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A Paris, un stérilet géant pour interpeller sur le sort des contraceptifs américains

Un stérilet de six mètres de haut a été brièvement érigé mardi à Paris par des associations féministes pour alerter notamment sur le sort des contraceptifs américains bloqués en Belgique, au coeur d’un bras de fer entre Bruxelles et la Maison Blanche. L’installation pour quelques heures de ce monument place de la République s’inscrit dans le cadre d’une tournée européenne, “Freeda Womb”, visant à mettre l’accent sur les menaces pesant sur les droits et la santé sexuels et reproductifs dans le monde.”Bonjour je suis Freeda, je suis un stérilet. Je suis un moyen de contraception sûr et efficace”, pouvait-on lire sur une pancarte. “Défendre les droits et la santé sexuels et reproductifs, c’est une question de droits humains et de démocratie”, a déclaré Clara Dereudre, chargée de plaidoyer au sein de l’association féministe Equipop. Signe de la menace qui pèse sur ces droits, la décision de l’administration américaine de détruire des contraceptifs américains stockés en Belgique, a souligné à ses côtés Chris Fleming, cofondateur d’Americans for contraception. Ces contraceptifs avaient initialement été achetés par l’USAID, l’agence américaine pour le développement international, sous le mandat de l’ancien président Joe Biden pour être distribués aux femmes dans certains des pays les plus pauvres du monde, en particulier en Afrique subsaharienne.Mais l’administration Trump a indiqué en juillet vouloir les détruire, suscitant un tollé parmi les ONG et les associations féministes, notamment en France. Mi-novembre, les autorités belges ont fait savoir que 20 des 24 camions chargés de pilules et autres moyens de contraception, avaient été entreposés dans des bâtiments inadaptés et étaient désormais inutilisables. “Aujourd’hui, on est dans une situation catastrophique pour les milliers de femmes et de filles qui devaient recevoir ces contraceptifs”, a dénoncé auprès de l’AFPTV la présidente du Planning familial Sarah Durocher, déplorant un “silence fort et impressionnant de la France”. “Ca rend un peu finalement la France complice de la politique de Trump (…) alors que la parole de la France est tellement attendue à l’international, il y a une espèce d’incompréhension”, a-t-elle ajouté.Pour la présidente du Planning familial, “il y a une mobilisation encore à faire (….) pour essayer de sauver” les “quatre cargaisons qui restent”. 

Assassinat à Marseille: Nuñez évoque “un crime d’intimidation” qui constitue “un point de bascule”

Laurent Nuñez a affirmé mardi que l’assassinat de Mehdi Kessaci, frère d’un militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, était “un crime d’intimidation” qui constituait “un point de bascule”.Dénonçant “les mafias marseillaises”, le ministre de l’Intérieur, qui s’exprimait à l’issue d’une réunion à l’Elysée, a ajouté qu’il se rendrait, avec le ministre de la Justice Gérald Darmanin, dès ce jeudi à Marseille à la demande d’Emmanuel Macron, qui leur a enjoint “d’amplifier” la lutte contre les narcotrafiquants.Le chef de l’Etat réunira de nouveau les acteurs de la lutte contre les trafics de drogue “mi-décembre” à l’Elysée puis se “rendra lui-même sur place à Marseille”, a complété Laurent Nuñez.L’assassinat jeudi de Mehdi Kessaci, jeune frère de Amine Kessaci, n’est “pas un règlement de comptes classique, c’est manifestement un crime d’intimidation”, a déclaré le ministre de l’Intérieur, ajoutant: “c’est un véritable point de bascule”.”On a constaté, a-t-il poursuivi, que les trafiquants et notamment ceux qui dirigent les mafias marseillaises sont de plus en plus à cran parce que nous menons des actions qui sont extrêmement efficaces”.Etaient aussi présents des représentants du ministère de la Justice, ainsi que les ministres des Comptes publics et des Affaires étrangères, Amélie de Montchalin et Jean-Noël Barrot, et des magistrats spécialisés dont le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessone. Le directeur national de la police judiciaire Christian Sainte participait également à cette réunion.

