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Bétharram: Bayrou face aux victimes

François Bayrou, accusé par la gauche d’avoir menti sur sa connaissance des violences et agressions sexuelles au collège-lycée de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), qu’ont fréquenté plusieurs de ses enfants, rencontre le collectif des victimes samedi à Pau.Un peu avant midi, le chef du gouvernement a commencé à échanger avec huit victimes à la mairie de la cité béarnaise, dont il a conservé le fauteuil, ont constaté des journalistes de l’AFP, alors qu’à l’extérieur une dizaine de manifestants scandaient “Bayrou démission”.Il avait déjà parlé au téléphone mercredi avec leur porte-parole, Alain Esquerre, qui lui reprochait de “n’avoir pas eu un mot” pour les personnes concernées depuis le début de l’affaire visant cette institution béarnaise, fondée en 1837 près de Lourdes. Deux premières plaintes pour violences avaient été déposées en 1996, dont l’une concernait un camarade de classe d’un fils de M. Bayrou, selon le père de la victime, et une autre pour viol en 1998, qui n’a pas pu aboutir en raison du décès du prêtre mis en cause, retrouvé deux ans plus tard dans le Tibre à Rome.Le parquet a ouvert l’an dernier une nouvelle enquête portant désormais sur plus d’une centaine de plaintes visant des violences physiques, agressions sexuelles et viols qui auraient été commis dans le collège-lycée privé sous contrat Notre-Dame-de-Bétharram. Elle se concentre sur une période allant des années 1970 aux années 1990.- Commission d’enquête parlementaire demandée -François Bayrou, ministre de l’Éducation entre 1993 et 1997, puis député des Pyrénées-Atlantiques et président du conseil général les années suivantes, avait déclaré mardi à l’Assemblée n’avoir “jamais à cette époque été averti” de tels faits, position qu’il a répétée le lendemain face à de nouvelles questions de deux députés insoumis et écologiste.L’un des deux, le député LFI Paul Vannier, a réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le contrôle des établissements scolaires privés, demande qui sera examinée mercredi en commission des Affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée, où une motion de censure déposée par le PS doit être étudiée dans la semaine. “On a beaucoup de choses à lui dire”, a déclaré M. Esquerre à la presse avant la rencontre à huis clos avec le Premier ministre à qui il avait demandé mercredi d'”allouer davantage de moyens au parquet de Pau pour cette affaire” et de faire “des violences sexuelles une priorité nationale”.Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a indiqué samedi qu’il y aurait “plus de moyens pour les parquets en général, pour le parquet de Pau en particulier”, “d’ailleurs à la demande du Premier ministre, toujours très attentif à ce qui se passe dans sa commune”.”On fait le procès de François Bayrou. Ce sera le procès de toute la population locale. Tout le monde savait qu’il y avait des violences à Bétharram. C’est d’ailleurs ce qui faisait l’ADN de cet établissement”, a ajouté M. Esquerre.Les victimes dénoncent un “système de prédateurs”, avec des masturbations, des fellations contraintes ou subies, mais aussi des châtiments corporels.- Inspection académique -Un homme de 45 ans, venu samedi après avoir entendu parler de l’affaire “il y a trois jours dans les médias” raconte avoir subi la punition dite “du perron”, lors de laquelle des élèves étaient laissés dehors, au bord du gave de Pau, sans leurs vêtements. “Mais parfois le surveillant s’endormait, alors on y passait toute la nuit jusqu’au matin”, raconte cet ancien élève (1995-1996), qui a requis l’anonymat et souhaite désormais porter plainte. Il évoque aussi la sanction du “pied du lit”, “où on devait rester planté devant notre lit, pendant des heures”.Le ministère de l’Education nationale, qui n’a “à ce stade” pas retrouvé de traces de contrôle de cet établissement dans le passé, a pour sa part ordonné vendredi au rectorat de Bordeaux de mener une inspection du collège-lycée.L’Inspection académique avait toutefois diligenté une enquête en 1996 après les plaintes pour violences dans cet établissement. Après une journée sur place, l’inspecteur avait conclu dans son rapport, consulté par l’AFP, que Notre-Dame-de-Bétharram “n’est pas un établissement où les élèves sont brutalisés”. 

