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France: une large part des forêts de montagne et de Corse menacées par le changement climatique (UICN)

Plus de la moitié des forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse évaluées dans le cadre de la liste rouge des écosystèmes de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sont menacées par le changement climatique, selon une étude publiée jeudi.Parmi les 19 écosystèmes forestiers évalués dans les milieux montagnard et du subalpin (à des altitudes comprises entre 600 et 2.400 m selon les versants) des différents massifs montagneux de l’Hexagone (Alpes, Jura, Massif central, Pyrénées, Vosges) et de Corse, 10 apparaissent comme menacés, c’est-à-dire en danger critique (CR), en danger (EN) ou vulnérable (VU), et 6 quasi-menacés, le niveau juste en dessous en terme de risque d’effondrement. Deux autres sont en “préoccupation mineure” et une autre ne permet pas d’être évaluée faute de données suffisantes.La liste rouge des écosystèmes, mise en place en 2014, est l’équivalent pour les habitats naturels terrestres, aquatiques et marins de la liste rouge des espèces menacées pour la faune, qui fait référence pour mesurer l’effondrement de la biodiversité. Ses critères d’évaluation dépendent d’un référentiel commun à tous les pays d’Europe continentale. Dans le détail, les cembraies (forêts de Pins cembro) et les mélézins (forêts de mélèzes) du subalpin ainsi que les hêtraies, sapinières et hêtraies-sapinières subalpines, sont classées en danger, tandis que 5 forêts mixtes, mélange de hêtres communs, de sapins blancs, ou d’épicéas communs, une forêt de sapins et d’épicéas et 2 pineraies montagnardes sont classées “vulnérables”.Dans tous les cas, “le contexte de changements climatiques est un facteur déterminant des résultats de cette évaluation”, indique l’étude.Dans les environnements montagneux ou pré-montagneux, les hausses de température ont tendance à être plus marquées qu’en plaine, entrainant notamment un “déficit hydrique accru”. Ainsi dans les Alpes et les Pyrénées françaises, la température a augmenté de +2°C au cours du 20ᵉ siècle, contre +1,4°C dans le reste de la France, selon Météo-France.Ces écosystèmes, qui accueillent une large diversité d’espèces animales, végétales ou fongiques parfois spécifiques à ces milieux qui leur servent d’ultimes refuges, sont par ailleurs soumis à d’autres pressions d’origine anthropique (pollutions, surexploitation, espèces exotiques envahissantes…).Et “malgré une abondance de recherches sur les forêts, il reste difficile de prédire les trajectoires futures des forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse face au cocktail de pressions qu’elles subissent”, estime l’UICN, l’OFB et le MNHN dans un communiqué commun.

Jacques Audiard “extraordinairement heureux” après son record de nominations aux Oscars

“Je suis extraordinairement heureux”, a déclaré le réalisateur français Jacques Audiard à l’AFP après avoir fait voler jeudi en éclats le record de nominations pour un film non-anglophone aux Oscars, “Emilia Perez”.Son film a récolté jeudi 13 nominations aux Oscars, devenant ainsi le film non-anglophone le plus nommé de tous les temps.Cette odyssée musicale sur la transition de genre d’un narcotrafiquant mexicain devance ainsi “Tigres et Dragons” (2000) et “Roma” (2018), qui détenaient précédemment ce record avec 10 nominations.”Je suis tout à fait heureux, d’autant que je souhaitais que les comédiennes soient nommées”, a déclaré par téléphone le cinéaste de 65 ans, quelques minutes avant d’embarquer pour un vol en direction de Montevideo, où il poursuit une tournée promotionnelle.L’actrice Karla Sofia Gascon, révélation du film, est nommée pour la statuette de la meilleure actrice, Zoe Saldana pour le meilleur second rôle féminin.”J’ai connu les Oscars il y a longtemps, au moment de +Un Prophète+”, nommé il y a 15 ans à l’Oscar du meilleur film étranger, a-t-il rappelé. “Mais c’était pas la même pression”, a-t-il ajouté. Là, avec la double nomination comme meilleur réalisateur et comme meilleur film, “c’est une campagne très solide qu’il faut mener”.Dans la catégorie des nominations pour le titre de meilleur réalisateur, Audiard côtoie une compatriote, Coralie Fargeat (“The Substance”). “Il y a un phénomène assez curieux de films français comme le mien et celui de Coralie qui se retrouvent dans la compétition”, a-t-il noté.”C’est un cinéma métissé, je me demande si ce n’est pas une tendance, ce désir de faire des films avec des éléments linguistiques différents, des acteurs et des objets particuliers”, a-t-il souligné.Il a également balayé la polémique en cours au Mexique, où certains ont dénoncé, avant même la sortie du film en salles, l’image qu’il donnerait du pays et du problème du trafic de drogue.”Il y a ceux qui ont vu le film, et ceux qui n’ont pas vu le film”, a-t-il déclaré. “Mes intentions me semblent vertueuses, mais je remarque un problème là-bas”.”Le trafic de drogue, on peut aussi ne pas en parler ! Mais ça me tenait à cœur, je l’ai peut-être fait maladroitement”, a-t-il ajouté.