Violences policières: derrière l’IGPN, l’opacité des enquêtes locales dénoncée par une ONG

Dénonçant un système où “ce sont les potes” qui enquêtent sur leurs propres collègues, Vanessa Langard, le visage brisé par un tir de LBD, incarne l’opacité des “trous noirs” administratifs épinglés mardi par Flagrant déni: selon cette ONG, la majorité des dossiers échappent à la “police des polices”.L’attention médiatique et politique se focalise souvent sur l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Pourtant, selon ce rapport basé sur des données inédites, l’inspection nationale ne traite qu’environ 10% des enquêtes pénales visant des policiers.”L’IGPN a tendance à capter la lumière”, analyse Lionel Perrin, co-auteur du rapport pour Flagrant déni. “Mais derrière, il y a la part immergée, celle où l’IGPN sous-traite les dossiers.”Ces 90% restants atterrissent sur les bureaux de services de police judiciaire classiques ou de “cellules de déontologie” départementales. Ces structures, dont l’appellation varie d’une ville à l’autre, sont décrites par l’ONG comme des “objets administratifs non identifiés”.”Ce sont un peu comme des trous noirs dans l’espace : ils absorbent la lumière et ne restituent aucune information, aucune statistique”, a déploré M. Perrin lors d’une conférence de presse mardi.- “Machine à valider” -Le problème soulevé n’est pas seulement l’opacité, mais la hiérarchie. Ces cellules sont placées sous l’autorité directe des Directeurs départementaux de la police nationale (DDPN).”Sur le plan vertical, le supérieur hiérarchique du policier qui fait l’enquête est aussi le supérieur du policier mis en cause”, dénonce Lionel Perrin, soulignant une situation “interdite par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme”.Cette proximité organique entre enquêteurs et enquêtés a des conséquences judiciaires lourdes, selon les acteurs de terrain.”C’est une machine à valider, à justifier, à blanchir les policiers”, tranche Me Mohamed Jaite, président de la section parisienne du Syndicat des avocats de France (SAF).Pour l’avocat, si l’enquête initiale est biaisée, la suite est compromise : “Le juge, par la suite, ne fait que valider ce qui a été fait par les policiers”.Le rapport établit une corrélation entre cette organisation et l’efficacité des investigations. Alors que le nombre d’affaires de violences impliquant des dépositaires de l’autorité publique a augmenté de 59% depuis 2016, le taux d’élucidation a chuté de 25%.”L’autorité judiciaire est deux fois moins capable de retrouver les auteurs quand il s’agit de policiers” que pour d’autres types de délinquance, pointe Lionel Perrin.- “Affaires sensibles” -Sollicitée par l’AFP, la Direction générale de la police nationale (DGPN) conteste cette lecture, rappelant qu’une circulaire de 2014 prévoit que l’IGPN se concentre sur “les affaires les plus graves et les plus sensibles”.”Le taux d’élucidation global pour les affaires de violences traitées par l’IGPN sur les trois dernières années se situe dans une fourchette comprise entre 95 et 100%”, fait valoir la DGPN.Concernant les enquêtes locales, la police nationale assure qu’elles sont “naturellement dirigées par les magistrats de l’ordre judiciaire” qui “veillent à leur bon déroulé”.Pour les victimes, la réalité des chiffres se traduit par un parcours du combattant. Mélanie N’goye-Gaham, blessée en 2019 lors d’une manifestation, déplore pour sa part une enquête IGPN qui “a donné zéro”, alors qu’une juge a par la suite identifié deux tireurs dans le même dossier.”Recevoir un classement sans suite, c’est un deuxième coup”, témoigne-t-elle.”On n’a toujours pas de statut de victime, on n’existe pas. On est des numéros”, abonde à ses côtés Vanessa Langard, blessée en 2018 sur les Champs-Élysées à Paris.Face à ce qu’elle qualifie de “scandale judiciaire”, l’ONG ne croit plus à une autorégulation de l’institution.”La balle est dans le camp parlementaire”, conclut Lionel Perrin, qui appelle à une commission d’enquête pour aboutir à une loi créant un organe de contrôle totalement indépendant.Plusieurs parlementaires de gauche (Danièle Obono, Thomas Portes, Sandra Regol, Corinne Narassiguin) assistaient aux échanges, ainsi que Céline Roux, adjointe de la Défenseure des droits.Présent dans la salle, le député LFI Abdelkader Lahmar a salué cette libération de la parole sur un sujet où les victimes étaient “complètement invisibles” il y a 40 ans, se disant prêt à “creuser” la piste législative.

