AFP Top News

Attentat de Mulhouse: l’assaillant présenté à un juge d’instruction antiterroriste à Paris

L’Algérien en situation irrégulière en France qui a tué au couteau samedi un passant à Mulhouse (Haut-Rhin) et blessé six autres personnes, aux cris d'”Allah Akbar”, est présenté mercredi à un juge d’instruction antiterroriste parisien en vue de sa mise en examen.Brahim A., 37 ans, fait l’objet d’une information judiciaire ouverte pour assassinat, tentatives d’assassinat commises sur personnes dépositaires de l’autorité publique, violences avec arme sur des agents de police municipale, le tout en relation avec une entreprise terroriste.”Dans le cadre de sa garde à vue, Brahim A. reconnait partiellement la matérialité des faits mais conteste toute adhésion aux thèses djihadistes”, a précisé mercredi le parquet national antiterroriste (Pnat), qui a requis son placement en détention provisoire.Le dernier attentat islamiste mortel en France datait de décembre 2023, quand un Franco-Iranien avait tué au couteau un touriste près de la Tour Eiffel à Paris.- Pas de “cadre délirant”  -Les deux frères de Brahim A. et son hébergeur avaient eux aussi été placés en garde à vue.Mais ils ont été relâchés mardi soir et mercredi matin “en l’absence d’éléments permettant, à ce stade des investigations, de caractériser leur implication dans le projet criminel terroriste”, a expliqué le Pnat dans son communiqué.Samedi, à Mulhouse, vers 15h45, Brahim A. a agressé à l’arme blanche deux agents de stationnement près du Marché du canal couvert de Mulhouse, “alors que ces derniers contrôlaient le secteur du marché”, selon la même source.En chemin “vers le milieu de la place du marché”, il a attaqué “un passant” au couteau. Lino Sousa Loureiro, Portugais de 69 ans, est décédé.Après être entré “dans la cour d’une habitation”, il en est ressorti “un balai en main” pour “agresser immédiatement l’un des policiers”.A plusieurs reprises, “il était entendu crier +Allah Akbar+”, précise le Pnat.Dans sa fuite, il a aussi lancé plusieurs “projectiles, notamment un morceau de bitume”, en direction de policiers municipaux qui le poursuivaient puis mordu l’un d’entre eux au moment de son arrestation.Près du lieu de son interpellation, étaient saisis un couteau, un caillou et un balai.Dans la foulée des faits, le ministre de l’Intérieur avait mentionné son “profil schizophrène”, “détecté” lors d’une enquête pour apologie du terrorisme.Cette “dimension psychiatrique” pourrait être une des causes de son passage à l’acte, avait avancé Bruno Retailleau.Lors de cette enquête, une expertise psychiatrique avait conclu à son absence d’abolition ou d’altération du discernement.L’examen psychiatrique, réalisé dans le cadre de sa garde à vue pour l’attentat à Mulhouse, a aussi conclu que son passage à l’acte ne s’inscrivait pas “dans un cadre délirant”.Une nouvelle expertise sera réalisée au cours de l’information judiciaire.- Tensions avec l’Algérie -En situation irrégulière depuis son arrivée en France en 2014, Brahim A. était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) depuis novembre 2023.Mais l’Algérie a refusé “dix fois” de reprendre son ressortissant, ce que le Premier ministre François Bayrou a jugé “inacceptable”.Cette nouvelle affaire sur le plan administratif a encore alimenté les tensions entre Paris et Alger, qui a refusé ces dernières semaines de reprendre plusieurs de ses ressortissants expulsés de France. Incarcéré le 7 novembre 2023, Brahim A. est sorti de détention après l’exécution de sa peine le 18 mars 2024. Il a ensuite été placé en rétention, puis remis en liberté le 19 juin 2024 par la cour d’appel de Paris, “en l’absence de perspective de délivrance de documents de voyage à bref délai”, selon le Pnat.Il avait ensuite été assigné à résidence.M. Bayrou a réuni mercredi après-midi un conseil interministériel de contrôle de l’immigration, où la question algérienne devrait être au coeur des discussions.

