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La justice repousse sa décision sur la libération de Georges Ibrahim Abdallah

Après quatre décennies derrière les barreaux, l’attente se prolonge pour Georges Ibrahim Abdallah: la cour d’appel de Paris a reporté jeudi sa décision sur la libération du militant propalestinien condamné pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien en France.Ajournant au 19 juin l’examen de la demande de libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah, la chambre de l’application des peines a estimé qu'”en l’état il n’est pas possible” d’y “faire droit”. Elle a jugé “nécessaire” qu’il “s’acquitte à raison de ses facultés contributives des dommages et intérêts” qu’il doit verser aux parties civiles, selon un communiqué du parquet général.La cour a ainsi jugé “opportun d’ajourner la décision afin de permettre au condamné de justifier dans ce délai d’un effort conséquent d’indemnisation des parties civiles”.Son avocat, Me Jean-Louis Chalanset, a dénoncé devant la presse “une mesquinerie juridique”.”Je n’ai jamais vu une décision dans ce sens-là, ils reçoivent la demande de libération conditionnelle, ils l’acceptent à la condition que, et ils nous redonnent quatre, cinq mois pour qu’il ait le temps de payer”, a-t-il déclaré, parlant de “torture morale”.”Ils admettent, mais ils veulent encore une fois céder aux Etats-Unis”, a-t-il poursuivi, “or il a toujours dit, et moi avec, que jamais il n’indemnisera les Etats-Unis qui envoient les bombes sur les enfants palestiniens et libanais, c’est clair, c’est net, c’est précis”.Son client changera-t-il de position ? “C’est lui qui va décider”, mais “il avait dit que si l’Etat libanais payait, il accepterait, donc je vais demander à l’Etat libanais de le faire”, a ajouté Me Chalanset.A 73 ans, celui qui était à l’époque l’un des plus célèbres prisonniers de France est libérable depuis 25 ans, mais a vu sa dizaine de demandes de libération conditionnelle échouer.La préfecture de police a interdit des manifestations de soutien prévues mercredi soir en région parisienne, estimant qu’elles pourraient troubler l’ordre public, “dans le contexte social et international tendu”.A Toulouse, à une centaine de kilomètres de la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrenées) où Georges Abdallah est incarcéré, 300 personnes ont manifesté pour réclamer la libération de celui qui compte parmi les plus anciens détenus du pays.Le 15 novembre, le tribunal d’application des peines antiterroriste lui avait donné une lueur d’espoir, en ordonnant sa remise en liberté avec expulsion immédiate au Liban, prêt à l’accueillir. Georges Abdallah est le “dernier vestige du groupuscule d’obédience laïque, marxiste, communiste des FARL” (Fractions armées révolutionnaires, qu’il avait cofondées), appartenant à “l’histoire aujourd’hui révolue de l’activisme violent de l’ultra gauche” libanaise et palestinienne, qui n’est “à l’origine d’aucun attentat en France ni ailleurs depuis 1984”, écrivait le tribunal dans sa décision.Le Parquet antiterroriste (Pnat) n’avait pas été du même avis et avait fait appel, suspendant aussitôt la décision.L’affaire avait été réexaminée par la cour d’appel de Paris le 19 décembre en audience non publique. – “Symbole” -Le Pnat avait justifié son refus en expliquant qu’il n’avait “pas évolué”, que ses convictions étaient “restées intactes”. Georges Abdallah n’a jamais accepté d’indemniser les parties civiles. Et a toujours nié être lié aux assassinats des deux diplomates à Paris en 1982, sans condamner des “actes de résistance” contre “l’oppression israélienne et américaine” en pleine guerre civile libanaise.Il “représente un symbole voire un visage tutélaire de la cause palestinienne”, s’était aussi inquiété le Pnat.”Il représente surtout aujourd’hui le symbole d’un homme maintenu en détention depuis désormais plus de 40 ans, soit une période devenue disproportionnée au regard des faits commis et de sa dangerosité actuelle”, avait rétorqué le tribunal dans sa décision.Sa défense voit la main des États-Unis derrière ce maintien en prison. Partie civile au procès en 1987, le gouvernement américain a depuis systématiquement combattu sa remise en liberté. Avant l’audience devant la cour d’appel en décembre, ils avaient écrit aux magistrats pour s’y “opposer vigoureusement”.A son procès en 1987, Georges Abdallah avait comparu sous la lourde étiquette d’ennemi public n°1 en France, étant à l’époque soupçonné d’être derrière une vague d’attentats meurtriers à Paris, en réalité le fait de militants pro-iraniens. Il est aujourd’hui largement oublié, sauf de son petit comité de soutien, de quelques parlementaires de gauche ou de personnalités comme la prix Nobel de littérature Annie Ernaux.

