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Enfant tondu dans un foyer à Paris: deux inspectrices sur place

Deux inspectrices ont entamé mercredi un contrôle dans les locaux du foyer parisien Jenner, au lendemain de la révélation de faits de maltraitance sur un enfant placé, filmé en train d’être rasé par des éducateurs contre son gré, a-t-on appris auprès de la Ville de Paris.”Une inspection administrative est en cours, elle va durer deux jours”, a indiqué à l’AFP la Ville de Paris, confirmant une information de franceinfo.Selon la radio, les deux inspectrices sont “habilitées auprès de l’Aide sociale à l’enfance (ASE)” et doivent établir si d’autres violences ont pu être commises par des éducateurs de cet établissement du XIIIe arrondissement, qui héberge une soixantaine d’enfants. Les conclusions “sont attendues par la maman (…) pour connaître et apprécier pleinement les dysfonctionnements qui pourront être constatés”, a indiqué mercredi dans un communiqué l’avocat de la famille, Axel Delaunay-Belleville, précisant que la mère de l’enfant tondu déposera plainte “dans les prochains jours”.Les faits, révélés par franceinfo, impliquent des éducateurs ayant pris la décision de raser le crâne d’un enfant de huit ans placé sous leur responsabilité, tout en le filmant à des “fins évidentes d’humiliations”, selon la Ville.Sur des images filmées en février, l’enfant apparaît torse nu, assis sur une chaise les bras croisés, tandis qu’une personne lui rase la tête à l’aide d’une tondeuse, prétextant une sanction. La vidéo a ensuite été partagée sur un groupe WhatsApp d’éducateurs. Mardi, le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête pour “violences volontaires sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité”.Selon la Ville de Paris, ces faits “gravissimes” se sont déroulés en février 2025 au foyer éducatif Jenner, géré par l’association Jean-Coxtet et qui accueille des mineurs et jeunes majeurs placés par l’ASE.Face à ces “manquements inacceptables”, la Ville a souligné qu’aucune des justifications avancées – qu’il s’agisse de la présence de poux, d’un prétendu accord de l’enfant ou d’une autorisation de sa mère – ne pouvait “légitimer la violence infligée”.La maire de Paris Anne Hidalgo doit par ailleurs s’exprimer sur le sujet dans l’après-midi à l’occasion de l’inauguration d’un foyer de l’ASE dans le XIIe arrondissement.La collectivité, qui a saisi l’autorité judiciaire et prévoit de se constituer partie civile dans cette affaire, précise que les premiers éléments de réponse de l’association ont déjà conduit au “renouvellement de l’équipe” encadrante.La Défenseure des droits Claire Hédon a annoncé mercredi “s’autosaisir”, dénonçant une situation “épouvantable”, tandis que la ministre de la Santé Stéphanie Rist a saisi la procureure de Paris, dénonçant une “atteinte grave à la dignité” de l’enfant.

Au procès Péchier, un avocat plaide “la revanche des ploucs”