Attentat de la basilique de Nice: la perpétuité incompressible requise contre Brahim Aouissaoui

La réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté incompressible, soit la peine la plus lourde du code pénal, a été requise mercredi à Paris à l’encontre de Brahim Aouissaoui, accusé d’avoir assassiné trois personnes dans la basilique de Nice le 29 octobre 2020.La perpétuité incompressible est une sanction rarissime rendant très infime la possibilité d’un aménagement de peine. En matière de terrorisme, cette peine aussi appelée “perpétuité réelle” avait été prononcée contre Salah Abdeslam pour les attentats du 13 novembre 2015, qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis.Dans un réquisitoire à deux voix devant la cour d’assises spéciale de Paris, les avocates générales du parquet national antiterroriste (Pnat) ont décrit un Brahim Aouissaoui “enfermé dans son fanatisme totalitaire et barbare”.”La peine maximale a été demandée, dont acte”, a indiqué l’avocat commis d’office de l’accusé, Me Martin Méchin. “On n’attendait pas autre chose”, a-t-il ajouté avant de demander à la cour présidée par Christophe Petiteau de “faire preuve de courage” en arguant que la “perpétuité réelle” était “une peine de mort qui ne dit pas son nom, la peine de mort des hypocrites”.Invité à prendre une dernière fois la parole avant que la cour se retire pour délibérer, Brahim Aouissaoui a dit que “s’il y a une justice, jugez au nom des enfants et des femmes (musulmans) qui sont morts”.Lundi à l’audience, Brahim Aouissaoui avait expliqué son acte en affirmant que “tous les jours, vous (les Occidentaux) tuez des musulmans”.Pour l’accusation, Brahim Aouissaoui a fait preuve d’une “sauvagerie inouïe” en assassinant avec un couteau de cuisine la paroissienne Nadine Devillers, 60 ans, quasiment décapitée, le sacristain Vincent Loquès, 54 ans, égorgé, et la mère de famille Simone Barreto Silva, 44 ans, qui a reçu 25 coups de couteau avant de succomber.Le jeune Tunisien est également accusé de sept tentatives d’assassinat contre deux amis du sacristain, présents dans l’église, et les cinq policiers municipaux parvenus à le neutraliser après, selon les mots d’une des deux magistrates, “14 minutes d’une scène d’horreur d’une cruauté absolue, dans un lieu sacré et hors du temps”.”La peine requise doit être à la hauteur de la barbarie” de cet acte, a affirmé une des magistrates du Pnat en soulignant “la détermination sans faille” de l’accusé décidé à “frapper la France, terre des +chiens+ et des +mécréants+ pour semer la terreur”.Il a cherché à “déshumaniser” ses victimes en les décapitant ou les égorgeant, a-t-elle dit. “Son intention de tuer ne peut souffrir d’aucune contestation”, ont affirmé les magistrates en soulignant que l’action de Brahim Aouissaoui “ne s’inscrit pas dans un coup de folie”.- “Une haine intacte” -“La compréhension de la culpabilité de Brahim Aouissaoui nous oblige à ne pas seulement citer l’attentat du 29 octobre (2020). Cet attentat s’inscrit dans une continuité et une cohérence d’actions”, ont rappelé les représentantes du Pnat.L’attentat de la basilique de Nice a été le troisième acte d’un automne meurtrier qui a fait suite à la republication par Charlie Hebdo des caricatures du prophète Mahomet, le 2 septembre 2020, le même jour que l’ouverture du procès de l’attaque jihadiste dans les locaux de l’hebdomadaire satirique le 7 janvier 2015, ont souligné les avocates générales.Une semaine après la republication des caricatures, des médias proches d’Al-Qaïda appelaient à frapper la France, “porte-étendard des croisades en Europe”. Le 25 septembre, un Pakistanais attaquait avec un hachoir deux personnes qui se trouvaient devant les anciens locaux de Charlie Hebdo. Le 16 octobre, un jeune Tchétchène poignardait et décapitait à Eragny-sur-Oise, près de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le professeur d’histoire Samuel Paty qui avait montré en classe des caricatures du Prophète.Le 25 octobre, quatre jours avant l’attentat de la basilique de Nice, un média pro Al-Qaïda appelle à “égorger” des Français dans “leurs églises”.Jeune homme buvant de l’alcool et fumant du cannabis, déscolarisé à 13 ans, Brahim Aouissaoui s’est brusquement radicalisé fin 2018, ne fréquentant plus que des salafistes, dont certains impliqués dans des dossiers terroristes en Tunisie.”L’attentat est en réalité l’aboutissement d’un engagement jihadiste né en Tunisie”, a résumé une avocate générale. “Sa haine de l’Occident et de la France est restée intacte”.Le verdict est attendu dans la soirée.

