AFP Top News

Dix ans après les 43 morts de l’accident de Puisseguin, toujours pas de procès

Près de dix ans après la collision entre un autocar et un camion qui avait fait 43 morts à Puisseguin (Gironde), la justice s’est à nouveau prononcée jeudi contre la tenue d’un procès, “une honte” pour le collectif des victimes.Le 23 octobre 2015 au sortir de ce village situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Bordeaux, un semi-remorque s’était déporté sur la gauche avant de percuter un car de retraités en excursion qui roulait en sens inverse.Prises au piège des flammes et des fumées toxiques, 41 personnes à bord étaient mortes brûlées vives ou asphyxiées. Huit avaient réchappé à l’accident, le plus meurtrier en France depuis celui de Beaune en 1982 (53 morts). Le chauffeur du poids lourd et son fils âgé de trois ans étaient aussi décédés.En 2021, un juge d’instruction de Libourne avait estimé que si des fautes avaient été commises, elles n’avaient pas de lien de causalité direct avec l’accident, dont l’origine était selon lui l’excès de vitesse du conducteur du camion.Aucune mise en examen n’était intervenue durant la procédure, close par un non-lieu général. Mais la cour d’appel de Bordeaux, saisie par les parties civiles, avait ordonné une réouverture de l’information judiciaire en mars 2023.En novembre suivant, la société de transport ayant affrété le camion et un garage à l’origine d’une modification non-homologuée de ce dernier, avec la pose d’un réservoir de carburant additionnel, avaient été mis en examen, ainsi que leurs représentants légaux respectifs.Le 17 avril dernier à l’audience, le parquet général avait réclamé leur renvoi devant le tribunal correctionnel, en prononçant un non-lieu pour Daimler, constructeur de l’autocar Mercedes impliqué dans l’accident.- “Droit de tuer” -Le collectif des victimes qui espérait une mise en cause du groupe allemand -notamment au titre des matériaux composant l’autocar, inflammables et source de gaz toxiques selon lui- avait été déçu sur ce point.Après ces réquisitions, les parties civiles attendaient néanmoins de la chambre de l’instruction qu’elle ordonne, ce jeudi, la tenue d’un procès mais les juges se sont prononcés une nouvelle fois pour un non-lieu général.”C’est une incompréhension totale (…) Personne ne la voyait venir, celle-là. C’est inacceptable, une honte ! (…) Aujourd’hui, on a le droit de tuer dans les normes et on ne peut rien y faire”, a dénoncé Guillaume Buisson, vice-président du collectif après l’annonce de cette décision à huis clos. “On ne comprend pas (…) On est devant des faits concrets, avec des personnes qui sont décédées, et on ne fait rien, on nous dit que c’est la faute à pas de chance… C’est pas possible. Et on a mis dix ans pour nous dire ça ? C’est inconcevable pour nous”, a-t-il martelé.Un pourvoi en cassation est “très fortement envisagé”, selon Me Pierre-Marie Pigeanne, l’avocat du collectif, dont plusieurs membres sont ressortis de la salle d’audience en larmes.”On est très déçus par cette décision (…) C’est une décision qui ne passe pas, qui fait pleurer, qui est un permis de circuler librement pour des autocars qui sont de véritables torches”, a déclaré le conseil en évoquant d’autres accidents similaires.”Si vous avez une étincelle dans un car, tout prend feu à une allure folle et très rapidement vous avez des fumées toxiques hautement paralysantes. On ne comprend pas pourquoi il n’existe pas de normes et quand il n’en existe pas, on pense qu’il devrait y avoir une réaction juridique”, a-t-il ajouté.”En cinquante ans, rien n’a bougé, notre combat il est là”, a abondé le vice-président du collectif.Selon Me Pigeanne, les assureurs ayant indemnisé les victimes ont engagé une procédure civile contre Daimler.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

La protéa, fleur nationale de l’Afrique du Sud, menacée par le changement climatique