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En Tunisie, une start-up donne une nouvelle vie aux appareils électriques

“C’est reparti pour cinq ans”: dans une banlieue populaire de Tunis, Sabri Cheriha se penche paternellement sur un lave-linge à peine réparé, dans ce qui ressemble à un atelier mais abrite en fait une start-up de collecte, réparation et recyclage d’appareils électriques.Du bric-à-brac de WeFix émergent des micro-ondes, des machines à café et des réfrigérateurs, qui seront bientôt rejoints par des téléphones portables ou ordinateurs.”On compte en Tunisie huit millions d’appareils électroménagers et neuf millions de portables, et aucun service pour vous en débarrasser. On en trouve dans les rues, dans les poubelles”, explique à l’AFP M. Cheriha, 42 ans, revenu de France en 2010 après ses études d’ingénieur.La Tunisie fourmille de réparateurs mais ce qui fait la particularité de WeFix, selon lui, c’est de proposer, via une plateforme internet, “un service tout-en-un”: réparation à domicile, collecte et reconditionnement des appareils usagés (sur demande ou dans des points dédiés) et recyclage des pièces détachées. Objectifs premiers: agir sur les modes de consommation, “réparer pour 10% du prix d’achat et prolonger de cinq ans la vie d’un appareil”. Et suivre “une démarche sociale”, en offrant des “appareils reconditionnés jusqu’à 60% moins chers qu’un produit neuf”, quand le salaire moyen en Tunisie ne dépasse pas les 1.000 dinars (300 euros).WeFix cherche aussi à avoir un “impact environnemental” positif, dans un pays qui pratique l’enfouissement massif des ordures.Malgré des décharges archi-pleines, il n’y a “pas de filière de collecte, transport et recyclage” des 80.000 tonnes de déchets électriques et électroniques produits chaque année par les ménages, note Walim Merdassi, expert en gestion des déchets chez ICP Consulting.WeFix entend faire sa part avec l’idée d’arriver “au stade ultime du recyclage”, en alimentant son stock de pièces de rechange “à partir des appareils collectés”, et en revendant les matériaux (or, aluminium, cuivre, platine) qu’ils contiennent.Lancée à la mi-2022, la start-up dit avoir atteint 20 tonnes de “déchets évités” dès 2023, 80 tonnes l’an passé et prévoit 120 tonnes en 2025.Elle fait travailler une vingtaine de personnes dans trois villes et compte, une fois étendue à toute la Tunisie, s’implanter au Maroc.  Pour s’agrandir, son fondateur devra toutefois résoudre un problème: le recrutement. Car “de nombreuses compétences en électronique” émigrent vers l’Europe, où il y a “une forte demande dans le reconditionnement”. 

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Grèce: Un aqueduc antique pour répondre aux besoins en eau d’Athènes

Dans une petite rue de la banlieue d’Athènes, des ouvriers viennent d’installer une pompe à eau sur les parois d’un puits en pierre de l’époque romaine qui passe quasiment inaperçu entre les immeubles et les véhicules garés.Dans une capitale grecque aux températures estivales caniculaires, l’eau recueillie sera utilisée dès l’été “pour nettoyer ou irriguer parcs et jardins”, dit Katerina Apostolopoulou, responsable du projet de la société publique de distribution d’eau d’Athènes, Eydap et de la mairie de Chalandri.Ce puits, de plus de 20m de profondeur, fait partie d’un réseau d’environ 300 puits de l’aqueduc d’Hadrien, achevé en 140 de notre ère, explique le géologue Yannis Dafnos en soulevant le lourd couvercle en fer.Lié à “un canal situé sous l’aquifère, ce puits recueille l’eau infiltrée du sol”, poursuit le scientifique. La pompe permet de transférer le liquide dans une citerne récemment construite.”C’est une façon d’économiser l’eau potable”, explique Katerina Apostolopoulou, rappelant que jusqu’ici il n’y avait pas de réseau d’eau non potable à Athènes.Comme d’autres pays méditerranéens, la Grèce est frappée chaque été par une sécheresse prolongée entraînant de violents incendies de forêt. Athènes, capitale de béton, souffre particulièrement de ces températures élevées qui peuvent dépasser les 40°C.L’an dernier, l’Eydap a multiplié les avertissements aux Athéniens pour économiser le précieux liquide face à la baisse inquiétante des réserves d’eau potable, utilisée aussi à des fins non potables. – “Un cadeau” -“L’un de plus grands problèmes d’Athènes est le manque d’espaces verts”, affirme à l’AFP George Sachinis, directeur de stratégie et d’innovation de l’Eydap.La réutilisation de cet “ouvrage emblématique” romain est un “cadeau” car elle favorise justement la création d’espaces verts, selon lui.”C’est l’un de plus importants aqueducs anciens en Europe”, souligne-t-il. Tombé en désuétude après l’époque romaine, l’aqueduc d’Hadrien, du nom de l’empereur romain qui a ordonné son édification, a été réutilisé à la fin du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe.Il fut de nouveau abandonné après la construction du barrage de Marathon à 42km d’Athènes et ensuite de Mornos, à 200km de la capitale, pour répondre aux besoins accrus d’une capitale densément peuplée qui compte 4 millions d’habitants avec sa périphérie.Le projet de restauration d’une partie de l’aqueduc, co-financé par l’Union européenne, s’inscrit dans le cadre de “la promotion du développement viable à Athènes où le gaspillage de l’eau est fréquent”, relève Christos Giovanopoulos, qui dirige le projet Cultural Hidrant à la mairie de Chalandri.L’objectif est aussi de mettre en valeur l’importance archéologique et culturelle du monument.Il y a quelques années, les habitants du quartier devaient faire des zig-zags pour éviter le puits de l’aqueduc situé alors au milieu de la rue, rappelle Giovanopoulos.Quatre puits de l’aqueduc se trouvent dans l’enceinte même du stade Olympique d’Athènes, à un kilomètre du chantier.Actuellement, l’espace public a été agrandi en intégrant ce monument dans une place avec des zones vertes.A côté, un puits qui n’a pas d’eau est réservé à des visites archéologiques: une échelle permet au fond de l’édifice de découvrir des parties du conduit antique.Pendant l’occupation nazie (1941-1944) puis la guerre civile, ce puits servait d’abri, rappelle Giovanopoulos.- “Merveille” d’ingénierie -L’aqueduc d’Hadrien, long de 24km, démarre au pied du mont Parnés, l’une de trois montagnes qui entourent le bassin d’Athènes et aboutit au pied de la colline de Lycabette, dans le centre d’Athènes, où se trouvait le réservoir romain et dont il ne reste que quelques parties. En forme rectangulaire et d’une capacité de 500m3, ce bâtiment reconstruit en 1870 est décoré à l’intérieur d’une série de colonnes et d’arcs en pierre. Tout au fond, dans l’ancien canal, “il reste quelques parties du toit construit par les Romains pour empêcher la chute des rochers dans l’aqueduc”, explique Charalambos Sachinis. “C’est une infrastructure élégante qui respecte et collabore parfaitement avec la nature”, ajoute-t-il.Cette zone du centre-ville doit être transformée, selon lui, en espace vert pour mettre en valeur “cette merveille archéologique et d’ingénierie”.

