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Clap de fin confirmé pour C8 et NRJ12

C8, la chaîne de Cyril Hanouna, et NRJ12 s’arrêteront bien le 28 février au soir: le Conseil d’État a rejeté mercredi leur dernier recours contre le non-renouvellement de leur fréquence télé par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel.L’extinction à venir de C8 a été critiquée par des politiques de droite et d’extrême droite.Marine Le Pen (RN) a dénoncé “les menaces qui pèsent lourdement sur le pluralisme et la liberté d’opinion”, d’après elle “une terrible régression et une inquiétante décision qui donne raison aux Ayatollahs de la pensée unique”.”C8 avait trouvé son public. Sa disparition du paysage audiovisuel la prive d’un espace d’expression”, a déploré sur X le ministre de l’Intérieur (LR), Bruno Retailleau.Venu mercredi sur le plateau de C8, Éric Ciotti (UDR) y a vu une “décision purement politique”. L’avenir de Cyril Hanouna est plus que jamais en suspens. Il pourrait rejoindre le groupe M6, avec lequel des discussions sont en cours. Des médias lui prêtent même des ambitions politiques, ce dont il s’est défendu.Malgré l’arrêt de C8, “on risque de me voir encore plus qu’avant”, a-t-il lancé dans son émission sur Europe 1 après la décision du Conseil d’État.Il présentera une dernière soirée sur C8 en direct le 27 février.”Je suis sonné, très triste… J’ai l’impression d’avoir perdu la chaîne qui m’a fait naître. Je me retrouve orphelin”, a réagi auprès de l’AFP le présentateur Jordan de Luxe, une autre figure de C8. “J’ai quelques pistes avec des chaînes et aussi avec les radios du groupe mais rien n’est signé”.- 400 emplois -La décision mercredi du Conseil d’État marque l’épilogue d’une longue bataille judiciaire pour C8 et NRJ12, jalonnée par plusieurs revers.”L’Arcom n’a pas commis d’illégalité en écartant C8 et NRJ 12 au profit des autres candidats sur la base de son appréciation de chacun des dossiers et de la comparaison de leurs mérites respectifs”, a estimé la plus haute juridiction administrative.Le groupe Canal+ a aussitôt dénoncé une décision “incompréhensible”, qui entraîne “l’éviction pure et simple” de sa chaîne et met en péril 400 emplois.Cyril Hanouna a fustigé une décision “cousue de fil blanc”. Pour lui, “c’est magouilles et compagnie”. “Sachez que le Conseil d’État est à 80% constitué de personnes très à gauche sur l’échiquier politique”, a-t-il avancé.Il a accusé le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, d’avoir “monté un dossier” contre C8, à l’insu du président de la République: “L’info est claire: Emmanuel Macron n’est pas responsable (…)”.Cyril Hanouna a dit espérer une décision favorable de la Cour européenne des droits de l’homme. “Ce sera trop tard, mais vous imaginez le dédommagement? Ce sera 300 à 500 millions” d’euros, a-t-il lancé dans son émission “Touche pas à mon poste”, entièrement consacrée à l’arrêt rendu par le Conseil d’État.Cette juridiction laisse toutefois une petite porte entrouverte. Elle demande à l’Arcom d’étudier la possibilité d’un nouvel appel à candidatures pour quatre fréquences vacantes à partir de juin. En théorie, cela pourrait permettre à C8 et NRJ12 de repostuler.En juillet, toutes deux avaient été écartées par l’Arcom de la présélection des chaînes retenues pour la ré-attribution des fréquences de TNT (télévision numérique terrestre). Le régulateur avait confirmé ce choix le 12 décembre.Propriété du groupe Canal+, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, C8 a cumulé 7,6 millions d’euros d’amende en raison des dérapages de Cyril Hanouna. C’est l’une des motivations mises en avant par l’Arcom.”Le régulateur était juridiquement fondé à prendre en compte les manquements réitérés commis par la chaîne (…), notamment en matière de respect des droits de la personne, de protection des mineurs et de maîtrise de l’antenne”, a jugé le Conseil d’État.- Quatre fréquences -Il a en outre pointé des programmes “peu diversifiés” et fait valoir que C8 n’avait “jamais atteint l’équilibre financier”.Pour écarter NRJ12, l’Arcom a relevé des “engagements de diffusion de programmes inédits” qui étaient “substantiellement inférieurs à ceux d’autres candidats”, et des “prévisions de croissance des recettes publicitaires” que contredisait la baisse de l’audience, a rappelé le Conseil d’État. C’est “une injustice profonde”, a rétorqué NRJ12. Selon elle, cela fragilise le pôle TV du groupe NRJ, qui comprend Chérie 25.C8 et NRJ12 ont été évincées au profit de deux nouvelles chaînes: l’une, T18, sera lancée en juin par le groupe CMI France du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, et l’autre (OFTV) en septembre par le groupe Ouest-France.Début décembre, juste avant la liste définitive de l’Arcom, le groupe Canal+ avait annoncé qu’il retirerait de la TNT ses quatre chaînes payantes (Canal+, Canal+ Cinéma, Canal+ Sport, Planète) à partir de juin. C’est au sujet de ces quatre fréquences que le Conseil d’État a demandé à l’Arcom d’étudier l’éventualité d’un appel d’offres.pr-ac-jt-hh-jfg/may/dch   