Sur sa ferme à deux heures au nord de Johannesburg, Nico Thuynsma contemple des milliers de protéas chatoyantes, orange, jaunes et roses. Ici pousse la fleur nationale de l’Afrique du Sud, à 1.500 kilomètres de son habitat naturel, situé à la pointe sud de l’Afrique.Ces fleurs de la famille des Proteaceae “sont toutes différentes”, explique l’agriculteur de 55 ans. Mais elles sont menacées, selon un rapport de l’Institut national sud-africain pour la biodiversité (SANBI). L’Afrique du Sud en compte plus de 350 variétés – certaines sont éclatantes, semblant tout droit sorties d’un film de science-fiction, d’autres sont plus discrètes comme la “blushing bride” (“mariée rougissante”) aux bourgeons roses délicats.La plus majestueuse est la “protée royale”, une couronne rose et blanche de la taille d’un melon qui peut prendre jusqu’à quatre ans pour fleurir. Symbole de résilience avec ses racines adaptées aux sols pauvres et sa capacité à se régénérer après les incendies, elle est la fleur nationale de l’Afrique du Sud, estampillée sur sa monnaie, et prête son nom à l’équipe de cricket du pays et à des marques innombrables. La protéa sera le logo de la présidence sud-africaine du G20, dont le sommet est prévu en novembre à Johannesburg.Avec 10 millions de fleurs exportées l’an dernier, les protéas sont aussi au cœur d’un marché de 275 millions de rands (13 millions d’euros), selon l’organisation sectorielle Cape Flora.Mais ces plantes emblématiques sont menacées : selon le SANBI, près de la moitié des 353 protéas sud-africaines seraient déjà en danger d’extinction face aux pressions sur leur habitat d’origine dans les montagnes du Cap.- Une icône -Un rapport de l’institut pointe notamment une agriculture invasive, la prolifération d’espèces exotiques et des feux de forêt de plus en plus destructeurs.”Les gens viennent en Afrique du Sud pour voir des protéas”, explique Nigel Barker, professeur en sciences végétales a l’Université de Pretoria. “C’est l’équivalent floral de l’éléphant ou du lion”.La plupart sont endémiques ou semi-endémiques du biome de la région florale du Cap, le “fynbos” (“buisson fin”), qui est “un des lieux les plus extraordinaires du monde pour les plantes du point de vue de la diversité, de la densité et du nombre d’espèces endémiques”, selon l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).Mais les projections climatiques des décennies à venir prédisent “des conditions plus chaudes et plus sèches,” prévient M. Barker. “À l’avenir, nous aurons affaire à un type de végétation complètement différent, presque semi-désertique à certains endroits”.”De nombreuses espèces, dont l’aire de répartition naturelle est si restreinte, disparaîtront probablement dans ces scénarios,” craint-il. “La seule solution sera alors de les cultiver artificiellement… dans des serres ou des fermes où l’on contrôle l’irrigation”.La ferme de Nico Thuynsma, dans les savanes du nord du pays, en est un exemple. Ici, les hivers sont secs et froids, et les étés pluvieux : des conditions que l’on ne pensait pas favorables au développement de la fleur originaire du climat méditerranéen du Cap.- Expérimenter -Pourtant, depuis presque 30 ans, l’agriculteur y cultive plus de 200 variétés de protéas, dont certaines abandonnées de longue date par les fleuristes dans leur habitat d’origine.Une parcelle de sa ferme, ou il mène sa plus récente expérience, rassemble 36 variétés plantées avec seulement deux litres de gel d’arrosage, et aucune autre forme d’irrigation.”J’espère révéler le pouvoir de certaines de ces fleurs”, explique M. Thuynsma. “Elles poussent dans des conditions très difficiles dans le Cap occidental. Elles ont la niaque”.”J’apprends d’elles et avec elles. J’espère qu’à l’avenir, je pourrai conseiller mes clients sur la manière de planter ce merveilleux fynbos sans irrigation”, dit-il.Accroupi au-dessus d’une petite pousse qu’il plante dans la terre fraîchement retournée, il plaisante : “Je ne pense pas avoir de réponse au changement climatique. Mais j’ai une solution : planter des protéas”.À quelques mètres de là, dans une pépinière chauffée, des milliers de plants attendent leur tour.”Je les aime, je les protège, je les collectionne”, sourit M. Thuynsma. “La protéa fait partie de l’ADN de l’Afrique du Sud”.

Vendanges en Champagne: le procès pour traite d’êtres humains s’est ouvert à Châlons-en-Champagne