Livraisons de repas: deux ex-dirigeants de Frichti seront jugés à Paris pour travail dissimulé et emploi illégal d’étrangers

Après Deliveroo et Take Eat Easy, un nouvel acteur de la livraison rapide au tribunal: la société Frichti, en liquidation judiciaire, et ses deux anciens dirigeants seront jugés en novembre à Paris pour travail dissimulé et emploi illégal d’étrangers, au préjudice de très nombreux ex-livreurs.Selon des sources proches du dossier jeudi à l’AFP, Julia Bijaoui, 36 ans, et Quentin Vacher, 38 ans, respectivement ex-présidente et ex-directeur général de Frichti, qu’ils ont revendu en mars 2022, ont été formellement cités à comparaître le 15 janvier pour une audience correctionnelle prévue du 13 au 21 novembre.”Nos clients contestent toute infraction et sont dans l’incompréhension”, d’autant qu'”aucun texte, ni aucune décision de justice n’interdisait le recours à des travailleurs indépendants”, ont assuré jeudi à l’AFP leurs avocats, Mes Mathias Chichportich et Jérémy Gutkès.D’après leurs conseils, “ils sont déterminés à faire valoir leur bonne foi et leur innocence”.D’après la source proche du dossier, il est reproché aux deux prévenus d’avoir “recouru” entre 2015 et mi-2021 “à des sociétés sous-traitantes ou à des travailleurs sous statut d’indépendants”, au moins une cinquantaine, “placés dans un lien de subornation juridique”.Les deux ex-dirigeants seront aussi jugés pour emploi illégal d’étrangers s’agissant d’au moins une trentaine de livreurs, en large part sénégalais ou ivoiriens.Selon des éléments de l’enquête auxquels l’AFP a eu accès, confiée par le parquet de Paris à la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP) et à l’Inspection du travail, les investigations ont montré que “le livreur ne choisissait pas ses clients, le tarif de facturation lui était imposé et il ne pouvait pas organiser son parcours comme il le souhaitait”.L’enquête a aussi mis au jour un possible “système de sanction” pour les livreurs jugés non-fiables.Lors d’une audition en mai 2022, Julia Bijaoui avait assuré n’avoir “jamais eu l’intention d’enfreindre la loi”, affirmant n’avoir “pas conscience” au début de l’aventure Frichti “de ces éléments”.”Frichti n’est pas une plateforme de livraison” ou une “application de mise en relation” mais “une société dans laquelle des centaines de salariés ont développé des recettes, ont cuisiné et préparé des commandes”, ont argué Mes Chichportich et Gutkès.”La livraison ne représentait que 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise”, ont-ils ajouté.- Livreurs “sans-papiers” -En 2022, l’Urssaf avait évalué dans un rapport son préjudice à près de 3 millions d’euros de charges et cotisations sociales éludées pour les années 2019 et 2020. “Les faits reprochés sont parmi les pires dans ce type de dossiers”, a asséné de son côté Me Kevin Mention, avocat des livreurs interrogé par l’AFP, qui rappelle la centaine de procédures engagées aux prud’hommes.”La grande majorité de ces coursiers étaient des sans-papiers, qui ont pour la plupart été remerciés lorsque ça a commencé à fuiter dans les médias”, a-t-il dénoncé, assurant que les faits se sont perpétués après 2021, fin de la période visée par l’enquête.Jérôme Pimot, du collectif des livreurs autonomes des plateformes (Clap), espère que cette audience fasse office de “gros signal à toutes les plateformes qui emploient des sans-papiers sur le compte de l’auto-entrepreneuriat, afin qu’elles puissent les régulariser, et non les licencier.”Après une arrivée en fanfare sur fond de confinements liés à la pandémie de Covid-19, les acteurs du “quick commerce” s’étaient entredéchirés dans une bataille concurrentielle féroce.En mars 2023, une réglementation très contraignante a porté un coup d’arrêt aux acteurs survivants du secteur. Suite à cette décision, Frichti, revendue en mars 2022 par le duo Bijaoui-Vacher à l’Allemand Gorillas, avait été placée en redressement judiciaire.Le groupe La Belle Vie a repris l’activité de Frichti en septembre 2023, mais en créant une nouvelle entité, ce qui leur a permis de ne pas hériter du lourd passif de la société historique, en liquidation judiciaire.Très contesté, le statut d’indépendant des coursiers est en outre remis en cause dans de nombreux pays par la justice.Un accord politique a été trouvé en mars par les pays de l’UE, sans la France et l’Allemagne, pour renforcer les droits des travailleurs des plateformes numériques.

