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Climat: la baisse des émissions de gaz à effet de serre ralentit encore en France

Après avoir déjà marqué sérieusement le pas en 2024, la baisse des émissions de gaz à effet de serre de la France devrait à nouveau ralentir en 2025, avec une baisse estimée à seulement 0,8% sur l’ensemble de l’année, a annoncé vendredi le Citepa.Sur 2025, les émissions brutes françaises (hors puits de carbone) devraient atteindre 366 millions de tonnes en équivalent CO2 (MtCO2e), soit une baisse de “seulement 3 MtCO2e” par rapport à 2024, note l’organisme mandaté pour dresser le bilan carbone national, qui fait pour la première fois un “bilan prévisionnel” pour l’année en cours.Cette faible diminution des émissions “confirmerait le ralentissement de la dynamique observée ces dernières années”, souligne-t-il. En 2024, la baisse des émissions françaises était de 1,8%, après -6,8% en 2023. “Ces chiffres sont très mauvais et appellent à un sursaut collectif”, a réagi vendredi la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher dans un communiqué reprenant les termes du Haut Conseil pour le climat (HCC) qui jeudi appelait à “relancer l’action climatique” en France après plusieurs “reculs” sur l’artificialisation des sols (ZAN), la restriction des véhicules les plus polluants dans les grandes villes (ZFE), la remise en cause des aides de l’Etat pour la rénovation énergétique des logements (MaPrimeRénov’).”Je refuse de laisser place au doute et à l’essoufflement. Continuer à baisser nos émissions de gaz à effet de serre est non seulement indispensable, mais possible”, a jugé la ministre. “La confusion du discours politique, les reculades, les propos irresponsables et populistes de certains sur la transition écologique expliquent aussi ce que nous observons. (…) Ce message de +stop and go+ est desastreux”, a-t-elle jugé dans Le Monde.La France, longtemps présentée comme un des bons élèves de la décarbonation, semble ainsi perdre son élan, à l’image de l’Allemagne (-3% en 2024 après -10% en 2023) ou du Royaume-Uni (-3,6% après 5,1%), à l’heure où on rentre dans le dur des efforts à réaliser.”Il est ahurissant que l’année des 10 ans de l’Accord de Paris, et alors que les impacts du changement climatique s’aggravent, la France, par les reculs incessants de son gouvernement sur la transition écologique, soit en train de stopper la baisse de ses émissions (…) Ce n’est pas une fatalité, mais un choix politique qui va à l’encontre de la volonté des Françaises et Français”, a réagi Anne Bringault, directrice des Programmes chez Réseau Action Climat (RAC).- énergie et bâtiments à la peine -Pour le premier trimestre, le Citepa note que les émissions sont reparties légèrement à la hausse (+0,2%) sous l’effet notamment de la fin des baisses records en matière de production d’énergie et d’émissions particulièrement élevées pour les bâtiments résidentiels et tertiaire (+5,2%) en raison d’une forte consommation de gaz et de chauffage liée à un hiver plus frais.Pour l’année, l’organisme anticipe que le deuxième trimestre devrait voir ses émissions baisser de 1,8%, avant -0,9% et -0,8% pour les troisième et quatrième trimestres. Les secteurs qui seront en plus forte baisse seront l’industrie manufacturière et de construction(-2,4%) et l’agriculture et la sylviculture (-1,3%).Les transports resteront stables, tandis que les baisses notables des dernières années sur le secteur de la production d’énergie (-7% en 2023 et -4% en 2024) devraient fortement ralentir en 2025 (-0,9%).Le secteur industriel devrait voir ses émissions baisser de 2,4% mais, selon l’Insee, cela sera “essentiellement” lié au recul de la production industrielle plutôt qu’à la décarbonation.- encore beaucoup d’efforts -Ce ralentissement intervient alors que les pays développés doivent maintenant s’attaquer aux secteurs difficiles ou coûteux à décarboner. Et les ambitions doivent être revues à la hausse pour espérer limiter les effets désastreux (canicules, inondations, sécheresse, incendies …) du réchauffement climatique.Les émissions de l’UE ont diminué de 8,3% en 2023, et sont désormais inférieures de 37% aux niveaux de 1990, selon la Commission européenne. Mais la marche est encore très haute pour respecter les objectifs climatiques: mercredi, la Commission a proposé de réduire de 90% d’ici 2040 les émissions nettes par rapport à 1990.D’autres pays comme les Etats-Unis, premiers émetteurs historiques, stagnent dans la réduction de leurs émissions (-0,2% en 2024), dans un contexte de remise en cause des politiques climatiques.L’objectif français actuel à l’horizon 2030 est de réduire d’au moins 40% les émissions brutes par rapport à 1990. La troisième stratégie nationale bas carbone, en cours d’élaboration, rehaussera cet objectif à -50%, ce qui suppose une réduction de l’ordre de 5% par an entre 2022 et 2030. Selon l’Insee, depuis 1900, les émissions françaises ont été réduites de 31%.