La France rétrocède à la Côte d’Ivoire sa base militaire historique près d’Abidjan

La France a rétrocédé jeudi à la Côte d’Ivoire la grande base militaire qu’elle occupait depuis près de 50 ans près d’Abidjan, un départ concerté contrairement à d’autres pays africains qui ont récemment chassé l’armée française.Le retour dans le giron ivoirien de la base abritant le 43e Bataillon d’infanterie et de marine (43e BIMa) à Port-Bouët a été acté lors d’une cérémonie en présence des ministres de la Défense des deux pays, Téné Birahima Ouattara et Sébastien Lecornu.Le drapeau national aux couleurs orange, blanche et verte de la Côte d’Ivoire a été hissé sur la place d’armes de cette base stratégique située près de l’aéroport d’Abidjan, et rebaptisée à cette occasion du nom de Thomas d’Aquin Ouattara, premier chef d’Etat-major de l’armée ivoirienne. “Cet acte marque une nouvelle étape dans les relations d’amitié et de coopération stratégique entre nos deux nations”, a déclaré Téné Birahima Ouattara lors de la cérémonie.”Le monde change il est évident que notre relation de défense devait évoluer”, a de son côté souligné M. Lecornu, saluant un moment “historique” et la “relation faite d’amitié et d’un très grand professionnalisme” entre les deux pays.”La France transforme sa présence mais ne disparaît pas”, a-t-il ajouté.Téné Birahima Ouattara a tenu à “rassurer” la France que la coopération militaire serait à l’avenir “aussi bonne qu’elle a toujours été”.A l’issue de la cérémonie M. Lecornu s’est entretenu avec le président ivoirien Alassane Ouattara. “Ce n’est pas une rupture, c’est une autre forme de coopération basée sur des questions de formation, d’équipement, de lutte anti-drone…”, a précisé une source au sein de la présidence ivoirienne. Des sujets internationaux, notamment l’Ukraine, ont aussi été abordés lors de l’entretien.La présence française s’est déjà réduite ces derniers mois passant de 1.000 soldats à quelques centaines actuellement. La suite du retrait va s’opérer progressivement au cours de l’année 2025 et environ 80 d’entre eux vont se maintenir sur la base pour des missions de formation et d’accompagnement.Ces dernières semaines, une petite centaine de parachutistes ivoiriens a déjà pris ses quartiers sur ce camp, et plusieurs exercices communs sont menés.- Anticiper -Cette rétrocession, annoncée le 31 décembre par le président ivoirien Alassane Ouattara, ponctue un processus initié il y a deux ans entre les deux pays, et alors que la France a annoncé sa volonté de réorganiser son dispositif militaire en Afrique.”Les autorités ivoiriennes savent très bien que les idées souverainistes existent dans le pays. Il faut donc anticiper le départ de la base militaire française avant que cela ne devienne une revendication populaire”, a expliqué à l’AFP l’analyste politique ivoirien Geoffroy Kouao. Face à la prise de pouvoir par des putschs de juntes devenues hostiles au Sahel, l’armée française déployée dans la lutte antijihadiste a dû plier bagage, de gré ou de force.D’abord au Mali, en février 2022, avec la fin de l’opération Barkhane, puis un an plus tard au Burkina Faso voisin, lorsque les autorités ont brutalement dénoncé l’accord militaire liant les deux pays. A peine quelques jours après leur prise de pouvoir en juillet 2023, les putschistes du Niger ont fait de même, obtenant le départ en décembre de la même année des 1.500 soldats déployés dans la lutte antijihadiste. Enfin, plus récemment, le Tchad a prié l’armée française de quitter le territoire en quelques semaines et le Sénégal négocie le départ des troupes d’ici fin 2025.La Côte d’Ivoire fait donc figure d’exception dans ce paysage défiant sinon hostile envers la présence française. Le pays a gardé des liens privilégiés avec la France depuis son indépendance en 1960, malgré une décennie de crise dans les années 2000.- “Bons rapports” -Les liens entre les deux armées remontent à 1961, et un accord de défense signé au lendemain de l’indépendance, mais la présence française sur le territoire remonte à l’époque coloniale.Le 43e BIMa s’est installé en 1978 sur cette base.En 2002, après une tentative de coup d’Etat contre le président de l’époque Laurent Gbagbo et la prise de contrôle d’une partie du pays par des rebelles, la France avait mis en place la force Licorne, pour protéger ses ressortissants et tenter de stabiliser le pays.En avril 2011, quelques mois après une élection présidentielle aux résultats contestés par Laurent Gbagbo, Licorne avait mené, aux côtés de l’ONU, des bombardements sur la résidence du président sortant, qui sera finalement arrêté. La mission de la force avait pris fin en 2015.