Conseil constitutionnel: Ferrand confirmé à une voix près, et déjà attaqué sur sa légitimité

Une approbation fragile à une voix près et avec l’abstention du RN: Richard Ferrand, proposé par Emmanuel Macron, est en route pour devenir le prochain président du Conseil constitutionnel, même si plusieurs élus l’appellent déjà à renoncer.La candidature de ce fidèle historique du chef de l’État a passé mercredi l’obstacle des commissions des Lois des deux chambres du Parlement. Trente-neuf parlementaires ont voté pour et 58 contre. Mais il aurait fallu 59 voix, soit trois cinquièmes des suffrages exprimés, pour entraver la nomination.Et ses opposants n’ont pas manqué de fustiger cette nomination de justesse, avec l’abstention du RN.Les présidents des groupes socialistes à l’Assemblée et au Sénat, Boris Vallaud et Patrick Kanner, ont estimé que sa “légitimité est en cause”, et ont appelé Emmanuel Macron à “en tirer les conséquences” en interrompant le processus de nomination.Le patron du groupe LR, Laurent Wauquiez, a pour sa part enjoint à M. Ferrand de “renoncer de lui-même” à la fonction.La cheffe des députés LFI Mathilde Panot a dénoncé un candidat “parrainé” par le Rassemblement national, s’interrogeant sur un “accord secret”.”Le sort de Marine Le Pen sera donc dans les mains de Richard Ferrand”, a jugé de son côté le secrétaire national du PCF Fabien Roussel, faisant le lien avec une décision attendue du Conseil.Celle-ci concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par un élu mahorais condamné à une peine d’inéligibilité avec exécution immédiate. Or, Marine Le Pen est elle-même sous la menace d’une inéligibilité immédiate, requise au procès des assistants d’eurodéputés RN.Et le Conseil constitutionnel pourrait potentiellement rendre sa décision avant le jugement RN prévu le 31 mars. “Quelle que soit la décision du Conseil constitutionnel, elle sera délégitimée”, a jugé sur X Nicolas Hervieu, professeur de droit public à Sciences Po.”Quand on est le premier groupe d’opposition, on doit faire des choix parfois très douloureux en sachant très bien qu’ils seront mal compris de bonne foi”, a justifié le député RN Jean-Philippe Tanguy.- Champ du référendum -Les élus lepénistes, qui avaient assuré ces derniers jours qu’ils prendraient leur décision après l’audition de Richard Ferrand, ont choisi de s’abstenir, se disant rassurés par certaines paroles.M. Ferrand a ainsi estimé que l’institution devait se garder de tendre vers “un gouvernement des juges, ni constituant, ni législateur”.Une déclaration que le député RN Matthias Renault interprète positivement au regard de la question controversée du champ du référendum autorisé par l’article 11 de la Constitution.Cet article limite ce champ à “l’organisation des pouvoirs publics”, et “à la politique économique, sociale ou environnementale” du pays. Mais le RN, et des élus de droite, entendent depuis longtemps en convoquer un sur la politique migratoire en cas d’arrivée au pouvoir. Reste à savoir si le Conseil constitutionnel abondera ou estimera qu’il est compétent pour y faire obstacle.Interrogé, M. Ferrand a botté en touche, soulignant qu’il n’y avait “pas d’exemple de jurisprudence” où le Conseil constitutionnel se serait saisi d’une hypothèse de référendum, estimant que “ce n’est pas fermé”, mais refusant de se prononcer en amont de sa nomination.- “Pas un professionnel” -La candidature de l’ancien député (2012-2022) était attaquée à gauche comme à droite pour sa proximité avec Emmanuel Macron, pour sa compétence juridique jugée trop faible, ou en raison de sa mise en examen pour “prise illégale d’intérêts” dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne – la justice a conclu à un non-lieu pour prescription.”Je ne suis pas un professionnel du droit c’est vrai, mais comme vous un serviteur de la République”, a fait valoir M. Ferrand. Se dépeignant en “homme libre”, il a assuré que, s’il avait regretté “à titre personnel” la limitation du nombre de mandats présidentiels consécutifs en 2023, il ne prônait pas de troisième mandat pour Emmanuel Macron: cela “n’a jamais été ma pensée, ni mon désir”, a-t-il assuré.Sorti du jeu politique par la petite porte après une défaite aux législatives de 2022 dans le Finistère, Richard Ferrand revient sur le devant de la scène, et est amené à succéder à Laurent Fabius, qui arrivera en fin de mandat début mars.Autre nomination actée mercredi, le sénateur LR Philippe Bas, candidat du président du Sénat Gérard Larcher, a convaincu sans surprise les membres de la commission des Lois du Sénat de l’envoyer au Conseil constitutionnel, fort d’un CV copieux et d’une connaissance pointue de la Constitution.Enfin, Laurence Vichnievsky (MoDem) ex-juge d’instruction connue notamment pour avoir instruit des dossiers emblématiques comme l’affaire Elf, était proposée par la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet. Elle a aussi passé le cap du vote d’une commission des Lois de l’Assemblée dans laquelle elle a elle-même siégé en tant que députée (28 voix pour, 22 contre).sac-ama-sl-mdh/pab/dch   

