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Étrange calme blanc dans New York sous une tempête de neige hors normes

De Brooklyn à Manhattan, les trottoirs et rues de New York, d’ordinaire encombrés, sont quasiment déserts en ce lundi de tempête de neige, un inconvénient pour les uns, mais une joie pour d’autres qui profitent de la poudreuse à Central Park.Dans le quartier de l’Upper East side, à Manhattan, quelques bus et ambulances équipés de chaines passent au ralenti sur les avenues qui restent dangereuses, malgré la levée de l’interdiction de circulation pour les véhicules non essentiels depuis midi.De nombreux gardiens d’immeubles et employés de magasins déneigent les trottoirs glissants, et quelques propriétaires de chiens bravent les flocons qui tourbillonnent, laissant parfois des traces bien visibles sur le blanc immaculé.Alors que le ramassage des ordures est suspendu, la neige “n’est pas une excuse pour jeter des détritus sur la voie publique ou ne pas nettoyer après votre chien”, a d’ailleurs prévenu lundi lors d’une conférence de presse le responsable du département de la propreté de la ville, Javier Lojan.Des enfants en combinaison de ski, accompagnés de leur nounou ou d’un parent, se dirigent vers Central Park, où quelques dizaines d’écoliers ravis que les classes soient annulées dévalent les collines enneigées.”J’adore, c’est vraiment marrant de jouer dans la neige (…) Je n’ai jamais vu autant de neige de ma vie”, raconte Dylan, 11 ans, en arrivant en bas de la piste improvisée qu’il a descendue avec sa mère dans une luge-bouée gonflable.Juste derrière lui, une luge en plastique bleu se retourne. Allongée dans la poudreuse, Chloe, trois ans, éclate de rire, emmitouflée dans sa combinaison argentée, avant que son père Eddie, 41 ans, ne la relève.”On a eu de la neige il y a environ un mois. Mais c’est probablement le plus qu’on ait eu depuis une décennie ou deux. Tout le monde adore”, lance-t-il, la petite fille cachée entre ses jambes.- Coincés dans la poudreuse -Enfoncée dans la poudreuse, Gabrielle, 6 ans, le visage complètement dissimulé sous un masque de ski et la capuche de son anorak, est “très, très heureuse” de cette matinée avec son frère et son père.”C’est plutôt génial. On a commencé par déblayer devant la maison et, maintenant, on dirait qu’ils restent coincés à chaque fois qu’ils marchent dans la neige”, rigole Ben, le papa.Dans le grand parc de Manhattan, les services météo ont relevé environ 50 cm tombés à 13h00 (18h00 GMT), mais le vent a créé par endroits des couches plus épaisses sur les pelouses.Seules les allées principales sont en partie dégagées. Assez pour que Charlotte, pressée de rentrer retrouver son bébé à la maison, promène son chien en ayant chaussé ses skis de fond.Accoudés à la balustrade d’un des célèbres ponts de Central Park, des touristes lancent des boules de neige sur le lac gelé pour tester la solidité de la glace, tandis que des oies passent au loin, indifférentes aux flocons qui tourbillonnent toujours.D’autres sont moins contents de cette nouvelle tempête de neige, un mois seulement après des chutes importantes et persistantes, à cause des températures extrêmement basses.”La neige venait juste de fondre et, maintenant, on en a encore une tonne. C’est un peu frustrant mais c’est l’hiver, donc ça va”, commente Alexa M., habitante de Brooklyn qui n’a pas non plus souhaité donner son nom complet. “C’est pas mal pour l’instant mais, plus tard, quand la température baissera, ce sera plus difficile parce qu’il y a de la glace en dessous”, s’inquiète de son côté Joe Schultz, un bon samaritain qui déneige à Brooklyn.La ville continue de recruter des volontaires pour déblayer notamment les passages piétons, pour 30 dollars de l’heure, mais au reste des habitants de New York, le maire, Zohran Mamdani, a demandé de faire ce qu’ils “n’aiment pas”, “rester assis sans rien faire”.”Allumez cette vidéo Youtube de cheminée qui crépite, appelez ce proche dont vous n’avez pas répondu aux messages WhatsApp, préparez une grosse gamelle de soupe et apportez en à vos voisins du dessus, et surtout restez au chaud, préparés et en sécurité”, a-t-il lancé lundi. 