“C’est la revanche des ploucs, Monsieur Péchier”: l’avocat de la plus jeune victime imputée à l’anesthésiste de Besançon, un enfant de quatre ans, a dénoncé mercredi le mépris supposé de l’accusé pour les parties civiles.En février 2016, Tedy Hoerter-Tarby, issu de la communauté des gens du voyage, avait fait un arrêt cardiaque à la clinique Saint-Vincent de Besançon, où il devait subir une opération des amygdales. L’enfant a survécu, mais avec des séquelles.”Seize kilos, 103 cm, 4 ans et deux mois”. Ce “petit trésor” selon son avocat et celui de ses parents, Archibald Celeyron, est la plus jeune des 30 victimes d’empoisonnements, dont 12 mortels, imputés à l’anesthésiste Frédéric Péchier. Le médecin de 53 ans, qui comparaît depuis trois mois devant les assises du Doubs, est soupçonné d’avoir pollué des poches de produits utilisés lors d’anesthésies afin de nuire à des confrères.”Rarissime, impossible en réalité”, l’arrêt cardiaque de l’enfant, “porte la signature de Frédéric Péchier”, a asséné Me Celeyron au troisième et dernier jour des plaidoiries des avocats des victimes et de leurs familles.Depuis, Tedy a grandi, il a 14 ans. Mais sa vie “a été confisquée par Frédéric Péchier”, a accusé l’avocat, énumérant ses lenteurs d’apprentissage ou encore ses difficultés en sport.Il a par ailleurs insisté sur le décalage de condition sociale entre les familles des patients et celle des médecins, qui s’est révélé au grand jour au cours des débats.Il a cité des écoutes de la famille Péchier, où la star des anesthésistes, alors déjà mis en examen pour plusieurs empoisonnements, disait avec mépris au sujet de la famille d’un patient: “C’est une famille de Haut-Saônois, un peu ploucs, tu vois, à qui on raconte que ça peut arriver, et ça passe”.”Eh bien! vous êtes mal tombé M. Péchier”, a asséné Me Celeyron. Les proches de Tedy “ne sont pas des beubeus à qui on peut faire croire n’importe quoi. Aujourd’hui, c’est la revanche des ploucs et des beubeus, des connards, des débiles”, a-t-il insisté, reprenant les termes injurieux qui fleurissent dans les écoutes téléphoniques de la famille Péchier.Le conseil a exposé devant la cour comment le père de l’enfant, Hervé Tarby, qui n’a pas manqué “un seul jour” du procès, est désormais salué au palais de justice par les magistrats et les médecins. “L’ironie de l’histoire, c’est de voir Hervé respecté par cette communauté de notables grâce à ses valeurs. Ces mêmes notables qui vous ont renié, M. Péchier”, a lancé Me Celeyron.Frédéric Péchier, qui comparaît libre, clame son innocence. Il encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu d’ici au 19 décembre.

Neutralité: “débat légitime” et “exigence absolue” pour France Télé, selon sa présidente

Le débat sur la neutralité de l’audiovisuel public est “légitime” et ce principe constitue une “exigence absolue” pour France Télévisions, a affirmé mercredi sa patronne Delphine Ernotte Cunci, en ouverture de son audition par la commission d’enquête parlementaire sur le sujet.”Les polémiques de ces dernières semaines ont pu alimenter un débat qui est légitime”, a reconnu la présidente du groupe public.”France Télévisions est un média financé par tous. Il doit donc s’adresser à tous, quels que soient son lieu de vie, ses opinions ou son niveau de revenus. Il s’agit, pour nous, d’une exigence absolue à laquelle nous veillons tout particulièrement”, a-t-elle martelé.La commission d’enquête sur la “neutralité” et “le financement de l’audiovisuel public” a été créée par les députés du groupe UDR d’Eric Ciotti dans la foulée de l’affaire Legrand-Cohen. Ces deux journalistes du service public ont été accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant dans un restaurant avec deux de ses responsables.Plus généralement, France Télévisions et Radio France, dont les responsables seront auditionnés la semaine prochaine, sont accusés par une partie de la droite et le Rassemblement national de partialité en faveur de la gauche.Mais Mme Ernotte Cunci a assuré que France Télévisions se montre “exemplaire en matière de transparence de son offre d’information et d’équilibre des points de vue”. Divers travaux internes ont été lancés pour encore renforcer ces principes. Sur l’autre volet des travaux de la commission d’enquête, celui concernant le financement, la présidente de France Télé a vanté les “efforts massifs” réalisés par l’entreprise depuis son arrivée à sa tête en 2015, qui cependant aboutit à “une inadéquation croissante entre nos missions et nos moyens”.”La télévision publique remplit des missions essentielles qu’aucun autre” groupe audiovisuel ou réseau social ne pourra “jamais remplir”, a-t-elle plaidé.