Inde: les inondations liées à la mousson font au moins 69 morts

Les inondations et les glissements terrain qui accompagnent le début de la mousson estivale dans le nord de l’Inde ont causé la mort d’au moins 69 personnes ces deux dernières semaines, a-t-on appris vendredi auprès des autorités.Des centaines de personnes meurent chaque année pendant la saison des pluies dans le pays le plus peuplé de la planète, avec 1,4 milliard d’habitants.Inondations et glissements de terrain liés à la pluie sont fréquents dans toute l’Asie du Sud, mais les experts affirment que le changement climatique en accroît la fréquence et la gravité.Dans le seul Etat de l’Himachal Pradesh (nord), les fortes précipitations des derniers jours ont rapidement gonflé le débit des rivières qui prennent leur source dans l’Himalaya.Un bilan provisoire publié vendredi par les autorités locales fait état d’un total de 69 morts et 110 blessés au cours des quinze derniers jours.Les services météorologiques indiens ont émis jeudi une alerte aux “fortes, voire très fortes précipitations” pour les cinq prochains jours dans l’Himachal Pradesh et l’Etat voisin de l’Uttarakhand, très prisé des touristes.D’autres inondations meurtrières ont été signalées ces dernières semaines dans les Etats du Gujarat (nord-ouest) et du nord-est du pays. La mousson, qui s’étend de juin à septembre, apporte à l’Asie du Sud 70% à 80% de ses précipitations annuelles et s’avère vitale pour l’agriculture et pour la sécurité alimentaire d’une région qui compte deux milliards d’habitants.

Quinze morts dans une vague de froid record en Argentine, Chili et Uruguay

Une vague de froid record frappe l’Argentine, le Chili et l’Uruguay, causant la mort d’au moins 15 personnes et obligeant les gouvernements à restreindre l’approvisionnement en gaz et à déclencher des plans d’hébergement d’urgence. Une masse d’air polaire venant de l’Antarctique balaie la région, faisant baisser les températures nettement sous les 0°C dans les trois pays d’Amérique du Sud.En Argentine, au moins neuf sans-abri sont décédés à cause du froid durant cet hiver, selon l’ONG Proyecto 7.A Buenos Aires, les températures sont descendues à -1,9°C mercredi, son plus bas niveau depuis 34 ans. Des coupures de courant provoquées par une forte demande ont laissé des milliers de personnes sans électricité pendant plus de 24 heures dans certaines zones. Ailleurs en Argentine, la neige a recouvert des plages atlantiques comme celle de Miramar (450 km de Buenos Aires) tandis que la petite localité patagonienne de Maquinchao a enregistré -18°C mardi. Le gouvernement argentin a suspendu l’approvisionnement en gaz des industries et des stations-service mercredi afin d’assurer l’alimentation en gaz des foyers.L’Uruguay, où les températures sont descendues en dessous de zéro dans certaines régions,  a décrété une “alerte rouge” à l’échelle nationale après la mort de six personnes, permettant ainsi au gouvernement de déplacer de force des sans-abri vers des centres d’hébergement. A Montevideo, les températures ont atteint un maximum de 5,8°C le 30 juin, son plus bas depuis 1967, selon le météorologiste Mario Bidegain. Le Chili a également activé des plans d’hébergement pour les sans-abri pendant les journées les plus froides. La ville de Chillan, à 400 kilomètres au sud de Santiago, a enregistré -9,3 °C, selon la direction météorologique chilienne.La neige est tombée dans certaines parties du désert d’Atacama, le plus sec du monde, pour la première fois depuis une décennie.”Ce qui s’est passé cette semaine au Chili et dans le Cône sud de l’Amérique plus largement est une vague de froid causée par la fuite d’une masse d’air polaire provenant de l’Antarctique”, a déclaré le climatologue Raul Cordero, de l’université de Santiago, à l’AFP.La situation dans la région devrait s’améliorer dans les jours à venir. 

Un millier de vols annulés en France au deuxième jour de grève de contrôleurs aériens