Les athlètes français fêtés à Albertville, Lecornu remobilise pour les J0-2030

“Tout le monde à son poste de combat”: le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé lundi le Comité d’organisation des JO-2030 à dépasser ses divergences, avant une grande cérémonie populaire à Albertville pour fêter l’équipe tricolore des Jeux de Milan Cortina.Biathlon bien sûr, mais aussi danse sur glace ou ski alpinisme: c’est forte d’une sixième place au tableau des médailles et d’un bilan record de 23 médailles (dont huit en or) que l’équipe de France a conclu dimanche les JO-2026 de Milan Cortina et, passée la cérémonie de clôture dédiée à la beauté italienne qui s’est déroulée dimanche soir à Vérone, est rentrée à la maison.Parmi les très attendus héros du jour, les biathlètes multimédaillés Quentin Fillon Maillet et Océane Michelon ou le fondeur Mathis Desloges sont apparus en musique, médailles rutilantes au cou, devant plusieurs milliers de personnes réunies, dûment munies de petits drapeaux français, dans la halle olympique d’Albertville, haut lieu des JO d’hiver de 1992, les derniers que la France ait accueillis à ce jour.La cérémonie prévoit aussi un déploiement symbolique du drapeau à cinq anneaux, qui sera hissé avec son et lumière sur un grand mât d’une cinquantaine de mètres et déroulé par des chasseurs alpins du régiment de Savoie descendant en rappel.Cette “célébration populaire et festive”, retransmise en direct par France Télévision, doit permettre “d’honorer l’héritage de 1992 et de lancer notre route vers les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver des Alpes Françaises 2030”, a déclaré Amélie Oudéa-Castéra, la présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF).- “Mettre de l’ordre” -Elle survient toutefois en pleine crise de gouvernance au sein du Comité organisateur des Jeux (Cojop) alors qu’il lui reste désormais moins de quatre ans pour boucler son projet dans les Alpes françaises. Plusieurs de ses cadres ont démissionné ces derniers mois et le directeur général Cyril Linette est également sur le départ en raison du constat de “désaccords insurmontables”.Alors que le projet olympique a déjà souffert ces derniers mois de l’instabilité gouvernementale de la France, le président du Cojop, le champion olympique de ski de bosses à Albertville Edgar Grospiron pourrait lui-même se trouver fragilisé par ces turbulences.La semaine passée, un proche d’Emmanuel Macron avait indiqué que le président avait “fait passer le message qu’il faut mettre de l’ordre dans l’organisation des JO Alpes 2030”. “D’ici un mois”, avait-il précisé.M. Lecornu, venu lundi rencontrer les organisateurs, dont les présidents des régions Aura Fabrice Pannekoucke et Paca Renaud Muselier, ainsi que les athlètes, a pour sa part appelé à laisser de côté “les persifleurs” qui s’obstinent à prédire un échec des Jeux.”Tout le monde à son poste de combat et tirons tous (…) dans le même sens pour y arriver en 2030″, a-t-il lancé.- “On gère” -Interrogé par France télévision sur la crise de gouvernance au sein du Cojop, Grospiron a tenu à relativiser: “On gère. Il y a des turbulences, mais comme dans tous les projets de ce type. On est là, on gère, on tient la baraque”, a-t-il insisté.Après avoir félicité les athlètes, Sébastien Lecornu les a interrogés sur leur vécu en Italie et leurs attentes pour les prochains Jeux d’hiver: “Ce que vous pouvez nous dire peut avoir beaucoup d’importance pour la compréhension de l’organisation qu’on a pour 2030”, a-t-il dit.Plusieurs ont évoqué l’éclatement des sites de Milan Cortina, que les Alpes françaises entendent également mettre en oeuvre. Ce nouveau modèle, ont-ils souligné, permet d’utiliser des infrastructures déjà existantes – et d’alléger la facture – mais complexifie aussi les transports et laisse certains sites un peu isolés, quand il ne se traduit pas par une absence de “ferveur olympique” au moment de la remise des médailles, ont regretté certains.”En tout cas, les Alpes 2030, on a toutes les capacités pour réussir ces Jeux”, a estimé le biathlète Emilien Jacquelin, médaillé d’or et de bronze. “Je pense que ce sera une réussite. Mais bien sûr, c’est un modèle qui demande à évoluer, les Jeux olympiques”, a-t-il ajouté.

