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Le taux du Livret A abaissé à 1,5% à partir du 1er février

Le taux du Livret A va connaître sa troisième baisse en à peine un an: le ministre de l’Economie Roland Lescure l’a fixé jeudi à 1,5% à compter du mois prochain, conséquence du ralentissement de l’inflation.”Le Livret A est un support d’épargne privilégié pour les Français. Avec ce nouveau taux supérieur à l’inflation, le pouvoir d’achat des ménages est préservé”, a déclaré jeudi M. Lescure, cité dans un communiqué.Actuellement à 1,7%, le rendement de ce produit d’épargne très populaire – 57 millions de Français détiennent un Livret A – est calculé chaque semestre par la Banque de France et son gouverneur, François Villeroy de Galhau, qui le transmet pour validation à Bercy.Il tient compte, d’une part, d’un taux dépendant de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) et, d’autre part, de l’inflation, mesurée à 0,8% en décembre par l’Insee.C’est cette deuxième composante qui plombe aujourd’hui le taux du Livret A, car la hausse des prix a considérablement ralenti en France.”Nous avons appliqué la formule en l’arrondissant à la hausse”, a précisé M. Lescure lors d’un échange avec la presse. Sans cet arrondi, le taux du Livret A serait tombé encore plus bas, à 1,4%.- Très rentable -Ce coup de pouce est une maigre consolation pour les épargnants, qui ont vu le taux du Livret A, aussi valable pour le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), divisé par deux en à peine un an.Il avait commencé 2025 à 3%, avant d’être ramené à 2,4% puis à 1,7% au cours de l’année dernière. Il faut remonter à juillet 2022 pour retrouver un taux inférieur.”La baisse du taux du Livret A est une mauvaise nouvelle pour les épargnants”, a résumé dans une note le directeur du think tank Cercle de l’Epargne, Philippe Crevel.Même légèrement amortie, cette baisse permettra parallèlement aux acteurs du logement social, dont les conditions d’emprunt sont indexées sur ce taux, de se financer moins cher.C’est une “bonne nouvelle”, a commenté Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui représente les bailleurs sociaux français.C’est également une aubaine pour les banques, qui rémunèrent une partie de l’épargne réglementée et commercialisent des produits concurrents plus lucratifs pour elles.”Cette nouvelle réduction de taux aura un impact positif de 530 millions d’euros” pour les banques françaises, ont calculé les analystes de l’agence de notation Fitch. “Au total, les baisses successives devraient engendrer une économie de 4 milliards d’euros par rapport à l’année 2024”, selon ces experts.Les assureurs se réjouissent aussi de voir leurs assurances vie, qui ont fait le plein ces derniers mois, encore plus compétitives face au Livret A.Mais “malgré la baisse annoncée, le livret A reste un produit indispensable et très rentable pour les ménages”, a défendu Daniel Baal, patron du Crédit Mutuel et président de la fédération française des banques (FBF), sur le réseau social professionnel Linkedin. Son taux est “très nettement supérieur à tout ce qui peut se pratiquer pour de l’épargne immédiatement disponible”, a-t-il noté.- Objectif LEP -La Banque de France et Bercy ont par ailleurs mis l’accent sur le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux épargnants modestes, qui bénéficie d’un geste en sa faveur encore plus important que le Livret A.”J’ai tenu à conserver un avantage marqué pour les plus modestes”, a souligné le ministre de l’Economie, en fixant le nouveau taux du LEP à 2,5% au 1er février, contre 2,7% aujourd’hui.M. Villeroy de Galhau avait souligné mercredi que le LEP était “le vrai produit, le plus avantageux, d’épargne populaire”.Peu mis en avant par les agences et les sites internet des banques qui le commercialisent, ce produit peine à trouver son public. Les quelque 12 millions de LEP ouverts restent loin des 31 millions de personnes éligibles.”J’engage les Français qui sont éligibles, qui sont en dessous des conditions de revenus qui permettent d’y avoir accès (…), à se rapprocher de leur banque pour ouvrir ce type de livret”, a insisté M. Lescure.