La fin de l’année scolaire en France ce vendredi rime avec galère pour des vacanciers qui comptaient voyager en avion: un millier de vols est encore annulé vendredi, en particulier dans les aéroports parisiens, au deuxième jour d’une grève de contrôleurs aériens.”Il faut se rendre compte qu’hier et aujourd’hui, 272 personnes dans notre pays vont impacter le bien-être de plus de 500.000 personnes. C’est inacceptable”, a déclaré vendredi matin sur CNews le ministre des Transports Philippe Tabarot. Des centaines de milliers de personnes ont déjà été affectées jeudi en France et en Europe par ce mouvement social, déclenché par deux syndicats minoritaires qui réclament une amélioration de leurs conditions de travail et des effectifs plus importants.Lara, 30 ans, devait prendre un vol Paris-Berlin avec son conjoint pour rendre visite à des amis. “Le vol était prévu jeudi soir, mais nous avons été informés mercredi qu’il avait été annulé. Nous avions pu prendre un autre billet gratuitement, pour vendredi soir, mais il a été supprimé à son tour”, explique-t-elle à l’AFP.”Il a fallu prendre en urgence des billets de train. Résultat, un surcoût de 100 euros et plusieurs heures de trajets en plus”, témoigne-t-elle.Autour de 1.000 vols sont annulés vendredi, au départ de la France ou à l’arrivée, selon la Direction générale de l’aviation civile, contre 933 jeudi. “Une catastrophe”, a dénoncé vendredi Laurent Abitbol, président du directoire des agences de voyage Selectour, sur France Inter. “J’ai beaucoup de clients qui sont bloqués dans le monde entier (…) Ce sera beaucoup d’argent perdu pour nos agents”, a-t-il ajouté.Le Premier ministre François Bayrou a jugé jeudi cette grève “choquante” en accusant les grévistes de “prendre en otage les Français” le jour où “tout le monde part en vacances”. – “La grève de trop” -Les effets du mouvement se font sentir au-delà des frontières nationales, la principale association européenne de compagnies aériennes, Airlines for Europe (A4E) ayant estimé qu’en Europe, 1.500 vols seraient annulés jeudi et vendredi, “affectant presque 300.000 passagers” sur le Vieux continent.”Cette grève est intolérable. Le contrôle aérien français est déjà responsable des retards parmi les pires en Europe, et maintenant, les agissements d’une minorité d’aiguilleurs du ciel français vont perturber les projets de vacances de milliers de personnes en France et en Europe”, a affirmé la directrice générale d’A4E, Ourania Georgoutsakou.Selon la DGAC, le taux de grévistes s’est établi à 26,2% jeudi, 272 contrôleurs ayant pris part au mouvement sur le millier de personnels de service.Le deuxième syndicat d’aiguilleurs du ciel, l’Unsa-Icna (17% des voix aux dernières élections professionnelles) a lancé ce mouvement pour réclamer de meilleures conditions de travail et des effectifs plus importants. Il a été rejoint par la troisième force syndicale de la profession, l’Usac-CGT (16%).Jeudi, des vols maintenus ont accusé d’importants retards, en particulier à Nice et Marseille. A4E a chiffré à “quasiment 500.000 minutes” cumulées jeudi les retards en Europe, sur près de 33.000 trajets commerciaux, de nombreux avions empruntant l’espace aérien français sans forcément atterrir dans le pays.La première compagnie aérienne européenne, Ryanair, a annoncé jeudi avoir dû annuler 400 vols, affectant 70.000 passagers. Son patron Michael O’Leary, familier des coups d’éclat, a dénoncé une situation provoquée “par un faible nombre de contrôleurs aériens français participant à des grèves récréatives” et exhorté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à réformer le contrôle aérien en Europe, où à défaut, à démissionner.La compagnie Air France a confirmé avoir été “contrainte d’adapter son programme de vols”, sans préciser le nombre d’annulations, mais souligné que tous les long-courriers étaient “maintenus” jeudi et vendredi.”La grève de trop” dans un contexte “problématique de performance globale médiocre de la navigation aérienne française pénalisant particulièrement les compagnies basées en France”, a dénoncé vendredi la Fédération nationale de l’aviation civile.- “Management toxique” -Une réforme contestée est en cours pour établir un pointage des contrôleurs à la prise de poste, à la suite d’un “incident grave” à l’aéroport de Bordeaux fin 2022, quand deux avions avaient failli entrer en collision. Une enquête en avait fait peser la responsabilité sur une organisation défaillante du travail des aiguilleurs, en dehors du cadre légal et sans respect du tableau de service.Parmi les griefs de l’Unsa-Icna: “un sous-effectif entretenu et responsable des retards une bonne partie de l’été”, des outils obsolètes et “un management toxique, incompatible avec les impératifs de sérénité et de sécurité exigés”.Le premier syndicat d’aiguilleurs du ciel, le SNCTA (60% des voix), n’a pas appelé à la grève.

Inde: les inondations liées à la mousson font au mons 69 morts dans le nord

Les inondations et les glissements terrain qui accompagnent le début de la mousson estivale dans le nord de l’Inde ont causé la mort d’au moins 69 personnes ces deux dernières semaines, a-t-on appris vendredi auprès des autorités.Des centaines de personnes meurent chaque année pendant la saison des pluies dans le pays le plus peuplé de la planète, avec 1,4 milliard d’habitants.Inondations et glissements de terrain liés à la pluie sont fréquents dans toute l’Asie du Sud, mais les experts affirment que le changement climatique en accroît la fréquence et la gravité.Dans le seul Etat de l’Himachal Pradesh (nord), les fortes précipitations des derniers jours ont rapidement gonflé le débit des rivières qui prennent leur source dans l’Himalaya.Un bilan provisoire publié vendredi par les autorités locales fait état d’un total de 69 morts et 110 blessés au cours des quinze derniers jours.Les services météorologiques indiens ont émis jeudi une alerte aux “fortes, voire très fortes précipitations” pour les cinq prochains jours dans l’Himachal Pradesh et l’Etat voisin de l’Uttarakhand, très prisé des touristes.D’autres inondations meurtrières ont été signalées ces dernières semaines dans les Etats du Gujarat (nord-ouest) et du nord-est du pays. La mousson, qui s’étend de juin à septembre, apporte à l’Asie du Sud 70% à 80% de ses précipitations annuelles et s’avère vitale pour l’agriculture et pour la sécurité alimentaire d’une région qui compte 2 milliards d’habitants.

Comment la loi budgétaire Trump va-t-elle affecter le climat ?