A Strasbourg, des contrôleurs mal contrôlés

Des agents chargés de contrôler les voyageurs dans les transports publics strasbourgeois exercent leurs fonctions sans avoir obtenu auprès de la justice l’assermentation nécessaire, a appris l’AFP mercredi. Ces “17 agents des équipes de contrôle de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois, NDLR) sont en attente de leur assermentation, du fait d’un traitement anormalement long des demandes faites en temps et en heure auprès du tribunal”, a déclaré à l’AFP Amandine Carré Charter, membre de la direction générale de la CTS, confirmant une information de Rue89 Strasbourg.La Compagnie des transports strasbourgeois indique que ces agents sont “bien connus et identifiés” par le tribunal comme “faisant partie des équipes de contrôle”, et assure donc que les contrôles “ont été réalisés en toute légalité”.Cette vision n’est pas partagée par le syndicat UNSA, qui a dénoncé cette situation auprès de sa direction après des plaintes en interne des agents concernés. Selon le syndicat, cette situation “perdure depuis sept mois”. “On ne peut plus travailler dans ces conditions. Ces agents sont en capacité de réaliser des contrôles, mais ils ne peuvent pas verbaliser, c’est interdit par la loi”, déclare à l’AFP Stéphane Daveluy, délégué UNSA. “Je trouve cela scandaleux vis-à-vis de la confiance de la clientèle. Et il y a un risque juridique pour ces agents, qui verbalisent sans être en capacité de le faire: ça s’appelle faux et usage de faux”, estime-t-il. Selon lui, depuis la démarche du syndicat, les agents concernés ont été retirés des équipes de verbalisation.”Il est important de rappeler que les PV qui ont pu être dressés ont été établis auprès de voyageurs en situation de fraude”, avance la CTS.Selon elle, les agents concernés “devraient être détenteurs de leur assermentation d’ici mi-mars”.Sollicité, le parquet du tribunal de Strasbourg a reconnu des difficultés dans le suivi de la procédure d’assermentation. “La responsabilité nous incombe”, a indiqué le parquet à l’AFP.