40 ans d'”emprise” dans une congrégation de soeurs catholiques

Gavage, chantage, abus financiers, psychologiques et spirituels: un rapport détaille un système d'”emprise” marqué par une “dérive sectaire” qui a régné pendant 40 ans au sein des Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre (BSCM).Au long de 142 pages, le rapport publié par une commission indépendante mandatée en 2024 décrit le système mis en place par l’ancienne supérieure, mère Marie-Agnès, à l'”autorité excessive et inappropriée” avec “une dérive manifeste dans tous les domaines”.Les soeurs de cette congrégation catholique avaient déjà reconnu en 2023 qu’un “système d’emprise” avait existé pendant plusieurs décennies, et demandé que la lumière soit faite sur le passé.Après avoir rencontré les 86 sœurs actuellement membres des BSCM et 28 ayant quitté la communauté, la commission fait état de 1.489 faits, allant de l’abus d’autorité au culte de la personnalité en passant par le pouvoir financier et la maltraitance physique ou psychologique.Ce système a perduré de 1969, date de l’élection de soeur Marie-Agnès en tant que prieure générale, jusqu’au début des années 2010, avec une dérive qui “s’est accentuée après 2004”.Pour les jeunes victimes poussées à s’engager “très vite” après leur recrutement s’instaure ce qu’une soeur décrit comme “un régime policier”.Car la responsable, à la personnalité “de type pervers narcissique”, a une capacité à repérer les vulnérabilité des soeurs qu’elle harcèle ensuite et manipule, souligne la commission présidée par l’ancien général Hervé Giaume.Coupées de leur famille, les religieuses doivent accepter que leurs parloirs soient écoutés et leur courrier lu. “L’espionnage, l’incitation à la délation et le chantage sont présents dans tous les prieurés et sanctuaires”, ajoute le rapport qui parle de “contexte clairement marqué par une dérive sectaire”.Le rapport détaille une “suractivité” imposée aux soeurs pour “empêcher toute prise de recul”, et une série de “violences verbales, parfois physiques” ainsi qu’une maltraitance psychologique: “infantilisation, culpabilisation, humiliation, dévalorisation”.”Je ne pouvais pas me mettre à genoux (…) et elles m’ont demandé de récurer l’entièreté des lieux à la brosse à dent et à l’éponge”, témoigne une soeur. Le rapport évoque même une “soumission médicamenteuse pour les plus récalcitrantes”.S’il n’y a pas ici de violences sexuelles, la maltraitance passe aussi par la nourriture avec des “repas forcés et déséquilibrés” et des “gavages allant jusqu’aux vomissements”. Car “il fallait (…) ressembler même physiquement” à la supérieure, a expliqué une soeur à la commission.- Héritages captés -Sur le plan financier, le rapport note que “le recrutement des jeunes filles visait manifestement les familles aisées” et que “faire +entrer de l’argent+ constituait une préoccupation constante” de mère Marie-Agnès.La congrégation “prenait en main les biens des sœurs dès le postulat”, avec parfois des “comptes bancaires et livrets vidés, héritages captés”. Un total de 857.356 euros a ainsi été prélevé sur les comptes de cinq soeurs et de la congrégation, selon le rapport. Mère Marie-Agnès, décédée en 2016, était secondée dans sa tache par deux acolytes (des soeurs40 nommées X et Y dans le rapport).Ce trio menait un “train de vie fastueux”: repas gastronomiques, vacances sur la Côte d’Azur… ainsi que des investissements immobiliers dans deux appartements et une maison près de Vernon. Le rapport note que le trio a habité “souvent en civil” dans cette maison entre 2008 et 2012, avant de la revendre avec une moins-value de 150.000 euros.La commission, qui émet 58 préconisations, appelle à plusieurs mesures de réparation (indemnisations et remboursements). Elle prône une reconnaissance officielle par l’Eglise des dérives “qu’elle n’a pas vues, ou pas voulu voir”, notamment au niveau du diocèse de Paris dont Jean-Marie Lustiger était archevêque pendant une partie des faits.Dans un communiqué le diocèse de Paris “reconnaît aujourd’hui que pendant de nombreuses années, il n’a pas exercé, en ses responsables, son propre devoir de vigilance”.La commission souligne qu’avec des “changements importants” engagés depuis 2014, la congrégation “a retrouvé aujourd’hui un fonctionnement normal mais encore fragile”.Car il est “essentiel de restaurer la confiance”, ajoute le texte.

