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Vis ma vie de berger: en Finlande, un programme de vacances très populaire

Les moutons noirs et blancs se rassemblent en bêlant autour de Petri Stenberg dans une prairie parsemée de fleurs d’été du centre de la Finlande: le jeune vacancier peut alors essayer de nourrir les animaux avec des flocons d’avoine.M. Stenberg participe avec sa femme Oona et leurs enfants Fia et Hugo, âgés de 2 et 4 ans, à la “semaine du berger” — un programme de vacances très populaire en Finlande qui allie détente et préservation de la nature.Accessible uniquement en barque ou à pied, en traversant la forêt et empruntant un pont, l’ancienne ferme située sur une île idyllique dans le parc national d’Isojarvi est l’un d’une dizaine de sites reculés où les Finlandais peuvent postuler pour passer une semaine à s’occuper des moutons, seuls sans l’aide de bergers professionnels. Historiquement, les moutons et autres animaux en pâturage ont joué un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité et des habitats pour la flore et la faune.Mais l’évolution des pratiques forestières et agricoles, ainsi que le déclin “dramatique” du nombre de petites exploitations en Finlande, fragilisent ces écosystèmes traditionnels, explique Leena Hiltunen, experte chez Metsahallitus, une entreprise appartenant à l’Etat finlandais.Il s’agit en particulier de prairies semi-naturelles et de pâturages boisés dans des sites fragiles où Metsahallitus organise les séjours, dans le cadre de sa mission de gestion et de protection des terres, forêts et lacs.”Le but principal des semaines de berger est de sensibiliser les gens à ces biotopes traditionnels”, souligne-t-elle.Sur l’île d’Isojarvi, la végétation était autrefois entretenue naturellement grâce au pâturage des moutons, qui empêchaient la prolifération des broussailles, permettant ainsi la survie d’espèces végétales et d’insectes désormais menacés.  Comparé aux années 1950, il ne reste aujourd’hui en Finlande que moins de 1% des paysages traditionnels, selon Metsahallitus, pour la plupart situés dans des zones protégées. “La reconnaissance et la protection de la nature sont si importants (..) C’est essentiel que nous apprenions à l’apprécier, et que les enfants le fassent aussi”, estime Oona Stenberg.- Des vacances qui attirent les Finlandais -Pour la saison estivale, Metsahallitus a reçu 12.764 candidatures de 2.236 personnes — beaucoup postulant pour plusieurs sites.Au total, 158 semaines de berger ont été attribuées par tirage au sort. La famille Stenberg, qui habite à Vantaa, au nord de Helsinki, a tenté sa chance plusieurs fois avant d’être sélectionnée cette année, raconte Oona Stenberg, rayonnante. Une semaine coûte généralement entre 400 et 670 euros selon les lieux. Les hébergements sont rudimentaires et simples, dans des cabanes ou des chalets en bois en pleine nature, souvent sans eau courante et parfois même sans électricité. “Certains nous ont demandé pourquoi on voulait payer pour garder des moutons et s’occuper du terrain”, rigole Oona Stenberg. “Mais pour nous, c’est une vraie expérience, et les enfants adorent”, ajoute-t-elle, en buvant son café devant la maison jaune qu’ils ont louée, entourée des vieux bâtiments en bois et d’un sauna au bord du lac. En Finlande, beaucoup de gens passent leur été dans des cabanes ou des chalets en bois rustiques à la campagne. Mme Hiltunen explique que seuls des Finlandais peuvent candidater aux semaines du berger, parce qu’il faut savoir “comment gérer ce mode de vie modeste” en autonomie en pleine nature.  “Nous n’avons pas assez de ressources pour faire de la publicité à l’étranger, ni pour avoir quelqu’un sur place qui explique comment tout fonctionne”, déclare-t-elle. -“Une pause”-Sur cette île règne une atmosphère de sérénité, sous un ciel gris annonçant la pluie.La famille a reçu pour consigne de compter la douzaine de moutons chaque jour, “et de s’assurer qu’ils sont en bonne santé, qu’ils mangent suffisamment et que les clôtures sont en bon état”, explique Petri Stenberg, habituellement conducteur d’excavatrices. “Ici, nous vivons vraiment au plus près de la nature. On nourrit les moutons deux fois par jour, on est allé au sauna, on s’est baigné et on a pêché”, raconte Oona Stenberg, kinésithérapeute.”Je n’ai pas regardé les infos une seule fois ici. Il n’y a pas de télé, on n’est pas sur nos téléphones. D’une certaine façon, mon esprit s’est apaisé et je vis dans l’instant présent”, confie-t-elle. La petite ferme était encore en activité jusqu’en 1989, avant d’être rachetée par Metsahallitus dans les années 1990. En feuilletant les pages d’un carnet laissé dans la maison, Petri Stenberg montre des écrits et quelques dessins de moutons réalisés par des visiteurs précédents, documentant leur quotidien et leurs observations. “C’est une vraie pause de la vie de tous les jours”, conclut M. Stenberg. 