Budget: Lecornu et ses soutiens critiquent la copie actuelle, promise au rejet en cas de vote

Des taxes déconnectées de “l’économie réelle” et une copie emprunte d'”insincérité”: le gouvernement et ses soutiens à l’Assemblée nationale critiquent sévèrement la version du projet de budget de l’Etat 2026 sur la table des députés, promise à un rejet en l’absence du soutien du bloc central.Lundi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a tenté de rassurer le monde de l’entreprise au sommet Choose France: certaines taxes votées en première lecture à l’Assemblée nationale “n’auront jamais d’application”. Et le chef du gouvernement de pointer des “aspirations à la justice fiscale ou sociale” qui “se déconnectent complètement de l’économie réelle”.Mardi, son entourage vend la mèche. Les groupes du camp gouvernemental à l’Assemblée lui ont signifié que même eux ne pourraient pas voter la partie recettes du projet de budget de l’État pour 2026, invoquant l'”insincérité” de mesures adoptées.Si ces groupes ont affirmé vouloir “un compromis” lors de la navette parlementaire, selon l’entourage du Premier ministre, ils devraient donc osciller entre abstentions et vote contre sur la partie recettes à l’Assemblée nationale d’ici à dimanche. En réunion de groupe, le patron des députés LR Laurent Wauquiez a annoncé son rejet du texte: “On ne peut pas voter ce budget (…) vu toutes les horreurs fiscales” qu’il contient, a déclaré le député de Haute-Loire.   Dans le viseur du socle commun plusieurs mesures fiscales, notamment une taxe sur les multinationales adoptée à l’initiative de LFI. Elle “n’existe pas” faute d’assiette réelle, a affirmé M. Lecornu, mais une large partie du camp gouvernemental souhaite quand même qu’elle soit évacuée.A ce stade, l’Assemblée doit encore écluser plus d’un millier d’amendements sur cette partie recettes.Si le gouvernement a d’ores et déjà acté qu’un vote sur les dépenses ne serait pas possible, un vote sur cette première partie est encore envisageable. Il devra quoiqu’il arrive intervenir avant dimanche minuit, le gouvernement pouvant alors envoyer tout le texte au Sénat sans vote, avec les amendements adoptés. – “Texte orphelin” -En cas de rejet, hypothèse extrêmement probable puisque ni les oppositions ni la majorité ne s’y retrouvent, c’est le texte initial du gouvernement qui irait au Sénat.Pour les socialistes, qui ont fait le pari de la non-censure en espérant faire pencher le budget suffisamment à gauche, la copie actuelle est également insuffisante.Les députés ont tout de même voté un réindexation du barème de l’impôt sur le revenu, doublé la “taxe Gafam” ou encore revu à la hausse l’impôt sur les sociétés.Mais il n’y a “pas assez de justice fiscale”, notamment “sur le patrimoine”, pointe le député PS Philippe Brun.”Je ne vois pas une majorité se dégager. C’est pas la somme du compromis, c’est la somme de toutes nos envies. C’est un texte un peu orphelin de responsabilité”, a résumé lundi sur LCP Marc Fesneau, patron du groupe MoDem.Quelle que soit la version envoyée ou sortant du Sénat, le problème de majorité à l’Assemblée nationale se reposera tôt ou tard sur ce budget de l’Etat. Car le PS envisage pour le moment une abstention au maximum, qui ne suffirait pas à elle seule pour faire passer le texte. Une position qui échaude le camp gouvernemental, mécontent des concessions accordées sans garantie. Et les cadres du bloc central, comme ceux de l’opposition sont aujourd’hui peu optimistes.”Le plus probable c’est qu’on n’ait pas de budget de l’Etat voté en décembre, une loi spéciale pour reconduire celui de 2025, et un nouveau budget soumis en janvier-février”, résume l’un d’eux.Un cadre macroniste estime possible un compromis sur le budget de la Sécurité sociale, qui contient une suspension de la réforme des retraites susceptible de sécuriser suffisamment d’abstentions à gauche. Mais pas sur le budget de l’Etat, qu’il imagine passer par un 49.3 en février. Sébastien Lecornu a affirmé souhaiter un compromis “avant” fin décembre, “parce que s’il n’y a pas de budget, ce sera un mauvais compromis en gestion de crise plus tard”. Quant à Emmanuel Macron, il a pris position lundi sur ses réseaux sociaux: “Est-ce que je suis satisfait tous les jours de ce qui est voté au Parlement? Non, mais est ce que je pense que la stabilité politique est nécessaire et la recherche de compromis indispensable? Oui.”