Macron ou “l’oeil du tigre” devant les Armées

Emmanuel Macron, apparu l’oeil droit rougi jeudi lors des voeux aux Armées, a ironisé en renvoyant à “une référence non volontaire à l’oeil du tigre”, “un signe de détermination”. “Je vous prie d’excuser ce caractère inesthétique de mon œil”, a-t-il dit sur la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône) devant un parterre de hauts gradés.”Ce n’est que quelque chose de totalement anodin”, a ajouté le chef de l’Etat, arrivé sur la base le regard dissimulé derrière de grosses lunettes d’aviateur sous un soleil généreux. Un petit vaisseau de l’oeil qui a saigné, “totalement bénin” selon le médecin chef de l’Elysée, a renchéri son entourage.”Voyez-y simplement une référence non volontaire à l’oeil du tigre en ce début d’année. Pour ceux qui ont la référence, c’est un signe de détermination. Elle est entière”, a ajouté le chef de l’Etat, énigmatique.Une référence à Georges Clemenceau, surnommé “le Tigre”, figure de la détermination française pendant la Première Guerre mondiale ?Ou à Rocky, boxeur amateur italo-américain immortalisé par l’acteur Sylvester Stallone dans “L’Oeil du tigre” (Rocky III)…Le chef de l’Etat a ensuite appelé la France et ses armées à consentir “des efforts à la mesure de notre rude époque” et annoncé, face aux revendications de Donald Trump sur le Groenland, l’envoi de “moyens terrestres, aériens et maritimes” dans ce territoire autonome du Danemark.”Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort”, a-t-il martelé.

Macron appelle à faire plus en matière de défense, envoie plus de militaires au Groenland

“Plus vite et plus fort”. Emmanuel Macron a appelé jeudi la France et ses armées à consentir “des efforts à la mesure de notre rude époque” et annoncé, face à des alliés américains devenus des “compétiteurs” inattendus, l’envoi de nouveaux “moyens terrestres, aériens et maritimes” au Groenland.”Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort”, a déclaré le chef de l’Etat en présentant ses voeux aux armées sur la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône), dans la foulée d’un conseil de défense à l’Elysée consacré à la situation au Groenland et en Iran.Dans un contexte de tension transatlantique inédit au sein de l’Otan, la France va envoyer des moyens supplémentaires, dans le cadre d’une mission européenne, “dans les prochains jours” au Groenland, territoire autonome danois convoité par les Etats-Unis.Une “quinzaine” de chasseurs alpins français ont déjà été mobilisés pour cette “opération de “dissuasion” visant à “montrer aux États-Unis que l’Otan est présente”, avait précisé un peu plus tôt sur franceinfo l’ambassadeur de France pour les pôles, Olivier Poivre d’Arvor.”Des certitudes qui parfois avaient des décennies sont remises en cause (…) L’Europe a des compétiteurs qu’elle ne pensait pas voir. Elle a parfois des alliés qu’on pensait prévisibles, impavides, toujours à nos côtés, qui se mettent à faire douter beaucoup, voire qui se retournent vers ceux qui doutaient le moins”, a lancé Emmanuel Macron dans une allusion au Danemark et aux pays de l’Est européen.Donald Trump, invoquant des nécessités de sécurité nationale face à des menaces russes et chinoises, menace de s’emparer du Groenland par tous les moyens, y compris la force si nécessaire.- Renseignement français -Le chef de l’Etat a aussi appelé le Parlement à “adopter d’ici le 14 juillet” l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit actuellement 413 milliards d’euros, afin de renforcer les moyens de la défense.Il réclame 36 mds d’euros de plus d’ici 2030 pour les armées “pour accélérer notre réarmement”, dont une rallonge de 3,5 mds dès cette année et une autre de 3 mds l’an prochain.Cette “surmarche” est toutefois suspendue pour 2026 à l’adoption d’un budget toujours dans les limbes.L’actualisation de la LPM a déjà été plusieurs fois reportée. Avec cette trajectoire, le budget de la défense aura quasiment doublé sous les deux mandats d’Emmanuel Macron pour atteindre 64 mds d’euros annuels dès 2027 et non plus 2030.En Ukraine, la France et ses partenaires européens sont pleinement mobilisés en appui de l’armée ukrainienne et pour le déploiement d’une force multinationale destinée à dissuader la Russie de toute nouvelle attaque le jour où une paix sera conclue, a-t-il souligné.Emmanuel Macron a affirmé au passage que la France fournissait désormais à l’Ukraine “les deux tiers” des “capacités de renseignement” nécessaires face à la Russie – là où les Etats-Unis étaient auparavant prépondérants – ajoutant que les 34 pays de la Coalition des volontaires finançaient “100%” des moyens accordés à Kiev.- “Dans le jardin de l’Europe” -Sur l’Iran, la France a “appelé à la cessation” des attaques “odieuses” contre les manifestants mais aussi à “ne pas escalader dans la région”, a-t-il insisté, alors que Donald Trump menace de recourir à la force contre le régime des mollahs.Le président délégué du groupe RN à l’Assemblée, Jean-Philippe Tanguy, a appelé Emmanuel Macron à “parler aux Français directement” pour expliquer “la position de la France” sur le Groenland et le soulèvement populaire en Iran.Le patron du PS Olivier Faure a pour sa part salué l’initiative européenne au Groenland. “On a aujourd’hui la nécessité tout simplement de faire en sorte que des limites soient fixées à la volonté de toute puissance de Donald Trump qui finit par considérer que l’Europe est son jardin”, a-t-il dit.Le chef de l’État a aussi fait de la restauration du service national, rémunéré et volontaire, un de ses chantiers pour 2026.Les armées comptent enrôler 3.000 candidats cette année, 4.000 en 2027, 10.000 en 2030 avec 42.500 comme ambition en 2035.Au retour, Emmanuel Macron embarquera à bord d’un avion ravitailleur et de transport de troupes – un Airbus A330 MRTT (Multirole Tanker Transport) – piloté par l’astronaute Thomas Pesquet, à destination d’Orly.L’ex-commandant de la Station spatiale internationale est depuis 2024 colonel de réserve dans l’armée de l’Air, affecté à Istres, et a “tous les brevets et diplômes pour piloter un MRTT”, a précisé l’Élysée.

