son déplacement, assure Me Morineau. Au total, ces demandes de rapatriement concernent 23 personnes, dont des mineurs. Les jeunes majeurs et les femmes sont tous visés par un mandat d’arrêt international.Ces mandats d’arrêt ne peuvent être exécutés que par un Etat. “Or le Kurdistan syrien, sous l’administration duquel se trouve le camp Roj, n’est pas un Etat autonome reconnu, en conséquence de quoi il n’a avec la France aucun accord”, explique Me Morineau.Selon Me Bagard, leur séjour en Syrie est la preuve que les conditions sécuritaires actuelles “n’empêchent pas” les “rapatriements effectués par un très grand nombre d’autres pays”, dont l’Allemagne et la Russie. Et ce y compris depuis que les nouvelles autorités islamistes ont renversé le président Bachar al-Assad et pris le pouvoir en décembre.Pour l’eurodéputé Mounir Satouri, en les laissant en détention, “on se venge” de ce que leurs pères ont pu faire, “et c’est pas tolérable”.

“Conclave” sur les retraites: “il faut que ça se termine ce soir”, estime Marylise Léon (CFDT)

La secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon a estimé mardi que le conclave sur les retraites devait s’achever dans la soirée, plaidant que “la balle est dans le camp des organisations patronales”, notamment sur le sujet de la pénibilité.”Il faut que ça se termine ce soir” et “il faut qu’on puisse avoir un accord”, a déclaré Mme Léon sur RTL, en relevant que les discussions avancent sur le sujet des femmes mais que “sur la pénibilité, c’est le blocage” et qu’il faut “une mesure sur l’âge”.”Le patronat ne veut pas reconnaître qu’il y a des métiers pénibles qui nécessitent des départs anticipés”, a déploré la responsable syndicale, y voyant “l’enjeu majeur de cette journée”.”On a mis une proposition il y a deux mois sur la table qui est simple, qui n’est pas une usine à gaz, qui permet une reconnaissance simple des métiers comme les aides-soignantes, les ouvriers du bâtiment, les personnes qui travaillent en logistique, qui ont du port de charges lourdes, etc”, a-t-elle souligné.Si les organisations patronales “veulent un accord, ils prennent notre proposition (…) sinon il n’y aura pas d’accord avec la CFDT, c’est clair et net”, a-t-elle martelé, en notant que “la balle est dans le camp des organisations patronales et du Medef notamment, puisque la CPME a fait des ouvertures”.La Confédération des petites et moyennes entreprises a proposé à ses partenaires du conclave la création de “points d’usure” pour les personnes qui doivent porter des charges lourdes.Aux yeux de Mme Léon, il faut traiter ce sujet de la pénibilité avant la question de l’âge car “si on obtient des départs anticipés, ça veut dire qu’on détricote les 64 ans, l’âge légal n’a plus de sens et on va vers la retraite à la carte telle que nous on la porte depuis des années”.Interrogée sur l’idée du Premier ministre François Bayrou d’accorder une “prime” aux salariés seniors, Mme Léon s’est dite “sceptique”, en notant que “ça arrive un peu tard”, que “ce n’est pas chiffré”, et en ajoutant ne pas être “sûre que ça soit le problème du régime des retraites en fait”.”C’est complètement à côté du sujet”, a de son côté réagi sur France info Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui a claqué la porte du conclave mi-mars.”C’est faire comme si il y a des salariés seniors qui choisissaient de partir avant l’âge légal de départ en retraite. C’est faux. Le problème c’est que les seniors se font licencier par dizaines de milliers à partir de 55, voire de 50 ans”, a-t-elle souligné. “Et donc la solution, elle est à chercher du côté de sanctions en direction des entreprises”, a jugé Mme Binet.Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, a, lui, estimé sur RMC que la proposition du Premier ministre “ne permettra pas d’avoir un accord avec les syndicats”. “Pour moi il faut vraiment qu’on trouve un +deal+ sur la pénibilité”, a-t-il jugé.”Tout ce qui permet de travailler plus longtemps est bien, mais aujourd’hui, ce n’est pas là le sujet”, a-t-il ajouté.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

En Sierra Leone, un sanctuaire pour les chimpanzés menacé par l’alarmante déforestation