Au Somaliland, Israël attendu comme le sauveur face à la crise de l’eau

Sur le champ familial de Faysal Omar Salah, des centaines de mètres de sillons ensemencés de longue date demeurent à l’état de terre poussiéreuse. Le Somaliland attend impatiemment l’aide israélienne pour sauver son agriculture des récurrentes sécheresses.”Nous sommes désespérés”, soupire le trentenaire chétif, dont les deux enfants, déscolarisés, ne survivent que grâce au lait que donne son bétail.Dans la retenue d’eau de Lallays, son village, qui surplombe le champ, des dizaines de chameaux s’emploient à brouter des plantes sauvages. Mais pas une flaque ne subsiste. De mémoire locale, aucune pluie n’est tombée depuis juin ou juillet dernier sur cette zone située à quelques dizaines de kilomètres de la capitale Hargeisa, constellée d’acacias, et qui se trouve pourtant dans la partie du Somaliland où les précipitations sont les plus régulières.”Si la crise de l’eau persiste, nous devrons quitter cette terre pour aller en ville”, se lamente l’agriculteur, qui place désormais ses espoirs dans “Allah qui apportera la pluie” et… Israël, qui l'”aidera à cultiver ses terres arides”.Fin décembre, le gouvernement israélien est devenu le premier à reconnaître officiellement le Somaliland depuis sa sécession en 1991 de la Somalie.Si la république autoproclamée fonctionne depuis en autonomie, Mogadiscio, qui la considère toujours sous son contrôle, a dénoncé “la plus grande des violations contre (sa) souveraineté”.Israël, accusé d’avoir négocié l’établissement d’une base militaire au Somaliland en échange de sa reconnaissance du pays – ce que dément Hargeisa -, préfère vanter la coopération bilatérale à venir dans le civil : l’économie, l’agriculture, la santé… et surtout, l’eau.- Insécurité alimentaire -Vingt-cinq experts en eau ont décollé samedi pour une formation en Israël, a-t-on appris auprès du ministère de l’Eau somalilandais.Le chef de la diplomatie israélienne Gideon Sa’ar, lors d’une visite début janvier, avait également promis d’envoyer des spécialistes israéliens pour “aider à mettre en œuvre ces nouvelles capacités”.Israël, Etat aride, s’est imposé comme un champion de la gestion de l’eau. Près de 90% de ses eaux usées sont recyclées. D’énormes usines de dessalement de l’eau de mer assurent plus de 80% de l’approvisionnement en eau potable du pays.Israël a aussi perfectionné des techniques agricoles, comme l’irrigation au goutte à goutte, pour minimiser les consommations.Des expertises cruciales face au changement climatique, qu’Israël met en avant lorsqu’il veut améliorer ses relations avec des pays souffrant de manque d’eau.Au Somaliland, les deux saisons des pluies annuelles sont depuis cinq ans souvent tardives et peu abondantes, engendrant de fréquentes sécheresses, selon le ministère de l’Agriculture somalilandais.D’autant que 90% des fermiers, à l’instar de Faysal Omar Salah, pratiquent une agriculture traditionnelle, uniquement basée sur les précipitations, observe Abdirazak Sheikh Muhamad, un agronome somalilandais.Leurs repas provenant de ce qu’ils produisent, “la situation nutritionnelle est très mauvaise”, regrette-t-il.Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime qu’un quart de la population de la Somalie – qui pour les agences onusiennes inclut le Somaliland -, soit 4,4 millions de personnes, est confronté à de graves niveaux d’insécurité alimentaire.Alors que l’aide internationale s’est effondrée, le PAM estime qu’il sera contraint d’interrompre son assistance alimentaire d’urgence d’ici quelques semaines sans de nouveaux financements.  – L’eau, la vie -A quelques kilomètres des champs sinistrés de Faysal Omar Salah, Muhummad Mohamad Ismail, plus vigoureux, s’active sous ses orangers verdoyants, qu’entourent quelques papayers.Ce fermier somalilandais, âgé de 45 ans, affirme avoir perdu 150 arbres fruitiers du fait des sécheresses. Il soigne désormais patiemment les 70 restants.Chaque fois qu’il les arrose, il creuse d’abord la terre entourant les troncs, puis il verse l’eau. Une fois que celle-ci a imprégné le sol, il le recouvre d’une nouvelle couche de terre, pour éviter l’évaporation.A côté de sa maison, l’agriculteur a fait construire un grand réservoir en béton, payé 2.500 dollars (2.130 euros), une fortune au Somaliland, grâce à la vente d’une partie de son bétail. Une dizaine de fois par an, il fait venir des camions d’eau pour le remplir.Quand il pleut un peu, il dit planter du sorgho, pour nourrir ses animaux.”Tout ce que je fais est lié à l’eau, sourit-il doucement. S’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de vie.”Seules 10% des terres du Somaliland sont arables, dont 3% à peine sont cultivées. Le directeur de la Planification au ministère somalilandais de l’Agriculture, Mohamed Sahal, escompte voir ce pourcentage bondir grâce à l’aide israélienne.”Inch’Allah, Israël va nous aider à changer nos pratiques agricoles, s’enthousiasme un cadre du ministère, Mokhtar Dahir Ahmed, parce que pour les changer il faut des connaissances”.

“Volonté de nuire”: Booba risque un procès pour cyberharcèlement à l’égard de Magali Berdah