Apollonia: sept ans ferme pour le couple au centre de l’énorme escroquerie immobilière

Le couple au centre de l’énorme escroquerie immobilière et financière Apollonia, qui a fait quelque 750 victimes pour un préjudice dépassant 1,2 milliard d’euros, a été condamné jeudi à de lourdes peines de prison ferme et à la confiscation d’une vingtaine de millions d’euros de biens.Jean Badache, 71 ans, et son épouse Viviane, 69 ans, ont été condamnés à sept ans de prison ferme chacun, pour leur rôle central dans cette escroquerie, qui promettait à de riches clients, principalement issus de professions médicales, de se constituer un patrimoine immobilier à moindre frais.Le tribunal correctionnel de Marseille a assorti ces condamnations de mandats de dépôt différés mais avec exécution provisoire, ce qui fait que les époux Badache devraient aller en prison à une date à fixer ultérieurement, malgré l’appel immédiatement annoncé par leurs avocats.La condamnation, qui ouvre la voie aux procédures de dédommagement des nombreuses victimes, est assortie d’une amende de 2,5 millions d’euros pour chacun et de la confiscation de biens immobiliers, comptes bancaires, bijoux et sommes en numéraire pour un total de 20 millions d’euros, notamment leur somptueuse villa à Cassis évaluée à 9 millions et une villa à Marrakech.Lors du procès, du 31 mars au 6 juin 2025, l’accusation avait requis la peine maximale de dix ans de prison contre Jean et Viviane Badache, dénonçant la “plus grande escroquerie immobilière et financière que la France ait jamais connue”.Le tribunal les a qualifiés de “têtes pensantes de l’infraction”, avec un Jean Badache ayant “imaginé et mis en place” les “manœuvres frauduleuses” visant à “enfermer les potentiels acquéreurs dans la toile d’Apollonia” et une Viviane Badache formant le personnel à “dissimuler les informations utiles aux banques”. Le tout alimenté par une “volonté d’enrichissement hors norme”.Le montage consistait à “empiler” des crédits immobiliers sur les clients, démarchés par des commerciaux de cette société de conseil en patrimoine aixoise, qui a encaissé 115 millions d’euros de commissions entre 2004 et 2009.Apollonia faisait miroiter l’acquisition d’un patrimoine sans bourse délier via le statut de loueur en meublé professionnel à ses clients, qualifiés de “pigeons” par Jean Badache, selon les témoignages de commerciaux de l’entreprise.Remboursement de TVA pendant les premières années, loyers et mesures de défiscalisation étaient censés autofinancer les acquisitions à 100%. Invités à signer des liasses de documents vierges, les clients déléguaient toutes les démarches à Apollonia et se sont retrouvés avec un endettement allant de 800.000 à quatre millions d’euros souscrits auprès de diverses banques.”C’est un sentiment de soulagement pour tous nos clients. Aujourd’hui, leur statut de victime est enfin reconnu”, a déclaré Christophe Jervolino, avocat représentant plus de 200 victimes.- Apparence de respectabilité -Quatorze personnes et la société Apollonia avaient comparu pour escroquerie en bande organisée, faux et blanchiment aggravé.Quatre commerciaux d’Apollonia ont également écopé de lourdes condamnations. Cinq ans ferme, 300.000 euros d’amende et confiscation de 450.000 euros de biens pour François Melis, qualifié de “petit Badache” par le procureur. Cinq ans ferme également et 150.000 euros d’amende pour Jean-Luc Puig, à qui Apollonia permettait un “train de vie hors norme”.Deux autres commerciaux ont été condamnés à trois ans ferme et 30.000 euros d’amende et quatre ans dont deux avec sursis et 200.000 euros d’amende respectivement.L’escroquerie impliquait également des notaires et un avocat, qui apportaient une touche de respectabilité pour mettre les clients en confiance.”Rouage primordial perçu comme une garantie de sécurité par les acquéreurs,” l’un de ces notaires, d’Aix-en-Provence, à qui Apollonia avait rapporté un million d’euros, a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis et le reste à effectuer sous bracelet électronique, et 700.000 euros d’amende.Un des ses confrères marseillais a été condamné à 5 ans, dont 18 ferme, et un troisième, lyonnais, relaxé. Un avocat, conseil de la société Apollonia et du couple Badache, qui “participait à donner une apparence de respectabilité” aux opérations, a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, et 300.000 euros d’amende.Benjamin Heysen Badache, fils du couple, salarié puis président d’Apollonia, a été condamné à un an de prison ferme sous bracelet électronique et trois ans avec sursis, deux ex-secrétaires de la société à trois ans avec sursis et une autre à 18 mois avec sursis.