Montrer les corps des momies et regarder la vie en face

Les momies, ces témoins du passé qui fascinent même sans les fameuses bandelettes égyptiennes, sont au cœur d’une exposition au Musée de l’Homme qui place les vivants face aux corps des défunts pour mieux en retracer la vie.Comment ne pas avoir envie de tout savoir sur l’homme Chachapoya, aux genoux et aux coudes repliés contre le torse, et à la bouche entrouverte dans un cri qui probablement a inspiré le tableau d’Edvard Munch? C’est l’extraordinaire opportunité qu’offre l’exposition “Momies”, à Paris à partir du 19 novembre.”Notre souhait est de déconstruire un peu le cliché de la momie, évidemment égyptienne dans la tête des gens. De montrer qu’il y en a de plus anciennes, qu’il y en a partout, et encore maintenant”, explique à l’AFP Pascal Sellier, directeur de recherche émérite au CNRS, et co-commissaire de l’exposition.S’approcher d’une momie, c’est s’approcher d’un défunt et questionner notre rapport à la mort et à la décomposition des corps.”Il y a un petit challenge à aller au-devant de cette discussion de la monstration des restes humains”, reconnaît Pascal Sellier.”On sait qu’on préserve plusieurs milliers de restes humains au sein de nos institutions. Leur rendre leur dignité, c’est aussi leur rendre un peu leur histoire, leur identité, leur parcours, plutôt que de les laisser cachés quelque part”, abonde Éloïse Quétel, co-commissaire et responsable des collections médicales et d’anatomie pathologique de Sorbonne université. Les momies sont “tout cadavre humain ou animal préservé de la décomposition, que ce soit totalement ou partiellement, de façon accidentelle ou délibérée”, expliquent-ils à l’AFP. Ici, ce sont les interventions intentionnelles qui ont intéressé les chercheurs, “même si celles-ci peuvent conduire à laisser faire un processus naturel”, comme les +bog bodies+, ces corps enfouis et conservés dans les tourbières.- Des Chinchorros à Lénine -Techniques, rites, croyances sont présentés au long du parcours, illustrés par des défunts momifiés.La jeune fille de Strasbourg, la jeune femme Guanche, l’enfant Chancay, Petearmosnouphis… Les organisateurs ont exclu toute mise en scène spectaculaire préférant par exemple un éclairage uniforme, sans spot ciblé.L’exposition est ouverte à tout public, et conseillée à partir de 8 ans. Un voile est installé sur le côté d’arrivée du spectateur avant chaque momie, lui offrant la possibilité de ne pas regarder s’il le souhaite.Ce serait dommage, car en plus d’un livret présentant leur fiche d’identité, le contexte de collecte, leur parcours muséal, ces momies ont bénéficié d’une campagne de restauration et de nettoyage.C’est particulièrement impressionnant pour la momie de Myrithis, découverte dans la nécropole d’Antinoë en Egypte. “On a pu retrouver la coupe de cheveux d’origine. Et les textiles ont retrouvé un positionnement beaucoup plus naturel et respectueux sur le corps”, souligne Éloïse Quétel.Un respect actuel à mille lieux de l’époque où l’on réduisait des momies sous forme de poudre ou d’onguent, car on leur prêtait des vertus pharmaceutiques. On partait du principe qu’en consommant “un corps qui va vivre éternellement, on va nous-mêmes vivre éternellement”, rappelle la chercheuse.On retrouvera jusqu’à la fin du XIXe siècle de la poudre de momie sous forme de pigments dans la peinture, d’engrais pour les champs, ou de combustible pour les trains à vapeur. Avant qu’elles ne deviennent des objets de curiosité scientifique.”Avec le défunt momifié, sont préservés de nombreux tissus mous jusqu’à la peau, les cheveux, les ongles. Chacun de ces éléments nous apporte des informations sur les types d’alimentation, certaines pathologies ou la couleur de cheveux”, explique Éloïse Quétel.Ce sont aussi des archives culturelles sur les pratiques funéraires mais aussi la “mode à travers les vêtements, les coiffures”, et parfois de spectaculaires tatouages, abonde Pascal Sellier.Présente sur tous les continents, la momification a traversé les siècles pour perdurer encore dans certaines régions du monde, y compris en Europe.Les premières traces sont apparues il y a 9.000 ans, en Amérique du Sud chez les Chinchorros, entre Pérou et Chili. Depuis, la plupart des papes, Lénine, Eva Peron ont été momifiés… Toutes ont leur mot à dire sur notre rapport à la mort, mais aussi de nombreuses choses à nous apprendre sur la vie.