Au Mexique, indigènes et scientifiques au chevet d’un fascinant amphibien

Pendant des décennies, Froylan Correa a vécu de la pêche dans le lac mexicain de Patzcuaro. Désormais, il y participe au sauvetage de l’achoque, une salamandre aquatique endémique menacée d’extinction, à la surprenante capacité à régénérer ses organes.Sous l’effet conjugué de la surpêche, de la pollution et de la baisse du niveau de l’eau, cet amphibien à la peau vert-brun tachetée de noir, dont les branchies externes pleines de filaments ressemblent à une crinière, est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Il figure dans la catégorie “en danger critique”, juste avant celle “éteint à l’état sauvage”.Pour le sauver, des biologistes de l’État du Michoacan (ouest) ont décidé d’associer la communauté indigène de San Jeronimo Purenchecuaro à un projet de reproduction de l’animal, contre rémunération “Avant il y avait beaucoup d’achoques (…) maintenant, la nouvelle génération ne les connaît plus”, dit Froylan Correa.Le sexagénaire, qui connaît parfaitement le lac pour y avoir pêché diverses espèces pendant des années, est maintenant engagé dans un travail de collecte d’œufs de cette salamandre.Les œufs sont ensuite emmenés par le biologiste Rodolfo Pérez à son laboratoire de l’université publique Michoacana où ils éclosent, dans l’espoir d’augmenter leurs chances de survie. Lorsque qu’ils ont grandi, les amphibiens sont confiés aux pêcheurs, qui en prennent soin jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être relâchés dans le lac, explique Israel Correa, un proche de Froylan. L’achoque appartient au genre ambystoma, étudié par les scientifiques en raison de sa capacité peu commune à reconstituer ses membres mutilés et des morceaux d’organes tels que le cerveau et le cœur. Il est le cousin de l’axolotl mexicain, qui vit dans la zone lacustre de Xochimilco, dans le sud de Mexico, et dont l’image décore depuis 2021 les billets de 50 pesos. – Attention constante – Depuis l’époque préhispanique, l’achoque est un aliment -il se consomme en soupe ou en sirop- et un remède utilisé par les indigènes pour les maladies respiratoires.  Selon les légendes du village de Patzcuaro, l’achoque a d’abord été un dieu maléfique se cachant dans la boue du lac pour échapper à la punition d’autres divinités. Aujourd’hui, il est en danger d’extinction, avertit Rodolfo Pérez, qui s’efforce de faire éclore le plus grand nombre d’œufs possibles avec l’aide des habitants. “Cela nous a demandé beaucoup de travail”, admet le chercheur, en soulignant que le principal obstacle est “de trouver une compensation économique” pour les pêcheurs car les achoques nécessitent une attention constante. “Nous ne pouvons pas passer une journée sans venir, sinon ils meurent (…) Qu’il pleuve, qu’il tonne, que ce soit jour de fête, nous devons être présents”, souligne Israel Correa.La collaboration entre scientifiques et indigènes a abouti à une population “stable” d’achoques, composée de 80 à 100 individus “dans une très petite fraction” du lac, explique Luis Escalera, un autre chercheur de l’Université Michoacana. Une petite victoire, même si ce nombre reste “bien plus faible qu’il y a 40 ans”.

Minister’s death spooks Russian elite amid corruption clampdown

The reported suicide of Russia’s transport minister hours after he was dismissed by President Vladimir Putin, sparking speculation he would be arrested on corruption charges, has shaken the country’s elite.Roman Starovoyt was buried in Saint Petersburg on Friday, with his family weeping at his open coffin before it was lowered into the ground.   The 53-year-old …

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Israël: l’énergie solaire, nouvel atout des Bédouins pour garder leurs terres