En Seine-Saint-Denis, le nouvel évêque se veut un “avocat des quartiers”

Passé par Trappes et la Thaïlande, Étienne Guillet, le nouvel évêque de Saint-Denis, se veut “avocat des quartiers” plus que “cadre sup’ de l’Église” à la tête de ce diocèse catholique pauvre, à forte concurrence religieuse.À 48 ans, cet homme affable et charpenté deviendra dimanche l’un des plus jeunes évêques de France avec une ordination dans la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France, devant 3.000 personnes attendues.Une brusque mise en lumière pour ce diplômé d’école de commerce, qui venait tout juste d’être nommé curé de Mantes-la-Jolie après neuf ans passés à Trappes. Deux paroisses de quartiers populaires d’Île-de-France qui ont nourri une “histoire de cœur avec les lieux où l’Église est minoritaire”.”J’avais peut-être déjà accompagné certaines des questions que je vais retrouver ici, de multiculturalisme, de fragilités des populations, de jeunesse, de minorité de l’Église”, suppute-t-il pour expliquer sa nomination par le pape, lui-même grand défenseur des défavorisés et des “périphéries” où les catholiques sont minoritaires.Dans les locaux de l’église Saint-Paul-de-la-Plaine à Saint-Denis où il reçoit quelques journalistes, Étienne Guillet professe “l’espérance” pour les populations de Seine-Saint-Denis.”En français dans le texte, ça veut dire quoi ? Croire en les populations, que personne n’est bloqué. Témoigner que ces gens ont du talent. Que tout n’est pas un drame”, énumère-t-il.Ce fervent partisan du dialogue interreligieux insiste qu’un prêtre a “charge d’âmes, pas juste celles des baptisés, mais de tous les habitants”: “le soin des populations musulmanes, le soin des personnes qui rejoignent le département, c’est une préoccupation de l’Église”.Malgré ses 86 paroisses et sa centaine de prêtres en activité, le diocèse de Saint-Denis ne revendique que 22.000 pratiquants sur une population de 1,7 million d’habitants, au sein de laquelle la concurrence religieuse est forte entre l’islam et les évangéliques.”L’Église en Seine-Saint-Denis est un des visages nouveaux de l’Église aujourd’hui, avec des fidèles afro-antillais emplis de ferveur et d’une énergie nouvelle”, explique l’évêque de Nanterre Matthieu Rougé, qui salue en Étienne Guillet “un homme remarquable, de grande qualité humaine” et alliant “simplicité, zèle missionnaire et intelligence humaine”.- Aumônier de forains -“Il saura faire vivre l’Église dans ce contexte très multiculturel”, ajoute-t-il, tandis qu’un bon connaisseur des cercles catholiques salue “un homme solide” et qui “va aux frontières”.Parmi ses sources d’inspiration, Étienne Guillet cite l’archevêque salvadorien Oscar Arnulfo Romero, défenseur des pauvres assassiné en pleine messe en 1980, mais aussi l’écrivain libano-français Amin Maalouf, “qui parle de la difficulté de concilier nos identités plurielles”.Cet amateur de Paul Claudel et de littérature du monde arabe, grand fan de marche en pleine nature, avoue aussi un goût pour le cirque – il a lui-même été aumônier des forains et gens du cirque depuis 2015.Né en 1976 et élevé dans un village des Yvelines, passé par le scoutisme et l’Edhec, une grande école de commerce, Étienne Guillet part après ses études en coopération avec les Missions étrangères de Paris en Thaïlande, où il accompagne des prisonniers – une mission qu’il a poursuivie en tant qu’aumônier à la prison pour mineurs de Porcheville en 2008.Ordonné prêtre en 2006, à l’âge de 29 ans, il devient en 2015 curé de Trappes, ville populaire des Yvelines qui venait de connaître une “hémorragie de jeunes” partis faire le jihad en Syrie. Sur les 90 départs, 60 y mourront.”Les déplacements gouvernementaux à Trappes étaient toujours pour annoncer les mauvaises nouvelles. Et c’était dur ça, parce que les populations n’ont pas demandé à avoir une étiquette, elles veulent juste finir le mois, être comme les autres et réussir”, se souvient-il.Témoin d’une “percée de fierté chrétienne parmi les jeunes”, il plaide aussi pour “les accompagner, pour qu’on ne soit pas dans une démarche identitaire de plus”.Et sur des territoires où l’islam est la religion phare, il défend une logique “joyeuse et fraternelle”. Mais “il nous faut absolument pouvoir tenir la voix dans le dialogue avec les musulmans”, et “être aussi un peu courageux parce qu’à certains moments, il faut dire, voilà, je vais aussi te dire ce que je porte”, ajoute-t-il.