Un harcèlement ciblé et personnel, plutôt qu’une campagne contre les dérives des influenceurs: le parquet de Paris demande un procès contre le rappeur Booba pour avoir cyberharcelé Magali Berdah, fondatrice de l’agence Shauna Events.Le ministère public a requis le 18 février un renvoi en correctionnelle contre le rappeur de 49 ans, réclamant qu’il soit jugé pour un harcèlement en ligne ayant duré de mai 2022 à juin 2025 et ayant altéré la santé de Magali Berdah, a appris lundi l’AFP de sources proches du dossier.Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, monument du rap depuis les années 1990, s’était lancé en 2022 dans une croisade contre les influenceurs, qu’il a renommés les “influvoleurs”, et leurs pratiques commerciales qu’il présente comme trompeuses. Avec l’appui de ses “pirates”, une communauté numérique relayant ses publications ou trollant les personnes qu’il ciblait, le “Duc de Boulogne” lançait des “malédictions”.Dans son viseur, notamment: Magali Berdah, 44 ans, qui a vu sa carrière d’agente de stars de l’influence mise à mal. Mais pour le parquet, qui souligne une “volonté de nuire”, les posts de Booba ont dépassé “le cadre de la dénonciation de ses pratiques commerciales”.Le parquet a aussi requis un procès pour complicité à l’encontre de Grégory Zaoui, aussi connu comme l’un des principaux protagonistes de la fraude à la taxe carbone, et d’une ancienne employée de Mme Berdah.Selon les réquisitions dont l’AFP a eu connaissance, Grégory Zaoui est accusé d’avoir “pris part au harcèlement” par des publications et en jouant “l’intermédiaire” entre Booba et l’employée, accusée d’avoir fourni des informations sur sa patronne au rappeur. Son avocate n’était pas joignable dans l’immédiat.- 1,3 post par jour -“Nous nous attendions à ce réquisitoire. C’est simplement le cours normal de la procédure”, ont estimé auprès de l’AFP les avocats du rappeur, Marie Roumiantseva et Gilles Vercken. Le juge d’instruction doit désormais décider d’ordonner un procès ou non.Du côté de Magali Berdah, ses avocats, Mes Antonin Gravelin-Rodriguez, Rachel-Flore Pardo et David-Olivier Kaminski “attendent désormais qu’une ordonnance soit rendue rapidement afin qu’un procès puisse se tenir dans les meilleurs délais”.Le parquet relève l’avalanche de tweets publiés par Booba au sujet de Mme Berdah: 1,3 post par jour en moyenne pendant un an. Une partie “la visait personnellement”: critiques sur son physique, mise en cause de sa religion juive, comparaison à un animal, à un “démon”…Le parquet souligne que Booba “n’a pas hésité à publier sur tout élément de la vie privée de Magali Berdah”, lui en voulant personnellement, selon le ministère public, depuis qu’elle avait fait suspendre certains de ses comptes sur les réseaux.Certains posts concernaient sa vie sexuelle et ses enfants, ou répandaient de “fausses rumeurs sur sa famille”, note le parquet. Mme Berdah s’était vu prescrire 15 jours d’incapacité.Booba a encore continué de publier alors qu’il était mis en examen, note encore le parquet. “Pour moins que cela, certains ont vu leur contrôle judiciaire révoqué…”, s’indigne Me Kaminski.Les charges de menaces de mort et de recel, un temps soulevées, ont par contre été abandonnées.- “Comme une guerrière” -“Booba a voulu me mettre à terre et me rendre infréquentable”, a réagi lundi Magali Berdah, contactée par l’AFP. “J’ai énormément souffert de ce harcèlement inhumain, ma famille aussi. J’ai même tenté plusieurs fois d’en finir, non pas par lâcheté mais pour libérer mes proches de cet enfer. Mais j’ai tenu, et je me sens aujourd’hui comme une guerrière et j’irai jusqu’au bout, grâce à la justice, afin que ça ne se reproduise plus jamais”.En plus du cyberharcèlement, Magali Berdah impute à Booba un lourd préjudice causé à Shauna Events, société spécialisée dans les influenceurs, qu’elle a fondée, et vient de faire saisir près de 40 millions d’euros à “titre conservatoire” sur ses droits d’auteur et comptes bancaires.Booba a de son côté porté plainte contre Magali Berdah, mais l’enquête pénale pour pratiques commerciales trompeuses a été classée sans suite en novembre 2023.Le rappeur est aussi mis en examen depuis octobre pour cyberharcèlement sur Demdem, la compagne du rappeur Gims, et doit être jugé en avril dans un dossier d’injures et de cyberharcèlement envers une journaliste et une essayiste.