Seine-Saint-Denis: un homme porteur de couteaux tué par la police à un arrêt de bus

Un policier a tué d’une balle mercredi à Dugny (Seine-Saint-Denis), à un arrêt de bus, un homme porteur de couteaux, décrit comme “véhément” et “menaçant”, qui pourrait être “une personne sans abri” du quartier, selon la mairie. L’homme décédé n’a pas encore pu être identifié, selon le parquet de Bobigny. Mais l’adjoint au maire délégué à la sécurité de Dugny a indiqué à l’AFP qu’il avait été reconnu comme étant “sans domicile fixe”.”Il s’agit d’un SDF, qui avait tous ses sacs avec lui, vêtu de multiples couches de vêtements. Il a été reconnu comme une personne sans abri”, a rapporté l’élu, Thierry Pichot-Maufroy, qui s’est rendu sur place. “On ne sait pas encore ce qui s’est passé. Des témoins ont rapporté qu’il hurlait des choses”, a-t-il ajouté.La police avait été requise vers 7H00 “pour un individu véhément et armé de couteaux au niveau d’un abribus”, a indiqué le parquet, communiquant à la mi-journée les premiers éléments de l’enquête. A son arrivée, alors que l’équipage se garait et que deux policiers sortaient du véhicule, “l’individu fonçait en leur direction en brandissant au moins un couteau”, selon le ministère public.- Taser puis deux tirs -“Un premier policier invitait l’intéressé à baisser son arme. Sans réponse, il faisait usage de son pistolet à impulsion électrique à deux reprises sans succès (l’individu portant plusieurs couches de vêtements)”, a précisé le parquet. “L’individu se rapprochait encore du premier policier, ce qui conduisait l’autre policier à ouvrir le feu à deux reprises, touchant une fois l’individu”, a-t-il ajouté.Auparavant, la préfecture de police de Paris avait fait valoir que les policiers étaient “intervenus pour un homme assis à un arrêt de bus, porteur d’un couteau dans chaque main” et qu’à l’arrivée de l’équipage, l’homme s’était “jeté sur eux, sans dire un mot”. Ce sont les policiers de La Courneuve qui avaient été requis, après un appel, a précisé une source policière en Seine-Saint-Denis, faisant valoir que l’homme s’était montré “menaçant”.Les faits ont eu lieu sur une avenue très passante de Dugny (11.000 habitants), à 17 km au nord de Paris, dans un quartier réputé “calme”, selon M. Pichot-Maufroy. Un large périmètre de sécurité a été mis en place, pour permettre le travail des enquêteurs, a constaté un photographe de l’AFP.Selon la préfecture de police, l’homme, blessé “au thorax”, est décédé en dépit des soins apportés sur place, dont un massage cardiaque. “Le Samu était appelé et tentait vainement de le réanimer, le décès était déclaré à 7H41”, a précisé le parquet.Le policier ayant tiré est âgé de 30 ans, selon cette même source. Une enquête a été ouverte pour “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique”. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) est saisie des investigations concernant les tirs, comme c’est l’usage lorsqu’un policier emploie son arme de service. La sûreté territoriale de Seine-Saint-Denis est chargée de son côté de l’enquête concernant la “tentative d’homicide volontaire” sur les agents. Dans un message sur X en début d’après-midi, le préfet de police de Paris Laurent Nuñez a apporté son “total soutien aux policiers” intervenus selon lui “courageusement” à Dugny. Il a estimé qu’ils avaient fait “preuve de sang-froid face au danger” et a salué leur “professionnalisme”.Il y a un mois, le 22 janvier, en Corrèze, les forces de l’ordre ont tué un homme qui était entré nu dans une église de Brive-la-Gaillarde, muni d’un couteau. Les policiers avaient fait valoir que l’homme était menaçant et qu’ils avaient tenté en vain “de le maîtriser et de le calmer en faisant usage à plusieurs reprises de tasers”.Selon les derniers chiffres communiqués par l’IGPN, durant l’année 2023, un total de 36 personnes sont mortes dans le cadre d’une intervention policière.