“Je vais mourir”: à l’annonce du confinement de 2020, la détresse d’Amandine, morte affamée par sa mère

“Lola, je vais mourir”: morte affamée par sa mère, en août 2020, la jeune Amandine était terrifiée à l’idée de retrouver sa famille, cinq mois plus tôt, pour le confinement, a témoigné jeudi une surveillante de son internat, devant les Assises de l’Hérault.Au quatrième jour du procès de la mère d’Amandine, Sandrine Pissarra, 54 ans, et de son beau-père, Jean-Michel Cros, 49 ans, dont le verdict est attendu vendredi, une surveillante de l’internat du dernier collège fréquenté par l’adolescente, à Sigean (Aude), a raconté cette soirée du lundi 16 mars 2020, lorsque le président Emmanuel Macron annonce le confinement du pays dès le lendemain, face au Covid.”Le soir où le président a annoncé que le collège allait fermer, les garçons ont sauté de joie, c’était les vacances. Amandine, elle, s’est effondrée au sol. Elle m’a dit: +Lola, je vais mourir. Combien de temps ça va durer ? Je ne vais pas tenir+”. Elle le répétait en boucle, elle pleurait, elle n’arrivait plus à respirer”, rapporte, visiblement très émue, la jeune femme de 28 ans.Le lendemain, Amandine rentre donc chez elle. Mais elle ne reprend pas les cours en mai, à la levée d’un isolement contraint de deux mois. La plupart du temps enfermée dans un débarras, privée de nourriture, rouée de coups par sa mère, la collégienne mourra moins de trois mois plus tard.Le 6 août 2020, jour de son décès d’un arrêt cardiaque et d’une septicémie, au domicile familial de Montblanc (Hérault), près de Béziers, la collégienne ne pèse plus que 28 kg pour 1,55 m.Jugée pour “actes de torture ou de barbarie”, notamment de l’avoir affamée volontairement, des faits qu’elle a reconnus pour la première fois mardi en fin de journée, sa mère encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son compagnon de l’époque risque lui jusqu’à 30 ans de réclusion pour avoir “privé de soins ou d’aliments” sa belle-fille et n’avoir rien fait pour la sauver.- “Banalité du mal” -“Avant le confinement, si on mangeait des frites, elle (Amandine, ndlr) avait des haricots verts ou du céleri”, explique Jean-Michel Cros, appelé à nouveau à la barre jeudi. Puis les privations et punitions s’aggravent, sans que cet homme, unanimement décrit comme bienveillant par son entourage, mais soumis à sa compagne, n’ose y mettre fin.”Oui, c’est devenu banal. A la longue, ça s’est mis en place, on s’y habitue”, tente-t-il d’expliquer au président de la cour d’assises, Éric Emmanuelidis, qui évoque le concept de “banalité du mal” développé par la philosophe Hannah Arendt à propos du régime nazi et de l’Holocauste.Comme en écho aux images des camps de concentration, le magistrat fait alors projeter des captures d’écran de celles prises par les caméras de surveillance installées dans le débarras où était confinée Amandine.Sur la première, l’adolescente apparaît nue, déjà très amaigrie, à genoux sur un rouleau de lino, les mains dans le dos. Sur la seconde, prise de face, elle est toujours nue et encore plus maigre. Telle une marionnette désarticulée, elle s’appuie sur un meuble, les jambes croisées dans une position peu naturelle.Jean-Michel Cros assure qu’il n’avait jamais vu ces images: “Comment on peut faire ça à un enfant, c’est dégueulasse, inhumain”, lâche-t-il, répétant qu’il ne s’est rendu compte de rien, qu’il ne comprend pas pourquoi cela ne lui a pas sauté aux yeux, que ça aurait dû, qu’il était sous la coupe de sa compagne, qu’il s’était remis à boire, qu’il “donnerait sa vie” pour qu’Amandine revienne.Après un nouvel interrogatoire de Sandrine Pissarra par la cour, prévu jeudi après-midi, ce sera au tour des parties civiles de plaider, avant le réquisitoire du parquet et les plaidoiries de la défense, qui pourraient donc avoir lieu vendredi.La cour se retirera ensuite pour délibérer.