South Korea’s ousted PM says he tried to stop martial law decree

South Korea’s ousted premier said on Thursday that he had opposed suspended President Yoon Suk Yeol’s declaration of martial law, testifying for the first time at his former boss’s impeachment trial about the events of a night that threw the country into turmoil.Han Duck-soo was impeached by parliament as acting president and prime minister in …

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Libération de Georges Ibrahim Abdallah: décision reportée en juin

Après quatre décennies derrière les barreaux, l’attente se prolonge pour Georges Ibrahim Abdallah, la cour d’appel de Paris ayant reporté jeudi au 19 juin sa décision sur la libération du militant propalestinien condamné pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien en France.La cour d’appel a ajourné sa décision afin que le détenu de 73 ans puisse justifier de l’indemnisation des parties civiles, selon une source judiciaire et son avocat, Me Jean-Louis Chalanset, qui a dénoncé devant la presse “une mesquinerie juridique”.Une indemnisation à laquelle Georges Ibrahim Abdallah s’est toujours refusé.A 73 ans, celui qui était à l’époque l’un des plus célèbres prisonniers de France est libérable depuis 25 ans, mais a vu sa dizaine de demandes de libération conditionnelle échouer.Un sort qui fait de lui “une exception”, souligne son avocat Jean-Louis Chalanset, alors que les principaux “prisonniers politiques”, qu’ils soient d’Action Directe, corses ou basques, sont sortis de prison.”Si la cour ne fait pas droit à sa demande, cela reviendra à instaurer une perpétuité réelle, qui n’existe pas en droit français”, déclarait-il en amont de la décision.La préfecture de police a interdit des manifestations de soutien prévues mercredi soir en région parisienne, estimant qu’elles pourraient troubler l’ordre public, “dans le contexte social et international tendu”.A Toulouse, à une centaine de kilomètres de la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrenées) où Georges Abdallah est incarcéré, 300 personnes ont manifesté pour réclamer la libération de celui qui compte parmi les plus anciens détenus du pays.Le 15 novembre dernier, le tribunal d’application des peines antiterroriste lui avait donné une lueur d’espoir, en ordonnant sa remise en liberté avec expulsion immédiate au Liban – prêt à l’accueillir. Georges Abdallah est le “dernier vestige du groupuscule d’obédience laïque, marxiste, communiste des FARL” (Fractions armées révolutionnaires, qu’il avait cofondées), appartenant à “l’histoire aujourd’hui révolue de l’activisme violent de l’ultra gauche” libanaise et palestinienne, qui n’est “à l’origine d’aucun attentat en France ni ailleurs depuis 1984”, écrivait le tribunal dans sa décision.Le parquet antiterroriste (Pnat) n’avait pas été du même avis et avait fait appel, suspendant aussitôt la décision.L’affaire avait été réexaminée par la cour d’appel de Paris le 19 décembre en audience non publique. – “Symbole” -Le Pnat avait justifié son refus en expliquant qu’il n’avait “pas évolué”, que ses convictions étaient “restées intactes”. Georges Abdallah n’a jamais accepté d’indemniser les parties civiles. Et a toujours nié être lié aux assassinats des deux diplomates à Paris en 1982, sans condamner des “actes de résistance” contre “l’oppression israélienne et américaine” en pleine guerre civile libanaise.Il “représente un symbole voire un visage tutélaire de la cause palestinienne”, s’était aussi inquiété le Pnat.”Il représente surtout aujourd’hui le symbole d’un homme maintenu en détention depuis désormais plus de 40 ans, soit une période devenue disproportionnée au regard des faits commis et de sa dangerosité actuelle”, avait rétorqué le tribunal dans sa décision.Sa défense voit la main des États-Unis derrière ce maintien en prison. Partie civile au procès en 1987, le gouvernement américain a depuis systématiquement combattu sa remise en liberté. Avant l’audience devant la cour d’appel en décembre, ils avaient écrit aux magistrats pour s’y “opposer vigoureusement”.A son procès en 1987, Georges Abdallah avait comparu sous la lourde étiquette d’ennemi public n°1 en France, étant à l’époque soupçonné d’être derrière une vague d’attentats meurtriers à Paris – en réalité le fait de militants pro-iraniens. Il est aujourd’hui largement oublié, sauf de son petit comité de soutien, de quelques parlementaires de gauche ou de personnalités comme la prix Nobel de littérature Annie Ernaux.Vendredi, il a reçu la visite en prison des députés LFI Eric Coquerel et Sylvie Ferrer, venus réclamer que cesse “le scandale d’État” que représente la durée de sa détention, a dit le premier sur place aux journalistes. “C’est une honte pour l’État français.” 