Prison requise contre le commandant d’un pétrolier de la flotte fantôme russe

Un an de prison et 150.000 euros d’amende: le parquet de Brest a requis lundi la peine maximale contre le commandant du Boracay, pétrolier de la flotte fantôme russe arraisonné en septembre par la marine française au large de la Bretagne.Les militaires français “ont fait face à une particulière mauvaise volonté du capitaine”, a pointé le substitut du procureur Gabriel Rollin, en réclamant un mandat d’arrêt à l’encontre du commandant chinois Chen Zhangjie, 39 ans, actuellement en mer.Le tribunal correctionnel de Brest a mis sa décision en délibéré au 30 mars.Il est 14H32, ce 27 septembre 2025, quand le commandant de la frégate L’Auvergne informe l’équipage du pétrolier de 244 mètres de long de son intention d’envoyer des militaires à bord pour contrôler le pavillon du navire.Le Boracay, qui a changé de nombreuses fois de nom et de pavillon, est alors suspecté d’être impliqué dans les survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois en septembre – un volet dont la justice n’est pas saisie. Membre de la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, il navigue alors au large de l’île d’Ouessant (Finistère), avec une cargaison de pétrolier russe à destination de l’Inde et sans pavillon visible.- “Pas de pavillon quand il pleut”-“Il pleuvait et on ne met pas de pavillon quand il pleut”, expliquera M. Chen, lors de sa garde à vue.À 15H32, l’équipage finit par hisser le drapeau du Bénin. Mais les autorités de Cotonou ont déjà confirmé à la France qu’aucun pétrolier n’est immatriculé dans leur pays.    Contacté à de nombreuses reprises par la marine française, le commandant du Boracay affirme attendre l’autorisation de son armateur pour les laisser monter à bord. Finalement, à 16H00, les commandos marine arraisonnent le navire, sans rencontrer d’opposition de l’équipage. Le commandant “a palabré pendant une heure (…) il a joué la montre en se réfugiant derrière la responsabilité de son armateur”, a critiqué le représentant du parquet à l’audience, en soulignant que “monter à bord d’un navire comme le Boracay n’est pas si facile”.”C’est une manœuvre dangereuse, de nature à engendrer un accident. Cela a fait courir un risque aux militaires”, a-t-il ajouté, en décrivant le Boracay comme un “mastodonte des mers de 330.000 tonnes”, chargé d’une “cargaison de 100 millions de dollars”.- Agents de sécurité russes -À son bord, 26 personnes, dont deux agents de sécurité russes. “Je ne sais pas ce qu’ils font sur le bateau”, affirme le commandant en garde à vue. Chargés de surveiller l’équipage et de collecter du renseignement, ces deux hommes, dont un ancien policier passé par la sulfureuse société Wagner, étaient employés par le groupe de sécurité privée russe Moran Security Group, a appris lundi l’AFP de deux sources françaises ayant connaissance du dossier.Tous deux devaient débarquer à Suez, selon Me Henri de Richemont, l’avocat du prévenu, qui a réclamé “une relaxe pure et simple” de son client. “Dans les eaux internationales, c’est le droit international qui s’applique”, à savoir la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, dite de “Montego Bay”, a-t-il plaidé.Si refus d’obtempérer il y avait, M. Chen devrait être jugé par un tribunal chinois et non français au regard de cette convention, a soutenu l’avocat. En outre, “à aucun moment, il n’y a eu refus d’obtempérer car on ne lui a pas demandé de s’arrêter”, a ajouté Me de Richemont, qui a fait valoir que son client était “contraint de demander l’autorisation de son armateur” avant de laisser la marine française monter à bord, sous peine de perdre son emploi. “Il est dans les eaux internationales. Qui est l’autorité légitime si ce n’est son armateur?”, s’est interrogé l’avocat.Le Boracay, qui bat désormais pavillon russe, mouillait lundi près du port de Rizhao, dans le nord-est de la Chine, selon le site Marine Traffic.

Crues: la légère amélioration se confirme dans l’Ouest, rentrée scolaire quasi “normale”