Procès Le Scouarnec: le frère du médecin pédocriminel accuse son ex-épouse d’avoir su et “rien fait”

L’ex-épouse de Joël Le Scouarnec savait et “n’a rien fait”, a accusé mercredi dès le début du troisième jour du procès le frère cadet de l’ex-chirurgien pédocriminel, jugé à Vannes pour violences sexuelles sur 299 patients, souvent mineurs.Marie-France “était au courant des agissements de son mari et elle n’a rien fait”, a dénoncé Patrick Le Scouarnec, le frère du chirurgien.Prévue en fin d’après-midi après l’audition de plusieurs proches du médecin, le témoignage de Marie-France, mariée jusqu’en 2023 avec lui, est très attendu par de nombreuses victimes qui estiment qu’elle avait connaissance des penchants pédophiles de son ex-époux bien avant son arrestation.Âgée de 71 ans, elle assure ne jamais avoir eu le moindre soupçon sur les penchants pédophiles de son mari, malgré plusieurs documents laissant penser le contraire et une première condamnation du chirurgien pour détention d’images pédopornographiques en 2005, déjà à Vannes.Elle “aurait pu faire en sorte que mon frère soit interpellé” avant 2017, date de son interpellation, a affirmé à la cour criminelle du Morbihan le frère cadet de M. Le Scouarnec, déclarant ensuite ne pas avoir de “preuves” pour fonder ses propos et exprimant une forte inimitié envers sa belle-soeur.Il a aussi estimé que “les chirurgiens de Loches (une clinique d’Indre-et-Loire où Le Scouarnec est accusé de violences sexuelles sur des patients, NDLR) devaient être au courant”.Dans le box, Joël Le Scouarnec, crâne chauve entouré de cheveux blancs et lunettes cerclées, reste impassible face aux déclarations de son frère, qui le décrit à la fois comme “jovial, blagueur” et “énigmatique, solitaire”.A Jonzac (Charente-Maritime), avant son interpellation en 2017 pour le viol de sa voisine de six ans -qui a mené à la saisie de carnets et fichiers où le médecin notait scrupuleusement le nom de ses victimes et les violences sexuelles qu’il leur avait imposées entre 1989 et 2014 dans des hôpitaux-, le médecin “dormait sur un canapé” dans une maison insalubre et sentant le moisi, assure son frère.Il a néanmoins réfuté toute violence physique et sexuelle de leur père sur l’accusé, soulignant néanmoins la place envahissante prise au fil des ans par un “ami de famille” qui lui a laissé penser que le patriarche était peut-être “homosexuel”.Toujours dans le but d’analyser la personnalité de l’accusé, cet ami, également très proche de M. Le Scouarnec, doit aussi être auditionné mercredi avant Marie-France.”J’ai commis le pire des crimes, je sais que ce n’est pas pardonnable, et je sais que tu ne me pardonneras jamais. Mais au nom de nos souvenirs, je te demande pardon”, a dit à son frère Joël Le Scouarnec.- “Bombe atomique” -La journée de mardi a été marquée par les auditions de deux des fils de l’ex-chirurgien de 74 ans, qui ont dressé à la barre le portrait d’une famille hantée par les non-dits et les actes d’un grand-père incestueux, évoquant un père modèle dont la “perversion a explosé comme une bombe atomique”.Le plus souvent immobile, comme figé, le médecin a plusieurs fois pris son visage entre ses mains, semblant pleurer, lorsque ses fils ont pris la parole.Tous deux, âgés de 37 et 42 ans, ont décrit une enfance heureuse, un père qui leur a transmis des “valeurs”.Mais le plus âgé a aussi décrit les nombreuses violences sexuelles que son grand-père paternel lui faisait subir entre ses cinq et 10 ans.Des agressions qu’il a longtemps tues auprès de ses parents, dans une famille où le silence était la règle. Marie-France ainsi avoue à son fils avoir été elle aussi “abusée” par “plusieurs personnes”, mais sa confidence ne suscitera aucune question.Idem, lorsqu’en 2004 les gendarmes saisissent les disques durs de Le Scouarnec et qu’il est condamné un an plus tard à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques.”Quand on est condamné, on revient pas à la maison à 18h00 comme si de rien n’était”, s’étonne-t-il encore. Mais il ne questionne pas son père et ce n’est qu’en 2017, affirme-t-il, que “sa perversion a explosé comme une bombe atomique dans la famille”.- “Dynamique de l’inceste” -Pour Me Marie Grimaud, qui représente 39 victimes dont trois qui étaient des amies d’enfance des fils Le Scouarnec, les frères “font face à un père et à un homme, deux visages totalement incompatibles”.”C’est une famille où la parole ne circulait pas. Les tabous existaient, les non-dits étaient là”, a-t-elle analysé.Joël Le Scouarnec a déjà été condamné en 2020 à 15 ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur quatre enfants, dont deux nièces.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Pêche: des populations de poissons en panne de renouvellement