Avec l’adoption par le Congrès américain de son vaste projet de loi budgétaire, le président climatosceptique Donald Trump revient comme il l’avait promis sur plusieurs mesures prises par son prédécesseur Joe Biden pour lutter contre le réchauffement climatique et accélérer la transition énergétique.Voici un point sur les mesures et conséquences attendues de ce texte, que le républicain a surnommé avec emphase “grande et belle loi”.- Energies renouvelables -En 2022, M. Biden, président démocrate de l’époque avait fait passer un grand plan nommé Inflation Reduction Act (IRA) prévoyant des inédits investissements dans la transition énergétiques. Parmi eux: environ 370 milliards de dollars de crédits d’impôt dédiés aux projets d’énergie renouvelable ou encore à l’achat d’appareils économes en énergie, qui vont désormais être pour la plupart supprimés.Selon les nouvelles règles, les crédits restants ne pourront bénéficier qu’à des projets d’énergie mis en service avant 2027 ou dont la construction a débuté dans les 12 mois suivant la promulgation du texte.Les incitations aux travaux de rénovation énergétique seront elles aussi écourtées, tandis que les crédits d’impôts destinés aux technologies nucléaires, géothermiques ou encore à la capture du carbone perdureront.Avec la suppression d’une grande partie de ces “outils de motivation énorme”, les “projets d’énergie renouvelable sont tous à risque d’échouer complètement”, alerte Jean Su de l’ONG Center for Biological Diversity. Et ce alors que la demande d’électricité aux Etats-Unis explose face aux besoins croissants de l’intelligence artificielle.”Supprimer les incitations fiscales pour l’énergie propre signifie que toute cette nouvelle demande énergétique sera confiée à l’industrie des combustibles fossiles”, prédit Mme Su, s’inquiétant d’une augmentation à venir des émissions polluantes, notamment de gaz à effet de serre.Donald Trump, dont la campagne présidentielle a été abondamment financée par les acteurs du secteur des hydrocarbures a promis de “forer à tout-va” et a multiplié les mesures à l’encontre du secteur des énergies renouvelables et notamment de l’éolien et du solaire.Sa “belle loi” contenait d’ailleurs initialement une nouvelle taxe qui aurait été dévastatrice pour ces domaines, mais qui a fini par être retirée.- Voitures électriques -Les véhicules électriques sont également parmi les plus sévèrement touchés. Les incitations financières à l’achat de véhicules neufs ou d’occasion dits “propres” (électriques ou à hydrogène), seront écourtées et prendront fin en 2025, tandis que celles liées à l’installation de stations de charge expireront fin juin 2026.Pour Albert Gore du lobby Zero Emission Transportation Association, la loi budgétaire va enterrer l’objectif “de rendre les États-Unis compétitifs à l’échelle mondiale dans les marchés de production de minéraux, de batteries et de véhicules du futur”, cédant ainsi du terrain à la Chine.Le texte va également permettre de réduire à zéro les amendes encourues par les constructeurs automobiles qui n’appliqueraient pas les normes d’économie de carburant. Or, “si vous dites à un enfant avant un contrôle qu’il n’y a aura aucune pénalité s’il triche, que pensez-vous qu’il va faire?”, relève, sarcastique, Dan Becker du Center for Biological Diversity.- Charbon et méthane -D’autres dispositions de l’IRA, bénéfiques aux entreprises des énergies fossiles, comme des milliards de subvention et des autorisation de forage, vont, elles, perdurer.Le texte prévoit par ailleurs un dispositif fiscal avantageux pour le charbon utilisé dans la fabrication de l’acier et met fin à un programme destiné à aider à l’industrie des hydrocarbures à réduire ses déchets et émissions très polluantes de méthane.Il ouvre également la voie à l’exploitation des forêts et ressources en hydrocarbures et minerais de nombreuses terres publiques, y compris dans une zone très sauvage de l’Alaska.

En Corse, la PJ pointe “l’emprise de type mafieux” de 20 bandes criminelles

En Corse, 20 équipes criminelles articulées en “deux blocs” exercent une “emprise de type mafieux” en tentant de “dominer les activités légales” les plus juteuses, révèle une note de la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) consultée par l’AFP.Cette fiche confidentielle, rédigée en 2025 par le service information, renseignement et analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) de la DNPJ et révélée par Le Monde, précise que “la majorité” de ces 20 bandes criminelles “ont pénétré les secteurs politiques, sociaux et économiques de l’île, et cherchent à dominer les activités légales qui leur semblent les plus lucratives”: BTP, immobilier, restauration, hôtellerie, ou batellerie.Si ces groupes sont “autonomes”, ils “ne fonctionnent pas pour autant de manière isolée”, développant “des stratégies d’alliance autour d’intérêts communs qui les conduisent à se rendre des services mutuels” pour “éviter les conflits ouverts”, analyse ce document.Pointant un “paysage instable depuis quelques mois”, les policiers l’expliquent par “une vaste recomposition bousculant les équilibres locaux et laissant craindre une escalade des tensions” dans l’île, où sept homicides dont six règlements de compte ont été commis depuis le début de l’année.Deux blocs majeurs sont identifiés, “ce qui pourrait constituer les prémices d’un nouvel équilibrage”, écrivent-ils.D’un côté, la bande criminelle du Petit Bar, dont le noyau dur vient d’être condamné à Marseille à des peines de 10 à 13 ans de prison, “reste très influente, à la tête d’une manne financière conséquente”. Elle “dispose de nombreuses connexions dans les milieux politiques et économiques et a développé des ramifications en France et à l’étranger”.Le “Petit Bar” est considéré comme allié à des “mafionalistes”, néologisme mêlant mafia et nationalistes, dont la tête serait Pierre Paoli en Corse-du-Sud.Chef présumé du mouvement clandestin FLNC UC (Front national de libération corse Union des combattants) pour la Corse-du-Sud et aujourd’hui cadre du parti indépendantiste Nazione, Pierre Paoli serait, selon le Sirasco, à la tête de “l’une des équipes les plus puissantes actuellement”, cherchant “à dominer certains secteurs (BTP, restauration) par des méthodes illégales”.- “Vendetta” -Ce premier bloc est également composé des équipes criminelles baptisées du nom de leur chefs locaux présumés: Lucchini, Pantalacci, Carboni et Costa.L’ancien militant indépendantiste Alain Lucchini est ainsi présenté comme le “patron occulte de la chambre de commerce et d’industrie d’Ajaccio” mais “suffisamment discret pour ne pas être trop inquiété judiciairement”.Originalité de ce premier bloc, Yassine Akhazzane, incarcéré avec une vingtaine de condamnations à son casier, serait parvenu “à constituer la première équipe du banditisme insulaire construite autour d’individus issus de la communauté maghrébine et des gens du voyage”.Son groupe, qui a étendu “son influence de Propriano à Ajaccio”, “pourrait profiter des connexions de Yassine Akhazzane avec les milieux marseillais et niçois pour poursuivre son développement”, “notamment la DZ Mafia”, note le Sirasco.Face à eux, dans l’autre alliance d’équipes criminelles, figurent les clans Mattei, Luciani, Sisti, Germani et Codaccioni. En Haute-Corse, le clan Mattei, bien connu depuis des décennies pour sa “vendetta historique” avec la famille Costa, est présenté comme “l’une des équipes les plus puissantes du moment”, en particulier dans les stupéfiants.Cette note ayant été rédigée il y a plusieurs mois, elle ne prend pas en compte le possible affaiblissement de la bande par une série d’arrestations de ses membres, fin juin, dans l’enquête sur l’assassinat, en janvier, de Camille Orsoni, considéré comme proche des Costa.Autre allié de ce second bloc, la bande dite des “Africains”, surnommés ainsi pour leur lien entre le Gabon et la Corse, autour de l’homme d’affaires corse Michel Tomi.Dirigée par Jean-Luc Codaccioni junior, dont le père a été tué dans le double assassinat de Bastia-Poretta en décembre 2017, cette bande “dispose d’une surface financière considérable qui lui permet de sous-traiter à des hommes de main l’exécution de contrats portant sur des projets criminels”, précise le Sirasco.Codaccioni junior poursuivrait “une vendetta” contre “l’alliance Guazzelli-Michelosi-Mariani” qui a été condamnée pour l’assassinat de son père. “Les Africains” chercheraient aussi à “s’établir en Balagne” (nord-ouest), où une série d’incendies criminels a visé récemment des bateaux de promenade en mer, avance cette note du renseignement.