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal de “retour en France”, annonce son comité de soutien

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui se trouvait en Allemagne depuis sa libération de prison en Algérie mercredi, est de “retour en France” mardi, a annoncé son comité de soutien dans un communiqué.”Le Comité de soutien international à Boualem Sansal salue avec une profonde émotion le retour en France de notre ami et compatriote”, indique le communiqué sans donner plus de précision. A ce stade, les autorités françaises n’ont pas publiquement réagi à cette annonce. Incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position, Boualem Sansal, 81 ans, avait retrouvé la liberté mercredi après avoir été gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui avait répondu favorablement à une demande des autorités allemandes. L’écrivain, qui se trouvait au cœur d’une crise diplomatique entre Alger et Paris, avait alors été transféré à Berlin pour des soins médicaux et résidait depuis à la résidence de l’ambassadeur français en Allemagne. Son retour était, depuis, guetté en France où un comité de soutien réclamait depuis plusieurs mois sa libération. En Algérie, Boualem Sansal purgeait une peine de cinq ans de prison notamment pour “atteinte à l’unité nationale”. “Nous envoyons un salut fraternel à Boualem Sansal, ainsi qu’à sa famille qui a traversé avec dignité et courage cette épreuve longue, injuste et douloureuse”, indique ce comité dans son communiqué. “Il appartiendra désormais à l’écrivain de choisir le moment et les formats dans lesquels il souhaitera s’exprimer”, poursuit le comité, qui appelle de nouveau à la “libération immédiate” du journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu en Algérie où il doit être jugé en appel début décembre notamment pour “apologie du terrorisme”.

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En Inde, la sécheresse menace l’éducation des filles

Chaque matin, Ramati Mangla, 17 ans, parcourt des kilomètres, pieds nus et une cruche sur la tête, pour aller chercher de l’eau dans une source éloignée de chez elle, dans le Maharashtra, un Etat indien frappé par la sécheresse.De retour dans son village, les cours ont déjà commencé et elle n’a pas eu d’autre choix que d’abandonner l’école. “J’ai gardé mes livres”, explique l’adolescente qui s’inquiète de savoir ce qui se passera si elle n’a “jamais l’occasion de retourner à l’école” Les autorités locales estiment que près de deux millions d’habitants du district de Nashik, dans l’Etat du Maharashtra (ouest), connaissent chaque jour des pénuries d’eau. Les puits s’assèchent en raison de précipitations de plus en plus irrégulières. Les habitants n’ont donc pas d’autre choix que de s’adapter à des conditions de vie toujours plus difficiles. Les hommes sont contraints de quitter leur village pour trouver un travail.De leur côté, les filles comme Ramati ont la lourde responsabilité d’aller chercher l’eau. Cette tâche quotidienne peut prendre des heures, ce qui leur laisse peu de temps pour fréquenter les bancs de l’école. Dans un rapport publié en 2021, l’Unesco estime que les bouleversements liés au changement climatique pourraient contraindre des millions de filles à travers la planète à abandonner leurs études. C’est déjà une réalité dans les régions rurales du pays le plus peuplé de la planète, avec 1,4 milliard d’habitants. Ces dernières années, les enseignants ont observé une nette baisse de la fréquentation scolaire des filles, particulièrement durant la saison sèche.  Beaucoup de familles, qui luttent pour leur survie, n’ont pas d’autre choix que de garder leurs filles à la maison ou de les marier précocement.  Les enfants sont les premières victimes de la sécheresse, selon une rapport de l’Unicef, qui soulignait que quand les puits s’assèchent, ce sont les enfants qui manquent l’école pour aller chercher de l’eau.Ce reportage accompagne les photos prises par Shefali Rafiq lauréate du Marai Photo Grant 2025, un concours destiné aux photographes d’Asie du Sud âgés de 25 ans ou moins. Le thème était “le changement climatique” et les participants devaient illustrer ses conséquences sur leur vie quotidienne et leur communauté. Organisée par l’Agence France Presse, cette bourse rend hommage à Shah Marai, ancien chef photographe de l’AFP à Kaboul, qui a tragiquement perdu la vie dans un attentat-suicide, le 30 avril 2018, à l’âge de 41 ans. 