Canal+ “assume complètement” de garder Morandini sur CNews malgré sa condamnation

“On assume complètement” le maintien à l’antenne de CNews de l’animateur Jean-Marc Morandini malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs, a déclaré jeudi le directeur général de Canal+ France, Gérald-Brice Viret.”Il n’est en contact avec aucun mineur à CNews”, et ce “depuis très longtemps”, a-t-il souligné devant l’Association des journalistes médias.Le “Morandini Live” a repris normalement jeudi matin sur la première chaîne info de France, qui appartient au groupe Canal+, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, avec plusieurs sujets sur la délinquance.Dans un communiqué, le syndicat +Libres de Canal+ a demandé “le départ sans indemnité de Jean-Marc Morandini”, comme la direction de la chaîne alors appelée iTélé s’y était engagée en 2016 en cas de condamnation.Le syndicat a pointé une “remise en cause de la crédibilité de notre groupe dans sa politique de responsabilité sociale et environnementale”, une “atteinte à son image” et un “impact sur la fierté d’appartenance des collaborateurs”.+Libres appelle les salariés, les personnalités et sportifs passant sur les chaînes du groupe à “faire entendre leur voix face à une situation susceptible de heurter leurs valeurs ou leur conscience”.Mais M. Viret l’a martelé: Jean-Marc Morandini “est à l’antenne et il le restera”.La Cour de cassation a rendu définitive mercredi la condamnation de l’animateur pour corruption de mineurs, pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents entre 2009 et 2016, en n’admettant pas son pourvoi.CNews avait indiqué quelques heures plus tard que “Jean-Marc Morandini continue son combat pour la justice” et “reste à l’antenne”. La décision a été actée avec le PDG du groupe Canal+ Maxime Saada. L’animateur de 60 ans avait été condamné le 21 mars 2025 à deux ans de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende par la cour d’appel de Paris.Celle-ci avait en outre prononcé contre M. Morandini une interdiction définitive d’exercer une profession en contact avec des mineurs et confirmé son inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.L’animateur, qui a dit envisager de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme, récuse “le moindre geste déplacé”.Depuis septembre, Jean-Marc Morandini “fait son émission directement dans les locaux de CNews et d’Europe 1” à Paris et “c’est très bien fait”, il n’est “pas au même étage” que les jeunes stagiaires, a précisé le directeur général de Canal+ France chargé des programmes et des chaînes.Cette absence de contact avec les mineurs était une “condition depuis 2016 déjà”, a rappelé M. Viret. Jusqu’à l’été dernier, M. Morandini tournait son émission hors du siège de la chaîne, dans un studio des Champs-Elysées.En 2016, la rédaction avait fait grève pendant un mois pour protester contre l’arrivée de l’animateur à l’antenne. Il venait d’être mis en examen pour “corruption de mineurs” et avait été écarté d’Europe 1.Interrogé sur un éventuel recul de la publicité sur la chaîne en conséquence du maintien de M. Morandini, il a affirmé que “c’est le public qui décidera”: “Si les audiences sont fortes, les annonceurs seront là”. “Ils n’ont jamais été aussi nombreux aujourd’hui” et CNews est “à l’équilibre opérationnel en 2025, pour la première année”, a-t-il ajouté.