Le regard intimidé, Esther et Rio, deux bébés chimpanzés orphelins, se blottissent avec tendresse contre la poitrine de leur soigneuse. Ces rescapés ont trouvé refuge dans un sanctuaire unique en Sierra Leone mais dont l’avenir est à son tour menacé par une alarmante déforestation et l’empiètement illégal sur les terres d’un précieux parc national.Hawa Kamara prend soin depuis un an d’Esther et de Rio, arrivés au sanctuaire pour chimpanzés orphelins de Tacugama à l’âge de seulement trois mois. Calés sur ses hanches, les orphelins s’agrippent à son cou dans des gestes infiniment doux, guettant avec des yeux écarquillés les cris aigus d’autres primates du site. A Tacugama, la touffeur, la densité végétale, le crissement métallique des insectes de la précieuse forêt tropicale humide sont saisissants, dans ce pays à la biodiversité spectaculaire abritant plusieurs espèces protégées. Situé à une quinzaine de kilomètres de la capitale Freetown, au sein du Parc national de la Péninsule de la Région Ouest (WAP-NP), le sanctuaire accueille des chimpanzés de moins de cinq ans, dont la famille a été tuée et auxquels il faut apprendre à survivre. Ils y arrivent mal-nourris, handicapés ou blessés par balle ou à la machette, traumatisés, souvent après avoir été vendus par les braconniers et gardés comme animaux domestiques dans des villages…  Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest est considéré comme une espèce “en danger critique d’extinction” par l’Union internationale pour la conservation de la nature, menacée notamment par la disparition de son habitat et le braconnage pour sa viande.  Les orphelins de Tacugama passent par des parcs de réhabilitation, puis vivent dans les dizaines d’hectares sauvages protégés du sanctuaire, qui abrite actuellement 122 primates. “Depuis deux à trois ans, nous constatons une augmentation du nombre des chimpanzés sauvés car il y a beaucoup de dégradations au sein du parc où vit la population sauvage” de ces primates, explique à l’AFP Bala Amarasekaran, un infatigable défenseur des chimpanzés et fondateur du sanctuaire en 1995. “Nous avons récemment fait face à beaucoup de déforestation et d’empiètement illégal sur les terres du parc”, notamment des constructions de maisons. Des pièges sont aussi régulièrement découverts près du sanctuaire. – Cri d’alarme -La menace est telle que les responsables de ce projet emblématique ont lancé un cri d’alarme : depuis le 26 mai, le sanctuaire est fermé aux visiteurs, pour tenter d’infliger un électrochoc au gouvernement.Depuis 2000, la Sierra Leone a perdu 39% de sa couverture forestière, selon l’observatoire de référence Global Forest Watch.Sur les 18.000 hectares de forêts du WAP-NP, presque un tiers ont été perdus ou gravement dégradés depuis 2012.A six kilomètres au sud du sanctuaire, les activités illégales et le grignotage au sein du parc menacent aussi l’avenir d’un barrage vital pour les deux millions d’habitants de Freetown – une ville surpeuplée – et ses alentours, d’où ils tirent leur seul approvisionnement en eau.Après un trajet en pick-up sur une piste à fort dénivelé, l’immense barrage de Guma apparaît, entouré d’une forêt primaire vert étincelant.   Mais en contrebas, on peut voir à l’oeil nu la vallée grignotée par l’urbanisation. La sécurité sanitaire du barrage est menacée, la déforestation favorisant l’envasement et la sédimentation dans le réservoir, alimenté pendant la longue saison des pluies. “Ce quartier n’existait pas il y a encore trois ans”, déplore Maada Kpenge, le directeur exécutif de la compagnie générale des eaux de la vallée de Guma. “Chaque année, il y a de nouvelles maisons, dont les propriétaires affirment qu’ils possèdent la terre légalement… Chaque année, nous perdons des milliers d’hectares de forêts; à ce rythme-là, dans 10 ou 15 ans, il ne restera presque rien”.La forêt participe activement au cycle de l’eau grâce à l’évapotranspiration et permet aussi de capter et de retenir l’eau. Si rien n’est fait et si le niveau du barrage baisse drastiquement, “il sera quasiment impossible de vivre à Freetown…”, prévient-il.Le gouvernement déplore des pratiques opaques et corrompues d’attribution des terres par de précédentes autorités et met en avant les nouvelles lois plus sévères votées concernant la propriété de la terre. Mais activistes et experts estiment qu’elles ne sont pas assez appliquées sur le terrain. L’AFP a pu suivre une équipe de gardes forestiers qui sous-payés et sous-équipés, tentent d’intervenir au cours de raids.”Dans ce parc, il y a de la production illégale de marijuana, de charbon de bois, de l’exploitation forestière et des gens qui construisent des maisons et s’accaparent les terrains…”, énumère Alpha Mara, le commandant des gardes forestiers au sein de l’Autorité nationale des aires protégées (NPAA).- Erosion -Ce jour-là, lui et une vingtaine de gardes juchés sur un pick-up foncent à travers la région. Ils s’attaqueront à six sites situés soit à l’intérieur même du parc, soit dans la zone tampon. Ne disposant ni d’armes ni d’équipements pour se défendre face à des trafiquants ou des occupants illégaux, ils abattent à mains nues des murs de maisons ou des piliers délimitant des terrains gagnés sur le parc. Un garde lacère comme il le peut à l’aide d’une machette la tôle de cabanes érigées sur ces terrains. La tension monte d’un cran quand des gardes frappent une de ces constructions d’où sort terrorisée une jeune femme, son nourrisson en pleurs dans les bras.Famata Turay explique que son mari est employé en tant que gardien du terrain par un riche propriétaire vivant à l’étranger.  “Ici, nous sommes dans le parc : ces constructions sont illégales !”, lui lance Ibrahim Kamara, le garde rédigeant un rapport. “Je ne suis pas au courant, Monsieur”, réplique Famata. “Je n’ai aucun autre endroit où vivre….”, confie-t-elle en sanglotant après le départ des gardes, face à sa cabane à moitié détruite.  En raison de cette déforestation, les températures déjà régulièrement extrêmes pourraient devenir insupportables pour la majorité des habitants de Freetown et de cette région, soulignent les experts. L’érosion des sols est aussi accentuée pendant la saison des pluies en Sierra Leone, le pays ayant connu le glissement de terrain le plus meurtrier en Afrique : une coulée de boue sur les hauteurs de Freetown qui a entraîné la mort de 1.141 personnes en 2017. Dans le sanctuaire de Tacugama, Bala Amarasekaran ne décolère pas contre les défaillances des institutions. “Si quelqu’un enfreint les lois sur la faune sauvage, il devrait y avoir des amendes, des poursuites, ce n’est pas le cas”. “Tacugama est la destination d’écotourisme numéro un du pays : vous ne pouvez pas vous targuer d’avoir un sanctuaire de classe mondiale et être incapable en tant que gouvernement de le protéger”, dit-il. “Ce problème d’empiètement sur les terres du parc doit être réglé pour que Tacugama puisse continuer d’exister…”.