Macron affirme que la France et ses partenaires sont unis sur l’Ukraine

Le président Emmanuel Macron  a affirmé mercredi que la position de la France et de ses partenaires sur l’Ukraine et la sécurité européenne est “claire et unie”, après avoir poursuivi ses consultations avec des pays européens et non-européens au moment où Donald Trump et Vladimir Poutine se préparent à une rencontre au sommet pour normaliser leurs relations.Après un premier mini-sommet informel lundi à l’Elysée avec sept pays européens, dont le Royaume-uni, il a réuni mercredi 19 chefs d’Etat et de gouvernement de pays membres de l’UE ou de l’Otan (Norvège, Canada, Islande) en visioconférence.”La position de la France et de ses partenaires est claire et unie. Nous souhaitons une paix en Ukraine qui soit durable et solide”, a réaffirmé le président français sur X à l’issue de la réunion.Seuls le président roumain par intérim Ilie Bolojan, dont le pays est secoué par une crise politique depuis l’annulation de la présidentielle remportée au premier tour par l’extrême-droite pro-russe, et le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden étaient présents.Les chefs d’Etat et de gouvernement des trois Etats baltes, Chypre, la Finlande, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, le Portugal, la Suède, la Slovénie et la République tchèque étaient en distanciel, de même que le Premier ministre canadien Justin Trudeau.-Menace existentielle”-La Hongrie, la Slovaquie, toutes deux réputées prorusses, l’Autriche et Malte n’ont pour l’heure pas participé aux échanges.Lundi, Emmanuel Macron avait rassemblé les poids lourds de l’UE, ainsi que le Royaume-Uni, en première ligne sur le dossier ukrainien et qui effectue progressivement son retour sur la scène européenne.Signe d’un réel sentiment d’urgence, lundi, “il y a eu une très forte convergence pour dire que la Russie constitue une menace existentielle pour les Européens”, a martelé le chef de l’Etat dans un entretien avec la presse régionale.Le continent se doit, de fait, de monter dans un train déjà lancé à vive allure par la volonté du président américain, Donald Trump, de négocier seul la paix en Ukraine avec Vladimir Poutine, irritant jusqu’au président ukrainien Volodymyr Zelensky.Paris a vivement réagi mercredi à la violente charge de Donald Trump contre le président ukrainien, qu’il a semblé accuser d’avoir commencé la guerre. Ces attaques sont “dans les lignée” de propos “peu compréhensibles” qui interrogent sur “la cohérence” de la position américaine, a dit la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas.Mais “nous partageons l’objectif, qui est aussi celui du président Donald Trump de mettre fin à la guerre d’agression menée par la Russie depuis bientôt trois ans”, a dit sur X le président français, en soulignant de nouveau que l’Ukraine devait être associée à d’éventuelles négociations et que les préoccupations de sécurité des Européens “devront être prises en compte”.Outre le consensus sur la menace russe, les débats sont vifs en Europe sur les réponses à lui apporter, notamment entre partisans et adversaires d’un déploiement militaire en Ukraine pour faire respecter une éventuelle fin des combats.”La France ne s’apprête pas à envoyer des troupes au sol, belligérantes dans un conflit, sur le front”, avait assuré mardi le président, comme pour éteindre un possible début de polémique.Parmi les réponses au basculement créé par le retour au pouvoir de Donald Trump, et sa volonté d’engager le dialogue direct avec Vladimir Poutine, figure la hausse des budget de défense des pays européens.”Nous sommes convaincus de la nécessité d’accroître nos dépenses et nos capacités de défense et de sécurité pour l’Europe et chacun de nos pays. Des décisions seront prises dans les jours et semaines à venir”, a écrit mercredi le chef de l’Etat sur X.bur-dla-vl-hr/pab/dch  

Bayrou surmonte une nouvelle motion de censure de la gauche et ulcère le PS

François Bayrou a sans surprise échappé mercredi à une sixième motion de censure, déposée cette fois par les députés socialistes qui protestaient contre l’influence de l’extrême droite. Durement attaquées par le Premier ministre, les troupes d’Olivier Faure se sont montrées courroucées.La motion socialiste n’a recueilli que 181 voix pour (avec celles des écologistes, des Insoumis et des communistes), loin des 289 voix nécessaires pour renverser le gouvernement.”Voilà la motion de censure la plus cousue de fil blanc de toute l’histoire parlementaire”, a fustigé François Bayrou à la tribune avant le vote, qualifiant également l’initiative de “motion de censure à blanc”, ou “pour faire semblant”. Outrés, la majorité des députés PS a quitté l’hémicycle en plein discours du chef du gouvernement. “C’est la première fois que je vois un parti (…) quitter l’Assemblée pendant la discussion de sa motion de censure”, a ironisé François Bayrou, suscitant des applaudissements à droite et sur les bancs du RN. “Ce sont les affrontements entre partis sans cause et sans raison, uniquement sur des prétextes (…) qui nous empêchent de saisir les enjeux et de les relever”, a plus tard jugé François Bayrou, en conclusion d’un long discours.A quelques mètres de là, les socialistes ont alors improvisé un point presse devant des journalistes. “Le Premier ministre a choisi le ton de la polémique”, a regretté Olivier Faure, premier secrétaire du PS, en estimant que “dans l’ensemble, tout ce qu’il a pu dire était assez grossier.”M. Faure a défendu la stratégie de son parti, qui avait décidé de ne pas censurer le gouvernement précédemment parce qu’il “fallait un budget pour la France”, mais qui dénonce aujourd’hui “une dérive que l’on pourrait qualifier de trumpienne”. Le texte de la motion, qui reprochait au gouvernement de “céder aux passions tristes de l’extrême droite”, était signé par les 66 députés du groupe socialiste. Il n’avait a priori aucune chance d’aboutir, faute d’avoir le soutien du Rassemblement national (RN).Le parti de Marine Le Pen “ne s’interdit rien pour l’avenir” mais “n’a pas encore décidé de se servir du marchepied constitué par le bloc de gauche” pour censurer, a lancé, provocateur, le député RN Kévin Pfeffer. Il a également déploré “un spectacle un peu pathétique auquel le public, lassé, ne participe plus”. François Bayrou avait déjà survécu à cinq motions de censure de la gauche, une consécutive à sa déclaration de politique générale, et quatre sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale.- “Session de rattrapage” -Dans l’hémicycle, les députés de La France insoumise se sont retrouvés par moments plus nombreux que leurs collègues socialistes. Et ils ne se sont pas privés pour étriller leurs partenaires au sein d’une alliance en crise, qui avaient renoncé à censurer le gouvernement sur les budgets, suscitant la colère des Insoumis.”Aujourd’hui, pour redorer leur blason et se racheter une conscience, ils s’offrent une session de rattrapage”, a accusé Bastien Lachaud, député LFI. “Mais c’est un théâtre de dupes, une motion de censure symbolique, pour de faux.””Bayrou découvre le caractère toxique de toute relation avec le PS. Il n’hésite pas à maltraiter son petit personnel”, a aussi raillé sur X Jean-Luc Mélenchon, leader des Insoumis.Les socialistes reprochaient dans leur texte en particulier à François Bayrou d’avoir employé l’expression de “submersion” migratoire, reprenant “les mots funestes de Jean-Marie Le Pen”. Dans leur viseur également: le débat sur le droit du sol suggéré par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, le soutien du gouvernement à un texte LR restreignant ce droit à Mayotte, ou encore l’adoption à l’Assemblée nationale d’un texte sur la justice des mineurs.Le texte évoquait aussi l’affaire des violences à Notre-Dame-de-Bétharram, estimant que “le Premier ministre ne peut se soustraire aux interrogations légitimes des victimes et de leurs proches, de la représentation nationale et de la presse”.François Bayrou est accusé dans ce dossier d’être intervenu dans l’enquête ouverte fin 1997 concernant le père Carricart, ex-directeur de l’institution des Pyrénées-Atlantiques, et d’avoir menti à la représentation nationale, ce qu’il récuse entièrement.