“Nazi sans prépuce”: Guillaume Meurice face à Radio France pour contester son licenciement

L’humoriste Guillaume Meurice conteste mercredi devant les prud’hommes de Paris son licenciement en 2024 par Radio France, qui lui a imputé une “faute grave” pour avoir qualifié à deux reprises le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de “nazi sans prépuce”.Le limogeage en juin 2024 de cette figure de France Inter avait provoqué des turbulences au sein de la première radio de France et ravivé le débat brûlant sur la liberté d’expression et ses limites.”J’ai été viré pour une blague qui a été validée par la justice française. Est-ce que l’État de droit est cohérent? C’est ce qu’on va vérifier aujourd’hui”, a-t-il déclaré à la presse à son arrivée au Conseil de prud’hommes.Début novembre 2023, cet humoriste marqué à gauche avait d’abord reçu un avertissement de son employeur pour avoir, dans un sketch, suggéré pour Halloween un “déguisement” de Benjamin Netanyahu, “sorte de nazi mais sans prépuce”.Ces propos, tenus quelques semaines après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza, lui avaient valu des accusations d’antisémitisme et conduit l’Arcom, l’autorité de régulation des médias, à adresser une mise en garde à Radio France. L’humoriste, qui intervenait alors dans l’émission de Charline Vanhoenacker “Le Grand dimanche soir”, avait par ailleurs été entendu par la police dans le cadre d’une enquête pour provocation à la haine, qui a été classée sans suite faute d’infraction suffisamment “caractérisée”.S’estimant blanchi par la justice, Guillaume Meurice avait réitéré ses propos polémiques à l’antenne en avril 2024, déclenchant une nouvelle tempête qui a conduit à sa suspension et à son éviction. Mi-juin, la direction de Radio France l’avait limogé pour “faute grave”, malgré l’opposition des syndicats de Radio France et de la rédaction de France Inter qui disaient redouter un “précédent grave” pour la liberté d’expression.- Accusations de “déloyauté” -“Cette décision, je l’ai prise pour déloyauté répétée à l’égard de l’entreprise”, avait justifié la présidente de Radio France, Sibyle Veil, dans un mail envoyé au personnel. “En réitérant finalement ses propos à l’antenne en avril, Guillaume Meurice a ignoré l’avertissement qu’il avait reçu (et) la mise en garde de l’Arcom”, avait-elle détaillé. L’humoriste de 44 ans avait estimé que son licenciement scellait une “victoire idéologique” de l’extrême droite et raillé la “soif d’obéir” des dirigeants de la radio publique. “On en rirait volontiers si l’histoire s’arrêtait à mon cas personnel. Mais le projet est global”, avait-il écrit sur X.Plusieurs chroniqueurs de France Inter avaient alors annoncé quitter la station en solidarité avec Guillaume Meurice et l’ont rejoint sur Radio Nova, où il présente depuis septembre 2024 une émission humoristique tous les dimanches. L’émission de Charline Vanhoenacker a, elle, été supprimée de l’antenne d’Inter.Interrogé la veille de l’audience, l’avocat de Guillaume Meurice a estimé que le licenciement de M. Meurice relevait d'”une atteinte à la liberté d’expression” et devait être annulé.Me Hugues Dauchez, qui chiffre les demandes d’indemnisation de son client à “plusieurs dizaines de milliers d’euros”, réclame aussi la requalification en CDI du lien contractuel qui unissait Guillaume Meurice et Radio France, depuis ses débuts sur Inter en août 2012. Selon le conseil, l’humoriste a au total signé avec la radio publique 250 contrats à durée déterminée d’usage (CDDU), une pratique courante dans l’audiovisuel qui, d’après l’avocat, “semble contraire à la loi”.À son arrivée aux prud’hommes, l’avocat de Radio France, Me Eric Manca, a dit attendre du tribunal qu’il “valide” le licenciement, estimant qu’il “correspond aux faits et au droit applicable”.

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Dans l’Ariège, le “choc” de l’arrivée de la dermatose et la mobilisation