Au bout d’un chemin poussiéreux, au bout d’un village de maisons inachevées surplombées par le dôme brillant d’une mosquée, un champ de panneaux solaires scintille sous le soleil brûlant du désert.Tirabin al-Sana, foyer de la tribu bédouine Tirabin dans le désert du Néguev en Israël, bénéficie du projet pilote d’une ONG israélienne, Shamsuna, qui équipe des villages de cette communauté en panneaux solaires.Descendants de bergers musulmans qui parcouraient autrefois librement les étendues désertiques bien au-delà des frontières actuelles d’Israël et des Territoires palestiniens, les Bédouins vivent principalement dans le sud du pays et nombre d’entre eux sont dans les rangs de l’armée ou la police.Mais les organisations de défense des droits documentent régulièrement, comme pour d’autres minorités arabes du pays, des discriminations à leur encontre.Aussi le projet de panneaux solaires a plusieurs enjeux: économiques et environnementaux, mais aussi fonciers puisque de nombreux villages bédouins n’ont aucune existence légale. Pour leurs habitants, contraints à batailler pour leurs terres, participer au projet est un moyen de “garantir leurs droits fonciers pour toujours”, met en avant Yosef Abramowitz, coprésident de l’ONG Shamsuna, à l’AFP.La délivrance des permis pour l’installation des panneaux solaires dépend en effet de la légalisation de la propriété des terres sur lesquels ils sont installés, en tant que parties du village auquel elles sont rattachées. “C’est la seule façon de résoudre la question foncière bédouine et d’assurer une énergie 100% renouvelable”, affirme M. Abramowitz. Le projet, pour le moment limité, permet aussi de créer des emplois locaux et de promouvoir une énergie moins chère. L’électricité produite est injectée dans le réseau national.- Reconnaissance foncière -Environ 300.000 Bédouins vivent dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël, dont la moitié dans des villages reconnus par les autorités israéliennes, comme Tirabin al-Sana. Quelque 110.000 personnes résident dans des villages non reconnus officiellement par le gouvernement.Des groupes d’extrême droite, parfois soutenus par le gouvernement actuel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont intensifié leurs efforts ces deux dernières années pour les chasser, notamment en lançant des procédures juridiques pour faire détruire des habitations, quand elles sont reconnues comme construites illégalement. “Depuis 2023, plus de 8.500 bâtiments ont été démolis dans ces villages non reconnus”, a déclaré Marwan Abou Frieh, de l’organisation d’aide juridique Adalah, lors d’une récente manifestation à Beersheva, la plus grande ville du Néguev.”Dans ces villages, des milliers de familles vivent désormais sans toit au dessus de leur tête”, a-t-il ajouté, décrivant la situation comme inédite depuis deux décennies.Pour Gil Yasur, qui travaille également avec Shamsuna, “tout le monde bénéficie” du projet solaire, “les propriétaires, le pays, le Néguev”. “C’est la meilleure façon d’avancer vers une économie verte”, ajoute-t-il.- Energie positive -A Um Batin, un village reconnu, les habitants utilisent eux l’énergie solaire pour alimenter en électricité un jardin d’enfants, surmonté d’un immense panneau solaire, tout au long de l’année.Jusqu’à l’an dernier, le village dépendait d’un générateur diesel polluant. “Ce n’était ni propre ni confortable ici avant”, explique Nama Abou Kaf, qui travaille sur place.”Maintenant, nous avons la climatisation et un projecteur pour que les enfants puissent regarder la télévision”, explique-t-elle.Malgré les défis et la bureaucratie, Hani al-Hawashleh, qui supervise le projet dans le village, et dans plusieurs autres localités, pour l’ONG Shamsuna, dit espérer que d’autres établissements éducatifs suivent l’exemple.”Nous avons besoin de personnes prêtes à collaborer avec nous pour aller de l’avant”, a-t-il dit, ajoutant qu’il “aimerait voir un système d’énergie solaire dans chaque village”.