“20% de raisins, 80% de misère”: Un procès pour traite d’être humains lors de vendanges en Champagne en 2023 s’est ouvert jeudi à Châlons-en-Champagne, avec plusieurs dizaines de victimes présentes à l’audience, qui étaient sans-papiers à l’époque pour la plupart. Avant l’ouverture du procès à 9H00, qui doit durer toute la journée, les plaignants se sont retrouvés à un rassemblement devant le tribunal correctionnel, organisé par la CGT.”Assemblage 20% de raisins 80% de misère” pouvait-on lire sur l’étiquette d’une bouteille de champagne en photo sur une grande bâche posée sur une camionnette du syndicat. “Prestataires = fossoyeurs de la Champagne” annonçait une autre banderole.Parmi les prévenus figure la dirigeante d’Anavim, une société de prestations viticoles. Cette femme de 44 ans originaire du Kirghizistan est également poursuivie pour travail dissimulé, emploi d’étrangers sans autorisation de travail salarié, soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes et avec une rétribution inexistante ou insuffisante.Deux hommes âgés de 33 ans, soupçonnés d’avoir participé au recrutement des vendangeurs en Ile-de-France, seront jugés à ses côtés. La société Anavim et une coopérative vinicole de la Marne sont également poursuivies comme personnes morales.En septembre 2023, à la suite d’un signalement de riverains, l’inspection du travail procède à un contrôle de l’hébergement des travailleurs et constate des conditions de vie portant “gravement atteinte à la sécurité, à la santé et à la dignité des occupants”, selon le parquet de Châlons-en-Champagne. Cet hébergement collectif, consistant en une maison en travaux et un hangar à Nesle-le-Repons, au sud-ouest de Reims, a ensuite été fermé par la préfecture, qui y a constaté “des literies de fortune”, “l’état répugnant des toilettes, sanitaires et lieux communs” ou encore des installations électriques dangereuses.- “Pas de respect” -“Ils nous mettent dans un bâtiment abandonné, pas de nourriture, pas d’eau, rien du tout. Et puis on nous amène (…) pour faire des vendanges de 5H00 du matin jusqu’à 6H00 du soir, ça ne se fait pas”, a déclaré à l’AFP Modibo Sidibe, une victime d’une trentaine d’années venue jeudi assister au procès en espérant que “justice soit faite”.”La nourriture, c’est pas bon, le logement, c’est pas bon. On travaille dur, pas de respect, franchement c’était déplorable”, a ajouté Ousseny Diaite, un autre plaignant d’une quarantaine d’années d’origine sénégalaise.  Au total, 57 victimes ont été identifiées par l’enquête du parquet de Châlons-en-Champagne.Les prévenus “ont un mépris total pour le respect de la dignité humaine”, a dénoncé en amont du procès Me Maxime Cessieux, avocat des victimes, dont la majorité sont des étrangers en situation irrégulière originaires du Mali, de Mauritanie, de Côte d’Ivoire ou encore du Sénégal.”L’exploitant viticole ne peut pas faire semblant qu’il ne savait pas” selon Me Cessieux, appelant les maisons de champagne à être “intransigeantes” sur les conditions dans lesquelles sont ramassés leurs raisins.- Image du Champagne en jeu -Les donneurs d’ordre et les prestataires “doivent être condamnés conjointement”, réclame pour sa part José Blanco, de la CGT Champagne, également partie civile.Le syndicaliste demande également que “les conditions d’hébergement et de rémunération des travailleurs saisonniers soient inscrites dans le cahier des charges de l’AOC Champagne”. “Si un vigneron emploie un prestataire impliqué dans un cas de traite d’êtres humains, alors sa récolte doit être déclassée”, estime M. Blanco.Le procès, initialement prévu en mars, avait été renvoyé à la demande de la défense.Pour la première fois dans un procès sur le sujet des vendangeurs, le Comité Champagne, qui représente 16.200 vignerons, 130 coopératives et 370 maisons de Champagne, est lui aussi partie civile.Le Comité Champagne souhaite ainsi “exprimer sa ferme opposition à ces pratiques inacceptables”, selon une déclaration de son directeur général, Charles Goemaere, transmise à l’AFP en mars.Les vendanges de 2023 dans la région avaient été émaillées d’incidents. Quatre personnes travaillant à la récolte du raisin sont notamment décédées lors d’un mois de septembre particulièrement chaud cette année-là.Dans un communiqué cosigné avec la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM), également parties civiles, la CGT a dénoncé “les pratiques inacceptables” d'”un patronat agricole “qui n’hésite pas à surexploiter les travailleurs pour accroître ses profits”.

Au Cadre Noir de Saumur, 200 ans d’équitation à la française

De bon matin, des palefreniers nettoient des boxes de chevaux. Une image banale dans une écurie, à un détail près: la présence d’écuyers vêtus de noir et coiffés d’un képi. Depuis 200 ans, le Cadre Noir de Saumur perpétue l’équitation à la française.Ses missions? “Conserver la qualité de notre équitation et de notre tradition équestre française”, la compétition, la formation et la recherche, énumère l’adjudant-chef Gildas Flament.Les origines du l’institution sont militaires, rappelle le maître de manège. À l’issue des guerres napoléoniennes au XIXe siècle, qui avaient décimé la cavalerie française, “il a fallu former en urgence des écuyers et des chevaux et le Cadre Noir a été fondé en 1825”. Dans les années 1970, avec le développement de l’équitation de loisirs, l’institution devient civile. Elle fait partie aujourd’hui de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE).Le savoir-faire reste le même, présenté lors des galas à Saumur, en tournée et durant des représentations en matinée, avec sauts d’école (courbette, croupade et cabriole), des figures héritées de la Renaissance, les carrousels ou encore le saut d’obstacle aux longues rênes. Le site de Saumur accueille chaque année 100.000 visiteurs.L’équitation de tradition française que représente le Cadre Noir est inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco. “Je suis en train de pionter (tresser la crinière en petites boules) de Sinatra avant la matinale”, décrit Maelys Laurioux, palefrenière soigneuse, perchée sur un escabeau, élastiques à cheveux en bouche, peigne à la main, pour préparer la crinière du grand cheval bai.La jeune femme de 25 ans s’occupe quotidiennement de six chevaux dès 7h30 du matin: nettoyer les boxes, leur donner du foin, les brosser, seller, natter, les sortir au paddock (petit enclos)… Des cavaliers en formation passent à cheval pour les échauffer, avant qu’ils soient montés par les 33 écuyers, reconnaissables à leur tenue noire, képi pour les hommes et tricorne pour les femmes, éperons dorés, gants, la fonction la plus prestigieuse du Cadre Noir. Plus de 200 personnes travaillent sur le site.”Ce que j’aime, c’est m’occuper des chevaux”, confie la palefrenière. Elle a pu “apprendre rapidement la natte à la française, à pionter, les longues rênes, ça m’a permis de partir en déplacement”, raconte-t-elle. “Pour rien au monde je ne changerais.” – Formation -Olivier Chollet, 57 ans dont 34 comme palefrenier soigneur au Cadre Noir, abonde. Il a voyagé en Chine ou au Japon pour des galas.Il suit certains chevaux pendant des années. “J’ai récupéré deux retraités, ils sont chez moi au pré”, dit-il. Le Cadre Noir compte 280 chevaux, essentiellement des selles français et des anglo-arabes. Achetés à trois ans, ils arrêtent leur carrière vers 18 ans et sont placés, souvent chez des particuliers.L’institution bicentenaire n’échappe pas aux réflexions sur le bien-être animal qui traversent le monde équestre. “Nous sommes évidemment impactés par cette évolution”, fait savoir Gildas Flament.Pour tenter de s’adapter, le Cadre Noir s’est doté récemment de petits paddocks “de manière à ce que les chevaux puissent avoir une vie sociale et être en liberté un peu plus de temps qu’avant”, indique le maître de manège, les chevaux, de nature grégaire et ayant besoin de beaucoup se déplacer, vivant actuellement en boxes individuels.”On ne peut pas tout casser et tout refaire en une fois”, poursuit-il en parlant des écuries construites dans les années 1970, mais “des travaux sont envisagés” pour offrir à chaque cheval un paddock attenant à son boxe.Pauline Basquin, cavalière olympique de dressage, remplit trois des missions du Cadre Noir: “formation, participer aux galas et compétition”, précise-t-elle, posée dans le grand manège des écuyers, à côté de Sertorius de Rima avec qui elle a participé aux Jeux Olympiques à Paris.”Porter la tunique, ça veut dire quelque chose”, explique cette écuyère. Elle est synonyme d’une équitation “qui respecte certaines valeurs comme la recherche d’harmonie dans le couple cheval-cavalier, la fluidité, la discrétion dans l’emploi des aides et le respect du cheval”, ce qu’elle s’efforce de transmettre à ses élèves, de futurs professionnels du monde du cheval, comme en compétition.