Calais: naufrage d’une embarcation de migrants, un décès constaté

Une embarcation de migrants a fait naufrage samedi matin près de Calais, 70 personnes qui étaient à bord ont été récupérées mais l’une d’entre elles est décédée, selon la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.Deux personnes ont été retrouvées inconscientes par les secours: l’une a pu être réanimée, mais l’autre a ensuite été déclarée morte, selon un porte-parole de la préfecture maritime (Prémar) interrogé par l’AFP.Il n’y aurait pas de personnes portées disparues “à ce stade” après ce naufrage, selon ce porte-parole. L’hélicoptère Dauphin de la Marine nationale a réalisé une “surveillance accrue” de la zone “pour confirmer la bonne récupération de tous les naufragés présents en surface”, selon un communiqué de la Prémar.”Seule la moitié des naufragés” étaient équipés de gilets de sauvetage, a relevé la Prémar.Quarante-huit personnes ont été récupérées par le remorqueur d’intervention, d’assistance et de sauvetage Abeille Normandie, et 22 autres par le navire Minck, affrété par l’Etat.Le Centre opérationnel régional de surveillance et de sauvetage (Cross) Gris-Nez a engagé samedi d’autres moyens d’assistance dans le détroit du Pas-de-Calais, “suite à de nombreuses tentatives de traversées signalées dans le secteur”, a ajouté la Prémar.Le décès constaté samedi porte à au moins cinq le nombre de migrants morts en mer depuis le début de l’année en tentant de rejoindre l’Angleterre depuis les côtes du nord de la France.Selon l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (Oltim), 78 migrants sont morts en 2024 en tentant de rejoindre l’Angleterre à bord d’embarcations de fortune, un record depuis le début en 2018 du phénomène des “small boats” dans cette zone.