En dépit du recul de la surpêche, un tiers des poissons débarqués en France proviennent de populations qui peinent à se renouveler, souffrant du changement climatique, de la pollution et de la destruction de leurs habitats.Dans son bilan annuel présenté mercredi, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a annoncé que 58% des poissons débarqués en France en 2023 provenaient de populations non surpêchées, tandis qu’un poisson sur cinq (19%) était issu de populations de poissons surexploitées.Après une nette amélioration entre 2008 et 2016, l’état de santé des populations de poissons débarquées en France ne connaît, depuis plusieurs années, que des “fluctuations mineures”, a souligné Clara Ulrich, coordinatrice des expertises halieutiques à l’Ifremer lors d’une conférence de presse.Le recul de la surpêche aurait dû accroître l’abondance des stocks, car “si on pêche moins, il y a plus de poissons dans la mer”, note la chercheuse. Mais, malgré la forte baisse (-19%) des débarquements de poissons en France, passés de 400.000 tonnes en moyenne en 2010-2018 à 323.000 tonnes en 2023, on peine à voir se matérialiser les bénéfices d’une gestion un peu plus durable de la ressource.Pour tenter d’expliquer ce paradoxe, les chercheurs de l’Ifremer se sont penchés sur le “recrutement”, c’est-à-dire l’abondance annuelle de jeunes poissons.En analysant systématiquement les données disponibles, les scientifiques se sont aperçus que près de 31% des poissons débarqués en France provenaient de populations dont le recrutement est en baisse et seulement 20% de populations dont le recrutement est en hausse – les données sont insuffisantes pour les 49% restants.- “déclin de la biodiversité”-“Les poissons pondent des milliers, voire des millions d’œufs, et seulement une infime partie de ces œufs vont devenir des bébés poissons. On dit traditionnellement que c’est 1 sur 100.000, voire 1 sur 1 million ou 10 millions pour des espèces comme le cabillaud”, souligne Mme Ulrich.”Les larves et les œufs de poissons sont des organismes très fragiles. Ils n’ont que quelques jours pour réussir à trouver un environnement favorable pour devenir un poisson”, explique-t-elle.Le succès de la reproduction peut ainsi être affecté par de multiples facteurs comme la pollution, la présence d’espèces invasives, la surpêche ou la destructions des habitats, a listé Mme Ulrich, rapprochant ce phénomène de celui plus général de “déclin de la biodiversité”. Même des populations de poissons en bon état (pas surpêchés et à la biomasse importante) peinent à générer de jeunes poissons, comme ou le merlu de l’Atlantique ou le hareng de Mer du Nord.Ce dernier poisson est sans doute victime du réchauffement climatique: la période d’éclosion des larves de harengs n’est plus synchronisée avec les efflorescences de zooplancton, leur principale source de nourriture.La sole de Manche Est, une espèce très dépendante des habitats côtiers, a sans doute souffert de la dégradation des vasières en baie de Seine. Malgré une “gestion assez stricte depuis bientôt 15 ans”, la population est désormais considérée comme effondrée.Si ces difficultés de renouvellement ne sont pas forcément liées à la surpêche, “il est essentiel d’éviter de surpêcher ces populations déjà fragiles”, a souligné Youen Vermard, chercheur en halieutique à l’Ifremer.Une moindre abondance de jeunes poissons signifie en effet des captures de pêche plus faibles à terme. C’est pourquoi, “même quand une population de poissons va bien, on peut avoir des quotas (de pêche) à la baisse parce qu’on projette un moindre nombre de poissons” à l’avenir, a expliqué M. Vermard.C’est le cas du merlu de l’Atlantique, qui malgré une population en bon état, fait l’objet de baisse de quotas depuis plusieurs années, en raison d’une faible abondance de jeunes poissons.