A Fresnes, six semaines pour évaluer la dangerosité des criminels avant la sortie de prison

Au bout de combien d’années est-on prêt à sortir de prison ? Comment savoir si on est encore dangereux ? A la prison de Fresnes, des criminels jouent leur avenir lors d’une évaluation de six semaines, obligatoire avant une éventuelle remise en liberté.Il flotte comme un parfum de rentrée dans cette aile coupée du brouhaha de la détention classique par une porte sécurisée et un écriteau rouge aux lettres dorées: Centre national d’évaluation (CNE). Au compte-gouttes, une vingtaine d’hommes s’installent sur les chaises en plastique du gymnase, s’observent du coin de l’oeil. Pas mal de cheveux gris, quelques dreads et tatouages, des maillots de foot, une béquille, des lunettes en cordon autour du cou.Des centaines de détenus passent chaque année dans les quatre CNE de France pour cette évaluation, imposée aux condamnés à de longues peines qui ont demandé une libération conditionnelle. “Bonjour, allez-y, installez-vous”, encourage la directrice, assise avec son équipe derrière une table en bois. Sous leurs yeux, les fiches des détenus. Vol avec arme et meurtre, assassinat, viols sur mineurs, personne vulnérable ou conjoint… “Vous êtes ici pour une évaluation de dangerosité”, lance la directrice qui “sait” que “ce n’est pas simple” de revenir devant des inconnus sur sa vie et la raison d’une incarcération. Mais “soyez actifs, ayez les clefs entre vos mains”.- “On va penser que c’est trop tôt” -Chaque détenu se voit attribuer un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (Cpip), un psychologue, qui le verront 4-5 fois chacun en tête-à-tête, et un surveillant qui observera son comportement. Leur synthèse sera envoyée au juge chargé de statuer sur la libération. Si elle est rejetée, il faudra recommencer – voire repasser par le CNE au-delà de deux ans.Les entretiens se déroulent dans d’anciennes cellules au premier étage du bâtiment. Barreaux aux fenêtres, alarmes “coup de poing” au mur, en plus de celles que les professionnels portent à la ceinture – même si les incidents sont extrêmement rares.Nicolas*, 34 ans, joues rebondies par un éternel sourire, entre dans le bureau de sa Cpip Solène. Il portait le premier jour une veste de sport noire floquée au dos de lettres blanches disant “j’ai trois enfants magnifiques”, suivies de leurs prénoms.Aux surveillants il a décrit les cadeaux qu’il confectionne pour eux. En omettant de préciser que la cour d’assises lui a totalement retiré l’autorité parentale en le condamnant à 11 ans pour violences et viols quasi-quotidiens de son épouse. “La femme qui m’a mis en prison”, comme il dit avant que sa Cpip ne corrige: “C’est vous qui vous êtes mis en prison tout seul, Monsieur”.Nicolas acquiesce poliment. Raconte sa vie sentimentale et familiale à la demande de Solène. Mais pas un mot sur ce qui lui vaut d’être ici. Solène l’interroge sur cette fois où il a laissé sa femme enceinte de six mois sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute, de nuit, après une dispute. “J’en suis pas fier”, répond Nicolas, dont le visage se crispe légèrement. Et la fois où il lui a ouvert l’arcade ? “Une grosse journée à l’usine, ça a fini en bousculade”. Les viols conjugaux ? “Un petit câlin après une dispute elle prenait ça pour un viol”. Sa femme a fini par porter plainte après une ultime soirée de cauchemar, où il l’avait traînée depuis la salle de bain avant de la violer par terre dans leur chambre.”J’ai 140 personnes qui attestent que j’étais un super bonhomme”, s’énerve Nicolas. “La violence, elle vient de l’alcool et je ne bois plus”.  “L’alcool facilite la violence, mais il n’en est pas à l’origine”, essaie de faire comprendre la Cpip. “C’est à ça aussi que sert la peine, que vous vous mettiez au travail”. Nicolas ne voit pas. Parle d’un codétenu “qui a fait des trucs aux enfants et qui a pris moins”. “On n’aime pas quand vous comparez des faits qui n’ont rien à voir”, répond la Cpip. Nicolas n’écoute plus vraiment.”Oui, mais y a un moment j’aimerais bien sortir quand même”.  Un silence.- “Faut me laisser une chance, j’ai l’employeur qui me reprend, mes parents…- Nous on a la crainte qu’il y ait un risque de récidive car c’est pas tout à fait mature. On va penser que c’est trop tôt”.Fin de l’entretien. Sur le visage de Nicolas, le sourire a disparu.- L’échiquier de la vie -“Aujourd’hui on va parler des choses présentes dans votre vie”, dit sa Cpip à Yacine, 39 ans, survêtement et cheveux coiffés. Condamné à 15 ans dans une affaire de séquestration avec torture sur fond de trafic de stupéfiants, il a déjà purgé une dizaine d’années. La Cpip déploie un échiquier imprimé, montre les pions. Le roi, “c’est vous”. A lui de dire ce qu’il met sur les dames, tours, cavaliers…La méthode aide “les personnes réfractaires à parler”, explique-t-elle hors entretien. Effectivement au fil des pions, Yacine déroule sa vie. Sans surprise il met sa femme et ses enfants tout en haut. Puis la liberté. “Je sacrifierai plus jamais ça”, dit-il d’une voix peu assurée. “Ma femme a rien demandé, pour vivre seule, éduquer mes enfants seule, tout gérer seule. C’est pendant ces années que je me suis rendu compte, mais ça se rattrape pas”.Ensuite: “les loisirs”. “En détention j’ai appris la peinture, sourit-il. Je me disais c’est pour les bourgeois mais en fait une toile c’est cinq euros, la peinture, avec 20 euros vous avez toutes les couleurs et les pinceaux ça coûte rien”.D’autres choses qui paraissaient inaccessibles ? “Les grandes écoles… l’école tout court”, qu’il a vite lâchée. Au quartier, il y avait ce copain “bien habillé” sans “soucis financiers”… “ça m’a donné envie”. De quoi ? “De briller”.”C’est à partir de là que j’ai basculé dans les conneries. On m’a forcé à rien du tout. Je me sentais invincible et trois mois après je me suis retrouvé en prison” pour la première fois, poursuit Yacine qui en a oublié l’échiquier.”Quand je vois ce qu’il se passe aujourd’hui, des petits de 14 ans qui se tuent pour de la drogue… Je suis pas fier de moi, j’ai participé à ça”.