Violences sexuelles à Bétharram: deux hommes restent en garde à vue

La garde à vue se poursuit jeudi à Pau pour deux des trois hommes interpellés dans l’enquête sur les violences physiques et sexuelles dénoncées par plus d’une centaine d’anciens élèves, sur un demi-siècle, au sein de l’établissement catholique Notre-Dame-de-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques).Le parquet a mis un terme à celle du troisième, nonagénaire, sans en dire davantage à ce stade de la procédure.Les gendarmes enquêtent depuis un an sur cette institution longtemps réservée aux garçons. Les victimes, enfants ou adolescents à l’époque des faits, décrivent des masturbations et fellations imposées ou subies plusieurs fois par semaine, des châtiments corporels, menaces et humiliations.Les trois hommes, nés en 1931, 1955 et 1965, avaient été interpellés mercredi pour des “viols aggravés, agressions sexuelles aggravées et/ou violences aggravées”, sur une période comprise “entre 1957 et 2004” selon le parquet.D’après une source proche du dossier, il s’agit respectivement d’un prêtre et de deux laïcs, dont l’un avait été démis de ses fonctions en février 2024, peu après l’ouverture de l’enquête, alors qu’il était visé par au moins huit plaintes. L’autre est un ancien surveillant général.- “Personne ne disait rien” -“J’ai subi des punitions, des violences, on nous caressait à la sortie des douches, personne ne disait rien, on avait 9 ans !”, enrage Brice Ducos, 49 ans, interne à Bétharram entre 1984 et 1991, ciblant l’un des suspects, surnommé “Cheval” à l’époque.Allusion à la chevalière qu’il portait à une main et qu’il retournait avant de gifler un élève, en lui disant: “Regarde ce que tu m’obliges à faire”, témoigne auprès de l’AFP un autre ancien, scolarisé de 1973 à 1980, qui a requis l’anonymat.Antoine (prénom modifié), 48 ans, incrimine, lui, le surveillant écarté l’an dernier. “J’ai été son protégé”, dit-il, évoquant des agressions sexuelles sous la tente lors de sorties scouts, puis des masturbations hebdomadaires, quatre ans durant, quand il habitait chez lui.”Pourquoi je n’ai rien dit? Il avait une sacrée emprise sur moi, j’étais un bébé et il avait le rôle du père que je n’avais pas eu. Il voulait m’avoir que pour lui”, confie celui dont une première plainte, en 1999, fut classée sans suite. “J’étais dégoûté qu’on me croie pas.”Celle déposée en 2010 par Jean-Marie Delbos, 78 ans aujourd’hui, fut aussi vaine mais il a été indemnisé en 2022 par la Commission Reconnaissance et Réparation après une enquête canonique.Lui met en cause le nonagénaire, “jeune ecclésiastique” quand il le vit arriver au dortoir en 1957. Il “venait la nuit, soutane ouverte, s’accroupir au pied du lit pour faire des attouchements et des fellations”, alors qu’il était “terrorisé et incapable de la moindre réaction”, raconte-t-il.- Prescription en question -Parmi les 132 plaintes recensées par le collectif des victimes, une poignée ne sont pas frappées par la prescription, estime son porte-parole Alain Esquerre, lui-même ancien pensionnaire.Pour Me Jean-François Blanco, avocat en 1996 d’un élève victime d’une violente claque, la période évoquée par le procureur, longue de presque un demi-siècle, situe cependant “les crimes dans leur sérialité”, “un critère fondamental pour l’appréciation sur la prescription”.La loi de 2021 sur la protection des mineurs contre les crimes et délits sexuels permet de prolonger le délai de prescription d’un premier viol si la même personne récidive sur un autre mineur.Ces interpellations sont intervenues quatre jours après une réunion entre des victimes et François Bayrou, mis en cause depuis début février par plusieurs témoignages affirmant qu’il était au courant de premières accusations entourant l’établissement dans les années 1990, ce qu’il dément.Le chef du gouvernement, ministre de l’Éducation de 1993 à 1997, répète n’avoir “jamais été informé” dans le passé des violences sexuelles dans cet établissement qu’ont fréquenté plusieurs de ses enfants et où son épouse a enseigné le catéchisme.Alors que le scandale a poussé le gouvernement à annoncer un renforcement des contrôles sur les établissements privés sous contrat, le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, a appelé jeudi à ne pas faire de Bétharram “une affaire d’opposition” entre “public et privé”.La commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale a voté mercredi, à l’unanimité, la création d’une commission d’enquête “sur les modalités du contrôle de l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires”.La Commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a, elle, demandé un audit global sur les dispositifs d’alerte existants dans les établissements accueillant des enfants, estimant que “Bétharram n’est pas un cas unique”.