Le taux du Livret A va de nouveau baisser au 1er février

Le taux du Livret A va connaître sa troisième baisse en à peine un an: le ministre de de l’Economie Roland Lescure l’a fixé jeudi à 1,5% à compter du mois prochain, conséquence logique du ralentissement de l’inflation.”Le Livret A est un support d’épargne privilégié pour les Français. Avec ce nouveau taux supérieur à l’inflation, le pouvoir d’achat des ménages est préservé”, a déclaré jeudi M. Lescure, cité dans un communiqué.Aujourd’hui à 1,7%, le rendement de ce produit d’épargne très populaire – 57 millions de Français détiennent un Livret A – est calculé chaque semestre par la Banque de France et son gouverneur, François Villeroy de Galhau, qui le transmet pour validation à Bercy.Il tient compte d’une part d’un taux dépendant de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) et d’autre part de l’inflation, mesurée à 0,8% en décembre par l’Insee.C’est cette deuxième composante qui plombe aujourd’hui le taux du Livret A car la hausse des prix a considérablement ralenti en France, au bénéfice du pouvoir d’achat des Français.”Nous avons appliqué la formule en l’arrondissant à la hausse”, a précisé M. Lescure lors d’un échange avec la presse.Le gouverneur de la Banque de France et le ministre de l’Economie disposent en effet d’un pouvoir de dérogation au strict calcul de la formule. Sans cet arrondi, le taux du Livret A serait tombé encore plus bas, à 1,4%.- “Bouclier de sécurité” -Ce coup de pouce est une maigre consolation pour les épargnants, qui ont vu le taux du Livret A, aussi valable pour le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), divisé par deux en à peine un an.Il avait commencé 2025 à 3%, avant d’être ramené à 2,4% puis à 1,7% au cours de l’année. Il faut remonter à juillet 2022 pour retrouver un taux inférieur.”La baisse du taux du Livret A est une mauvaise nouvelle pour les épargnants”, a résumé dans une note le directeur du think tank Cercle de l’Epargne Philippe Crevel.La baisse du rendement du Livret A, même légèrement amortie, permettra parallèlement aux acteurs du logement social, dont les conditions d’emprunt sont indexées sur son taux, de se financer moins cher.C’est également une aubaine pour les banques, qui rémunèrent une partie de l’épargne réglementée et commercialisent des produits concurrents plus lucratifs pour elles.Les assureurs se réjouissent aussi de voir leurs assurances vie, qui ont fait le plein ces derniers mois, encore plus compétitives face au Livret A.Le Livret A “est un bouclier de sécurité, une formidable protection de l’épargne populaire, qui n’a pas d’équivalent: le capital est 100% garanti par l’État, 100% défiscalisé, 100% disponible”, a commenté jeudi Daniel Baal, patron du Crédit Mutuel et président de la fédération française des banques (FBF), sur le réseau social professionnel Linkedin.”Malgré la baisse annoncée, le livret A reste un produit indispensable et très rentable pour les ménages”, a-t-il souligné, “avec un taux très nettement supérieur à tout ce qui peut se pratiquer pour de l’épargne immédiatement disponible”.- Objectif LEP -La Banque de France et Bercy ont par ailleurs mis l’accent sur le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux épargnants modestes, qui bénéficie d’un geste en sa faveur encore plus important que le Livret A.”J’ai tenu à conserver un avantage marqué pour les plus modestes”, a souligné le ministre de l’Economie, en fixant le nouveau taux du LEP à 2,5% le 1er février, contre 2,7% aujourd’hui.Sans dérogation, les règles en vigueur auraient conduit à un rendement plus faible.M. Villeroy de Galhau avait souligné mercredi lors d’une audition par les sénateurs de la commission des Finances que le LEP était “le vrai produit, le plus avantageux, d’épargne populaire”.Peu mis en avant par les agences et les sites internet des banques qui le commercialisent, ce produit peine à trouver son public. Les quelque 12 millions de LEP ouverts restent loin des 31 millions de personnes éligibles.”J’engage les Français qui sont éligibles, qui sont en dessous des conditions de revenus qui permettent d’y avoir accès (…), à se rapprocher de leur banque pour ouvrir ce type de livret”, a insisté M. Lescure.