3.000 fûts cartographiés dans une décharge nucléaire au milieu de l’Atlantique

Que deviennent les 200.000 fûts de déchets radioactifs immergés dans l’océan Atlantique? Une mission scientifique en a recensé plus de 3.000, dont certains éventrés, mais aucune anomalie majeure de radioactivité n’a été constatée, ont annoncé les chercheurs vendredi.”Il y a des fûts quasiment intacts et d’autres extrêmement dégradés”, a décrit Patrick Chardon, co-chef de la mission et ingénieur en métrologie nucléaire (CNRS, Université de Clermont Auvergne).Menée à bord du navire L’Atalante, de la flotte océanographique française, cette expédition baptisée “Nodssum” a regagné Brest après un mois de campagne en mer. Vendredi matin, grutiers et dockers s’affairaient pour débarquer les milliers d’échantillons scientifiques récoltés dans les abysses. Entre 1946 et 1993, plus de 200.000 fûts remplis de déchets radioactifs ont été abandonnés dans la plaine abyssale de l’océan Atlantique Nord-Est, dans les eaux internationales, à plus de 4.000 mètres de profondeur. L’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse ont participé à ces immersions.”On ne sait pas du tout ce qu’il y avait dedans. Il n’y avait pas de traçabilité à l’époque”, souligne M. Chardon, en ajoutant qu’il s’agirait à priori de déchets à faible activité, comme des déchets de laboratoires, des boues de traitement ou des tuyaux contaminés. L’espace laissé vide dans les fûts était comblé par du ciment ou du bitume. Seuls l’ex-URSS et les États-Unis ont immergé d’autres types de déchets radioactifs, comme des cuves de réacteurs nucléaires contenant, pour certaines, du combustible nucléaire, selon l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).La convention de Londres de 1993 a interdit ces immersions de déchets radioactifs en mer.- 20 fûts par km2 -La mission “Nossdum”, qui réunissait 21 scientifiques venus de France, Allemagne, Canada ou Norvège, s’est concentrée sur une zone précise située à 1.000 km au sud-ouest de Brest et à 650 km au nord-ouest de La Corogne (Espagne). Plus de 150.000 fûts ont été immergés à 4.700 mètres de fond entre 1971 et 1982.Les chercheurs ont pu scruter la zone grâce au sonar à très haute résolution du submersible autonome Ulyx de l’Ifremer, qui a réalisé à cette occasion sa première mission scientifique. En 17 plongées, Ulyx a ainsi pu prendre 50 fûts en photo et cartographier 3.350 fût sur 163 km2, soit une densité de 20 fûts par km2 . Les outils de mesure de radioprotection ont fait état de valeurs du même niveau que le bruit de fond environnemental. “C’est plutôt rassurant”, a reconnu M. Chardon. “Mais on ne s’attendait pas à constater de radioactivité très conséquente, vu les distances auxquelles on a opéré.”Les scientifiques ont prélevé plus de 300 échantillons de sédiments dans la vase à 150 mètres des fûts. Ils ont capturé 17 grenadiers, des poissons vivant dans les abysses, et remonté 5.000 litres d’eau.Tous ces prélèvements vont faire l’objet de mesures très fines en laboratoire dans les prochains mois pour évaluer leur contamination éventuelle par des éléments radioactifs.Une seconde mission doit en outre être organisée d’ici un ou deux ans pour s’approcher au plus près des fûts et y prélever les organismes marins qui les peuplent, notamment des anémones.  A terme, l’objectif n’est pas de remonter ces fûts radioactifs, une solution “technologiquement possible mais au coût absolument monstrueux”, explique M. Chardon.En fonction des résultats, “on va pouvoir estimer s’il faut faire une évaluation plus rapprochée à l’avenir” de ces décharges nucléaires en mer, souligne le chercheur. “L’idée au départ, c’était de faire une évaluation tous les 25 ans. Ça n’a jamais été fait depuis”.La mission “Nossdum” était en effet la première de ce type depuis les campagnes menées dans les années 80 par le CEA et l’Ifremer sur la même zone d’immersion. Grâce à un sous-marin inhabité, six fûts avaient déjà été photographiés et semblaient intacts mais avec des marques de corrosion.