Macron et Albert II rendent hommage à Didier Guillaume

Le président Emmanuel Macron et le prince Albert II de Monaco ont rendu hommage jeudi à Didier Guillaume, fils d’éleveurs drômois à la longue carrière politique en France, devenu chef du gouvernement monégasque et décédé à 65 ans d’une “maladie fulgurante”.”Merci Didier”, ont chacun conclu les deux chefs d’État, qui ont pris la parole au début des obsèques célébrées dans la cathédrale de Monaco, en présence de centaines d’invités. Dans le chœur, les drapeaux français et monégasques entouraient un portrait souriant de l’homme politique.À l’extérieur, les drapeaux de Monaco étaient en berne depuis samedi et une journée de deuil national avait été décrétée ce jeudi en hommage à ce spécialiste des questions agricoles et passionné de rugby qui avait su conquérir le Rocher en à peine plus de quatre mois de mandat.En France, il a été maire de Bourg-de-Péage (Drome) de 1995 à 2004, président du Conseil général de la Drôme (2004-2015) puis sénateur (2008-2018), fidèle de François Hollande puis de Manuel Valls avant de devenir ministre de l’Agriculture sous Emmanuel Macron (2018-2020).”Quel que fût le siège, quel que fût l’échelon, quel que fût l’écharpe, c’était une même passion du service de ses concitoyens, un même parler franc, un même art de comprendre les réalités du terrain, de ceux qui y travaillent, de savoir les rejoindre”, a salué M. Macron.À Monaco, il avait été chargé de diriger le gouvernement, nommé par le prince pour mener sa politique et assurer l’administration de ce territoire de 2 km2 au bord de Méditerranée. Sous le titre de “ministre d’État”, ce poste revient traditionnellement à une personnalité détachée par la France.Arrivé en septembre, il s’est montré très vite plus politique que les anciens préfets qui l’avaient précédé, s’attelant aux dossiers les plus divers, du plan de sortie de la liste grise sur le blanchiment d’argent au sort d’un centre commercial en passant par le traitement des déchets. “Nous ressentons déjà l’intensité de la marque laissée par Didier Guillaume dans la vie institutionnelle et politique de notre pays. Répondant pleinement à mes attentes, il a su tracer un nouveau chemin”, a salué Albert II, rappelant qu’il connaissait son ministre depuis plusieurs décennies.Mais le palais avait annoncé le 10 janvier que M. Guillaume devait être hospitalisé et que l’intérim était confié à Isabelle Berro-Amadeï, ministre des Relations extérieures de la principauté.