Burn-out: une prise en charge complexe et souvent “artisanale”

Souvent d’abord un déni, puis parfois une errance médicale et toujours une longue reconstruction: des personnes ayant vécu un burn-out témoignent de prises en charge très hétérogènes et de la difficulté à trouver des lieux d’écoute pour ce qui n’est pas considéré comme une maladie.”Je travaillais non-stop, sans m’arrêter. Je ne mangeais plus, je ne dormais plus. J’avais tout le temps des douleurs partout. Je pleurais énormément. Je faisais des malaises au travail”, énumère Julie (prénom modifié), 28 ans. “Les signes étaient là, mais je ne les connaissais pas”, décrypte cette fonctionnaire en Guyane. Quand le médecin du travail lui dit qu’elle est en burn-out et doit être arrêtée, Julie ressent “énormément de culpabilité” et peine à accepter la situation.Bien que le burn-out, défini par un épuisement physique et émotionnel, une vision négative des autres et du travail et un sentiment d’inefficacité ou de perte de sens, touche de nombreux hommes et plus encore de femmes, les données chiffrées restent lacunaires. Selon Santé publique France, 5,9% des femmes et 2,7% des hommes éprouvaient en 2019 des souffrances psychiques en lien avec le travail, deux fois plus qu’en 2007, mais ces chiffres ne mesurent pas spécifiquement l’épuisement professionnel.Considéré comme un syndrome ou un risque psychosocial et non une maladie, le burn-out ne figure pas dans les tableaux des maladies professionnelles de la Sécurité sociale, ce qui complique sa reconnaissance comme telle. Le salarié doit prouver que son état est causé par son travail et qu’il entraîne une incapacité permanente d’au moins 25%.La reconnaissance passe parfois par le classement, après une crise aiguë, en accident du travail.Un récent rapport de l’Assurance maladie notait que les affections psychiques reconnues comme maladies professionnelles avaient plus que doublé entre 2020 et 2024 mais ne se montaient qu’à 1.805. Près des deux-tiers des demandes de reconnaissance en 2024 émanaient de femmes.Mal reconnu, le burn-out est pris en charge très diversement par les professionnels de santé. “Cette pathologie des violences collectives au travail est prise en charge de manière assez artisanale par la Sécurité Sociale” qui “n’en veut pas”, estime la psychologue Marie Pezé, à l’origine du réseau Souffrance et travail, qui regroupe quelque 200 consultations spécialisées.Avec un versant psychique et un versant somatique (troubles cognitifs…), le burn-out est “très complexe à prendre en charge”, souligne-t-elle. Outre, souvent, une psychothérapie, la prise en charge requiert des “spécialistes des nouvelles organisations du travail, du droit de la Sécurité sociale et du droit du travail”. La Haute Autorité de Santé recommande que le médecin traitant coordonne la prise en charge, en lien avec le médecin du travail.- “Dans la nature” -Infirmière à Toulouse, Solène s’est retrouvée “paralysée dans (son) lit” à la suite d’une surcharge de travail combinée à une situation de harcèlement moral. Après un diagnostic de burn-out de son médecin généraliste, elle consulte un psychiatre. “J’ai été très mal prise en charge parce que j’ai pas été suivie dans une clinique spécialisée dans le burn-out”, explique cette quadragénaire, regrettant d’avoir “été traitée comme une personne dépressive”. “Il manque des structures juste pour écouter dans cette pathologie-là”.Solène dit avoir été “sauvée” par une “psychologue exceptionnelle” et des séances d’EMDR (une psychothérapie qui utilise les mouvements oculaires). Pour Brigitte Vaudolon, vice-présidente de la Fédération des Intervenants en Risques Psychosociaux, “ce qui fonctionne, c’est un accompagnement pluridisciplinaire, où la personne peut se reconstruire psychologiquement, mais aussi repenser sa trajectoire professionnelle”.Mais toutes les victimes de burn-out n’ont pas la chance de trouver des professionnels qui travaillent en bonne intelligence.”On est abandonné dans la nature”, soupire Catherine. Enseignante en collège dans le Nord, elle rapporte avoir contacté “une bonne vingtaine” de médecins pour faire agréer un mi-temps thérapeutique après son burn-out. Travaillant dans le secteur bancaire en Loire-Atlantique, Anne-Marie a, elle, misé sur les “médecines douces” (sophrologie, kinésiologie…) pour soigner son burn-out parce qu’elle en avait “les moyens”. Elle souligne aussi l’importance du “collectif” pour surmonter cette épreuve. Au sein d’un groupe de parole, “on travaille l’estime de soi, la confiance en soi, (…) les croyances limitantes, le regard des autres”, note-t-elle. 