3.000 fûts cartographiés dans une décharge nucléaire au milieu de l’Atlantique

Que deviennent les 200.000 fûts de déchets radioactifs immergés dans l’océan Atlantique? Une mission scientifique en a recensé plus de 3.000, dont certains éventrés, mais aucune anomalie majeure de radioactivité n’a été constatée, ont annoncé les chercheurs vendredi.”Il y a des fûts quasiment intacts et d’autres extrêmement dégradés”, a décrit Patrick Chardon, co-chef de la mission et ingénieur en métrologie nucléaire (CNRS, Université de Clermont Auvergne).Menée à bord du navire L’Atalante, de la flotte océanographique française, cette expédition baptisée “Nodssum” a regagné Brest après un mois de campagne en mer. Vendredi matin, grutiers et dockers s’affairaient pour débarquer les milliers d’échantillons scientifiques récoltés dans les abysses. Entre 1946 et 1993, plus de 200.000 fûts remplis de déchets radioactifs ont été abandonnés dans la plaine abyssale de l’océan Atlantique Nord-Est, dans les eaux internationales, à plus de 4.000 mètres de profondeur. L’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse ont participé à ces immersions.”On ne sait pas du tout ce qu’il y avait dedans. Il n’y avait pas de traçabilité à l’époque”, souligne M. Chardon, en ajoutant qu’il s’agirait à priori de déchets à faible activité, comme des déchets de laboratoires, des boues de traitement ou des tuyaux contaminés. L’espace laissé vide dans les fûts était comblé par du ciment ou du bitume. Seuls l’ex-URSS et les États-Unis ont immergé d’autres types de déchets radioactifs, comme des cuves de réacteurs nucléaires contenant, pour certaines, du combustible nucléaire, selon l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).La convention de Londres de 1993 a interdit ces immersions de déchets radioactifs en mer.- 20 fûts par km2 -La mission “Nossdum”, qui réunissait 21 scientifiques venus de France, Allemagne, Canada ou Norvège, s’est concentrée sur une zone précise située à 1.000 km au sud-ouest de Brest et à 650 km au nord-ouest de La Corogne (Espagne). Plus de 150.000 fûts ont été immergés à 4.700 mètres de fond entre 1971 et 1982.Les chercheurs ont pu scruter la zone grâce au sonar à très haute résolution du submersible autonome Ulyx de l’Ifremer, qui a réalisé à cette occasion sa première mission scientifique. En 17 plongées, Ulyx a ainsi pu prendre 50 fûts en photo et cartographier 3.350 fût sur 163 km2, soit une densité de 20 fûts par km2 . Les outils de mesure de radioprotection ont fait état de valeurs du même niveau que le bruit de fond environnemental. “C’est plutôt rassurant”, a reconnu M. Chardon. “Mais on ne s’attendait pas à constater de radioactivité très conséquente, vu les distances auxquelles on a opéré.”Les scientifiques ont prélevé plus de 300 échantillons de sédiments dans la vase à 150 mètres des fûts. Ils ont capturé 17 grenadiers, des poissons vivant dans les abysses, et remonté 5.000 litres d’eau.Tous ces prélèvements vont faire l’objet de mesures très fines en laboratoire dans les prochains mois pour évaluer leur contamination éventuelle par des éléments radioactifs.Une seconde mission doit en outre être organisée d’ici un ou deux ans pour s’approcher au plus près des fûts et y prélever les organismes marins qui les peuplent, notamment des anémones.  A terme, l’objectif n’est pas de remonter ces fûts radioactifs, une solution “technologiquement possible mais au coût absolument monstrueux”, explique M. Chardon.En fonction des résultats, “on va pouvoir estimer s’il faut faire une évaluation plus rapprochée à l’avenir” de ces décharges nucléaires en mer, souligne le chercheur. “L’idée au départ, c’était de faire une évaluation tous les 25 ans. Ça n’a jamais été fait depuis”.La mission “Nossdum” était en effet la première de ce type depuis les campagnes menées dans les années 80 par le CEA et l’Ifremer sur la même zone d’immersion. Grâce à un sous-marin inhabité, six fûts avaient déjà été photographiés et semblaient intacts mais avec des marques de corrosion.