Ils étaient déjà une cinquantaine à l’aube, rassemblés autour de quelques feux de camp, et n’ont cessé d’affluer: des agriculteurs sont venus en force soutenir, mercredi dans l’Ariège, deux éleveurs dont les vaches doivent être euthanasiées après la découverte d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse.Près de 200 agriculteurs ont pris position, barricadés derrière leurs quarante tracteurs et plusieurs troncs d’arbre tronçonnés, aux deux extrémités de la seule route qui mène à cette exploitation juchée sur une petite colline en aplomb des Bordes-sur-Arize, village de 500 âmes en face des Pyrénées ariégeoises.En l’état, impossible pour les services vétérinaires, dont l’intervention pourrait intervenir dès mercredi, d’accéder aux 208 vaches blondes d’Aquitaine qui, loin d’imaginer que le fil de leur destin est en train de se nouer, gardent les naseaux plongés dans leur mangeoires, sous de grands hangars de tôle.Pour les deux éleveurs, des frères de 55 et 58 ans qui ne se montreront pas, c’est “presque 40 ans de travail” qui pourraient partir en fumée, a raconté la fille de l’un d’entre eux, Marina Vergé, 33 ans, venue avec sa sœur leur apporter aide et réconfort.- “inimaginable” -“Ils sont sous le choc, c’est inimaginable. Ils ne s’y attendaient pas”, a-t-elle confié devant la maison de pierre. “On n’imagine pas se retrouver sans bétail du jour au lendemain.”Elle a tenu à remercier ceux venus les soutenir alors que la plupart ne les connaissent même pas, comme Clément Bonadei, 31 ans, éleveur bio de vaches gasconnes des Pyrénées à Gaillac-Toulza, une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau, sans affiliation syndicale.Pour lui, l’abattage, “c’est toute une vie qui s’en va” et “les aides financières ne font pas tout. On n’élève pas des bêtes pour l’argent, on les aime et on travaille avec elles tous les jours”.Informé mardi soir de la situation, il n’a “pas dormi tranquille”. “Aujourd’hui, c’est là. Demain, peut-être que ça sera chez moi. On leur donne à manger. Le soir, peut-être qu’elles seront mortes.””L’abattage total comme ça, c’est inadmissible”, lance-t-il, à l’unisson des éleveurs et agriculteurs venus témoigner de leur solidarité face au majestueux mont Valier, recouvert de neige.- “Aberration” -“C’est une aberration complète, une absurdité”, renchérit Sébastien Durand, président de la section ariégeoise de la Coordination rurale (CR). Les adhérents de ce syndicat agricole sont venus en nombre mercredi, et leurs bonnets jaunes coiffent la majeure partie des têtes mal réveillées après avoir passé tout ou partie de la nuit au chevet des 208 blondes d’Aquitaine. Des membres de la Confédération paysanne sont également présents.Alors que des fumigènes jaune et noir – les couleurs de la CR – sont craqués, la foule bruisse de rumeurs. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard ferait-elle le déplacement? Démenti du ministère. Les CRS seraient-ils arrivés pour les déloger? Dénégation d’un agent des renseignements territoriaux, qui ne s’en trouve pas moins houspillé par un éleveur vite repris par ses pairs.La vache d’où tout est parti est morte le matin même, annonce en milieu de matinée un des protestataires s’étant entretenu avec les éleveurs.Il s’agissait du premier cas confirmé de DNC dans ce département depuis la détection de la maladie en Savoie en juin, a précisé la préfecture dans un communiqué. Des foyers avaient été recensés en octobre dans le département voisin des Pyrénées-Orientales. La réponse du gouvernement à cette épizootie, “en application de la réglementation européenne” comme prend soin de le rappeler la préfecture, consiste à abattre l’ensemble du troupeau puis d’instaurer une “zone réglementée” d’un rayon de 50 km autour du foyer où les déplacements de bovins sont interdits ou restreints.Face à la colère des éleveurs, qui jugent cette stratégie cruelle et inefficace, le gouvernement a lancé mardi “des réflexions” sur la vaccination préventive du cheptel français.Mercredi, dans la foule, quelqu’un demande: “Et Annie, elle dit quoi?” “Rien”, lui répond un autre.