A Brest, la fac va former plus de dentistes pour faire face à la pénurie

“Mais ils sont où les dentistes?” Dans le Finistère, trouver un chirurgien-dentiste relève du défi: les urgences dentaires sont débordées et des patients doivent parfois faire plus d’une heure de route pour soigner une carie. Face à cette pénurie de praticiens, la fac va former plus.”Si je ne suis pas pris aujourd’hui, je pète une durite”, lâche Antoine Touahri, 18 ans, adossé à la porte des urgences dentaires du CHU de Brest.Atteint d’une inflammation des gencives, le jeune demandeur d’emploi aux yeux cernés a roulé pendant une heure et demie depuis le Cap Sizun pour rejoindre Brest avant l’ouverture du service. Au vu de l’affluence, on lui a demandé de repasser l’après-midi.”J’ai eu un dentiste quand j’étais petit et il est mort. Dans mon coin, y a personne à part des vaches”, raconte le jeune homme, qui n’a pas consulté depuis ses 12 ans.Un dentiste, Mélanie Glaçon, 37 ans, qui attend pour un abcès, en a aussi eu un dans le passé, mais “il est parti à la retraite”. “Ça fait un an que je suis sur liste d’attente. Les dentistes ne prennent pas de nouveaux patients”, raconte cette habitante de la presqu’île de Crozon.Depuis 2019, la fréquentation des urgences de Brest est passée de 4.000 à “plus de 13.000” patients par an, selon Sylvie Boisramé, doyenne de la faculté d’odontologie de Brest. “Et on ne peut pas prendre tout le monde parce que nous ne sommes pas assez nombreux”, précise-t-elle. – “Pas assez de praticiens”-Avec un chirurgien-dentiste pour 1.437 habitants dans le Finistère, voire un pour 1.708 habitants dans les Côtes d’Armor, la charge de travail des dentistes bretons atteint parfois le double de la moyenne nationale (831 patients par an et par dentiste en moyenne).Résultat: la plupart des communes bretonnes sont classées en rouge (zones très sous-dotées), comme d’ailleurs la grande majorité du territoire français. Même à Brest, ville en zone “intermédiaire” (ni sous-dotée ni sur-dotée), trouver un dentiste qui accepte de nouveaux patients est devenu mission impossible. “Il y a la meilleure couverture sociale de tous les temps en dentaire, mais il n’y a pas assez de praticiens pour répondre à la demande. Je comprends que le patient râle”, constate Gilles Gourga, président du conseil régional de l’ordre des chirurgiens-dentistes de Bretagne.Dans certaines zones, les dentistes eux-mêmes frôlent le burn-out, selon Mme Boisramé, qui se souvient d’un jeune praticien “en souffrance” dans le Morbihan, à force de devoir refuser des patients.  Alors que l’accroissement et le vieillissement de la population ont augmenté la demande de soins dentaires, la France compte un nombre de dentistes par habitant nettement inférieur à la moyenne européenne, selon un rapport de l’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé.Et les nouveaux praticiens, dont la moitié sont formés à l’étranger (Espagne, Portugal, Roumanie, etc.), sont plus souvent salariés et “travaillent moins en temps”, pointe M. Gourga. – “Former plus”-Dès lors, “le sujet numéro un, c’est qu’il faut former plus de chirurgiens-dentistes en France”, estime le Pr. Boisramé, qui a entrepris d’augmenter de 40%, à la rentrée 2025, les effectifs de la prochaine promotion d’odontologie.”Ça va être un peu serré”, reconnaît-elle, alors que cette spécialité n’occupe qu’un simple couloir dans le bâtiment de la faculté de médecine.Afin de “mieux mailler le territoire”, la doyenne plaide aussi pour l’ouverture de salles de soins dentaires dans les hôpitaux de proximité, où des étudiants effectueraient leur stage de dernière année. “On sait qu’un étudiant qui est bien dans son dernier stage s’installe à proximité”, explique-t-elle.L’expérience, déjà menée avec succès à Carhaix (Finistère), doit s’étendre à Quimper à la rentrée, avant de possibles répliques à Lorient (Morbihan) et Saint-Brieuc.Vianney Descroix, président de la conférence des doyens d’odontologie, va plus loin et plaide même pour une dose de “coercition” dans l’installation des jeunes dentistes pour lutter contre la désertification médicale. “Ça ne me choquerait pas qu’on dise à un jeune diplômé: les deux prochaines années, vous allez travailler à tel endroit. En Allemagne, ça se fait déjà”, dit-il.