Bébé secoué: condamnée à 12 ans de prison, une nourrice jugée en appel

Le procès en appel d’une ancienne assistante maternelle, condamnée en 2024 à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir causé la mort d’un bébé en le secouant violemment, a débuté jeudi à Colmar (Haut-Rhin).Vanina Reysz, 45 ans, comparaît pour violences volontaires sur mineur de (moins de) 15 ans ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, par personne ayant autorité.”Je veux bien payer pour ce que j’ai fait mais je ne veux pas être sanctionnée pour ce que je n’ai pas fait”, a déclaré à l’audience la quadragénaire, qui avait fait appel de la décision de la cour d’assises du Bas-Rhin.Si elle reconnaît avoir secoué l’enfant, elle l’explique par une tentative de le secourir alors qu’il était, selon elle, amorphe.”Je l’ai secoué dans un geste de panique pour le faire revenir à lui”, a assuré Mme Reysz, en chemisier noir et blanc. Elle comparaît détenue, après avoir présenté deux demandes de remise en liberté, sans succès.Le 22 octobre 2013, à 07H30, le petit Hugo, âgé de six mois, avait été déposé chez elle, souriant. Cela faisait un mois qu’il était gardé par cette mère de deux enfants, à son domicile de Marlenheim (Bas-Rhin). Il retournait chez sa nourrice après avoir été gardé du 9 au 21 octobre par ses parents et sa grand-mère maternelle.L’assistante maternelle avait reçu un agrément un peu plus d’un an auparavant, en août 2012.Moins d’une heure après l’arrivée d’Hugo, Vanina Reysz avait appelé les pompiers, affolée, expliquant que le bébé “ne respir(ait) plus” et qu’il était “très, très mou”.Arrivés aux urgences, les parents d’Hugo avaient appris le décès de leur fils.- “Geste de panique” -Lors de son procès l’an dernier devant les assises, Vanina Reysz, qui comparaissait libre, avait reconnu avoir secoué le petit Hugo. Elle avait cependant expliqué avoir agi sous le coup de la panique car l’enfant était devenu “amorphe, comme une poupée de chiffon”, après avoir englouti le contenu d’un biberon. Selon des experts entendus par la cour d’assises, Hugo présentait de graves lésions correspondant à un secouement très violent survenu le jour même des faits et à un secouement antérieur, environ deux semaines avant sa mort.”Je regrette”, avait déclaré devant la cour d’assises du Bas-Rhin Vanina Reysz, dont l’agrément avait été suspendu après le drame. “Je n’ai jamais voulu faire du mal volontairement à Hugo”, avait-elle poursuivi.Le 26 juin 2024, elle avait été condamnée à 12 ans de réclusion criminelle, ainsi qu’à une interdiction d’exercer une activité professionnelle ou bénévole avec des mineurs. Son avocat, Eric Amiet, avait qualifié cette peine, conforme aux réquisitions de l’avocate générale, d'”inutilement excessive, dix ans après les faits”.- “Faire leur deuil” -Après le décès d’Hugo, le couple – un pâtissier et une secrétaire-comptable – ont eu deux autres garçons qu’ils ont gardés eux-mêmes, affirmant ne plus faire confiance à personne.”Ce qu’ils souhaitent, c’est que la vérité soit faite, que leur famille puisse faire son deuil”, selon leur avocat Pascal Créhange. Pour lui, Vanina Reysz est “la seule personne qui sait ce qui s’est passé”.L’assistante maternelle avait changé de version deux mois après les faits, affirmant qu’elle avait eu un malaise le matin du drame et que le bébé avait pu se cogner la tête contre un mur. Mais les experts ont écarté toute cause accidentelle du décès.Sa description du secouement n’est pas non plus compatible avec les lésions présentées par l’enfant, victime de gestes beaucoup plus violents, avait souligné un expert lors du premier procès.Le verdict est attendu vendredi.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Changement climatique: une dizaine d’indicateurs dans le rouge, alertent des scientifiques de référence