L’eau baisse enfin doucement dans les départements inondés de l’ouest de la France, où les écoliers de la zone A ont pu effectuer une rentrée presque “normale” lundi après les vacances d’hiver.La Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et la Charente-Maritime restent jusqu’à mardi en vigilance rouge, le niveau maximal, et deux autres départements de l’Ouest – la Sarthe et la Charente – sont maintenus en orange par Météo-France dans son nouveau bulletin, publié à 16H00.Vigicrues prévient néanmoins qu'”aux abords des cours d’eau placés en vigilance orange ou rouge, le risque inondation est encore bien présent” pendant “au moins 24H00”.En Nouvelle-Aquitaine, la rentrée scolaire s’annonçait très peu perturbée en Gironde et dans le Lot-et-Garonne, selon les académies, mais elle a pris une tournure inhabituelle à Courcoury, commune de 730 habitants cernée par les eaux, en Charente-Maritime. – Transport scolaire assuré par la gendarmerie -Toute la semaine, le ramassage scolaire est assuré par trois camions 4×4 de la gendarmerie, habituellement dédiés au transport de troupes, qui convoient collégiens et lycéens à travers les routes inondées jusqu’à leurs autocars habituels. “C’est une sacrée aventure!”, témoigne Anne-Laure, mère d’une élève scolarisée à Pons, à moins de 20 km de Courcoury. “On se lève plus tôt mais on garde le sourire. Nos maisons ne sont pas inondées, c’est déjà une chance”, ajoute cette soignante, de 40 ans.”C’est tout de même beaucoup mieux au niveau sécuritaire”, s’est félicité le maire, Eric Bigot, face à une “crue exceptionnelle cette année”.Juste à côté, à Saintes, la rentrée a tourné au “sacré bordel, car la circulation est très compliquée”, a indiqué Bruno Drapron, maire de cette ville où trois écoles étaient fermées, car difficiles d’accès. Les élèves ont été répartis dans d’autres classes.Dans cette commune de 25.000 habitants habituée aux crues, où 1.380 maisons sont inondées, “la problématique la plus contraignante ce sont les coupures d’électricité”, ajoute l’élu. “L’eau doit baisser de 40 cm pour qu’il y ait des retours d’électricité massifs”, mais “la véritable décrue n’est pas attendue avant mercredi ou jeudi”, selon lui.- “Anticiper” la suite -La Croix-Rouge a aussi déployé sa brigade nautique pour “soutenir les sinistrés à leur domicile”, une première en France “dans le cadre d’un événement climatique”, selon son référent communication pour la Charente-Maritime, Samuel Saint-Maxent.”Beaucoup de gens, notamment des personnes âgées et des personnes fragiles, vulnérables, sont clairement isolées et n’ont pas de contact avec l’extérieur, notamment parce qu’il n’y a pas forcément d’électricité”, explique Clement Marragou, chef de secteur nautique de la Croix-Rouge.”Ça fait une semaine qu’on est pas sortis”, témoigne depuis son balcon, Monique Frebault, 83 ans, qui a déjà reçu l’aide de sa fille et d’une voisine “pour soulever tous les meubles”.Plus au nord, dans le Maine-et-Loire, le maire des Ponts-de-Cé, près d’Angers, se réjouit d’une décrue “lente mais réelle”. “La Loire devrait descendre de 20 à 30 cm par 24 heures”, a ajouté Jean-Paul Pavillon, “qui commence à anticiper la gestion des déchets et l’accompagnement des personnes pour vider les terrains et les maisons, les aider aussi pour les démarches auprès des assurances si besoin”.L’eau commence aussi à baisser à Angers, où le record de la crue de 1982 a été égalé, selon Vigicrues. La mairie a annoncé à l’AFP un retour progressif à la normale, “à mesure que les rues seront nettoyées” après la baisse du niveau de l’eau. Une ligne de tramway devrait ainsi rouvrir mardi matin.Des unités mobiles d’assurances se sont installées dans une zone commerciale près d’Angers.Laure, mère célibataire de trois enfants, a eu confirmation que les travaux de réparation de ses chambres d’hôtes à Mûrs-Érigné (Maine-et-Loire) seraient bien pris en charge, mais s’inquiète du délai avant de pouvoir travailler à nouveau. “Je vais avoir une grosse perte d’exploitation, c’est une catastrophe”, redoute-t-elle.A Saint-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire), où une digue menace toujours de céder, l’ordre d’évacuation pour les 300 personnes concernées reste en vigueur. Mais “la protection civile est partie et les centres d’hébergement d’urgence ont fermé” lundi matin, tous les habitants ayant trouvé à se reloger ailleurs, déclare le maire de la commune Philippe MaillartSelon le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les précipitations vont devenir plus fréquentes et plus intenses en raison de l’évolution du climat, ce qui augmentera les inondations. L’imperméabilisation des sols et la suppression des haies, fossés, zones humides, pour privilégier les grandes cultures agricoles, peuvent en outre aggraver leurs conséquences.cor-ame-tsq-jed-sia/gf/tes

“Productivité et compétitivité”: les mots clés de Genevard pour un “grand réveil alimentaire”