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TotalEnergies, un géant face à de multiples litiges

“Greenwashing”, “climaticide”, atteintes aux droits humains… Le géant pétrolier français TotalEnergies fait face ces dernières années à plusieurs procédures judiciaires en France lancées par des ONG sur des sujets climatiques, environnementaux et sociaux. – Une nouvelle plainte sur le Mozambique  – Lundi, l’ONG European Center for Constitutional and Human Rights a saisi le parquet national antiterroriste à Paris d’une plainte pour “complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées” pour des faits datant de 2021 sur le site d’un méga-projet gazier, alors à l’arrêt après une attaque jihadiste en mars cette année-là.L’annonce intervient alors que le groupe, qui en est l’opérateur, s’est dit prêt fin octobre à redémarrer le projet en vue d’un début de production en 2029.La multinationale est accusée d'”avoir directement financé et soutenu matériellement” une unité militaire, composée de forces armées mozambicaines, qui aurait commis des exactions sur des civils à l’été 2021, sur fond de conflit entre l’armée et une milice affiliée au groupe EI.TotalEnergies est par ailleurs visé depuis mars 2025 par une enquête de juges d’instruction à Nanterre pour “homicide involontaire” après une plainte de survivants et proches de victimes de l’attaque jihadiste qui l’accusent d’avoir négligé la sécurité de ses sous-traitants. – Le projet pétrolier Eacop-Tilenga attaqué  -Autre projet contesté: le forage “Tilenga”, 419 puits en Ouganda, dont un tiers dans le parc naturel des Murchison Falls, associé au EACOP (East African Crude Oil Pipeline), le plus long oléoduc chauffé au monde, destiné à transporter les hydrocarbures jusqu’à l’Océan indien en traversant la Tanzanie.Vingt-six Ougandais et cinq associations françaises et ougandaises (dont les Amis de la Terre France et Ouganda) ont lancé en juin 2023 une action civile pour demander “réparation” devant le tribunal de Paris de divers préjudices: expropriations abusives, compensations insuffisantes, harcèlement…Les associations Darwin Climax Coalitions, Sea Shepherd France, Wild Legal et Stop EACOP-Stop Total en Ouganda ont également déposé en janvier 2025 à Nanterre une plainte avec constitution civile, au pénal, pour qu’un juge d’instruction enquête sur ce projet jugé “climaticide”. Celle-ci est “à l’étude”, indique le parquet. – Condamné pour “greenwashing” -TotalEnergies a été condamné le 23 octobre au civil à Paris pour “pratiques commerciales trompeuses” en vantant à tort ses engagements vers la neutralité carbone d’ici 2050 sur son site commercial. Le groupe, qui était poursuivi par plusieurs associations, n’a pas fait appel. A Nanterre, il est aussi visé depuis 2021 par une enquête préliminaire du parquet après une plainte au pénal d’associations (Wild Legal, Sea Shepherd France et Darwin Climax Coalitions) qui l’accusent de “pratiques commerciales trompeuses” dans ses communications sur sa politique climatique. – Accusations de pollution pétrolière au Yémen -En janvier 2024, une cinquantaine de ressortissants yéménites ont assigné en référé TotalEnergies devant le tribunal de Nanterre en l’accusant de polluer une région désertique de l’Hadramaout, où le groupe a exploité des puits pétroliers des années 1990 jusqu’en 2015. Dans un référé similaire, le tribunal de Paris a jugé irrecevable le 3 décembre 2024 la demande de 8 plaignants yéménites.- Devoir de vigilance: audience en 2026 -Au nom d’une loi sur la vigilance sociale et environnementale des multinationales, une coalition de six ONG et 16 collectivités, dont Paris et New York, avait accusé en 2020 l’entreprise d'”inaction climatique”. Après une décision d’irrecevabilité en juillet 2023 du tribunal de Paris, la cour d’appel a déclaré en juin 2024 leur assignation recevable. L’affaire est renvoyée à une audience au tribunal prévue le 29 janvier 2026.- Des plaintes rejetées – Le 7 février, la justice a classé une plainte pénale déposée à Paris en mai 2024 par trois ONG (Bloom, Alliance Santé Planétaire, Nuestro Futuro) et huit personnes qui accusaient d’homicides involontaires et d’atteintes à la biodiversité du fait de l’activité du groupe dans les énergies fossiles.Par deux fois en 2022 et en 2023, la justice a écarté une plainte pour “complicité de crimes de guerre russes en Ukraine” déposée par deux associations qui reprochaient à TotalEnergies d’avoir continué à exploiter un gisement en Russie après le début de la guerre en Ukraine.