Les manifestations à Paris et Seine-Saint-Denis pour la libération de Georges Abdallah interdites

Les manifestations prévues à Paris mercredi et jeudi soir en faveur de la libération du Libanais Georges Abdallah, en prison depuis 40 ans, et celles annoncées mercredi en Seine-Saint-Denis ont été interdites par le préfet de police Laurent Nuñez, en raison de “risques à l’ordre public”.Ces interdictions sont intervenue en deux temps. Mardi d’abord, le préfet de police a pris un arrêté d'”interdiction totale” des deux rassemblements parisiens à l’appel du collectif “Campagne unitaire pour la libération de Georges Abdallah”.Le militant libanais pro-palestinien Georges Abdallah a été condamné à la réclusion à perpétuité en 1987 pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien dans les années 1980. La cour d’appel de Paris doit statuer jeudi sur sa nouvelle demande de mise en liberté.Saisi en urgence par les organisateurs de ces rassemblements, le tribunal administratif de Paris a rejeté mercredi leur recours contre l’interdiction préfectorale.Puis, en fin de journée, la préfecture de police a relevé que ces organisateurs appelaient “leurs militants à rejoindre deux rassemblements”, organisés ce mercredi soir, l’un devant la mairie de Saint-Denis et l’autre devant celle d’Aubervilliers.- “Risques identiques” -De sorte que M. Nuñez a pris un nouvel arrêté pour interdire les deux manifestations en Seine-Saint-Denis, estimant que “les risques à l’ordre public reconnus par le tribunal administratif ayant conduit à l’interdiction des deux manifestations (parisiennes) étaient strictement identiques”.Dans son arrêté de mardi, M. Nuñez a fait valoir que le 8 février, lors de la précédente action de ce collectif, des propos “susceptibles de constituer une apologie du terrorisme” avaient été tenus.La préfecture de police a cité une banderole “Vive le déluge d’al-Aqsa”, nom donné par le mouvement islamiste palestinien Hamas à son attaque d’une ampleur sans précédent en Israël le 7 octobre 2023, et une autre “Quel révolutionnaire n’a pas pleuré de joie le 7 octobre?”.Ces propos ont fait l’objet d’un signalement du préfet de police auprès de la procureure de la République de Paris Laure Beccuau, a précisé la préfecture de police. “Dans le contexte social et international tendu, il existe un risque que des affrontements avec des militants aux opinions antagonistes de nature à troubler gravement l’ordre public aient lieu à l’occasion de ces manifestations déclarées”, a écrit M. Nuñez dans son arrêté.Les organisateurs des deux rassemblements ont fait valoir que leur appel à manifester avait pour “unique revendication” la “libération de Georges Ibrahim Abdallah”.Ils ont affirmé que la préfecture de police s’était prononcée “sans procéder à la moindre analyse concrète et précise en vue d’apprécier la réalité et l’ampleur d’un éventuel risque”.Dénonçant une décision “disproportionnée” du préfet de police, ils ont estimé qu’en ne proposant “pas de mesures de substitution”, la préfecture avait choisi “la décision la plus attentatoire aux libertés fondamentales”.En rejetant le recours des organisateurs, le juge des référés du tribunal administratif a repris les éléments développés par la préfecture de police.Plusieurs manifestations de soutien à Georges Abdallah sont prévues ailleurs en France, notamment ce mercredi à Toulouse, Alençon ou Lyon.