Retraites: après le diagnostic de la Cour des comptes, les syndicats veulent “passer aux choses sérieuses”

“Passons aux choses sérieuses”: les partenaires sociaux ont salué jeudi le diagnostic financier de la Cour des comptes sur les retraites, qui brosse un tableau “préoccupant” mais enterre l’idée d’un “déficit caché”, ouvrant la voie à trois mois de négociations sur la réforme de 2023.Particulièrement attendu pour faire “la vérité des chiffres”, ce rapport commandé par Matignon a été remis en début de matinée à François Bayrou par le premier président de la Cour, Pierre Moscovici, puis présenté aux syndicats et au patronat. Avant même sa publication officielle, le chef du gouvernement a évoqué “un déficit immédiat de six milliards qui, dans les années qui viennent, si on ne fait rien, dérivera vers 30 milliards” et insisté une nouvelle fois sur “l’apport de l’Etat pour équilibrer le système”.Ce rapport donne le coup d’envoi à trois mois de difficiles négociations entre partenaires sociaux pour retoucher l’impopulaire réforme des retraites de 2023 (qui a décalé l’âge légal de départ de 62 à 64 ans) “sans totem ni tabou” mais “sans dégrader” l’équilibre financier, selon les mots du chef du gouvernement.Sans surprise au vu des chiffres déjà connus, le diagnostic financier de la Cour des comptes est “préoccupant”, a résumé Pierre Moscovici.- Déficit accru après 2030 -Le déficit atteindrait 6,6 milliards d’euros en 2025, se “stabiliserait” jusqu’en 2030 environ, puis se dégraderait de manière “nette, rapide, croissante”, passant à environ 15 milliards à horizon 2035 et 30 milliards en 2045, “malgré la réforme de 2023”, retrace le rapport.La réforme de 2023 aura “un effet positif” d’environ 10 milliards à l’horizon 2030, mais de plus en plus limité ensuite. Le système par répartition (les actifs financent les pensions des retraités actuels) souffre d’un “déséquilibre croissant” dû au vieillissement de la population.Ces chiffres sont loin de ceux avancés mi-janvier par M. Bayrou, qui avait évoqué un déficit de 55 milliards d’euros à horizon 2030. Ils se rapprochent plutôt des prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR), référence en la matière.Dans son calcul, M. Bayrou n’intégrait pas aux recettes les contributions (impôts affectés, subventions) versées par l’Etat pour équilibrer le régime de la fonction publique, jugeant que l’Etat cotise à un taux trop élevé par rapport au privé. Dans son sillage, certains experts, minoritaires, avaient pointé un “déficit caché”. “Il n’existe aucun déficit caché”, mais seulement “deux comptabilités différentes” de la contribution de l’Etat, qui s’élevait à 45 milliards d’euros en 2023, observe Pierre Moscovici. Lequel souligne que les régimes relevant du privé et du public ne sont “pas comparables”.  Ce rapport “offre un démenti cinglant aux chiffres farfelus” du Premier ministre, a taclé la leader de la CGT Sophie Binet. “L’objectif de la CGT” est toujours “d’abroger cette réforme injuste et violente”, ce qui coûterait “10 milliards d’euros”, un chiffre “tout à fait soutenable”, a-t-elle estimé.François Bayrou juge lui le rapport “en cohérence” avec ses chiffres, puisqu’il souligne “l’apport de l’Etat”.- “Redonner confiance” -“L’histoire du déficit caché est écartée, (…) passons aux choses sérieuses”, a lancé, tout sourire, la numéro 1 de la CFDT Marylise Léon, qui attend “un bouger sur l’âge légal, la reconnaissance des métiers pénibles” et l’amélioration des droits des femmes. Au vu du rapport, la réforme de 2023, “présentée comme la réforme du siècle qui allait résoudre tous les problèmes, (…) c’était du pipeau”, a-t-elle cinglé.Les travaux des partenaires sociaux débuteront le 27 février. Leur mission s’annonce ardue, tant les positions sont antagonistes. Pour les syndicats, la priorité est de revenir en arrière sur les 64 ans. Le patronat exclut lui toute augmentation de sa contribution financière.”Le premier sujet, c’est de parler de la retraite par capitalisation”, a défendu jeudi le président de la CPME Amir Reza-Tofighi, souhaitant aussi “indexer l’âge de départ sur l’espérance de vie”. Il a dit vouloir “redonner confiance” dans un système qui “va droit dans le mur” si on ne prend pas des décisions “difficiles mais courageuses”.Pour “éclairer” les débats, la Cour des comptes a estimé l’effet de différents leviers. Agir sur l’âge légal de départ aurait un “effet puissant à court terme” mais moins à long terme, à l’inverse de la durée de cotisation qui aurait “un effet de moindre ampleur, mais mieux étalé dans la durée”. Augmenter les taux de cotisation aurait “des effets négatifs sur l’économie”, selon la Cour, pour qui les effets d’une moindre revalorisation annuelle des pensions aurait en revanche des effets “relativement faibles”.Des scenarii qui font l’impasse sur un retour aux 62 ans. La Cour “s’est engagée à corriger” cet oubli, selon Mme Binet.eva-arz-bat-ic-mdb/grd/gvy