- “Tout est carré” -De l’autre côté du couloir dans le bureau du surveillant en uniforme bleu de la pénitentiaire, se trouve Olivier, un ancien commercial condamné à 23 ans de réclusion pour avoir tué sa femme. Le passage au CNE se passe bien ? s’enquiert le gradé – Olivier ne sort ni en promenade ni en activité.”Je veux pas polluer mon évaluation… Ca fait 12 ans que je suis en prison, je connais la maison. +T’as fait quoi, et lui…+ Ca m’intéresse pas ça, chef”. Jambes écartées sur sa chaise et mains jointes pour convaincre, le détenu de 50 ans parle bien. “Je suis coupable donc c’est normal que je sois en prison”. Mais maintenant que sa période de sûreté (où il ne pouvait pas demander de libération) a pris fin, Olivier “aspire à une chose: sortir”.”J’estime avoir prouvé à tout le monde que je suis une personne réinsérable et pas dangereuse. Vous savez chef, le comportement que j’ai en détention c’est celui que j’ai dehors”.Le gradé, impassible, lui demande ce qu’il fera en cas de libération.”Trouver un travail d’ouvrier à l’usine”, se réinstaller chez lui, avec ses parents et son fils. “Je suis peinard, j’ai déjà le logement. Les enquêtes de voisinage des gendarmes sont déjà faites, elles sont bonnes, tout est carré”. Avec les proches ? “Impeccable”, promet encore Olivier.Quant au CNE, pas d’inquiétude. “Tout se passe bien, l’équipe est aux petits soins”.- Le bilan -Quatre semaines après le début du cycle, c’est l’heure d’un bilan d’équipe. Salle de réunion, dossiers “dangerosité” sur les tables en U. Les professionnels n’aiment pas ce mot qui signifie “tout et rien”. “C’est bien beau de dire +il est dangereux+ mais on fait quoi ? A un moment il va sortir”, commente une Cpip. La récidive criminelle est plus basse (autour de 10% en 2023) que la récidive délictuelle (presque 24%). Et à l’opposé des discours politiques réclamant au fil des faits divers fermeté et peines de prison intégralement appliquées, tout le monde s’accorde ici à dire que mieux vaut un aménagement de peine accompagné des années plus tôt qu’une sortie “sèche” du jour au lendemain.Pour Nicolas, l’homme condamné pour de multiples viols sur son épouse, ça ne sera pas pour tout de suite. “Il a le discours de quelqu’un en début de peine alors qu’il sort en 2028, c’est pas très rassurant”, commente sa Cpip, recommandant des groupes de parole en détention.On passe à Olivier, l’ancien commercial qui a tué sa femme. “Il est assez fier de son parcours exemplaire. Il lisse beaucoup, c’est trop gros, trop parfait. Pour autant il n’est pas inauthentique”, estime sa conseillère. Et s’il a “encore du travail à faire sur la réflexion”, il n’y a pas de “risque de récidive élevé”, juge-t-elle.Pour Yacine, qui avait juré devant son échiquier que le trafic c’était “terminé”, les professionnels sont plutôt confiants également. Il a déjà eu une vingtaine de permissions de sortie sans incident et a trouvé une association de réinsertion pour l’accompagner une fois dehors, sous bracelet électronique. Certes il n'”assume pas pleinement” son rôle parmi les têtes de réseau dans son affaire et est facilement retombé dans le trafic de drogues à cause de difficultés financières – “ça reste le point de vigilance”, note sa Cpip. Mais il a vieilli, mûri, acheté un pavillon avec sa femme… il “semble déterminé, prêt à changer de vie”, abonde le surveillant. “Donc plutôt favorable ?”, demande la directrice. La Cpip approuve: “On a envie d’y croire”.- “Faudra pas tout dire” -Les six semaines touchent à leur fin. Romain, 44 ans, style propret qui détonne – jean, baskets blanches, petit pull – voit le psychologue pour un dernier entretien. Il a été condamné à 15 ans de prison pour des viols sur plusieurs enfants. Comme souvent dans ces affaires, il a été victime, petit.En détention il a suivi un traitement inhibiteur de libido, validé une formation d’assistant de direction, prospecté pour récolter une promesse d’embauche. S’il sort il aura un suivi psy, un groupe de soutien disponible 24h/24. Au CNE les avis sont bons, et il est probable qu’après plus de 10 ans en prison sa demande soit validée.Comment l’envisage-t-il ?, demande le psychologue.Romain a peur. Pas de “reproduire les actes de mon passé”, dit-il: “s’il y a quelque chose qui remonte, je saurai qui appeler”.Ce qu’il craint surtout, c’est de devenir un paria à son retour dans la société. Que quelqu’un “vienne à savoir” ce qu’il a fait. Qu’on ne l’invite pas “parce qu’il y a les enfants à la maison”.S’il pouvait expliquer, il dirait “accordez-moi deux heures et on parle. Si après vous avez plus envie de me voir…” Et même dans ce cas, “comment on enclenche le sujet ? Est-ce qu’il faut en parler avant ?”, s’interroge-t-il à voix haute. Et s’il le fait, comment les autres, à commencer par ses voisins, vont-ils réagir ?Le psy tempère: “Ca dépend des gens et de leur histoire”. Et puis, ajoute-t-il, “vous avez le droit de fermer la porte si vous ne voulez pas l’ouvrir, vous pouvez vous recréer”.(* tous les prénoms ont été modifiés.)