A Paris, les ailes du Moulin Rouge tournent de nouveau

Quatorze mois après leur chute accidentelle, les ailes du Moulin Rouge, l’un des symboles touristiques de Paris dans le monde entier, ont recommencé à tourner jeudi soir dans le ciel de la capitale française.”Toute la troupe est très heureuse de retrouver nos ailes, qui sont les ailes de Paris”, a confié à l’AFP Cyrielle, l’une des 60 danseuses du cabaret parisien.Peu avant 23h00 (21H00 GMT), ces décorations, d’un diamètre de plus de douze mètres, se sont animées grâce à la mise en marche d’un moteur électrique flambant neuf et réalisé sur mesure.Pour l’occasion, la troupe du Moulin Rouge s’est produite devant l’établissement, dans une profusion de plumes rouges virevoltantes symbolisant le réveil des ailes. Plusieurs centaines de badauds sont venus assister à cette renaissance, interrompant la circulation sur ce boulevard très fréquenté du nord de Paris. Sur le toit de l’établissement, des danseurs ont célébré ce redémarrage avec des feux d’artifice à la main.”J’adore le cabaret, le music-hall. C’est un moment super sympa, presque émouvant”, s’est réjoui Stéphane, 46 ans, qui ne voulait pas manquer l’événement.Le 25 avril 2024, le cabaret immortalisé par le peintre Toulouse-Lautrec au XIXe siècle et par le film de Baz Luhrmann avec Nicole Kidman (2001), s’était réveillé sans ses ailes.Elles étaient tombées dans la nuit sans faire de blessés, en raison d’une défaillance au niveau de l’axe central, créant la stupeur parmi les habitants du quartier et au-delà.Dans leur chute, elles avaient entraîné les trois premières lettres du nom du lieu accrochées sur sa façade dans le 18e arrondissement de Paris, au pied de la Butte Montmartre.- Quatre pales rouge et or -Resté ouvert depuis l’accident, le Moulin Rouge est particulièrement renommé pour son French Cancan, la danse traditionnelle endiablée des opérettes d’Offenbach du milieu du XIXe siècle. Le 5 juillet 2024, une semaine avant le passage de la flamme olympique pour les Jeux de Paris, le Moulin Rouge avait inauguré quatre nouvelles ailes, mélange d’aluminium et d’acier, mais le nouveau moteur nécessaire à leur rotation n’avait pas été prêt à temps.”Les ailes ont toujours tourné au Moulin Rouge, donc il fallait qu’on redonne ce symbole parisien à Paris, à la France et dans l’état dans lequel il était avant”, a déclaré à l’AFP Jean-Victor Clérico, directeur général de l’établissement qui attire chaque année 600.000 visiteurs.Désormais, les ailes du Moulin Rouge tourneront chaque jour de 16H00 à 02H00 du matin.Illuminées par des centaines d’ampoules rouge et or, désormais des LED basse énergie, elles ont tourné pour la première fois le 6 octobre 1889, à l’ouverture du cabaret.Avec ses 90 artistes de 18 nationalités, le cabaret propose deux représentations 365 soirs par an, dans un tourbillon de plumes, de strass et de paillettes, réunissent au total 1.700 spectateurs, dont la moitié d’étrangers.Sur scène, la troupe – dont les emblématiques “Doriss Girls”, du nom de la chorégraphe du Moulin Doris Haug – présente à 21H00 et 23H30 la revue “Féérie”, hommage au cirque et à la Ville Lumière de 1900 à nos jours, avant l’incontournable French Cancan.Dans la même famille depuis quatre générations, le Moulin Rouge a créé l’an dernier dans ses murs une “cité des métiers d’art” regroupant les derniers ateliers français de plumasserie et de broderie, labellisées entreprises du Patrimoine vivant.