Les endeuillés s’expriment au procès de l’attentat de la basilique de Nice

Le Tunisien Brahim Aouissaoui, accusé d’avoir assassiné trois personnes dans la basilique de Nice le 29 octobre 2020, s’est de nouveau muré dans le silence mercredi, affirmant n’avoir “rien à dire” alors que s’exprimaient à la barre les proches des trois victimes.Tour à tour, les deux filles de Vincent Loquès, le sacristain égorgé par Brahim Aouissaoui, les sœurs et les fils de Simone Barreto Silva, une mère de famille tuée de 25 coups de couteau et le mari de Nadine Devillers, une paroissienne décapitée avec un couteau de cuisine, ont dit devant la cour d’assises spéciale “la difficulté à vivre” des endeuillés.Émilie, 28 ans, et Marjorie, 30 ans, les deux filles de Vincent Loquès, intervenant en visio depuis Nice, ont raconté avec pudeur “le deuil impossible” d’un père qu’elles chérissaient. “Je n’arrive pas à faire mon deuil”, dit, les yeux rougis, la cadette devenue institutrice.Marjorie, l’aînée, enceinte peu de temps après l’assassinat de son père, évoque son sentiment de culpabilité. “Je me sentais coupable de fabriquer la vie alors que j’avais perdu mon père, de mettre au monde un enfant dans un moment où on peut mourir dans un parc, dans un concert, dans une église”, dit-elle. Simone Barreto Silva, une mère de famille franco-brésilienne de 44 ans, c’était “la joie de vivre… et cela nous a été retiré”, disent à leur tour deux de ses sœurs, en pleurs.- “C’est très courageux” -L’émotion est à son comble quand le fils de 15 ans de Simone Barreto Silva s’approche de la barre. “Ma mère est décédée quand j’avais 10 ans”, commence l’adolescent à l’allure très juvénile.Il se tient bien droit face à la cour, décrit sa vie bouleversée, en larmes, tout en s’efforçant de rester digne. Des juges assesseurs se frottent les yeux.Le président de la cour d’assises, Christophe Petiteau, tutoie le jeune témoin. “C’est très courageux de venir ici, il n’y a pas beaucoup d’adultes qui peuvent le faire. Je sais que toute ta famille pourra compter sur toi”, dit le président, visiblement ému lui aussi.Un autre fils de Simone Barreto Silva, âgé de 20 ans et mineur au moment des faits, fustige les crimes “impardonnables” de l’accusé. “Pour lui, c’étaient des +mécréants+, des +chiens+. Pour nous, c’étaient un père, une mère, une sœur, une épouse…”. Le premier jour du procès, “je t’ai insulté”, poursuit le jeune homme qui avait lancé un véhément “Va te faire foutre !” à l’accusé avant d’être expulsé de la salle d’audience. “Je suis désolé pour ça”, s’excuse-t-il auprès de la cour. Puis se tournant vers l’accusé, il précise: “Aujourd’hui, je te regarde et ça me fait sourire”.Joffrey Devillers, marié pendant 26 ans à Nadine Devillers, raconte ses “insomnies” et ses “cauchemars” depuis sa mort.Arrive le tour de la jeune sapeur-pompier volontaire qui a tenté de porter secours à Simone Barreto Silva. Sentant sa fin approcher, la paroissienne prie la jeune femme de dire à ses enfants qu’elle “les aime très fort”. “J’ai promis”, dit la sapeur-pompier, en sanglots.Avant la suspension d’audience, un expert-psychiatre qui a examiné l’accusé à Fleury-Mérogis le 14 février estime “hautement improbable” l’hypothèse d’une “amnésie dissociative” mise en avant par Brahim Aouissaoui. Il s’agit davantage d’un “mécanisme de défense”, dit l’expert.Après avoir soutenu qu’il ne se souvenait de rien, l’accusé a reconnu au procès qu’il était présent dans la basilique le jour de l’attentat, mais s’est dit incapable d’expliquer son geste.L’accusé, à l’isolement total en détention, est dans un état “dépressif”, indique encore l’expert qui convient qu’il n’a “pas de comportement violent ou agressif” en prison.Cependant, pointe le médecin, Brahim Aouissaoui “présente une faible capacité de réadaptation à ce stade en raison de son absence totale de remise en question et de son maintien dans une posture idéologique rigide”.Les proches des victimes ont quitté la salle d’audience depuis longtemps quand l’expert termine sa déposition.Dans son box, l’accusé semble hors de son procès, joue avec ses mains, se tait.Le procès doit s’achever le 26 février.