Budget de l’Etat: le gouvernement anticipe une prolongation des débats en 2026

Fort du vote positif mardi sur le budget de la Sécurité sociale, le gouvernement s’attelle mercredi, par un débat sur la défense, à l’examen encore plus difficile du budget de l’Etat qui pourrait se prolonger en janvier, faute de majorité au Parlement.La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a reconnu mercredi que les discussions parlementaires se poursuivraient “probablement en janvier” si “un accord est impossible” entre députés et sénateurs en commission mixte paritaire (CMP) autour du 19 décembre.Certes, l’objectif de doter la France d’un budget de l’Etat “d’ici au 31 décembre” demeure, selon le gouvernement, mais “la balle est dans le camp du Parlement”, et particulièrement “de la droite sénatoriale”. Les sénateurs à majorité de droite “ont une part des clés” pour aboutir à un compromis en CMP notamment avec la gauche afin que l’accord puisse être validé ensuite par les deux chambres, a-t-elle insisté à l’issue du Conseil des ministres. Or la droite sénatoriale semble peu disposée à bouger vers le Parti socialiste qui a obtenu très peu de concessions gouvernementales dans ce texte, contrairement à celui de la Sécu où figure la suspension de la réforme des retraites.Un compromis entre seulement le centre et la droite “serait une provocation pour le PS et ça ne passerait pas à l’Assemblée”, a expliqué une source gouvernementale.”L’évidence, c’est que nous n’y arriverons pas dans les délais qui nous sont fixés”, avait déjà anticipé mardi soir le patron du PS Olivier Faure.En cas d’échec de la CMP, le Parlement devra, comme l’année dernière, adopter d’ici fin décembre une “loi spéciale” pour autoriser le gouvernement à percevoir les impôts existants et reconduire les dépenses votées en 2025. – “La méthode est la bonne” -En dépit des demandes de tous bords politiques, de Bruno Retailleau à François Hollande, Sébastien Lecornu persiste dans sa stratégie et semble exclure le recours au 49.3 pour faire adopter le texte sans vote d’ici la fin de l’année.Malgré un vote très serré — à 13 voix — mardi, “la méthode est la bonne”, a jugé sur franceinfo le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous.Mais cette volonté de laisser la main au Parlement risque d’avoir comme prix la prolongation des débats, car les positions sont beaucoup plus éloignées que sur le budget de la Sécu qui devrait être adopté définitivement la semaine prochaine si les députés confirment leur vote de mardi.Sur le budget de l’Etat, l’Assemblée avait en effet rejeté à la quasi-unanimité le volet recettes en première lecture, envoyant ainsi la copie initiale du gouvernement au Sénat. Celui-ci, dominé par la droite, l’a ensuite complètement réécrit et devrait le voter lundi. Les discussions seront d’autant plus difficiles que le gouvernement vise un déficit public à “moins de 5%” du PIB en 2026. Cela implique “de trouver 4,5 milliards” d’euros supplémentaires et de faire “des efforts”, selon le ministre de l’Economie Roland Lescure. – Défense au menu -Pour commencer à rapprocher les positions, le Premier ministre organise une série de débats parlementaires thématiques — sécurité, narcotrafic, agriculture, énergie, déficit –, à commencer par la défense mercredi.L’idée de ces débats, suivis d’un vote, est de permettre aux députés de se positionner sur des dépenses qui n’avaient pu être examinées après le rejet du volet “recettes” par l’Assemblée.Le gouvernement espère ainsi “cranter des votes sur le budget”, selon un cadre du bloc central, et donner un élan positif à l’examen du texte dans son ensemble.Les formations politiques diront mercredi à “si oui ou non elles souhaitent s’engager vers un renforcement de nos armées”, avec 6,7 milliards d’euros supplémentaires prévus pour l’an prochain, a expliqué le chef du gouvernement en pointant “des enjeux considérables”.Lors d’un débat sans vote sur l’Ukraine en mars dernier, les groupes politiques s’étaient montrés unis dans leur soutien à Kiev, mais avaient exposé des divergences stratégiques sur la défense française et européenne, ou l’intégration de l’Ukraine dans l’UE et l’Otan.