Narcotrafiquants: une première prison de haute sécurité sera effective fin juillet

Une première prison de haute sécurité sera “réalité” fin juillet, et deux autres d’ici deux ans, pour détenir “plus de 600” narcotrafiquants “particulièrement dangereux”, a annoncé jeudi Gérald Darmanin, parmi d’autres mesures destinées à améliorer la sécurité et la dignité des établissements pénitentiaires.Le premier lieu où seront transférés, à partir du mois de mars, les “100 plus gros narco-bandits” du pays, quel que soit leur statut de détention, n’a pas été précisé par le ministre de la Justice, qui devrait annoncer son choix “dans le mois qui vient”.”Je suis encore en train de visiter des établissements, il y en a trois-quatre en France qui sont capables d’accueillir” ces détenus, quel que soit leur statut, “avec évidemment beaucoup de travaux et un changement très profond du fonctionnement de la prison”, a-t-il déclaré à la presse après un discours devant les étudiants de la 219e promotion de l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire (Enap) à Agen.”Quatre millions d’euros” ont été débloqués pour la mise en place de cet établissement rénové, dont les pensionnaires seront “mis à l’isolement total” dans un lieu “inviolable”, où il sera “absolument impossible de se faire livrer téléphone ou drogue”, a promis le garde des Sceaux en rappelant que 52.000 portables ont été saisis l’an dernier en prison.Actuellement, 17.000 personnes sont détenues pour des faits liés au trafic de stupéfiants et à la criminalité organisée, selon lui, dont “au moins un millier” considérés comme “particulièrement dangereux”.”Une très grande partie (…) ont une surface financière importante, des complicités haut placées et désormais une violence totalement désinhibée, comme l’a démontré le drame d’Incarville le 14 mai dernier”, a souligné M. Darmanin.  Deux agents pénitentiaires avaient été tués et trois autres blessés lors de l’attaque ultraviolente de leur fourgon au péage d’Incarville (Eure) pour libérer Mohamed Amra. Ce narcotrafiquant, soupçonné d’avoir commandité des meurtres alors qu’il était en détention, est toujours recherché, ainsi que ses complices.La veuve d’une des victimes décédées s’est exprimée jeudi lors de la cérémonie de fin de formation des élèves de l’Enap, dont la promotion porte le nom des défunts.- “Changement radical” -Pour le ministre, “il y a encore beaucoup d’efforts à faire” pour qu’une nouvelle affaire Amra ne se reproduise pas, la dangerosité croissante de certains exigeant “un changement profond et radical du fonctionnement de l’administration pénitentiaire”, à commencer par la différenciation des établissements.Estimant que l’état général des prisons n’est “pas digne d’un pays comme la France”, avec “4.000 matelas par terre” et des détenus mélangés “selon, non pas leur dangerosité, mais leur arrivée devant la justice”, M. Darmanin a également annoncé le doublement, d’ici 2027, des places de semi-liberté pour éviter à leurs bénéficiaires les cellules surpeuplées.”C’est-à-dire 3.000 places que nous construirons dès la fin de cette année, en rénovant complétement les constructions et les cahiers des charges des lieux pénitentiaires”, a-t-il précisé, appelant à écouter davantage les élus locaux “prêts à accueillir des lieux privatifs de liberté mais pas toujours des prisons pour personnes extrêmement dangereuses”.Parmi les autres mesures annoncées, une mission sera lancée pour que l’administration pénitentiaire puisse organiser, en lien avec les préfectures, l’expulsion des personnes étrangères définitivement condamnées.”Il n’y a pas de raison que les personnes de nationalités non françaises restent dans nos lieux de détention”, a déclaré M. Darmanin en rappelant que, “selon les normes” de l’UE, les détenus européens devraient déjà purger leurs peines dans leur pays d’origine.L’ancien ministre de l’Intérieur a également annoncé la création, en 2026, d’une “police pénitentiaire” qui sera “la troisième force de sécurité intérieure” du pays, en plus de la police et de la gendarmerie. Une réflexion sera parallèlement engagée pour “recréer” une inspection générale de l’Administration pénitentiaire.Enfin, le nombre d’élèves formés à l’Enap va augmenter, selon l’école, avec désormais deux promotions de 800 chaque année et une formation qui passera de six à huit mois.  