En Méditerranée, les poissons cherchent la fraîcheur et ça recompose nos assiettes

Il fait 34°C sur le Vieux-Port de Marseille, 29°C dans la mer. Les poissons aussi cherchent la fraicheur et l’étal de Sandrine Di Meglio manque cruellement de daurades royales ou de bonites pour la saison.”Il n’y a pas de poisson, il s’en va, c’est normal, il fait trop chaud, il va chercher la nourriture ailleurs”, raconte la poissonnière.Et n’allez pas demander de la sardine à sa voisine Christelle: “Il n’y en a pas! Ils cassent les c… avec les sardines. Il y a autre chose que la sardine, quoi !”. A la place, elle propose des aloses: trois kilos pour 20 euros.L’alose a les mêmes petits points sur le corps que la sardine, elles font partie de la même famille et ont des contenus élevés en oméga 3. Elle a certes pas mal d’arêtes mais elle est plus grosse et plus charnue. Cette espèce migre entre la mer vers les eaux douces pour la reproduction, elle profite donc pour se nourrir de ce continuum terre-mer. La sardine disparait des étals car elle est devenue trop petite pour être pêchée faute de plancton, sa nourriture, qui se raréfie, explique Daniela Banaru, chercheuse en biologie et écologie marines à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO).Le week-end dernier, la mer Méditerranée a enregistré un triste record pour un mois de juin avec une température de surface de 26,01°C en moyenne, selon des données du programme européen Copernicus analysées par Météo-France.”De l’eau à 29°C sur la plage de Cap Rousset, début juillet, c’est du jamais vu. C’est un phénomène qu’on a plus souvent fin juillet, début août”, relève Marie Bravo-Monin, directrice du parc marin de la Côte bleue, au nord de Marseille.En profondeur aussi, l’eau dans ce parc est de plus en plus chaude: en 2024, la températures à -12 mètres est montée jusqu’à 26,7°C et même à presque 28°C en 2022. Même l’hiver, la température a augmenté en moyenne de 2°C en 14 ans.- Espèces exotiques -Tout cela entraîne une reconfiguration des populations de poissons. “Certains vont faire comme nous, chercher la fraîcheur, tout simplement”. La girelle royale, poisson phare de la bouillabaisse, la célèbre soupe de poisson locale, va descendre plus en profondeur. A l’inverse, la girelle-paon, avec ses tons bleus et verts éclatants, aime la chaleur. On en observe donc de plus en plus dans les eaux de surface autour de Marseille. Pour le loup (bar), espèce ultra-prisée dans la cuisine méditerranéenne, une température élevée peut déclencher la reproduction.La pêche est donc de plus en plus aléatoire.Et si on en est là, explique Daniela Banaru, c’est la conséquence d’au moins trois phénomènes. Certaines espèces d’eau froide disparaissent, tandis que des espèces d’eau chaude et souvent même exotiques prolifèrent, comme le barracuda, la girelle-paon ou le baliste.  Avec l’augmentation des températures, il y a aussi une “stratification des eaux” qui empêche le mélange des eaux de surface et de profondeur qui permet normalement la prolifération du plancton, notamment au large où se nourrissent habituellement les grands prédateurs. Ce qui explique qu’on observe de plus en plus de thons ou cétacés près des côtes où leur nourriture est un peu plus abondante en lien avec les apports de la terre.Enfin, le phénomène qui a le plus de conséquences pour la pêche en Méditerranée française, selon la chercheuse, est lié la gestion de l’eau du Rhône. L’amélioration de la qualité de eaux a fait baisser la concentration de nutriments. Mais surtout, les besoins pour l’agriculture et l’eau potable face aux épisodes de sécheresse, ont fait baisser la quantité d’eau du fleuve qui se jette dans la Méditerranée. Or, c’est principalement cette eau d’origine terrestre chargée en nutriments qui permet la prolifération de plancton, explique Daniela Banaru, également maîtresse de conférence à l’université d’Aix-Marseille.Pour elle, la réglementation autour de la pêche devrait prendre en compte tous ces changements.  Et les pêcheurs comme les consommateurs doivent s’adapter et manger ce que l’on trouve.A deux pas du Vieux-Port, le chef Christian Qui essaie de montrer l’exemple. “A un moment j’ai jeté toutes mes cartes et je suis venu sur le quai regarder ce qu’il y avait sur les étals. Sur la bouillabaisse, l’idée c’est de ne pas avoir une recette trop définie avec tel ou tel poisson mais des principes de cuisine sauvage.”  Et ce matin-là, pour sa bouillabaisse, il n’y a ni girelle, ni galinette (grondin perlon). Ce sera donc de la baudroie (lotte) !