Assassinat de Narumi Kurosaki: la condamnation du Chilien Zepeda annulée par la Cour de cassation

La Cour de cassation a annulé mercredi la condamnation à 28 ans de réclusion du Chilien Nicolas Zepeda, qui sera donc jugé une troisième fois pour l’assassinat de l’étudiante japonaise Narumi Kurosaki à Besançon en 2016.Le Chilien avait été condamné en appel en décembre 2023 par la cour d’assises de la Haute-Saône à 28 ans de réclusion, comme en première instance. Il sera de nouveau jugé pour l’assassinat de son ancienne petite amie japonaise, cette fois par la cour d’assises du Rhône, a indiqué la Cour de cassation, précisant que sa décision n’entraînait pas la remise en liberté de l’accusé.La haute juridiction a cassé l’arrêt de la cour d’assises de la Haute-Saône car un des enquêteurs dans sa déposition avait utilisé des projection de documents powerpoint non communiquées au préalable aux avocats de la défense, et que ce même enquêteur avait “de facto, et de sa propre initiative, effectué de nouveaux actes d’enquête”, selon l’arrêt de la Cour de cassation.”C’est une vraie victoire et c’est la possibilité pour M. Zepeda de continuer à faire valoir son innocence à l’occasion de ce troisième procès”, a réagi auprès de l’AFP Patrice Spinosi, l’avocat du Chilien devant la Cour de cassation.”Il attendait beaucoup la décision de la Cour de cassation donc il est évidemment très satisfait de pouvoir retourner devant des juges et de pouvoir de nouveau faire valoir son innocence”, a poursuivi Me Spinosi. “Il est évidemment fatigué par la détention, mais il reste tout à fait combatif et aspire à ce que ce troisième procès puisse lui permettre de faire valoir sa vérité et qu’il puisse enfin être reconnu comme étant innocent du crime.””Cette décision confirme qu’il y a eu une campagne soutenue pour violer la procédure régulière, avec l’objectif de renforcer la faible accusation avec laquelle le procureur a présenté cette affaire”, a également réagi dans un communiqué la famille de Nicolas Zepeda. “En tant que famille, nous espérons que la procédure régulière sera respectée, que nous parviendrons à la vérité.”Le Chilien de 34 ans a toujours nié avoir tué l’étudiante japonaise de 21 ans malgré les nombreux éléments à charge.Il avait rencontré Narumi et était devenu son petit ami lors de ses études au Japon. La jeune femme avait ensuite poursuivi ses études en France, où elle avait mis fin à leur relation. Nicolas Zepeda était venu du Chili la retrouver début décembre 2016, pour essayer de la reconquérir, selon lui.La jeune femme a disparu dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016, son corps n’a jamais été retrouvé.