“Sales connes”: les propos de Brigitte Macron ne passent pas

“Moi aussi je suis une sale conne”: la polémique née des proposs insultants de Brigitte Macron envers des militantes féministes ne retombe pas, avec le soutien apporté par de nombreuses actrices aux victimes de violences sexuelles, sur les réseaux. À gauche comme dans les rangs féministes, l’indignation reste forte près de 48 heures après la diffusion d’une vidéo où la Première dame qualifie de “sales connes” des militantes de #Noustoutes ayant interrompu un spectacle de l’humoriste Ary Abittan – échange capté dans les coulisses des Folies Bergère dimanche soir. Sur les réseaux sociaux, la polémique a également été inflammable depuis lundi. De nombreuses actrices ont utilisé le hashtag #jesuisunesaleconne en signe de solidarité avec les associations féministes et les victimes de violences sexuelles.”Moi aussi je suis une sale conne. Et je soutiens tous.tes les autres”, a écrit Judith Godrèche. “Je suis une sale conne et fière de l’être”, a abondé Marion Cotillard. “On comprend mieux le manque de budget pour les associations”, a ironisé Alexandra Lamy.”Sale conne et fière de l’être. Soutien à toutes les victimes et toutes les militantes grâce auxquelles ce monde est à peine plus supportable qu’ailleurs”, a commenté, toujours sur Instagram, Camélia Jordana.Un soutien – et une expression commune, “sale conne” – également affiché par les chanteuses Clara Luciani et Angèle, l’écrivaine Camille Kouchner ou encore la réalisatrice Andrea Bescond. – Laisser “Brigitte Macron tranquille” – L’action du collectif #Noustoutes samedi soir aux Folies Bergères à Paris visait Ary Abittan qui a été accusé de viol fin 2021 par une jeune femme qu’il fréquentait depuis quelques semaines.Après trois ans d’enquête, l’instruction a abouti à un non-lieu confirmé en appel en janvier. Mais son retour sur scène est depuis contesté par des féministes protestant régulièrement aux abords des salles où il se produit. “Ce qui est gravissime”, c’est que ces femmes aient tenté d’interrompre la représentation “de quelqu’un qui avait bénéficié d’un non-lieu”, a réagi mercredi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur France 2. Brigitte Macron a parlé “avec spontanéité”, dans “un cadre privé et sur un sujet, encore une fois, sur lequel on ne peut lui faire aucun reproche”, a-t-elle ajouté. “Qu’on laisse Brigitte Macron tranquille”, a-t-elle demandé, alors que la presse internationale a également relayé les propos de la Première dame, du Guardian au New-York Times en passant par El PaisLa présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet s’est montrée plus nuancée, jugeant à la fois “dangereux” de remettre en cause la présomption d’innocence de l’humoriste et “crucial” le combat des féministes.Elle a également jugé “assez indigne” le vocabulaire employé par Brigitte Macron. “On ne traite pas les gens de noms d’oiseaux, surtout quand c’est des activistes qui ont une juste cause à porter”, a-t-elle dit.- “Excuses publiques” -Face à la polémique, née d’une vidéo diffusée à la presse people à la suite d’une bourde de l’agence Bestimage, dont la patronne est proche de la Première dame, l’entourage de Brigitte Macron a assuré qu’il ne fallait “voir dans cet échange qu’une critique de la méthode radicale employée par ceux qui ont perturbé, masqués, le spectacle d’Ary Abittan”.Mais pour “Grève féministe”, ces propos “ne sont pas anodins, ils légitiment la haine envers les féministes, déjà cibles de cyberharcèlement, de menaces de mort et d’agressions et minimisent la gravité des violences sexuelles, en réduisant la dénonciation des crimes à un simple +trouble à l’ordre public+”.Dans un communiqué, ce collectif d’une soixantaine d’associations, syndicats et fédérations, demande à Brigitte Macron des “excuses publiques” et une “condamnation claire” des violences sexistes et sexuelles. En décembre 2023, Emmanuel Macron avait suscité l’indignation des associations féministes en apportant son soutien à Gérard Depardieu, alors mis en examen pour viols et visé par trois plaintes pour agression sexuelle ou viol qu’il réfute. Il a depuis été condamné pour des agressions sexuelles. Les associations féministes avaient qualifié les déclarations du président de “crachat” au visage des victimes.