Mariage d’un étranger en situation irrégulière: le Sénat vote l’interdiction malgré les barrières juridiques

Soutenue par Gérald Darmanin et Bruno Retailleau mais contraire à la jurisprudence constitutionnelle, l’interdiction du mariage pour les étrangers en situation irrégulière a été approuvée jeudi au Sénat en première lecture, une initiative centriste qui désespère la gauche.”Le mariage ne peut être contracté par une personne séjournant de manière irrégulière sur le territoire national”: la proposition de loi du sénateur de la Somme Stéphane Demilly, qui tient en une phrase, a été adoptée à 227 voix contre 110.”Ce texte est simple, univoque, laconique”, a résumé son auteur, “choqué” de voir les maires priés de “lire des articles de la loi française à de futurs époux alors qu’ils n’ont rien à faire dans le pays”.L’initiative du parlementaire entend répondre par la loi à l’affaire du maire UDI d’Hautmont (Nord), Stéphane Wilmotte, assigné en justice par un ex-responsable de mosquée expulsé vers l’Algérie qu’il avait refusé de marier en juin 2023.L’objectif de l’élu à la Haute assemblée: lutter contre des mariages “blancs” ou “gris”, c’est-à-dire simulés, arrangés, “de complaisance” ou “frauduleux”, contractés pour faciliter par la suite l’obtention de la nationalité française. Ce vote intervient de surcroît deux jours après la convocation devant le procureur de Montpellier du maire de Béziers (Hérault), Robert Ménard, poursuivi pour avoir refusé de célébrer un mariage entre une Française et un Algérien en situation irrégulière, en juillet 2023.L’édile, qui estime “ubuesque” de plaider coupable, risquait en théorie jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75.000 euros et une peine d’inéligibilité.- Jurisprudence claire -L’actualité judiciaire et l’agenda parlementaire se rejoignant, ce dossier a rapidement gagné le sommet du pouvoir, avec des prises de position des ministres de la Justice et de l’Intérieur, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau, en faveur de cette proposition de loi, qui doit encore passer par l’Assemblée nationale avant d’être adoptée définitivement.Mais la jurisprudence du Conseil constitutionnel est très claire sur ce sujet: “Le respect de la liberté du mariage (…) s’oppose à ce que le caractère irrégulier du séjour d’un étranger fasse obstacle, par lui-même, au mariage de l’intéressé”, indiquent les Sages dans une décision de 2003.Néanmoins, “poser deux fois la même question au juge constitutionnel à 20 ans d’intervalle n’est ni insolent ni kamikaze. C’est reconnaître que la société évolue”, a insisté le garde des Sceaux devant les sénateurs. L’écologiste Mélanie Vogel a dénoncé “une attaque en règle contre la Constitution, contre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et donc contre l’état de droit”, quand la socialiste Corinne Narassiguin a fustigé une initiative qui “reprend le programme de l’extrême droite” pour “alimenter des fantasmes et amplifier un climat anxiogène de xénophobie et de racisme”.L’élue pointe aussi la “volte-face” de Gérald Darmanin, qui s’était clairement opposé à cette proposition lors des débats sur la loi immigration fin 2023 devant la chambre haute.Si l’Association des maires de France (AMF) est favorable au texte, les maires de l’Association nationale des villes et territoires accueillants (Anvita) l’ont eux jugé “discriminant”.- “Voie de passage” -Mais l’alliance LR-centristes, majoritaire au Sénat, a tout de même fait adopter cette disposition jeudi matin, tout en l’assortissant d’autres dispositifs jugés plus “solides” juridiquement.Elle a ainsi voté une mesure, avec l’appui du gouvernement, pour imposer aux futurs époux de nationalité étrangère de fournir au maire des justificatifs de séjour. Cet outil devant permettre aux maires de caractériser une “absence de consentement” suspectée, par exemple, avant de saisir le procureur de la République, seule autorité pouvant interdire une union.Les sénateurs ont aussi allongé le délai du “sursis au mariage”, soit le temps d’enquête du procureur saisi par le maire en ce sens. Sursis qui serait réputé automatique en l’absence de réponse du procureur sous 15 jours.Autant d’aménagements destinés à “trouver une voie de passage”, insiste Stéphane Demilly, qui estime que “ce n’est pas parce que le Conseil constitutionnel dresse un immense nuage noir au-dessus de nos têtes qu’on n’a pas le droit d’essayer de passer à travers”. 