Dans une France agricole guettée par le déclin, la ministre de l’Agriculture a appelé lundi à relancer productivité et compétitivité, piliers du “grand réveil alimentaire” lancé en décembre au nom de la souveraineté.”Pour que ce salon marque le début du grand sursaut agricole, le chantier majeur est celui de la productivité et de la compétitivité”, a lancé Annie Genevard, s’interrogeant par ailleurs sur l’avenir des petites fermes en inaugurant le stand du ministère au Salon de l’agriculture.La ministre a insisté sur l’importance de la future Loi d’urgence agricole dans un calendrier serré: “Je veux que ce texte aille au bout avant 2027. (…) Entre les campagnes municipales et sénatoriales, il reste, en tout et pour tout, quatre mois au maximum disponibles pour faire prospérer des textes avant les élections”, a-t-elle souligné.”Le texte agricole est inscrit (au Parlement, NDLR), contrairement à beaucoup d’autres, car le gouvernement en fait une priorité”, a-t-elle assuré. Annoncé en pleine mobilisation agricole, pour le troisième hiver consécutif, ce projet de loi portant sur les questions de l’eau, de la prédation des bêtes par le loup et des moyens de production est en cours d’élaboration et devrait être présenté en mars pour un examen cet été.Rappelant qu’en 2025, “pour la première fois depuis 1970, la balance commerciale agroalimentaire de la France a frôlé le zéro”, Mme Genevard a vanté une agriculture retrouvant sa puissance par ses volumes de production et ses exportations, fustigeant de nouveau les “apprentis sorciers de la décroissance” qui “nous expliquent avec une tranquille assurance qu’il faudrait produire moins pour produire mieux”.Alors que le président Emmanuel Macron a donné samedi trois axes politiques pour la ferme française: “produire, préserver, protéger”, la ministre LR n’a jamais abordé la question de l’environnement – le mot n’est pas prononcé une seule fois – et de la protection de la biodiversité.- “Taille critique” -Elle a axé son propos sur le réarmement de l’agriculture face à une concurrence mondiale accrue, y compris au sein de l’Europe, déplorant que la France importe aujourd’hui 40% du fromage qu’elle consomme.Pour défendre la compétitivité, la ministre a rappelé l’engagement de l’exécutif à défendre un budget agricole européen puissant et à combattre toute “concurrence déloyale” dans les échanges commerciaux.Elle a listé les mesures déjà prises en France: “abaissement de charges d’un demi-milliard d’euros”, “mouvement de simplification administrative avec le contrôle unique” des fermes, une “première levée d’entraves avec la loi Duplomb-Menonville”, “l’autorisation de l’utilisation de drones en agriculture” et un “investissement dans la recherche et l’innovation”.Alors qu’approche la campagne présidentielle, “la mère des batailles”, Mme Genevard attend des débats guidés par trois mots d’ordre: “production, ré-industrialisation, compétitivité” auxquels s’ajoute “la question du revenu”.Dans cette perspective, elle a invité à s’interroger sur “la taille critique” des exploitations en France: “Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, (…) peuvent-elle toujours tenir la cadence face à des exploitations, roumaines, polonaises ou même allemandes?”, a-t-elle demandé.En France, la taille des exploitations était en 2020 de 69 hectares en moyenne, avec une tendance marquée à l’agrandissement, encore loin des gigantesques surfaces des fermes céréalières ukrainiennes ou américaines.Sur la taille des exploitations, le président de la FNSEA, premier syndicat agricole, a relevé cette “nouveauté” dans le discours ministériel, trouvant “assez courageux qu’on se pose la question”.Pour le reste, a ajouté Arnaud Rousseau, “on partage le diagnostic”. La ministre est “assez volontariste dans le discours. Le sujet aujourd’hui, c’est comment elle décline le discours”, a-t-il ajouté.Outre des représentants de la FNSEA, ceux de son allié des Jeunes agriculteurs ont assisté au discours de la ministre, en revanche boudé par les deux autres grands syndicats, la Coordination rurale et la Confédération paysanne.

Ukraine: Macron appelle l’UE à “avancer” pour adopter les nouvelles sanctions contre la Russie

Le président français Emmanuel Macron a appelé lundi l’Union européenne à continuer à accroître la “pression” sur la Russie dans la guerre en Ukraine et à adopter un 20e paquet de sanctions, bloqué par la Hongrie.”Nous continuerons d’augmenter la pression sur la Russie”, a-t-il dit au côté de son homologue finlandais Alexander Stubb alors que la guerre en Ukraine entre mardi dans sa cinquième année. “Nous devons avancer sur le 20e paquet de sanctions de l’Union européenne et des discussions se tiendront dans les prochains jours”, a ajouté Emmanuel Macron.La Commission européenne a mis sur la table un nouveau “paquet” de sanctions contre la Russie depuis son invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, en vue d’une adoption par les ministres des Affaires étrangères avant mardi, date anniversaire de cette invasion.Mais la Hongrie a annoncé ce weekend son intention de bloquer cette adoption, tant qu’elle n’aura pas obtenu la reprise des livraisons de pétrole russe via un oléoduc, actuellement endommagé et qui traverse l’Ukraine.Emmanuel Macron a aussi affiché sa détermination à “mettre en œuvre le prêt (européen) de 90 milliards d’euros” en faveur de l’Ukraine dont le principe a été adopté en décembre par l’UE.Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a assuré qu’il bloquerait également l’adoption de ce prêt, pour les mêmes raisons.”Les engagements politiques et la parole donnée au dernier Conseil européen seront tenus. Il ne peut en être autrement”, a martelé le président français.Le président finlandais, dont le pays a adhéré à l’Otan après le début de la guerre en Ukraine, a déclaré pour sa part que l’offensive russe était un “échec stratégique”, “militaire” et “économique” pour le président Vladimir Poutine.Le maître du Kremlin n’a “pas voulu que l’Otan s’élargisse, la Finlande et la Suède y sont” entrées, a relevé Alexander Stubb. “C’est aussi un échec militaire. Il perd beaucoup de soldats maintenant”, a-t-il ajouté.Les deux dirigeants ont également insisté sur la nécessité pour les Européens de renforcer leur “posture de défense dans l’Arctique”, face aux ambitions russes et chinoises dans la région mais aussi celles de Donald Trump au Groenland.Ils participeront ensemble à une visioconférence des pays baltes et nordiques du groupe NB8 (Finlande, Suède, Danemark, Norvège, Islande, Estonie, Lettonie, Lituanie) à 14H00 (13H00 GMT) pour évoquer la sécurité en Arctique après la crise autour des visées américaines sur le Groenland.