Immigration: Bayrou réunit ses ministres en pleine crise avec Alger

Vers une remise en cause de l’ accord de 1968 avec l’Algérie ? Pour définir les “orientations” du gouvernement en matière d’immigration, François Bayrou réunit mercredi une partie de son gouvernement sur fond de tensions croissantes avec Alger encore ravivées depuis l’attentat de Mulhouse.Le Premier ministre a ouvert peu après 14H00 un Conseil interministériel de contrôle de l’immigration (CICI) avec une dizaine de ministres, pour discuter de “la maîtrise des flux migratoires” et des moyens “nationaux, européens et diplomatiques pour renforcer les contrôles”.François Bayrou prendra la parole à l’issue de l’échange qui doit durer une bonne heure.Les ministres Elisabeth Borne (Education), Gérald Darmanin (Justice), Bruno Retailleau (Intérieur), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères),  Astrid Panosyan-Bouvet (Travail), Yannick Neuder (Santé), et Patricia Mirallès (Anciens combattants), entre autres, aborderont également la transposition du Pacte européen asile et migration, adopté en mai et censé entrer en vigueur mi-2026. Il prévoit un durcissement du “filtrage” aux frontières et un mécanisme de solidarité entre les 27.- “Rapport de force” ou diplomatie -Créé en 2005, le CICI a été réactivé par décret présidentiel et présenté par M. Retailleau “pour répondre aux attentes des Français en faveur d’une plus grande maîtrise des flux migratoires”.Annoncé fin janvier puis reporté, ce rendez-vous se tient après l’attaque survenue samedi à Mulhouse (Haut-Rhin), dans laquelle un Algérien de 37 ans, en situation irrégulière et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), est accusé d’avoir tué à l’arme blanche une personne et d’en avoir blessé sept autres.”Il avait été présenté quatorze fois aux autorités algériennes. Et quatorze fois les autorités algériennes ont dit non”, a dénoncé M. Bayrou mercredi depuis le Salon de l’agriculture, jugeant à nouveau “inacceptable” le refus d’Alger de reprendre son ressortissant.Cette nouvelle affaire vient aggraver un peu plus les tensions entre Paris et Alger, qui a refusé à de multiples reprises ces dernières semaines de reprendre plusieurs de ses ressortissants expulsés de France. La question algérienne sera au coeur des discussions du CICI, alors que Paris tente de trouver des réponses face à Alger. Plusieurs pistes ont été évoquées ces dernières semaines mais divisent le gouvernement entre les partisans du “rapport de force”, à l’instar de Bruno Retailleau, et ceux qui plaident pour la voie diplomatique comme Jean-Noël Barrot.- “Escalades verbales” -M. Barrot a révélé mardi que des “mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens” avaient déjà été prises, précisant mercredi qu’elles dataient d'”il y a quelques semaines”, donc avant l’attentat. Ces mesures ont suscité “l’étonnement” d’Alger qui a dénoncé une nouvelle “provocation”. Lors du comité interministériel, le ministre des Affaires étrangères proposera que les délivrances de visas soient réduites “par tous les pays européens en même temps” pour les Etats qui ne reprennent pas leurs ressortissants expulsés, a-t-il dit mercredi sur France 2.A l’inverse, il a suggéré que l’UE baisse les droits de douanes pour les pays avec qui la coopération pour la reprise de leurs ressortissants s’améliore. “C’est un levier qui est particulièrement puissant”, selon lui.Son collègue à l’Intérieur souhaite aller plus loin et “remettre en cause de façon plus générale” l’accord avec l’Algérie de 1968, comme les anciens Premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal. Ce traité, qui accorde un statut particulier unique pour les Algériens, a déjà été révisé à trois reprises depuis 1968. Paris et Alger avait convenu en 2022 de le modifier une nouvelle fois, mais sans concrétisation à ce jour.En attendant les arbitrages de l’exécutif, chacun y va de ses propositions. Le président LR de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a suggéré sur TF1 d’imposer “des pénalités sur Air Algérie”, voire de “restreindre les vols entre Alger et Paris”.”Il faut qu’on fasse attention”, a tempéré sur Public Sénat le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Mignola, rejetant “les escalades verbales” car “l’efficacité doit compter plus que tout” afin de “réinstaurer un travail dans la durée avec l’Algérie”.”Tous nos intérêts sont à l’inverse de cette confrontation”, a estimé le député Insoumis Eric Coquerel, pointant la “faute historique” du gouvernement qu’il a accusé “d’agir comme une puissance néo-coloniale”.bat-gbh-are-mra/sde/cbn

Femmes et hommes ne sont pas égaux face à l’alcool, avertissent les autorités de santé