Dans de nombreux hôpitaux, les tickets de parking ont un goût salé

“35 euros sur une semaine ça fait cher”: de Cambrai à Saint-Etienne, en passant par Nancy, des malades et leurs proches se désolent que les parkings des hôpitaux soient devenus payants, alors que le ministre de la Santé a promis un geste.Stéphanie Ricq, une Cambraisienne de 39 ans qui vient de régler son ticket, se désole: “2,70 pour une heure que je suis là…”. Cette ouvrière agricole vient “faire des examens assez souvent” et aimerait “que ça soit un petit peu moins cher quand même”, explique-t-elle, accompagnée de son adolescent. “Je suis maman solo, donc c’est un peu dur.”Le parking de 300 places, construit récemment pour un investissement de cinq millions d’euros, est géré par Indigo depuis 2022.L’opérateur privé, qui a financé l’ouvrage, l’exploite dans le cadre d’un contrat sur 35 ans, précise le groupe qui gère les parkings d’une vingtaine d’hôpitaux en France.Joël Trumeu, employé de mairie de 55 ans qui a du venir tous les jours, en a eu pour “35 euros sur une semaine, ça fait cher”. Il regrette qu’il n’y ait “pas d’autre solution”: aux alentours, il risque un PV.Peu d’usagers ont suivi les déclarations du ministre Yannick Neuder qui a promis le 12 février, devant l’Assemblée nationale, d’intervenir pour faire baisser certains frais de parking.Le ministre veut demander aux directeurs généraux de CHU réunis le 6 mars “que dans certaines conditions, sur des maladies longues, il y ait une prise en charge” de ces frais.Sujet de crispation récurrent à travers la France, les concessions de parking hospitaliers à des opérateurs privés se sont multipliées ces dernières années, alors que les hôpitaux sous forte contrainte financière cherchent à concentrer leurs investissement sur leurs activités de soins.À Nancy mais aussi “à Saint-Étienne, Brest, Cambrai, Le Mans, Bordeaux, Le Havre, la colère gronde”, avait déclaré le député citant l’exemple d’une jeune femme “qui parcourt 200 kilomètres par jour pour voir sa mère” à l’hôpital de Nancy en soins palliatifs et “paie 300 euros par mois de parking”.- “On n’a pas d’autre solution” -Sollicité par l’AFP, la direction du Centre hospitalier de Cambrai n’était pas disponible pour indiquer si l’hôpital bénéficie d’une partie des recettes.Un porte-parole de la mairie explique que l’établissement a préféré “investir dans du matériel, comme un scanner” plutôt que dans la construction d’un parking.Passé les 15 premières minutes gratuites, il faut payer 2 euros par heure. Une demi-journée peut monter à 9 euros, 11 euros pour 24 heures.Parmi les usagers qui se succèdent à la caisse, Cécile Candelier, 33 ans, salariée dans la banque, dit comprendre la décision de l’hôpital. “Forcément, on préférait la gratuité”, mais “tout devient payant, alors ça ne me gêne pas de payer un service parking.”En France, plusieurs opérateurs occupent ce marché dont Indigo, Q-Park et Vinci.Pointé par une députée en 2023, le parking du CHRU de Nancy a depuis considérablement réduit ses tarifs, à 4,70 euros les 3 heures.A Saint-Etienne, où la gestion du parking a été confiée cet été à Effia, filiale de Keolis qui indique gérer une vingtaine de parkings hospitaliers, même grogne.”Les réactions de mécontentement se multiplient”, indique Cyril Vidal, secrétaire général CGT du CHU stéphanois. “Les tarifs, qui étaient modérés avant le passage au privé, ont depuis beaucoup augmenté” et le temps de gratuité pour patients et visiteurs “est passé de deux heures à une demi-heure”. Guillaume Pellet, un sexagénaire orléanais qui séjourne une semaine par mois à Saint-Etienne pour rendre visite à sa mère de 99 ans à l’Unité de soins longue durée, s’est résolu à venir à l’hôpital en tramway. Il regrette que les visiteurs déclarés “ne puissent plus bénéficier d’une exonération comme auparavant”.Une situation “particulièrement honteuse”, s’indigne François Berre, qui vient y rendre visite à sa mère depuis trois ans, et a lancé une pétition à ce sujet.