Gims, streamé comme jamais

“Sapés comme jamais”, “Bella”, “Spider”: le chanteur et rappeur congolais Gims, sacré meilleur artiste masculin aux 40e Victoires de la musique, caracole depuis une dizaine d’années en haut des classements avec une recette éprouvée et ses inséparables lunettes noires. Sur les plateformes de streaming Spotify et Deezer, tout comme sur TikTok, Gims fait partie du top 10 des artistes les plus écoutés en France en 2024. Preuve que cette machine à tubes, 38 ans au compteur, maintient la cadence.Né en 1986 à Kinshasa, en République démocratique du Congo, pays pour qui il a eu une pensée vendredi soir sur la scène des Victoires, Gandhi Djuna, son nom à l’état civil, a la musique dans les veines. Son père, Djuna Djanana, est un musicien renommé dans son pays. Et dans la famille, son petit frère Dadju excelle aussi.Arrivé en France à deux ans avec sa famille qui fuit le régime, il connaît la pauvreté, les foyers d’accueil, la séparation de ses parents, puis les squats.C’est en suivant cette voie cabossée que Maître Gims – son premier alias – finit par intégrer le groupe de rappeurs parisiens Sexion d’Assaut, associé au label Wati B.La formation sort plusieurs projets dont l’album remarqué “L’école des points vitaux” (2010), mais essuie en parallèle des critiques après des propos homophobes décomplexés tenus dans la presse par Lefa, l’un de ses membres. Retour de bâton immédiat: leurs titres sont écartés de certaines radios, des concerts annulés.- Duos gagnants -En 2013, Gims s’envole en solo avec “Subliminal”, porté par “J’me tire” et “Bella”, des succès à travers lesquels le rappeur démontre sa facette de chanteur à la voix puissante de stentor, mixé à la sauce R’n’B. Plus consensuel que ses pairs, l’artiste se garde de paroles violentes et envoie des punchlines sans insultes. Oscillant entre rap et pop teintée de sonorités africaines en écho à la rumba congolaise, il ne séduit pas seulement la jeunesse, mais un large public de différentes générations et classes sociales. En 2019, il devient le premier rappeur francophone à remplir le Stade de France, avec 72.000 spectateurs.Derrière ses tubes se trouve notamment le compositeur Dany Synthé, artisan du carton “Sapés comme jamais” où Gims rend hommage à l’art de bien s’habiller, version luxe.”Je me dis +c’est ouf, on est encore là+”, confiait Gims au média en ligne Konbini en 2022. “Ça m’étonne encore toujours, parce que l’époque est différente, le marché est différent, les réseaux sociaux ont changé la donne.”Sa longévité tient aussi à ses multiples collaborations, de la chanteuse Vitaa au rappeur américain Lil Wayne en passant par Vianney (“La même”). Plus inattendu, il signe “Reste” avec Sting, figure du groupe de rock anglais The Police.Une seule n’a jamais existé: postée par un compte mystère sur YouTube, “Le navire” se présente comme un prétendu duo de Gims et du poids lourd Booba, mais s’avère être un mash-up (mélange de morceaux) bien ficelé.L’histoire est d’autant plus improbable que les rappeurs sont à couteaux tirés.- Polémiques électriques -Avec leur tempo dansant, les chansons de Gims intègrent sans difficulté des playlists de soirées ou de Nouvel An. Les voeux ne sont toutefois pas au goût de la star, qui provoque un tollé en 2022, après avoir demandé dans une vidéo de ne pas lui souhaiter la bonne année au motif que ce n’était pas musulman. Il a dit regretter cette vidéo, qualifiée d'”ovni”.Nouvelle volée de bois vert l’année suivante: dans une interview, le chanteur affirme que les Egyptiens disposaient d’un système électrique dès l’Antiquité, grâce aux pyramides au sommet desquelles “il y a de l’or”. “L’or, c’est le meilleur conducteur pour l’électricité…C’était des foutues antennes!”La théorie, farfelue et fausse, a été maintes fois démontée. Ces couacs éclairent la personnalité de Gims, mais n’ont jamais entamé sa réussite – plusieurs millions d’albums vendus – qui fait de lui l’un des rappeurs francophones les plus connus dans le monde.Il n’a toutefois jamais réussi à obtenir la nationalité française, malgré deux demandes.

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Los Angeles touchée par des coulées de boue après une tempête

Des routes ont été coupées vendredi par des coulées de boue autour de Los Angeles, dévastée le mois dernier par des incendies, après que la région a été frappée la veille par sa plus forte tempête de l’hiver. Jusqu’à 7 cm de pluie sont tombés dans certaines zones de la mégalopole, les laissant inondées et jonchées de débris, notamment à Pacific Palisades et à Altadena, sinistrées par les incendies de janvier. La région attendait la pluie avec impatience, n’ayant plus connu de précipitations significatives depuis huit mois avant février. La tempête a développé un risque dans les zones touchées par les incendies: les sols fragilisés par le feu, et où la végétation a disparu, font ruisseler l’eau plus rapidement, ce qui crée des coulées de boue pouvant dégénérer en glissements de terrain. Prisée des touristes pour sa vue imprenable sur la côte, la Pacific Coast Highway a été fermée à cause de la boue qui bloquait la route. Le déluge a également provoqué la chute d’un véhicule des pompiers de Los Angeles dans l’océan, où il se trouvait toujours vendredi. Le responsable qui se trouvait au volant lors de l’accident a été légèrement blessé, a précisé un porte-parole des soldats du feu.Dans les collines d’Hollywood, lieux de résidence de nombreuses stars de cinéma, une coulée de boue a obstrué l’une des routes principales. Et dans la ville d’Altadena, où des milliers de bâtiments ont été détruits par les incendies de janvier, de nombreux véhicules ont été bloqués par les débris qui ont envahi les rues. Ces dégâts se sont produits malgré les précautions prises par les autorités locales, qui avaient installé des sacs de sable et des barrières en béton ces dernières semaines pour tenter de limiter l’érosion des sols. 