Femme agressée à Blois en 2022: son ex-compagnon jugé pour tentative de féminicide

Une affaire “symbolique”: un homme est jugé depuis jeudi devant la cour d’assises du Loir-et-Cher pour tentative de meurtre aggravé sur son ex-compagne, Chloé P., qui avait vainement tenté de déposer plainte avant sa violente agression en 2022, dont elle garde de graves séquelles.La jeune femme a pris place à l’ouverture de l’audience devant une dizaine de journalistes, accompagnée de ses parents. Elle est restée sans réaction à l’arrivée de l’accusé, Marvin J., apparu le crâne rasé et en jogging dans le box, qui risque la perpétuité.Elle souffre aujourd’hui de lésions cérébrales majeures, a perdu l’usage de son œil droit, présente des séquelles neurologiques irréversibles et une lourde perte auditive.Elle n’a pas montré davantage de réactions quand elle l’a écouté affirmer qu’il n’avait pas pensé à la mort de la jeune femme “au moment des faits”, qu’il a qualifiés de “très graves” et qui lui ont “fait oublier beaucoup de choses”. Elle avait rencontré le jeune homme, sans emploi, sur internet en août 2022. Durant plus d’une heure, Marvin J., 27 ans, est notamment revenu sur les quatorze mentions inscrites dans son casier judiciaire, parmi lesquelles plusieurs condamnations pour violences, dont une pour violences conjugales.”J’ai eu un comportement d’autodestruction”, a-t-il déclaré, souvent agacé par les questions qui lui étaient posées, se décrivant comme “impulsif, colérique et jaloux”.Il avait reconnu lors de ses auditions avoir été l’auteur de violences ce jour-là, dont des coups de pieds dans le visage, mais en niant toute volonté de donner la mort.Son avocat, Me Stéphane Rapin, a rappelé à la mi-journée qu’il “contesterait” l’intention d’homicide, évoquant “un moment de grande colère sans se rendre compte des conséquences”.Le 13 décembre 2022, Chloé P., alors âgée de 24 ans, se présente au commissariat de Blois pour porter plainte contre son ex-compagnon. Mais sur place, cette manager dans une pizzeria est invitée par le fonctionnaire de police à revenir le lendemain.Elle est retrouvée deux heures plus tard par les policiers, alertés par des voisins, laissée pour morte dans une mare de sang, au milieu des parties communes de son immeuble.Pendant plusieurs semaines, la jeune femme est en réanimation, le pronostic vital engagé. Elle va rester deux mois dans le coma, jusqu’en février 2023, avec une ITT fixée à 120 jours prononcée.Cette affaire est “révélatrice” et “symbolique” de “la méconnaissance de ce que sont les violences conjugales”, a dit l’avocate de la victime, Me Isabelle Steyer.- Alertes ignorées -“Il faut que cette audience puisse permettre à Chloé de se reconstruire”, a-t-elle dit aux journalistes. “C’est extrêmement important pour elle d’entendre ce qu’elle a subi”.Chloé P., victime de violences mais aussi d’insultes et de harcèlement, avait rompu avec Marvin J. quelques semaines avant les faits.”On lui a enlevé le plaisir de vivre, mais c’est une force de la nature, qui porte la voix de toutes celles qui n’en ont plus”, a décrit Me Steyer, estimant que ce dossier “ne raconte pas une violence imprévisible”, mais “trois alertes ignorées et une protection refusée”.Un équipage de policiers municipaux était déjà intervenu dans l’après-midi peu avant le drame, pour une dispute en pleine rue entre le suspect et la victime, sans relever de violence et incitant la jeune femme à se rendre au commissariat pour déposer plainte.Le policier qui a renvoyé chez elle Chloé P., un major alors âgé de 55 ans et suspendu à titre conservatoire dans un premier temps, a été mis à la retraite d’office en janvier 2024.Il devrait être entendu à l’audience, comme témoin.Le verdict est attendu vendredi.