Divorce pour manquement au “devoir conjugal”: la France condamnée par la CEDH

Une femme qui refuse des rapports sexuels à son mari ne doit pas être considérée par la justice comme “fautive” en cas de divorce, a tranché jeudi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui a condamné la France.La Cour a donné raison à une Française de 69 ans dont le mari avait obtenu le divorce aux torts exclusifs de son épouse, au motif qu’elle avait cessé d’avoir des relations sexuelles avec lui depuis plusieurs années.”J’espère que cette décision marquera un tournant dans la lutte pour les droits des femmes en France”, a réagi la requérante dans un communiqué transmis par l’une de ses deux avocates, Lilia Mhissen.”Cette décision marque l’abolition du devoir conjugal et de la vision archaïque et canonique (conforme aux règles de l’Eglise catholique, ndlr) de la famille”, a salué de son côté Me Mhissen.La Cour a condamné la France pour violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, relatif au droit au respect de la vie privée et familiale.- “Communauté de lit” -Dans son arrêt rendu à l’unanimité des sept juges, la CEDH rappelle que “tout acte sexuel non consenti est constitutif d’une forme de violence sexuelle”. Le “devoir conjugal” est “contraire à la liberté sexuelle et au droit de disposer de son corps”.”La Cour ne saurait admettre, comme le suggère le gouvernement, que le consentement au mariage emporte un consentement aux relations sexuelles futures. Une telle justification serait de nature à ôter au viol conjugal son caractère répréhensible”, insiste la CEDH.Pour Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol (CFCV) qui a soutenu la requérante, “il faut que la France acte que la Cour européenne des droits de l’homme considère que le mariage n’implique pas une obligation de relations sexuelles entre époux et donc que les articles 215 et 212 du Code civil soient modifiés”.L’article 215 du Code civil stipule que “les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie” et l’article 212 que “les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance”.Pour Delphine Zoughebi, avocate de la requérante, “la décision de ce jour va s’imposer aux juges français qui ne pourront plus considérer qu’une communauté de vie implique une communauté de lit”.”Évidemment que nous irons dans le sens de l’histoire et que nous adapterons notre droit”, a déclaré le ministre de la Justice Gérald Darmanin, interrogé par la presse en marge d’un déplacement à Agen. Il a ajouté qu’il en “parlerai(t) très rapidement au Parlement”.- “Vision archaïque de la famille” -L’affaire avait débuté lorsque cette habitante du Chesnay (Yvelines) avait demandé le divorce, en 2012.En 2018, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Versailles avait estimé que le divorce ne pouvait pas être prononcé pour faute et que les problèmes de santé de l’épouse étaient de nature à justifier l’absence durable de sexualité au sein du couple.Mais en 2019, la Cour d’appel de Versailles avait prononcé le divorce aux torts exclusifs de l’épouse, considérant que son refus de relations intimes avec son mari constituait “une violation grave et renouvelée des devoirs et obligations du mariage rendant intolérable le maintien de la vie commune”.La requérante, qui souhaite conserver l’anonymat, avait formé un pourvoi en cassation, qui avait été rejeté. La sexagénaire, mère de quatre enfants, avait ensuite saisi la CEDH en 2021, soutenue par le CFCV et la Fondation des femmes. “Il m’était impossible de l’accepter et d’en rester là”, a-t-elle expliqué jeudi dans un communiqué.”La décision de la Cour d’appel me condamnant était et est indigne d’une société civilisée car elle m’a refusé le droit de ne pas consentir à des relations sexuelles, me privant de ma liberté de décider de mon corps. Elle a conforté mon époux et tous les époux dans +un droit à imposer leur volonté+.””En décembre Gisèle Pelicot se battait pour que les viols commis et organisés par son mari soient reconnus, et aujourd’hui, la décision de la Cour européenne des droits de l’homme vient aboutir à la même conclusion, celle qu’un mari ne peut imposer d’actes sexuels à une femme, que le mariage n’est pas et ne doit jamais être une servitude sexuelle”, a réagi Gabrielle Bravo, de la Fondation des femmes, saluant une décision “historique” de la CEDH.Pour Me Zoughebi, “cette décision est d’autant plus fondamentale que près d’un viol sur deux est commis par le conjoint ou le concubin”.