Au procès Nemmouche, les ex-otages de l’Etat islamique racontent 10 mois d’enfer

Juin 2013, nord de la Syrie. La voiture des journalistes Edouard Elias et Didier François est arrêtée. “Cagoule sur la tête, mains dans le dos, on nous embarque dans une camionnette”, raconte le premier ex-otage mercredi à la cour d’assises spéciale de Paris.”Je vois les mains de Didier trembler et je me dis que ça pue”.Edouard Elias est photographe, il a 33 ans. Il en avait 22 en 2013 quand il a été enlevé par le groupe jihadiste naissant Etat islamique.Quelques minutes après leur kidnapping, décrit-il, la camionnette s’arrête. “A genoux, +Allah Akbar+, la kalachnikov sur la tête, clac. Premier simulacre d’exécution, ça fait bizarre”, mais “on s’habitue”, précisera-t-il plus tard.Dans leur premier lieu de détention, racontent tour à tour Edouard Elias et Didier François, ils sont attachés dans des pièces séparées à un radiateur pendant quatre jours, sans eau ni nourriture. Se font tabasser.Ensuite ils sont emmenés à l’hôpital d’Alep, transformé en prison. Le lieu est “une horreur absolue” où les jours et nuits sont “continuellement” emplies “de cris de gens en train de mourir”.Dans les couloirs, en permanence, des rangées d’hommes suspendus au plafond – les images de la vidéosurveillance de l’époque ont été diffusées à l’audience la veille – frappés par des gardiens à grands coups de bâtons.Au sol, des “monceaux d’êtres humains en train de geindre, des cadavres vivants”, décrit d’une voix rapide et calme Edouard Elias, grand, fin, chemise blanche sous une veste noire. Les otages occidentaux sont privés de nourriture et frappés – “je vois mon visage en cellule, il est bleu, littéralement bleu” dit le photographe – mais se rendent vite compte qu’ils ont “une valeur particulière” et qu’on ne les tuera pas comme ça, dans un sous-sol d’hôpital comme les milliers d’anonymes syriens qu’ils voient défiler.Et puis un jour il entend un cri en français dans une cellule voisine. “AMI !”, a crié la voix.”Et je sais pas ce qui me prend, je me mets à chanter. +Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne+”, entonne Edouard Elias, reprenant le Chant des partisans dans le micro.”Et là Didier reprend et chante avec moi, et je comprends qu’il est à côté de moi. Et je ne suis plus seul”. – “La voix” -Ils resteront détenus ensemble jusqu’à leur libération en avril 2014, dans plusieurs lieux et avec les autres otages occidentaux, notamment le journaliste américain James Foley et l’humanitaire David Haines, tous deux exécutés en tenue orange dans des vidéos de propagande. Sur les bancs des parties civiles, la femme et les filles de David Haines écoutent, visages baissés. Les ex-otages racontent aussi la “faim”, obsédante, l’ennui. La “bûche de Noël” fabriquée en décembre avec des bouts de pain. Et la “stratégie” pour tenir. “On s’est dit que si jamais on sortait, on voulait pouvoir ramener le maximum d’information”, décrit Didier François, 64 ans, barbe et cheveux blancs. Alors ils regardent tout: “Combien de pas jusqu’à la salle de torture, jusqu’aux toilettes… et tous les soirs on faisait le point”.Edouard Elias se rappelle une voix, surtout. “Il y a une voix que j’ai entendue ici, dans cette salle. Je l’ai reconnue formellement”, dit-il sans un regard pour Mehdi Nemmouche dans le box, qui soutient ne “jamais” avoir été geôlier.”C’est celle que j’ai entendue en Syrie, je suis formel parce que c’est au fond de mes tripes”. “C’est la voix qui m’emmerdait pendant des heures”, qui “me terrorisait, qui me faisait chier en cellule”. Celle qui disait “+mon ptit Didiiiier” ou sifflotait “Douce France, cher pays de mon enfance”. “Zéro doute”, balaie aussi Didier François, franchement tourné vers Mehdi Nemmouche qui le regarde en coin. Comme pour tenter de provoquer une réaction, il raconte “l’humour” de son geôlier qui lui avait lancé, alors qu’il portait une tenue orange pareille à celle des prisonniers de Guantanamo: “T’as l’air d’un con avec ton costard en peau de saumon fumé”.Dans le box, Mehdi Nemmouche reste de marbre.Le président Laurent Raviot l’avait fait se lever devant Edouard Elias. “Vous le reconnaissez ?”, avait-il demandé au témoin.Les deux hommes s’étaient toisés, pendant de longues secondes, à trois mètres l’un de l’autre. “Il était cagoulé je peux pas dire, je sais pas”. Mais dès qu’il “parle”, avait ajouté le photographe en portant sa main au coeur, “je ressens cette peur”.