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Un “Emmaüs de la mer” à la recherche de trésors recyclables dans les cimetières de bateaux

Aux portes de la Camargue, des dizaines de coques percées, recouvertes de lichen, gisent sur un terrain vague au fond d’un port. Un cimetière de bateaux devenu le terrain de jeu d’une association qui recycle des pièces de navires de plaisance voués à la casse.”On est des pilleurs d’épaves”, lâche en souriant Guillaume Delaunay, l’un des trois bénévoles de La Tribu Maritime, affairé à dévisser un vieux tableau de bord qu’il imagine déjà en jouet pour enfants.Cette petite association, active sur la façade méditerranéenne, explore les bateaux promis à la destruction pour y dénicher des pièces détachées réutilisables ou recyclables qu’elle revend depuis peu à des particuliers, tel un “Emmaüs de la mer”.Elle est l’une des rares ressourceries en France spécialisée dans le matériel maritime et nautique, avec la Recyclerie Maritime au Croisic (Loire-Atlantique).Depuis janvier, elle estime avoir permis d’éviter 3,3 tonnes de déchets en intervenant en amont de la déconstruction des navires. Environ un tiers provient du cimetière de port Napoléon, à Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône), avec qui l’association a signé un partenariat. Le reste a été récupéré sur les bateaux de propriétaires volontaires.Ce jour-là, la collecte est fructueuse: trois portes en bois exotique, des caillebotis et deux longs hublots en métal, “réutilisables sur un bateau, mais aussi dans un camping-car ou même une salle de bain…”, s’enthousiasme le co-fondateur de La Tribu, Thomas Bekkers.Conséquence de l’essor de la navigation de plaisance depuis les années 1950, la France compterait actuellement quelque 150.000 bateaux en fin de vie, selon le site du ministère de la Transition écologique, citant des chiffres de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).Au port Napoléon, le directeur Emmanuel Juste voit les épaves s’accumuler depuis son arrivée, il y a huit ans. Un “empêchement à son activité économique” selon lui, puisque sur 1.000 places à sec (et 250 à flot), 50 bateaux ont déjà acquis le statut d’épave et 20 à 50 sont en passe de l’acquérir.Un navire de plaisance “est vendu neuf, donc cher, à quelqu’un qui en a les moyens. Puis il est revendu d’occasion (…) à des propriétaires qui ont de moins en moins les moyens. Et avec le temps, le bateau se dégrade. Au bout de 40 ans, les propriétaires ne peuvent plus assumer le rattrapage des travaux coûteux”, analyse-t-il.  Ces navires deviennent d’abord des “bateaux ventouses”: ils ne naviguent plus, se détériorent lentement, puis finissent souvent abandonnés à la suite d’un événement de la vie, comme un décès ou une faillite.- 5 euros le compas de navigation -Or pendant longtemps, ce stock d’épaves n’a pas été anticipé, regrette M. Juste, car ce n’est que depuis 2019 que la déconstruction des bateaux de plaisance est gratuite pour les propriétaires.Gérée par l’APER (Association pour la Plaisance Eco–Responsable), éco-organisme labellisé, la filière de déconstruction, qui applique le principe de “pollueur-payeur”, est financée par une éco-contribution sur la vente de bateaux neufs.Depuis 2019, plus de 13.100 bateaux ont été détruits, dont 2.500 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, selon les chiffres de l’APER, qui a signé une convention avec La Tribu Maritime fin 2024 pour développer la filière du réemploi. Reste, pour le directeur de port Napoléon, le problème des coûts non pris en charge: le transport jusqu’au centre de déconstruction – jusqu’à 10.000 euros pour les plus grands navires – et surtout la destruction des bateaux sous pavillon étranger – environ 1.000 euros la tonne. Alors “chaque kilo recyclé, ce sont des coûts en moins”, assure Emmanuel Juste. D’où l’intérêt pour tous de développer cette filière.Un constat partagé par les plaisanciers venus chiner de bonnes affaires vendredi à la ressourcerie ouverte fin octobre par La Tribu, à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Oscar Damaso, éducateur spécialisé proche de la retraite et co-fondateur de l’association, accueille dans le petit hangar spartiate.À la recherche d’un nouveau compas vertical pour leur bateau, Peggy Barroso et son amie lorgnent sur le prix scotché sur le bac: cinq euros. “Neuf, ça coûte entre 100 et 150 euros”.