Femmes et hommes ne sont pas égaux face à l’alcool: il entraîne chez elles des dommages plus graves, plus rapides ou spécifiques comme le cancer du sein, des risques pas assez évalués et accompagnés au plan médical, estiment les autorités de santé.Les professionnels de santé, médecins généralistes, infirmiers, kinés, sage-femmes, gynécologues, diététiciens mais aussi les travailleurs sociaux… doivent être sensibilisés aux spécificités de l’exposition des femmes à l’alcool, au-delà des périodes de grossesse et de maternité, souligne mercredi la Haute Autorité de santé (HAS), qui publie à leur intention des documents d’information.En abordant ce sujet régulièrement en consultation, comme ils le font pour le tabagisme ou l’activité physique, tout “en veillant à éviter tout jugement moral”, ils pourront accompagner les femmes “dans la compréhension de leurs usages et la diminution de leurs risques”, tout en respectant “leurs choix, leurs priorités et leur intimité”, dit-elle.”L’objectif n’est pas du tout de créer une panique sanitaire, c’est de vraiment mieux informer, être plus au clair sur les risques qu’on peut prendre, et le fait que, sans tomber dans des propos hygiénistes: +Il faut arrêter de consommer+, il est possible de diminuer ces risques pour soi et son entourage, sans forcément changer radicalement son mode de vie”, précise à l’AFP Marie-Olivia Chandesris, cheffe de projet scientifique à la HAS, qui a dirigé la publication.L’enjeu pour les femmes est important: du fait de “son impact hormonal, sur la vie génitale, la santé sexuelle, l’intimité, la procréation, la périnatalité et son effet cancérigène”, la consommation d’alcool est “un sujet de santé globale” tout au long de leur vie. “Le cancer du sein est le premier cancer de la femme, et ce qui est extrêmement important, c’est qu’un tiers de ces cancers relèvent de consommations d’alcool qui sont dites légères à modérées, c’est à dire en-deçà des fameux repères de consommation dites à moindre risque”, dit Mme Chandesris.”Dès les plus petites consommations, il y a aussi le risque accidentel, de traumatologie, d’agressions… et de suicidologie, alors qu’on s’imagine qu’il y a des problèmes quand on en est au stade d’une addiction très grave et très avancée: c’est faux”, indique-t-elle.- “Sous-évaluation médicale” -Anxiété, dépression et traumatismes, notamment sexuels, qui favorisent la consommation d’alcool sont plus fréquents chez les femmes, soumises par ailleurs à des “injonctions normatives, esthétiques, conjugales, familiales, sources de stress, de stigma et de honte”, les poussant à dissimuler leur consommation, constate la HAS.Selon les enquêtes sur le suicide, les femmes sont “très nombreuses à consommer des antidépresseurs ou de l’alcool, des pratiques pouvant être considérées comme des formes de régulation d’un mal-être”, observe la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dans une publication consacrée au suicide mardi.Les femmes sont aussi victimes de violences intrafamiliales et d’agressions, notamment sexuelles, du fait des usages de leur entourage. “Il y a une association très claire entre des usages d’alcool et des antécédents traumatiques, quels qu’ils soient, passés ou présents. Même si les gens n’arrivent pas à faire le lien”, rapporte Mme Chandesris.Au plan social, les femmes sont jugées “encore plus négativement, moralement, par exemple traitées de mauvaises mères”, que les hommes en difficulté avec leur consommation d’alcool. Elles souffrent par ailleurs d'”une sous-évaluation médicale” et d'”un moindre accès aux aides disponibles”, selon la médecin.Des dispositifs adaptés existent pourtant: consultations dédiées dans des centres de soins d’accompagnement et de prévention des addictions (CSAPA), plateforme Alcool info service, groupes de parole d’associations d’entraide.L’Autorité alerte aussi sur la consommation d’alcool des hommes lors de la conception d’un enfant: “les troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale peuvent aussi résulter de leurs usages -via la toxicité de l’alcool transmise par les spermatozoïdes- et non pas uniquement de ceux des femmes durant la grossesse”. “Face à ces risques, le principe de précaution consiste en l’arrêt de toute consommation d’alcool dès le désir d’enfant ou l’arrêt d’une contraception, pour la femme jusqu’à la fin de l’allaitement, pour l’homme jusqu’au diagnostic de grossesse”.