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La fonte des glaciers s’accélère fortement, alerte une vaste étude mondiale

La fonte mondiale des glaciers s’est accélérée dans la dernière décennie, dévoile mercredi une étude inédite, selon laquelle ce phénomène, qui alimente une élévation irréversible du niveau des mers, pourrait être plus rapide qu’attendu à l’avenir.Les glaciers, qui constituent d’importants régulateurs climatiques et fournissent l’eau douce à des milliards de personnes, fondent rapidement à mesure que les températures mondiales augmentent sous l’effet de l’activité humaine.Dans une évaluation inédite, une équipe internationale a constaté une forte augmentation de la fonte, avec environ 36% de glace supplémentaire perdue entre 2012 et 2023 qu’entre 2000 et 2011.En moyenne, quelque 273 milliards de tonnes de glace sont perdues chaque année, l’équivalent de la consommation d’eau de la population mondiale pendant 30 ans. Les résultats sont “choquants” sans être tout-à-fait surprenants vu le réchauffement climatique en cours, a déclaré Michael Zemp de l’Université de Zurich, coauteur de l’étude publiée dans Nature.Les glaciers du monde ont perdu environ 5% de leur volume depuis le début du siècle, avec de grandes disparités régionales: de -2% en Antarctique à -40% dans les Alpes.Les régions avec des glaciers plus petits les perdent à un rythme plus rapide, et beaucoup “ne survivront pas au siècle en cours”, selon Michael Zemp. Les travaux – coordonnés par le Service mondial de surveillance des glaciers (WGMS), l’université d’Édimbourg et le groupe de recherche Earthwave – a rassemblé des mesures de terrain et par satellites pour établir un “point de comparaison”.Selon Michael Zemp, qui dirige le WGMS, l’étude suggère que les glaciers diminuent à un rythme plus rapide qu’attendu dans le dernier rapport du Giec, les experts du climat mandaté par l’ONU. “Nous sommes donc confrontés à une élévation du niveau de la mer plus importante que prévu jusqu’à la fin du siècle”, a-t-il déclaré à l’AFP.- Menace sur les calottes glaciaires -La fonte affectera aussi l’approvisionnement en eau douce, en particulier en Asie centrale et dans les Andes centrales.Les glaciers sont le deuxième contributeur à la hausse du niveau des océans, après l’expansion de l’eau de mer sous l’effet du réchauffement.Le niveau moyen des mers s’est élevé de 10 cm dans les trois dernières décennies, selon les observations satellitaires de la Nasa.Les près de deux centimètres d’élévation du niveau de la mer attribués à la fonte des glaciers depuis 2000 signifient que près de quatre millions de personnes supplémentaires sur les côtes du monde sont vulnérables aux inondations, ont calculé les scientifiques.Jusqu’à présent, les petits glaciers sont ceux qui contribuent le plus à ce phénomène, mais la menace pourrait changer d’ampleur à cause des colossales calottes glaciaires qui recouvrent l’Antarctique et le Groenland.Sur ce point, l’étude est “préoccupante”a, réagi Martin Siegert, professeur de l’université d’Exeter qui n’a pas participé à l’étude: “Les calottes glaciaires perdent aujourd’hui de la masse à un rythme croissant – six fois plus vite qu’il y a 30 ans, et si elles (fondent massivement), on ne parlera plus en centimètres mais en mètres” d’augmentation du niveau de la mer.Au 20e siècle, les évaluations étaient fondées sur des mesures de terrain de quelque 500 glaciers; aujourd’hui, satellites, caméras, radars et lasers fournissent des données plus complètes et précises, sur 275.000 glaciers.Sauvegarder les glaciers est une “stratégie de survie” essentielle pour la planète, a souligné l’ONU en janvier.