Bétharram: Bayrou va rencontrer les victimes, le gouvernement ordonne une inspection

Accusé par la gauche d’avoir menti sur sa connaissance des violences et agressions sexuelles au collège-lycée de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), qui a été fréquenté par plusieurs de ses enfants, François Bayrou va rencontrer samedi à Pau le collectif des victimes.La rencontre aura lieu à 11h45 à la mairie de Pau dont le Premier ministre est resté maire. Face à un dossier de plus en plus embarrassant, le gouvernement a aussi demandé vendredi au rectorat une inspection de l’établissement catholique sous contrat avec l’Etat.L’entretien avec les victimes se tiendra quelques jours avant une motion de censure socialiste contestant les récents propos du Premier ministre sur l’immigration.Le parquet de Pau mène l’enquête depuis un an sur plus d’une centaine de plaintes visant des violences physiques, agressions sexuelles et viols qui auraient été commis au collège-lycée Notre-Dame-de-Bétharram entre les années 1970 et 1990.Le chef du gouvernement a déjà échangé au téléphone mercredi avec le porte-parole des victimes Alain Esquerre, qui lui reprochait de “n’avoir pas eu un mot” pour les personnes concernées depuis le début de l’affaire en 1996. M. Bayrou lui a demandé “comment il pouvait les aider”, selon son entourage.Le représentant des victimes, administrateur d’une page Facebook des “anciens du collège et lycée de Bétharram victimes de l’institution”, a expliqué sur la radio Ici Béarn Bigorre lui avoir demandé d'”allouer davantage de moyens au parquet de Pau” pour cette affaire, et de faire des violences sexuelles “une priorité nationale”. – “Affaire politique” -“Je lui ai dit que c’est ce que j’attendais d’un Premier ministre, et certainement pas de dire que tout est faux”, a poursuivi M. Esquerre.François Bayrou a “récusé” mercredi tout mensonge, parlant de “polémiques artificielles”. Mardi, il avait affirmé qu’il n’avait “jamais à cette époque, été averti (…) des faits qui ont donné lieu à des plaintes ou à des signalements”. François Bayrou était ministre de l’Éducation entre 1993 et 1997, puis député des Pyrénées-Atlantiques et président du conseil général les années suivantes. Certains de ses enfants ont été scolarisés dans cet établissement où sa femme a enseigné le catéchisme.Le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Mignola, a accusé vendredi sur franceinfo La France insoumise de monter l’affaire en épingle “en mélangeant les dates et en expliquant que, puisqu’il aurait pu savoir plus tard, il devait savoir avant”. – Aucun contrôle -Le ministère de l’Education nationale, qui n’a “à ce stade” pas retrouvé de traces de contrôle de cet établissement dans le passé malgré de nombreuses plaintes, a ordonné vendredi soir au rectorat de Bordeaux de mener une inspection de Betharram. Dans un communiqué, le ministère “rappelle qu’une circulaire datant de juin 2024 demande aux recteurs de renforcer les contrôles” des établissements privés sous contrat “dans le cadre d’une stratégie pluriannuelle”, adoptée après un rapport parlementaire sur le financement public, qui pointait une certaine opacité.Parallèlement, La France insoumise et les écologistes maintiennent la pression.  Le député Paul Vannier a demandé à la ministre de l’Education Elisabeth Borne de “diligenter une mission de l’Inspection générale” et sa requête de création d’une commission d’enquête parlementaire sur le contrôle des établissements scolaires privés sera examinée mercredi.Un autre député LFI, Jean-François Coulomme, a annoncé sur X avoir saisi la justice pour “non-dénonciation” de mauvais traitements ou d’agressions sexuelles sur mineurs.Le groupe des écologistes à l’Assemblée a demandé vendredi l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire pour faire la “lumière” sur les violences commises au sein du lycée et l’absence de traitement des signalements.En avril 1996, une plainte avait dénoncé les violences physiques d’un surveillant à Bétharram sur un enfant de la classe d’un des fils de M. Bayrou. Puis en mai 1998, un prêtre, ancien directeur de l’institution, avait été mis en examen et écroué pour viol, avant d’être retrouvé mort en février 2000. Le juge chargé de ce dossier a relaté dans plusieurs médias que François Bayrou avait “fait la démarche de venir (le) voir lorsque le prêtre était en détention”. “Il était inquiet au regard du fait qu’un de ses fils était scolarisé” à Bétharram et “disait qu’il ne pouvait pas croire que le père Carricart avait fait ce qu’on lui reprochait”. lum-sac-ved-ppy-are-cma/hr/clr