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Le Japon, havre contesté du commerce de l’ivoire

Baguettes, statues bouddhistes ou poupées: Hajime Sasaki affirme que les objets en ivoire de sa boutique d’antiquités à Tokyo attirent un flux constant de touristes venus de Chine, où le commerce de ce matériau est interdit.Le Japon est l’un des plus grands marchés légaux d’ivoire au monde et dispose de stocks de défenses importées avant l’interdiction du commerce international, il y a plus de 30 ans.Mais les défenseurs de l’environnement estiment que l’approvisionnement japonais alimente les marchés noirs à l’étranger, stimule la demande et sape les interdictions dans des pays comme la Chine, censées lutter contre le braconnage des éléphants.Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), au moins 20.000 éléphants d’Afrique, espèce en danger critique, sont tués illégalement chaque année pour leurs défenses.M. Sasaki explique que sa boutique discrète, dans le quartier huppé de Ginza, “accueille beaucoup de clients chinois”.”Mais les touristes renoncent à acheter de l’ivoire quand j’explique qu’ils ne peuvent pas l’emporter hors du Japon”, ajoute-t-il.- Commerce illégal -Les données sur les saisies d’ivoire brossent cependant un tableau bien différent.Depuis 2008, 321 saisies liées au Japon ont été recensées, représentant plus de 3.600 kg d’ivoire, selon des chiffres cités lors de récentes discussions sur la faune à Samarcande (Ouzbékistan).Lors de la réunion de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui s’est achevée vendredi, quatre pays africains ont plaidé pour la fermeture des derniers marchés – sans succès.Burkina Faso, Ethiopie, Niger et Sénégal ont dénoncé “la faiblesse de l’application de la loi au Japon”, qui faciliterait le commerce illégal d’ivoire issu des stocks japonais et permettrait à d’autres cargaisons de transiter par le pays.Matt Collis, directeur des politiques du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), a déclaré à l’AFP qu’une partie de l’ivoire quittait probablement le Japon dans les bagages des touristes.D’énormes saisies, comme celle de 710 pièces découvertes en 2023 dans un chargement du Japon apparemment destiné à la Thaïlande, “suggèrent aussi l’implication de réseaux criminels organisés”, estime M. Collis.Ces “fuites” japonaises sont un casse-tête pour la Chine, longtemps l’un des plus grands marchés mondiaux de l’ivoire avant d’interdire le commerce sur son sol en 2017, au même moment que les Etats-Unis.”La Chine fait de son mieux pour appliquer son interdiction et changer les mentalités, mais vous avez un pays voisin (le Japon, ndlr) qui sape ces efforts en n’imposant pas de contrôles et en perpétuant la demande”, déplore Matt Collis.- “Prise de conscience” -L’ivoire était autrefois très utilisé au Japon pour les sceaux personnels et les instruments de musique. Le pays possède un stock privé de 250 tonnes, qui peut être acheté et vendu par des détenteurs agréés à l’intérieur des frontières.Dans la boutique de Hajime Sasaki, des dizaines d’ornements finement ouvragés fabriqués au Japon, en Chine, en Afrique et en Europe garnissent les étagères.Mais la demande des Japonais recule, en partie à cause de “la prise de conscience qui progresse dans le public” des conséquences dévastatrices du commerce de l’ivoire, explique Masayuki Sakamoto, directeur du Japan Tiger and Elephant Fund.”Les stocks s’accumulent au Japon, tandis que la demande en Chine et ailleurs persiste”, ajoute-t-il.Entre 2011 et 2016, 113 des 148 saisies d’ivoire exporté illégalement du Japon – soit environ 2,3 tonnes – étaient destinées à la Chine, selon des données citées lors de la réunion de la CITES.Bien que moins recherchés qu’avant l’interdiction, ces objets restent très prisés dans la première économie d’Asie.Dans une déclaration soumise à la conférence, le Japon affirme appliquer “des mesures de contrôle strictes” pour ne pas contribuer au braconnage et au commerce illégal.Parallèlement, une proposition menée par la Namibie pour autoriser la vente par les gouvernements de leurs stocks d’ivoire a été rejetée.Les partisans de ces ventes estiment que les Etats devraient pouvoir céder leurs stocks pour financer la conservation.”Réutiliser les défenses d’éléphants serait mieux (que de les détruire), en générant des revenus” pour protéger les pachydermes et les habitants en Afrique, avance M. Sasaki, le marchand d’antiquités.Mais de nombreuses associations de protection animale avertissent qu’une reprise des ventes stimulerait encore le commerce illégal.