Gaz à effet de serre, élévation du niveau de la mer, seuil de 1,5°C de réchauffement: une dizaine d’indicateurs climatiques clefs sont dans le rouge, alertent une soixantaine de chercheurs de renom dans une vaste étude mondiale parue jeudi.”Le réchauffement d’origine humaine a augmenté à un rythme sans précédent dans les mesures instrumentales, atteignant 0,27°C par décennie sur 2015-2024″, concluent les scientifiques issus d’institutions prestigieuses.Les émissions de gaz à effet de serre, issus notamment de l’utilisation des énergies fossiles, ont en effet atteint un nouveau record en 2024, à 53 milliards de tonnes de CO2 chaque année en moyenne sur la dernière décennie. Les particules polluantes dans l’air, qui ont un effet refroidissant, ont par ailleurs diminué.Ce constat, publié dans la revue Earth System Science Data, est le fruit du travail de chercheurs provenant de 17 pays, qui s’appuient sur les méthodes du Giec, le groupe d’experts du climat mandatés par l’ONU, auquel la plupart appartiennent ou ont appartenu.L’intérêt de l’étude est de fournir des indicateurs mis à jour annuellement à partir du rapport du Giec, sans attendre le prochain dans plusieurs années.  Pour l’année 2024, le réchauffement observé par rapport à l’ère pré-industrielle a atteint 1,52°C, dont 1,36°C attribuable à la seule activité humaine. L’écart témoigne de la variabilité naturelle du climat, à commencer par le phénomène El Niño.”mauvaise direction”C’est un niveau record mais “attendu” compte tenu du réchauffement d’origine humaine, auquel s’ajoutent ponctuellement ces phénomènes naturels, souligne Christophe Cassou, du CNRS. “Ce n’est pas une année exceptionnelle ou surprenante en tant que telle pour les climatologues”, affirme-t-il.Cela ne signifie pas que la planète a déjà franchi le seuil le plus ambitieux de l’accord de Paris (réchauffement limité à 1,5°C), qui s’entend sur une période de plusieurs décennies.Mais la fenêtre se referme toujours plus. Le budget carbone résiduel – la marge de manœuvre, exprimée en quantité totale de CO2 qui pourrait encore être émise tout en gardant 50% de chance de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C – est en train de fondre.Ce “budget” n’est plus que de l’ordre de 130 milliards de tonnes au début de 2025, un peu plus de trois ans d’émissions au rythme actuel, contre encore quelque 200 milliards il y a un an.”Le dépassement du seuil de 1,5°C est désormais inéluctable”, juge l’un des auteurs, Pierre Friedlingstein, du CNRS.”J’ai tendance à être une personne optimiste”, affirme l’auteur principal de l’étude, Piers Forster, de l’université de Leeds. “Mais si on regarde la publication de cette année, tout va dans la mauvaise direction”.”On ne doit pas tomber dans la fatalité, dans le +c’est foutu+”, a réagi jeudi la ministre française de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher sur France Inter. “Chaque économie de carbone compte” et “on a les solutions technologiques” dont le coût baisse, a-t-elle soutenu, fustigeant les “lobbies fossiles qui, aujourd’hui, nous empêchent d’accélérer cette transformation” vers une économie bas-carbone.”réduire les émissions”Les auteurs ont inclus cette année deux nouveaux indicateurs, dont l’un concerne la montée du niveau de la mer, qui se dilate sous l’effet du réchauffement et reçoit des volumes d’eau douce avec la fonte des glaces. Le rythme a plus que doublé avec une hausse de quelque 26 mm entre 2019 et 2024, alors que la moyenne était de moins de 2 mm par an depuis le début du XXe siècle.Au total, le niveau des océans est monté de 22,8 cm depuis le début du siècle dernier, de quoi renforcer le pouvoir destructeur des tempêtes et menacer l’existence de certains États insulaires.Cette montée, qui obéit à des phénomènes complexes, est soumise à une forte inertie et se poursuivra même si les émissions cessaient immédiatement. Mais l’humanité n’est pas pour autant démunie.”Que peut on faire pour limiter la vitesse et l’ampleur de la montée du niveau de la mer? Réduire les émissions de gaz à effet de serre le plus rapidement possible”, souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte.A moins de six mois de la COP30 au Brésil, les politiques en faveur du climat sont pourtant fragilisées par le retrait des Etats-Unis de Donald Trump de l’accord de Paris.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Mexique: l’ouragan Erick “extrêmement dangereux” se renforce en catégorie 4