Art rupestre: des Aborigènes à l’Unesco pour défendre un site majeur

Venus de la péninsule de Burrup, dans le nord-ouest australien, jusqu’au siège de l’Unesco à Paris, des Aborigènes australiens militent pour la protection d’un site d’art rupestre majeur, nouvelle étape d’un feuilleton qui les oppose à des géants miniers mais aussi à leur gouvernement.Trois membres du peuple Mardudhunera ont parcouru des milliers de kilomètres pour s’entretenir cette semaine avec des délégués du monde entier à Paris, réunis pour la 47e session du Comité du patrimoine mondial, qui doit déterminer quels sites seront ajoutés à la liste protégée.Parmi ceux examinés cette semaine figure celui de Murujuga, zone reculée qui abrite, selon les estimations, environ un million de pétroglyphes, des gravures qui pourraient dater de 50.000 ans, en faisant l’un des plus importants sites d’art rupestre au monde. Raelene Cooper, l’une des gardiennes traditionnelles de Murujuga, lutte depuis des années pour protéger ce haut lieu de la culture aborigène, menacé directement par l’exploitation minière. “Regardez”, s’inquiète-t-elle en montrant des vidéos de sa région, où émergent des installations industrielles massives au milieu de la terre rouge. “Vous voyez l’ampleur de ce chantier ?””Nos ancêtres nous ont laissé ces gravures pour que nous maintenions notre culture à travers ces sites sacrés. Là, à cet endroit, j’emmenais les anciens régulièrement”, détaille son fils, Mark Clifton, en pointant du doigt sur une photo une zone désormais recouverte de constructions industrielles. La région du Pilbara, riche en ressources naturelles, attise l’appétit des géants miniers depuis des décennies. Du minerai de fer notamment est exporté via le port de Dampier, à l’entrée de la péninsule. La ville de Karratha, non loin de là, héberge une usine de gaz naturel liquéfié.L’entreprise australienne Woodside Energy y exploite en particulier North West Shelf, un complexe industriel comprenant plateformes offshore, pipelines sous-marins et installations de transformation des hydrocarbures.La présence de groupes miniers a déjà fait des dégâts, font valoir des organisations environnementales et autochtones. Benjamin Smith, professeur d’archéologie à l’université d’Australie-occidentale et spécialiste d’art rupestre, a constaté des dommages. “Des oxydes d’azote et des oxydes de soufre sont émis par l’industrie, attaquent le manganèse et créent des centaines de trous à la surface. Cela provoque la dégradation des surfaces d’art rupestre”, explique-t-il à l’AFP. Woodside Energy indique, lui, à l’AFP avoir “pris des mesures proactives depuis de nombreuses années – y compris des réductions d’émissions, le partage de données et un soutien continu au programme de monitoring d’art rupestre de Murujuga – pour s’assurer que nous gérons nos impacts de manière responsable.”- “Bulldozers” -Or, fin mai, le gouvernement australien a donné son feu vert – sous conditions – à la prolongation jusqu’en 2070 de l’exploitation de ce site, dont la fermeture était prévue pour 2030.Estimant ne pas être entendue par Canberra, la petite délégation menée par Raelene Cooper est donc venue demander que l’Unesco réclame un moratoire sur tout nouveau dommage comme condition à l’inscription au patrimoine mondial de l’humanité du site de Murujuga.”Nous ne nous opposons pas au classement au patrimoine mondial de l’humanité”, précise Raelene Cooper, qui a par ailleurs entamé une action en justice contre le ministre australien de l’environnement. “Cependant, il doit y avoir, au plus haut niveau, des garanties et des mesures de préservation.”Face à eux, le gouvernement australien a aussi envoyé une délégation, avec également des membres de la communauté aborigène de la région, signe de la complexité du dossier. “L’inscription au patrimoine mondial renforcerait les protections déjà importantes mises en place pour préserver ce site d’une importance capitale”, dit-il dans une déclaration transmise à l’AFP.”Cette nomination a été préparée en partenariat avec les propriétaires et gardiens traditionnels de la Corporation aborigène de Murujuga ainsi qu’avec le gouvernement d’Australie-Occidentale”, fait-il valoir.L’Icomos, une ONG spécialisée partenaire de l’Unesco, estime “urgent” pour l’État australien de “veiller à l’élimination totale des émissions acides néfastes qui affectent actuellement les pétroglyphes (…) afin de préserver durablement l’intégrité du bien”, dans un rapport consulté par l’AFP.”Si le gouvernement national ne peut pas s’occuper de ce site lorsqu’il n’est pas inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, je ne vois pas en quoi son inscription fera une différence”, soupire de son côté Benjamin Smith.

Une mission scientifique cartographie plus de 3.000 fûts de déchets radioactifs dans l’Atlantique

Une équipe de scientifiques a cartographié pendant un mois 3.350 fûts de déchets radioactifs, immergés au fond de l’Atlantique Nord-Est, sans constater pour le moment de radioactivité anormale, ont-ils indiqué vendredi à leur retour à Brest.Menée à bord du navire L’Atalante, de la flotte océanographique française, cette expédition baptisée NODSSUM visait à cartographier la zone d’immersion principale de milliers de fûts de déchets radioactifs, immergés par des pays européens entre 1946 et 1993. Ces immersions étaient à l’époque considérées comme une solution normale de gestion des déchets issus de l’industrie nucléaire. La mission a exploré une zone précise située dans les eaux internationales, à 1.000 km au sud-ouest de Brest et à 650 km au nord-ouest de La Corogne (Espagne).Les chercheurs ont notamment pu scruter la zone grâce au sonar à très haute résolution du submersible autonome Ulyx de l’Ifremer, qui a réalisé à cette occasion sa première mission scientifique. En réalisant 16 plongées, Ulyx a ainsi pu cartographié 3.350 fût sur 163 km2. Une cinquantaine de fûts ont été photographiés dans un état de conservation variable, avec une surface corrodée et colonisée par des anémones. Des fuites de matière inconnue, probablement du bitume, ont également été constatées sur certains fûts.Les outils de mesure de radioprotection ont fait état de valeurs du même niveau que le bruit de fond environnemental. Mais des mesures plus fines en laboratoire sur des sédiments, de l’eau et des poissons doivent être réalisées dans les mois qui viennent.Durant la mission, les scientifiques ont en effet réalisé des prélèvements de sédiments à l’aide de carottiers mais également d’eau grâce à des rosettes. Ils ont enfin installé des pièges à poissons et crustacés pour évaluer l’effet de ces déchets radioactifs sur les organismes marins. L’équipe de scientifiques comptait notamment des chercheurs du CNRS et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et d’autres venus de l’Université de Bergen (Norvège), du Thunen Institute (Allemagne) ou de l’Université Mémorial de Terre-Neuve (Canada).Jusqu’en 1993, plus de 200.000 fûts remplis de déchets radioactifs ont été jetés par plusieurs Etats européens dans la plaine abyssale de l’océan Atlantique Nord-Est, dans les eaux internationales, à plus de 4.000 mètres de profondeur.En juin 1984, le CEA et l’Ifremer avaient déjà effectué une campagne photographique sur la même zone d’immersion en Atlantique Nord, à 4.500 mètres de profondeur: six conteneurs avaient été photographiés et semblaient intacts mais avec des marques de corrosion.