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“Fini la pétrochimie”: à Bruxelles, des emballages à base de champignons

D’un blanc laiteux, légers et prêts à accueillir des savons, des emballages produits à partir de champignons attendent les visiteurs de la “première usine de mycomatériaux d’Europe”, revendique son PDG. Ceux-là sont “destinés à des hôtels”, explique Julien Jacquet, à la tête de la société belge Permafungi qui fabrique ces packagings entièrement biodégradables. Le fondateur ne s’en cache pas, il est du genre “idéaliste”, un David contre Goliath qui voudrait défier la montagne des polystyrènes polluants avec ses nouveaux produits durables.Mais la quête de rentabilité s’annonce rude. A ce stade, Permafungi reste dans une niche avec ses emballages sur mesure pour des savonneries plutôt haut-de-gamme.A Bruxelles, dans le petit milieu de l’économie circulaire, cette entreprise de 12 salariés s’est bâtie une notoriété depuis une dizaine d’années en recyclant le marc de café des bistrots pour produire des champignons comestibles.Afin de passer à la vitesse supérieure, elle vient d’ouvrir, après deux ans de travaux, une usine qui s’attaque au secteur ultra concurrentiel de l’emballage.Julien Jacquet critique les emballages industriels “produits à l’autre bout du monde” et dérivés du pétrole. Lui voudrait “rapprocher l’utilisateur du packaging”, grâce aux… champignons de la forêt de Soignes, qui jouxte la capitale belge.En pratique, l’entreprise récupère d’abord des déchets que des industries traditionnelles délaissent, comme la sciure de bois, et les place dans des moules.Puis le mycélium – considéré comme la racine du champignon – fait son travail. En se nourrissant des déchets, il se développe et prend la forme voulue par le client. La masse à la “texture de tofu” termine son parcours en salle de séchage avant d’être démoulée puis livrée.- “Beaucoup de promesses” -“Fini la pétrochimie. Ici les champignons poussent et on les aide grâce au recyclage de l’eau de pluie et à la coopération des machines” qui accélèrent la production, revendique l’entrepreneur.Panneaux solaires sur le toit, local à vélo en bois, le projet est dans l’air du temps. Il résonne avec une loi européenne qui prévoit que tous les emballages soient recyclables à partir de 2030.Permafungi a ainsi bénéficié d’une subvention de deux millions d’euros de l’Union européenne ainsi que d’aides régionales.La petite entreprise a en outre réussi à convaincre un investisseur privé, le fonds suisse Après-Demain – groupe pharmaceutique du milliardaire Thierry Mauvernay – qui a mis un million d’euros dans le projet.Ce fonds “veut soutenir une entreprise à impact” , qui utilise des ressources de proximité plus “respectueuses de l’environnement”, explique l’un de ses responsables Sébastien Beth. Mais “pour durer”, l’entreprise bruxelloise aura besoin “d’être rentable dans les deux à cinq ans”, reconnaît cet investisseur aguerri. Des développements sont annoncés avec deux vignobles, une marque de montres et une enseigne de bougies. Julien Jacquet table sur un chiffre d’affaires de trois millions d’euros dans trois ans.De l’Europe aux Etats-Unis, des projets à base de champignons sont régulièrement lancés depuis le milieu des années 2000.”Il y a eu beaucoup de promesses depuis très longtemps, y compris pour fabriquer des biocarburants”, mais le problème “c’est la mise à l’échelle et le coût”, explique Luc Vernet, du centre de réflexion Farm Europe, spécialiste de l’agriculture et de l’alimentation.”Le point du blocage” demeure “la concurrence des produits fossiles, portés par un prix du pétrole bas”, souligne-t-il.L’UE promet fin novembre une stratégie sur la bio-économie, dont un soutien aux biomatériaux.L’enjeu est crucial en matière d’emballages, source de pollution toujours plus grande. Selon les données de l’UE, chaque Européen produisait près de 190 kg de déchets d’emballages en 2021 et ce chiffre passera à 209 kg en 2030, sans mesures supplémentaires.Julien Jacquet souligne aussi que son projet permet d’ouvrir une usine en ville, dans une Europe qui a tant souffert de la désindustrialisation.Le nouveau site de Permafungi est installé à quelques centaines de mètres de l’usine automobile Audi, définitivement fermée depuis fin février et qui employait quelque 3.000 salariés à Bruxelles.