“Extrêmement dangereux”, l’ouragan Erick dans le Pacifique s’est renforcé en catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson qui en compte 5 avant de toucher les côtes du Mexique, a indiqué mercredi soir le Centre national des ouragans de Miami (NHC).Erick avance vers les côtes du sud-ouest du Mexique avec des vents pouvant aller jusqu’à 230 km/heure, d’après le NHC. Le cyclone se trouvait à 110 km au large des côtes de l’Etat de Oaxaca peu avant minuit (06h00 GMT).Erick devrait toucher terre dans la nuit de mercredi à jeudi, heure locale, à la jonction des Etats côtiers du Oaxaca et du Guerrero, plus au nord.Le cyclone se manifeste par des “vents potentiellement destructeurs” qui pourraient provoquer “des inondations soudaines potentiellement mortelles dans certaines parties du sud du Mexique”, avait déjà prévenu le NHC plus tôt mercredi en annonçant le passage de la catégorie 2 à 3.La présidente Claudia Sheinbaum avait alors recommandé aux habitants de se protéger en restant chez eux, “de rester ensemble en famille”, dans une vidéo sur X.Les autorités ont lancé des messages de prévention dans les stations balnéaires de Puerto Escondido et surtout Acapulco, durement touchée par l’ouragan Otis de catégorie 5 en octobre 2023.Dans l’ex-capitale de la jet-set sur le Pacifique, perdue aux mains des narcotrafiquants, des habitants ont commencé à se rendre dans les centres d’accueil aménagés face à la menace de l’ouragan, a constaté l’AFP. Des petites embarcations de plaisance ont été sorties de l’eau pour éviter qu’elles ne coulent.Les autorités ont par ailleurs demandé aux habitants de suspendre les activités non-essentielles à partir de 20H00. Les supermarchés devaient fermer à 18H00.La pluie a commencé à tomber en fin d’après-midi après une journée ensoleillée.C’est cependant Puerto Escondido et ses 30.000 habitants, dont des touristes étrangers, qui pourraient être le plus proches des murs de vents du cyclone.Les restaurants étaient déjà fermés malgré la présence de touristes qui ne voulaient pas renoncer à leurs vacances, a constaté sur place un journaliste de l’AFP.”On dit qu’il va frapper de ce côté-ci de la côte, on va prendre nos précautions pour ne rien regretter par la suite”, a déclaré Adalberto Ruiz, un pêcheur de 55 ans qui mettait sa barque à l’abri.- Militaires déployés -Les autorités ont également suspendu les cours dans les villes concernées et fermé les ports à la navigation. Le gouvernement a déployé des centaines de militaires et des agents de la Commission fédérale d’électricité (CFE) dans le cadre de son plan d’urgence. Les ouragans menacent de mai à octobre les côtes du Mexique, celles du Pacifique et celles du golfe.En octobre 2023, le front de mer d’Acapulco, la capitale de la jet-set internationale sur le Pacifique dans les années 1960, a été détruit par Otis, qui s’est converti en quelques heures en ouragan de force maximale. Il a fait au moins 50 morts et 30 disparus, selon les autorités mexicaines.En septembre 2024, Acapulco a été de nouveau frappée par un ouragan, John, de force 3, qui a causé la mort d’au moins 15 personnes.

Petit Grégory: la justice convoque sa grand-tante et envisage de la mettre en examen

Plus de 40 ans après le meurtre du petit Grégory Villemin, la justice a ordonné mercredi un nouvel interrogatoire, d’ici “quelques mois”, de sa grand-tante, soupçonnée dans cette affaire emblématique d’avoir rédigé une lettre du corbeau, et envisage de la mettre en examen.Jacqueline Jacob, 80 ans, sera convoquée en vue d’une possible mise en examen pour “association de malfaiteur criminelle”, a annoncé le procureur général près la cour d’appel de Dijon, Philippe Astruc, dans un communiqué.Cette audition “ne devrait pas intervenir avant quelques mois”, a-t-il précisé.Jacqueline Jacob, qu’une expertise en graphologie a désigné comme l’auteure d’une lettre anonyme menaçante adressée en 1983 aux parents du petit Grégory, avait déjà été interpellée en juin 2017, avec son époux Marcel.Elle avait gardé le silence lors de son audition et avait été mise en examen avec son mari pour “enlèvement et séquestration suivie de mort”. Mais les poursuites visant le couple avaient ensuite été annulées pour vice de forme.Depuis, de nouvelles expertises ont eu lieu et la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon, qui supervise le dossier depuis 2008, a listé en début d’année tous les “éléments qui concernent Jacqueline Jacob”, rapporte le procureur général, sans donner de détails.Le parquet général a estimé que ces éléments “ne suffisaient pas” à la poursuivre pénalement, précise-t-il.Après une audience le 9 avril, la chambre de l’instruction a rendu mercredi un arrêt contraire: elle demande à son président de “procéder à l’interrogatoire” de Mme Jacqueline Jacob et “envisager sa mise en examen sous la qualification d’association de malfaiteur criminelle”, selon le communiqué du procureur.- “Toute la vérité” -Les parents du petit Grégory, “Jean-Marie et Christine Villemin ont appris la décision de la cour d’appel ce mercredi avec une très forte émotion et une grande reconnaissance envers la justice”, a commenté leur avocat François Saint-Pierre.”Ils participeront bien sûr à toutes les audiences et l’éventuel procès en cours d’assises pour que toute la vérité soit dite sur l’assassinat de leur enfant il y a plus de 40 ans”, a-t-il encore dit à l’AFP.En revanche, l’avocat des époux Jacob a estimé qu’il s’agissait d’une “non information”: le parquet général “dit qu’il n’y a pas de charge, que ça ne vaut rien, (…) qu’il n’y a rien de neuf”, a souligné Me Stéphane Giuranna, se disant “serein” à ce stade.Grégory Villemin, quatre ans, a été retrouvé ligoté le 16 octobre 1984 dans une rivière des Vosges. “Voilà ma vengeance – Pauvre con” : le jour-même, une lettre anonyme est adressée au père par un “corbeau” qui harcèle depuis plusieurs années la famille.Bernard Laroche, un cousin du père, est rapidement mis en cause sur la base d’accusations de sa belle-soeur, une adolescente de 15 ans, qui reviendra ensuite sur ses propos. Inculpé d’assassinat et écroué, il est remis en liberté mais Jean-Marie Villemin, convaincu de sa culpabilité, le tue en mars 1985.La mère de Grégory, Christine  Villemin, sera à son tour poursuivie, avant de bénéficier d’un non lieu.Le couple s’est ensuite battu pour obtenir une réouverture de ce dossier qui a passionné la France.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Les lieux rafraîchis, premiers et derniers refuges face aux canicules extrêmes