Macron réunit les chefs de partis sur la “menace russe” et la défense européenne

Emmanuel Macron reçoit jeudi matin les chefs de partis à l’Élysée pour évoquer la situation en Ukraine et les efforts supplémentaires à fournir en matière de défense face à la “menace existentielle” que représente la Russie, alors que Donald Trump s’en rapproche et prend ses distances avec l’Europe.La réunion, qui a démarré à 11H00 autour du chef de l’État et du Premier ministre François Bayrou, rassemble douze dirigeants de partis ou groupes représentés au Parlement ainsi les présidents ou représentants des deux chambres et du Conseil économique et social, a indiqué l’Élysée.”Pour la première fois les Américains ne sont pas avec nous mais jouent par-dessus nos têtes”, déclaré le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure à son arrivée.Dans un tel contexte, “nous avons nécessité de venir faire preuve d’une certaine forme d’unité” et de “témoigner notre loyauté” à un président certes “affaibli sur le théâtre intérieur” mais qui “doit représenter la France et l’Europe quand il ira parler avec le président américain”, a-t-il ajouté.”Ce n’est pas avec Trump qu’on doit parler, c’est avec Poutine”, a tranché le Secrétaire national du PCF Fabien Roussel alors que le président français doit se rendre en début de semaine prochaine à Washington.”L’Europe est seule désormais, au pied du mur, il faut un sursaut européen radical”, a renchéri l’Écologiste Marine Tondelier. Manuel Bompard (LFI) a appelé de son côté à “sortir d’une certaine forme de naïveté”, de “l’idée que les intérêts français nécessitaient un alignement permanent sur les intérêts américains”.Côté Rassemblement national, Louis Aliot est présent, le président du parti, Jordan Bardella, devant se rendre au même moment à Washington. Côté majorité gouvernementale, Gabriel Attal (Renaissance), Édouard Philippe (Horizons) et Marc Fesneau (MoDem) sont également présents, de même que Michèle Tabarot pour le parti Les Républicains dont les ténors (Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau) sont en pleine guerre des chefs.- “Dictateur” -Le chef de l’État renoue ainsi avec les rencontres au “format Saint-Denis” initiées en août 2023 dans cette ville limitrophe du nord de Paris pour renouveler la pratique du pouvoir dans la concertation avec les partis.Ces consultations, regardées avec méfiance par certaines formations qui y voyaient un moyen de contourner le Parlement, ont eu un succès très relatif, la dernière édition remontant à mars 2024, déjà sur l’Ukraine.S’ensuivra un débat sans vote, début mars au Parlement, sur les conséquences du contexte géopolitique en Europe pour la France.L’exécutif a commencé à préparer l’opinion à la nécessité d’un plus grand effort de défense alors que la paix en Ukraine esquissée par Donald Trump pourrait ressembler à une capitulation pour Kiev.Le nouveau président américain entend la négocier directement avec son homologue russe Vladimir Poutine, dont le pays avait pourtant attaqué l’Ukraine il y a bientôt trois ans, le 24 février 2022.Le locataire de la Maison Blanche a en outre été d’une rare violence verbale avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky qui réclame une place à la table des négociations, le traitant de “dictateur” au bilan “épouvantable” et suggérant qu’à ce rythme, il n’allait bientôt “pas lui rester de pays”.- Troupes au sol -Emmanuel Macron, qui a réuni par deux fois des partenaires européens lundi et mercredi – près d’une trentaine au total -, pointe “une très forte convergence pour dire que la Russie constitue une menace existentielle pour les Européens”.”Nous souhaitons une paix en Ukraine qui soit durable et solide”, a-t-il encore répété mercredi.De son côté, le Premier ministre François Bayrou a martelé devant sa majorité que “jamais depuis 1945, le risque d’une guerre en Europe n’avait été aussi élevé”.Dans un tel contexte, “le réveil européen passe par une augmentation des dépenses militaires” qui aura “des conséquences pour nos finances publiques”, a averti la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas.Les Européens craignent que Vladimir Poutine ne soit encouragé à poursuivre son offensive en Ukraine, voire à l’étendre à des pays voisins, s’il n’est pas clairement “forcé” à la paix, y compris par le déploiement de forces étrangères le long de la ligne de démarcation.Emmanuel Macron a assuré mardi que “la France ne s’apprête pas à envoyer des troupes au sol, belligérantes dans un conflit, sur le front”.Mais il a aussi évoqué la possibilité “d’avoir, sous mandat des Nations unies, une opération de maintien de paix, qui elle se tiendrait le long de la ligne de front”.