En Méditerranée, les poissons cherchent la fraîcheur et ça recompose nos assiettes

Il fait 34°C sur le Vieux-Port de Marseille, 29°C dans la mer. Les poissons aussi cherchent la fraicheur et l’étal de Sandrine Di Meglio manque cruellement de daurades royales ou de bonites pour la saison.”Il n’y a pas de poisson, il s’en va, c’est normal, il fait trop chaud, il va chercher la nourriture ailleurs”, raconte la poissonnière.Et n’allez pas demander de la sardine à sa voisine Christelle: “Il n’y en a pas! Ils cassent les c… avec les sardines. Il y a autre chose que la sardine, quoi !”. A la place, elle propose des aloses: trois kilos pour 20 euros.L’alose a les mêmes petits points sur le corps que la sardine, elles font partie de la même famille et ont des contenus élevés en oméga 3. Elle a certes pas mal d’arêtes mais elle est plus grosse et plus charnue. Cette espèce migre entre la mer vers les eaux douces pour la reproduction, elle profite donc pour se nourrir de ce continuum terre-mer. La sardine disparait des étals car elle est devenue trop petite pour être pêchée faute de plancton, sa nourriture, qui se raréfie, explique Daniela Banaru, chercheuse en biologie et écologie marines à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO).Le week-end dernier, la mer Méditerranée a enregistré un triste record pour un mois de juin avec une température de surface de 26,01°C en moyenne, selon des données du programme européen Copernicus analysées par Météo-France.”De l’eau à 29°C sur la plage de Cap Rousset, début juillet, c’est du jamais vu. C’est un phénomène qu’on a plus souvent fin juillet, début août”, relève Marie Bravo-Monin, directrice du parc marin de la Côte bleue, au nord de Marseille.En profondeur aussi, l’eau dans ce parc est de plus en plus chaude: en 2024, la températures à -12 mètres est montée jusqu’à 26,7°C et même à presque 28°C en 2022. Même l’hiver, la température a augmenté en moyenne de 2°C en 14 ans.- Espèces exotiques -Tout cela entraîne une reconfiguration des populations de poissons. “Certains vont faire comme nous, chercher la fraîcheur, tout simplement”. La girelle royale, poisson phare de la bouillabaisse, la célèbre soupe de poisson locale, va descendre plus en profondeur. A l’inverse, la girelle-paon, avec ses tons bleus et verts éclatants, aime la chaleur. On en observe donc de plus en plus dans les eaux de surface autour de Marseille. Pour le loup (bar), espèce ultra-prisée dans la cuisine méditerranéenne, une température élevée peut déclencher la reproduction.La pêche est donc de plus en plus aléatoire.Et si on en est là, explique Daniela Banaru, c’est la conséquence d’au moins trois phénomènes. Certaines espèces d’eau froide disparaissent, tandis que des espèces d’eau chaude et souvent même exotiques prolifèrent, comme le barracuda, la girelle-paon ou le baliste.  Avec l’augmentation des températures, il y a aussi une “stratification des eaux” qui empêche le mélange des eaux de surface et de profondeur qui permet normalement la prolifération du plancton, notamment au large où se nourrissent habituellement les grands prédateurs. Ce qui explique qu’on observe de plus en plus de thons ou cétacés près des côtes où leur nourriture est un peu plus abondante en lien avec les apports de la terre.Enfin, le phénomène qui a le plus de conséquences pour la pêche en Méditerranée française, selon la chercheuse, est lié la gestion de l’eau du Rhône. L’amélioration de la qualité de eaux a fait baisser la concentration de nutriments. Mais surtout, les besoins pour l’agriculture et l’eau potable face aux épisodes de sécheresse, ont fait baisser la quantité d’eau du fleuve qui se jette dans la Méditerranée. Or, c’est principalement cette eau d’origine terrestre chargée en nutriments qui permet la prolifération de plancton, explique Daniela Banaru, également maîtresse de conférence à l’université d’Aix-Marseille.Pour elle, la réglementation autour de la pêche devrait prendre en compte tous ces changements.  Et les pêcheurs comme les consommateurs doivent s’adapter et manger ce que l’on trouve.A deux pas du Vieux-Port, le chef Christian Qui essaie de montrer l’exemple. “A un moment j’ai jeté toutes mes cartes et je suis venu sur le quai regarder ce qu’il y avait sur les étals. Sur la bouillabaisse, l’idée c’est de ne pas avoir une recette trop définie avec tel ou tel poisson mais des principes de cuisine sauvage.”  Et ce matin-là, pour sa bouillabaisse, il n’y a ni girelle, ni galinette (grondin perlon). Ce sera donc de la baudroie (lotte) !