Victoires de la musique: Santa et les Jeux au coeur des 40 ans

Les 40e Victoires de la musique ont choisi la Saint-Valentin pour décerner vendredi leurs coups de coeur de l’année, lors d’une cérémonie qui rassemble Santa, Tiakola, Justice ou encore Pierre Garnier, et sur laquelle flotte le parfum des JO-2024.Cette édition anniversaire, diffusée sur France 2, a joué ses premières notes en direct de la Seine musicale, près de Paris, au son d’un tube de la chanson française: Alain Souchon, président de la cérémonie, a interprété avec ses fils Pierre Souchon et Ours sa “Foule sentimentale”.Récompensée aux Victoires en 1994 puis en 2005, cette chanson fait partie de l’album de souvenirs de cette cérémonie prévue pour durer environ trois heures.”Je déclare ouverte la 40e cérémonie des Victoires de la musique”, a lancé Alain Souchon, 80 ans.Les paris semblent plus ouverts que l’année passée, quand l’ouragan Zaho de Sagazan avait raflé quatre trophées sur cinq nominations. Parmi les 18 nominations, dix sont présents dans deux catégories ou plus.C’est le cas du duo électro Justice, sur un nuage depuis la sortie d'”Hyperdrama” et un troisième Grammy glané début février. La chanteuse pop Clara Luciani, les révélations Solann (“Rome”) et Aliocha Schneider (“Ensemble”), font aussi partie des noms qui reviennent. Tout comme… Zaho de Sagazan, cette fois en lice pour l’artiste féminine de l’année et pour ses concerts, qui l’ont menée jusqu’à New York. A l’applaudimètre, Pierre Garnier, gagnant de la Star Academy 2024, a des atouts à faire valoir avec “Ceux qu’on était”. Mais d’autres pépites peuvent briller parmi les révélations, comme Yoa ou Styleto.Le record de nominations revient à Santa, citée à quatre reprises, notamment pour son premier album “Recommence-moi”: d’abord supendue la tête en bas, la chanteuse, qui s’est aussi distinguée en clôture des Jeux paralympiques, a ouvert le bal des prestations live de la soirée.- L’air des JO -Les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux, avec Thomas Jolly et Victor le Masne à la baguette, font figure d’invitées surprises dans la catégorie “concert”. Et partent favorites, selon plusieurs observateurs. La magie des compétitions estivales flotte sur cette édition: les nommés Lucky Love, Zaho de Sagazan, Yseult, Philippe Katerine et Santa ont en commun d’avoir participé à cet événement planétaire.Distinguée côté “création audiovisuelle”, la série documentaire “DJ Mehdi: Made in France”, réalisée par Thibaut de Longeville, a obtenu la première récompense de la soirée. Elle retrace le parcours éclair du compositeur, décédé accidentellement en 2011 à l’âge de 34 ans, qui a contribué à l’émergence des scènes rap et électro. Au cours de la soirée présentée par Léa Salamé et Cyril Féraud, Sylvie Vartan, qui a fait ses adieux à la scène fin janvier à 80 ans, ainsi qu’Eddy Mitchell, 82 ans, recevront chacun une Victoire d’honneur.- “Effet accélérateur” -Grand-messe qui promeut la diversité dans la chanson française depuis ses débuts en 1985 au Moulin rouge, les Victoires ont été accusées d’entre-soi et d’un manque de représentativité, en particulier du hip-hop.  En réponse, le système de vote a été refondu depuis l’édition 2024. Il prévoit deux tours, dont un second réunissant un jury de 32 personnes, sans les labels.”Ça répond aux critiques qui ont été faites et ça permet d’éviter que les Victoires reviennent aux plus forts ou aux plus malins”, a estimé auprès de l’AFP Vincent Frèrebeau, président des Victoires.L’année dernière, la star Aya Nakamura avait été sacrée artiste féminine et le spécialiste de la drill Gazo reconnu artiste masculin, ex æquo avec Vianney. Sans compter la série sur DJ Mehdi, l’édition 2025 fait plus pâle figure, avec trois rappeurs pour quatre nominations: le jeune prodige de la mélodie Tiakola, le poids lourd Gims et Shay, performeuse hors pair. Même imparfaites, les Victoires demeurent une vitrine de la variété scrutée par la filière et, pour les artistes, une reconnaissance ou une rampe de lancement.”C’est un effet accélérateur de malade” et “ça peut faire basculer” une carrière, assure M. Frèrebeau.