Poussée par le climat, la lentille se cherche une vocation dans le Nord

Des vertus sur un sol pauvre: c’est ce qui a convaincu l’agricultrice Cécile Fléchel de se “lancer dans la lentille”, une culture qui gagne du terrain dans le Nord, poussée par le climat et la promesse d’un débouché industriel.Dans sa ferme de 130 hectares, où dominent le blé et la pomme de terre à Marly, aux portes de Valenciennes, elle fait le pari de cette légumineuse dont la France manque dans un marché mondial dominé par le Canada.Le changement ne lui fait pas peur. Dans une première vie, Cécile Fléchel, 38 ans, a été ingénieure chez Renault, avant de reprendre la ferme familiale en 2020.”Une exploitation saine” mais “des terres fatiguées”, où “la pomme de terre tourne depuis trois générations” et perd en rendement, explique-t-elle à l’AFP.- Débouché commercial -Elle arrête de labourer “pour lutter contre l’érosion”, avoir “un sol plus vivant”, allonge sa rotation des cultures pour que la pomme de terre revienne moins vite sur une même parcelle. Mais que semer à la place? A l’automne 2022, Unéal, première coopérative céréalière des Hauts-de-France, commence à proposer la légumineuse à ses adhérents, après des tests sur des microparcelles qui montrent la capacité d’adaptation de la lentille verte.Cette plante modeste, qui dépasse à peine 40 cm du sol et fournit une à deux graines par gousse, regorge d’atouts, vantés par Unéal: elle fixe l’azote de l’air et le restitue au sol, permettant de réduire l’utilisation d’engrais; elle permet de “diversifier l’assolement”; elle est “riche en protéines”, une qualité nutritionnelle valorisée par des aides aux filières végétales que le gouvernement veut développer au nom de la souveraineté alimentaire.Cécile Fléchel ne connaît “pas du tout la lentille” et se montre “sceptique”, jusqu’au jour où un de ses oncles l’appelle: “Il m’a dit: +tu as vu l’histoire des lentilles? Il faut des terres pauvres, j’ai pensé à tes terres à l’arrière de la ferme+”.Au bord de ses champs, elle désigne une parcelle en contrebas: “Ici, la terre, très argileuse, a été extraite pendant plus de 100 ans pour servir à la briqueterie ouverte après la Première Guerre mondiale”. Restent sur sa ferme les murs de l’ancienne usine et une vaste surface sablonneuse.Elle décide d’y tester la lentille sur 5 hectares en 2024. A l’été, la récolte est extraordinaire, avec un rendement moyen de 3 tonnes par hectare, alors que la moyenne est de 2 tonnes.Ses lentilles sont vendues “900 euros la tonne”, un prix élevé, négocié par avance, fruit d’un partenariat entre Unéal, qui veut développer une filière durable dans la région, et l’industriel Vivien Paille, spécialiste des légumes secs bruts ou préparés, qui offre un débouché commercial.- “Vertueuse” -L’année suivante, Cécile Fléchel sème 7,5 hectares, mais avec un rendement nettement moins bon (1,7 tonne/ha) après un printemps trop sec et des pluies en juillet. Le prix est passé à 800 euros la tonne.En 2026, elle continue sur la même surface, “mais le prix est descendu à 650 euros la tonne”.Vivien Paille, filiale du groupe Avril, explique pourquoi: “cette année, les récoltes canadienne et indienne sont abondantes, donc l’Inde, grand consommateur de lentilles, va moins en importer du Canada, qui va chercher de nouveaux débouchés, ce qui tire les prix vers le bas”, indique sa directrice générale Barbara Ferrand-Lecocq.En trois ans, la France a augmenté de plus de 50% sa production de lentilles (à près de 55.000 tonnes annuelles), mais elle reste, comme l’Europe, très dépendante du marché international, consommant deux fois plus qu’elle ne produit.Pour Cécile Fléchel, la question de poursuivre cette culture se posera si le prix descend encore. “La lentille n’a pas besoin d’être très rentable pour être vertueuse. Elle est résiliente face au climat, aux pressions parasitaires, et derrière elle, on sème un blé dans de bonnes conditions”. Avec moins d’engrais et souvent moins de pesticides.Mais, ajoute-t-elle, “on ne peut s’engager dans la transition que si on a du revenu”.Vivien Paille, qui veut “soutenir cette culture” et dépasser les 200 hectares sous contrat avec Unéal en 2026, est conscient du risque. Il cherche “à augmenter le nombre de clients qui valorisent l’origine France”, même quand elle est plus chère que la canadienne cultivée sur d’immenses espaces. Pour l’agricultrice, la bataille se joue in fine dans l’assiette du consommateur.