Près de Paris, les derniers pigeons militaires d’Europe s’envolent toujours

“Ce pigeon-ci, c’est le 193.529, un pigeon de 2017, le premier pigeon que j’ai badgé” : dans la forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes (ouest de Paris), se trouve le dernier colombier militaire d’Europe, jadis utilisé par l’armée pour transmettre des messages.”C’est un pigeon voyageur, un pigeon qui aurait pu servir à transmettre des messages pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale”, explique le maréchal des logis Sylvain à l’AFP, tout en tentant de maintenir l’oiseau qui s’agite entre ses mains.”C’est maintenant un pigeon de concours”, précise le militaire du 8e régiment de transmissions, qui n’a pas le droit de révéler son nom de famille : les pigeons voyageurs hébergés dans la forteresse militaire n’ont plus aucune “fonction de messager”.Les progrès technologiques ont eu raison de leur rôle de messagers de l’armée française, capables de revenir vers le colombier où ils ont été entraînés grâce à leur GPS naturel et à leurs sens aiguisés.Naviguant entre la dizaine de volières qui abritent l’ensemble des pigeons — pigeons de vitesse, pigeons voyageurs… — de la forteresse du Mont-Valérien surplombant Paris, le maréchal des logis, la quarantaine et lui-même petit-fils de colombophile — nom donné aux dresseurs de pigeons voyageurs — s’active pour vérifier la santé de chaque volatile, nettoyer leurs abris, les nourrir et les soigner en cas de besoin.- Exploit historique -Le sous-officier s’occupe notamment de près de 200 pigeons voyageurs, qui servent aux concours de colombophilie, aux lâchers lors de cérémonies ou encore aux présentations lors de visites des lieux.Si le recours aux pigeons voyageurs remonte à l’Antiquité, c’est surtout dans les années 1870 que l’armée française en fait officiellement un outil de communication, avec la création d’un “service de colombophilie aux armées” pendant la guerre franco-prussienne et l’utilisation des pigeongrammes, ces photographies microfilmées destinées à être transportées par pigeon voyageur.S’ensuit alors une utilisation accrue des pigeons voyageurs durant les deux conflits mondiaux en tant que “relais”, lorsque “les moyens modernes atteignaient leurs limites, que les bombardements avaient arraché des fils de téléphone” ou “empêchaient d’utiliser les moyens optiques”, raconte le maréchal des logis Sylvain.Bien que moyens secondaires, les pigeons voyageurs ont parfois réalisé des exploits notables, à l’instar de Gustav, “le premier pigeon qui a transmis un message des plages du Débarquement le 6 juin 1944”.Fraîchement débarqué en Normandie d’un navire anglais, alors que toutes les communications radio sont coupées, le pigeon voyageur repart en Grande-Bretagne, message à la patte, ce qui lui vaudra d’être récompensé de la médaille Dickin, une décoration militaire animalière.- Cages de Faraday – La colombophilie militaire française s’éteint progressivement, les derniers recours aux pigeons voyageurs datant de la guerre d’Algérie, jusqu’à prendre officiellement fin en 1961, lorsque le général De Gaulle ordonne la dissolution du dernier colombier militaire opérationnel de France.L’armée considérant que “les moyens techniques de l’époque étaient suffisants”, les pigeons ont perdu leur fonction militaire, tout en continuant à être formés à la transmission de messages durant quelques années, par crainte d’une “attaque par impulsion électromagnétique qui aurait détruit les moyens de communication électroniques de l’armée française”, précise le maréchal des logis Sylvain.”Officiellement, je n’ai aucun ordre selon lequel les pigeons doivent être formés à la transmission de messages” car “il n’y a aucun risque de black-out national”, l’ensemble des communications étant protégées par des cages de Faraday, bloquant les champs électromagnétiques.Le maintien du savoir-faire du colombier est avant tout un hommage “pour la représentation de l’armée”, que ce soit à travers les visites du musée, les concours de colombophilie ou lors des cérémonies militaires.