Face au risque de chaleurs extrêmes prolongées, aggravé par le réchauffement climatique, de plus en plus de villes cartographient leurs lieux “rafraîchis”, susceptibles d’accueillir quelques heures durant les populations les plus fragiles, mais les besoins sont immenses et les solutions souvent sous-dimensionnées.Depuis l’expérience traumatisante de la canicule de 2003, qui avait provoqué la mort de 15.000 personnes, les maires ont l’obligation de recenser les lieux frais ou climatisés de leur ville, et de tenir à jour un registre des personnes vulnérables.En cas de canicule, il s’agit de mettre rapidement à l’abri ces personnes en les conduisant dans des salles climatisées. Mais ce dispositif a largement “fait les preuves de son inefficacité”, retrace Sébastien Maire, délégué général de l’association France Ville Durable. L’inscription sur le registre étant volontaire, les personnes les plus isolées échappent selon lui à tout recensement. Depuis, les mairies ont recentré leur action et leur communication sur la présence de lieux “refuges” disséminés un peu partout dans les villes. C’est le cas à Paris, où 1.400 îlots de fraîcheur ont été cartographiés “à moins de sept minutes à pied”: parcs, aires de brumisation, rues végétalisées, églises, piscines, musées ou bibliothèques climatisés…”On s’attend à des températures de 50 degrés dans les prochaines années. On est donc dans une course contre la montre face aux effets du réchauffement”, explique à l’AFP Dan Lert, adjoint à la Transition écologique.- “Dôme de chaleur” -En 2023, un exercice de simulation “Paris à 50°C” a été réalisé pour anticiper un “dôme de chaleur”. Dans leur document de synthèse, les services de la Ville s’interrogent sur la possibilité d’ouvrir “d’autres lieux refuges” comme des centres commerciaux, des gares souterraines ou des parkings, et de les occuper “pendant une longue période”, y compris “de nuit”.Les tunnels de la petite ceinture parisienne ont également été testés pour faire classe aux élèves.Si certaines villes sont plus en avance, “rares sont celles qui ont une approche stratégique de ces lieux refuges”, reconnaît l’urbaniste Clément Gaillard.”Si une canicule catastrophique a lieu demain, on mobilisera dans l’urgence les parkings souterrains, les lieux enterrés et les églises”, assure cet expert en conception bioclimatique, rappelant qu’il existe un “énorme gisement de bâtiments abondamment climatisés, tels les centres commerciaux”.Aujourd’hui, les villes privilégient les solutions faciles à mettre à œuvre sur le plan technique et juridique. C’est le cas de Saint-Genis-Laval, ville de 21.000 habitants en banlieue lyonnaise, où la salle climatisée du conseil municipal est aménagée l’été pour accueillir un public intergénérationnel. A Toulouse, l’accent a été mis sur l’extension le soir des horaires de fermeture des parcs, piscines, musées et bibliothèques, ainsi que sur la gratuité des lieux culturels.- “Dormir dehors” -Autre solution très prisée des communes, la végétalisation des cours d’école permet en théorie d’accueillir des publics vulnérables hors du temps scolaire.”Ce n’est pas de la climatisation mais du rafraîchissement de quelques degrés”, observe néanmoins Sébastien Maire, qui n’est “pas certain que cela suffise sur le plan sanitaire”.Lui défend aussi l’idée de climatiser certains préaux d’école pour en faire de véritables “zones refuges” et éviter “que chacun ne s’équipe de climatiseurs individuels”, mais aussi les “réseaux de froid” et la mobilisation du “foncier privé, comme les cours intérieures d’immeubles”.”Si la canicule est vraiment intense, il n’y aura pas assez de lieux frais et il faudrait pouvoir dormir dehors, notamment dans les parcs, ce qui pose la question de la surveillance et des obstacles psychologiques”, estime de son côté la géographe Anne Ruas.Dans les quartiers populaires où les logements non rénovés sont des passoires thermiques, l’accès à des zones fraîches est d’autant plus crucial que les habitants n’ont souvent pas les ressources pour échapper à la chaleur.”Il y a des îlots de fraîcheur mais ils ne sont pas assez nombreux”, constate Sanaa Saitouli, co-fondatrice de l’association Banlieues Climat.Or les communes les moins riches sont souvent celles qui investissent le moins dans les solutions de rafraîchissement.”Il y a des communes très engagées dans la protection de leur population contre la chaleur, mais le gouvernement les prive de moyens financiers, tandis que beaucoup d’autres n’ont pas pris la mesure de l’urgence” interpelle Robin Ehl, chargé de campagne chez Oxfam.