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À Mayotte, la peur du cyclone revient avec la saison des pluies

Un an après Chido, Antoine Mhoudhoiri revit encore chaque minute du 14 décembre 2024. En thérapie de groupe avec une psychologue dans son entreprise, cet habitant du centre de Mayotte reste traumatisé à l’image d’une bonne partie de la population de cette île de l’Océan indien.”À 8 heures, je suis parti livrer des noix de coco à Ouangani. Ça commençait à souffler, mais rien d’inquiétant”, raconte-t-il. Sur la route du retour, des branches tombent déjà. Il rentre pourtant dans sa maison en tôle à Coconi, allume un film sur son ordinateur, puis entend un fracas.”Une partie du toit s’est arrachée et l’eau est entrée. J’ai essayé d’ouvrir la porte mais le vent la poussait. J’ai cru que j’allais mourir”.Antoine Mhoudhoiri parvient finalement à rejoindre la maison en béton de sa cousine, à quelques mètres. “Sans elle, je ne serais plus là”, confie-t-il.Aujourd’hui, la nouvelle saison cyclonique — traditionnellement de novembre à mars — a commencé et l’angoisse revient. “S’il y a une alerte, je prends un billet d’avion tout de suite et je m’en vais”, lance le trentenaire, qui aurait aimé bénéficier d’un suivi psychologique plus tôt pour “pouvoir parler”.Sur l’île, le cyclone reste omniprésent dans les conversations. “Une grosse partie de la population reste très marquée”, observe Chloé Le Doeuff, psychologue libérale et membre de l’association Terra Psy, qui anime des groupes de parole dans les organisations et les quartiers.Elle évoque des scènes répétées: “beaucoup de parents nous disent qu’avec l’arrivée des pluies, leurs enfants développent de grosses angoisses”. – Une population durablement marquée -La population est d’autant plus marquée qu’avant Chido, un sentiment de sous-estimation du danger dominait à Mayotte, nourri par l’idée que Madagascar offrait une protection en “cassant” la puissance des cyclones.Une perception renforcée par l’absence de précédent récent: selon Météo-France, le dernier cyclone d’ampleur comparable remonte à 1934, tandis que Kamisy, qui avait frappé Mayotte en 1984 et causé lui aussi d’importants dégâts, a largement disparu de la mémoire locale.Depuis Chido, les professionnels constatent une “forte hausse des demandes de suivi psychologique”. Selon une étude publiée en septembre par l’institut Montaigne, la Mutualité française et l’institut Terram, 43% des jeunes souffrent de dépression à Mayotte, troisième département de France le plus touché après la Martinique (44%) et la Guyane (52%).Au-delà du traumatisme, c’est la crainte de manquer d’eau ou de nourriture qui resurgit. “Les jours qui ont suivi le cyclone étaient les pires”, raconte Leyla Attoumane, participante au groupe de parole.”On n’avait pas d’eau, pas de lumière, pas de téléphone. Il fallait se battre pour un morceau de manioc ou de banane”, lance cette habitante de Dembéni (centre-est).Le cyclone a en effet “accentué la précarité” sur ce territoire où plus de 75% vivent sous le taux de pauvreté national, relève Caroline Delteil, coordinatrice de Terra Psy. “La peur de ne pas avoir à manger ou à boire revient tout le temps”, souligne-t-elle.Les besoins sont immenses, mais les ressources manquent cruellement. “Que ce soit à l’hôpital ou dans les structures associatives (…), on manque de psychologues partout”, alerte la coordinatrice de Terra Psy.Dans un rapport publié en novembre 2024, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) affirmait ainsi que “sur les 11 équivalent temps plein (ETP) de médecins psychiatres budgétés au centre hospitalier de Mayotte (CHM), seuls 4,2 sont pourvus”.L’hôpital ne dispose que de dix lits en psychiatrie et d’aucun en pédopsychiatrie, ajoute le rapport, qui regrette que “les mineurs de 16 ans sont hospitalisés en secteur adulte, ce qui est à proscrire”.En juin, l’ARS de Mayotte a annoncé la création de quatre nouveaux centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP). Et fin novembre, elle a lancé deux appels à projets pour développer l’accompagnement médico-social des enfants et adolescents sur le territoire.