Les lieux rafraîchis, premiers et derniers refuges face aux canicules extrêmes

Face au risque de chaleurs extrêmes prolongées, aggravé par le réchauffement climatique, de plus en plus de villes cartographient leurs lieux “rafraîchis”, susceptibles d’accueillir quelques heures durant les populations les plus fragiles, mais les besoins sont immenses et les solutions souvent sous-dimensionnées.Depuis l’expérience traumatisante de la canicule de 2003, qui avait provoqué la mort de 15.000 personnes, les maires ont l’obligation de recenser les lieux frais ou climatisés de leur ville, et de tenir à jour un registre des personnes vulnérables.En cas de canicule, il s’agit de mettre rapidement à l’abri ces personnes en les conduisant dans des salles climatisées. Mais ce dispositif a largement “fait les preuves de son inefficacité”, retrace Sébastien Maire, délégué général de l’association France Ville Durable. L’inscription sur le registre étant volontaire, les personnes les plus isolées échappent selon lui à tout recensement. Depuis, les mairies ont recentré leur action et leur communication sur la présence de lieux “refuges” disséminés un peu partout dans les villes. C’est le cas à Paris, où 1.400 îlots de fraîcheur ont été cartographiés “à moins de sept minutes à pied”: parcs, aires de brumisation, rues végétalisées, églises, piscines, musées ou bibliothèques climatisés…”On s’attend à des températures de 50 degrés dans les prochaines années. On est donc dans une course contre la montre face aux effets du réchauffement”, explique à l’AFP Dan Lert, adjoint à la Transition écologique.- “Dôme de chaleur” -En 2023, un exercice de simulation “Paris à 50°C” a été réalisé pour anticiper un “dôme de chaleur”. Dans leur document de synthèse, les services de la Ville s’interrogent sur la possibilité d’ouvrir “d’autres lieux refuges” comme des centres commerciaux, des gares souterraines ou des parkings, et de les occuper “pendant une longue période”, y compris “de nuit”.Les tunnels de la petite ceinture parisienne ont également été testés pour faire classe aux élèves.Si certaines villes sont plus en avance, “rares sont celles qui ont une approche stratégique de ces lieux refuges”, reconnaît l’urbaniste Clément Gaillard.”Si une canicule catastrophique a lieu demain, on mobilisera dans l’urgence les parkings souterrains, les lieux enterrés et les églises”, assure cet expert en conception bioclimatique, rappelant qu’il existe un “énorme gisement de bâtiments abondamment climatisés, tels les centres commerciaux”.Aujourd’hui, les villes privilégient les solutions faciles à mettre à œuvre sur le plan technique et juridique. C’est le cas de Saint-Genis-Laval, ville de 21.000 habitants en banlieue lyonnaise, où la salle climatisée du conseil municipal est aménagée l’été pour accueillir un public intergénérationnel. A Toulouse, l’accent a été mis sur l’extension le soir des horaires de fermeture des parcs, piscines, musées et bibliothèques, ainsi que sur la gratuité des lieux culturels.- “Dormir dehors” -Autre solution très prisée des communes, la végétalisation des cours d’école permet en théorie d’accueillir des publics vulnérables hors du temps scolaire.”Ce n’est pas de la climatisation mais du rafraîchissement de quelques degrés”, observe néanmoins Sébastien Maire, qui n’est “pas certain que cela suffise sur le plan sanitaire”.Lui défend aussi l’idée de climatiser certains préaux d’école pour en faire de véritables “zones refuges” et éviter “que chacun ne s’équipe de climatiseurs individuels”, mais aussi les “réseaux de froid” et la mobilisation du “foncier privé, comme les cours intérieures d’immeubles”.”Si la canicule est vraiment intense, il n’y aura pas assez de lieux frais et il faudrait pouvoir dormir dehors, notamment dans les parcs, ce qui pose la question de la surveillance et des obstacles psychologiques”, estime de son côté la géographe Anne Ruas.Dans les quartiers populaires où les logements non rénovés sont des passoires thermiques, l’accès à des zones fraîches est d’autant plus crucial que les habitants n’ont souvent pas les ressources pour échapper à la chaleur.”Il y a des îlots de fraîcheur mais ils ne sont pas assez nombreux”, constate Sanaa Saitouli, co-fondatrice de l’association Banlieues Climat.Or les communes les moins riches sont souvent celles qui investissent le moins dans les solutions de rafraîchissement.”Il y a des communes très engagées dans la protection de leur population contre la chaleur, mais le gouvernement les prive de moyens financiers, tandis que beaucoup d’autres n’ont pas pris la mesure de l’urgence” interpelle Robin Ehl, chargé de campagne chez Oxfam.